CHAPITRE Iir
mSTOIRE DES SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES*.
Après la chute de l'empire romain, quand l'Europe fut inondée par l'émigration des peuples, les sciences partagèrent le sort des institutions civiles, et elles auraient disparu jusqu'aux derniers vestiges, si l'EgUse, qui résiste à tous les orages, ne leur eût offert un asile.
* Ce chapitre a été rédigé sur les documents de Mœhler par le Dr Fr. Brentano, à Wurzbourg.
1 Xav. Rousselot, Etude sur la philosophie dans le moyen-âge. Par., 1840- 1842, 3 t. — H. Ritter, Gesch. d. Philosophie , t. IV. — Hauréau, de la Philosophie scolastique, 2 t. Par , 1850. — Kaulich, Gesch. d. scholast. Philos., 1 vol. von Krigena bis Abœlard. Prag., 1863. — Slœckl, Gesch. d. PJiilos. des Mittelalters. Mainz, 1864-1806, 3 vol, — J.-Ed. Erdmauu, Grand riss der Gesch. der Philosophie. Berl., 1866, 2 vol. — Ueberweg, Grundriss der Geschichte d. Philos, d. scholast. Zeit, 1864. — Noack, Die christl. Mystik des Mittelalters. Kœnigsb., 18o3. — Histoire littéraire de la France, t. XXIII. — Voir les articles du Dictionn. des sciences philosophiques. — Du Boulay, Hist. acad. de Paris. Par., 1665-1673. — Grevier, Histoire de f université de Paris, 1761.
Isidore, évêque de Séville au commencement du septième siècle, avait recueilli soigneusement les restes de la tradition ecclésiastique. Peu de temps après lui, l'Espagne devint la proie des Sarrasins. En Angleterre^ nous voyons surgir le vénérable Bède, qui travaille à la même tâche avec un zèle égal* ; le moine Alcuin 2, éminent entre tous par sa culture théologique et philosophique, enseignait un peu plus tard à l'école épiscopale d'York.
Avec lui^ le mouvement se communique en France. Charlemagne, ce puissant protecteur de l'Eghse, devient, par l'Eglise, le protecteur des sciences. Dans un voyage qu'il fit à Rome, il rencontra Alcuin à Parme, et, plein d'admiration pour son savoir, l'invita à le suivre en France, où il appela également d'autres savants.
Une nouvelle vie scientifique commence, et l'enseignement public reçoit une vive impulsion. Les anciennes écoles renaissent, et on en fonde de nouvelles dans les Eglises et les couvents.
Malheureusement, de tant de magnifiques ouvrages de l'antiquité, il ne restait plus que des ruines : le Tùnée expliqué par Chalcidius, les premières parties de VOrganon commentées par Boëce, l'introduction de Porphyre, quelques traités de Cicéron, de Sénèque et d'Apulée. Les Pères, entre autres saint Augustin, étaient mieux conservés; mais les manuscrits étaient rares et les plus riches bibliothèques ne comptaient que bien peu de volumes.
Avec de si maigres ressources, la culture théologique devait rester bien imparfaite. Quant à l'enseignement profane, il se bornait aux principes de la grammaire et de la logique, avec les quelques éléments de mathématiques et d'astronomie nécessaires pour la fixation annuelle de la fête de Pâques.
Il y avait cependant des esprits plus ardents qui ne s'enfermaient point dans ces étroites limites. Au neuvième siècle, alors que Charles le Chauve s'appliquait à civiliser son peuple en augmentant et en favorisant les écoles, nous trouvons à
* Gehle, De Bedœ Venerab. vita et scriptis. Lugd. Batav., 1838.
* Moimier, Alcuin et son influence littéraire, religieuse et politique chez les Francs. Par., 1853 (18G4).