LA CHINE, LA CORÉE
vrai saiut, fut, après de longs tourments, étranglé de la façon la plus barbare (1840)*. Dans le même temps, un grand nombre de chrétiens chinois furent martyrisés pour la foi '.
En 4848, la Chine et les pays d'alentour possédaient 17 vicariats; en 1856, -21 ; en 1866, 22^
Par le traité de Nanking (1842), la Chine s'engagea à tolérer le catholicisme, à permettre que des églises fussent construites dans cinq villes maritimes , à ne plus mettre à mort ni emprisonner les missionnaires français. Malgré cela, les persécutions et les martyrs isolés n'ont pas fait défaut. — En 1805, après un abandon de quarante années, le nombre des catholiques dans la Chine proprement dite était estimé à 200,000; en 1840, à 383,000. En 1859, la ville de Pékin g comptait 40,000 chrétiens ; le diocèse de Nanking, 80,000 ; la province de Su-Tclmen, 100,000; le district de Schangai, 60,000; celui de Foukien, 40,000% etc. En chiffre rond, le nombre des catholiques de Chine est estimé à près de 500,000 (9,000 dans le Thibet; 10,000 dans le Mongol, lequel constitue depuis 1840 un vicariat apostolique à part, détaché du diocèse de Péking, qui appartenait jadis au Portugal) ^
La vraie patrie des martyrs, c'est la péninsule de Corée, située au delà de la Chine ^ ; le christianisme y fut transporté de Péking à la fin du dix-huitième siècle. La persécution y éclata sur-le-champ et dura jusqu'en 1793. Une autre persécution plus violente y sévissait en 1795. En 1800, on y comptait plus de 10,000 chrétiens solidement instruits. Une troisième persécution, plus rude encore que les précédentes, fut décidée en conseil d'Etat. Le seul membre qui y fit opposition fut étranglé. Pendant une année, plus de 140 chrétiens périrent au milieu d'ineffables supplices, et plus de 400 furent exilés. Les chrétiens, quoique privés de prêtres pendant
• Ânnalen von 1842, p. 496.
« Marshall, I, 102-246.
' Annalen von 1868, de Munich, I, p. 5-39.
* Mission de Chine, Mémoire sur l'état actuel de la mission du Kiangning, 1844-1855, par le P. Brouillon, suivi de lettres relatives à l'insurrection, 1851-1855. Mans, 1855.
» Annalen von 1867, p. 417-428.
« Gams, I, 191-196; III, 640-642. - Annalen, 1865. p. 184; 1867, p. 68- 90, 105-117, 372-384.
trente années, n'eu demeurèrent pas moins inébranlables dans la foi. Les missionnaires, depuis si longtemps désirés, arrivèrent enfin en 1837, et avec eux la persécution. Près de 100 indigènes furent martyrisés dans un laps de huit mois. L'évêque Imbert, de France^ et deux de ses confrères reçurent la couronne du martyre le 21 septembre 1839. Au nombre de ces témoins de la foi figuraient deux frères âgés de douze ans, avec leur sœur âgée de quinze ans et plusieurs autres. En 1857, on comptait de nouveau 15,000 chrétiens; 8 communautés nouvelles furent établies en 1858. — En 4866, une persécution nouvelle moissonna François Berneux, évêque de Capsa (8 mars), son coadjuteur Antoine Daveluy*, évêque d'Acon (30 mars 1866) et plusieurs prêtres.
En 1847, un nouvel évêque, Th.-Aug. Forcade, fut nommé pour le royaume du Japon (mais il ne put y pénétrer; il devint évêque de la Guadeloupe en 1853, et de Ne vers en 1861). Depuis lors, la mission japonaise est confiée à un provicaire apostolique. En 1862, une église a été bâtie à Yokohama.
L'Afrique.
Après la conquête de l'Algérie par les Français, en 1830, un évêché fut institué à Alger en 1838; ses deux premiers évêques furent Ad. Dupuch (1838-1845), et L.-A.-Aug. Pavy* (1846, mort le 16 novembre 1866). Autrefois, l'Afrique septentrionale possédait 400 sièges épiscopaux, lesquels, envisagés selon notre manière de voir, n'étaient que des paroisses; il y avait des évêques non-seulement dans toutes les villes, mais encore dans certains villages. En 1866, Alger fut érigé en archevêché, et eut pour premier archevêque M^^ Allemand Lavigerie, évêque de Nancy, nommé le 27 mars 1867. Les deux diocèses sufîragants d'Oran et de Constantine furent érigés vers la même époque. — La population européenne de l'archidiocèse d'Alger, y compris la troupe , est estimée à 87,000 âmes. Les congrégations religieuses des deux sexes y sont nombreuses. L'évêché de Constantine
' 11 écrivit eulre autre une histoire en 7 volumes des martyrs de la Corée, où lui-môme subit ensuite le martyre.
' Ordre de création des titres ecclésiastiques et des divers établissements religieux en Algérie, de 1830-1854, par Mk' Pavy, archevêque d'Alger,
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existe depuis un an à peine et comprend la province de ce nom; sa population européenne, sans les soldats, s'élève à 48,000 âmes. Le diocèse d'Oran, dont le premier évêque, J.-B. Callot, a été sacré le 22 septembre 1867, renferme une population européenne de 61,000 habitants, dont une grande partie sont des Espagnols émigrés, qui, manquant de prêtres de leur nation, ont été pervertis en partie par des missionnaires protestants. La reine d'Espagne, dont l'archevêque d'Alger a sollicité l'appui, a promis de lui venir en aide. Il ne saurait être question, dans ce pays, de convertir les indigènes : ce sont des mahométans, et il est très-rare qu'un mahométan obtienne le don de la foi*.
La mission du Maroc est confiée à des rehgieux espagnols de l'ordre d'Alcantara. En 1843, il n'y avait que 4 postes de missions. Depuis la guerre que les Espagnols ont faite contre le Maroc, il y a quelques années (1860), la condition des chrétiens s'y est un peu améliorée; des églises chrétiennes se sont élevées à Tétuan et ailleurs. — A Tunis, l'abbé Bourgade a fait de grandes choses ; il a fondé un hôpital et un collège, où les enfants des mahométans et des juifs sont élevés avec ceux des chrétiens (Maltais pour la plupart).
La préfecture apostolique de Tunis, créée par Urbain VIII en 1624, a subsisté deux cent dix-neuf ans ; elle avait 39 préfets. Le 21 mars 1843, elle fut élevée par Grégoire XVI au rang de vicariat apostolique et confiée au capucin Fidèle Sutter de Ferrare, qui la dirige encore maintenant^. Elle a neuf stations; Tunis seule renferme 11,500 chrétiens. Au 1" janvier 1867, cette préfecture comptait 15,5o3 cathohques (300 grecs, 25 protestants, 2 millions de musulmans, 400,000 juifs), 22 missionnaires, dont 5 indigènes, 9 éghses et 4 chapelles. — En 1843, elle n'avait que 3,000 catholiques.
Le 3 avril 1846, peu de temps avant sa mort, Grégoire XVI rendit un bref par lequel il érigeait l'Afrique centrale en vicariat apostolique. Le Polonais Ryllo et l'évêque Casolani furent chargés de l'administrer. Le premier étant mort le
' La France ecclésiastique pour l'an 1868, chez Pion. — Histor. -polit. Blœtter, t. XXXIV, p. 783.
* Apostoliches Vicariat von Tunis (Histoire complète et statistique), dans Ânnalen d. Verbrettung d. Glaubens, de Munich, 1867, p. 435-455, 542-534.
17 juillet 1848 à Cliartam, et l'évêque s'étant retiré, Al. Knoblecher, originaire de la Carniole et revêtu du titre de provicaire, dirigea la mission jusqu'à sa mort (arrivée à Naples, 13 avril 1858). L'Association de Marie fut fondée en Autriche, en 1851, pour venir au secours des missions. Onze missionnaires allemands, dans l'espace de quatre ans, tombèrent victimes de ce climat meurtrier. Depuis la mort de Knoblecher et depuis qu'on a perdu l'espoir de convertir les nègres, dont la nature vulgaire et ingrate répugne au christianisme, on ne s'intéresse plus à cette mission allemande*.
Les anciennes missions du Portugal au Congo (Mozambique et Cingola), où, depuis 1640, il existait une préfecture apostolique, étaient orphelines et ravagées depuis un siècle ; les derniers missionnaires disparurent vers 1835. Le 14 janvier 1866 (9 septembre 1865), un décret de la Propagande les confia à la congrégation du Saint-Esprit et de l'Immaculé- Cœur de Marie. On y envoya d'abord cinq missionnaires'.
Cette congrégation, fondée en 1703, dirige aussi la mission de Guinée et Sénégambie. — En 1843, Barron fut nommé premier vicaire apostolique de la haute et basse Guinée. Il quitta la mission bientôt après, et la confia à 7 prêtres de ladite congrégation, qui arrivèrent en 1844. Cinq moururent dans l'espace de quelques mois ; le sixième rentra en Europe et le septième resta à Gabon. En onze années (1843-1854), de 75 missionnaires envoyés en Guinée, 45 moururent ou furent arrêtés par la maladie. En 1854, la mission comptait 15 prêtres, 11 frères, 19 sœurs, deux écoles fréquentées par 200 enfants, et une école supérieure renfermant 40 élèves (plus tard, 60). Les dominicains allaient être appelés à former un clergé indigène '.
A côté de la Guinée, le vicariat apostolique de Sénégambie comptait 4,000 catholiques en 1854 : il y eut, cette même
» Histùr. -polit. Blœtter , t. XXVIII : Die Mission in Central-Âfrika , p. 372; t. XXXIX, p. 589-601 {Missionsstation Chartum) , 1851-1856, p. 601-609. Missionsstation Gondokoro, t. XXXIX, p. 653-665. Missionsstation zu Angweye (Sainte-Croix), p. 666-676.
« Missionsannalen (de Munich), 1866, p. 510-522; 1867, p. 456-459.
^Annales de 1851, I, 5; de 1852, VI, 52; de 1854, VI, 20-41 (Statistique des établissements de missions). — Fisquet, la France pontificale. Pari*, t. II (1866), p. 760.