TOME II
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s'éleva sous son règne*. Ce fut lui proprement qui assura dans la pleine signification du mot la souveraineté des papes sur les Etats de l'Eglise. A Rome^ il força le gouverneur impérial à lui prêter le serment de fidélité, expulsa les Ailemands qui possédaient en fiefs la marche d'Ancône, le duché de Spolète et autres domaines de la Basse-ItaUe, qu'il réunit définitivement aux Etats de l'Eghse; posa des bornes à la monarchie sicilienne ( on entendait sous ce nom l'ensemble des droits exercés, souvent même en matière religieuse, par le roi de Sicile en vertu d'un contrat spécial passé entre lui et le pape. Sous cette monarchie, fondée pendant le règne d'Urbain II, le roi était reconnu comme légat du pape et décidait en dernière instance toutes les affaires ecclésiastiques, grave inconvénient pour l'Eglise), et renouvela les appels à Rome. Son impartiale sévérité à soutenir, même contre les premières puissances de la terre, la discipline et les intérêts de la morale, éclate dans sa conduite envers Philippe-Auguste, roi de France (1181-1223). Philippe venait de répudier Ingeburge, princesse danoise (depuis 1193) à laquelle il était uni par un légitime mariage; et après avoir fait prononcer son divorce, avec l'assentiment probable de l'épiscopat français ^, il avait
' Gesta Innocenta III, ap. Baluz., Brequigny, Migne, t. I, auctore anonyiïio coœvo, c. Mccxx (Histoire des onze premières années de son règne). — A. -Th. Rottengalter, Res ab Innocent. III papa gestœ. Vratisl., 1831. — Ab. Waibel, Papsl Innoc. der Dritte. Augsb., 1845 (extrait de Hurter). — L.-V. Delisle, Mémoù^e sur les actes d'Innocent III, suiui de l'itinéraire de ce pontife. Par., 1857.
2 L'archevêque Guillaume de Reims invalida le mariage, parce qu'Ingeburge était parente au quatrième ou cinquième degré d'Isabelle d'Hennegau, femme défunte du roi (1193). — Le 14 janvier 1200, l'interdit fut jeté sur la France, et levé le 4 septembre. Le 2 mars 1201, l'affaire d'Ingeburge devait être examinée au concile de Soissons. Le roi fit une soumission apparente, accueillit de nouveau Ingeburge, sauf à renfermer bientôt après. Agnès étant morte en 1201, Innocent déclara ses deux enfants habiles à la succession. Ingeburge fut traitée avec une grande dureté. En juin et décembre 1203, puis en 1205 et 1208, Innocent III en écrivit au roi, mais sans succès. Le roi demandait le divorce et la faculté de se remarier. Enfin, en 1213, il se réconcilia avec Ingeburge, vécut désormais en paix avec elle, et dans son testament rendit hommage « aux mérites de sa femme. » (Hurter, I, 180-192, 400-i02, 554; H, 338. — Brischar-Stolberg, t. LI, 23-67. — Bouquet (Brial), Recueil (t. XVII-XIX). — Suhm, Geschichte von Dœnemark, t. VIII. — J. M. Schulz, Phi/ipp Augiist, Kœnig von Frankreich, und Ingeborg, Prinzessin von Dœnemark. Kiel, 1809. — J.-B. Capefigue, Histoire de Philippe-Auguste, 3e édit. 2 vol, Paris, 1842.)
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épousé Agnès de Méranie (1 lOG). Après de longs efforts tentés par le pape pour décider le roi à rompre cette union illégale, la France fut frappée d'interdit (janvier 1200), et Philippe contraint de reprendre Ingeburge. Le même sort échut, dans un cas semblable, à Alphonse IX , roi de Léon en Espagne *. En Angleterre, le pape fut mêlé à une controverse d'un caractère particulier, et où la puissance pontificale apparut dans toute l'étendue qu'elle embrassait alors *.
La promotion au siège archiépiscopal de Cantorbéry avait donné lieu à une double élection controversée (1205). Innocent III annula les deux choix, et ordonna qu'un troisième serait fait par les députés du chapitre, qui alors se trouvait à Rome. Us choisirent l'Anglais Etienne Langton, cardinal depuis 1212. Le roi d'Angleterre, Jean sans Terre, prince mal famé, se déclara mécontent de cette conduite du pape, et pour en donner une preuve publique et manifeste , il chassa les chanoines de Cantorbéry, confisqua les domaines du chapitre et les fit occuper par des troupes royales. Le pape, qui n'ignorait point la conduite irréfléchie du roi Jean, mais qui espérait encore le ramener dans la bonne voie, lui exposa les suites fâcheuses de ses actes, tout en se justifiant lui-même des mesures qu'il avait prises. Il invita les évêques anglicans à conjurer le roi de ne point entraver le cours de la justice. Plus furieux que jamais, Jean fit éclater sa colère par de nouvelles violences. Innocent III frappa d'interdit le royaume tout entier (1208). Jean usa de représailles, et redoublant de sévérité contre l'Eglise, chassa les ecclésiastiques anglais, les mit tous hors la loi, confisqua leurs biens et les abandonna à la merci du peuple. Plusieurs furent égorgés, sans parler des actes de barbarie qu'il exerça envers quelques-uns. Il ne resta que quatre évêques, qui fléchirent devant le roi. Non content de l'excommunier (1209), Innocent
» Hurler, I, 201, 298, 596, G53, II, 15. — Stolberg-Brischar, t. XLVII, p 211-223. Bérangerie était tille d'Alphonse Vlll de Gastille, et parente au deuxième ou troisième ^egré d'Alpliouse de Léon, qu'elle épousa en 1198. Eu 1199, elle mil au monde Ferdinand (surnommé plus tard le Saint), puis deux autres enfants. En 1204, ils rompirent librement leur mariage, et les droits de Ferdinand à la succession furent reconnus par les cortès.
* J. Lingard, Hist. d'Angleterre. — Lappenberg-Pauli, Geschichte von England., t. III. Hamb., 1853, p. 293-349.
le déclara privé de son royaume, avec menace d'excommunication contre tout sujet qui le reconnaîtrait encore pour son roi. Ces mesures produisirent tous les effets qu'en attendait le pape ; Jean dut se résoudre à faire des concessions , et quelles concessions ! Le pape , absolument dans les termes énoncés par Grégoire YII et selon ce qui était passé en principe dans la cour de Rome , se considéra comme le représentant du Christ non-seulement dans l'empire de la grâce, mais encore dans Tordre de la nature, et disposa du royaume d'Angleterre. Jean sans Terre remit sa couronne au légat du pape Landolphe, lequel la restitua au roi au nom du pape, pour marquer que celui-ci avait le droit d'ôter et de rendre les royaumes. Jean reconnut également pour archevêque de Cantorbéry Etienne Langton, nommé par l'entremise du pape. Mais ce qui est encore plus remarquable peut-être, c'est que le pape déposa Jean sans Terre et conféra son royaume au roi de France Phihppe-Auguste*, lequel, en acceptant ce don, reconnut implicitement le droit du pape de disposer des empires, et prit toutes les mesures pour entrer en possession de l'Angleterre. Toutefois après la soumission de Jean, Philippe reçut l'ordre de rester en France. 11 en fut étonné, sans doute, mais il se résigna.
Cette puissance illimitée des papes , l'histoire de l'Allemagne en offre également des exemples ; c'était le pays qui donnait alors le plus à faire aux papes ; il absorbait toute leur
* « Le pape ouvrit au roi de France des perspectives sur le trône d'Angleterre, pour le cas où Jeanne se soumettrait pas. » (Héfelé, Y, 728.) Celuici, du reste, avait commis tant de barbaries et de bestialités, que sa déposition semblait une nécessité, et que les Anglais eux-mêmes la demandaient au pape.
Quand les armées de France et d'Angleterre furent en présence, le roi Jean reçut la visite du légat Pandolf, et jura à Dover, le 13 mai 1213, qu'il se soumettrait à la sentence du pape. Le 16 juillet 1213, Etienne Langton et les évéques expulsés rentrèrent en Angleterre Le 20 juillet, Jean fut absous de l'excommunication. Il fut convenu que l'Angleterre et l'Irlande seraient des fiefs du pape, et en reconnaisance de ce titre paieraient annuellement à Rome 1,000 livres sterlings. — Bientôt après, le 29 juin 1214, l'interdit qui pesait sur l'Angleterre depuis six ans et trois mois, fut levé. Battu par les Français à Bovines, près de Lille (27 juillet 1214), avec Othon de Braunschweig, Jean se vit extorquer la grande charte par la noblesse révoltée d'Angleterre. Innocent III prit alors sa défense, excommunia ses ennemis et suspendit Etienne Langton , hostile à la cause du roi.
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sollicitude. Henri YI, mort le 28 septembre 1197, avait laissé un fils mineur (né le 26 décembre 1194), qui fut connu plus tard sous le nom de Frédéric II. Déjà les Allemands Tavaient reconnu pour roi; mais comme il était encore mineur, les princes d'Allemagne retirèrent leur promesse et procurèrent une nouvelle élection. Les suffrages se partagèrent entre le guelfe Othon , fils de Henri le Lion, et Philippe de Souabe, oncle de Frédéric II (1198). Tous deux avaient à peu près les mêmes droits et étaient égaux en puissance. Innocent III se prononça pour Othon et excommunia Philippe de Souabe *. Philippe se soutint néanmoins, renoua des relations avec Innocent III , et lui fit les plus grandes promesses relativement à des privilèges ecclésiastiques. On avait fini par croire qu'il parviendrait encore à se faire reconnaître des papes, lorsqu'il fut assassiné près de Bamberg (21 juin 1208). Othon IV allait donc rester possesseur paisible du royaume , à la condition qu'il s'engagerait à remplir toutes les promesses que Philippe avait faites au pape. Mais à peine couronné empereur, Othon s'appropria toutes les maximes de ses devanciers. 11 fit occuper la marche d'Ancône et Spolète , à titre de fiefs impériaux , et se permit en outre quantité de choses qui mécontentèrent hautement le pape. Excommunié en 1210, il fut déposé en 1211. Innocent III appela en Alle-
* Héfelé, Wie dachte sich Innocenz III das Verhœltniss des Papstes zur Kaiserwahl ? {Tûh. theol. Quartalschrift, 1862, p. 603-623.) — Concilien- Geschichte, Y, 677,683-699. — D. Abel, KœnigPhipp der Hohenstaufe, p. 486. Berl., 1853, Philippe avait pour lui la priorité de l'élection et la majorité des princes; mais le couronnement d'Othon (à Aix-la-Chapelle, 12 juillet 1198, par l'archevêque Adolphe de Cologne, qui avait le droit de couronnement) semblait plus légitime. {Innoc. III Registrum de negotio romani imperii (jusqu'en 1209 seulement), ap. Migne, t. CCXIV.) — Bœhmer, Regesten <L Kaiserreichs v. J. 1198-1254. Stuttg., 1849. — Le pape refusa aussi longtemps que possible d'intervenir dans cette affaire; mais il revendiquait le droit de conférer la couronne impériale et de la donner au roi qui lui semblerait légitime ; c'est-à-dire qu'en présence de deux candidats contendants, si les Allemands ne parvenaient pas à s'entendre, c'était le pape qui décidait. Le pape nomma Othon, parce qu'il lui parut moins hostile à l'Eglise que Philippe (1201). Othon, dans sa reconnaissance, se nomma empereur romain par la grâce de Dieu et du pape, et plasma spéciale de l'Eglise romaine. (Phillips, Kirchenrecht, III, 192-231. — Phillips, Die deutsche Kœnigswahl bis zur goldenen Bulle. Wien, 1858.) En conséquence de cet acte, Othon vit croître sa puissance, 1203; s'il déclina ensuite, ce fut de sa propre faute. Philippe mort, Othon fut généralement reconnu (novembre 1208), grâce surtout à Innocent III.
magne le fils de Henri VI, Frédéric de Sicile encore mineur, et invita les Allemands à le nommer roi*. Une grande partie des princes d'Allemagne se rattacha aussitôt au jeune Hohenslauffen, qui donnait de grandes espérances. Contraint de quitter l'Italie , délaissé de tous , abreuvé d'humiliations et privé de toute autorité, Othon mourut dans le plus profond mépris. Frédéric, selon le vœu d'Innocent III, fut couronné roi des Allemands à Aix-la-Chapelle.
Ces quelques exemples montrent clairement les merveilleux progrès que l'autorité et la puissance des papes avaient faits sous Innocent III. Nous pouvons même dire qu'il y avait à peine en Europe un Etat pour lequel Innocent n'eût pas ou édicté des lois, ou donné des garanties de paix, ou confirmé des traités avec un Etat voisin. En Hongrie , il fut l'arbitre de la concorde entre le roi et les princes. Le roi Pierre d'Aragon déposa spontanément sa couronne sur le tombeau de saint Pierre et la reçut ensuite des mains d'Innocent III. Le roi Jean de Bulgarie reçut également de lui la couronne royale ^.
• « Innocent III, pour précipiter l'indigne et dangereux Othon, sacrifia les raisons impérieuses qui militaient contre l'union de la couronne sicilienne à la couronne allemande, et en se prononçant pour Frédéric II, il donna a la papauté elle-même le plus dangerereux adversaire. » (Héfelé, Quartalschrift, 18G2, p. 620.) Pertz, Monum. germ. Legcs, II, p. 201,216; 224-233. — Othon IV, rompit aussitôt la promesse qu'il avait faite lors de son couronnement (4 octobre 1209). « L'histoire connaît peu d'exemples d'une si noire ingratitude. » (Bœlimer, Regestes, p. 19.) En novembre 1210 et le jeudi saint 1211, le pape l'excommunia pour s'être parjuré et avoir attaqué la Sicile et les Etats de l'Eglise. Frédéric II, élu roi d'Allemagne en 1212, promit au pape (12 juillet 1213) d'être son « bienfaiteur et son soutien, » mais il n'en fit pas plus qu'Othon IV. On devait supprimer le droit de dépouille, rétablir les appels à Rome et la libre élection des prélats, garantir l'Etat de l'Eglise et le rétablir dans sa situation territoriale, y compris la donation de Mathilde. Pour opprimer « l'enfant de Sicile et le roi des prêtres, » Othon IV s'unit à Jean d'Angleterre; mais battu à Bovines par les Français (27 juillet 1214), il revint dans le Braunschweig, et mourut sans gloire, mais repentant (19 mai 1218). Frédéric II fut couronné à Aix-la-Chapelle le 25 juillet 1215, et promit une croisade. (Schirrmacher, t. 1. — Otto Abel, Kaiser Otto IV U7id Kœnig Friedrich II. Berl. 1856. — Wiederhold, De bello, quod Otto IV gessit cum Frederico IL Regiom., 1857. — Stolberg-Briâchar, L (V), p. 164-232.)
* Hurter, Peter I von Innocenz III gekrœnt, I, 657 ; II, 168; IV, 167 (sur la Hongrie). — Bulgarie I, 503, 667 (fut plus tard infidèle à l'Eglise et combattit les croisés). — Dan. Lessmaun, Papst Innocenz III und Fûrst Michael Glinski. Berl., 1830.
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Lorsque ce pape puissant, dont les qualités personnelles, •, '
comme nous l'avons dit, contribuèrent beaucoup à l'agran- ^^ dissement de la papauté, sentit sa fm approcher, il convoqua \ \ y
un concile universel (1215), le quatrième de Latran, l'un des J/ » ij^; plus brillants qui aient jamais été assemblés. On y remarquait ' ^^' près de cent archevêques, quatre cent douze évêques, huit cents abbés et prieurs, les patriarches de Constantinople, d'Antioche et de Jérusalem, soit en personne, soit dans leurs représentants, les délégués de tous les rois d'Europe et d'un très-grand nombre de princes. Plusieurs souverains y figuraient en personne *. Ce concile fit paraître la puissance pontificale dans toute sa splendeur et son étendue. Les excellents et très-nombreux canons qui y furent portés concernaient 1 les plus graves intérêts de la discipline et de la foi. Nous aurons plus d'une fois l'occasion d'y revenir 2.
Monté sur le Saint-Siège en 1198, Innocent III mourut le 16 juillet 1216, après un règne de dix-huit ans.
Le même Frédéric dont il a été parlé plus haut, et qui était redevable du trône d'Allemagne à Innocent III, causa à son successeur immédiat non«6eulement beaucoup d'ennuis, mais encore les plus vives alarmes et les plus poignantes douleurs qu'un pape puisse ressentir. Outre la couronne d'Allemagne, il devait encore à Innocent III la couronne de Sicile, qu'il avait obtenue par droit de succession. Ce pape, que sa mère Constantia^ devenue veuve, lui avait donné pour tuteur, avait sauvé pour lui, en face des hordes rebelles, Naples et la Sicile; c'était lui qui, par ses sages mesures, par l'appui qu'il n'avait cessé de donner à Frédéric, par d'énormes sacrifices pécuniaires, l'avait maintenu dans la possession inviolable de ses provinces héréditaires. Il est certain enfin que Frédéric devait les meilleures parties de son éducation à Innocent III, qui avait fondé sur lui de grandes espérances et s'était hâté de le mettre en possession de l'héritage de ses pères. Mais les choses tournèrent d'une manière inattendue. Frédéric avait reçu de la nature de nobles et riches quahtés; mais un vent pestilentiel avait soufflé sur lui , et son souvenir éveille
> Héfelé, Conc.-Geschichte, V, 777-806.
*Ouvertle 11 novembre 1215; il u'eut que trois séances, 11, 20, 30 novembre. Soixante-dix décrets furent rendus.
plus d'une impression douloureuse. Nous ne lui savons pas mauvais gré précisément d'avoir essayé , dès qu'il fut roi et empereur, de défendre de toutes ses forces les prérogatives impériales ; mais il alla plus loin encore que ses prédécesseurs, et fit quantité de choses qui nous le montrent sous un aspect tout-à-fait étranger aux hommes du moyen -âge. Il est nécessaire d'entrer ici dans quelques considérations, afin de découvrir le secret de la grande lutte qui allait bientôt se développer. Les faits particuliers sont connus par l'histoire politique ; mais il importe de bien démêler les principes qui, au moyen-âge^ furent l'âme des événements^ d'autant plus qu'ils serviront à expliquer la plupart des faits qui vont se dérouler.
En somme, Frédéric II marcha dans la même voie que son grand-père Frédéric I", mais il l'agrandit en largeur et en profondeur. Dans la période écoulée depuis la mort de Frédéric 1" (10 juin 1190) et le commencement du règne de Frédéric II, le pouvoir pontifical s'était considérablement accru. Le principe était le même, mais les magnifiques développements que nous lui av»ns vu prendre avaient beaucoup agrandi l'influence du pape. De là vient que Frédéric II se crut lui-même obligé, comme empereur, de se donner plus ample carrière, afin de défendre les droits de l'empire contre la papauté. Il avait donc, dès le début de son règne, recueilli certains principes qui, sans doute, furent bientôt connus du pape, et que lui-même, parvenu à un âge plus avancé, formula publiquement dans une lettre adressée à son contemporain saint Louis , roi de France , ainsi qu'on le voit dans le recueil des lettres de Pierre des Yignes , son chancelier et secrétaire. Un passage de cette lettre donnera une juste idée des vues et des tendances de Frédéric. « Mesl efforts, disait-il, ont toujours tendu à ramener les ecclésias-\ tiques, et surtout ceux du haut rang, à l'état de la primitive | Eglise, où ils menaient une vie apostolique et suivaient l'humilité du Seigneur. Les prêtres alors étaient encore en relation vivante avec un monde supérieur; ils guérissaient les malades, ressuscitaient les morts, s'assujétissaient les rois et les princes, non par les armes, mais par leurs vertus. Les prêtres actuels, au contraire, sont esclaves du monde;