TOME II
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Bamberg, renfermaient alors cent trente et une abbayes de l'ordre. Ce chapitre eut lieu immédiatement, en 1417, à Pétershausen, près de Constance. Des cent trente et un couvents, trois seulement n'étaient pas représentés : Ballenstsedt, dus et Gosek ; les autres l'étaient ou par les abbés, ou par des délégués, ou par des lettres*. Quatre abbés le présidaient. Différents statuts furent portés sur le culte divin, la clôture, les vêtements, la table, les études, etc. Il fut décidé qu'un chapitre aurait lieu l'année suivante à Saint -Albain de Mayence ; que les couvents seraient visités par des commissaires. Un décret de l'empereur Sigismond, du 17 janvier 1418, confirma ces statuts. Les abbés ou leurs délégués s'engagèrent par serment à introduire chez eux, dans l'espace d'un an, les réformes décrétées 2.
Jean Dederoth de Rheinhausen fut l'âme de la nouvelle réforme. Elu en 1430 abbé du couvent de Clus près de Gandersheim, quelques années lui suffirent pour y rétablir la discipline. En 1433, il se rendit avec quelques religieux dans le couvent dévasté de Bursfeld , qui fut le centre de la nouvelle réforme bénédictine dans le nord et l'ouest de l'Allemagne.
En ce même temps, l'abbé Jean Rhode^ de Saint-Mathias de Trêves réformait son propre monastère. Ancien chartreux, l'archevêque Othon de Trêves l'avait institué abbé de Saint- Mathias avec dispense du pape. Jean de Bursfeld unit ses efforts aux siens, et peu à peu la réforme s'étendit au loin. Depuis les chapitres généraux de Pétershausen en 1417 et de Mayence en 1418, la province de Mayence avait tenu régulièrement ses chapitres à Fulde (1450), à Seligenstadt (1422), à Wurzbourg (1424), à Saint-Pierre près d'Erfurt (1426), à Saint-Michel près de Bamberg (1429), à Augsbourg (1432) et à Bàle (1435). Dans la province ecclésiastique de
» Van d. Hardt, t. I, part, xxvi, p. 1103.
2 Evelt, Die Anfœnge der Bursfelder Benediktiner'Congregation. Mûnaler, 1865, p. 11.
3 C'est lui j selon d'autres, qui fut le vrai réformateur de Bursfeld. — Trithem., Chronic. Hirsaug., II, p. 3o2. — M. Dûx, Der deutsche Cardinal Nikolaus von Cusa, t. II, 1847, p. 9. — Schue, S. Mathias, Geschichte des dasigen Klosters U7id der Kirche. Trêves , 1857, p. 222. — J, Marx, Geschichte des Erzstiftes Trier, t. III. Trêves, 1860.
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Trêves, l'archevêque Otlion établit un pareil chapitre. Le concile de Bàle s'intéressa vivement à la fondation de Bursfeld , et Jean Dederoth reçut les pleins pouvoirs nécessaires pour réformer d'autres monastères. Malheureusement, il mourut de la peste, le 6 février 1139.
Le 20 février 1439, le concile de Bàle rendit de nouveaux décrets sur la restauration de la discipline monastique, et chargea douze abbés, entre autres Jean Rhode de Trêves, de visiter tous les couvents d'hommes et de femmes dans les diverses provinces ecclésiastiques de l'Allemagne. L'œuvre de Jean Dederoth fut poursuivie avec zèle et succès, pendant trente années, par son successeur Jean de Hagen. La congrégation de Bursfeld se développa et s'étendit; ses statuts furent adoptés, et c'est de là qu'on envoyait des moines dans les couvents qu'on voulait rajeunir*. Chaque année, un chapitre do la congrégation avait lieu sous la présidence de l'abbé de Bursfeld , et plus tard sous celle d'un abbé nommé par les divers couvents. Le premier chapitre de la congrégation de Bursfeld eut lieu en 1446, sous la présidence de Jean de Hagen.
Le cardinal Nicolas de Cuse , légat du pape en Allemagne entre les années 1451 et 1453, s'apphqua surtout à affermir et développer la congrégation de Bamberg. Il commença, dans un synode de Salzbourg (février 1451 ), par la réforme monastique. Elle devait s'opérer dès l'année suivante; les monastères seraient visités annuellement par trois abbés nommés par lui, qui rendraient compte au légat apostolique. Les religieux étaient hbres ou d'accepter la réforme ou de quitter le monastère.
Les trois visiteurs parcoururent plus de cinquante couvents en Autriche, dans la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzbourg et la Bavière. De Salzbourg Nicolas se rendit à Vienne, et de là, par Ratisbonne et Nurnberg, à Bamberg, où il essaya de vider les perpétuels conflits qui divisaient le clergé séculier et les ordres mendiants. A Wurzbourg, le 23 mai, il présida avec quatre abbés, dans le couvent de Saint-Etienne, le quatorzième concile général des bénédic-
* Leuckfeld, Antiquitates bursfeldenses, p. 40-49.
tins*. Tous les abbés y promirent par serment d'accomplir la réforme sur eux-mêmes et sur leurs subordonnés, dans l'espace d'un an. A Erfurt, le cardinal séjourna dans le couvent du Pétersberg déjà réformé 2. « Il prêcha sur la verte pelouse qui s'étendait devant le monastère. A l'Ascension, il parla au peuple sur la place publique du haut d'une chaire en pierre; il fit de même le jour suivant sur le Pétersberg, où la presse fut si grande que plusieurs perdirent la vie^. » La ville de Halle lui envoya une escorte de cent chevaliers. Sa réception à Magdebourg ne fut pas moins brillante. Il s'arrêta dans le couvent de Berg, où l'archevêque Frédéric Bichhngen et l'abbé Hermann avaient déjà introduit la réforme de Bursfeld. Le couvent était en pleine prospérité*. Il y tint aussi un concile provinciale II alla ensuite à Hildesheim, dont le couvent, Saint-Michel, fut, pendant sa présence, incorporé à la congrégation de Bursfeld. Celui de Huysbourg l'était depuis 1444^. La même année, il arriva à Corbie (la nouvelle), point de départ de saint Anscaire et des autres missionnaires du Nord. Quand il entra dans la cour du couvent, il tomba sur la terre et l'embrassa en s'écriant : « 0 terre sacrée , qui avez enfanté tant d*apôtres et d'évêquesî » 0 sancta tellus , quse tôt genuisli apostolos et episcopos! A la fin de l'année 1451, le cardinal rentrait à Trêves, son pays natal, où il y travailla également à rétablir la discipline monastique.
Il désirait confier à Jean de Hagen la direction du couvent de Saint-Mathias de Trêves , mais Jean s'y étant refusé , il le nomma réformateur de l'ordre entier des bénédictins d'Allemagne ; les couvents de Trêves furent unis à la congrégation de Bursfeld. En novembre et décembre 4451, Nicolas pré-
* Binterim, Deutsche Concilieyi, VII, 237-283. — Tritliem., II, 423.
• Placide Muth (dernier abbé de Pétersberg, mort en 1821), Geschichte des Petersklosters bei Erfurt. Erfurt , 1804. — Rein, Thuringia sacra , 1863-1865.
* K. UUmann , Reformatoren vor der Reformation, Hamb., 1841-1842 , t. I, p. 257.
♦ Evelt, p. 23.
8 Harzheim, Concilia Germaniœ, t. V, 427. — Binterim, p. 254. « Leuckfeld , p. 98. — Karl van Ess, Geschichte der Abtei Huysburg^
NICOLAS DE CUSE EN ALLEMAGNE. .Si9
sida un concile provincial convoqué à Mayence par l'archevêque Théodoric : on y publia aussi un statut (canon xu) sur la réforme des couvents*. A la fin de février 1452, le légat présida le concile provincial de Cologne. Nicolas fit afficher aux portes de la cathédrale les statuts sur la réforme monastique, et fixa aux prélats une année pour les mettre à exécution. L'archevêque Théodoric rétablit Tordre dans tous les couvents, et y joignit la clôture pour les maisons de femmes. Il fit en sorte que les bénédictins de Saint- Martin-le-Grand' et de Saint-Pantaléon fussent incorporés à la congrégation de Bursfeld. Nicolas se rendit en Bohême, en qualité de légat du pape, vers le milieu de l'année 1452. En 1458 et surtout en 1461, la congrégation de Bursfeld fut reconnue et recommandée par des bulles de Pie II. Les privilèges accordés à la congrégation de Sainte- Justine de Padoue, alors si florissante, furent étendus à celle de Bursfeld : la bulle du 3 novembre 1461 montre les progrès que la congrégation avait déjà faits à cette époque '. Il n'y a que dix-huit maisons citées nominativement. Avant 1464, il n'en existait encore que vingt et une*^. C'est en ce temps (1465) que le couvent de Liesborn fut incorporé à la congrégation'^. L'abbaye d'Iburg le fut en 1468; celle de Flechdorf, premier couvent du diocèse de Paderborn, en 1469^; en 1477, le célèbre couvent d'Abdinghof , fondation de Cluny due à saint Meinwerk, fut réformé et aggrégé à Bursfeld , sous le vénérable abbé Henri de Peine' (1471-31 mai 1491) ; Marie-Munster le fut en 1480; Corbie seulement entre 1501 et 1505; Fulde en
1 Mansi, t. V, Supplément, conciliorum, p. 282. — Martène, Collect. ampliss., p. 1008.
* J.-H. Kessel, Monumenta Ecclesiœ coloniensis , t. 1. Colon., 1862. Antiquitates monasterii S. Martini majoris.
* Trilheim cite quatorze couvents du diocèse de Mayence réformés par Bursfeld [Chronic. Hirsaug., II, p. 353), et sept du diocèse de Wurzbourg. — Ferd. Biedenfeld, Geschichte der Mœnchsorden, I, p. 282.
* Mais il est dit : « Gseterorumque eis in religionis observantia charitatis vinculo adunatorum et unitorum monasteriorum 0. S. Benedicti. »
5 Northoff, Die Chronisten von Liesborn. Mstr., 1867.
6 Leuckfeld, p. 102. — Mooyer, Das Kloster Flechdorf und seine Aebte, dans Zeitschrift fur vaterlœndische Geschichte und Alterthumskunde Westphalens, t. VIII.
' Voir la liste chronologique des couvents incorporés à Bursfeld dans G. Bucelin, Benedictus redivivus. Feldk., 1679, p. 48.
1630. Çà et là, l'abus s'était introduit de n'admettre que des bénédictins nobles. Vers 1502, la congrégation comptait quatre-vingt-dix couvents * .
Cette réforme fit perdre plusieurs couvents à la congrégation; d'autres, quoique dans une situation très-exposée , se soutinrent néanmoins, entres autres Bergen, près de Magdebourg, Saint-Pierre, près d'Erfurt, Huysbourg, Saint-Michel et Saint- Godehard, à Hildesheim. En suite de l'édit de restitution, du 6 mars 1629 , les abbés de la congrégation essayèrent, il est vrai, de recouvrer les monastères perdus : un catalogue envoyé à Rome en cite cent quarante-deux qui lui appartenaient. Dans un chapitre tenu à Ratisbonne (1631), les délégués des principaux monastères bénédictins convinrent d'adopter la réforme de Bursfeld; mais la paix de Westphalie plaça Bursfeld lui-même et la plupart des couvents de la congrégation sous l'autorité protestante, et presque tous les couvents furent supprimés^. Le nom seul, avec un. faible débris de la congrégation, s'est conservé jusqu'au commencement de notre siècle. Son dernier chef fut Bernard Bierbaum, abbé de Werden et d'Helinstœdt (6 avril 1780), nommé supérieur la même année dans un chapitre tenu à Saint- Michel de Hildesheim (mort à Helmstaedt, le 6 mars 1798).
La congrégation de sainte Justine de Padoue^, nommée plus tard congrégation du Mont-Cassin, avait une grande importance non-seulement pour l'ItaUe, mais encore pour l'Allemagne méridionale. Louis Barbo, né en 1382, nommé
* Le diocèse de Mayence en comptait 14; Wurzbourg, 7; Spire, 4; Bamberg, 1; Constance, 1 (Alpisbach); Strasbourg, 3; Halberstadt, 9; Verden, 1; Hildesheim, 4; Paderborn, 4; Trêves, 9; Cologne, 14. Les autres se trouvaient dans les diocèses de Munster, Magdebourg, Brème, Mersebourg, Zeiz. Depuis 1464 des chapitres furent tenus, dont les protocoles existent jusqu'en 1614.
* On nomma à Bursfeld un abbé luthérien , quoique le couvent fût supprimé depuis fort longtemps. Depuis 1844, ce titre est porté par le professeur Lûcke, à Gœttingen. — J.-G. Leuckfeld, Antiquitates bursfeldenses, oder historische Beschreibung des ehem. Klosters Bursfelde und der daher rûhrenden Bursfelder Societœt. Leipz. ,1713, in-4o. — Die Anfœnge der Bursfelder Benedikt Iner-Congregation mit besonderer Rùcksicht auf Westfalen, von Jul. Evelt. Mstr., 1805.
3 Catholique , 1859, II, Die Congrégation von S. Justiiia in Padua und ihre Verzweigungen nach Deutschland. Eine Klosterreform aus dem fûnfzehnten Jahrhundert, p. 1360, 1489. — Ann. 1800, I, p. 200, 425.