‹ Histoire de l'EgliseChapitre 88 sur 253 · ANTONITES. TRINITAIRES, HUMILIANTS, ETC · texte numérisé non relu

ANTONITES. TRINITAIRES, HUMILIANTS, ETC

sur le Carmel un oratoire destiné à réunir en vue de roffice commun les ermites dispersés aux alentours. Quant à l'ordre des carmes , il ne date que du treizième siècle ; il reçut sa règle du légat Albert de Jérusalem en 1209, et Honorius II la confirma en 1224. Comme c'était le temps où les mahométans étendaient de plus en plus leurs conquêtes, ils se retirèrent en Occident. Leur règle fut mitigée à plusieurs reprises, nommément par Innocent lY, qui approuva de nouveau l'institution. Ceux qui acceptèrent ces adoucissements furent nommés conventuels chaussés; les autres, conventuels déchaussés. Ils avaient aussi des tertiaires, mais quoiqu'ils fussent très-répandus, ils n'eurent jamais ni l'influence ni l'illustration des dominicains et des franciscains. C'est principalement à l'ordre des carmes que se rattache la fête du scapulaire.

§ k. Ordres mendiants secondaires.

La pieuse ferveur du moyen-âge se montre surtout inépuisable dans la création des établissements religieux : c'est là qu'elle se retrempe et se nourrit. De même que d'autres temps produisirent les corporations artistiques et commerciales, le moyen-àge enfanta les congrégations religieuses afin d'élever, parmi les fidèles, le niveau de la vie spirituelle. On serait tenté de croire, il est vrai, que les anciens ordres suffisaient et que le mieux eût été de se conformer au canon xni du concile de Latran, qui défendit l'établissement de tout ordre nouveau. On oublie que supprimer les particularités individuelles, c'est éteindre la vie dans les individus; ce qui importe à l'un est indifférent à l'autre; aussi l'Eglise tolère - 1 - elle la plus grande liberté d'action. Quiconque, au moyen-âge, restait sur le sol de l'Eglise , pouvait se mouvoir avec la plus parfaite aisance ; il lui suffisait de se soumettre au dogme et aux conditions essentielles de l'ordre hiérarchique. De là cette multitude d'institutions monastiques secondaires, voués les unes à la vie active, les autres à la vie contemplative.

Les premières avaient pour but de satisfaire à des besoins déterminés. Ainsi, 1" l'ordre de saint Antoine , fondé par le Français Gaston en temps de peste, se consacrait au service

des malades*. Approuvé en 1096, il se propagea surtout en France. 2° L'ordre des trinitaires ou des mathurins, institué par Jean de Matha ^ et Félix de Valois, fut approuvé par Innocent III en 1198. Son but était le rachat des captifs chrétiens toujours nombreux en Occident (et en Afrique), surtout pendant îescroisades. 11 rencontra partout un sympathique accueil. Le rachat des captifs se faisait souvent par milUers. Cet ordre produisit un bien infini. 3° L'ordre des humiliants ^, sanctionné par Innocent III, était une société de laïques réunis dans une pensée religieuse ; on s'y occupa longtemps de tissage et de draperie, deux métiers que l'ordre perfectionna beaucoup. C'était d'abord une congrégation de moines, mais comme on ne pouvait se passer de prêtres, il en naquit une seconde, puis une troisième. Cet institut se distingua longtemps par sa piété et sa charité envers le prochain ; mais de grands abus s'y glissèrent peu à peu, et il fut supprimé (1571). 4° Une des œuvres les plus salutaires est l'institution des prêtres fondée par Gerhard Groot (mort en 1384), originaire des Pays-Bas".

* Les antonites, en l'honneur de saint Antoine, ou hospitaliers, d'abord simples frères lais, puis chanoines de saint Auguctin. — Kapp, De fratribus S. Ântonii. Lips., 1737. — Acta sanct. janv., t. Il, p. 100.

- Les Vies de saint Jean de Matha et de suint Félix de Valois, fonda' leurs de l'ordre de la sainte Trinité, par J. Fr. Alves. Av., 1634. — Vie de saint Jean de Matha, fondateur de l'ordre des trinitaires, par le R. P. Galixte de la Providence. Par., 1867. — Bouav. Baro, Annales ordinis S. Trinitatis pro redemptione captivorum. Rom., 1684, in-fol.

— Annalium provinciœ S. Josephi ordinis excalceatorum SS. Trinitatis, lib. X, st. Joannis a S, Felice. Vienuse-Austriœ, 1739, 1 vo). in-fol. — Al. de san Antonio, Gloriosos titulos des. religion de la SS. Trinidad de redencion de cautivos. Madr., 1601, 1 vol. in-fol.

3 Vetera humiliatorum monumenta, annotât, et dissertât, illustrata, auct. Hier. Tiraboscio. Mediolaui, 1766-1768, 3 vol. in-4°.

* Clerici et fratres vitœ communis. — Vita ej., auct. Th. a Kempen; Op. G]., éd. Sommalius. Antv., 1607. — Chronicon collegii windeshemensis , auct. J. Busch, éd. Rosweyde. Antv., 1621. — Delprat , Verhandeling over de Brœderschap van G. Grotee. Uirecht, 1830 (1856), en allem. par Mohnike. Leipz., 1840. — Ullmanu, Reformaforen vor der Reformation, besond. in Deutschland und in den Niederlanden , 2 vol. Haïub., 1841- 1842, pages 62-114. — Sur les services rendus dans l'éducation, voir K. Raumer, Geschichte der Pœdagogik, part, i, p. 64. — Die Briider des gemcinsdiaftlichen Lebens (à Hildesheiai) , dans Theolog. Monatschrift , 1851, p. 543-582. — Die Brûder des gemeinsch. Lebens zu Rostock, dans Lisch, Ja/irbi/ch. d. Vereins f. rnecklejiburg. Geschichte 1839, p. 1-62; le premier ouvrage qu'ils y imprimèrent est de 1476; le dernier, de 1531.

— Gerardi Magni Epist. xiv, éd. J. G. Acquoy. Amst., 1857. — Voir les ouvrages cités sur Nicolas de Guse, par exemple Dûx, \, 97 ; II, 31.

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OKDKES RELIGIEUX SECOiNDAlKES. 539

Rentré à De venter, son lieu natal, après avoir achevé ses études à Paris, Gerhard se lit missionnaire, donna une partie de sa fortune aux pauvres et consacra le reste, ainsi que ses maisons, à réunir de jeunes clercs et à les former à la vie commune. Cet établissement a fourni une multitude de prêtres onctueux, notamment Tiiomas à Kempis (mort en 1471). Au quinzième siècle et au début du seizième, il contribua essentiellement à relever l'étude des belles-lettres en Ahemagne. Gerhard créa aussi pour les personnes du sexe plusieurs établissements, qui par la suite devinrent de véritables maisons d éducation. La supérieure s'appelait Marthe. Ces étabhssements florissaient en Westphalie, dans le Bas- Rhin, la Saxe inférieure, le Mecklembourg , etc. 5° Un autre institut très-populaire aussi était celui des béguines ou béguttes*, que nous rencontrons pour la première fois en 1005. Au treizième siècle, il acquit une importance historique. Quelques-uns ont prétendu que cette congrégation avait été établie en vue de compenser le grand nombre d'hommes qui périssaient dans les croisades ou qui entraient dans les couvents. Cette opinion est ridicule , car les croisades ne commencèrent que plus tard, et la piété des hommes avait sans doute trouvé de l'écho parmi les femmes. Sur le Rhin et dans les Pays-Bas, ces établissements étaient fort répandus. Cologne, au dire de Paris, possédait plus de mille béguines. En Belgique, certaines parties des villes étaient transformées par elles en des cités immenses qu'elles habitaient. Les membres de cet ordre, tantôt unis étroitement entre eux, tantôt séparés par une existence plus large, conservaient une grande liberté d'action. L'institut était en grand renom de piété et de charité chrétienne ; il venait en aide aux personnes indigentes et servait souvent dans les hôpitaux.

Les ordres contemplatifs sont : 1° les servîtes (servi B. M. F.), confirmés par Grégoire XI (1233), et fondés par des marchands et des sénateurs de Florence ^ ; 2** les ohvétains, insti-

' Vita S. Beggœ , ducissœ Brahantiœ hegginnrum fundnfricù , ace. Historia begginasiorum (maisons de béguines) Belgii, auct. J. Ryckel ab Oorbeck. Lovan., 163J, iu-^". — Mosheim, De Oe g hardis et beguinabus. Lips , 1790. — (Hahn, Geschichte der Ketzer des M. A., II, p. 423.) — E. Hallmann, Gesch. des Ursprungs der belgiscnen Beghinen. Berl., 1843.

* Fondés en 1213 à Florence par le marchand Bonfîglio Moualdi (mort

oiO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

tués au mont des Olives, près de Florence (1313), par Jean Tolomaïet approuvés par Jean XXII en 1319*; 3°lesjésuates, fondés par Jean Colombino de Sienne et approuvés en 1367 par Urbain V- ; 4"* les hiéronymiies^, fondés au quatorzième siècle; 5° l'ordre de sainte Brigitte, en Suède'^, établi en 1363, pour les deux sexes ; 6*" l'ordre des minimes (1-473), institué par François de Paule (né en 1416, mort en 1507) ^ : cet ordre est un rejeton des franciscains. Les franciscains se nommaient par humilité frères mineurs; les religieux de François de Paule, frères minimes : ces derniers sont plus sévères.

en 1261), qui décida plusieurs (6) riches marchands à se vouer au service de la sainte Vierge et à se construire des cellules sur le mont Senario. En 1235, l'ordre fut approuvé et protégé par Martin V. Le général de l'ordre, Philippe Bénitius, a été canonisé (mort en 1283J. L'ordre se vouait à l'étude, à l'enseignement et au ministère pastoral. — Vit., auct. Cherubino Maria Da'.aeo. CEniponte, 1644. — Bollandistes, 23 août (Aug., IV, p. 661-719, etCuper Commcntar. prœvius, ib., p. 655-661). — Dam. Grana, Viia b. Philippi Benitii. Romae, 1591, in-4o. — Dans la suite, l'ordre se consacra à la science, à l'enseignement et au saint miuistère.

* Vita Bernardi , id est /. Ptolomœi (mort en 1348), in Acta sanct., 21 août, t. IV, Aug., p. 464-475-475-487. — Guperi Commentar. prœvius.

2 Vita b. Joannis Columbini Senensis (mort en 1367), auct. J. B. Rossi. Rom., 1648 (ap. BoUand., 31 juillet, t. VII, J., p. 334-398-402-408).— Guperi Comment, prœv., p. 333-354. — Vita al., auct. Feo Belcaro (mort en 1484). Brix., 1500; Rom., 1558. — Pœsl, Leben des heil. Colombin von Siena. Regsb., 1816. — L'ordre des jésuates fut supprimé en 1668.

3 J.-B. Sajanelli, Monumenta historica ordinis S. Hieronymi congreg. B. Pétri de Pisis (aussi Pétri Gambacorti , mort en 1435), editio secunda auctior. Venet., 1758-1762, 3 vol. in-fol. — Vita B. Pétri Gambacurtœ Pisani, fundat. Eremit. S. Hieronymi., ap. BoUand., 17 juin, III, p. 533- 549. — A. M. Bonucci , Istoria délia vita e miracoli del B. Pietro Gambacorti. Rom., 1716, in-4o. — Siglos Geronimianos, Historia gênerai, ecclesiastica y secular, por Pablo de san Nicola. Madr., 1722-1744, 19 vol. in-fol. — (L'ordre fut établi en Espagne par Pierre-Ferd. Pécha, vers 1470, et approuvé par Grégoire XI.) — Bullarium ordinis S. Hieronymi — cur. J. B. Gobati. Patav., 1775, 2 vol. in-fol.

^ Birgittœ revelationes, éd. Turrecremata. Rom. (1488), 1628 (Potthast cite treize éditions). — Révélât, selectœ, textum cogn. A. Heuser. Colon., 1851. Les traductions en langues étrangères sont très-nombreuses. — L. Clarus, Schweden sonst und jetzt, 2 t., 1847; sur l'ordre de sainte Brigitte et sur la maison-mère, Wadstena, tom. II, p. 208-226. — L. Clarus, Das Leben der heil. Brigitfa. Regsb , 1856. — F. Hammerich, D. heilige Birg. Kopenh., 1863.

* Acta sanct., 2 avril, I, p. 106-234, p. 900. — Hil. Goste, Portrait de saint François de Paule. Par., 1655, in-4o. — A. Dondé, Figures et abrégé de la vie, de la mort et des miracles de saint François de Paule. Par., 1671, in-fol. — La Vie de saint François de Paule, par Giry. Par., 1682. — Vita S. Francisci de Paula minimorum ordinis institutoris scripta ab

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