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LES UNIVERSITÉS

rAUemagne, l'Angleterre et l'Italie. Cette division fut suivie (le celle des facultés; les professeurs de théologie se groupèrent ensemble, et les maîtres des autres sciences suivirent leur exemple.

Issue de l'Eglise, l'université était organisée ecclésiastiquement. Elle fut d'abord dirigée par l'évêque, qui se faisait remplacer par un chancelier; mais la juridiction épiscopale n'ayant pas tardé à devenir oppressive, on s'adressa au pape pour lui demander l'exemption. Les universités reçurent de nombreux privilèges , et les faveurs d'Innocent III , Grégoire IX et Innocent IV, contribuèrent beaucoup à leur prospérité.

Toutefois, malgré les grandes espérances qu'elles faisaient concevoir pour la science^ les universités révélèrent bientôt leurs inconvénients. Ce concours immense d'écoliers, — on dit qu'à la fm du douzième siècle Paris comptait plus d'écoliers que d'habitants, et la plupart étaient de jeunes clercs,

— donna lieu aux plus effroyables désordres ; plusieurs sacrifiaient aux intérêts de la science leur éducation morale et spirituelle. On créa de nouveaux établissements, les collèges, qui se rattachèrent à l'université et dans lesquels un certain nombre d'écoliers vivaient en commun sous la surveillance des chefs; ils recevaient le logement et la pension, ou une subvention en argent*. Plus tard, on y établit des maîtres, et on permit à des externes de fréquenter les leçons. Le plus ancien et le plus célèbre collège en ce genre est celui de la Sorbonne, fondé vers 1252 par Robert de Sorbonne, chanoine de Paris et ami de saint Louis. Destiné d'abord à ne recevoir que seize clercs, il s'accrut bientôt au point de donner son nom à tonte la faculté théologique de Paris. Le collège de Navarre 2 est un peu plus récent. D'autres étabhssements,

• Bursen und Convicte {Hist. -polit. Blœtter, t. XVIII, 309-320). — Bulteus, Histor. univers. Paris., 166G, t. III. — Martène, Thesaur. Anecd., t. II, p. 585.— Histoire littéraire de la France, t. XVI, p. 55, t. XIX. — Duveruet, Histoire de la Sorbonne. Strasb., 1791, 2 vol. — Notice sur la Sorbonne. Par., 1818. — H. Fisquet, la France pontificale, t. II. Par., 1866.

— A lugolstadt, il y avait au moins onze bourses. Ces pensionnats ont disparu depuis longtemps dans les pays catholiques ; les collèges de Cambrigde et d'Oxford ont subsisté jusqu'à nos jours avec un grand succès.

* J. Launoii Regii Navarrœ gyrnnasii parisiensis historia. Par., 1677, 2 vol. in-4o. — (Id est Academia parisiensis illustrata, 1682.)

connus sous le nom de bourses et qui n'eurent pas le même éclat, servaient surtout à l'entretien des étudiants pauvres ; ils abondaient surtout en Angleterre.

A la fin du quinzième siècle, la France possédait les universités suivantes : Paris, 1180, Reims, 1180, Toulouse, 1229, Montpellier, 1289, Orléans, 1296, Lyon, 1300, Cahors, 1332, Avignon, 1340, Angers, 1364, Aix, 1409, Caen, 1433, Bordeaux, 1441, Valence, 1452, Nantes, 1463, Bourges, 1465; — l'Italie : Salerne et Bologne au douzième siècle, Yicence, 1204, Arezzo, 1215; Padoue, 1222, Naples, 1224, Verceil, 1228, Plaisance, 1243, Trévise, 1260, Ferrare, 1264, et pour quelque temps Pérouse, 1276, Modène et Cesena, Pise (1344), 1472, Pavie, 1361, Palerme, 1394, Turin, 1405, Crémone, 1413, Florence, 1438, Catane, 1445; — l'Angleterre : Oxford, vers 1200, Cambridge, 1249; — l'Ecosse: S. -Andrews, 1412, Glasgow, 1454, Aberdeen, 1477; — l'Espagne : Salamanque, 1240, Yaladolid, 1346, Huesca, 1354, Valence, 1410, Ségovie, 1471, Saragosse, 1474, Avila, 1482, Alcala de Henares (Complut), 1499 (1508), Séville, 1504; —le Portugal : Coïmbre, 1279, Lisbonne, 1290 ; — la Bourgogne : Dole, 1410; le Brabant : Louvain, 1426; — le Danemark : Copenhague, 1479; — la Suède : Upsal, 1477; — la Hongrie : Cinq-Eglises, 1367, Ofen, 1465, Presbourg, 1 467 ; — la Pologne : Cracovie, 1400; —l'Allemagne : Prague, 1348, Vienne, 1365 (R. Kink, Geschichte der Universitxt in Wien, 1854; J. Aschbach, Geschichte der Wiener Universitœt im ersten Jahrh. ihres Bestehens, Vienne, 1865), Heidelberg, 1386, Cologne, 1388, Erfurt, 1392 (J.-W Kampschulte, Die Univ. Erfiirt in ihrem Verhaeltnisse zu dem Humanismus und zu der Reformation, Trêves, 1858-1860), Wurtzbourg, 1402, Leipsig, 1409, Rostock, 1419, Trêves, 1455 (1472), Greifswalde, 1456, Fribourg, 1456, Bâle, 1460 (Visclier, Geschichte der Universitaet Basel von der Gricndung 1460 bis zur Reformation 1529, Basel, 1862); Ingolstadl, 1472 {Annales almx lit. universitatis ïngolstadii olim cond., etc., indô aiitem. Landishutum posteaque Monachium translocatx, par Mederer, 4 tom.,Ing., 1782. Cont. M. Permaneder, pars v, 4. Miinch., 1859, cf. JJistor.-pol. Blœtler, t. XXX, J61-181), Mayence, 1477 (1482), Tubingue, 1482, AYittenberg, 1502, Francfort- sur-l'Oder,

LA PHILOSOPHIE. — LES GRAxNDS SCOLASTIQUES. 487

1506. Ce fut (loue au quatorzième siècle seulement que l'Allemagne eut des universités.

Tels sont les développements qu'avaient pris les écoles savantes dans l'Occident chrétien, à Paris surtout, lorsqu'elles commencèrent, vers le début du treizième siècle , à s'initier aux principaux ouvrages d'Aristote et de ses commentateurs ai'abes. Impossible de se ligurer l'étonnement et l'admiration qu'excitèrent dans les maîtres et dans les élèves ces sources récemment découvertes du savoir humain. Le point de vue philosophique s'élargit et fut complètement renouvelé. Un horizon sans bornes s'ouvrit à l'activité des esprits , et l'énergie s'éleva à la hauteur de la tâche * .

La nouvelle philosophie excita tout d'abord un si vif enthousiasme que l'Eglise en conçut des craintes pour la foi. L'autorité d'Averroës et d'Avicebron imposait au point que plusieurs la préféraient au témoignage même de l'Ecriture. Amalric de Chartres, professeur à Paris, et après lui son disciple David de Dinant ^, établirent une théorie panthéiste dont les conséquences, déduites par eux, n'étaient rien moins que la négation des dogmes chrétiens. En suscitant de pareilles doctrines, ces ouvrages récemment mis en lumière et dépositaires d'une philosophie jusque-là inconnue, tombèrent en discrédit auprès des esprits bien pensants et firent suspecter Aristote lui-même. Une bulle de 1204, un concile tenu à Paris en 1209 interdirent sous peine d'excommunication la lecture des écrits d'Aristote sur la physique et la métaphysique, et celle de ses commentateurs.

* Meiners , Geschichte der Entstehung und Entwickelung der koJien Schulen unsers Erdtheils, 2 t. Gœtting., 1802-1803. — F. Zarncke, Die deutschen Universitœten ira Mittelalter, Leipz ,1857. — Idem, Die urkundliclien Quellen zur Geschichte der Universitœt Leipzig. Leipz., .1857, in-4". — Idem, Die StatutenbOcher der Universitœt Leipzig ans den ersten CL Jahrea ihres Bestehens. Leipz., 18G1, iu-4o. — J.-F. Haiitz, Geschichte der Universitœt Heidelberg. Mannh., 1 862-1 8G4. — L. Kosegartcn^ Geschichte der Universtœt Greifswalde. Grfsw., 1856-1857, 2 voL in-4o. — F.-J. Bianco, Geschichte der Universitœt Cœln, 1833. — Die ehemalige Universitœt und das Gymnasium zu Kœln, 2 part., 2^ édit., 1535 p. Kœlu, 1850.

* Hauréau, I, 391-417. — Mb. Stœckl, I, 288-293. — Denzinger, Ueber die religiœse Erkenntniss , t. I, 1856. — Héfelé , Conc.-Gesch., V, 767. — Hahn, Geschichte der Ketzer im M. A., t. III, 1847, p. 176. — Staudeumaier. Die Lehre von der Idée. Giess., 1839, I, p. 633 — Mansi, t. XXII; Harduiu, t. YI,' p. H.

La même défense fut renouvelée en 1215 par le légat du pape, Robert de Courçon ; mais cette vigilance sévère n'arrêta pas le mal, et il fallait quelque chose de plus : opposer au fantôme de la science la science véritable.

Les hommes dévoués à l'Eglise ne faillirent point à la mission que les circonstances leur imposaient; leur zèle, déjà si actif, ne fit que s'accroître, et les ordres nouvellement institués de saint Dominique et de saint François firent de l'étude de la philosophie et de la théologie une de leurs principales occupations. Des trois hommes qui se mirent d'abord à la tête du mouvement : Alexandre de Halès (mort en 1245), Guillaume d'Auvergne (mort en 1249) et Albert le Grand (mort en 1280), deux appartenaient à ces congrégations; Alexandre, à l'ordre des franciscains, où il entra en 1222, après avoir enseigné avec éclat à l'université de Paris; Albert^ à l'ordre de saint Dominique.

Alexandre de Halès est cité comme le premier qui ait fait d'Aristote une sérieuse application à la théologie. Il se montre également familier avec les Arabes. Ses leçons sur le Lombard eurent un si grand retentissement que sa Somme théologique, rédigée par ordre d'Innocent IV, devint le manuel obligé de toutes les écoles de la chrétienté, après avoir subi le contrôle de soixante-dix examinateurs. Peu nouveau dans le détail, cet ouvrage n'en était pas moins dans son ensemble un phénomène nouveau et grandiose; c'était la première exposition complète de la doctrine catbohque sous la forme rigoureuse du syllogisme*.

Plus savant encore que lui, et surtout plus versé dans la philosophie grecque et arabe, Guillaume de Paris enseigna d'abord en cette ville avec distinction, et en devint évêque l'an 1228^. On lui doit plusieurs opuscules de théologie, la

* Summa universœ theologiœ , sive Comment, in IV lib. Sententiarum. Colon., 1622, 4 t. in-fol. — In lib. Aristotelis très de anima. Oxon., 1481. — Alb. Stœckl, Geschichte der Philosophie des M. A., vol. II, Période der Herrschaft der Scholastik. Mainz, 1863, p. 317-3-26. — Hauréau, de la Philosophie scolastique. Par., 1830, 1, p. 418-433 ; il démontre qu'Alexandre ne fut ni le premier commentateur du Lombard, ni le premier auteur d'une Somme : il avait été précédé par Courceau et Etienne Langton.

' 11 se nommait aussi Guillaume de Paris ou d'Aurillac (évêque de Paris, en 1228, mort en 1249), Guilielmi Alverni , episcopi parisiensis

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