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CONFLIT DE PRINCIPES SOUS BONIFACE VIII

Ils invoquaient aussi se passage : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, » bien qu'il ait une tout autre signification.

D'un autre côté, l'indépendance des rois et des princes trouvait des apologistes de plus en plus nombreux. Tandis qu'autrefois il n'en avait été question que dans des discours, dans des lettres isolées, on la discutait maintenant dans des traités compendieux. On vitsurgir toute une légion d'écrivains de nuances très-diverses, depuis les spéculateurs les plus réservés jusqu'aux fanatiques les plus aveugles. Le plus célèbre apologiste des maximes de Philippe IV fut Gilles de Rome, archevêque de Bourges (1296)*. Un autre, beaucoup plus capable que lui, fut le dominicain Jean de Paris, docteur en théologie de l'Université de cette ville. Savant modéré et prudent, Jean développe ses arguments avec beaucoup de sang-froid, et, loin d'injurier le pape et ses partisans, soumet

1 L'authenticité de l'écrit qui lui est attribué : De utraque potestate, où il parle en faveur de Philippe, est révoquée en doute par V. Gourdaveaux, dans jEgidii Romani de regimine principum doctrina, 1857; le contraire est démontré par G. Jourdain, dans un Ouvrage inédit de Gilles de Home, Par., 1858, p. 26. Il prouve que Gilles défendit Boniface VIII, et rédigea peut-être la bulle Unam sanctam. — Il assista au concile romain de 1302. Il se peut que son traité De ecclesiasticu potestate, qui est toutà-fait dans le point de vue ecclésiastique, ait donné lieu à cette confusion. Cf. Kraus, loc. cit., p. 33. Il mourut à Avignon le 22 décembre 1316.

Augustin. Triumplms^ 0. S. A., né en 1243 à Ancone, mort à Naples le 2 avril 1328, archevêque de Nazareth; auteur de l'ouvrage connu : Summa de potestate ecclesiastica , éd. Ang. Rocca. Rome 1582. — Al. Possevin, Apparat, sacer ad scriptor. vet. et novi Testamenti. Venet., 1608. — Dom. Ant. Gandolf, De ce celeberrimis augustianis scriptoribus. Rom., 1704. — Alvarus Pelagius (Alvarez Pelayo ) naquit probablement en Portugal. Frère mineur depuis 1304, il résida à la cour de Jean XXII, fut évêque de Sylves dans l'Algarve, mourut et fut enterré à Séville en 1352. Il paraît qu'il fut expulsé de Sylves. Son fameux ouvrage : De planctu Ecclesiœ, lib. II, ad Petrum Gomez, card.: lib. I, De statu, lib. II, De planctu Ecclesiœ, fut publié à Ulm en 1475, per Joann. Zainer de Rutlingen, urbe Ulm morantem, ann. 1474, 2 part., 1 vol. in-foL, editio princeps (Ludg., 1517 ; Venet., 1560). — Nicol. Antonio, Dibl. vêtus Hispana, éd. Bayer, t. II, p. 149. — Joann. de Parisiis, 0. S. D., mort vers 1304, Tractatus de regia potestate et papali, ap. Goldast, t. II, p. 107, in Monarchia s. romani imperii. Francf., 1614-1615, 3 vol. in-fol. On y trouve aussi l'ouvrage cité plus haut et faussement attribué à Gilles de Colonna. Jean de Paris, malgré sa prudence, ne put se soutenir ; sa doctrine sur l'Eucharistie, universellement réprouvée, fut condamnée par la Sorbonne; il en appela du décret des docteurs de Paris au siège apostolique (W. Gave, De scriptor. eccles., Genev., 1720, p. 653).

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son travail au jugement de l'Eglise. Remontant aux origines du gouvernement civil, il prouve qu'il a une tout autre origine que l'Eglise. Il examine ensuite le but que poursuivent les deux sociétés ; il démontre qu'elles diffèrent autant par leur but que par leur origine, et il en conclut que les deux puissances doivent être coordonnées, que le pouvoir ecclésiastique l'emporte sans doute en élévation, puisqu'il tend à une fm plus haute, mais qu'il ne doit point exercer sur l'Etat une action coërcitive.

Le franciscain Guillaume Occam, professeur de théologie à Paris, écrivit d'abord en faveur de Philippe le Bel, puis de Louis de Bavière. Quoique ses nombreux écrits soient beaucoup plus mordants que ceux de Jean, il dépasse rarement les bornes posées par l'Eglise elle-même. Comme persécuté, il est presque toujours de mauvaise humeur. Mais quand on se rappelle dans quelle situation il écrivait, on s'étonne souvent qu'il ait pu écrire comme il l'a fait.

Nous avons en outre une multitude d'écrivains qui tendent à bouleverser toutes les notions , entre autres Marsile de Padoue, qui avait étudié toutes les sciences. Dans son Defensor pacis, écrit en faveur de Louis de Bavière, il va jusqu'à soutenir que Jésus-Christ n'a point établi de primauté, que les évêques et les prêtres ne se distinguaient point originairement, que leurs distinctions n'ont commencé que depuis la donation des Etats de l'Eglise par Constantin. Emanée d'une telle origine, la puissance des papes ne mérite donc aucun égard ; il faut la ramener à sa condition primitive. Il niait également la juridiction coactive en matière religieuse. Dans cet écrit , où il entrait manifestement sur le terrain de l'hérésie, il eut pour collaborateur Jean Giandone.

Il nous reste à étudier le parti des franciscains véritablement fanatiques et qui avaient rompu avec Jean XXII. On sait qu'une grande dispute avait éclaté parmi les franciscains sur le caractère de la pauvreté évangélique. Plusieurs l'exagéraient au point de la rendre déraisonnable, et ils s'y opiniàtraient tellement qu'ils qualifiaient d'hérésie le sentiment contraire. Jean XXII, pour avoir essayé de retenir la controverse dans les hmites de la raison, fut repoussé comme hérétique, et plusieurs franciscains s'éloignèrent de lui. Mais

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il régnait aussi parmi eux une grande variété d'opinions. Leur général, ^[ichel Cesena, l'un des plus exaltés, se rendit auprès de Louis de Bavière et vécut longtemps à Munich. Le chancelier du roi, également franciscain, comptait parmi les modérés. Les plus fougueux, les spiritualistes, rejetaient toute espèce de puissance temporelle; l'Eglise, selon eux, ne devait avoir qu'un pouvoir spirituel. Le franciscain Bonagratia, supposé qu'il soit l'auteur du livre De cpJatibus Ecclcsise, admet quatre âges de l'Eglise : âges d'enfant, de vierge, de femme et de matrone; dans ce dernier âge, l'Eglise est tombée à l'état de vieille femme. La papauté, ditil, a été instituée par l'empereur Phocas*.

Telle était alors la désunion des esprits. Heureusement, il ne manquait point d'hommes modérés et réfléchis qui surent gagner la majorité des suffrages et empêcher les plus tragiques événements. Désormais la lutte va changer de terrain et entrer dans le domaine même de l'Eghse. La controverse entre l'épiscopat et la primauté fera oublier la controverse entre l'Eglise et l'Etat.

Jean XXII' fut remplacé, le 20 décembre 1334, par le cistercien Jacques Fournier, surnommé le blanc Cardinal, Benoit XII. Défenseur zélé de la discipline ecclésiastique, il essaya de supprimer le cumul des bénéfices, renvoya chez eux un grand nombre d'évèques et de prélats qui séjournaient à Avignon, et sut résister aux empiétements des souverains. Il construisit le palais des papes à Avignon. En 1335, il voulait retourner dans la ville éternelle, où les Romains le demandaient, mais les cardinaux (français pour la plupart) s'y opposèrent. — Ses relations pacifiques avec Louis de Bavière furent principalement contrariées par Philippe VI, roi de France.

1 Héfelé, VI, 510, 515, 518-520. Christophe, I, 244-252. Le pape négocia personnellement avec les spiritualistes; mais plusieurs déclarèrent que la règle de S. François était au même niveau que l'Evangile ; ils persécutèrent les conventuels qui s'écartaient de cette règle et possédaient des domaines. — Parmi ces derniers eux-mêmes, il se forma un parti qui enseignait que Jésus-Christ et les apôtres n'avaient rieu possédé en propre ; de ce nombre étaient Occam et Michel de Cesena. Cette proposition fut condamnée par le pape le 8 décembre 1322, et déclarée hérétique le 12 novembre 1323. Michel s'obstina, et le 25 mai 1328 se réfugia auprès de Louis de Bavière avec Occam et Bonagratia. 11 se rétracta en 1343. J.-B. Schwab, Johannes Gerson, eine Monographie. Wrzbg., 1859, p. 9. — Dudick, loc. cit., p. 10.

* Les Régestes du règne de Jean XXII forment 59 volumes et renferment environ soixante mille pièces (Dudik, Iter romanum. Wien , 1855, t. II, p. 47-71), tandis que les Régestes de Clément V n'embrassent que 7 vol. comprenant sept mille deux cent quarante-huit lettres (Dudik, p. 46).

Benoît XII mourut le 25 avril 1342, et fut remplacé le 7 mai par Clément VI (Pierre Roger), également Français, qui fut élu unanimement le second jour du conclave. Il était encore, s'il est possible, plus dévoué * à la politique française et plas défavorable à Louis de Bavière que ses prédécesseurs. — Le 11 juillet 1346, à Rhense, Charles IV de Bohême fut élu empereur par la voix unanime des princes électeurs, et son élection confirmée le 6 novembre par Clément VI. Les villes restèrent fidèles à Louis de Bavière, qui mourut dans une chasse à l'ours, le H octobre 1347, près de Munich. Le règne de Charles IV (jusqu'en 1378) fut bienfaisant à la Bohème d'abord, puis au reste de l'Allemagne. Les arts, les métiers, les sciences prospérèrent. Il fonda à Prague la première université allemande (1348)^. En 1347, Cola de Rienzi (Nicolaus Laurentii filius) s'imposa à Rome en qualité de tribun. Tout alla bien dans le principe; mais l'orgueil précipita Rienzi, le 13 décembre 1347'. " Clément VI acheta de la reine Jeanne de Naples le comtat d'Avignon, au prix de 80,000 florins d'or, comme si la papauté avait dû éterniser son séjour à Avignon. Mort le 6 décembre 1352, le cardinal-évêque d'Ostie, Etienne Aubert, Limousin comme lui, lui succéda sous le nom d'Innocent VI (18 décembre 1352). Il abolit le faste et le luxe trop recherchés de ses prédécesseurs, les nombreux offices de la cour, exhorta les cardinaux à une grande simplicité, défendit le cumul des bénéfices, supprima diverses commandes et réserves, congédia les nombreux prélats qui séjournaient à la cour pontificale, menaçant d'excommunication ceux qui violeraient le devoir de la résidence.

En 1353, il chargea le cardinal Albornoz de Tolède d'aller, à la tête d'une petite armée, recouvrer les Etats de l'Eglise. Cola de Rienzi, revenu momentanément au pouvoir en 1354, fut, le 8 octobre, renversé et assassiné dans sa fuite*. En quelques mois, Albornoz avait reconquis le patrimoine de saint Pierre et le duché de Spolète, soumis les petits seigneurs récalcitrants et rétabli l'ordre s. En automne 1354, Charles reçut la couronne de fer à Milan, et, sur l'invitation du pape, se rendit à Rome où il fut oint et couronné par deux cardinaux, le jour de Pâques 1355. Il quitta Rome le même jour. Rappelé à Avignon en 1357, Albornoz s'en retourna en décembre 1358, et fit de nouvelles conquêtes dans les Etats de l'Eglise.

— En 1361, ils étaient à peu près rentrés dans les anciennes frontières.

— Innocent VI protesta contre la bulle d'Or (1355-1356), par laquelle

* « En face de la France, dit Phillips, le pape était presque sans volonté. » {Droit ecclés., t. III, p. 291-293.)

* Dominicus, Balduin von Lùtzelburg, Erzbischof von Trier. Goblenz, 1862. — Chro/iicon Henrici de Hervordia, éd. Aug. Potthast. Gott., 1859, p. 274-291. (La Chronique s'étend jusqu'en 1355.)

* F. Papencordt, Cola di Rienzo u. seine Zeil, 1841. — Christophe, II, 110-142.

* Papencordt, p. 207-304. — Christophe, II, 179-191.

«Christophe II, 175-231. — Vida ... p. Batt. Porreno. Cuenca, 1626. — Sepulveda, Rerum gestarum Albornozii lib. III. Bon., 1623, in-fol. — Lescale, Vie du grand cardinal Albornoz. Par., 1629.

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