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TOME II

370 HISTOIRE DE L*ÉGLTSE.

résultat. Le pape avait les mêmes intérêts que les républiques italiennes; mais Frédéric attira les Romains dans sa cause, et Adrien allait l'excommunier quand il fut surpris par la mort.

Jusque-là Adrien et Frédéric n'avaient rien fait qui ne fut commandé par leur position réciproque ; tous deux avaient raison , selon qu'on se plaçait au point de vue de l'empereur ou au point de vue du pape. Dans cette lutte de principes , chaque combattant usait des moyens qu'il trouvait dans son autorité pour assurer le triomphe de ses idées. Désormais l'empereur sera évidemment dans son tort , parce qu'il emploira des moyens manifestement répréhensibles pour combattre les principes qui le contrarieront *.

* « Depuis la diète de Besançon, Frédéric avait conçu un plan hardi, éminemment funeste à la primauté romaine et médité peut-être depuis longtemps. Déjà il avait compris que la hiérarchie grégorienne constituait une grandeur inconciliable avec son idéal politique. Il fallait donc, sinon la renverser, du moins la rendre inoffensive en fondant une Eglise indépendante, gouvernée par un primat. Dans la surexcitation générale, les idées de nationalité étaient si puissantes, qu'un catholicisme allemand en tète du catholicisme romain semblait réalisable. «(Reuter, I, 31; Ficker, 18-20 ; Jaffé, Wattenbach et Héfelé apprécient les documents relatifs à ce sujet.) Le pape allemand devait être l'archevêque de Trêves, HiUin (et ses successeurs). Hillin envoya au pape Adrien IV la lettre que Frédéric lui avait écrite pour le stimuler, en exprimant le vœu « que les deux dieux de la terre » se réconciliassent. Le 19 mars 1158, le pape lui ayant répondu d'un ton irrité, Frédéric partit pour l'Italie afin de chàlier so7i vassal rebelle, Guillaume de Sicile. L'empereur était précédé par les ennemis mortels du pape, Othon de Wittelsbach et le chancelier Reinald de Dassel (juin 1158), qui déjà s'étaient emparés d'Ancone. Les évêques furent contraints de prêter à l'empereur le serment de fidélité sur les saints Evangiles. « La législation arrêtée sur le territoire de Roncaille (11 novembre 1158), sous prétexte de restauration, donnait à l'empereur une puissance inouïe. Evêques, princes et villes durent renoncer à leurs droits régaliens; on ne leur restitua que ceux dont la collation ancienne put être attestée authentiquement. Ils les posséderaient à perpétuité imperiali benefirÀo et regni nomine. (Hegel, loc. cit., II, 231-233; Reuter, I, 37.) Nul ne devait, sans la permission de l'empereur, rien donner à l'Eglise de ce qui provenait de ces fiefs. La formule du serment que les évêques devaient prêter, « agrandie outre mesure, » détruisait toute subordination envers le Saint-Siège.

L'élection à l'évêché de Ravenne, de même que la querelle de Bresce et de Bergame, échauffait de nouveau les lêtps. Déjà, dans ses lettres au pape, Frédéric plaçait son nom avant celui du souverain pontife [Flor. Tortual, Bischof Hermann von Veiden, 1449-11(37; Munst., 1866, p. 25.), et lui parlait en nombre singulier. Le 24 juin 1159, Adrien IV lui écrivit une lettre foudroyante où il lui reprochait les deux points mentionnés ci-dessus,

FRÉDÉRIC BARBEROrSSE ET ALEXANDRE III. 371

Il s'agissait alors de pourvoir à la vacance du Saint-Siège. Que Frédéric se donnât toute la peine imaginable pour élever sur le trône pontifical un homme qui ferait la paix aux conditions de l'empereur, rien de plus naturel, et il ne lui en faut pas savoir mauvais gré. Mais déjà plus d'un acte équivoque se mêlait à ces intentions. En obligeant les princes allemands à ne reconnaître pour pape que celui qu'il reconnaîtrait lui-même, il portait atteinte à la liberté de l'élection. Il parvint à attirer dans son parti les rois de France et d'Angleterre et à leur extorquer les mêmes promesses. Mais encore une fois, nous négligeons ces détails et nous arrivons 5^^ à la grande iniquité de Frédéric I". Quand on dut nommer ) le nouveau pape, vingt-trois cardinaux se prononcèrent pour s"^^^' Roland et trois seulement pour le cardinal Octavien, candidat de l'empereur ; encore ce dernier faisait - il partie de ce nombi^. Si l'on regarde à la valeur intrinsèque^ Octavien ne pouvait supporter la comparaison avec Roland, qui le surpassait de beaucoup par les qualités de l'esprit et du cœur, par les connaissances et les services rendus. En un mot, la question de droit ne faisait pas l'ombre d'un doute. Roland avait été nommé le premier, il avait la grande majorité des suffrages et valait infiniment mieux que son adversaire. On croyait donc que Frédéric se résignerait, malgré sa répugnance. Mais bien loin de céder, il ne songeait qu'à défendre son cardinal-pape. Et voici le moyen qu'il employa. Il assembla un concile et invita les deux élus à y comparaître. Roland (Alexandre III) crut à bon droit qu'il n'était pas obligé de s'y rendre, et du reste, il ne pouvait attendre aucune justice d'un synode composé d'évêques tout disposés à voter pour l'empereur. De plus, Frédéric ou son chancelier Reinald avait eu l'imprudence, dans sa lettre d'invitation,

puis le serment de fidélité des évoques et le châtiment de ses légats à Besançon : « Rentrez en vous-même, disait-il en terminant; car, après avoir mérité de nous la consécration et la couronne, nous craignons qu'en cherchant à prendre ce qu'on ne vous accorde pas, vous ne perdiez ce qui vous a été accordé. «L'empereur répliqua que tout ce que le pape possédait n'était originairement qu'un droit régalien, conféré autrefois par Constantin au pape Sylvestre. Il s'entendit avec les Romains contre le pape, et comme la mort de ce dernier semblait proche, ses partisans de Rome devaient travailler à l'exaltation du candidat agréable à l'empereur. Adrien IV mourut à Auagni le 1" septembre 1159.

de donner le nom de pape au cardinal Octavien , tandis que Roland y était simplement appelé chancelier de l'Eglise romaine. Alexandre III ne comparut donc point; il se considérait, et il rétait réellement, pour le véritable pape. Octavien, qui s'était appelé Victor IV, n'était qu'un antipape. Restait à savoir ce que feraient les autres parties de l'Eglise. Les rois de France et d'Angleterre eurent la justice de reconnaître que le pape légitime était non Victor, mais Alexandre III *.

* Alexandri III (7 et 20 sept. 1159 elect. et cons., mort le 30 août 1181) Vita, a Bosone card. conscr., ap. Walterich, II, 377-451. — Annal, ex œqual. collecti , 451-649. Ep. CDXCVI Alex. III, publiées par Martène. (Ampliss. coll., II, p. 655-1011) : 2,246 lettres de ce pape sont signalées par Jaffé; 1,521 ont été publiées par iMigne {Pair, lat., t. CG. Par., 1855); plusieurs, encore inconnues , se trouvent dans Villanueva, Viage literario a las Iglesias de Espana, Theiner, etc.

Herm. Reuter, Geschichte Papst Alexander's III und seiner Zeit, 3 t., 2 édit. complétem. nouvelles. Leipz., 1860-1864 , travail de plusieurs années et d'une grande profondeur. T. I, p. 588 (à partir de 479 « arguments critiques, ) » p. 233-479 sur l'Angleterre. — T. II, p. 695. Lpz., 1860, aun. 1164 jusqu'au 29 décembre 1170, jour de l'assassinat de Thomas Becket; p. 575-693, premiers critiques. — Le t. III, Lpz., 1864, p. 783, roule sur les dix dernières années d'Alexandre III et contient des généralités. — J. Tortual (participation de la Bohème aux luttes de Frédéric I" en Italie); t. I, guerre de Milan, 1158-59, Gœtt., 1865; t. II, le schisme entre Alexandre III et Octavien, Mûust., 1866. — Bischof Hermann von Verden. Mûnst., 1866. — P. Scheffer Boichorst, K. Friedrich's I letzter Streit m. d. Kurie. Berl., 1866. — Gerhohus v. Reichersberg, De invest. Antichr. et schism.f vers 1161, t. XX. Archiv. fur Kunde œsten\ Geschichtsquellen , par Sliilz. Wien, 1858, p. 127. — J. Bach, Propst Gerhoch von Reigersberg (mort le 23 juin 1169), ein deutsch. Reformator des xii Jahrh. Wien, 1865. — Convoqué à Pavie pour le 13 janvier 1160, le synode impérial s'ouvrit le 5 février, avec 50 évèques environ. Le 11 février, l'assemblée, terrifiée par le chancelier Reinald, reconnut Octavien (Victor IV) pour pape légitime. Il se trouvait à Pavie. Non-seulement Frédéric I" lui tint de bonne grâce l'étrier, mais il l'accompagna jusqu'à l'autel et lui baisa les pieds. Le 13 février, on prononça l'anathème contre Alexandre III.

IEn mai 1162, Alexandre célébra un concile national à Montpellier, et en mai 1163 un grand concile à Tours, auquel assistèrent 7 cardinaux, 124 évèques, 414 abbés. Le 23 novembre 1165,. Alexandre III rentrait solennellement à Rome.

En 1167, au printemps, le pape tint le concile de Latran ; mais le 24 mai l'empereur menaçait Rome, et le pape s'enfuyait à Bénévent. Le 1er août, Frédéric \" se fit couronner solennellement dans l'église Saint-Pierre, par son pape Pascal III. Son triomphe semblait consommé ; mais dès le i22 août, la peste éclatant dans son armée, lui enlevait 25,000 hommes, 'avec l'infortuné Reinald. L'année suivante, Frédéric s'enfuit, non sans Ipeine, en Allemagne, où il maintint violemment le schisme. — Pascal III Imort, il nomma un autre antipape (l'abbé Jean de Strume, Callixte III), et iUanâ l'automne de 1174, il entrait pour la cinquième fois en Italie.

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