‹ Histoire de l'EgliseChapitre 44 sur 253 · PREMIER CONCILE DE LYON · texte numérisé non relu

PREMIER CONCILE DE LYON

mort en faveur des droits qu'il avait reçus de Dieu par sa naissance et par la libre élection des princes allemands. Il tint parole et résista de tout(îs ses forces; mais, nous l'avons dit, il fut abandonné et fmit par n'avoir plus aucun partisan*. Il mourut en lîîSO, dans la dernière impuissance, dévoré de regrets profonds qui éclatèrent au dehors par une maladie physique dont ils accrurent encore la violence ^.

A Innocent IV succéda le cardinal Reginald, sous le nom d'Alexandre IV (1254-12G1), issu, comme Innocent III, des comtes de Segni. Ezzelin qui avait épousé la fille de Frédéric II, sévissait alors avec tant de cruauté dans la Haute-Italie « qu'il n'a peut-être pas eu d'égal depuis que le monde existe pour le raffinement des tortures et des genres de mort. » Il mourut en prison le 27 septembre 1259. — Les deux candidats au royaume d'Allemagne portèrent de nouveau leur prétention devant le pape Alexandre IV, qui resta neutre entra les deux. Continuellement en danger devant le Hohenstaufen Manfred de Sicile, il mourut le 25 mai 1261. Trois mois plus tard, les huit cardiuaux présents élurent le patriarche Pantaléon de Jérusalem, Urbain IV, originaire de Troyes '.

Les deux antirois d'Allemagne essayèrent aussi, mais en vain, de se faire reconnaître par lui. Quant à son arbitrage, ils ne voulurent point s'y soumettre. Il leur donna à tous deux le titre de rex electus. Il appela à son secours, contre le Hohenstaufen Manfred, le frère de saint Louis, Charles d'Anjou; mais il mourut à Orviéto le 2 octobre 1264. Le 5 février 1265, il eut pour successeur le cardinal Gui Fulcodi (Clément IV) né à Saint-Gilles

' Une des causes de cet abandon fut les indicibles cruautés qu'il exerça dans les dernières années de sa vie, justifiant ainsi, mieux que personne, la sentence portée contre lui. Il fit à ses ennemis d'Italie une véritable guerre de destruction.

2 II mourut le 13 décembre 1250, à Fiorentino, en Italie, à l'âge de cinquante-six ans non accomplis. 11 fut absous de l'excommunication par l'archevêque de Palerme , à qui il se confessa. Certains articles de son testament témoignent de son intention de se réconcilier avec l'Eglise. Son fils Conrad lui succéda. — Innocent IV rentra en Italie en 1251, et se fixa à Pérouse. Conrad mourut d'une fièvre le 20 mai 1254, à Lavello, près de Melû, âgé de vingt-six ans; Innocent IV mourut le 13 septembre 1254, à Naples, où il est inhumé. Guillaume de Hollande perdit la vie dans une guerre contre les Frisons, le 28 janvier 1256.

En Allemagne, l'interrègne était arrivé à son apogée; deux étrangers furent élus en 1257 : Richard de Cornwallis et Alphonse X d'Espagne; celui-ci n'alla jamais en Allemagne ; celui-là ne fit qu'y passer. Enfin, le 29 septembre 1276, Rodolphe de Habsbourg fut élu empereur, restaura l'Allemagne, rétablit lalrauquillité dans l'Etat et vécut en paix avec l'Eglise. (Ottûk. Lorenz, Deutsche Gesc/iic/ite im xiii und xiv Jahrh. Wien, 1863. — Héfelé, Dus Interreynum und der Stuvz der Hohenstaufen, dans Beitrœge zur Kirchengeschichte. Tûb., 1864, II, 1-37. — Arn. Busson, Die deutsche Doppelwahl im J. 1257. Mûust., 1867.)

• Et. George, Histoire du pape Urbain IV. Troyes, 1865.

en Provence, et entré dans l'état ecclésiastique après la mort de sa femme. En 12C5, Charles d'Anjou arriva à Rome pour recevoir du pape l'investiture du royaume des Deux-Siciles ; mais il montra dès le début qu'il était plutôt un adversaire qu'un allié de l'Eglise. Dans la bataille de Bénévent (26 février 1266), il vainquit Manfred, qui resta sur le carreau. Ses hordes causaient de tels ravages que Clément IV lui écrivit : « Jamais en vérité Frédéric II ne s'est montré ennemi si cruel de l'Eglise. » Charles fut un des plus grands t>Tans qui existèrent jamais. Cet homme abominable, puis Philippe-le-Bel, l'un le frère, l'autre le neveu de saint Louis, prouvent qu'il dépend de l'homme d'être vertueux ou pervers, et que le bon exemple n'attire que ceux qui se laissent attirer. Les Italiens appelèrent à leur aide Gonradin, le dernier des Hohenstaufen, et Clément IV publia contre « ce roitelet venimeux, » un écrit plein de sorties violentes et à peine excusables >. Dans l'automne de 1267, Conradin marcha contre l'Italie, malgré sa mère, avec une armée de 10,000 hommes, laquelle, arrivée à Vérone, aurait déjà été réduite à 3,000. Cependant, la Sicile tout entière se déclara pour lui. 11 entra à Rome, où le peuple l'accueillit comme un empereur. Le 18 août 1268, il marcha contre l'Apulie, et le 23 août, il perdit la bataille de Tagliacozzo, qui fut si désastreuse pour la maison des Hohenstaufen. Battu à Astura, au sud de Rome, près de la mer, et livré à Charles, il fut exécuté sur la place publique de Naples le 29 octobre 12C8. En vain Clément IV fit-il à Charles d'Anjou les plus vifs reproches sur les cruautés inouïes auxquels il faisait servir sa victoire. Ou a dit qu'il avait approuvé le meurtre de Conradin par ces mots : Mors Conradi, vita Caroli; mais c'est là une fable avérée ; il est également faux qu'il ait assisté au meurtre de Conradin, car il était alors à Viterbe. Charles d'Anjou, au contraire, assista à l'exécution caché dans une maison voisine. — Clément IV mourut à Viterbe le 29 novembre 1268, et le Saint-Siège resta vacant pendant près de trois ans. Le roi d'Allemagne, Richard d'Angleterre, étant mort le 12 avril 1272, Grégoire X invita les princes allemands à une nouvelle élection. Le 29 septembre 1273, Rodolphe fut nommé empereur d'Allemagne à Francfort, et couronné le 24 octobre à Aix-la-Chapelle *.

* Héfelé, Beitrœge, II, 27.

' Kopp, Gesdtichte von der Wiederherstellwng u. dem Verfalle des heil. rœm. Reiches, I et II. Lpz., 1845-1849. — Bœhmer, Regesten d. deutsc/œn Reiches c. J. 1246-1313. Sluttg., 1847-1849. — Lorenz, Deutsche Geschichte im XIII und xiv Jafirh., 2 vol, 1863-186G. — Bœrwald , De electione Rudolfi, 1855. — Pertz, Monum. germ., Leges II, p. 382-394. — J. Ficker, Vom Reichsfurstenstande. Forschungen z. Geschidite d. Reichsverfassung zuaœchst im xu uad xiii Jahrhunderte. 1 vol. Innsbr., 1861.

LES ROIS DE FRANCF. o'aNGLETERRE ET d'eSPAGNE. AOi

§ 0. Principes des rois de France') dVing-Ieterrc et d'Fspa^rne

touchant la querelle de Frédc^ric II et du 8aint-8ié^e.

— Divers gfriefs contre le pape.

Nous pouvons admettre comme certain que Frédéric II et son démêlé auraient eu une tout autre fin si ce prince n'avait été justement suspect d'incrédulité; car le moyen-âge ne pouvait pas tolérer qu'un tel reproche pesât sur un roi ou un empereur. Dans ces sortes de conjonctures, les souverains étaient abandonnés de chacun. Nous en avons une preuve manifeste dans les principes qui prévalaient en France , en Angleterre et même en Espagne, sur les relations de l'Etat et de l'Eglise. Je cite ces pays à cause de leur importance et parce que c'est là que ces principes furent le plus clairement reconnus.

Saint Louis (1227, mort le 25 août 1270) offrait sur une foule de points le contre-pied de Frédéric il. Sa piété égalait celle des prêtres les plus vertueux ; son âme était pure comme les rayons du soleil. Sa bravoure ne le cédait point à celle des plus vaillants chevahers ; sa prudence comme souverain n'avait point d'égale de son temps ; sa sagesse et sa justice lui attiraient la confiance non-seulement de ses sujets , mais encore des souverains les plus éloignés 2. On lui soumettait souvent, des pays les plus lointains, des différends politiques et religieux, prêt à accepter la décision qu'il lui plairait de porter. Egal à Frédéric II par ses aptitudes dans le gouvernement et par ses talents militaires , il le surpassait infiniment dans tout ce qui constitue la grandeur de l'homme, du chrétien et du prince, dans l'acception chrétienne de ces mots. Saint

* Saint Louis et le Gallicanisme. De la pragmatique Sanction attribuée ù saint Louis, par Raym. Thomassy, 2 éd., Par., 1866 (nie sou authenticité); de même, K .Rœsen, Die pragrnatische Sanction. Mst., 1853. — W. Soldau, Die praymatische Sanction, dans Zeitschrift fur histor. Théologie, 1855.

' Jean, sire de Joinville, l'Histoire de saint Louis, le Credo et la lettre à Louis X, par Nalalis de Wailly. Par., 18G7.

Félix Faure, Histoire de saint Louis, 2 vol. in-8o. Par., 1865. — H. -G. Scholten, Geschichte Ludwigs IX, des Heiligen, von Frankreich , 2 vol. Mûuster, 1850-1855. — Le Catalogue de l'histoire de France (Bibliothèque impériale, département des imprimés). Par., 1855-1865, 9 tom. (en tout 10 tom.), cite cent quarante-sept ouvrages sur saint Louia. TOME II. 26

Louis, toutefois, partageait en plusieurs points les principes et les tendances de Frédéric 11^ dont il soutint la cause tant qu'il ne fut pas bien convaincu de l'incrédulité qu'on lui reprochait. Déjà Grégoire IX avait offert à saint Louis la dignité impériale, avec Naples et la Sicile; mais ce dernier avait repoussé ces offreS; croyant que toutes les persécutions de Frédéric II ne venaient que de l'inflexibilité et de la dureté de Grégoire IX. 11 s'efforçait encore au concile de Lyon d'amener un accord entre Innocent lY et Frédéric IL Mais il vint uu moment où, malgré toutes les prières de Frédéric, saint Louis ne fit plus aucune démarche sérieuse en sa faveur, parce qu'il avait acquis la conviction que son orthodoxie laissait à désirer. Inflexible sous ce rapport, saint Louis se renfermait en lui-même et se détournait avec horreur de quiconque lui était suspect d'incrédulité. Dans une constitution mémorable publiée en 1268, il déclarait que le royaume de France étant placé sous la seule protection de Dieu, était à ce titre indépendant de tout homme, et par conséquent du pape lui-même. Sur ce terrain, il entrait complètement dans les vues de Frédéric II et de la plupart des empereurs d'Allemagne depuis le temps de Henri lY, où cette question avait été agitée.

Il en était de même du roi d'Angleterre. Au concile de Lyon (124;5), le légat de ce pays déclara que ce qui s'était passé en Angleterre sous le roi Jean sans Terre et sous le pape Innocent III était invalide et de nul effet; qu'il aurait fallu demander l'assentiment des Etats, et qu'on ne l'avait point fait. Ici encore, comme on le voit, le royaume d'Angleterre était déclaré libre et indépendant, en sorte que le pape ne pouvait en disposer d'aucune façon, ni déposer le roi, etc. Une des plus remarquables législations de ce temps est celle d'Alphonse le Sage, roi de Castille * . La première partie ren-

* Las Siete Partidas del rey Alotiso el Sabio glosadas, por Gregor. Lopez. Salatnanca, 1555, 4 vol. in-fol. — Opuculos légales del rey Alonso el Sabio, publicados y cotejados con varias côdiccs antiguos, por la R. Acadeiiiia de la historia. Madr., 183(>, 2 vol. in-4o. — Emayo historico-crit. sobre la antigua legislacion de los reinos de Léon y Castilla, por Fr.-M. Marina. Madr., 1834, 2 vol. iD-4o. — Mondejar, Memorias historicas del rey Alonso el Sabio. Madr., 1777. — El Sabio, suivant R. Dozy, Recherches sur l'histoire et la littérature de l'Espagne pendant le moyen-âge, 2 édit., t. II, Leyd., 1860, p. 35, ne signifie pas le sage, mais le savant; car

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