‹ Histoire de l'EgliseChapitre 77 sur 253 · DUNS SCOT · texte numérisé non relu

DUNS SCOT

mier qui réduisit en système les précédentes objections contre le thomisme; il en ajouta de nouvelles, et devint ainsi le vrai fondateur de l'école franciscaine, à laquelle il imprima son caractère. Ce fut l'école des scotistes.

Jean Duns Scot*, que les uns font naître en Irlande, les autres à Dunston dans le Northumberland, entra de bonne heure dans l'ordre des franciscains, étudia à Oxford, et, à l'âge de vingt-trois ans seulement, occupa la chaire de son maître, qui fut appelé à Paris. Des milliers d'étudiants affluèrent vers lui. Appelé lui-même à Paris en 1304, sa réputation de professeur grandit de jour en jour. En 1308, il fut envoyé à Cologne par ses supérieurs et y mourut peu de temps après son arrivée, à l'âge de trente-quatre ans, selon l'opinion commune. Son principal ouvrage sont les commentaires sur Lombard, qui occupent à eux seuls cinq volumes in-folio de l'édition lyonnaise ^.

La diction de Duns Scot n'a rien de cette grâce charmante qui anime les œuvres de son illustre confrère saint Bonaventure, ni de cette clarté simple et transparente qui distingue les écrits de saint Thomas. Sa doctrine même, éclose

' Hier, de Monte-Fortino, 0. M., Summa theolog., 5 tom. in-fol. Rom., 1728 et suiv. — Eleuth. Albergoni, 0. M., Resolutio doctrinœ scoticœ, in qua quid Doctor subtilis circa singulas quas exagitat quœsfiones sentiat, breviter ostenditur. Lugd., 1643. — Krisper, Philosophia scholœ scotisticœ. Augsb., 1735. — Baumgarten-Grusius, De theologia Scoti. léna, 1826. — Erdmann , Ândeut. ûher die wissenschaftliche Stellung des Duns Scotus, dans Theol. Studien u. Kv., 1863, livrais, m. — Joannes de Rada, 0. M , Controversiœ theologicœ inter S. Thomam et Scotum super IV libros Sent enti arum, in quibus pugnantes sententiœ referuntur, potiores difficultates elucidantur et responsiones ad argumenta Scoti rejiciuntur. Par., 1589, et Colon., 1G20.

' Dœllinger {Encycl. théoL, édit. Gaume, art. Scot) pense qu'il naquit en 1245, au plus tard en 126G. Il mourut le 8 novembre 1308. — Opéra omnia, éd. L. Wadding. — J. Dans Scoti Op. omn. collecta, recognita, notis, scholiis et commentariis illustrata a P. P. Hibernis coUegii R. S. Isidori professoribus. Lugd., ap. Durand, 1639, 12 tomi in 13 vol. in-fol. Les tom. V-X renferment le commentaire sur Lombard. Les 6 autres tomes contiennent : Grammatica speculativa. — In universam logicam quœsfiones.

— Comment, in libros phy sic— Quœst. in libros de anima imper f. — Tract, de rerum principio. — De primo principio. — Theoremata subtilissima.— Expos, in metaphysicam. — Conclusiones metaphys. — Quœstiones in metaph. — Reportatorum parisiensium lib. IV. — Quœst. quodlibetales.

— Werner, III, 4-104. — Stœckl, Johannes Duns Scotus, II, 778-868. — M. Hayd, à Frisingue, prépare une monographie sur lui.

dans la polémique, est pleine de subtilités, sans profondeur et sans beauté véritable. Par quel art sut-il donc captiver ses contemporains à ce point que la jeunesse accourait de toutes parts pour l'entendre? D'où vient que, suivant ce qu'on raconte, le nombre des étudiants d'Oxford s'éleva bientôt de trois milles à trente milles? — Scot, on ne peut le nier, était doué d'une grande pénétration (de là son surnom de Docteur subtil)^ et il l'employait à des distinctions infinies, les unes acceptables, les autres inadmissibles, absurdes même. Ainsi, quoique la raison ne puisse concevoir que deux sortes de distinctions, celle des choses et celle des idées, Scot en imagina une troisième, celle de la forme, qui tiendrait le milieu entre les deux. Selon lui, l'âme et ses facultés, de même que le genre et l'espèce dans un seul et même être, diffèrent entre eux non-seulement par la réalité et par l'idée, mais encore par la forme. Les nombreuses attaques dont la doctrine de saint Thomas était Fobjet avaient poussé dans les écoles du moyen-âge le goût des disputes au delà de toutes les bornes. Aussi rien n'était plus propre à faire une vive sensation et à exciter au loin une ardente sympathie que l'apparition d'un homme qui entrait dans l'arène si bien armé et qui, par ses distinctions innombrables, mettait l'adversaire hors de lui-même. Jamais rien de semblable ne s'était vu; la tactique était entièrement renouvelée, et les contemporains s'émerveillaient de la beauté et de la nouveauté de ce spectacle. Malheureusement, la même cause qui avait procuré tant d'admirateurs à Duns Scot, devait en grande partie amener le déchu de la science et jeter la spéculation du moyen -âge dans ce discrédit où elle est restée jusqu'à nos jours.

Au surplus, que Duns Scot ait étonné ses contemporains par des qualités réelles ou par des quahtés fictives, il est certain qu'il s'est illustré plus qu'aucun autre théologien de son ordre, et peut-être du moyen-âge, et qu'il a entraîné tous les franciscains sous ses drapeaux. Jaloux, comme ils l'étaient depuis longtemps, des dominicains qui dans la personne d'Albert et de saint Thomas avaient obscurci l'éclat de leur école, l'apparition d'un tel homme leur souriait fort. II allait être le chef de ce grand combat, la gloire de son ordre

Page 1