LA PAPAUTÉ AU QUINZIÈME SIÈCLE
services (1447-4155, 24 mars); mais aucun pape n'a égalé Pie U (Enée Sylvius Piccolomini), qui occupa le Saint-Siège de 1458 à 1464, et fut un des plus savants hommes de son temps*. A la science, il joignait l'habileté et l'éloquence, et comme pape, une énergie surprenante. Il essaya d'appeler l'attention des souverains d'Europe sur les dangers qui les menaçaient du côté de l'Orient, et déjà précédemment, dans une diète tenue à Ratisbonne, les princes avaient été émus jusqu'aux larmes par sa parole vigoureuse; mais ils n'en étaient pas venus aux actes. Comme pape, il ne négligea rien pour réaliser ce plan ; mais les princes, s'enfermant dans leur égoisme, restèrent sourds à ses supplications, sous prétexte qu'on ne pouvait se fier à la cour pontificale. L'argent destiné à combattre les Turcs fut employé à d'autres fins. On a blâmé en Pie II quantité de choses qui sont entièrement à sa louange, notamment sa rétractation. Sa jeunesse avait
— G. Voigt, P. Pius II, t. I, p. 399. — Christophe, I, p. 361-479.— Calixte III (Alphonse Borgia) lui succéda le 28 avril 1455, et mourut le 6 août 1458. On lui doit la victoire de Belgrade. Il agrandit la bibliothèque vaticane ; on l'a accusé de népotisme. (G. Voigt, II, 148-248. — Christophe, II, 1-30.)
' Pie II (Enée Piccolomini), élu le 19 août 1458, mort le 4 août 1464, Opéra. Basileae, 1557. Historia Friderici III. Strasb., 1G85. — Op. geographica et historica. Helmst., 1G99 (Francf., !I707). — Dans Analecta monumentor. omnis œvi vindoboneasia , éd. KoUar, Vien., 1762, t. II : Pii II Historia austriaca, p. 1-550. — Libell. dialog. de audor. gênerai, concil. et gestis hasileensium, etc., p. 686-790. — Carol. Fea, Pius II, a calumniis vindicatus, Rom., 1823 (contient : Epistola retractationis ; commentar. de rébus Basileœ gestis, et la bulle de rétractation du 26 avril 1463, imprimée
à Cologne dès 1468). — Orationes polificœ et eccles colleg. J.-D. Mansi.
Luc, 1755-1759, in-4o, 3 tomes.— Cf. F2Ïa par Campani, Platina; Gobelliui Commentar. rerum memor., quœ fempore Pii II contiger. Francf,, 1614. — K. Hagenbach, Eri7merungen an Aeneas Sylv. Basel, 1840. — Christophe, II, 27-101. — Heinemann , Aeneas Sylvius als Prediger eines Kreuzzuges geg. d. Tûrken. Bernbg., 1855. — G. Voigt, 3 vol., 1863. — Sur Pie II ont encore écrit : Helwing, 1825; Beets, 1839; Verdière, 1843, etc.
Paul II (Pierre Barbo), élu le 31 août 1464, mort le 25 juillet 1471. — Pauli II Vita, auct. Nicol. Cauensio, cwm vindiciis ipsius pontif., ab Aug. Mar. Quirino. Rom., 1740, in-4o. — Christophe, II, 112-209. — Sous sou règne les premières imprimeries, dont deux allemandes, furent établies à Rome en 1467. — Sixte IV (François Rovère), 9 août 1471. — Christophe, II, 209-290. — Innocent VIII, Gibo, Vialardi, Vita d'Innozenzo VIII. Ven., 1613; Stephan. lufessura, Diarium romance urbis (1294-1494).— Christophe, II, 303-367. — J. Burckhardt, Erzbisch. Andréas v. Krain, u. der letzte Concilversuch in Basel, 1482-1489. Bàle, 1852. — (Farlati, Illyricum sacrum, VII, 430.)
été un peu légère. Passionnément attaché au concile de Bâle, il en avait écrit une histoire conçue dans un esprit frivole, et où il avait dit du pape une foule de choses dont plus tard il ne voulut plus se porter garant, et qu'il rétracta dans un écrit particulier ; prouvant ainsi qu'il avait avancé dans la sagesse, et avouant, à la face du monde, ses anciennes er- ! reurs. Il défendit aussi d'en appeler du pape au concile général.. S'il était loisible à chaque individu, après la sentence I du pape , de porter sa cause devant un concile universel , l'Eglise, en attendant pendant des siècles la possibilité de le convoquer , serait en proie aux plus graves désordres et courrait peut-être à sa ruine.
^ Sixte lY, ancien maître de philosophie, possédait une
ft^J^i^ science très-profonde et était renommé comme écrivain. Il était surtout apprécié des habitants de Rome, qui l'affectionnaient à un haut degré. Il avait rendu d'excellents décrets dans la querelle des franciscains et des dominicains touchant le culte de la sainte Vierge. Ce pape, toutefois, mérite plus d'un reproche, en particuher à cause de ses relations avec les Médicis et de sa prédilection excessive pour ses proches, ce qui lui a valu d'être justement accusé de népotisme. Son pontificat fut d'ailleurs honorable et utile à l'Eglise (il mourut le 12 août 1484).
Plût à Dieu que nous en pussions dire autant d'Innocent VIII (1484-1492)! Plût à Dieu qu'un Alexandre VI (149-2- 1503) ne fût jamais entré dans la liste des papes! Peindre le caractère moral d'Alexandre VI serait chose superflue; ce tableau se trouve dans tous les livres. Quant à sa personne, elle était encore plus insignifiante. Ce malheureux n'occupa que peu de temps le siège pontifical, et ce siège, il ne pouvait pas naturellement le souiller. Ce qu'il y a de pire, c'est qu'un collège de cardinaux se soit rencontré pour nommer un tel pape*; et nous en croirions volontiers les historiens qui
' Les accusateurs de ce pape sont : Burkard, Gnichardin, Sfor^ia di Italia, que Bayle appelle un menteur et Voltaire un imposteur [Dissertât, sur la mort de Henri /F^, et qui demandait lui-même, au lit de la mort, qu'on brûlât son histoire d'Italie; Paul Joviiis, qui avouait lui-même qu'il avait une double plume, et qui est traité d'homme vénal par Bayle, Jac. Gohorri et Vossius; Thomas Tomasi, ami de ces deux derniers. Burkard, en son Diarium, passe pour le principal accusateur. Il était