CHAPITRE VI
COUTUMES ET DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUES. ^ 1*\ Institution» |)énitculiaires. — Origine des jubilés.
Ce fut dans cette période que la confession revêtit la forme que nous lui voyons de nos jours. Le quatrième concile de Latran (121:2), en son canon xxi, statua que tout chrétien parvenu à l'âge de discernement devrait s'approcher une fois l'an des sacrements de pénitence et d'Eucharistie. Ce n'était là, en le sait^ qu'une loi disciplinaire ; l'institution elle-même resta telle qu'elle était auparavant. Voici, ce nous semble, quelle fut la première occasion de ce décret : comme plusieurs sectaires rejetaient alors la confession ;, on voulut par ce moyen s'assurer de l'adhésion des catholiques. Durant toute cette période, déjà même sur la fin de la période précédente, nous voyons qu'il était de coutume, dans les cas de danger de mort, de se confesser à une personne laïque.
La pénitence publique subit de grandes modifications. On a prétendu à tort que la pénitence publique avait complètement cessé depuis le douzième siècle ; ce qui est vrai, c'est qu'elle devint de plus en plus rare et finit par disparaître.
Les indulgences continuèrent aussi, mais elles prirent un développement plus vaste et tout ensemble plus précis, à la suite des modifications introduites dans la discipline pénitentiaire : au lieu de faire une pénitence plus ou moins longue, on fut obligé, par exemple, de contribuer à la construction d'une église; mais de graves objections, même de la part d'Innocent III, furent dirigées contre ce changement. Toutefois, l'idée de la pénitence canonique, surtout pendant les croisades, s'affaiblit de plus en plus. Les croisés avaient sans doute bien des privations à supporter , mais ces privations ne remplaçaient pas le véritable esprit de pénitence.
La même période vit naître aussi les jubilés accompagnés d'indulgences plénières. Voici quelle en fut l'origine. Les
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pèlerinages à Rome étant devenus très-fréquents vers la fin (lu treizième siècle, on se demanda quelle en pouvait être la cause , et un vieillard donna l'explication suivante à Boniface VIII : Il en était déjà ainsi à la fm du douzième siècle, et il paraît qu'il en fut toujours de même. Boniface VIII fit alors annoncer une indulgence plénière pour tous les pèlerins qui se rendraient à Rome *, mais aux conditions ordinaires de repentir et de confession. Des multitudes immenses se pressèrent alors dans les murs de Rome. Selon le Florentin Villani, historien et témoin de ce jubilé, on portait sur les autels des offrandes si abondantes qu'on les tirait dans les troncs au moyen de râteaux. Clément VI, à Avignon, réduisit à cinquante ans au lieu de cent l'intervalle des jubilés. Comme les pèlerins étaient obligés de séjourner quinze jours à Rome, la dépense n'était pas médiocre. Sous Urbain VI, la distance d'un jubilé à un autre fut réduite à trente-trois ans, et en 1468 sous Paul II , à vingt-cinq. On peut comparer les jubilés aux pèlerinages des Juifs à Jérusalem. Rome étant alors dans sa plus haute splendeur, on s'estimait heureux d'entreprendre ce voyage et de voir de ses propres yeux le centre de l'unité qui reliait toutes les nations de la terre. Cependant, le principal but qu'on s'y proposait c'était de faire pénitence, et ce but n'existait ni chez les païens, ni chez les Juifs. Vers la fin du onzième siècle, depuis les croisades, la coutume s'établit d'appliquer aussi, par manière de suffrage, les indulgences aux âmes du purgatoire. Les théologiens recherchèrent comment cette appHcation était possible, et voici la réponse que donnèrent les scolastiques : la peine ecclésiastique est à la fois médicinale et vindicative ; en tant qu'elle est médicinale, nul ne peut gagner une indulgence pour autrui ; il le peut au contraire quand cette peine est un châtiment proprement dit. L'Eghse est la dispensatrice du
» Peut-être cette indulgence jubilairo date-t-elle de l'an 1000, où la fin du monde était généralement attendue. — Jacob. Gajetani, De centesimo s. jubilœi anno L. — Raynald, ad aun. 1300, n. 1. — 1 WO, n. 55. Villani, VIII, 36. — Extravag. communes, lib. V, t. v, c. 2. — Ch. Chais, Lettres historiques et dogmatiques sur les jubilés et les i)idulgences. Eaye, 1161 j 3 vol. — Istoria degli Ami santi, scritta da F. T. M. Alfani. Napoli, 1725. — Tractatus historico-theolog. de Jubilœo, auct. Fr. Tiieodor. a Spiritu gancto. Rom., 1750. (Aug. Vindel., 1751.)