LES CHARTREUX, LES CISTERCIENS
inconnue. Cet ordre rendit surtout d'importants services en transcrivant des manuscrits.
La légende raconte ainsi la cause qui décida Bruno à fonder son ordre. Il y avait à Paris un prédicateur fameux, nommé Raymond, qui souvent émouvait ses auditeurs jusqu'aux larmes. Cet homme, admiré de tous, bien qu'il ne fût qu'un hypocrite et un fourbe, vint à mourir. Comme il était en grand nom, l'archevêque de Paris, plusieurs évêques et prêtres se réunirent autour de son cercueil. Tout- à- coup, Raymond se dressant au milieu de l'assemblée : « Malheur à moi, s'écrie-t-il, je suis appelé au jugement de Dieu! » Puis élevant de nouveau la voix : « Malheur à moi, les paroles de Dieu s'accomplissent sur moi I » Et il s'écria une troisième fois : « Malheur à moi, je suis jugé! » Saint Bruno était témoin de cette scène.
Cette tradition, qui date seulement de deux siècles après la mort de Bruno, n'est probablement qu'une des formes dont se servait le moyen-âge pour inculquer quelque grande vérité. Les chartreux gardèrent longtemps leur discipline austère. Pour que la règle de saint Bruno se soit conservée si longtemps et avec tant de ponctualité, il faut que saint Bruno ait été lui-même un grand personnage.
Les cisterciens^. — Les prémontrés.
Robert, abbé de Molesme, est le fondateur des cisterciens. Les religieux de son couvent étaient tombés dans divers désordres et avaient résisté à ses plus sévères admonestations. Persécuté et obligé de fuir, il se retira dans la solitude
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de Cîteaux (1098). Lui aussi, il voulait rétablir l'ordre des bénédictins dans sa primitive austérité. Ses moines devaient ne point acquérir de biens, mener une vie frugale et ne point recevoir de dimes. Les églises devaient être simples et sans ornement. Robert menait une vie extrêmement sévère, tellement sévère qu'il effraya; l'ordre menaçait de s'éteindre avec lui et ses quelques religieux, lorsque saint Bernard sollicita son admission. Cet exemple fut bientôt suivi par les fds des plus nobles comme des plus humbles familles ; il fallut construire de nouvelles maisons, et l'ordre se répandit de toutes parts. Pour prévenir la décadence, il avait été résolu que l'ordre serait soumis à la juridiction épiscopale et les abbés instilués par l'évêque, lequel examinerait la règle avant d'admettre un couvent dans son diocèse. Dans le principe, il y avait quatre couvents qui sortaient tous du même foyer; ils étaient placés sous la maison- mère et dépendaient tous de Cîteanx. L'ordre se répandit en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, dans le Nord, et se conserva longtemps dans une grande pureté. Douze abbés cisterciens furent envoyés pour prêcher contre les albigeois, car les cisterciens passaient pour les plus savants et les plus pieux d'entre les moines. Ils ramenèrent plusieurs de ces hérétiques dans le sein de l'Eglise.
Tandis que ces réformes s'accomplissaient dans l'ordre de saint Benoît, un changement analogue se passait parmi les
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