FRÉDÉRIC 11 ET GRÉGOIRE IX
proche, comme un crime inouï, d'avoir traité d'imposteurs Moïse, le Christ et Mahomet, et surtout d'avoir dit que Moïse et Mahomet étaient morts glorieusement, tandis que le Christ avait été tué d'une façon ignominieuse. Il lui reproche en outre d'avoir prétendu qu'il était impossible que le Créateur fût né d'une créature, c'est-à-dire que Dieu se fût fait homme, que le Christ eût été conçu du Saint-Esprit. Enfin , il l'accuse de soutenir qu'on ne doit croire que ce qui peut être démontré par la raison. Ces griefs, si nous en croyons l'historien anglais Matthieu Paris , célèbre religieux de l'ordre de saint Benoît, seraient autant de calomnies imaginées par les enner mis de Frédéric. Et après avoir cité plusieurs autres anecdotes également inventées, selon lui, par les ennemis de ce prince, il dit en terminant : a Ce qu'il y a là de vrai et de faux. Dieu le sait. » Il laisse donc la chose indécise. Suivant l'auteur d'une histoire de Grégoire IX, les égarements de Frédéric II proviendraient de ses relations avec les Grecs e\ les mahométans, lesquels, en leur qualité d'astrologues, auraient trouvé accès dans son esprit en lui prédisant l'empire universel. Il ajoute que Frédéric II se tenait lui-même pour une incarnation d'une nature particulière, et disait que Moïse, le Christ et Mahomet avaient été « trois imposteurs, » que lui était appelé à détruire une quatrième imposture , la papauté. Il y a également contradiction dans le récit de ce biographe : en même temps qu'il accuse Frédéric d'avoir un goût très-prononcé pour Tislamisme, il le fait traiter Mahomet d'imposteur. Si donc il est avéré que l'âme de Frédéric était corromp^ie par le souffle de l'incrédulité, il est impossible de marquer exactement et en détail en quoi consistaient ses erreurs. Des historiens plus modernes ont pensé qu'on pourrait, non sans vraisemblance, lui attribuer le traité De tribus impostorihxis y dont une partie fut propagée d'abord clandestinement, et, plus tard, une autre partie, publiquement. Je ne partage point cette opinion. Cet écrit, que nous possédons encore, et qui est un des plus abominables qui existent, émane du dix-septième siècle , et a été une des soiu'ces de l'incréduhté du dix-huitième. Qu'il ne vienne pas du moyenâge, on peut, je crois, l'établir par de bouiies raisons ; mais elles ne sont point de notre sujet.
Voilà donc où en était venu Frédéric II. Et c'est parce qu'il en était venu à cette extrémité , et que ses contemporains le savaient, que nous nous expliquons ses démêlés avec le pape aussi bien que sa défaite. J'en rapporterai succinctement les détails afin d'en rappeler le souvenir à ceux qui les auront lus ailleurs.
Lorsque Frédéric II fut couronné à Aix-la-Chapelle roi des Romains et roi des Allemands, il dut s'engager à tenir la Sicile séparée de l'Allemagne, à ne point instituer son fils Henri roi d'Allemagne en même temps que roi de Sicile, puis à entreprendre une croisade le plus tôt possible. Frédéric ne tint aucune de ces promesses. Il ajourna la croisade sous différents prétextes, et cette cause seule l'impliqua dans mille embarras avec Ilonorius III, quoique ce pape, doué d'une grande bonté de cœur, n'en vînt jamais à une rupture proprement dite.
Il n'en fut plus de même sous le pontificat de Grégoire IX. Frédéric II fut excommunié (29 septembre 1227) et essaya vainement de se mettre à la tête d'une croisade : qu'un prince excommunié portât le drapeau de la croix et se battît contre les infidèles, cela semblait comme impossible et on n'en tenait aucun compte.
En 4230, cependant, la paix fut rétablie entre Grégoire IX et Frédéric II , mais elle ne vida à fond aucune question et dura peu de temps. Les combats heureux et importants par leurs conséquences livrés en Lombardie par l'empereur, inquiétèrent le pape. Comme il redoutait les dernières extrémités et que de graves accusations planaient sur Frédéric II, il l'excommunia de nouveau et s'en expliqua à la face de toute l'Eghse. Frédéric se justifia dans des lettres adressées à tous les souverains. Dans ces documents publics, nous voyons avec peine le pape et l'empereur se traiter mutuellement d'une façon peu convenable. Les termes offensants dont ils se servirent ne pouvaient que les rabaisser aux yeux du monde et décréditer peut-être l'empire et la papauté. La discorde en vint au point que Grégoire IX résolut d'assembler un concile universel pour y faire débattre et vider la querelle. Mais Frédéric s'empara d'une partie des évêques qui se rendaient auprès de Grégoire (13 avril 1241), et en les retenant