GRAND CONCILE DE CONSTANCE
Benoît XIII persistait à se croire pape, il était seul de son avis. Jean XXII I, ramené et mis en prison, était parvenu à s'évader de Heidelberg où il était renfermé, et se préparait à se poser de nouveau en pape légitime^ à annuler tout ce que le concile avait fait contre lui, y compris le concile lui-même. Cependant, il eut le courage d'étouffer les suggestions de l'égoïsme et de se jeter aux pieds du pape élu, qui le nomma doyen du sacré collège. 11 mourut six mois après (1419).
Le schisme vaincu, il s'agissait d'opérer des réformes dans TEglise. Nommerait-on un pape avant ou après ces réformes? • -». ,
L'Allemagne et l'Angleterre voulaient qu'on commençât par ^ '^'
les réformes ; les trois autres nations furent d'un avis contraire, et ajuste titre. Bien des périls eussent été à craindre, si l'épiscopat, en matière si grave, avait pris des décrets en deliois de son chef naturel. Il aurait pu se placer à un point
s^ de vue exclusif, restreindre outre mesure les taxes et les redevances perçues par le pape, augmenter les droits des
1 1 évêques. On commença donc par l'élection, qui se fit à la plu-
I [ raUté des voix, et on nomma Martin V, de la famille des
I I Colonna et d'un caractère tout-à-fait recommandable*. Les auteurs du t mps le dépeignent comme un homme de grande distinction, et son pontificat confirme leur témoignage. Ce qu'on avait craint, si la réforme était commencée avant l'élection du pape, se vérifia alors 2. Les Pères de Constance affichèrent des prétentions si exorbitantes qu'il était impossible d'y satisfaire sans de graves préjudices pour l'Eglise. Martin V avait fait de sérieuses avances ; mais on ne s'en soucia point. Aucune réforme ne fut donc opérée, et l'on se borna à con-
' Des décrets de réforme importants furent encore publiés avant la nomination du pape, dans la trente-cinquième séance, le 9 octobre 1417, de même que dans la quarantième séance, le 30 octobre. Le cardinal Othou Colonna fut élu le troisième jour du conclave par 23 cardinaux et 30 prélats ou clercs, 6 pour chaque nation.
* En 1418, Martin V remit aux nations un projet de réforme; maison trouva plus convenable de faire des traités ou concordats avec chaque nation particulière. 11 y en eut un de conclu avec l'Allemagne. (Hûbler, p. 67, Das deutsche Concordat, p. lb4. — Die Réception des romanischen Concordâtes [en France), p. 281 ; en Espagne et en Italie, 313.) Le concile finit avec la quarante-deuxième séance, 22 avril 1418. — J.-B. Christophe, Histoire de la papauté' pendant le quinzième siècle, avec des pièces Justificatives^ 2 tomes. Lyon et Paris, 1863, p. 2-93. (Pontif. de Martin V.)
io6 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
dure des traités avec chaque nation particulière. Ces traités n'étaient valables que pour cinq ans, après lesquels on comptait tenir un nouveau concile qui ferait les réformes nécessaires. — On était convenu en outre qu'à l'avenir un concile œcuménique serait célébré tous les dix ans : tant on exagérait l'importance de ces sortes d'assemblées I
§ 17. Le eonoile de Râ!e^ — Concordats avec le Saint-Slé$^e.
,y Conformément à la résolution prise à Constance de réunir ' '^ dans six ans un nouveau concile, le pape Martin Y convoqua les évêques à Pise pour l'année 1423. Ce concile fut peu /f\\^ fréquenté, et la peste qui sévissait en cette ville obligea de le transférer à Sienne. Ici encore, l'assistance fut peu nombreuse. Martin Y le supprima, en décidant qu'il nurait lieu à Bâle en 1431, et qu'on y accomplirait les réformes déjà pro- "^ jetées à Constance. Mais à peine Martin Y l'avait-il annoncé et choisi pour président le cardinal Julien Caesarini qu'il payait son tribut à la mort (20 février 1431).
Son successeur, Eugène lY (3 mars 1431), Yénitien de naissance, fut également un pape distingué. De son côté, le concile ne rencontra aucune opposition ; mais les temps étaient mauvais. L'état seul des affaires politiques était trèspeu favorable pour une telle assemblée. L'Angleterre et la France poursuivaient le cours de leurs interminables que-
' Monumenta cùnciliorum generalium sœc. XV. Concilium basileense. Scriptorum, t. I. Vienuse, 1857, in-foL, 958 p. — Contient : Initium et prosecutio basileens. concilii. Joannes de Ragusio. Petrus Zatecensis. — ^g. Garlerius. — Th. Ebendorffer. — Joannes de Turonis. — Martene, Veterum scriptor. et mon. ampliss. collcctio, t. VIII.
Cf. Mansi, t. XXIX-XXXI. [Supplem., t. IV-VI.) — Harduin, t. VIII-IX.
— Coleti, t. XVl-XVII. — Harzheim, Conc. Germaniœ, t. V. (Aug. Patricii Summa conc. basil., etc.). — ^n. Sylvius, Commentar. de gestis concil. basil., lib. III (1/.38-1440). Firmi , 1803, in-4o. — Lenfant, Histoire de la guerre des hussites et du concile de Basle. Amst., 1731, 2 vol. in-4'> (incomplet). — Die Kirchen-Versammlmig zu Basel, 1431-1448. Basel, 1825.
— Aschbach, a. a. 0., t. IV (jusqu'à l'année 1438). — Chmel, Geschichte Kaiser Friedrich's IV und seines Sohnes Maximilicn. Hamburg, 1840, t. II (jusqu'à l'année 1449). — Gr. Voigt, Enea Silvio de Piccolomini und sein Zeitalter, t. I. Berl., 1856, p. 47-336. — Christophe, I, p. 93-359. (Chmel, Regesta Friderici IV, 1440-1493. Wien, 1838-1840, 2 tom. in-4«.)
— Kluckhohn , Herzog Wilhelm von Bayern, der Protekfor des Baseler ConcilSj dans Forsch. z. deutschen Geschichte^ t. II. Gœtt., 1862.