TOME II
impossible de Ty résoudre. Puis donc que le pape négligeait son devoir, ce furent les cardinaux et plusieurs évêques distingués qui excommunièrent Henri V.
Ainsi un traité venait d'être conclu qui mécontentait justement le parti strictement ecclésiastique, ceux-là même qui avaient été les grands champions de cette lutte. Le coup était donc manqué. La situation s'embrouilla encore davantage lorsque Henri partit pour l'Italie à propos des biens de la comtesse Mathilde. Cette comtesse, en mourant (24- juillet 1115), avait institué par testament l'Eglise romaine héritière de ses domaines. Mais elle avait eu à la fois des terres allodiales et des terres impériales, et la cour de l'empereur prétendait qu'elle n'avait pu disposer de celles-ci*. L'empereur alla donc en Italie pour régler cette affaire. Les choses se compliquèrent tellement qu'un antipape ^ fut de nouveau opposé à Gélase II, successeur de Pascal II (mort le 21 janv. 1118). Les Romains, excités par Henri V, revendiquèrent leur ancien droit électoral , et deux papes reparurent.
A Gélase II, mort peu de temps après^ succéda l'archevêque Gui de Yienne, sous le nom de Calixte II (élu le 2 févr. 1119). Issu d'une haute famille, allié aux plus illustres maisons^ notamment au roi de France^ investi par conséquent d'une autorité exceptionnelle, Calixte professait les plus rigides principes ecclésiastiques, et quand Pascal II avait refusé d'excommunier Henri Y, il était au nombre des cardinaux et des évêques qui l'avaient excommunié. Sous son règne un. concordat très-favorable à l'Eglise et connu sous le nom de concordat de Calixte, ou de Worms, fut conclu en 1122. Henri V fut surtout réduit à le signer parce que les princes allemands, mécontents de sa conduite odieuse, l'avaient sommé de se
* Gervais , Politische Geschichte Deutschlands unter Heinrich V und Lothar III, 2 tom. Leipz., 1841.
' C'était Maurice Burdin, archevêque de Brague, qui se nomma Grégoire VIII (8 mars 1118). Lui et Henri V furent excommuniés par Gélase, le 7 avril, dans un synode de Gaëte. Forcé bientôt, par les violences des Frangipanis, de quitter Rome, il arriva en France au mois d'octobre et mourut à Gluuy le 29 janv. 1119. {Gelasii II vita a Pandulfo conscripta, ap. Watterich, II, 91-104. De Gelasii rébus œqualium annales, p. 105-114. — Vita Culixti II a Pandulpho conscr., p. 115-118; a Bosone card., 118-121. — Calixti II annales, p. 121-153 {mort le 13 décembre 1124).