LES SCOLASTIQUES
aussi dépourvu que le néoplatonisme et que la philosophie de Schilling et de Hegel dans les éludes analogues des temps anciens et modernes.
Cependant , les écoles fondées dans les meilleurs jours du moyen-àge continuaient de subsister grâce à la réputation de leurs fondateurs. Mais ce ne sont plus là que des ombres projetées dans l'avenir par les grands hommes du passé. Sans fraîcheur, sans énergie ni fécondité, vermoulues et creuses au dedans, ces écoles n'attendent plus qu'un orage pour s'écrouler sur leurs fondements. Dans toutes les sphères de l'investigation éclatent des bouleversements qui sont le prélude des temps nouveaux. La philosophie elle-même essaie de se renouveler. Descartes paraît et lance à travers le monde ce mot plein de hardiesse : « Je pense, donc je suis. » La dernière îieure de la scolastique était sonnée. Ce n'était qu'à un lointain avenir qu'il était réservé de jeter de nouveau sur la période du moyen-àge des yeux éclairés par une plus haute intelligence de l'histoire, et de chercher dans ses grands penseurs le vrai point de départ de nouvelles conquêtes philosophiques.
Il en a été de même des travaux théologiques du moyenâge ; dans les temps qui ont suivi la réforme, il n'ont plus trouvé le même crédit qu'auparavant, soit que les ténèbres qui ont envahi la science aient en quelque sorte voilé l'édifice vraiment grandiose de la théologie du moyen-âge, soit que des besoins nouveaux aient enfanté des ressources nouvelles. Comme les réformateurs se vantaient de ramener la doctrine évangélique à sa pureté originelle, c'était moins par des raisonnements spéculatifs que par l'histoire et par l'exégèse qu'il fallait réfuter leurs erreurs. On se tourna donc vers les études historiques et vers l'explication des saintes Ecritures, et on délaissa les voies de la scolastique qui, ouvertes d'abord par saint Augustin, s'étaient presque uniquement dirigées vers la spéculation. C'est la spéculation, en effet, qui caractérise le moyen-àge, absolument comme la recherche historique est le trait dominant de la moderne théologie. Dans le siècle des Pères, toutes les directions sont réunies. On y trouve tout ensemble avec de grands génies spéculatifs, d'éminents exégètes et des essais remarquables d'histoires ecclésias-
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tiques. Aussi, pendant que le moyen-âge a perdu de son prestige, l'autorité des Pères n'a point subi de déclin. Une autre raison pour laquelle les modernes préfèrent l'étude des Pères à celle des théologiens du moyen-âge, c'est parce que les Pères étant les témoins de la foi des premiers âges, servent mieux à confondre et à réfuter la prétention mensongère de ceux qui se targuent de restaurer la doctrine primitive. Ce n'est donc point parce que la science du moyen-âge était grossière et barbare, parce qu'elle avait dégénéré en subtilités oiseuses , qu'on a déserté ses voies et que ses ouvrages ne sont plus entre les mains des théologiens ; la raison principale en est dans les nécessités du temps. Et de là vient qu'aujourd'hui la situation ayant de nouveau changé, et l'attaque s'étant transportée dans le camp de la philosophie incroyante après la dissolution du protestantisme , les théologiens retournent avec une nouvelle ardeur vers les maîtres du moyen-âge, et surtout vers saint Thomas qui va, ce semble , redevenir l'ange de l'école.