‹ Histoire de l'EgliseChapitre 38 sur 253 · HENRI II ET THOMAS BECKET · texte numérisé non relu

HENRI II ET THOMAS BECKET

lion dans la chapelle royale restreignait considérablement la liberté des électeurs.

C'étaient là les points auxquels le nouvel archevêque ne pouvait point souscrire. Il les signa cependant, intimidé par une assemblée très-orageuse, par les menaces du roi et les vociférations des barons*. A peine sorti de l'assemblée, il se déclara traître envers l'Eglise et se crut indigne d'accomplir aucune fonction ecclésiastique. Il se considéra même comme excommunié et assujéti aux plus rigoureuses pratiques de la pénitence, tant que le pape ne l'aurait point relevé du serment prêté aux seize articles de Clarendon ^. Henri II en fut non-seulement surpris, mais irrité au plus haut degré. Privé

f de ses biens et persécuté , l'archevêque se vit obligé de demander un refuge au roi de France, Louis VII (13 octobre

^il64),qui était alors en hostililé avec l'Angleterre. Henri alla plus loin encore : il dispersa les chanoines, fit occuper le chapitre par des troupes, étendit sa colère jusque sur les parents de Thomas Becket, sans excepter les enfants en nourrice, et sur tous les prêtres qui lui étaient demeurés fidèles, nommément sur Jean de Sahsbury. Ces démêlés n'intéressaient pas seulement l'Angleterre, ils avaient une portée générale, et nul moins que le pape n'y pouvait rester étranger.

Le rôle que prit Alexandre 111 dans ce débat est remarquable et entre pour beaucoup dans la grande réputation qu'il a conservée à travers les siècles. C'était justement au plus chaud de sa querelle avec Frédéric Barberousse, et Frédéric tâchait de tirer parti de ces embarras. Henri II était tout prêt à déserter la cause d'Alexandre 111 et à reconnaître l'antipape. Henri II et Frédéric P"^ avaient même procuré à ce sujet une conférence à Wurzbourg, où se présentèrent

* Du moins « la conduite qu'il suivit pouvait s'interpréter comme un consentement. » (Héfelé, V, 557.) — Lui et ses amis soutenaient, à l'exception de Guillaume Fitz-Etienne , qu'il n'avait jamais mis son sceau à ce document.

* Ces articles, il les justifiait encore dans une lettre à Alexandre III, qui se trouvait alors à Sens (27 février H64). Le pape lui répondit dans trois lettres qu'il ne pouvait approuver ces articles et que les évèques anglicans n'étaient pas tenus de les observer. Le regret et la pénitence de Becket paraissent avoir commencé immédiatement après ( vers le lef mars). Il se frappa lui-même d'une suspense a sacris, qui, après quarante jours environ, fut supprimée par lettre du pape du 1er avril.

au moins les légats de Henri II (mai li65). On pouvait donc croire qu'Alexandre III porterait l'indulgence à l'excès, afin de ne point accroître le nombre de ses ennemis. Il n'en fut rien. Il soutint les droits de l'Eglise, les exposa avec une grande vigueur et représenta au roi combien il avait été injuste envers Thomas Becket*. D'autre part, il faut avouer aussi que Thomas Becket n'est pas précisément un des grands héros de l'Eglise contemporaine. Sa fermeté malgré la rigueur de ses pénitences, n'était pas rehaussée par cette humihté intérieure et ces sages tempéraments dont un pasteur de l'Eglise ne doit jamais se départir. Il était donc opportun qu'Alexandre III intervînt, car malgré tous ses malheurs, son cœur ne s'était point endurci et son âme ne conservait aucune aigreur. Sachant allier l'esprit de douceur à la fermeté, il réussit enfin, après une foule d'autres démêlés entre Thomas Becket et Henri II, à les réconcilier l'un et l'autre. Becket, remonté sur son siège épiscopal, excommunia, contre toute attente, plusieurs évêques, qui pourtant étaient compris dans la conclusion de paix 2. Le roi, à cette vue,

* La lutte et la mort de Becket prouvent, dit Héfelé (tome V, page 585), qu'Alexandre III ne fut pas rigoureusement conséquent dans sa conduite ; quant aux cardinaux romains, ils avaient donné prétexte à cette phrase de Henri II, « qu'il avait toute la cour dans son escarcelle» (p. 591). En France, des plaintes violentes retentissaient contre le pape et sa cour; l'animation y était si vive que l'empereur espérait gagner à sa cause le roi Louis VII.

* Par bref du 10 septembre 1170, le pape avait autorisé Th. Becket à excommunier et suspendre les coupables et les séducteurs du roi, l'archevêque Roger d'York, l'évêque Gilbert de Londres, etc.; mais seulement en cas d'extrémité et du consentement du roi de France. (Reuter, II, 210; Héfelé, V, 601.) — Thomas fut dissuadé de retourner en Angleterre; mais prévoyant le martyre, il partit de Sens le 1er novembre 1170, et le 15 décembre H 70, il entrait solennellement à Cantorbéry. Il s'était fait précéder des bulles d'excommunication contre Gilbert de Londres et Jocelin de Salisbury, ainsi que des décrets de suspense contre Roger d'York, «afin de déjouer leurs machinations» (contre lui). Le 24 décembre, Roger disait au roi : « Tant que Thomas sera en vie, vous n'aurez point la paix dans votre royaume et ne verrez point d'heureux jours. » — A ces mots, le roi s'écria : « Un drôle qui a mangé mon pain m'a foulé aux pieds ! Quels lâches ai-je donc nourris ! N'est-il personne parmi vous pour venger ma honte sur ce prêtre vulgaire ? » Quatre chevaliers l'entendirent et prirent la route de Cantorbéry. Le roi leur envoya des messagers pour les rappeler. C'était trop tard. Ils tuèrent Becket près de l'autel de saint Benoit. Ses dernières paroles furent : « Je remets mon âme entre vos mains. » (Reuter, II, 533.) Le peuple, même

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