LA PRUSSE
11 écrivit à l'archevêque de Posen : « Quant aux moyens propres à assurer la paix religieuse, l'entente qui a eu lieu conformément à mes vues et qui suffit à votre tranquillité, me donne la ferme confiance que le maintien si désirable d'un mutuel accord ne sera plus désormais troublé. » Le 1" janvier I8il, le roi supprima le placet en ce qui concernait les relations des évêques avec Rome. Quant à l'archevêque de Cologne, on croit que des obstacles invincibles s'opposaient à son retour ; il s'agissait de trouver une voie intermédiaire. Clé ment- Auguste s'en remit à la décision de Grégoire XVI. Jean de Geissel, évêque de Spire, proposé par Louis, roi de Bavière, comme médiateur entre la Prusse et Rome, fut nommé coadjuteur de Cologne, avec droit de succession (24 septembre 1841). Clément- Auguste refusa la dignité de cardinal qui lui était offerte. En revanche, il écrivit au roi pour demander réparation d'honneur de ce qu'on l'avait accusé d'être affilié aux révolutionnaires. Le 4 mai 1842, l'archevêque d'iconium se chargea de l'administration de Cologne. Clément-Auguste était sorti victorieux de cette lutte, qui avait retenti dans le monde entier. La convention de Berlin était anéantie, et on laissait tomber les hermésiens. Pour la troisième fois, Clément-Auguste se retira dans la solitude et se montra accessible à peu de personnes*. En 1843, parut son hvre tout-à-fait inattendu Sur la paix entre V Eglise et les Etats (Munster, 1843). Dans l'été de 1844, il entreprit le voyage de Rome, où Grégoire XVI le salua par ces mots : « Vous êtes devenu un spectacle pour les hommes et pour les anges ^. » Rentré à Munster, il se prépara à la mort. 11 ne lui fut pas donné de voir la grande procession qui eut lieu à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'épiscopat de son frère, et à laquelle assistaient
12 évêques et de GOO à 700 prêtres. Cependant les évêques allèrent le visiter, et, après l'avoir béni, reçurent eux-mêmes sa bénédiction agenouillés autour de son lit de mort. Il s'éteignit le 19 octobre 1845, sans agonie. Ses dernières paroles
* Gœrres, Kirche und Staat nach der Kœlner îrrung. Regsb., f84f . — Voir la plupart des pièces dans le Catholique de 1837-1842. « Gams, II, 594 ; III, 527.
furent : « Venez, Seigneur Jésus, venez bientôt*. » — Son frère, l'évêque Maximilien de Munster, mourut la nuit du 2 au 3 août 1846. — Grégoire XVI, le 24 novembre 4845, peu de temps avant sa propre mort, honora dans une allocution^ la mémoire de Clément- Auguste.
Le 6 juillet 1844, le vicaire général de Trêves annonça que l'exposition de la sainte tunique, qui n'avait pas été faite depuis 1811, aurait lieu à Trêves dans cette même année'. Des troupes immenses de pèlerins , venus de loin et de près, affluèrent à Trêves depuis le 18 août jusqu'au 6 octobre. Leur nombre fut estimé à 600,000. Cette fête fut une grande manifestation du réveil de la vie catholique ne Allemagne. , Il y eut des bravades, des railleries, des injures; puis on 1 se rattacha à l'homme de paille, Jean Ronge et consorts, qui avait imaginé une religion nouvelle. Ronge, de triste mémoire, prêtre sans foi ni science, adressa dans les journaux une lettre en style de carrefour à l'évêque Arnoldi de Trêves (1842, mort le 7 janvier 1864) ; il fut élevé sur le pavois, et, i nouveau Luther, parcourut l'Allemagne de l'Oder au Bodensée. Une autre secte fut créée par le prêtre Jean Czorski de Schneidemuhl. En 1845, le jour de Pâques, les Allemandscatholiques, comme ils se nommaient (ils auraient mieux fait de dire : les Allemands-païens), tinrent leur concile de Leipzig et établirent un symbole de foi d'une nulhté parfaite. Environ cent individus, dont près de cinquante étaient d'anciens prêtres catholiques, et les cinquante autres d'anciens candidats aux fonctions de prédicateurs protestants, formaient le noyau de ces prétendues communautés, qui dépérirent de consomption presque avant d'être nées, et furent complètement emportées par la tempête de 1848".
* Son chapelain, Ed. Michelis, mourut le 8 juin 1855, à Luxembourg, pendant l'octave du jubilé de saint Boniface.
s Bistorisch-pol. Blœtter, t. XVII, p. 1-13. — Allg. ZUj., 2 déc. 1845. Stœveken , Clemens August , in seinem Leben , Wirken und Tode dem deutschen Volke geschildert. Mainz, 1846.
3 Marx, Geschichte des heil. liockes in der Domkirche zu Trier, 1844. — Binterim , Zeugnisse fur die Aechtheii des heil. Rockes, 1845. — Hansen, Actenmœssige Darstellung wunderbarer Heilungen bel Ausstelliing des heil. Rockes in Trier, 1845. — Gœrres, Die Wallfahrt nach Trier. Regsb., 1845.
* Fr. Kampe, Geschichte der religiœsen Bewegung der neuern Zeit, 3 vol. — Voir, parmi les catholiques, les ouvrages de Staudenmaier, Hirscher,
LA RUSSIE. i25
En Russie, Catherine II (1762-1796) persécutait les catholiques qui lui étaient échus par le partage de la Pologne (depuis 1772)*, et qui constituaient l'archevêché de Polock. Lors du second partage (1793), la plupart des évêchés unis furent dévolus à la Russie. Des popes russes, suivis de soldats et d'employés, parcouraient ces diocèses et convertissaient à la russe, par le knout, par l'amputation du nez et des oreilles, par le brisements des dents, etc. Comme Frédéric II, Catherine laissait à chacun, — en paroles, — la liberté de se sauver à sa façon et se vantait de son extrême humanité, tandis qu'elle donnait de tout autres exemples à Nicolas l", « le tzar de toutes les Russies-. » Son auxiliaire dans la destruction de l'union, établie par le synode de Brest en 1590 entre les Grecs unis du royaume de Pologne et l'EgUse catholique, fut l'ambitieux Stanislas Siestrzencewicz, archevêque latin de Mohilew depuis 1772 à 1826, métropolitain de toute l'Eglise latine en Russie, qui aspirait à dominer sur les Grecs unis et à devenir patriarche de tous les catholiques russes. Parmi les Eglises unies, Lemberg et Przemysl seules étaient échues à rAutriche. Catherine supprimât tous les évêchés unis, à l'exception de Polock, et défendit que Kiew, leur métropole, fût jamais rétablie. Depuis lors, les Grecs unis n'ont plus en Russie de métropole permanente. Par ses cruautés inhumaines, elle avait arraché à l'Eglise plus de 7 mihions de cathoHques unis. Elle mourut en 1796.
Plus heureux fut le sort des catholiques des rites grec et latin sous les empereurs Paul I" (1796-1801) et Alexandre I" (1801-1825). L'EgUse catholique unie fut rétablie et l'on créa pour la première les trois évêchés de Polock, Brest et Luck, Pie VI, par sa bulle du 15 novembre 1798,
Scharpff, Sporschil , Linde , Betrachtung der neuesten kivchlichen Ereignisse ans dem Standpumfe des Redits und der Politik. Mz., 1845. — Linde, Staatskirche , Gewissensfreiheit und religiœse Vereine , 1845.
î A. Thein^r, Die neuetten Zustœnde der katliol. Kirche beider Riius in Polen und Russland, 1841. — Persécution et souffrances de l'Eglise cathoL en Russie. Par., 1842. — Blicke au f die russische Geschichte, dans Histor.fjol. Blœtter, t. V, IX, X, XI, XV, XVII. — Gams, 1, p. 161-172; III, 531- 594. (Voir t. II, p. 97.)
* Annales Ecclesiœ ruthenœ , auct. Micb. Harasiewicz. Leopoli, 1862, p. 497. ( C'est aujourd'hui le principal ouvrage sur l'histoire de l'Eglise unie.)
désigna Mohilew pour la métropole de tous les catholiques russes du rite latin.
Les jésuites, que Catherine avaient protégés contre le pape, furent spécialement approuvés en 1801 par l'autorité ecclésiastique ; mais le 20 décembre 1815 (1" janvier 1816), Alexandre P"" les bannit des deux capitales du royaume sous prétexte de prosélytisme*. La charge d'âmes fut exercée à Saint-Pétersbourg, et elle l'est encore aujourd'hui, parles dominicains. Par un ukase du 13 mars 1820 2, les jésuites, au nombre d'environ 200, furent expulsés de la Russie et se rendirent presque tous en Gahcie. Le comte de Maistre, catholique décidé, finit par ne pouvoir plus séjourner à Saint- Pétersbourg^.
En 1807, Napoléon érigea le grand-duché de Warschau, formé de l'ancienne province, considérablement amoindrie , de la « Prusse méridionale. » Augmenté de territoires détachés de la Prusse orientale et occidentale et de territoires autrichiens, il comptait près de 4 milUons d'habitants. (Avant 1772, l'ancien royaume de Pologne en possédait 13 millions, tandis que vers 1700, la France n'en avait que 19 et l'Espagne 9 millions.) Le royaume de Pologne, rétabh par le congrès de Vienne et placé sous Alexandre I", était sensiblement plus petit que le grand- duché de Warschau. Le siège primatial de l'ancienne Pologne, Gnesen, était échu à la Prusse. Pie VII, par sa bulle Militantis Ecdesix, du 12 mars 1817, érigea Warschau en archevêché, et par une autre bulle du 30 juin J818, il lui assigna pour suffragants : Podlachie (dont le siège était Janow), Seyna ou Augustow, Sendomir, Cracovie, Wladislaw ou Kalisch, Plock et Lublin. Ces deux derniers sièges existaient déjà depuis 1805'*. L'université de Warschau rentra en possession de ses anciens droits.
Les trois évoques unis de Russie ne négligèrent rien pour relever leur Eglise. Lé 4 août 1806, l'archevêque de Polock
1 Voir l'ukase dans VAllg. Ztg. du 29 janv., 11 févr. 1816.
« Tûb. theol. Quartalschrift, 1820, p. 712-725. Das russische Reich seit dem Wiener Congress, par de Beaumont. Leipz , 1853.
3 Lettres et opuscules inédits du comte de Maistre. Par., 1851 {Deutsche Volkshalle, 28 mai 1854).
* Ern. Mûnch, t. II, 758-772.