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HISTOIRE DES SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES

portés seuls désormais aux évêchés et aux abbayes, se consacrent tout particulièrement à l'éducation de leurs subordonnés. Le Saint-Siège, libre enfin, exerce partout le plus salutaire ascendant. Les plus grands papes, Alexandre III, Innocent III, Innocent lY, relèvent son éclat et font tout pour agrandir les horizons de la science. Alexandre III ordonne à ses légats de lui faire connaître les hommes qui se distinguent par leur savoir, et il les place dans une sphère correspondant à leurs aptitudes.

Toute éducation était alors aux mains du clergé : plus le clergé cultivait la science, plus les laïques s'y affectionnaient, et comme les souverains eux-mêmes se constituaient ses disciples, le trône devenait un de ses asiles. En France, Louis VI, Louis VII, Philippe-Auguste, Louis IX, tous élevés par des moines, ont tous contribué efficacement au progrès des sciences. Il en fut de même en Angleterre. Henri l" fut le modèle de tous les savants; Henri II, non moins distingué que lui, dédaignant les plaisirs de la chasse, s'entourait d'érudits et se plaisait à tenir avec eux de doctes conférences. En Allemagne, les empereurs Frédéric P', Henri VI et Frédéric II étaient des hommes fort instruits et protégeaient les arts et les sciences.

Survinrent les croisades, ce vaste mouvement de la chrétienté qui commence à la fin du onzième siècle et qui fait éclater le sentiment de la foi avec une énergie inconnue jusque-là. Les croisades se rattachaient à la victoire de Grégoire, sans laquelle elles eussent été impossibles. Entre autres grands résultats, elles eurent celui de donner un vif élan au progrès scientifique. L'ère de Grégoire VII forme donc le vrai point de départ de la renaissance des lettres durant cette période.

La querelle sur l'Eucharistie, renouvelée par Bérenger de Tours au miheu du onzième siècle, nous permet de jeter un regard sur l'état de la science à cette époque *. Nous retrou-

* Fr. de Roye, De hœresi et pœnit. Berengarii. Andegav., 1656. — Natal. Alex., De causa Berengarii. Diss. I scecul. xi et xii. — Du Pin, Histoire de la controv. sur l'Eucharistie, mue par Bérenger {Aut. eccL, VIII, p. 7). — J. Mabillon , Diss. de multipl. Bereng. damriatione , fidei prof, et relapsu, deque ejus pœnis, Veter. analect., I, p. 513.

vons ici les deux mêmes tendances que nous avons constatées au neuvième siècle sous Charles le Chauve. Bérenger, dont Erigène avait déjà enseigné les erreurs en les appuyant sur les mêmes arguments, invoquait les auteurs profanes et les ^ ressources de la dialectique où il était fort exercé et dont il

j|LA- ne pouvait assez faire l'éloge. Son principal adversaire fut ' Lanfranc de Pavie *, autrefois abbé du Bec en Normandie, où

il avait établi une bibliothèque composée de cent soixante volumes, et maintenant archevêque de Cantorbéry. Quoique très-instruit, Lanfranc repoussait toute immixtion de la science profane dans la science divine ; la raison, incapable d'en pénétrer les mystères, devait se contenter de les croire humblement , sans artifice et sans vaine subtilité ; ici, l'autorité des Pères mérite plus de confiance que la dialectique. Nous assistons de nouveau , on le voit, à la controverse dont nous avons été témoins il y a deux siècles entre les théologiens et Scot Erigène ; d'une part, c'est la philosophie qui méconnaît ses vraies limites et exagère les forces de la raison ; de l'autre, c'est la théologie qui voit un désordre, une violation de ses droits dans tout essai de spéculation tenté sur son domaine.

Il ne se pouvait pas cependant qu'une théologie qui s'inspirait surtout de saint Augustin dédaignât longtemps l'alliance de la spéculation, et il était réservé à saint Anselme de Cantorbéry, disciple de Lanfranc, son successeur comme abbé et archevêque (1033-1109), de montrer les rapports étroits qui existent entre ces deux sciences 2. S'il méritait quelque reproche , ce ne serait pas certainement celui d'avoir rétréci

* M. -A. Charma, Lanfranc, notice biographique, littéraire et philosophique. Paris, 1849. — Léon Maître^ les Ecoles épiscopales et monastiques de rOccident, depuis Charlemagne jusqu'à Philippe-Auguste (768-1180). Par., 1866. — Evelt, Zur Geschichte des Studien-und Unterrichtswesens in der deutschen und franzœs. Kirche des xi Jahrh., 2e édit. Paderborn,

* Mœhler, Gesamm. Schriften, hrsg. von Dœllinger. Regensb., 1839, t. I, p. 32. — G.-F. Frank, Tûb., 1842. — R. Hasse, Leipz., 1843-1832.— A. Stœckl, I, p. 151-208. — Ch. Rémusat, Anselme de Cantorbéry, tableau de la vie monastique et de la lutte spirituelle avec le pouvoir temporel. Paris, 1854. — A. Cliarma, Saint Anselme. Caen, 1854. — Anselm von Canterb., als Vorkœmpfer fur d. kirchl. Freiheit des xi Jahrh. [Histor.-pol. Blcetter, t. XLII, 1858.) — Die Specul. d, hl. Anselmus {Zeitschr. f. Phil. und kath. TheoL).

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