LA PRUSSE
s'y résoudre et préféra abdiquer (18i0). L'archevêque de Posen, ayant refusé de retirer sa circulaire et de céder, fut menacé d'un procès criminel (2 mai). Un décret du 25 juin cassa et annula comme contraires à l'ordre toutes les ordonnances de l'archevêque. Le clergé paroissial de Posen-Gnesen se prononça en faveur de son chef dans des adresses pleines d'énergie, et repoussa en termes décents l'appui que lui offrait le gouvernement. Grégoire XVI, dans son allocution du 13 septembre 1838, disait en parlant de l'affaire de l'archevêque de Gnesen : a Les mesures du gouvernement prussien, en défendant sous peine de châtiment toute relation avec le Saint-Siège et ses légats, tendent manifestement à détacher ces régions du centre de l'unité*. »
Le 30 octobre, le premier président de la province de Prusse, Schœn, cassa et annula, bien qu'elles fussent passablement timides, les lettres pastorales des évêques de Culm et d'Ermeland. Le procès criminel intenté à l'archevêque commença avec le mois de juillet; le 18 décembre 1838, le chapitre de la cathédrale de Gnesen s'étant refusé à toute déposition contre l'archevêque, deux chanoines furent incarcérés. Le 31 décembre, après une conférence tenue à Berhn entre tous les premiers présidents, le journal officiel publia (( l'exposé de la conduite du gouvernement prussien dans l'alTaire de l'archevêque de Cologne, » ainsi qu'une réponse à l'allocution pontificale du 13 septembre'; on menaça le Saint-Siège de le combattre avec les droits et les forces réunies de tous les gouvernements intéressés. Le 23 février 1839, le tribunal de Posen rendit son jugement contre l'archevêque. Appelé à Berlin, le noble prélat resta inébranlable ; il fut déposé officiellement de sa charge, déclaré inhabile à tout autre emploi et condamné à six mois de prison dans une forteresse et aux frais de la procédure. Il implora et obtint de la bonté du roi la remise de la prison, mais on ne lui permit point de rentrer. Il quitta Berlin après un long séjour, et retourna à Posen le 4 octobre. Dans la nuit du 5 au 6 Talarme fut donnée aux troupes, les rues de la cathédrale
» Al/g. Ztg. des 24-26 sept. 1838.
« Historisch-polit. Blœtter , t. III, p. 117, 1G4. App. n. 1 dans Rintel, p. 154-171.
militairement occupées, le palais archiépiscopal cerné, les portes enfoncées, l'archevêque enlevé de son lit par deux gendarmes avec ordre de s'habiller. Traîné dans une voiture par deux agents de police, on le conduisit, escorté de quarante hussards, dans la forteresse de Colberg, où il arriva le 8 octobre. Un voile de deuil s'étendit sur tout le diocèse. Les cloches se turent pendant quelque temps ; la musique, le jeu de l'orgue furent interrompus pendant toute la durée de sa captivité*. L'archevêque refusa l'offre d'administrer son diocèse de la forteresse afm de faire cesser le deuil de l'Eghse.
Le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse (1797-1840) mourut le 7 juin 18-40. Son fils Frédéric - Guillaume IV eut le mérite de mettre un terme à ces tragiques événements. L'archevêque demanda sa mise en liberté (31 juillet), l'obtint (3 août) et rentra à Posen le 5 août 2. — Il assista à la cérémonie du serment qui eut lieu à Kœnigsberg, et en 1842 il reçut la visite du roi dans son palais. Après une longue et violente maladie, il mourut de la fièvre bilieuse le 26 décembre 1842^.
Guillaume lY, dans sa correspondance avec les évêques, remplaça le style insultant et dédaigneux des précédentes ordonnances prussiennes par un ton plus poli et plus décent.
^ La plupart des documents de cette époque se trouvent dans les vol. IIÏ-V des Histor.-pol. Blœtler.
* Idem, t. VI, p. 300, et Die Rûckkehr des Erzbisch. von Posen und Gnesen, p. 428-442.
' Actenmœssiye Darlegung des Verfahrens der preussischen Regierung gegen den Erzb. von Kœln (par Bunsen). Berl., 1837. — Darlegung des Redits- und Tliatbestandes (avec rapports aux archevêques de Cologne et de Posen) mit authentischen Documenten, als Antwort au f die Erklœrung der kgl. preussischen Regierung vom 31 Dec. 1838. D'après l'italien. Augsb., 1838. Le premier écrit officiel émané de Rome est l'exposé des faits qui ont précédé et suivi l'enlèvement de l'archevêque. Regsb., 1838. — Pohl, Martin von Dunin, Erzb. von Gnesen und Posen. Marienbourg, 1843.
Moy, Darlegung der preussiscfien Regierung gegen den Erzb. von Kœln, beleuchtet ans dem Standpuncte des Rechts, der Geschichte und der Politik. Augsb., 1838. — Rœmische Staafsschrift v. 4 Mœrz aus der Druckerei des Staatssecretariats. Augsb., 1838 (première publication romaine officielle). — J. Gœrres , Athanasius. Regsb., 1838, 4e édit. — (M. Lieber), Die Gefangennehmung des Erzb. v. Kœln und ihre Motive, rechtlich erœrtert von einem practischen Juristen, Francf., 1837-1838, 3 parties. — J. Gœrres, Die Triarier (H. Léo, Phil. Marheineke , Dr Bruno). Regsb., 1838.— Ch. Hase, Die beiden Erzbischœfe,