‹ Histoire de l'EgliseChapitre 41 sur 253 · FRÉDÉRIC II ET GRÉGOIRE IX · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II ET GRÉGOIRE IX

enivrés de ses plaisirs, ils méprisent Dieu, et l'excès de leurs richesses étouffe en eux tout sentiment profond et religieux. Ce serait donc une œuvre charitable que de leur enlever ces richesses corruptrices , et pour cela, il faut que vous, » saint Louis et les autres souverains de l'Europe , « secondiez mes efforts. »

Si Frédéric I" n'avait aspiré à devenir maître en Italie que dans la mesure nécessaire pour exercer les droits de souveraineté sur les Etats de l'Eghse, afin de pouvoir ainsi empêcher le pape de rendre des décrets de déposition, le but de Frédéric II était de ravir complètement au pape les Etats de l'Eglise, d'enlever les fiefs de l'empire à tous les ecclésiastiques haut placés et de les rattacher à l'empire. Ce but capital , Frédéric II y avait visé dès le début de son règne ; c'est ' là, dit-il dans sa lettre à saint Louis et à d'autres souverains, « que ses efforts ont toujours tendu. » Nous avons aussi de saint Louis lui-même une lettre qui figure également dans le recueil de Pierre des Vignes; ce pieux roi dit de Frédéric II qu'il visait à réunir le sacerdoce à l'empire ^ Ainsi, tandis que les papes de ce temps croyaient que toute la puissance temporelle se résumait dans la papauté , Frédéric II, suivant saint Louis, avait formé le dessein de concentrer en sa personne impériale et royale la suprême dignité ecclésiastique. C'est à ces extrémités qu'on en était venu sous le règne et par les efforts de Frédéric IL

Cette même tendance , nous la retrouverons encore plus tard dans un empereur, Maximilien I", excellent chrétien d'ailleurs et tout-à-fait favorable^ à l'Eglise. Cette pensée

^ Epistolœ Pétri de Vineis, cancellarii Friderici H, imp. (mort en J249), cur. J.-R. Iselin. Basil., 1740, 2 vol. — S.-Fr. Halm, Collectio monumentoruiu veterum. Bruns., 1724-1736, 1, p. 116-278. — De rébus gestis Friderici II. Basil., 1566.

* Si favorable que dans ses vieux jours il se donna, pour devenir chef de l'Eglise, pape, presque autant de peine que l'ambitieux Wolsey, chancelier d'Angleterre. — Alfr. Reumont, Beitrœge zur italien. Geschichte, G vol. Berl., 18.H3-1857. Tome III, Der Kardinal Wolsey und der heil. Stuhl ; Karl. Lanz : Aktenstûcke u. Briefe zur Geschichte Kaiser Karl's V. Wien, 1857. — Jos. Aschbach, Halte Kaiser Maximilian I die Absicht, Papst zu iverdoi? dans Dieringer, Zeitschrift fur Wissenschaft und Kunst, t. m. Kœln, 1845. En 1511, il écrivait à sa fille Marguerite : « Demain, j'envoie à Rome l'évêque de Gurk pour qu'il demande au pape (Jules II) de me prendre pour son coadjuteur. » — Pour être absurde, ce fait n'est

donc, si Frédéric l'avait eue véritablement, ne serait point en soi ce qu'il y aurait de plus excentrique et de plus surprenant ; voici surtout ce qui nous étonne en Frédéric , ce qui explique à la fois la violente colère des papes contre lui, comment, lorsque l'affaire éclata, il fut complètement répudié par son siècle, comment, malgré toute sa puissance, il pouvait à peine se remuer, comment enfin, traversé dans tous ses desseins, battu au dedans et au dehors , il succomba dans la lutte qu'il avait provoquée.

Dans sa querelle avec la papauté, Frédéric II s'était attaqué à la doctrine de l'Eglise représentée par le pape et par tout l'épiscopat. Ce fait indubitable est confirmé même par des auteurs mahométans. On a publié à Paris, il n'y a pas longtemps, des extraits d'auteurs mahométans contemporains des croisades et qui ont écrit, à leur point de vue sans doute, l'histoire du treizième siècle. En parlant du séjour de Frédéric Il en Palestine pendant la croisade (1228), ils disent qu'il se prononça plus d'une fois contre les enseignements du christianisme*. Ces témoignages, rendus sans passion et sans préjugé, et confirmés par des auteurs d'Occident, ne permettent guère de conserver des doutes. Néanmoins, tout en admettant ce fait, je n'oserais préciser rigoureusement en quoi consistaient ses erreurs; ce n'est pas que nous manquions de renseignements, nous en trouvons jusque dans les écrits des papes et les actes du procès de Frédéric; mais toutes ces données sont peu cohérentes et se contredisent même en partie.

Grégoire IX (19 mars — 21 août 1241) ', avec lequel Frédéric II rompit d'abord et d'une manière éclatante, lui repas moins historique. (Le Glay, Correspondance de l'empereur Mnxirnilien et de Marguerite d'Autriche, II, 37. — Alb. Jaeger, Ueber Kaiser Maximilian's I Verhce/tniss zum Papstthume. Wieu, 1834.)

^ Reinaud, Histoire de la croisade de l'empereur Fi^édéric H, 2 tom,,

* HonoriusIII (1216-1227), Epist. ccTL\m de rébus francicis ah ann. 121G- 1222, lib. X; ap. Bouquet, XIX, p. 610-778. — Héfelé, Popst Gregor IX und Kaiser Friedrich II, der Kreuzzug des Letztern, daus Tijb. theol. Quart alschrift, 1863, p. 252-282. — Cofic.-Gesch., V, 849-869. Le traité De tribus impostoribus n'est pas de Frédéric, qui nia le propos qui lu avait été imputé dans le bref du 21 mai 1239; il émane du seizième siècle — Héfelé, I, 340-343, dans Beifrœge zur Kirchengeschichte.

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