WICLEF
Caiitorbéry, l'avait nommé supérieur du collège Cantorbéry- Hall, à Oxford. Islep eut pour successeur Simon Langham (1366, cardinal en 1308), qui remit les religieux en possession de cet emploi qu'ils avaient précédemment exercé. Wiclef s'en plaignit à la cour d'Avignon , mais sa plainte fut repoussée en 1370. Déjà auparavant, il s'était prononcé contre la papauté au point de vue de l'anglicanisme national. Il s'égara de plus en plus dans les voies de l'hérésie, et non content d'attaquer le ministère sacerdotal , il sapa les fondements mêmes de la primauté. Ses sectateurs se multiplièrent. Les barons surtout se félicitaient de le voir attaquer les évêques et le pape. — Quant au reste de sa doctrine, c'était la prédestination divine absolue ; il faisait de Dieu l'auteur du mal et niait complètement le libre arbitre. Voici les principaux points de sa doctrine : Le Christ n'a institué que des prêtres et des diacres ; tous les prêtres ont la même dignité et le même rang. Tout prêtre, tout évêque qui commet un péché mortel est déposé de droit, et nul n'est plus tenu de lui obéir. Il rejette ensuite le culte et l'invocation des saints, la présence de Jésus- Christ dans l'Eucharistie (depuis 1381). Dans sa haine contre les ordres religieux, il va jusqu'à dire : Celui qui entre dans un ordre sort du royaume de Dieu. — Les prédestinés sont les seuls qui composent l'Eglise. A un prince coupable d'un péché mortel, nul n'est plus obligé d'obéir, ^yiclef n'admettait donc qu'une Eghse invisible. Il insistait aussi pour qu'on enlevât aux ecclésiastiques tous leurs biens temporels. Wiclef, quoique condamné par l'archevêque de Cantorbéry et par le pape (1377), fut longtemps protégé par l'Etat ; mais
Wydiffe als Prediger. Erlang., 1834, d'après Vaughan. — G, Weber, Geschichte der akatholischen Kircheji und Sekten von Grossbritannien. Lpz., 1845, part, i, t. I, p. 62. (Les lollhards et la partie destructive de la réforme.) — (Ern.-Ant. Lewald, Die theologische Boctrin Johann Wycliffe's, dans Zeitsch. fur die Histor. Théologie, 1846-1847.) — Wicliff und die Lollarden. Ein Beiirag zur Kirchengeschichte Englands in den letzten cl Jahren vor der Reformation, par Gotth. Vict. Lechler; — ibid., 1853, p. 416-483, 491-572; 1854, p. 1C7-266. — Lechler, Wiclif als Vorlœufer der Reforrnation. Lpz., 1858, 27 p. — (Le même a publié le traité ci-dessus d'après un manuscrit de Vienne.) — 0. Jaeger, John Wydiffe und seine Bedeutung fur die Reformation. Halle, 1854, p. 149. — F. Bœhjinger, Die Kirche Christi und ihre Zeugen, t. II, part, iv, l""» livrais.. Die Reformatoren des xiv und xv Jahrhunderts. Johannes von Wykliffe, 1856, 643 p.
o68 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
quand celui-ci reconnut le danger, quand il entendit Wiclef attaquer les dogmes essentiels de l'Eglise, il cessa de le défendre (1382). — Wiclef (sans répondre à une citation du pape) se retira dans sa paroisse et écrivit son principal ouvrage, le Trialogue, ou traité dogmatique en quatre livres, dans lequel il essaya de réduire sa doctrine en système. Frappé d'apoplexie le 28 novembre 1384, pendant qu'il assistait à la messe de son chapelain, nourri des mêmes idées que lui, il mourut le 1^' décembre 1384.
Ses sectateurs se nomment lollhards. Lord Cottam propagea sa doctrine par ses écrits -et par sa parole. Comme les lollhards se répandaient par bandes, commettaient des assassinats et d'autres crimes, lord Cottam fut saisi et exécuté en 1394. L'appel qu'il avait adressé au pape ne fut point reçu.
Les hussites.
La doctrine de Wiclef trouva surtout des partisans en Bohème, grâce à des Anglais qui faisaient leurs études à Prague. La secte se déclara enfin dans la personne de Jean Huss, né à Husinez en 1373. L'université de Prague censura quarante-cinq propositions tirées des écrits de Wiclef, grâce aux Bavarois, aux Saxons et aux Polonais qui disposaient de trois voix ; les Bohémiens en furent blessés , et Jean Huss parvint à leur assurer la majorité des suffrages. Là-dessus, les Allemands sortirent de Prague (1409)*.
Huss était un esprit actif, passionné, ambitieux, et la condamnation des quarante- cinq propositions n'avait fait qu'exciter le feu qui le dévorait. H se mit dès lors à prêcher, dans l'église de Bethléem, avec les allures et l'accent d'un aventurier, racontant à ses auditeurs les vices des papes et des prélats de la cour pontificale. Son dessein était d'indisposer la foule contre l'Eglise et de l'exciter à la révolte. Son zèle n'était que le fruit de la plus déplorable ambition. Huss, dont
* G. Hœûer, Magister Johannes Hus und der Abzug der deutschen Professoren und Studenten aus Prag, 1409. Prag, 1864. — G. Hœfler, Prager Concilien m der vorhusitischen Période (1353-1413), aus den Ha7idschriften zusammengest, Prag, 1802.
LES 11USS11E8. 569
les écrits turent condamnés au feu, en appela à Jean XXI H. La réponse ne lui ayant pas été favorable, il redoubla de violence. Il fallut l'excommunier et interdire le lieu où il prêchait. 11 en vint à de tels excès , que l'archevêque de Prague fut contraint de l'interdire. Le concile de Constance s'étant ouvert sur ces entrefaites, Huss s'y rendit avec un sauf-conduit de l'empereur Sigismond. Rien de mieux que ce sauf-conduit; mais comment l'empereur pouvait-il le prendre sous sa protection s'il était condamné comme hérétique? Huss resta insensible à toutes les remontrances, et fut brûlé le 6 juillet 1415. Le même sort fut réservé en 1416 à son ami et disciple Jérôme de Prague * .
La doctrine de Huss était de tout point conforme à celle de Wiclef. Selon lui, l'Eglise ne se compose que de prédestinés, c'est-à-dire que Jésus-Christ n'a fondé qu'une Eglise invisible. Ceux qui appartiennent à l'Eglise, Dieu seul, qui prédestine, les connaît. L'Eghse étant invisible, Dieu n'a point établi de prêtres, car là où il n'y a point d'Eghse visible, il n'y a point de chef visible. Tout prêtre qui commet un péché mortel cesse d'être prêtre ; il ne peut plus exercer validement aucune fonction; nul ne lui doit l'obéissance. 11 en est de même d'un prince qui tombe dans un péclié mortel. Cette seule proposition serait la ruine de l'Etat, de même que la première serait la ruine de l'Eglise ; chacun pourrait accuser un prince de péché mortel et trouver là un prétexte de lui désobéir. Cette maxime seule devait lui attirer, sinon la mort, du moins la prison perpétuelle. Il emprunta aussi à Wiclef cette proposition que Jésus-Christ n'est pas présent dans l'Eucharistie. Réclamait -il aussi le calice pour les laïques? On l'ignore. Cette question ne lui fut faite que pendant sa captivité, et la dispute sur ce point n'éclata qu'après sa mort.
* Historia et monumenta J. Hus et Hier. Prag., Franc of., 1715, 2 tom. iu-fol. (V. von der Hardt et iEneee Sylvii Historia Bohemorum). — C. Hœfler, Geschichtschreiber der Husitischen Bewegung in Bœhmen, part, i et II. Wien, 185G-1865 {Fontes rerum austriacarum. — Première partie, Scriptores, t. II et VI). — J.-A. Helfert, Hus iind Hieronymus, eine Studie. Prag, 1853. — VnVAoky^^Geschichte von Bœhmen, t. III. — Schwab, Gerson, p. 546. — F. Friedrich, Johannes Hus. Frankf., 1864. — L. Kruinrael , Geschichte der bœ/imischen Reform. Gotha, 1866.
o70 HISTOIRE DE L ÉGLISE.
Mais afin de pouvoir le juger complètement, nous devons l'étudier aussi dans la personne de ses disciples. C'est «à la plante qu'on reconnaît la semence. L'esprit de discorde, le meurtre des prêtres et des moines, voilà ce que Jean Huss avait semé. Peut-être, s'il eût prévu toutes ces conséquences, serait-il rentré en lui-même. Que d'horreurs eussent été épargnées ! Deux partis principaux étaient alors en présence : les taborites et les calixtins. Ces derniers, quand on délibéra avec eux, réclamèrent surtout la communion du calice, la soustraction des biens temporels aux ecclésiastiques, la liberté pour chacun de prêcher partout et librement l'Evangile , la peine de mort infligée pour tout péché mortel, non point par le juge, mais par quiconque en était témoin. Les hussites rigides allaient plus loin encore : ennemis de toute science, ils demandaient l'abolition de toutes les universités et de toutes les écoles. Quelle barbarie en eût été la suite! — Le concile de Bâle, essayant de leur faire entendre raison, décréta que les biens d'Eglise seraient mieux administrés à l'avenir, déclara que la prédication avait toujours été libre, seulement que le prédicateur avait besoin de l'approbation de l'évêque; que les péchés mortels devaient être punis, mais seulement par le juge. — La plupart des hussites se réunirent alors à l'Eghse. Le petit nombre de ceux qui restèrent séparés formèrent plus tard les frères bohémiens et moraves.
Il est généraleineiit admis que Jean Huss reçut un sauf-conduit de l'empereur Sigismond, c'est-à-dire la garantie de pouvoir retourner sain et sauf de Constance en Bohème. La promesse ne fut pas tenue. Ce saufconduit ne pouvait signifier autre chose pour Jean Huss, sinon qu'il ne lui arriverait rien de fâcheux pendant son voyage d'aller et retour^ en tant »iue cela dépendrait de l'empereur. C'est parce que Huss en avait appelé au concile universel, à Dieu et au Christ, que Sigismond l'avait mîmdé à Constance. — Lui-même déclara que, s'il était convaincu d'hérésie, il se soumettrait à n'importe quel châtiment*.
1 Dans les placards qu'il afficha à Prague avant son départ, il était dit : « Si me de errore aliquo (concilium) convicerit, et me aliéna fidei docuisse probaverit, non recusabo quascumque hœretici pœnas ferre. » — Historisch-politische Blœtter : Johann Hus und sein Geleitsbrief, IV, 40-2- 425. - Ibid., t. XXXI, p. 349-374; t. XXXIX, 638-724, Veber den Geleitsbrief, welchen K. Sigismund (18 octobre 1414) dem Mugister Johannes Hus ert.heilte, t. XLI, p. 529-544. — Die geistigen Bewegungen in Bœhmen vor dem Beginn des Husitismus, t. XLV, p. 885-907, 969-983, 1053-1071; t. XLVI, 1-18, 97-117.
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Quand il eut été incarcéré à Gonstemce, ses amis disaient : « Si Hiiss est trouvé coupable juridiquement et par preuve légale, qu'on fasse de lui ce qu'il mérite. » Aussi, quand il fut mort, la noblesse bohémienne ne reprocha pas au concile, dans la lettre amère qu'elle lui adressa, d'avoir violé le sauf-conduit. Du reste, Sigismond lui-même avait prévenu Jean Huss que, « s'il était résolu à défendre opiniâtrement son hérésie, le concile serait forcé de procéder contre lui selon ses droits et sa législation *. » Ces raisons et d'autres encore prouvent ce qu'il faut penser de cette assertion : le concile déclara que la bonne foi et la parole donnée n'engageaient point envers un hérétique. Le concile déclara simplement ce qu'il était obligé de déclarer, qu'un sauf-conduit donné par un prince ou un empereur ne pouvait point entraver ou ajourner l'exercice de la juridiction ecclésiastique envers des hérétiques notoires; autrement, l'impunité complète eût été assurée aux hérétiques. Que les hérétiques soient justiciables de l'Eglise, qu'ils puissent même, en certains cas, être livrés au bras séculier, tout le monde le reconnaissait en 1415, y compris Huss, Jérôme de Prague et les Bohémiens.
Jérôme Savonarole, prédicateur à Florence depuis 1489, suivit une voie analogue à celle de Huss'. Entrant bientôt dans le domaine de la prophétie, il annonça la chute des Médicis et l'arrivée par les Alpes d'un roi étranger qui abattrait les tyrans d'Italie et réformerait l'Eglise par la force. Le roi de France, Charles VIII, ayant réellement franchi les Alpes, et les Médicis ayant été expulsés, le prophète régna en maître dans Florence (1494), et prétendit que le régime qui convenait le mieux à cette ville était le gouvernement démocratique. Il finit lui-même par croire à ses prophéties comme à la parole de l'Evangile. Mandé à Rome en juillet 1495 par Alexandre VI, il répondit qu'il ne pouvait quitter Florence en ce moment. Les familles nobles se lassèrent enfin du gouvernement insensé du prophète et de la multitude. Un mouvement en faveur des Médicis fut étouffé dans des flots de sang. Après le départ de Charles VIII, le prophète se trouva dans un isolement complet. Le pape lui défendit de prêcher; il résista et fut excommunié (12 mai 1497). Il prédit le triomphe de sa cause et son propre martyre. Le peuple se divisa en partisans et en adversaires du prophète. Il fut assailli par la foule dans son couvent de Saint-Marc ; quelques-uns des siens furent tués, et lui-même emprisonné. Il avoua dans les tortures que l'ambition lui avait fait jouer le rôle de prophète. Condamné à mort, il fut brûlé avec deux religieux de son ordre (23 mai 1498).
Sous le nom de « précurseur- de la réforme, » on a introduit depuis
1 Helfert, p. 299. — Histor.-pol. Blœtt., t. IV, p. 421-423.
* K. Mejer, Girol. SavonaroJa. Berlin, 183G. — Rudelbach, G. Savonarola und seine Zeit. Hamb., 1833. — Karl Hase, Neue Propheten, Die Jungf'rau von Orléans, G. Savonarola, 2e édit. Leipz., 1861 — F. Perrens, Jér. Savonarole. Par., 1853 et 1857, 2 vol. — P. Villari, Sforia di Savonarola. Fireuze, 1859-1861, 2 vol. — F. dei Guicciardini, Profezie politiche di Savonarola. Firenze, 1863. — Savonaroliana estratta dal diario di Luca d'Antonio. Fir., 1564.
quelques aimées, dans l'histoire de l'Eglise, une foule d'individus de la dernière période de moyen-âge, dont on a estimé la valeur sur l'opposition plus ou moins grande qu'ils ont faite à l'Eglise. C'est à tort qu'on a rangé dans cette classe Jean Gerson et ses amis, Gerhard Groot et son institution, ainsi que plusieurs autres. Quant à maître Eckart (1329-1332) et à la Théologie allemande, qui touchait aux frontières du mysticisme panthéiste, ils forment une catégorie à part. Nicolas de Bâle (vers 1340) et les « amis de Dieu » ont quelque affinité avec les vaudois. Nicolas fut brûlé à Vienne avec deux de ses disciples en qualité de beghard. Les vaudois étaient sûrement les mêmes que ces hérétiques qui se réunissaient daus des trous (Winkler), et qui, par une fausse interprétation de ce mot de saint Jean, iv, 21 : « Dieu est esprit, » etc., rejetaient le sacerdoce, le culte intérieur, le culte des saints et des images. Us furent bannis de Strasbourg en 1400 *.
Ou range aussi daus cette catégorie le virulent avocat Grégoire de Heimbourg (mort en 1472), qui fut au service de divers seigneurs, notamment du duc Sigismond d'Autriche, du roi de Bohême Georges Podiebrad, et lança contre Rome des manifestes grossiers. Après avoir perdu ce dernier protecteur, il se réconcilia avec Rome, fut relevé de l'excommunication et mourut à Dresde ^ en août 1472. (Sur Jean Goch, Jean Wessel, Jean Wesel, maître Staupitz, voir plus bas*.)
§ 5. I^chisiiie de l'Ë^Hse grecque.
L'union conclue en 1274 entre l'Eglise grecque et l'Eglise latine avait échoué par la faute des Grecs, et les diverses tentatives essayées au quatorzième siècle n'avaient donné aucun résultat. Mais après que les Turcs eurent fixé leur siège à Andrinople , les Grecs soupirèrent avidement après le secours des Latins. L'empereur grec Jean VU, Paléologue (1425- 1448), et le patriarche Joseph de Gonstantinople, suivis de sept cents Grecs, se présentèrent à Ferrare, où depuis le 8 janvier 1438 se poursuivait le
* Rœhrich , Gottesfreunde und Winkler am Oberrhein , dans Zeitschr. fur die histor. Théologie, 1840, livrais, i, et Mittheilungen aus der Gesch. der evangelischen Kirche des Elsasses, t. I, 1855. — Baehring, Tauler und die Gottesfreunde. Hamb., 1853. — Rulman Merswiu (mort en 1382), Das Buch von den neun Felsen , nach dem Autograph herausg. von Garl Schmidt. Leipz., 1857. — Plaintes d'un laïque allemand sur la décadence de la chrétienté (1356), publ. par C. Schmidt. Strasb., 1840.
* Gregor von Heimhurg. Ein Beitrag zur deutschen - Geschichte des fûnfzehnten Jahrhunderts, von Clem. Brockhaus. Leipz., 1861 . — J. Merkel, Gregor H. und Lazarus Spengler. Berl., 1856.
' Un nouveau précurseur de la réforme vient d'être mis en lumière : « André Proies, vicaire des augustins, témoin de la vérité peu de temps avant Luther. » Et, chose étonnante, l'auteur qui a fait ce don à la 350e fête jubilaire de la réforme (Gotha, 1867), se nomme lui-même André Proehle. André Proies mourut eu 1503 dans son couvent de Gulmbach. Proelhe n'a pas prouvé qu'il soit sorti de l'Eglise.
SCniSME DE l/ÉGUSE rtRECOrE. 57.'i
concile supprimé à Bâle. Après l'arrivée des Grecs, l'ouverture du concile fut annoncée pour le 8 avril. Toutefois, la première séance solennelle n'eut pas lieu avant le 8 octobre. Seize séances avaient été tenues lorsque la peste éclatant à Ferrare, le concile fut transféré à Florence en février 1439. Les tentatives de réunion faites par Bessarion, archevêque de Nicée, furent vivement combattues par Marc Eugenicus, archevêque d'Ephèse; cependant, la réconciliation fut opérée entre les deux Eglises. Les Grecs consentirent à reconnaître que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils, qu'il existe après la mort un lieu de purification pour lea âmes des défunts, et que le pape est investi non-seulement de la primauté d'honneur, mais encore de la juridiction suprême sur tous les évêques et sur toutes les Eglises.
La réunion des Orientaux et des Occidentaux semblait consommée, et Eugène IV n'était que l'interprète de la joie qui surabondait dans les cœurs , lorsqu'il s'écriait (6 juillet 1439) : 0 Que les cieux se réjouissent et que la terre tressaille! Il a disparu le mur qui séparait l'Eglise d'Orient et d'Occident : la paix et la concorde sont revenues ; la pierre angulaire, Jésus-Christ, faisant de deux choses une seule, réunit les deux murs par le lien indissoluble de la charité et de la paix, et les tient ensemble par le nœud d'une éternelle unité. Après le long nuage de la tristesse, après la noire et affligeante obscurité d'une longue division, s'est levée pour tous la sereine splendeur de l'unité si désirée. Qu'elle se réjouisse, l'Eglise notre mère! Ses enfants, jusque-là divisés entre eux, il lui est donné de les voir revenir à l'unité et à la paix ; elle qui, naguère, pleurait des larmes si amères sur leur séparation, qu'elle rende maintenant, avec une joie sans bornes, des actions de grâces au Dieu tout-puissant pour sa merveilleuse harmonie. Que tous les fidèles répandus par tout l'univers, que tous ceux qui s'appellent chrétiens, félicitent leur mère l'EgUse catholique et participent à son allégresse*. »
» Mansi, t. XXXI. — Harduin, t. IX. — Goleti, t. XVIII. — 'H âyta xat oixou/xevtx/i èv $)>copevTia aûvoôos, ôtà jWoya/oCi jSsveSixrtvoy ; sv 'Pco^tj, 1864, in-S», 562 p. (Cette édition du seul texte grec est du père Anselme Nickes.) — Vera historia wiionis non verœ mter Grœcos et Latinos, sive concii. Florentini exactiss. narrutio grœce scripta , per Sylvestr. Sguropulum (Syropulum) , qui concii. interfuit , transt. Rob. Creyghton. Hag. Com. IGGO; contre : Leonis AUatii in H. Creyyhton. appar., version, et notas ad histor. concii. Florent, scriptum a S. Syrop. Exercitationum part. I. Rom., 1664, in-4o — Héfelé, Die temporœre Wiedervereiniguny
riTI JTISTOIRE DE l'ÈCtLISE.
Quelques années après, malheureusement, l'union fut de nouveau brisée par les Grecs, et Constantinople tomba au pouvoir des Turcs (29 mai 1453). Il en fut de même des accords conclus avec les arméniens (1439-1445), les jacobites (1 442) , les chrétiens syriens et chaldéens : en somme, elles ne furent que transitoires ^
der griechischen mit der lateiniscJien Kirche. (Tûb. theol. Q.-Schrift, 1847, p. 50-97, 181-259.) — J. Zhismami, Bie Unionsverhandlungen zwischen der orient alischen und der rœmischen Kirche seit dem Ânfunye des xv Jahrhunderts his zum Concil von Ferrara (excL). Wien, 1858, 237 p. — Basil. Popoff, Histor. of the Council of Flor. translai. from the Russicn. Lond., 1861. — Al. Pichler, Geschichte der kirchlichen Trennung, 1864, I, p. 316.
^On n'avait jusqu'ici que des données incomplètes sur les circonstances de la rupture. On croyait que les trois patriarches de l'Orient (proprement dit) avaient fulminé en 1443 l'excommunication et l'interdit sur les fauteurs et les partisans de l'union, qu'aucun concile n'avait eu lieu alors à Constantinople, que le concile de Florence n'avait été rejeté qu'en 1472 par un concile œcuménique tenu sous le patriarche Siméon de Trapezonte. Nous avons sous les yeux le T6//os xaTa)vXayvjs, imprimé à Jassy en 1692, et difficile à trouver en Occident. C'est un recueil des ouvrages hostiles à l'union, publié à Jassy, de 1692 à 1694, par le fameux patriarche Dosithée de Jérusalem. Il contient : 1° le livre d'un inconnu (même à Dosithée) contre les Latins, écrit vers 1390; 2° le livre de Jean Nomophylax contre le concile de Florence; 3» un livre de Georges Goressios de Cliius, écrit vers 1612, etc. Les deux discussions synodales renfermées dans ce Tome forment un complément essentiel à l'histoire du concile de Florence. Il donne d'abord les décrets d'une conférence [arjù.vjaiç) qui eut lieu dans l'église de Sainte-Sophie, sous l'empereur Jean Paléologue. L'acte est en forme d'adresse (y.7ro>oyta) à l'empereur, pour protester contre l'union au nom d'une portion considérable du clergé de la capitale. Le deuxième acte constitue le concile proprement dit : il est signé par quatre patriarches et plusieurs évêques. L'assemblée déposa le patriarche Grégoire, et le remplaça par Athanase. L'année n'est pas donnée exactement ; ce devait être 1448 ou 1449, car on y voit encore la signature de Marc Eugenicus. AUatius, à qui on avait envoyé les actes de ce concile pendant qu'il rédigeait son livre De Ecoles, occid. atque or. perp. fions, (v. p. 955 et 1380), combat leur authenticité par des raisons insuffisantes. Les quelques extraits qu'il donne des actes sont tirés de la page 64 du Torne (pet. in-fol.). V. Héfelé, Tûb. Quartal-Schrift, 1848, p. 212.
Les fragments publiés récemment par Simonides, d'après la correspondance du patriarche Gennade ('OpOooô^cov 'E),/,/.vcov (^io\. ypacpat, Lond., 1865), confirment, quant à l'essentiel, l'état d'effervescence et l'oppositioD à la réunion qui résultent des actes dont nous parlons.
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