TOME II
exercés soit directement soit par ses lieutenants, les comtes et les évêques investis des droits de duc et de comte. Les villes lombardes et toscanes tendent chaque jour davantage à se gouverner elles-mêmes et à se constituer en républiques. Séduits par cet exemple de tant de villes de la Haute -Italie, les Romains s'avisèrent tout-à-coup qu'ils feraient bien, eux aussi, de se former en république, et, laissant au pape le souci des choses religieuses, de confier l'administration civile à des employés, des sénateurs, des patrices, etc., librement élus. Cette tendance, qui s'était déjà révélée sous Innocent P% s'était accrue sous ses successeurs immédiats, et Lucius II, pour avoir voulu supprimer le sénat établi au Capitole , fut mortellement blessé d'un coup de pierre.
Ce penchant des Romains fut encore stimulé par des hommes d'une grande éloquence et animés de passions sauvages, nommément par Arnauld de Bresce, que nous retrouvons plus loin, au chapitre des sectes et des hérésies de ce temps. Suivant lui, les richesses de l'Eglise, ses possessions terrestres étaient la cause principale de toute la corrruption qui régnait alors dans son sein ; d'où il concluait qu'il fallait réduire les évêques , les clercs , le pape lui-même aux dîmes et aux oblations volontaires, et enlever au pape les Etats de l'Eglise *. Enflammés par la peinture séduisante qu'il faisait des anciens temps de la répubhque, les Romains s'emparèrent des Etats du pape , l'obligèrent plusieurs fois à quitter Rome et confièrent la dispensation de la justice et le gouvernement des affaires temporelles à des autorités qu'ils instituèrent eux-mêmes. Effrayés toutefois des horreurs qui souillaient journellement leur république et qui la faisaient abhorrer de tous, les Romains ne tardèrent pas à y renoncer; ils invitèrent Conrad IIP à fixer de nouveau sa résidence à Rome et
* J.-D. Kœler, De Arnoldo Brix. Gœtt., 1742, in-'.». — K. Beck, Arnold von Bresc, dans Wissensch. Ztsch. v. Basel, 1824, livrais, il. — H. Franke, Arnold von Brescia und seine Zeit. Zûr., 1825.
* A Lotliaire III, mort le 3 décembro 1137, succéda le premier empereur de la maison des Hoheustauffen, Conrad 111 (1138, mort le 13 févr. 1152). — Jatlé, Geschichte des deatscli. ReiJies unter Konrad III, 314 p. Hauuov., 1845. — J. Janssen, Wibald von Stablo iind Corvey (1098-1158), 295 p., Munster, 1854, Wibald. Ein Beitrag zur Geschichte des zvjœlften Jahrh. (Hist.-pol. Blœtter, t. XXVI, 365-382, 447-464, 492-512.)— Phil. Jaffé, Biàliotheca rérum germanicarum ; le iomQ l, Monumenta corbeJensia,ùhOp.f