HISTOIRE DES ORDRES RELIGIEUX
§ 1^'. Coup d'œil g^énéral.
La vie nouvelle qui s'annonçait vers la fin de la dernière période va s'épanouir maintenant et éclater dans quatre sphères principales : dans la papauté , qui prend un vigoureux essor ; dans les croisades ; dans la scolastique et dans les ordres religieux.
Aucun de ces quatre phénomènes ne se peut comprendre sans les autres. Ainsi, ce sont les ordres religieux qui fourniront le premier grand pape de cette période, et ce sont eux qui, dans le même temps, seront les appuis et les soutiens de la papauté. Ce fut un moine qui suscita les croisades ; ce furent des ordres de chevaliers astreints aux vœux monastiques qui protégèrent les conquêtes des chrétiens. Enfin ce sont les monastères qui ont produit les scolastiques et qui ont
■ .■... I i-âii I 11 inmm in TiUT
COUP d'œil général. o21
fait fleurir la mystique. Le pape se mit à la tête des croisades, et prit sous sa particulière sauvegarde les écoles monastiques et la scolastique.
C'est principalement durant cette période que les ordres religieux manifestent la plénitude de vie qu'ils renferment dans leur sein. Nous assistons ici à deux grands développements; le premier réalise la vraie notion de l'ordre monastique par l'établissement des ordres mendiants; l'autre se révèle dans l'apparition des bénédictins.
Ce dernier ordre^ il est vrai, comptait déjà six siècles d'existence ; mais ses racines commençaient à verdir et la vie s'était retirée de quelques-unes de ses branches. Tout-à-coup, au moment où il semblait voisin de sa mort, il s'anime d'une jeunesse nouvelle. C'est de lui que sont sortis l'ordre de Grammont , l'ordre des chartreux et celui des cisterciens , qui sont tous, sous des formes diverses, des ordres de bénédictins. Un des plus grands actes de la sagesse de saint Benoît est de n'avoir pas prescrit à ses disciples des formes invariables, mais laissé à l'abbé le soin de modifier la règle et d'y ajouter des prescriptions nouvelles commandées pour des besoins nouveaux. C'est grâce à cette réserve que son ordre a soutenu si longtemps une existence constamment vigoureuse. Cet ordre, dans les formes nouvelles qu'il revêtit, tendait à faire revivre la charité , la simplicité des mœurs et la pauvreté primitive qui sont les éléments de la vie spirituelle. Ces formes nouvelles furent emportées elles-mêmes par le cours des âges et remplacées par d'autres commandées par les besoins du temps. Ainsi naquirent les ordres mendiants de saint François d'Assise, de saint Dominique et du Carmel. Caractérisons brièvement leur rapport avec les autres ordres, avec le clergé séculier et avec le siècle où ils vivaient.
Tous les ordres religieux faisaient vœu de pauvreté, mais ne tardaient pas à s'enrichir. Sans doute, l'individu restait pauvre ; mais comme membre de la communauté, il pouvait être très-riche et se procurer toutes les jouissances. La pauvreté, envisagée d'une façon un peu vague, était plutôt une communauté de biens. Ces richesses eurent de fâcheuses conséquences, et diverses réformes furent essayées. Pour
rendre à la pauvreté son véritable caractère, des ordres parurent qui se firent une loi de ne rien posséder, ni comme individus, ni comme congrégation. Les franciscains tendirent surtout à ce but. Leur maxime était qu'un couvent qui possède de la fortune peut être mort au dedans tout en subsistant au dehors. Pour eux, ils voulaient laisser les fidèles libres ou de les faire vivre ou de les condamner à mourir s'ils les jugeaient funestes ou inutiles à l'Eglise. Cette pensée devait tenir constamment en éveil le zèle et la ferveur des franciscains.
Au douzième siècle, des sectes se form.èrent dans les diverses parlies de l'Eglise qui comptaient des adhérents dans toutes les conditions sociales, dans les plus élevées comme dans les plus humbles. A l'Eglise, elles reprochaient de s'être laissé envahir par les intérêts mondains, au clergé, de n'ambitionner que la puissance et les richesses et d'ignorer les choses les plus indispensables.
Ces sectes avaient souvent raison, et c'est pour cela peutêtre qu'elles trouvèrent des partisans. Régénérer l'ordre des bénédictins et autres congrégations ne suffisait plus alors. Les nouveaux ordres, sortis de la portion saine de l'Eglise et bien supérieurs au spiritualisme des hérétiques, étaient désolés de ces reproches. Les hérétiques louaient la pauvreté parce que souvent ils ne possédaient rien eux-mêmes. Eu face d'eux parurent donc les moines qui avaient librement choisi la pauvreté, et une pauvreté parfaite qui n'avait rien de commun avec celle des hérétiques. Comme ils comptaient parmi eux les plus beaux talents, ils cultivèrent la science avec beaucoup de zèle, et la vie religieuse refleurit de toutes parts. Les hérétiques se retiraient souvent dans des lieux sauvages et dans de pauvres cabanes. En cela, les bénédictins ne pouvaient les imiter, mais bien les ordres mendiants, attachés par leur genre de vie à de misérables huttes. Les prodigieux succès qu'ils obtinrent contre les hérétiques faisaient dire à Innocent III, quand il confirma l'ordre des franciscains : « J'ai vu l'Eglise de Latran près de tomber, et des hommes revêtus de ce costume en soutenaient de leurs épaules les murailles chancelantes. » — Les ordres mendiants s'élevaient aussi contre le clergé séculier, et sur la fin du
.. ■ . . . ■ . 1 1 1 . ■ n I ■ . ■ ■ ^ ■ I ■ i^^^^^^^ ■ 1 1 ■ I fixj I mrii iiiMiiiinim