CONCILE DE PISE
26 mars 1409, l'Eglise devait être réformée dans son chef et danTses nfelnEres. Les papes, invités, n'y comparurent point, d'après ce principe qu'ils étaient au-dessus du concile. On les déposa donc l'un et l'autre (5 juin), et on en choisit un nouveau. Quant à la réforme de la tête et des membres, elle fut ajournée à un concile qui devait être tenu dans trois ans. . , Mort sur ces entrefaites, le pape nouvellement élu, Alexandre V, fut remplacé par Jean XXIII; et comme les deux autres papes ne se désistèrent point, au lieu d'un seul pape, il y en eut trois. Le concile qui devait être rassemblé ' dans trois ans, suivant le décret du concile de Pise, fut convoqué à Rome par Jean XXIII, pour l'année 1412. Malheu- I ressèment, le pape Jean XXIII n'était pas ce qu'il devait Vcêtre, et en le nommant, îe collège des cardinaux prouva qu'il n'avait pas profité des leçons du temps. Peu d'évêques se rendirent à ce concile, et ils n'inspirèrent aucune confiance. Dans la première séance, après qu'on eut entonné le Veni Creator, une chouette parut dans la salle, et le pape, à sa vue, fut pris d'une pâleur mortelle. Elle reparut dans la seconde séance, et on passa le temps à tâcher de s'en défaire. Le lendemain, personne ne se montra d'humeur à siéger, et le concile fut dissous sans avoir rien décidé.
Jean XXIII étant incapable de réunir un concile, tous les . .
•yeux se tournèrent vers Sigismond, roi d'Allemagne. De ^ f\^A Li "^ toutes parts on le conjurait de s'entendre avec Jean XXIII pour procurer la réunion d'un concile universel. Il fut célébré à Constance et étouffa réellement le schisme. La réunion de ce concile était due au dévouement filial de Sigismond pour l'Eglise , non moins qu'à ses voyages et à ses dépenses personnelles. Quant au mode à suivre dans les débats et les résolutions, on établit les points suivants : 1° Suivant l'usage favori de ce temps, les membres seraient divisés par nations, comprenant l'Allemagne, l'Angleterre, la France et l'Italie; les autres nations seraient fondues dans celles-là. A la fin de 1416, on y joignit l'Espagne. 2'' Chaque nation donnerait son propre avis sur les réformes qu'elle souhaitait dans l'Eglise. L'avis d'une nation, reconnu bon et salutaire, serait transformé en décret du concile dans l'assemblée de toutes les nations réunies. Le vote aurait Ueu non, par
têtes, mais par nations : cette mesure avait été prise parce que l'Italie comptait beaucoup plus d'évêques que les autres pays, et que les Italiens étaient soupçonnés de vouloir dé- I u fendre exclusivement les intérêts de Jean XXIII. ^^ Jean XXIII n'était allé à Constance qu'après des résistances et des atermoiements. Les dispositions qu'il y remarqua dès son arrivée étaient de nature à le faire réfléchir et à lui don- ^\ ! ner le soupçon que lui aussi allait être déposé. Cependant,
il pouvait encore espérer qu'en sa qualité de successeur du ^JjiL P^P^ élu P^^ 1^ concile de Pise, il serait reconnu par le con-
*^ cile de Constance, puisque ce concile n'était que la continua-
tion de celui de Pise. Les Pères furent d'un autre avis : ils pensèrent qu'un concile réformateur ne devait pas reconnaître Jean XXIÏI, à raison de son caractère personnel. Dès qu'il en fut assuré, Jean XXÏII prit la fuite sous la protection de Frédéric d'Autriche, afin de gagner du temps pour faire valoir ce principe que le pape est au-dessus du concile uni- .versel (20 mars 1415). Dans les troisième et quatrième^ séances, le concile exprima, dans toute leur étendue, et qui plus est, en forme de canons, les maximes que nous avons nommées le système épiscopal : à savoir que le pape, dans v- A V ; il les matières qui regardent la réforme de la discipline ecclé- i L^ fsiastique, la foi et les mœurs, est subordonné au concile'
H/'^ .. universel. On entama ensuite le procès de déposition de
,, (^V »i Jean XXIII. La plainte fut soutenue par des évêques italiens. Quand la plupart des griefs (on en produisit soixante-dix) eurent été prouvés par témoins, il fut déclaré coupable et dé- \ j posé (29 mai 1415). Restaient encore deux papes, Grégoire XII [ 1 et Benoît XIII. Grégoire résigna de son plein gré*; quant à Benoît XIII, rien ne put le résoudre à abdiquer. Il s'obstina à soutenir qu'il ne pouvait être jugé par aucua concile, et il ordonnait encore, au lit de la mort, qu'on lui nommât un successeur (il fut déposé le 26 juillet 1417, et mourut, âgé de 90 ans, en 1424). Le schisme était donc éteint, car si
> Il abdiqua le 4 juillet 1415, devint cardinal-évêque de Frascati, et
mourut à Récanati le 18 octobre 1417. — Le G janvier 1416, les souverains
de l'obédience de Pierre de Lune lui firent savoir par saint Vincent
Ferrier qu'ils lui refusaient l'obéissance. Il se relira à Penniscola , dan^j
j le château de sa famille, où il mourut en 1424.