GRIEFS CONTRE LE PAPE
1° Le pape, contrairement au droit commun, pourvoie en personne à un trop grand nombre de places ; 2° les contributions imposées par Rome sont intolérables. Vers le temps d'Adrien IV, les papes commencèrent à conférer çà et là des bénéfices même dans de lointaines provinces ecclésiastiques. Gela se îa.\sa.\t per preces, comme on disait alors, c'est-à-dire que le pape invitait les électeurs de droit à conférer telle charge à telle ou telle personne, au prêtre qui lui paraissait le plus convenable. Sous Alexandre , les prières se transformèrent en ordres, mandata. Innocent III formula ce principe que le pape, en vertu de la plénitude de sa puissance, pouvait disposer de tous les bénéfices de l'Eglise en faveur de certains hommes distingués. Sous Innocent IV, il fut admis en pratique que tous les bénéfices devenus vacants à Rome , comme lorsqu'un évêque mourait dans cette ville, seraient repourvus par le pape. Cette mesure offrait de grands avantages et se recommandait à divers points de vue. Il arrivait souvent que le pape, dont le regard planait sur toute l'Eglise, qui pouvait connaître et qui connaissait réellement tous les hommes éminents qu'elle renfermait, nommait à un évêché ou à une abbaye des hommes qui rétablissaient le bon ordre, ranimaient la vie religieuse, donnaient aux sciences une impulsion nouvelle, etc. Plus d'une fois, quand les forces spirituelles étaient totalement paralysées dans certaines parties de l'Eglise, et qu'on ne songeait point à chercher en d'autres provinces des hommes capables d'y ramener la fécondité, le pape, qui connaissait à la fois les terrains féconds et les terrains stériles , essayait, par son droit de nomination , de rétablir l'équihbre. Qui pourrait dire tout ce dont ces éghses et ces monastères sont redevables au papel Alexandre III avait chargé ses légats de noter pendant leurs voyages tous les hommes qui leur sembleraient dignes de fixer son attention particuUère. Ils le firent, et le pape remédia ainsi à la situation de plusieurs églises. Sous Innocent III, ce système fut admirablement appliqué.
Ces avantages, toutefois, furent mêlés d'inconvénients, surtout après la mort d'Innocent III. Les papes ne pouvant plus rétribuer un grand nombre de leurs prélats de cour, de leurs officiers, leur accordaient des bénéfices en Angleterre , en
Allemagne^ en France, en Espagne, etc. Ces bénéficiers ne résidaient point dans leurs bénéfices, et n'y exerçaient point l'hospitalité ; les aumônes accoutumées n'étaient point distribuées ; les édifices religieux dépendants de ces bénéfices tombaient en ruine; la charge elle-même (officium) n'était plus remplie convenablement ; le soin des âmes était négligé. De là de graves inconvénients pour les églises. La conséquence naturelle d'un tel régime était que plusieurs clercs italiens, qui n'étaient pas même réellement au service de l'Eglise, recevaient des bénéfices dans toutes les parties du monde. Le clergé indigène, blessé de ces préférences, néghgeait les études. Un vif mécontentement éclata dans les provinces ecclésiastiques. Le légat d'Angleterre s'en plaignit au concile de Lyon et demanda l'abolition de cet usage. L'Angleterre , disait-il, envoie annuellement 60,000 marcs d'argent dans les villes d'Italie; le roi ne le tolérera plus à l'avenir. Louis IX statua dans une constitution que les bénéfices seraient conférés désormais par les évêques ou ceux qui étaient investis du droit de collation ; que des impôts ne pourraient être levés par le pape qu'avec l'assentiment du roi et du clergé, et seulement dans des cas exceptionnels dont eux-mêmes auraient reconnu la gravité. Des dispositions analogues furent prises en Angleterre. Nous voyons surgir des comphcations dont le développement entraînera de grandes difficultés , des nœuds se former, que nul homme ne pourra déher facilement. Attendons ce que nous réserve l'avenir, mais n'en attendons rien de bon : à qui la faute en revient-elle? nous ne saurions le dire ; c'était la destinée du temps.
§ 10. Suite et fin des croisades. — Perte de la Terre-Sainte* — Quatrième concile uniiersel.
Le royaume de Jérusalem fut fondé par la bravoure des peuples occidentaux basée sur l'enthousiasme religieux, grâce au concert admirable de la chevalerie et des ordres suscités par la religion. Les chevaliers voulurent se faire moines afin de pouvoir vivre conformément à leur vocation ; la vaillance humaine voulait être consacrée par la religion. C'est à cet ordre de chevaliers que Jérusalem dut sa conservation éphé-
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mère. Déjà avant les croisades , des marchands d'Amalfi avaient institué à Jérusalem, au onzième siècle, un couvent de Bénédictins. Ces moines prirent bientôt à tâche d'héberger les pèlerins et de soigner les malades. Telle fut l'origine de l'hospice de Saint-Jean-Baptiste. Cet hospice, qui fut ensuite séparé du couvent, reçut des règles particulières empruntées aux chanoines de Saint-iVugustin ; ses membres furent appelés chanoines de Saint -Chrodegang. Godefroy de Bouillon, qui les affectionnait, leur fit de grandes donations. La règle était douce et généreuse; les religieux devaient être de noble lignée et de mœurs irréprochables. Ils se consacraient au soin des pèlerins. Bientôt les chevaliers travaillèrent à étendre le cercle de leurs travaux. Les territoires conquis par les chrétiens étaient infestés par les Turcs , et il s'agissait de les protéger. Pour atteindre ce but, Hugues des Païens résolut de former une congrégation de sept chevahers, qui ne tarda pas à prendre un accroissement prodigieux. L'ordre des Temphers, c'est ainsi qu'ils se nommèrent, comptait plusieurs chevaliers d'Occident et était recommandé par saint Bernard. Leur nom de Templiers venait de ce que Baudouin II leur avait accordé un vaste emplacement dans le voisinage du temple de Salomon. Eugène III leur donna pour sceau deux chevaliers assis sur un même cheval, symbole de la concorde, avec cette devise : a Ce n'est pas à nous, Seigneur, mais à votre nom que la gloire appartient. » Leur costume était un manteau blanc surmonté d'une croix rouge. Ils étaient présidés par un grand maître et divisés en chevaliers, en chapelains et en frères servants. Ils furent confirmés par le concile de Tours de 1128. — Les Hospitaliers de Saint-Jean, qui se composaient de chevaliers, de chapelains et de serviteurs de l'hospice , se consacraient à la même tâche.
Malgré toute leur vaillance, les chevaliers chrétiens furent impuissants à conjurer la chute du royaume de Jérusalem ; car si les chrétiens étaient dévoués à leur religion, les mahométans n'étaient pas moins jaloux de la gloire de leur prophète. Et comme les chrétiens contestaient la mission divine et l'autorité de Mahomet , les deux partis tenaient à honneur de venger leur cause. Aussi, quand même le royaume chrétien de Palestine eût été solidement affermi, il n'aurait pu se
soutenir contre les mahométans ; mais il manquait de solidité. Le régime féodal qui y avait été établi allait infailliblement jeter la division parmi les vassaux. Le royaume était assis sur des bases vermoulues. La plus stricte soumission au souverain eût été nécessaire au maintien de l'ordre de choses ; et le royaume fut administré à diverses reprises par des souverains encore mineurs, tandis que les mahométans étaient régis par de grands princes et d'habiles capitaines. — La discorde régnait au sein même de Jérusalem, habitée par des chrétiens et des mahométans; les chrétiens eux-mêmes se partageaient en plusieurs sectes telles que les monophy sites et les nestoriens, les Latins et les Grecs, sans compter les Juifs.
Le royaume de Jérusalem dura depuis 1099 à 1187. Ses rois furent : Godefroy de Bouillon, élu le 22 juillet 1099, mort le 18 juillet 1100, regretté de tout le peuple. Il eut pour successeurs : Baudouin I^r, il 00-1118; Baudouinll, 1131 ; son gendre Foulques, 1142^ sous le règne duquel le royaume atteignit à son plus haut degré de puissance; Baudouin 111,1162; Amalric, 1173: Baudouin IV, 1184; Baudouin V, 1186; Gui de Lusignan, qui perdit son domaine et son trône. Il y avait à côté de ce royaume, en Orient, plusieurs petits Etats chrétiens indépendants, la principauté d'Antioche, les comtés de Tripolis, de Tibériade, d'Edesse.
Baudouin III ne comptait que treize ans lorsque Edesse fut assiégée et prise d'assaut sous la conduite de Nurredin ( de Mosul), aussi remarquable comme capitaine que comme souverain (IIM). En 1146, il détruisit Edesse , ce boulevard du royaume du côté de l'Orient. Pour conjurer le péril, les princes d'Occident levèrent de nouvelles armées. La première croisade était partie de la France; il en fut de même de la seconde. Eugène IV partagea l'enthousiasme général, et saint Bernard le vivifia par sa parole. Louis VII se mit à la tête d'une armée et marcha à la délivrance de Jérusalem. Comme les croisés gagnaient une indulgence , Louis avait voulu expier le crime qu'il avait commis dans un accès de colère, en détruisant Vitry et en tuant un grand nombre d'hommes. Saint Bernard parvint aussi à ébranler l'Allemagne , malgré les longues résistances de l'empereur Conrad III. Des armées furent levées et 70,000 chevahers se pressèrent autour des drapeaux de Conrad (1147). L'armée des Français n'était pas moins considérable. On partit plein d'espérances ; mais une fois arrivé sur les frontières grecques, les vieilles querelles
se réveillèrent. Conrad 111 avait épousé la lîUe de Manuel Conniène, empereur grec, mais cette amitié lui inspirait une défiance profonde. Il fallut céder aux Grecs. Conrad, dans son passage par la Plirygie (à travers l'Iconie), fut induit en erreur par les Grecs qui lui servaient de guide, et arriva dans des pays où les vivres manquèrent à ses troupes. Une autre division de l'armée avait passé par Ephèse sous la conduite de l'évêque Otton de Frisingue. Cette armée, grâce aux attaques des Turcs et à l'infidélité des Grecs, fut presque entièrement détruite. Peu d'hommes arrivèrent sur les côtes d'Antioclie. Conrad eut beaucoup de peine à se sauver à Nice avec un dixième de son armée. Il y rencontra Louis VII, qu'il accompagna jusqu'à Ephèse, puis retourna à Constantinople. Une grande partie de l'armée française succomba aux attaques des Turcs, à la trahison des Grecs et à la peste (dans Attalia). Arrivé à Antioche avec quelques seigneurs, le roi se rendit de là à Jérusalem (1 148), où l'empereur Conrad arrivant de Constantinople l'avait précédé par la voie de mer. Les deux rois, avec les débris de leurs armées et quelques pèlerins survenus plus tard, firent une expédition contre Damas, se divisèrent et rentrèrent en Europe sans gloire et sans résultat *.
En janvier 1148 eut lieu la chute du prince Raymond d'Antioclie , dont la principauté presque tout entière tomba au pouvoir de Nurredin. La ville elle-même courait le plus grand danger. L'abbé Suger et saint Bernard appelèrent à une nouvelle croisade (ilol). Saint Bernard devait être le chef de l'expédition, mais ils moururent tous deux : Suger, le 13 janvier 1152, saint Bernard, le 20 août 1153, et personne ne se trouva pour les remplacer.
Les mahométans serraient de plus en plus le royaume de Jérusalem; les germes de corruption y mûrissaient et il succombait à sa propre faiblesse. La discorde régnait parmi les princes. Baudouin 111, qui fit la guerre à sa mère Melisinda, soutint par sa valeur personnelle ce royaume qui sans lui serait tombé depuis longtemps. 11 prit Ascalon en 1151. Vint ensuite le triste règne d'Amalric (1 162), frère de Baudouin III.
» B. Kugler, Studien z. Gesch. d. zweit. Kreuzzuges, 222 p. Stuttg., 1866.
Son plan de conqnérir l'Egypte échoua, et Saladin y fonda une nouvelle dynastie. A partir de 1169, il fit des incursions dans le royaume de Jérusalem. Nurredin mort, il conquit Damas, tandis que la même année Baudouin lY, encore enfant, succédait à son père. Bientôt attaqué de la lèpre, le jeune roi fut presque incapable de toute activité. Les combats incessants livrés à Saladin eurent la plupart une issue malheureuse. Baudouin lY mourait déjà en 1184, et son neveu Baudouin Y, encore mineur, ne lui survécut que de deux ans. Après sa mort, deux vassaux se disputèrent le trône, Gui de Lusignan et Raymond , comte de Tripolis. Les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean entrèrent dans leurs querelles. Tandis que la discorde régnait au sein même du royaume, les mahométans avaient à leur tête Saladin, prince d'une haute intelligence et d'un grand cœur. L'armistice fut rompu. La mère de Saladin ayant voulu se rendre d'Egj'pte à Damas, fut pillée par le chevalier Rainald et ne put sauver que deux de ses serviteurs. Saladin fut assez modéré pour n'exiger qu'une satisfaction. Elle lui fut refusée, et la guerre éclata. La concorde se rétablit parmi les chrétiens ; Raymond et Gui se réconcilièrent, mais l'union fut loin d'être parfaite, comme on le voit clairement dans les combats livrés contre Saladin. Ces sentiments factieux se révélèrent soit par le découragement soit par la lâcheté, et tout fut perdu. Gui fut battu et fait prisonnier à la bataille de Hittin, sur le lac de Génésaretli (juillet 1187); la sainte croix échappa aux mains des chrétiens. Ascalon tomba bientôt après, et le 3 octobre 1187 Jérusalem était au pouvoir de Saladin.
Les chrétiens conservèrent encore pendant un siècle quelques possessions sur la mer. En Occident, les cœurs s'enflammèrent d'un nouvel enthousiasme pour la recouvrance de la Terre-Sainte. Guillaume, roi de Sicile, envoya aussitôt une flotte et délivra Antioche de sa détresse. Le roi de France, Philippe-Auguste, le roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion (alors duc de Poitou), et à la fin l'empereur Frédéric I" luimême , se croisèrent. Plusieurs milliers de chevahers et de nobles suivirent cet élan, et une armée magnifique fut sur pied en un cUn d'œil (11891. Mais à peine était-on arrivé dans l'empire grec que les vieilles rivahtés se réveillèrent. Fré-
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déric I" fut deux fois vaiuqueur près d'Iconium (qui fut prise le 18 mai 1190). L'armée se dirigea ensuite vers la Cilicie. Le 10 juin 1190, Frédéric 1" trouva la mort dans le fleuve Cal} cadnus , où il était descendu tout en nage soit pour y prendre un bain, soit pour le traverser. La grande armée, privée de son âme, s'en retourna en grande partie. Le reste s'unit aux Français et aux Anglais pour assiéger Ptolémais, où fut fondé l'ordre teutonique (1190), analogue à celui des Hospitaliers de Jérusalem. Ce nouvel ordre, que le duc Frédéric de Souabe, fils de Barberousse, protégea de son mieux, rendit de grands services , bien qu'il ne tardât pas à concentrer ses travaux dans le nord- est de l'Allemagne, dans la Prusse, conquise par lui. Marienbourg devint le siège du grand maître. Henri de AValpole fut le premier grand maître des chevaliers teutoniques de la Yierge Marie; cet ordre parvint à son plus haut degré de splendeur sous Herrmann de Salza. La congrégation se composait de chevaliers, de prêtres et de frères servants ; elle fut approuvée par le pape Célestin III et par l'empereur Henri YI.
Phihppe-Auguste et Richard Cœur de Lion avaient pris leurs mesures pour reconquérir Jérusalem. Malheureusement, ces deux princes s'étaient brouillés en Europe et l'unité d'action n'était pas complète. Richard, par la brusquerie de son humeur, s'aliénait tous les cœurs, et sa folle audace ne servit pas à grand'chose. Ptolémais fut réduite à se rendre le 11 juillet 1191. Le même mois, Philippe rentrait déjà en France, sous prétexte de maladie. Quant à Richard, il sentit qu'il n'était pas de force à tenir tête aux mahométans , et de graves nouvelles survenues d'Occident le décidèrent aussi à partir (9 octobre), après avoir, le 1" septembre 1192, conclu une trêve de trois ans avec Saladin. Les chrétiens posséderaient le territoire qui s'étend de Tyr à Joppé, puis Antioche et Tripolis; les pèlerins pourraient aller librement à Jérusalem. Richard aplanit aussi le différend relatif à la dignité royale. Chypre fut conquise , et Gui de Lusignan nommé roi (avec le titre de roi de Jérusalem). En somme, cette expédition n'ent aucun résultat, car Jérusalem resta au pouvoir de Saladin.
Ces diverses tentatives ayant échoué , le pape Célestin III essaya de provoquer une nouvelle croisade. L'empereur
Henri YI résolut de prendre la croix, et des troupes accourues de tous les pays se pressèrent autour de ses drapeaux. Mais Henri VI n'y allait pas de franc jeu. Cette armée, qu'il employa à régler ses propres affaires en Italie et en Sicile (1194;), se dispersa, et un petit nombre seulement arrivèrent en Palestine. Peu de temps après, de nouvelles bandes se groupèrent autour des comtes Baudouin de Flandre et de Boniface de Montferrat en vue de l'affranchissement de Jérusalem. Foulques de Neuilly (mort en 1202) prêcha la croisade avec le plus grand succès. On adopta un plan nouveau, sagement conçu, mais qui fut exécuté sans prudence. On trouvait difficile de se rendre d'abord par la voie de terre à Constantinople, puis de là en Palestine par l'Asie mineure ; il semblait préférable d'aller directement en Palestine par la voie de mer. Mais où prendre des vaisseaux? Venise se montra disposée à en fournir, et le doge Henri Dandolo offrit de se mettre à la tête de l'expédition (1201). Les croisés se réunirent à Venise et dans les environs. Les Vénitiens, à leur tour, posèrent leurs conditions, et elles étaient de telle nature qu'elles firent échouer la croisade. Les chevaliers de la croix durent s'emparer d'abord de Zara (en Dalmatie) au profit de Venise, et manquèrent ainsi leur principal but (1202). Innocent IH, prévoyant ce dénouement, avait vainement menacé de l'excommunication.
A Constantinople , l'empereur Isaac l'Ange avait été précipité du trône (1195), privé de la vue et jeté en prison; son frère, Alexis III, s'était emparé du pouvoir. Le fils d'isaac, Alexis, demanda secours à Philippe de Souabe, qui avait épousé Irène, fille d'isaac l'Ange. Philippe , alors incapable de lui venir en aide , envoya à Zara des ambassadeurs qui , au nom du prince Alexis, formèrent un contrat en faveur du rétabhssement de l'empereur Isaac l'Ange (décembre 1202). On ouvrit aux croisés les plus magnifiques perspectives touchant les intérêts de l'Eglise ; on leur promit , quand on en aurait fini avec Constantinople, que la Palestine serait reconquise. Isaac l'Ange fut rétabli (1203). Une dispute s'éleva maintenant sur la part qui revenait à chacun. Les Grecs s'insurgèrent contre les Occidentaux, et ceux-ci s'emparèrent de Constantinople pour leur propre compte (12 avril 1204).
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Un chétif empire latin, fondé à Constantinople et gouverné par Baudouin de Flandre, prolongea son existence misérable de 1204 à 1201. Boniface, comte de Montferrat, reçut la Macédoine ; Yillehardouin, Corinthe et TAchaïe. La part du lion échut aux républiques de Gênes et de Venise. Cette expédition manquée ou dévoyée, reçut le nom de quatrième croisade.
Une cinquième lui succéda. André II , roi de Hongrie , entreprit par voie de mer une expédition infructueuse (1217). Vers le même temps une armée de croisés , partie des Pays- Bas et de la Frise, se dirigeaient vers la Palestine par le détour de la mer Atlantique et de la mer Méditerranée (1218). Et comme l'Egypte passait pour la clef de la Palestine, ils assiégèrent la forteresse de Damiette (l'antique Pélusium à l'embouchure du Nil), et la prirent d'assaut le 5 novembre 1219. D'autres fruits des croisades furent perdus par la désunion des croisés. Une partie s'étant avancée vers l'Egypte, le sultan ouvrit les écluses du Nil. Pour échapper à une mort imminente , les chrétiens s'estimèrent trop heureux de lui rendre Damiette * (7 septembre 1221).
En 1228, Frédéric II entreprit la sixième croisade ^. Il s'y était engagé par un vœu, qu'il n'avait pas accompli , ce qui lui avait attiré la défaveur des papes et l'excommunication. Il s'y détermina enfin et se mit à la tête d'une nouvelle armée (1228). Son entreprise ne fut point bénie : les prêtres de la Palestine fuyaient sa présence. Frédéric II conclut avec le sultan d'Egypte Malek-al-Kamel un contrat en vertu duquel les chrétiens posséderaient pendant dix ans Jérusalem, Nazareth et Bethléem. Il s'imposa à lui-même la couronne du
* Wilken, Geschichte d. Kreuzzûge, V, 128-205. — Briscbar-Stolberg, t. Ll (VII), p. 1-24. — Oliverius, Colon, scholasticus, mort en 1225, fut dès le début l'àme des croisades (évèqae de Paderborn et cardinal), Historia regum Terrœ sanctœ , 1096-1213, ap. Eccard , Corpus histor. medii œvi , II, 1355-1390. — Historia damiatina, 1217 — ad 1222. (Jacq. de Vitré l'a copiée et en a lait le troisième livre de son Historia orientalis, ap. Eccard, p. 1397-1450.) — Relutio de expeditione hierosolyrnitana, 1218, 1219. On attend de W. Jimkmann une édition complète des œuvres d'Oliver. Son attachant travail : Magister Oliverius Scholasticus, Biscliof von Paderborn , Curdinalbischof von S. Sabina, et Der Kreuzzug von Damiette, dans Katholische Zeitsclirift, Munster, 1851, I, a été trop peu remarqué. (Jul. Ficker, Engelbert der Heilige, Erzbischof v. Kœln und Beichsverweser. Kœln, 1853.)
* Briscbar-Stolberg, t. LU, Friedrich's ll Kreuzzug, p. 136.
royaume de Jérusalem, car il avait épousé la fille du roi (nominal) Jolanthe. Les dix ans écoulés, Jérusalem retomba entre les mains des mahométans en suite de la bataille de Gaza, livrée le 18 octobre 12M.
La dernière croisade fut entreprise par saint Louis (1248- 1254), mais n'était plus qu'une faible image du passé. Il s'embarqua en 1248 et reprit Damiette (1249). Les Français déployèrent une grande valeur ; mais ils ne purent résister aux éléments : la maladie et la faim leur ravirent la victoire. Louis IX lui-même tomba aux mains du sultan près de Mansura et put à peine sauver sa vie. Vingt ans après (1270), il se mit à la tête d'une seconde expédition. 11 voulait d'abord s'emparer de Tunis, mais il mourut dans le pays des infidèles (25 août 1270), sans avoir remporté de victoire*.
A partir de là, rien de sérieux ne fut plus tenté ; quelques expéditions isolées furent encore entreprises de Rhodes et de Chypre, mais quant à de grands faits, il n'en est plus question. Les chrétiens furent chassés d'Antioche en 1268 , de Tripohs en 1288. Le 18 mai 1291, ils perdirent leur dernier boulevard, Ptolémaïs, et cédèrent spontanément les autres places devenues intenables : Tyr, Sidon, Béryte. Les Hospitaliers de Saint-Jean se retirèrent à Chypre, puis à Rhodes.
Après la mort de Clément IV, les quinze cardinaux furent plus de deux années sans pouvoir s'entendre et formèrent un parti français et un parti italien. Le 21 septembre 1271, par voie de compromis , six cardinaux étirent Théobald de Plaisance, archidiacre de Liège, qui se nomma Grégoire X et arriva de Palestine le 10 février 1272. Le 31 mars 1272, il convoqua à Lyon un concile universel (le xiv^), pour travailler à la délivrance de la Terre -Sainte, puis à la réunion des Grecs qui, en 1261 , s'étaient de nouveau emparés de Constantinople. Le concile s'ouvrit le 7 mai 1274^. Parmi les rois, Jacques I" d'Aragon fut le seul qui y assista en personne. Près de cinq cents évêques y parurent. La seconde
* F. Wilken, Die Kreuzzûge Ludwig des Heiligen, und der Verlust des heiligen Landes. Leipz., 1832 (t. VII de l'ouvrage sur les croisades).
« Héfelé, Conc.'Gesch., t. VI, Frib., J867, Dus xiv allgemeine Concil zu Lyon, 1274, p. 103. — Mansi, t. XXIV. — Harduin, t. VII, p. 670-722. — Coleti, t. XIII, p. 477-546.