‹ Histoire de l'EgliseChapitre 76 sur 253 · ADN ERS AIRES DE S. THOMAS D AQUIN · texte numérisé non relu

ADN ERS AIRES DE S. THOMAS D AQUIN

fligé à celui qui était la gloire de leur ordre , et voyant les dominicains eux-mêmes, notamment en Angleterre, s'associer en grand nombre à ces reproches^ voulurent prévenir les effets qu'une telle conduite pourrait avoir au dehors. Un chapitre général tenu à Milan en 1278 décida qu'on y enverrait les frères Raymond de Meuillon et Jean de Vigorosi pour instituer une enquête. Investis des pleins-pouvoirs de destituer de son emploi et de chasser de la province quiconque serait trouvé coupable, ils arrivèrent en toute hâte, et s'acquittèrent de leur mission avec une grande rigueur. L'année suivante, un chapitre tenu à Paris ordonna à tous les provinciaux, à tous les prieurs et à leurs vicaires, à tous les visiteurs, de punir sévèrement ceux qui déshonoreraient ainsi le frère Thomas, qui avait tant illustré l'ordre par sa vie sainte et par ses écrits. On alla plus loin encore en 1286 ; non content de renouveler et d'inculquer ces défenses, on obligea tous les membres de l'ordre à soutenir et à propager la doctrine du saint docteur. Il fut décidé , sans parler des autres peines , que quiconque s'y refuserait serait par le fait même suspendu de ses fonctions et ne pourrait être relevé que par le supérieur ou le chapitre de l'ordre. La doctrine de saint Thomas fut dès lors la doctrine publique et incontestée de l'ordre tout entier.

C'était là un événement important et inappréciable dans ses suites. Si légitimes que fussent les mesures sévères provoquées par ces accusations calomnieuses, on peut douter que les effets salutaires qu'elles produisirent aient compensé dans le principe les graves inconvénients qui en résultèrent bientôt. Non-seulement la spéculation fut frappée désormais d'une stérilité complète dans l'ordre des dominicains, mais il est certain que le déclin de la science au moyen-âge provient des décrets de ce chapitre. Imités, quoique avec des adoucissements, par d'autres congrégations rehgieuses, ils suscitèrent ces querelles déplorables, ces agitations factieuses qu'on remarque vers la fui du moyen-âge sur le terrain de la science. Les deux ordres , si étroitement unis par leurs fondateurs saint François et saint Dominique , s'engagent dans un long combat où la charité fera plus d'une fois naufrage, où l'amour de la vérité et de la science sera souvent sacrifié à l'esprit

d'ergotisme. Si l'on songe que la science était surtout représentée par ces deux ordres, on devinera aisément tout ce qu'elle dut souffrir de leurs démêlés. Nous entrons ici dans la troisième période de la science du moyen-âge et dans la première phase de son déclin.

Guillaume de Lamarre fut le premier franciscain qui, convaincu des dangers de la doctrine thomiste, ainsi qu'il s'exprimait, et persuadé qu'elle menait directement à l'hérésie, la combattit avec acharnement. L'université d'Oxford, où il enseignait et où les franciscains avaient la prédominance, fut désormais le principal foyer des attaques contre le thomisme. Son fameux Reprehensorium seu correctorium fratris Thomse, publié en 1285, tendait à réfuter soixante-quinze articles de la Somme théologique et de divers autres écrits. Une foule de propositions sont traitées par Guillaume d'éminemment scandaleuses, celles-ci entre autres, que les anges sont immatériels, que la matière ne peut être privée de forme, qu'elle est le principe d'individuaUsation des êtres corporels, qu'il y a dans l'homme une forme substantielle, que l'ordre établi de Dieu dans le monde physique est le meilleur possible, etc. : autant de thèses qui furent également combattues dans la suite par Duns Scot , le grand adversaire de la doctrine dominicaine. La polémique de Guillaume n'a point de valeur scientifique. Saint Thomas, nous l'avons vu déjà, fut défendu par ses disciples dans le Defensorium seu correctorium corruptorii.

Guillaume de Lamarre, qui avait ouvert la carrière et que Noël Alexandre appelle le porte-drapeau des antithomistes*, fut suivi par un autre franciscain, Guillaume Yarron, son disciple peut-être, car il avait étudié à Oxford et y devint professeur. Plus tard, nous le retrouvons en cette qualité à l'université de Paris 2. Yarron fut le maître de Duns Scot, et, avant lui, le plus illustre adversaire du thomisme. Son commentaire sur Lombard, non encore imprimé, fut plus d'une fois consulté par son élève Duns Scot, qui le mentionne souvent avec éloge dans ses écrits. Celui-ci, toutefois, fut le pre-

1 Saec. xiii-xiv, Diss., VI, 11, de Summa et scriptis S. Thomœ Aq. > OudiD, De scriptor. écoles., III, 567. — WeiDer, I, 864; III, 7-18; 40-45, 54, 152.

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