DISPUTE SUR LA PAQUE ET L^ TONSURE
nonçaient le plus vivement contre les images, sans être pourtant iconoclastes. Walafrid Strabon, le moine Dungal de Saint- Denis et Hincmar de Reims agissaient avec moins de sévérité.
A mesure que le christianisme s'affermissait davantage, les évêques francs devenaient plus favorables au culte des iuiages, et à la fin du neuvième siècle comme au commencement du dixième, la France, l'Allemagne et l'Angleterre partageaient les mêmes idées que l'Orient et l'Italie. Le doigt de la Providence se montre ici visiblement. Le péril de l'idolâtrie ayant disparu, on vit se développer alors la vraie notion du culte des images.
Les iconoclastes, invoquant le troisième livre des Rois, vi, 29, toléraient dans les églises les tableaux qui représentaient des scènes de la nature, et ne détestaient que les images du Christ et des saints. « Ils en appellent à l'Ancien Testament, dit à ce propos saint Jean Damascène^ et parce que telle chose se faisait alors, on veut qu'elle se fasse également sous le Nouveau Testament. Il nous faudra donc nous faire circoncire et solenniser le sabbat? Les Juifs n'honoraient point les saints, devons-nous les imiter? » On voit par là combien les iconoclastes s'éloignaient du véritable esprit chrétien. Toutes les religions peuvent se servir des scènes de la nature, les païens comme les mahométans (de là le nom d'arabesque) ; le christianisme, au contraire, n'étant point une religion naturelle, mais historique, réclame des images empruntées à l'histoire ; pourquoi n'emploirait-il pas les images du Christ et des saints? Si les Juifs, dont la rehgion était également historique, n'avaient pas été si fort enclins à l'idolâtrie, ils auraient eu aussi des images : c'est pour cela que Moïse les interdit. Les iconoclastes traitaient la question dogmatiquement, mais comme ils n'avaient pas une vue nette du christianisme, ils se laissèrent emporter par le fanatisme.
§ 2. Rénovation de la dispute sur la Pàque et la tonsure ^
Les anciens Bretons avaient conservé la coutume de célébrer la fête de Pâques dans le même temps que l'Asie mi-
* Voir ci-dessus, p. 47. Monlalembert, les Moines d'Occident, t. Uï, p. 149- TOME il. 18
neure. Ignorant les décrets de Nicée qui ordonnaient de la célébrer partout le même jour, ils avaient conservé l'ancien usage, lequel fut également adopté par les Irlandais convertis. Quand saint Augustin arriva en Anglerre, il conseilla aux Bretons de se ranger à la coutume de Rome, mais ils déclarèrent qu'ils s'en tiendraient aux usages de leurs pères. Cette divergence suscita , dans les septième et huitième siècles, une multitude de controverses et de conférences religieuses. Les essais de conciliation tentés par Augustin de Cantorbéry échouèrent devant la résistance des Bretons. Dans le cours du neuvième siècle cependant, cette coutume s'affaibht parmi eux comme parmi les Irlandais, et la pratique romaine fut généralement adoptée.
Saint Augustin avait également remarqué que les Bretons portaient une autre tonsure que les Romains. Originairement, il y avait trois sortes de tonsures ; les Grecs se tondaient entièrement la tête ; les Occidentaux faisaient de même, seulement ils laissaient une petite couronne à l'extrémité inférieure ; chez les Bretons, la tonsure s'étendait d'une oreille à l'autre et ne laissait de cheveux que derrière la tête. Saint Augustin n'y donnait aucune importance; mais les Anglo- Saxons trouvèrent les choses tellement graves qu'ils refusèrent tout commerce avec les Bretons tant que ceux-ci n'eurent pas adopté la coutume romaine.
§ 3. Les fêtes eeelésiastiques *.
Après les développements que nous avons donnés sur cette période, nous devrions parler de l'introduction de plusieurs
305. — Consulter les deux appendices sur les dissidences entre Rome et la Bretagne. Ces dissidences n'établissent aucune relation entre la Bretagne et l'Asie; elles ne prouvent rien contre Rome. Sur les six usages controversés, trpis avaient leur principe dans l'esprit national, et nullement asiatique, savoir : la tonsure, la liturgie particulière de la messe, l'aversion pour les clercs romains, et trois dans une adhésion malentendue aux doctrines mômes de Rome, savoir : les cérémonies complémentaires du baptême, le comput pascal, le célibat des clercs (ou maintien des monastères doubles). Des réformes avaient eu lieu à Rome, tandis que les Bretons s'en tenaient à l'ancienne pratique romaine. * Voir, pour les ouvrages à consulter, t. I, p. 592.