‹ Histoire de l'EgliseChapitre 43 sur 253 · FRÉDÉRIC II ET INNOCENT IV · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II ET INNOCENT IV

prisonniers, empêcha la réunion du concile. Grégoire IX mourut de chagrin et de vieillesse (21 août 12il)^ sans avoir eu le bonheur de réaliser aucun de ses desseins contre Frédéric < . J? ' ^ "^

Cette fois , un homme allait monter sur le Saint-Siège, qui KaaaA^^^ serait capable de tenir tête à Frédéric. Nous avons nommé ^ Innocent IV*, de la famille génoise des Fieschis. Ferme et persévérant, Grégoire IX manquait de prudence, et, malgré sa haute vieillesse, se laissait souvent emporter par la passion. Innocent , au contraire , pesait toutes choses avec un imperturbable sang-froid. A la réflexion, l'une de ses qualités dominantes, il joignait la sagacité et la réserve, la persévérance et la force du caractère^. Frédéric II avait donc rencontré un adversaire de sa taille. Des négociations entamées entre eux n'aboutirent à aucun résultat. Innocent, voyant Frédéric tout-puissant en Italie, se prit à craindre qu'il ne voulût s'emparer de sa personne. Il quitta l'Italie (juillet 124-4) et se dirigea vers la France, devenue depuis longtemps l'asile ordinaire des papes que les Romains ou les empereurs obligeaient à prendre la fuite. Innocent IV y convoqua (28 juin 1245) un concile universel, qui fut le premier concile de Lyon'*. Un des principaux objets qu'on y devait

* Héfelé , Conc.-Gesch. Die Beziehungen zwischen Friedrich II und Gregor IX, vom Frieden zu San Germano (^l juillet 1230) bis zur Excommunication des Kaisers (20 mars 1239), p. 879-894. — Die letzten Kœmpfe Friedrichs II und Gregor's IX, vom J. 1239-1244, p. 939-931. — Frédéric II disait à propos de la mort de Grégoire IX : « Le dieu Auguste a enlevé celui qui avait osé offenser Auguste; celui qui en a exposé un si grand nombre à la mort est devenu lui-même sa proie. Bien que le défunt méritât notre haine, nous lui aurions souhaité une plus longue vie, afin qu'il pût réparer ses scandales. Mais Dieu, qui pénètre les secrets desseins des impies, en a décidé autrement. » Ce langage caractérise celui qui l'a proféré.

* Gélestin IV ne régna que dix-huit jours (22 sept. -10 oct. 1241). Innocent IV (Sinibaldi) ne fut élu que le 23 juin 1243.

'Héfelé, Kaiser Friedrich II und Papst Innocenz IV. {Conc.-Gesch., V, 9G3-1016.)

* Héfelé, 981-1002. (Mansi, t. XXIII. Harduin, t. VU, p. 375-406.) — Matth. Paris (mort en 1239), Histor. anglicana, ad ann. 1245 (1066-1259), éd. Londini, 1684 (défavorable aux papes). Le concile a publié 17 canons, auxquels il en faut joindre 12 autres rendus probablement à Lyon. — La Souveraineté' temporelle du Saint-Siège, jugée par les conciles généraux de Lyon en 1245^ rfe Constance en 1414, d'après des documents inédits, par

traiter était la position de l'Eglise vis-à-vis de Frédéric, qui fut invité à s'y rendre soit en personne, soit par ses représentants. Des délégués des rois de France et d'Angleterre y parurent également. Frédéric envoya pour le défendre son chancelier Thaddée de Suesse, qui obtint toute liberté de justifier son maître. Les principaux griefs allégués contre Frédéric étaient le soupçon d'hérésie, le parjure, le sacrilège et autres crimes semblables. Les envoyés de France et d'Angleterre essayèrent vainement d'amener une réconciliation. Frédéric fut de nouveau excommunié et déclaré déchu du royaume (17 juillet 1245). Ce qu'il y a ici de remarquable, c'est que la déposition de ce prince , qui avait pour conséquence de délier ses sujets du serment de fidélité, ne fut pas prononcée avec l'assentiment du concile. On sait, en effet, que les autres décrets soit de ce concile , soit des autres conciles tenus au moyen- âge, portaient cette clause habituelle : Approbante sacvosanclo concilio, ou. sanctis Patribus probantibiis. Dans le cas présent, au contraire, il est dit simplement que le pape a prononcé la déposition , prxsenlibus Patribus, en présence du concile, et non : approbante concilio. Si cette dernière formule eût été employée, l'interprétation dogmatique du pouvoir de lier et de délier se serait étendue au temporel. Cet acte, auquel le concile n'eut point de part, resta un acte du pape et ne fut point une sentence de l'Eghse universelle. Cette observation ne me parait pas sans importance.

Innocent ne négligea rien pour assurer l'exécution de son décret. Les princes allemands furent invités à élire un nouveau roi et un nouvel empereur. Quant au royaume de Sicile, il se réserva d'y aviser lui-même. L'Allemagne adhéra peu à peu au dessein du pape par une grande majorité de voix , et l'on sait que Henri, comte de Thuringe (1240-1247), puis Guillaume de Hollande (1247-1256), furent d'abord opposés à Frédéric comme antiempereurs. Frédéric expliqua aux souverains de l'Europe, dans plusieurs lettres, les dangers auxquels ils s'exposeraient en restant indifférents au sort qui lui était réservé ; il leur protestait qu'il combattrait jusqu'à la

A. Theiner. Bar-le-Duc. 1867. — Th. -G. Karajan, Zur Geschichte des Concilsvorn Lyon 1245. Wien, 1851, iu-fol.

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