‹ Histoire de l'EgliseChapitre 82 sur 253 · ORDRES PARTICULIERS · texte numérisé non relu

ORDRES PARTICULIERS

treizième siècle le ministère pastoral était presque tout entier clans leurs mains : de là des plaintes incessantes de la part des évoques et du clergé.

§ 2. Ordres |>ar<iciilîcrs. — \oiivelIcs formes de Tordre des

bénédictins ^*

L'ordre de Grammont, fondé par Etienne de Tigerno (Muret), fils d'un comte français, Tierno d'Auvergne (né en 10-48), fut la première forme de l'ordre renouvelé des bénédictins. Emmené en Italie par son père à Toccasion d'un voyage, Etienne y reçut, par les soins de l'archevêque Milon de Bénévent, une éducation distinguée. Un long séjour qu'il fit à Rome dans la compagnie des cardinaux lui inspira un goût prononcé pour l'état ecclésiastique. Contrairement au vœu de sa famille, il retourna dans sa patrie, se construisit une pauvre cabane au milieu d'une forêt, et y vécut dans une pénitence extraordinaire. Il devint bientôt si célèbre que des foules immenses allaient le visiter pour s'édifier de ses prédications. Des compagnons s'associèrent à lui, sur la montagne de Muret, près de Limoges (vers 1080). La règle qu'il leur donna leur interdisait toute acquisition de biensfonds ; ils ne pouvaient accepter que de pieuses offrandes. Si une des maisons manquait de vivres, elle devrait s'adresser à l'évêque; si l'évêque n'en avait point compassion, elle pourrait recueillir des aumônes. Après la mort d'Etienne (8 février 1129, canonisé en 1189), le couvent fut transféré à Grammont. Cette institution, approuvée de Grégoire VII, se propagea surtout en France.

* Dicta et facta sancti Sfephnni, auct. Gerardo (Geraldo) Itherii (7) priore Granclimontensi (ap. Martene, AmpHss. coUeclio, VI, p. 1043-1143. Cf. p. 113 et siiiv.) — Ch. Frémont, la Vie, la Mort et les Miracles de saint Etienne, fondateur de l'ordre de Grammont. Dijon, 1647. — Maijillon, Annales ord. S. B., V, p. 63. — Maximes et instructions de saint Etienne, p. Baillet, Par., 1704-1707. — Hist. littér. de la France, t. X, XII, 411. — Yf'pes, Coronica de la Orden de san Benito, t. VI, p. 32o-329. — Hurler, Papst Innocenz III, 2^ éd., t. IV, p. 64.

Les chartreux'

Bruno de Cologne^ né en 1040, fut le fondateur de l'ordre des chartreux. Il fit ses études à Reims, et y fut ensuite nommé chanoine. Distingué par ses connaissances en philosophie et en théologie, non moins que par son influence, il était en haute estime auprès de ses contemporains. On l'appelait la lumière de l'Eglise, la gloire des nations, le miroir de l'univers. Particulièrement célèbre par l'austérité de sa vie, son vœu le plus ardent était de travailler à la réforme du clergé ; mais il trouva im obstacle dans l'archevêque de Reims, Manassès, qui menait lui-même une vie dissolue. Blessé de ce refus, Bruno accusa l'archevêque auprès de Hugues, légat du pape (1077). Il fut en butte aux persécutions et privé de ses biens ; sa maison fut renversée. Il finit cependant par l'emporter, et Manassès fut déposé.

Dégoûté du monde, il se retira dans une solitude nommée Chartreuse, à trois lieues de Grenoble (1084). Bruno et ses associés ne mangeaient que du pain et des légumes, ne buvaient que de l'eau, et couchaient sur un méchant grabat. Lui aussi, quand le nombre de ses frères augmenta, il leur défendit toute espèce d'acquisition. Deux jours dans la semaine, ils ne prenaient que du pain et de l'eau ; et le reste du temps ils vivaient de pain et de légumes : la viande leur était

1 Mabillon, Acta sanct. 0. S. B., t. VI, part. ii. — {Annal., V, 202.) — Launoii De vera causa secessus S. Brunonis in eremum, Par., 1646 {Op., II, p. 32'»-378; l'histoire d'une aventure qui se serait passée à Paris et qui aurait poussé Bruno dans la solitude ne date que de 1322, et est reconnue pour fabuleuse). — Histoire de l'ordre des chartreux, par J. Gorbin. Par., 1659, in-4o. — Annales ordinis carthusiensis, auct. Innocent. Le Masson. Gorrer., 1687, in-foL, 1 t. — Storia critico-cronologica e diplomatica del patriarca S. Brunone e del suo ordine cartusiano, conip. dal P.-Bern. Tromby. Napolis, 1773-1779, 10 (5) vol. in-fol. — Vie de saint Bruno, fondateur des chartreux, par le P. de Tracy. Par., 1785. — Ant. Villereye, Vie de saint Brunon. Par., 1808. — Emm. Ducreux, Vie de saint Brunon. Rouen, 1812. — Hurter, IV, 76-92. — Albr. Du Boys, la Grande Chartreuse. Grenoble, 1846. — (Sur les chartreux, voir Historisch-polit. Blœtter, VIII, 328-336.) — Appelé à Rome par Urbain II (1090), Bruno se retira dans la Calabre peu de temps après, et y mourut en 1101. — Bibliotheca carthusiana , sive illustrium S. Carthus. ord. scriptor. catalogus , auct. Theodor. Petrcjo (ace. Origines omnium per orbem cariusiarum, quas p. Aub. Mirœus. Colon., 1609).

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