‹ Histoire de l'EgliseChapitre 48 sur 253 · CLÉMENT V · texte numérisé non relu

CLÉMENT V

qu'avant l'élection il y ait eu inimitié entre Philippe le Bel et l'archevêque de Bordeaux ; des édits royaux publiés en 1300, 1302 et 1304 prouvent le contraire. Un contemporain de Villani, Ferreto de Vicence*, affirme que Bertrand fut dès sa jeunesse dans les bonnes grâces du roi. Le rôle de traître de l'Eglise, que Yillani attribue au cardinal de Prato , un dominicain connu pour son honnêteté , ne convient point à un tel caractère. Il en est de même du cardinal Napoléon Orsini qui, au dire de Yillani, aurait trempé dans le complot : il en était incapable. La lettre écrite à Philippe le Bel, par Clément V, en octobre 1305, témoigne contre Villani. Clément avait écrit précédemment qu'il avait été élu, mais non qu'il avait accepté sa nomination 2. Philippe paraît en avoir été blessé. Clément s'excusa en disant qu'il a omis de l'annoncer au roi parce que les légats du roi étaient présents, qu'il n'avait accepté sa nomination que malgré lui et après de nombreuses instances.— Selon Yillani, l'élection aurait été faite par les deux partis, par conséquent à l'unanimité. Quand la majorité des deux tiers eut été établie, la minorité donna son assentiment, ainsi que les quatre cardinaux qui étaient sortis du conclave pour cause de maladie ou qui y étaient entrés trop tard.

Yillani prétend qu'avant l'élection Clément Y et PhiUppe le Bel avaient eu une entrevue secrète à Saint- Jean-d'Angély. Or, nous savons où l'archevêque séjourna du 17 mai 1304 à la fin de juin 1305, quand il fut informé de sa nomination. L'entrevue aurait dû avoir lieu du 17 au 20 mai 1305. Eh bien, l'archevêque faisait alors une visite pastorale dans son diocèse, et se trouvait à Bourbon -Yendée ou dans les alentours. Les lettres du roi prouvent également qu'il ne sortit point de Paris ou du voisinage^. L'entrevue de Saint- Jeand'Angély est donc une fable imaginée ou colportée par Yillani.

Bertrand avait été nommé évêque de Comminges en 1295 par Boniface YIII, et archevêque de Bordeaux en 1299. Son frère aîné, Bérard, cardinal d'Albano, était mort en France en juillet 1297. En 1302, Bertrand, malgré la défense du roi,

1 Ferreti Vicentini historia (Muratori, Rer, ital. script., t. IX, p. 1015). ' Baluzius, Vitœ paparum avenionensium, t. II, p. 62, 289 et suiv. 8 Mansiones et itinera Philippi IV, clans Scriptores rerum galL, t. XXI, p. 445. — Rabanis, p. 55-63 et 194.

428 utSTOiiiE DE l'église.

s'était rendu à Rome, où il s'était fait aimer. Le 24 juillet 1305, il accepta son élection à la papauté, et les cardinaux le prièrent de se rendre en Italie le plus tôt possible.

§ 12. Les papes Clément \, .fean XXII et Benoît XII.

Clément Y répondit à la demande des cardinaux en leur ordonnant de se rendre à Lyon pour y assister à son couronnement. Il y invita aussi les rois de France, d'Aragon et d'Angleterre et divers autres princes. Les cardinaux qui se trouvaient à Pérouse obéirent malgré eux. Clément V fut couronné à Lyon le 44 novembre 1305, par le doyen des cardinaux diacres, Matthieu de Rosso Orsini. Le roi Philippe et son frère Charles Valois y assistaient ^ Clément V avait de graves motifs de ne point aller en Italie, ou du moins à Rome; son prédécesseur immédiat en était sorti avec la résolution de n'y point rentrer ; son intention était de se fixer en Lombardie ; mais il aurait eu encore de plus fortes raisons pour suivre le conseil des cardinaux. Il ne le fit point, pour son malheur et pour le malheur de l'Eglise. — Son pontificat fut une suite ininterrompue de déboires et de concessions à l'avidité insatiable du triste neveu de saint Louis, qui, entre une foule d'autres exigences, réclamait de plus en plus instamment la condamnation de Boniface VIII et la suppression des Templiers. La situation du pape était précaire. Il était forcé d'envoyer partout des légats pour demander aux Eglises des contributions en argent, et, déjà en 1306, l'épiscopat français s'en plaignait au roi. Il est certain que les charges de l'Eghse de France devaient être fort lourdes, car Philippe écrivit lui-même à Clément V pour lui demander, chose fort raisonnable, simplement à traiter désormais l'Eglise de France avec plus de ménagements ^.

^ Un accident survenu pendant la procession fut considéré comme un fâcheux présage. Philippe tenait la bride du cheval sur lequel le pape était monté, et la passa ensuite à son frère et au duc de Bretagne. Tout à coup un vieux mur s'écroulant tue le duc, avec un frère du pape et dix autres personnes. Charles de Valois, frère du roi, fut blessé et le pape renversé de cheval ; la tiare tomba de sa tète et perdit une escarboucle de grand prix.

' Dans sa timide réponse, datée du 2G juillet 1306, le pape se

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