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LES BÉNÉDICTINS

Les bénédictins.

i. Congrégation de Cluny. — Cette congrégation, qui pendant des siècles a porté des fruits si magnifiques et avait des abbés généraux, offre encore maintenant un aspect merveilleux. Malheureusement, Pierre le Vénérable est le dernier abbé que l'histoire ait jugé digne de mémoire (mort en 1156). La congrégation déclina et ne recouvra jamais son antique splendeur. Les cisterciens essayèrent vainement de la relever. Qu'on ne croie pas toutefois qu'elle tomba dans le désordre ; une seule chose lui manquait, la vie. Un moine s'était un jour échappé de Cluny : Pourquoi, lui demanda-ton, avez- vous quitté une abbaye si célèbre? — C'est, dit-il, parce que le vin y est tellement mêlé d'eau qu'il n'a plus aucun goût. Excellent témoignage en faveur de l'ordre.

2. L'ordre de Grammont souffrit particulièrement pendant le schisme. Le concile de Constance travailla aussi à introduire des réformes parmi les moines, surtout parmi les bénédictins, et montra une grande sévérité. Les évêques adjurèrent les abbés de restaurer l'ancienne discipline mo^ nastique; les abbés jurèrent qu'ils opéreraient des réformes, et les délégués le jurèrent sur l'àme de leurs abbés. On devait rétablir la tenue des chapitres et la visite des couvents. Malheureusement, la plupart faillirent à leur promesse. L'abbé de Hirschau ne cessait d'exhorter ses religieux ; mais il prêchait à des sourds. Et il en était ainsi presque partout. La congrégation de Mœlk fut créée par le concile de Constance, et absorba les abbayes de Bavière et d'Autriche. Des réformes y furent introduites. Plus célèbre était l'abbaye de Bursfeld, établie par le moine Jean de Rheinhausen. Ce moine avait juré à Constance, sur l'âme de son abbé, qu'il opérerait des réformes ; mais ni l'abbé ni les moines ne s'en soucièrent. Aidé du pieux duc de Braunschweig et de sa femme, il amena la discipline dans plusieurs couvents et re-

anon. coœvo, cum notis J. Mar. Perrimezzi de Paula. Rom., 1707, 2 vol. iD-4". — Diarium patrum , frdtrum et sororum ordinis minimorum provinciœ Franciœ, qui religiose obierunt ab anno 1500 ad annum 1700, auct, Ren. Thuillier. Par., 1709, 2 vol. m-4o.

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leva celui de Bursfeld, d'où la réforme s'étendit à vingt-huit abbayes. Telle fut l'origine de la congrégation de Bursfeld.

Dès les treizième et quatorzième siècles, de nombreux essais de réforme avaient été tentés. Les papes s'en firent les promoteurs et on peut en recueillir les actes dans les chapitres d'ordres, dans les synodes diocésains et provinciaux*. A partir du douzième siècle, depuis l'origine et l'extension rapide des cisterciens, ou moines gris, puis, après la courte période florissante de ceux-ci, quand les ordres mendiants, qui attirèrent à eux les meilleurs talents, parurent au treizième siècle, les moines noirs déclinèrent sensiblement. Innocent III voulut les relever en centralisant les couvents et en établissant une plus grande somme de liberté au sein des maisons. L'autorité des abbés et des généraux devait être restreinte par des chapitres d'ordre. Le concile tenu à Paris en 1212 (ou 1213) par le cardinal Robert Courçon, rendit vingt-sept ordonnances sur la réforme monastique, laquelle devait s'étendre aussi aux couvents de femmes. Une partie de ces ordonnances (quinze) fut renouvelée au concile de Montpellier en 1215. Les décrets concernaient surtout les chanoines bénédictins et augustins. La pauvreté monastique fut instamment recommandée.

Survient le quatrième concile général de Latran (novembre 1215) qui, dans son canon xu, statue que « dans chaque province ecclésiastique, les abbés et les prieurs qui n'auront point coutume de tenir des chapitres généraux en tiendront tous les trois ans : tous les abbés, ou, s'il n'y a point d'abbés, tous les prieurs y assisteront. Dans le commencement, ils y appelleront pour les aider deux abbés de Citeaux, où ces chapitres sont depuis longtemps usités. Ces deux cisterciens présideront avec deux assistants choisis par eux. On y traitera de la réforme, de l'observance régulière et d'autres objets analogues. Les résolutions seront confirmées par les quatre présidents et observées par tous. Dans chaque chapitre général on fixera le lieu du prochain chapitre. Un députera des personnes capables pour visiter, au nom du pape, tous les monastères d'hommes et de femmes de la pro-

' Plus Schmieder, Die Betiediktiner-Ordensreform des XIII et xiv Jahrhunderts. Liuz, 1867.

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vince, pour les réformer, signaler à Tévêque les supérieurs incapables, afin qu'ils soient déposés. Les évêques et les visiteurs, par la menace des censures ecclésiastiques, détourneront toutes personnes lai(|ues de la violation des couvents*. » Le canon xni, « de peur qu'une trop grande variété d'ordres religieux ne jette la confusion dans l'Eglise, défend d'en inventer de nouveaux. Quiconque voudra entrer en religion, ou fonder un couvent, devra le faire dans un ordre approuvé. » Le canon xu devint la base de toutes les réformes tentées aux treizième et quatorzième siècles. Les premiers chapitres de bénédictins furent tenus en Angleterre (1216- 1225). Les abbés de la province de Cantorbéry, réunis à Oxford en 1210, portèrent dix-neuf statuts tout-à-fait propres à établir l'unité dans les choses religieuses et dans les choses temporelles au sein des monastères. Le cardinal Etienne de Langton, zélateur fervent de la discipline, appuya les abbés de tout son pouvoir. De pareils essais furent aussi tentés en Espagne. Honorius III, en 1225, adressa de sévères ordonnances aux abbés de la Lombardie et de la marche de Trévise sur la réforme des couvents ; en 1220, il avait écrit dans le même sens aux prélats d'Irlande, leur ordonnant de tenir dos chapitres généraux selon les prescriptions du concile de Latran. — Sur son ordre formel, un chapitre général de la province de Narbonne eut lieu le 7 décembre 1226, au couvent de Saint-Tibère à Agde ; vingt-six statuts très-sévères^ approuvés par Grégoire IX le 1" juillet 1228, y furent rédigés et adoptés comme base de la réforme dans d'autres contrées : on peut le supposer du moins par la conformité des statuts portés en différents pays. En 1233, ce pape publia une bulle de réforme pour toute la congrégation de Gluny; plusieurs couvents s'y conformèrent ; mais il y en eut encore qui s'y soustrayèrent. Le même pape s'étant plaint, le 9 avril 1240, que l'archevêque Eberhard II de Salzbourg ne se souciât point de ses ordonnances, un chapitre général fut convoqué à Salzbourg pour le 28 novembre 1240. En 1257, un chapitre général eut lieu dans la Thuringe ^.

* C. VII, X, De statu monachorum, III, 35.

* Annales Hirsaug., I, 601. — Andr. Meiller, Hegesten zur Geschichte

En France, les chapitres d'ordres négligés furent suppléés par les synodes provinciaux et diocésains, principalement sous Louis IX. De 1231 à 1308^ près de seize synodes s'occupent plus ou moins de la réforme des bénédictins; les statuts entrent dans les plus grands détails. Un synode célèbre tenu à Trêves en 1238 sous Tévêque Théodoric, prit des mesures analogues ; le synode provincial de Cologne, en 1260, rendit vingt-huit statuts sur la réforme bénédictine : la pauvreté, le vêtement, le jeûne, le service divin, la simonie formaient les points principaux. Le synode assemblé à Mayence en 1261, sous l'archevêque Wernher, publia aussi de sévères décrets de réforme * ; il en fut de même du synode de Vienne en 1267, et d'un autre de Londres en 1268.

Au deuxième concile de Lyon tenu en 1274, figuraient les abbés de la province ecclésiastique de Cologne et plusieurs religieux de la province de Salzbourg. En 1274, Frédéric 11, archevêque de Salzbourg , célébra un concile provincial où furent renouvelés d'anciens statuts et inculqués quelquesuns de ceux qui avaient été rendus à Lyon. Le 13 mai J275, un chapitre général des bénédictins, réuni à Salzbourg, rendit vingt-un statuts qui rappelaient en partie ceux de Narbonne (1226); mais, suivant une triste coutume des Allemands, les abbés de la partie autrichienne du diocèse de Passau restèrent étrangers à l'assemblée et n'en reçurent point les statuts, sous prétexte de ne pas inspirer de soupçons à leur seigneur, Ottokar de Bohême. Jusqu'en 1310, on trouve dans le diocèse de Salzbourg plusieurs tentatives de réforme. On en trouve également, depuis 1280 environ jusqu'au quatorzième siècle, dans les diocèses de Cologne, Mayence et Trêves. En 1287, le concile national de Wurzbourg, et celui de Milan en 1287, firent des essais analogues.

Les statuts des chapitres régulièrement tenus par les bénédictins sont renouvelés à diverses reprises, notamment dans le concile précité de Cologne, canon m. Tous les trois ans,

der Salzhurger Erzbischœfe, Conrad l, Eberhard I, Conrad H, Adalbert, Conrad III u. Eberhard II. Wien, 186G.

^ Mausi, t. XXIII, p. 1012. — Harduin , t. VII, p. 517. — Harzheim , Concilia Germaniœ , t. V, p. 588. — Biulerim, Deutsche Concilien, t. V, p. 73-162,

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les bénédictins noirs devaient tenir dans le diocèse un chapitre général, conformément à l'ordonnance d'Innocent III. Un synode de Salzbourg, en 1291, disait en son canon vu : « Les chapitres généraux des bénédictins auront lieu tous les trois ans, selon que l'avait déjà prescrit Grégoire IX, et ce qui n'a pas été fait jusqu'ici. » Le canon iv du concile de Salzbourg, en 1310, « ordonne aux abbés bénédictins, aux prévôts ou prélats de chanoines augustins, de tenir un chapitre général avant la Chandeleur. » Jusque-là, les chapitres n'avaient été obligatoires que tous les trois ans : le canon xxvn du concile célébré la même année à Cologne veut que « tous les ans, le jour qui suivra l'exaltation de Sainte- Croix, les bénédictins tiennent leurs chapitres, et que chaque abbé y assiste avec deux moines ; on y fera lecture des règles de saint Benoît et des statuts portés sur les moines en 1260 par l'archevêque Conrad. » Le canon xiv du concile de Ravenne, en 1311, porte également que « les abbés et les prieurs des bénédictins non exempts tiendront tous les ans un chapitre provincial. » La même chose s'applique aux prieurs et prévôts des chanoines réguliers. Le synode de Bergame, en 1311, veut qu'un chapitre de la coulpe ait lieu dans chaque couvent au moins une fois par semaine.

En 1322, un concile de Valadolid en Espagne se plaint que les couvents aient tout-à-fait cessé chez les chanoines de saint Augustin et chez les bénédictins, et il prescrit que des conciles seront désormais célébrés tous les trois ans.

Nous devons admettre en général que le temps du grand schisme d'Occident ne fut pas favorable aux réformes monastiques, bien que ce soit encore le cas de dire : L'esprit souffle où il veut, et quoique l'histoire enseigne que dans la plupart des cas les tentatives extérieures de réforme sont et restent de pures ordonnances qui ne renouvellent rien au dedans : les véritables réformes doivent être suscitées et accomplies par des hommes qui en ont la vocation et les grâces intérieures. Les décrets réformateurs de Constance renferment vingt-cinq chapitres sur la réforme monastique ; ils prescrivent notamment, pour les couvents de la province de Mayence, la tenue, depuis longtemps omise, du chapitre général. Les quatorze diocèses, avec le diocèse exempt de

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