GRIEFS CONTRE LR PAPE
ferme à la fois un code de droit canon et de droit ecclésiastico-politique, où les prérogatives du pape sont longuement développées, et largement reconnues. Cependant Alphonse avait jugé nécessaire d'y ajouter cette restriction finale : Quant au royaume, en tant que royaume, il est libre et indépendant, et n'est soumis à personne.
Ainsi les rois affirmaient unanimement qu'ils étaient, eux et leurs royaumes, indépendants du souverain pontife, et ils l'affirmaient précisément à la suite des faits que nous avons signalés, car il est vraisemblable que la législation d'Alphonse le Sage parut en 1242. Ces phénomènes attestent la confusion profonde qui régnait à cette époque, et annoncent les plus effroyables tempêtes. On pouvait craindre aussi que les privilèges de la papauté n'en reçussent de violentes atteintes ; car nous verrons les princes revendiquer de plus en plus leurs droits de souveraineté, les affermir par des déclarations publiques et les consigner dans des recueils de lois.
Voici un fait qui mérite d'être signalé tant pour son importance que parce qu'il est un signe du temps très-significatif. En 1246, les seigneurs de la France formèrent entre eux une ligue puissante contre le clergé*. Ce que les souverains revendiquaient contre la papauté, les ducs , les comtes et les barons tentaient de le réaliser contre les évêques, les abbés et autres ecclésiastiques riches et influents. Les seigneurs disaient dans leurs diplômes « que le pays avait été conquis par leurs ancêtres, mais que le clergé, par une feinte modestie, était parvenu à s'emparer de la plupart des châteaux et des domaines de leurs aïeux ; que ceux-ci s'étant laissé supplanter, le clergé se dressait maintenant avec plus d'arrogance en
Alphonse s'appliquait à l'astronomie au point de négliger sou royaume. Ce prince, dit Zurita, s'entendait mieux au ciel et aux mouvements des planètes qu'au gouvernement de sa maison et de son royaume. — Sa lutte pour le royaume d'Allemagne qu'il n'avait jamais vu ne le montre point dans un jour favorable.
* Cette ligue, formée en novembre 1246, doit être attribuée à Frédéric II, qui, dans ses diverses circulaires, répétait textuellement les mêmes phrases, et cherchait à exercer, par la noblesse française, une pression sur saint Louis en sa propre faveur. (Héfelé, V, 1009.) — En 1247, Frédéric, à la tète d'une armée, ayant voulu s'unir à la noblesse française pour attaquer le pape, saint Louis promit, en cas de nécessité, de prendre les armes pour défendre le pape et l'Eglise.
40*1 HISTOIRK DE l'ÉGLISE.
face des neveux de ceux à qui il était redevable de ses richesses ; que la puissance du clergé allait toujours croissant, tandis que leurs droits s'affaiblissaient de plus en plus et leur juridiction était réduite à néant. » Tous les ligueurs convinrent qu'à l'avenir le clergé ne devait plus avoir aucune juridiction si ce n'est en matière d'hérésie, de mariage et d'usure ; que dans tout le reste il fallait s'emparer de sa juridiction. Ces principes établis, les seigneurs firent un pas de plus. (( Alors^ continuèrent-ils, nous pourrons espérer que le clergé reviendra à la vie contemplative des premiers siècles, et rentrant dans la sphère réelle de ses devoirs, nous laissera les soucis de la vie acti ve ; alors reparaîtront parmi le clergé ces merveilles dont nous n'avons plus rien vu depuis un long temps. » Tel fut l'accord des seigneurs français. Comme on le voit, c'était justement à l'époque où l'autorité des papes semblait parvenue à son apogée , que les orages s'amoncelaient de toutes parts et que d'affreuses tempêtes semblaient pronostiquer une ère nouvelle. Innocent lY, dès qu'il fut informé de cette vaste conjuration, essaya d'abord de la dissoudre par l'excommunication, l'interdit, etc.; et comme il n'aboutit à aucun résultat, il entama des négociations particuUères avec des ducs, des comtes et des barons, leur fit de grandes concessions, leur envoya des présents qui leur durent être fort agréables, car ils consistaient en abbayes, en évêchés, etc., accordés à leurs fils et à leurs proches. La rupture fut conjurée, mais pour quelques lustres seulement.
Ajoutons que le pape, si souvent absent de Rome et pour un si long temps, obligé de fuir la capitale du monde, devait nécessairement être privé de ses revenus ordinaires. Grégoire IX et surtout Innocent lY se trouvèrent plus d'une fois sans aucune ressource pour défrayer les dépenses énormes de la cour pontificale, des chancelleries et des congrégations. C'était un devoir pour les fidèles de venir au secours du pape. De là les redevances et les contributions qu'il imposa au clergé de chaque pays, et qui devinrent une source de murmures. Les rois eux-mêmes s'en montrèrent fort mécontents, car des sommes relativement considérables sortaient de leurs Etats et en diminuaient les ressources.
Les griefs de cette époque roulaient sur les points suivants ;