‹ Histoire de l'EgliseChapitre 67 sur 253 · HISTOIRE DES SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES

la cour de France l'Irlandais Scot Erigène, suffisamment versé dans le grec pour traduire les œuvres du pseudo- Denis*. Il s'essaie avec hardiesse dans la spéculation et renouvelle, d'une façon originale, les philosophèmes du mysticisme néoplatonicien. D'autres défrichent d'autres terrains, et les œuvres de saint Augustin, qui avaient déjà passionné Bède et Alcuin, deviennent surtout l'objet de sérieuses recherches. L'influence des Pères éclate dans toutes les controverses théologiques du temps. Dans la discussion sur l'Eucharistie', un texte mal interprété du De doctrina christiana de saint Augustin (III, ix), où ce dernier semble employer une expression figurée pour désigner le corps et le sang de Jésus-Christ, suffit à éveiller des doutes dans l'esprit du moine Frudegard sur la présence réelle, quoique ce dogme fût explicitement reconnu de son temps et que lui-même y eût fermement adhéré jusque-là. L'immense autorité de saint Augustin paraît encore avec plus d'évidence dans la controverse sur la prédestination ^, provoquée par le moine Gottschalk. Non-seulement Gottschalk prétend s'appuyer sur saint Augustin, mais la parole de ce grand docteur est invoquée par les deux partis*.

Erigène, sur la demande de Charles le Chauve, prit également part à ces deux débats théologiques. Tout ce que nous savons de son écrit sur l'Eucharistie, car il n'existe plus, c'est qu'il soutenait le sens figuré. Dans son traité sur la prédestination, que nous avons encore, il établissait volon-

* p. Hjort, Johann Scotus Erigena, etc. Copenh., 1823. — J.-A. Staudenmaier, J. Scotus Erigenu, t. I. Francf., 1834. — Saint René Taillandier, Scot Erigène et la philosophie scolastique. Strasb., 1843. — N. Mœller, J. Scotus Erigena u. s. Jrrthûmer. Mainz, 1844. — Th. Christlieb, Leben und Lehre d. J. Scotus Erig. Gotha, 1860. — J. Huber, Johann Scotus Erigena, etc. Mûnchen, 1861.

' Histoire de la controverse du neuvième siècle sur l'Eucharistie, par Ellies du Pin, dans sa Nouv. bihlioth. des auteurs ecclésias., VII, p. 62. — Natalis Alex., Diss. X sœculi ix et x.

* Du Pin, Histoire des controv. agitées dans le neuvième siècle. (Bif/l. ecclés., VII, p. 10.) — Natal. Alex., Diss. V sœculi ix et x. — Cellotii Hist. Gotteschalci. Par., 1655. — Usserii Gotteschalci et prœdest. controv. ah eo motœ histor. Dublini, 1651.

* W.-Fr. Gess, Lehen und Schrif'ten Hincmar's, Erzbisch. v. Rheims. Gœtt., 1806, p. 15-19. — A.-F. Gfrœrer, Gesch. d. ost- u. westfrœnk. Carolinger, p. 210.

tiers ses assertions théologiques sur des arguments rationnels; mais comme il manquait de connaissances positives en théologie, il se heurta violemment contre la doctrine de l'Eglise et donna une fâcheuse idée de son orthodoxie. Chose remarquable, la méthode même dont il se servait, et qui plus tard devint si naturelle au moyen- âge, blessait ses contemporains. L'aUiance étroite qu'allaient contracter dans la suite la philosophie et la théologie, n'était pas encore conclue.

Malgré cela, nous voyons les sciences ecclésiastiques prendre au neuvième siècle un essor généreux et qui semble justifier les plus magnifiques espérances. Malheureusement, de nouveaux orages allaient endommager sinon détruire ces germes encore trop délicats. Une triste époque va s'ouvrir, qui entraînera avec la décadence de la discipline la ruine de la science ecclésiastique. La simonie commence à disposer des plus hautes fonctions sacrées sans égard pour la dignité et les aptitudes. Des hommes sans vertus, sans éducation intellectuelle, sont mis en possession des évêchés et des abbayes, et naturellement aucun d'eux ne songe à la culture et au progrès de la science. Le temps approche où l'Eglise romaine tombera elle-même dans le plus profond abaissement ; frustrée de sa liberté, flétrie par des pasteurs indignes, nul encouragement ne pourra venir de là. « Un nouveau siècle commence, dit Baronius, lorsqu'il arrive à fan 900, qu'on a coutume d'appeler siècle de fer pour sa barbarie et sa stérilité dans le bien, siècle de plomb pour la laideur de ses vices exorbitants, siècle de ténèbres à cause de sa disette d'auteurs. »

Si telles sont les causes qui ont entravé les progrès des sciences, on s'explique aisément pour quoi elles demeurèrent stationnaires jusqu'au temps de Grégoire YIL Sous ce pape, elles renaissent tout-à-coup à une vie nouvelle, et deviennent même si florissantes, que l'histoire depuis des siècles ne connaît point d'exemple pareil. Non-seulement la victoire de ce pape éveille dans les enfants de l'Eglise le joyeux sentiment de la sublimité et de la vertu du christianisme, mais elle amène l'abolition de la simonie et fait cesser l'esclavage de l'Eghse sous le pouvoir séculier. Les élections redeviennent libres, et les hommes les plus recommandables ,

Page 1