UistomK m: i.'kiîlis
En général, les Écossais qui, à celte époque, élaienl eu si inland nu'ubre en France, en Allemagne et en Italie, élaienl pour la plupart des Irlandais et n'étaient point originaires d<' la Bretagne septentrionale ou de TKcosse acluelle; car une •fraude partie de cette contrée appartenait alors au royaume (le NortliuniLerland, cor.séqueuiment à rilcplarchie anglosaxonne, et les Ecossais proprement dits qui habitaient l'ArgjIc et les pays voisins formaient une nation beaucoup trop petite et étaient trop peu civilisés pour qu'ils pussent envoyer à l'étranger des missionnaires ou des moines instruits.
Plusieurs Irlandais se distinguèrent à cette époque par leur savoir et par les ouvrages qu'ils publièrent. Il faut citer en premier lieu Virgile ( Feargil ) qui fui évéque de Salzbourg à dater de l'an 75G et qui avait eu antérieurement des contestalions avec saint Boniface. Son opinion relative à l'existence des antipodes fut condamnée par le pape Zacharie qui croyait y voir la doctrine d'un second monde habité par une autre race d'hommes. L'abbé Sédule de Kildare, qui florissait vers l'an 818, est très-probablement lauleur d'un commentaire sur les Épîtres de saint Paul, qui porte encore sou nom. Dungal qui enseigna à Pavie et qui fut l'adversaire de Claude de Turin , fut son contemporain. Plus tard, Jean Scot, surnommé Erigène, philosophe profond <[ui traduisit les écrits attribués à Denis l'aréopagite, vécut à la cour de Charles le Chauve, et à la même époque se trouva en France l'irlandais 3Iacaire qui en soutenant que tous les hommes u'ont qu'une seule et même àme, fournit à Hatramne l'occasion de publier une réfutation de cette erreur. Marianus Scotus qui , en 105G, passa du monastère de Klonard dans le monastère irlandais établi à Cologne, qui ensuite demeura quelques temps à Fulde, et qui, après avoir été ordonné prêtre à Wurzbourg et après avoir fondé euQn , en 1073, le monastère irlandais de Saint-Pierre à Ralisbonne, MOUS a laissé une chronique précieuse sous le rapport des renseignements qu'on y trouve sur les Irlandais et sur leurs établissements dans le continen!.
TROISIÈME ÉPOQUE. — CUAP. V. 125
La situation du Christianiî'me et de l'Eglise dans l'Ecosse iîctuclle, pour autant qu'elle oe faisait pas partie du royaume de Northumberland apperîenant à l'Heptarchie Anglo-saxonne, est, faute de renseignements, couverte d'épaisses ténèbres. Le monastère de Saint-Columban dans l'île d'Hy, qui ne renfermait pour ainsi dire que des moines irlandais, fut pendanl longtemps encore la principale pépinière de missionnaires el de prêtres pour le nord de la Grande-Bretagne. Avant la réunion des Pietés et des Scots en une seule monarchie en l'an 843, il n'y existait aucun évêché qui eût quelque stabilité; puisque ni celui d'Abercorn, fondé en 081, ni celui de Whithern [Candida-Casa] , rétabli en 723, ne furent en état de se maintenir. Quelques petits couvents ou cellules, fondés par les religieux de Saint-Columban, y étaient les seuls points d'appui du Christianisme, et ils étaient d'autant plus nécessaires que le monastère de l'île d'Hy avait été détruit, au neuvième et am dixième siècle, par des pirates normands. Le vainqueur des Pietés, le roi Kenneth, fonda en 849 à Dunkeld une églisr dédiée à Saint-Columbm et y attacha un couvent dans lequel l'évêque avait sa demeure. L'évêque de Dunkeld paraît avoir exercé les droits de primauté sur les églises d'Ecosse, jusqu'à ce qu'ils furent transférés à l'église de Saint-Andrews qui , sur la lin du neuvième siècle, fut érigée en un siège episcopal. Dans une assemblée qui se tint à Scone en l'an 909, le roi Constantin et Keîlach , évêque de Saint-Andrews , jurèrent de maintenir la Foi et la discipline dans l'église d'Ecosse '. A Brechin, à Dumblane, à Abernethy, à Murtlach et à Aberdon , il y eut , dans ce siècle comme dans le précédent , des colonies religieuses au milieu desquelles résidait un évêque pour y exercer les fonctions épiscopales ; mais il n'y eut point encore à cette époque de diocèses réguliers el permanents '. L'église écossaise ressemblait plutôt à celle d'Irlande , en ce sens que
' Y. le Chronicon , dans Pinkerton Enquiry, 1 , 493. 2 Chalmer's Calpdonin. Lond, 1807. /;. T. ''(31.
121) mSTOlUE DE LKGLISE,
les évoques y denicuraiiMil plus souvent dans des monastères ou dans des instituts que dans des villes ou dans des bourgs, el que chez quelques-uns d'entre euv il n'j avait pas de succession non interrompue. Souvent l'ahbé ou le prieur de l'institut des Guidées était en même temps évéque. Il paraît qu'il n^ avait que très-peu de prêtres séculiers en Ecosse, car on n'en fait aucune mention, et le clergé y consistait particulièrement en moines et en Culdées. Ceux-ci [Keledei, en irlandais Ceilc-Daf, c'est-à-dire serviteurs de Dieu, ou d'après une autre version, hommes vivant en communauté) qui, dans ces derniers temps, sont devenus l'objet de plusieurs interprétations ingénieuses, mais fausses, ainsi que d'une foule de conjectures hasardées ', n'étaient autre chose que des chanoines, et l'on n'en fait mention dans l'histoire d'Ecosse qu'après la premier»' moitié du neuvième siècle. Les Culdées qui habitaient une ville episcopate, avaient le droit de choisir l'évéque dans leur propre sein , et à dater du commencement du douzième siècle, lorsque Saint-Andrews fut érigé en métropole de l'Ecosse, les Culdées de cette ville jouissaient d'une sorte de prééminence sur toutes les autres églises de ce pays, et ils prétendaient qu'on ne pouvait nommer aucun évéque sans leur consentement ". En général , il y eut en Ecosse , sur la lin d<' cette époque, treize instituts de Culdées, soit dans les résidences épiscopales , soit dans d'autres localités. Ceux-ci aussi bien que les autres portent souvent le nom de Canonici dans les chartes, et cette expression est tantôt jointe à celle de Keledei, tantôt l'une se trouve sans l'autre '. Leur règle, probablement l'ancienne règle telle qu'elle existait avant le temps de Cbrodegand, les obligeait à vivre en communauté sous un prieur ou abbé. P(!U à peu les congrégations des Culdées tom-
' Voyez entre autres .IvMiESON's.Hislorical account or the ancient Culdées. Cet ouvrage est rempli d'erreurs.
2 Voyez le fragment d'une Chronique de Durham, dans Usseru Brit. eocl. antiquit. p. 1032.
' Jamikson Append. N" 12 — 17.
bèrent en ruine ; les religieux se séparèrent , menèrent une vie isolée, se marièrent ou vécurent en concubinage. C'est pour celte raison qu'à dater du douzième siècle , les évoques cherchèrent à introduire une réforme parmi eux. Toutefois, les rois et les prélats flrent fréquemment venir d'ailleurs, et surtout de l'Angleterre, des chanoines réguliers qu'ils mirent en possession des couvents et des églises appartenant aux Guidées. Le roi David 1 plaça treize moines anglais de Cantorbéry dans le monastère des Guidées à Dumfermlin. Une contestation qui s'était élevée entre les Guidées de Monymusc et l'évéque de Saint-Andrews fut terminée en 1212 par le pape Innocent III en faveur des premiers, et à Saint-Andrews, il y eut, pendant longtemps, l'une à côté de l'autre, une congrégation de Guidées dont les membres héritaient leurs fonctions de leurs parents et une congrégation de chanoines réguliers. Ges derniers prétendant avoir le droit d'élire les évêques, les Guidées en appelèrent en 1297 au pape Boniface YIII, mais ils perdirent leur cause. Ge n'est qu'à dater de l'an 921 qu'il y eut des Guidées en Irlande, et cela à Armagh ; toutefois, ils n'y furent jamais en grand nombre, parce que, d'après un ancien usage, le clergé des églises cathédrales consistait presque toujours en une congrégation de moines. En Angleterre, il y eut vers l'an 936 et encore longtemps après une congrégation de Guidées attachée à la cathédrale d'York.
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Diipiàs le pontificat de Grégoire V H jusqu'au commencement de la prétendue reforme (1073—1317}.
Sources yénérales : Lambert d'Aschaffenbourg. Les continuations <le la Chronique d'Hi-rmann par Bkrthold et Bernoi.d [depuis 1079 jusqu'en 1100;, in Ussermanni Monum. Alemann. t. II. Marunds ScoTUS, continue par Dodechin [jusqu'en 1200), in Pistor. t. I. Le Chronicon Ursperge>se [la première partie jusqu'en 1126, et la seconde jusqu' en 1229). Argentorat. 1609. fol. Sigeberti Gemblaccns. ChxowKxiW [jusqu'en 1112, et avec les continuations jusqu en 1200), in Pistor. 1. 1. An.nalista Saxo [jusqu'en 11.'Î9), in Eccardi Corp. hist, t. I. OuERici ViTAUs historia eccl. [jusqu'en 11V2), in Du Chcsne Scriptt. Normann. OïTOisEp. Frisingens.Chronicon {jusqu en ii^'î), in Urstisio. La continuation d'OïTo de S. Blas^o (11'i-6 — 1200), in Ussermanni t. II. Ottoms Frising. de gestis Frederici I imp. hist, libri VIII [jusqu'en 1156), avec la continuation de Radevicus [jusqu'en 1160), in Muratori t. VI. Alberti Stadexsis Chronicon [jusqu'en 1256), m Schiltcri Scriptt. rcrum. Cerm. Chromca regia S. Pantaleo.ms [jusqu'en 1162), in Eccardi torn. I; la continuation de Godkfkidi Monum. Panlal. [jusqu'en 12.37), in Frehcri Scriptt. t. I. Alberici Chronicon [jusqti'cn 1241), in Leibnitii access, hist. I. II. Matthjîi Paris historia m^ior [jusqu'en 1259 et continuée jusqu'en 1276), in Schilteri Scriptt. La continuation jusqu'en ISVS, in Eccardi corp. hist. t. I. ViNCENTii Bellovace.nsis Speculum historiale. Duaci. 1624. fol. Ptolem.«i de Fiadombl's historia eccl. [jusqu'en 1316), in Muratori lom. XL CiiJiL. DENA^GIs Chronicon [depuis i\i3 jusqu en 1300, et avec les continuations jusqu'en 1368), in d'Achery Spicilcg. t. III. Alb. MussATi historia Augusta Henrici VII ; de gestis Italicorura post Henricum VII ; Ludovicus Bavarus ad filium (1308 — 1329), in Muratori torn. X. Giov. Vii.LAM Historié Fiorcntinc, avec les continua-
QUATRIEME liL^OQl'li. — CHAP. 1. j ^J9
lions de Matteo et de Filippo Vii.tanï {jusqu'en 1364) , in Miiratoi i {oin. XIV. Les Biographies dos papes par Pandulfus Pisanus, Bern. <JijiDo, NicoL. RossELics {jusqu'cn 1356), ensuite par Amalricis Ai:- GEi$ii [jusqu'en 1321), in Muratori torn. Ill, P. I. II, Joh. Vitoduram Chronicon (1198 - 13V8), in Eccard. Alberti Argentixensis Cliroiiicon (1273 - 1378), in Urstisio. (Jobeum Persons Cosmodromium (jusqu'en 1418), in Meibomiit. I. S. Antonim archiep. Florent. Summa historialis (jusqu'en li59), in 0])p. Florent. 1741. torn. I. fol. Pii U tonimenlarii rcriim mcinurabiiiuni, a J!)h. Gobemxo compositi (1405 - 14G3). Francof. 1614. fol. La conlinuation de Jacques PitcotoMi.M (jusqu'en 14G9), ibid. Joh. Trithemii Annales Hirsaugienses (/*.*qu'en 1514). Monas!. S. Galli 1090. 2 vol. fol.
CIIAFITIIE PREMIER.
EXïENSiOX DE i/ÉGLISE.
Conversion des habitants de la Poméranie. Triomphe de la Foi parmi les Slaves de l' Allemagne et de l'île de Rugen. Établissement du Christianisme dans la Finlande et dans la Livonie.
I. Vita Ottonis ep., in Canisii Lectl. antiq. t. lî. P. îl. Andre^e Abb. Babebergens. Vita Oltonis Babeberg., in Ludewig SS. rer. Bamberg. 1. 1. — Helmoldi Chronica Slavorura, éd. Bangert. Lubec. 1659. 4. Vita metrica Vicelini Ep. Aldenburg., in Leibnitii Scriptt. rer. Brunsvic. t. I. — Henrici Letti (vers l'an 1226) Origines Livoniasacra; et civilis, éd. Gruber. Francof. et Lips. 1740. fol.
II. Ka>ngiesser Bekohrungsgeschichtc der Pommern zum Christenihume. Greifswald 1824.
A cette époque, la Foi se répandit au milieu des peuples Slaves, Finnois et Leftons (|ui habitaient le nord de l'Eulope et qui étaient encore plongés dans les ténèbres du Paganisme. Ceux qui se convertirent les premiers, furent les Po-
méraniem, peuple Slave, qui demeurait dans la roniérank propreineiit dite s'éleiidaiil jusqu'à la Yislule et la Warla et dans la Lusace en-deeà de l'Oder. Les Poniéranieus révéraient aussi les divinités Slaves, les mêmes qu'on adorail dans l'île de Rugen, parlieulièrement le dieu de la gucrr<- Géravil et Triglaw à trois têtes. Quant à la Poméranie ultérieure qui, à dater de l'an 997, l'ut tributaire de la Pologne, Boleslaw, duc de Pologne, y fonda, en l'an 1000, l'évêchc de Kolberg et y établit eomme évêque Reinbcrn, allemand de nation. Mais celui-ci, en se rendant en Russie, fut assassiné en 1015; l'évêché de Kolberg tomba en ruine et la Poméranie ultérieure fut incorporée au diocèse de Gnesnc. Cependant les Poméraniens se soulevèrent de nouveau contre la domination des Polonais. Vaincus, ils se laissèrent à la vérité baptiser, mais aussitôt qu'ils reprirent les armes, ils abjurèrent le Christianisme qu'ils regardaient comme un joug, qui, au moyen de la dîme, augmentait leurs vices et que leurs ennemis leur imposaient comme une espèce de punition. Les défaites que les Poméraniens essuyèrent en 1107 et en 1120, eurent pour résultat l'entière soumission de la Poméranie ultérieure qui avait déjà été antérieurement dans la dépendance; d'un autre côté, les habitants de la Poméranie citérieure furent obligés de payer un tribut à la Pologne et de promettre sous la foi du serment d'embrasser le Christianisme.
Un certain prêtre espagnol appelé Bernard que le pape avait sacré évêque de Poméranie, entreprit en 1122 d'y prêcher la Foi, mais ne se montrant qu'avec l'appareil de la pauvreté, on l'insulta, parce qu'on prétendait que le maître du monde ne pouvait jamais choisir pour son représentant un mendiant tel que lui, et il fut obligé de quitter la Poméranie. Il se retira dans un monastère de Bamberg ; mais Ollon , évêque de Bamberg , encouragé par le duc de Pologne, entreprit de convertir les Poméraniens, et après avoir été nommé légat par le jwpe Calixte, et à l'exhortation de Bernard, il se présenta, en 1124, dans la Poméranie citérieure, avec une nombreuse suite et
QUATRIÈME ÉPOQUE. — CHAP. I, 13î
avec une grande quantité de chariots chargés de présents et d'ornements sacrés. Le duc de Poméranie qui avait déjà embrassé le Christianisme le reçut avec bienveillance. La conduite sage et modérée de l'évêque, son extérieur de prince et son désintéressement firent une impression favorable sur ces païens qui, par leurs dernières défaites, avaient appris à révoquer en doute la puissance de leurs dieux. Sept mille Poméraniens, après avoir été instruits pendant sept jours, se laissèrent baptiser à Pyritz. A Gamin , Otton trouva toute la population préparée par les soins de la duchesse et disposée à recevoir le baptême; un grand nombre de ceux qui avaient été baptisés auparavant et qui depuis lors avaient apostasie, se reconcilièrent avec l'Église. Otton rencontra la plus forte opposition à Julin et à Stettin, qui étaient alors des villes opulentes par le commerce. Enfin les habitants de Stettin déclarèrent être prêts à renoncer à l'idolâtrie , après qu'à la prière d'Otton , le duc de Pologne leur eut promis une paix perpétuelle et une diminution des impôts. Voyant qu'à la destruction des temples et des idoles, l'évêque et sa suite restèrent sains et saufs , ils assistèrent eux-mêmes à les détruire. Ceux de Julin suivirent avec empressement l'exemple des habitants de Stettin, et dans l'espace de deux mois , plus de 22,000 personnes reçurent le baptême dans cette dernière ville. Afin d'abolir la polygamie parmi les Poméraniens, le duc renvoya lui-même ses vingt-quatre concubines. On y défendit aussi, outre l'usage de massacrer ou d'exposer les enfants , celui de brûler les corps morts, ainsi que d'autres superstitions. Lorsqu'en 1125, Otton retourna à Bamberg, il y avait déjà douze églises, et un de ses vicaires nommé Adalbert y fut intronisé comme premier évoque. Dans un second voyage qu'Otton entreprit en 1128 en Poméranie, il engagea aussi à se laisser baptiser les Lutiziens, qui jusqu'alors avaient regardé les missionnaires qui s'étaient rendus chez eux , comme des imposteurs indigents et misérables qui ne cherchaient qu'à amasser de l'argent. A Stettin et à Julin, plusieurs personnes avaient apostasie;
132 iiiSTOiai: dk l'kglisj..
d'autres croyant qu'outre Jésus-Christ , on pouvait encore révérer les anciennes divinités, avaient élevé à coté de l'autel des chrétiens un autel dédié an\ faux dieux. Olton le fit renverser, consacra de nouveau léi^lisc où il avait été placé, et, malgré la résistance des prêtres païens, il réussit à faire prendre la résolulior deiTaccr jusqii'auv moindres traces de lidolâlrie. Ollon quitta la Poniéranie dès l'an 1128; toutefois, jusqu'à sa mort arrivée en 1139, il eut avec ce pavs de fréquentes relations qui y exercèrent une heureuse influence. Kn l'an 11 40, le pape Innocent 11 soumit l'évéché de Julin qui, nlans la suite, c'est-à-dire en 1170, fut transféré à Gamin , à l'autorité immédiate du Siège apostolique. La Poméranie dont le clergé se complétait conf ituiellcmeiit de prêtres qui y arrivaient de l'Allemagne et dont la pojsulation s'accroissait de colons allemands qui s'y rcndaieni particulièrement de la Saxe, devint insensiblement une province allemande.
Depuis la troisième grajidc apostasie des Obotrites et des Luliziens en l'an 10G6, !e Paganisme fut de nouveau domiijant dans le pays qui se trouve au-delà de l'Elbe inférieure, fïenri, fds de Godescalc, avait, à la vérité, fait rentrer dans le devoir les tribus Wendes, mais il n'avait fait que peu de vhose en faveur du Christianisme, puisqu'il n'avait fondé qu'une seule église à Lubeck , laquelle fut détruite immédiatement après sa mort. Canut Laward, roi des Wendes, encouragea les efforts de l'infatigable missionnaire Yicelin d'Hameln qui avait déjà prêché la Foi aux Dithmarses et qui, après avoir iiétruit les idoles et les bocages sacrés, avait fondé aussi, sur les frontières du pays des Slaves, l'évôché de Neuraunster, destiné à servir de point central aux chrétiens de cette contrée. Tvlais Canut ayant été assassiné en 1131 , les deux princes slaves Prémislaw et Niclol s'opposèrent formellement à la proj;agation de la Foi, et ujj grand nombre de chrétiens furent < ruellement nus à mort. 11 est vrai que Vicelin fut protégé paji empereur Loll.aire, mais celui-ci étant venu à mourir, la viUe de Lubeck et la nouvelle église (ju'on avait fondée à Sigeberg,
QUATRIÈME ÉPOQUK. — CilAP. I. 133
furent détraites de fond en comble. Sur ces entrefailos, la Wagric avait clé dépeuplée, et l'on avait fait venir de l'Allemagne et de la Flandre des colons qui y avaient insensiblement propagé la Foi , et bien que la grande croisade que des princes Saxons avaient entreprise, en 1148, dans le but de subjuguer les Wendes qui demeuraient au-delà de l'Elbe , eût eu peu de succès, cependant Hartwich, archevêque de Brème, entreprit en 1150 de rétablir dans le pays des Slaves les évêchés d'Aldenbourg et de Mecklenbourg. Vicelin qui, dans rentre-temps, avait fait de nombreuses conversions dans le Holstein et qui, pendant l'espace de trente ans , et malgré les plus grandes adversités et les plus grands obstacles, avait généralement déployé tout son zèle dans cette entreprise, fut nommé évoque d'Aldenbourg et Emmehard fut élevé sur le siège de Mecklenbourg. Le duc Henri le Lion, qui n'avait fait aucune dotation à l'évèché, força néanmoins le nouvel évèque Vicelin de recevoir de lui l'investiture , tandis qu'en Allemagne le roi seul avait été jusqu'alors en droit de l'accorder. Ce saint homme, après avoir mené une vie mesquine au milieu d'un peuple qui était encore en grande partie plongé dans les ténèbres du paganisme, mourut en 1154. Dans le principe, son successeur Gérold n'eut que de faibles succès dans sa mission : les exactions sans fin des princes allemands exaspérèrent le peuple et lui ôtèrent tout moyen de bâtir et de doter des églises. Cependant le duc Henri , à qui le roi Frédéric I avait accordé le droit d'investir les évêques du pays situé au-delà de l'Elbe, s'intéressa en faveur du Christianisme, puisqu'on 1154 , il fonda au milieu des Polabes l'évèché de Ratzebourg qu'il confia au prevot Evermod. Peu de temps après, l'évèché d'Oldenbourg fut transféré à Lubeck , et celui de Mecklenbourg à Schwerin , après que la première de ces villes eut été détruite. Dès lors la Foi y triompha d'autant plus facilement que des colons allemands s'y fixèrent en si grand nombre que , vers l'an 1240, il n'y eut plus dans le diocèse de Ratzebourg, que peu d'endroits qui fussent exclusivement habités par des
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Slaves. — Les Wilziens el les Slaves du Havel [Hevclli) qui jusqu'alors étaient restés attaehés au Paganisme, furent subjugués en l'an 1157 par Albert, premier marquis de Brandebourg. Us furent contraints d'embrasser le Christianisme, et l'on rétablit les é>ê(hés d'lla\elberg et de Brandebourg, qui avaient été dévastés pendant l'espace de 150 ans. Onze ans après, le Paganisme fut anéanti dans son dernier réduit et dans son point central, l'île de Rugen. En 1168, W'aldemar, roi de Danemarck, se présenta avec une flotte et une armée devant la forteresse d'Arcone où se trouvait le principal sanctuaire des Slaves, le temple du dieu Swantewil, et secondé dans son entreprise par le sage Absalon , évéque de Boschild , il força les Rugiens à se soumettre. On brisa aussitôt la statue de Swantewit, on brûla son tenqile et on le remplaça par une église. Ces païens aussi reçurent le baptême avec d'autant plus d'empressement qu'ils avaient vu que leurs dieux étaient dans l'impuissance de se venger de l'insulte qu'on leur avait faite en brisant leurs statues. L'île de Rugen fut incorporée au diocèse de Roscbild ; l'église reçut pour dotation les biens du temple , en sorte que, Absalon s'étant chargé de pajer lui-même les prêtres de cette île, les Rugiens furent exempts, dans le principe, de toute taxe ecclésiastique, et ils n'en furent que plus sincèrement attachés au Christianisme.
Les Finnois qui, vers le milieu du douzième siècle, témoignaient encore, en partie par des sacriQces humains, leur vénération à Kawe' leur être supreme, né du sein de la nature, à ses deux fils et aux génies des éléments, furent subjugués par saint Éric en 1156. Ln grand nombre de Finnois furent dès lors obligés de recevoir le baptême; et Henri, évêque d l'psal, qui était Anglais de nation, fut leur premier évêque, mais ils le massacrèrent un peu plus tard. Les missionnaires éprouvèrent de grandes difficultés à propager la Foi au milieu
' D'autres écrivains donneiU à cette divinité le. nom de Rawa. Voyez Malte- Brin Précis de la Géographie universelle, tome III, p. 556. Bruxelles. 1829. N, d. T.
OUATRIÈME ÉPOQUE. — CHAP. I. 135
de ce peuple, parce qu'ils ignoraient la langue finnoise qui d'ailleurs était beaucoup trop pauvre pour être propre à exprimer les idées du Christianisme. Vers l'an 1240, une grande partie de la Finlande était encore plongée dans les ténèbres du Paganisme ou bien elle avait apostasie. Les Tavastiens de la Finlande firent alors éprouver une violente persécution aux chrétiens qui habitaient parmi eux. L'iarl suédois Birger entreprit une croisade contre eux en 1249 et, après leur avoir imposé le Christianisme, il peupla leur pays de colons chrétiens. Les Caréliens qui demeuraient derrière les Tavastiens, ayant également exercé dans la suite une cruauté inouïe contre des prisonniers chrétiens, Thorkel Canutson, régent du royaume de Suède, se croisa contre eux, et les força à se convertir de nouveau à la Foi que les Russes leur avaient fait connaître autrefois.
Les contrées limitrophes de la Baltique et s'étendant jusqu'au golfe de Fiidande, nommément la Prusse, la Courlande, la Livonie, l'Esthonie et la Lithuanie, qui étaient habitées par des tribus Lettones (Slaves^ ou qui , comme la Prusse, renfermaient une population Slave mêlée de Lettons el d'Allemands, restèrent attachées à l'idolâtrie jusqu'au treizième siècle. Les Lettons adoraient l'être suprême sous la forme d'un oiseau ; ils avaient des arbres et des lieux consacrés par la religion ; ils offraient à la divinité des sacrifices humains et, de même que les Finnois, ils étaient renommés au loin par la magie et la divination qui étaient en grand crédit chez eux. Meinhard, moine Augustin et homme d'un âge avancé, se rendit en 1186 dans ce pays avec des marchands de Brème qui avaient des relations de commerce avec la Livonie. Après avoir baptisé un grand nombre de Livoniens , il fonda à Ykeskola (Yrkul) sur les bords de la Dwina la première église qui était protégée par une forteresse que les marchands allemands avaient élevée dans les environs. A la tête d'une poignée de nouveaux chrétiens, il repoussa l'attaque d'une troupe de païens, et, à la demande du pape,
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Hartwig, Jirchcvrquc de Brème, le sacra, dans celte ville en 1191, évèque <ie la nouvelle église de Livonie. Mais à son retour, la plu|)arl des Livoniens avaient déjà apostasie, et son louipagnon Thierry, moine de Citeau\, ne fut point immolé aux idoles par la seule raison que le cheval fatidique avait élevé le pied de la vie. Jusqu'à sa mort arrivée en 119G, iMeinhard put à peine faire autre chose que de conserver le petit nombre de ceux qui étaient sincèrenjent attachés au christianisme. Son successeur Berthold, saxon de nation et abhé de Cîteaux, n'é(hapj)a à la mort que par la fuite. En Tan 1198, il retourna dans la làvonie avec une troupe de croisés qui s'étaient réunis à la voix du pape , mais il fut tué dans un combat. Les Livoniens se soumirent à la vérité aux «roisés, mais immédiatement après leur départ, ils effacèrent le baptême qu'ils avaient reçu dans les eaux de la Dwina, maltraitèrent les chrétiens qui habitaient leur pays, en prenant la résolution de mettre tous les chrétiens à mort, ils forcèrent les prêtres à se réfugier en Allemagne. Sur ces entrefaites, y arriva le nouvel évéque Albert d'Apeldern, qui était également suivi d'une troupe de croisés. 11 fonda sur les bords de la Dwina la ville de Riga avec quelques monastères. Afin de mettre désormais les chrétiens et leurs églises à l'abri de toute insulte dans le pays conquis, il fonda aussi en 1201, avec La permission du pape et en prenant pour base la règle de l'ordre des Templiers, l'ordre des Chevaliers de la milice du Christ ou Porte-glaive. A l'entretien de cet ordre qui devait obéir à l'évéque, Albert consacra le tiers des conquêtes qu'il venait de faire et que le roi Philippe et ensuite l'empereur Otton IV lui cédèrent conformément à l'opinion généralement établie à cette époque que l'empereur pouvait disposer des contrées occupées par des païens. Des contestations s'étant élevées peu de temps après entre l'évéque et les chevaliers au sujet de leurs droits et de leurs possessions respectives, le pape les termina à l'avantage de ces derniers. Au milieu des guerres que les chevaliers lirent continuellement aux Russes
de Polotzk et aux païens qui demeuraient dans le voisinage de leur territoire, le Christianisme fit de grands progrès. Vainement les Livoniens qui étaient encore attachés à l'idolâtrie, s'étaient unis aux Esthoniens, aux Courlandais, aux Semgalles et aux Russes, dans le but de chasser les Allemands et d'anéantir le Christianisme ; la persévérance et l'enthousiasme du nouvel ordre triomphèrent de ces obstacles, et à la faveur des citadelles qu'on éleva dans le pa\s, des colons allemands commencèrent à s'y établir.
Propagation de la Foi en Prusse. Fondation de l'ordre Teutonique dans ce pays. Conversion des Lithuaniens. Tentatives qu'on pi pour établir le Christianisme parmi les Mongols.
i. Petri de Dusburg [vers l'an 132G) Chronicun Prussiœ, s. histolia ordinis Teuton, (depuis iidO jusqu'en 1326), éd. Hartknoch. Icnae 1679. 4. 1.UKAS David (^MJ mourut en 1583)Preussische Chronik her— ausg. von Hennig. Konigsbcrg, 1812-17. 8. Bde. 4. — Pour les Mongols : les relations de voyages de Jean de Plan Carpin et de Guillaume RuBRUQUis, in Bergeron voyages en Asie, La Haye, 1735. V. torn. I. Les lettres de Jean Montecorvino, in Wadding Annal. FF. Minor, ad a. 1205.
II. Hartknoch Diss. XIV de originibus relig. christ, in Prussia , dans le supplément de l'ouvrage de P. Dusburg. — Voigt's Gescbichte Preussens, Konigsberg, 1827. Bd. I. II. III. — Kojalowicz bisloria Lithuania; , P. I. Dantisci 16.59. P. II. Antwerp. 1669. 4. — MosHEiM bisloria Tartarorum ecclesiaslica. Helmstad. 1741. 4.
Dans la Prusse qui fut divisée alors en onze provinces indépendantes les unes des autres, l'idolâtrie se trouvait encore mieux affermie que dans d'autres contrées par la grande autorité et l'immense considération dont jouissaient les Griwes ou Kriwes en leur qualité de prêtres, de juges et de législateurs. On y adorait trois divinités, Perkunos, le dieu du tonnerre, Potrimpos, le dieu de la terre et des fruits, PikuUos, ledieude la destruction, avec une foule de divinités inférieures, avec
VVaidcwut, ancien chef de la nation, et avec son frère Bruteno, qui fut le premier Griwc. llomowe avec son chêne sacré et les statues des dieux, qui y étaient cachées était le sanctuaire national et la résidence des principaux Griwes. Les nombreux prêtres qui tous se nonnuaient Waidelottes, devaient vivre dans le célibat; cha(jue homme du peuple pouvait prendre trois femmes qui toutefois étaient regardées comme des esclaves. On tuait les lilies à l'exception d'une seule; on mettait ordinairement aussi à mort les fds qui avaient des défauts corporels et qui étaient maladifs au point qu'on désespérait de leur guérison , et l'on enterrait les domestiques et les servantes avec le corps de leur maître. On immolait aux dieux une foule de victimes humaines.
Les premiers missionnaires qui se rendirent en Prusse furent tous martyrisés. Saint Adalbert, évêque de Prague, fut percé d'un coup d'épée en 997 par un prêtre , parce qu'immédiatement après son arrivée, il avait, à son insu, marché sur un terrain consacré, et en l'an 1008, Bruno, allemand de nation , qui avait été sacré à Magdebourg évêque des idolâtres , fut décapité par les Prussiens avec ses dix-huit compagnons. Par suite des longues guerres que ce peuple soutint contre les Polonais, il conçut de jour en jour une plus grande aversion pour le Christianisme. La Pologne, partagée en quatre duchés et affaiblie par des guerres intestines, était incapable de résister efficacement aux Prussiens, et ses habitants ne pouvaient espérer d'avoir la paix et la sécurité que du moment que ces ennemis irréconciliables aussi l)ieii qu'indomptables auraient embrassé le Christianisme. Tout à coup Christian, Poméranien de nation et moine de l'ordre deCîteaux, qui avait été élevé dans le monastère d'Oliva , devint le premier apôtre des Prussiens. Secondé par ses confrères du monastère d'Oliva, il avait jusqu'en l'an 1213 déjà converti dans le pays de Loebau et sur les confins de la Poméranic, un grand nombre de personnes que le pape fut aussitôt obligé de mettre à l'abri de l'oppression des ducs de Poméranie et de Pologne. En l'an 1214,
il se rendit à Rome pour la seconde fois avec les deux princes. Le pape le nomma évêque de Prusse et confirma la donation des terres que ces deux princes avaient faite à son diocèse. Mais à son retour, les païens commencèrent à exterminer les chrétiens; ils brûlèrent ou détruisirent dans le pays de Culm et dans la Masovie trois cents églises et chapelles , forcèrent un grand nombre d'apostasier, et martyrisèrent les prêtres chrétiens. En 1219 , une armée de croisés dont le pape avait confié la conduite à levêque Christian , marcha au secours des chrétiens. Par l'entremise de cet évoque et au moyen d'une dotation que lui fit Conrad , duc de Pologne , on parvint à fonder l'évêché de Culm dont le siège fut établi dans la citadelle qui porte le même nom. La guerre sanglante que les païens renouvelèrent immédiatement après le départ des croisés pour le malheur du pays de Culm et de la Masovie, détermina l'évêque Christian à essayer de fonder, à l'exemple de la Livonie , uu ordre de chevaliers destiné à défendre la nouvelle église en Prusse. Un légat du pape qui s'y trouvait précisément et le duc de Masovie prêtèrent la main à ce projet, et de cette manière, en prenant aussi pour modèle l'ordre des Templiers, l'on fonda l'ordre Teutonique de Prusse ou de Dobrin. Mais la plupart des chevaliers tombèrent dans une bataille malheureuse. Dès lors les Prussiens détruisirent aussi le monastère d'Oliva, et après en avoir arraché les moines, ils leur firent endurer d'horribles supplices. Dans une situation aussi critique, Christian et le duc de Masovie s'adressèrent en 1226 au grand-maître de Vordre Teutonique. Le pape et l'empereur ratifièrent le traité par lequel les chevaliers Teutoniques s'engagèrent à combattre les Prussiens idolâtres. En récompense de cet engagement, ils obtinrent du duc de Masovie le territoire de Culm et toutes les conquêtes qu'ils pourraient faire sur l'ennemi commun, avec la prérogative d'un prince du Saint Empire romain , qui leur fut accordée par l'empereur. A la faveur d'une nouvelle croisade et s'étant réunis aux débris de l'ordre de Dobrin , les chevaliers pénétrèrent insensiblement dans l'intérieur du pays,
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assur.int leurs conquêtes au moyen des forls qu'ils y établirent et à la fav«>ur (lesquels s'élevèrent les villes de Culm , de Thorn, de ]\I;nien\verder et d'Elhin*;, toul(^s peuplées de «olons allemands. Kn l'an 1213 , le pape partagea le pays dont l'ordre Teutouique avait fait la conquête en trois diocèses, ceux de Culm , de Poniésanie et d'Ermeland ; chaque diocèse devait être partaijé à son tour en trois parties dont l'une apjwrtenait à l'évêque qui jouissait des droits de souveraineté, et les deux autres à l'ordre Teuloniquc. En 1255, Ottocar, roi de Bohême, s'étant rendu maître, au moyen d'une grande croisade, du Samiand situé à l'extrémité septentrionale, on ajouta rncore ce pays comme un quatrième diocèse.
Sur ces entrefaites, l'infatigable Albert, évêque de Riga, avait réussi , à l'aide des croisés qu'il avait emmenés avec lui de l'Allemagne , à dompter les Esthonieus ; mais les chevaliers de la milice du Christ, aflaiblis par suite d'une défaite qu'ils avaient essuyée en 1236 de la pari des Lithuaniens , semblaient devoir succomber sous les clTorts de leurs nombreux ennemis. En conséquence , l'évêque de lliga ««ngagea le pape à délier les chevaliers de leur serment et de la règle de leur ordre et à les incorporer dans l'ordre Teuloniquc. Hermann lialk, qui alors était à la fois maître provincial [Landmeister) de la Prusse et de la Livonie, se rendit encon' en l'an 1237 dans ce dernier pays, mais l'ordre des chevaliers (jui avait successivement agrandi sa puissance , devait aussi défendre une vaste étendue de territoire contre un plus grand nombre d'ennemis , contre Swantepolk, duc de Poniéranie, qui voyait à regret que les possessions de l'Ordre louchaient aux siennes, contre les Russes, les Lithuaniens et les habitants idolâtres du pays. Swanlepolk, de concert avec un certain nombre de Prussiens idolâtres, adressa au pape de graves plaintes contre l'Ordre, de ce que ce dernier surchargeait ces Prussiens de contributions. Enfin le légat Jac(fues de Troyes qui , dans la suite, monta sur le siège jwntifical sous le nom d'Urbain iV, réussit, en 12i9, à ré-rronciUer les deux partis et à leur faire conclure la paix. Par
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ce traité, les Prussiens s'obligèrent à abolir chez eux la polygamie, les sacrifices humains, le massacre des enfants et Ui vente des fdles, à enterrer leurs morts, à garder les commandements de l'Église, à payer la dîme à l'Ordre, à prendre part à ses expéditions militaires et à fonder des églises auxquelles l'Ordre se chargeait de procurer les prêtres nécessaires. En revanche , on leur accorda la liberté personnelle et , à leur demande, on leur octroya aussi la constitution polonaise. Les papes soignèrent la jeune église de Prusse avec la plus tendre sollicitude. Ils encouragèrent l'établissement de dilTérentes paroisses; ils engagèrent, à diiïérentcs reprises, les prêtres eÊ les moines à se rendre en Prusse, afin d'y travailler à la conversion: du peuple ; ils prirent les nouveaux convertis sous leur protection et défendirent aux maîtres de l'Ordre de violer leur liberté civile ; ils exigèrent d'eux qu'aucun nouveau chrétien ne flit réduit à une condition pire que celle dans laquelle if s'était trouvé lorsqu'il était encore idolâtre. Cette mediation énergique , jointe à de fortes menaces dont les papes usaient envers l'Ordre, et cette douceur et cette charité que, dans un<^ confraternité spirituelle, on ressentait touj(mrs envers ses coreligionnaires, même après la lutte la plus sanglante, préparèrent aux Prussiens, depuis qu'ils étaient soumis à l'Ordre des chevaliers, un sort plus favorable que n'avait été celui qu'ils avaient eu sous la domination des Saxons. Les chevaliers soignaient eux-mêmes dans leurs hôpitaux les Prussiens pauvres et malades ; ils faisaient élever et instruire des enfant;^ et des jeunes gens Prussiens en Allemagne, et particulièrement à Magdebourg ; à dater de l'an 1251 , on établit aussi des écoles en Prusse. D'après les ordres du grand-maître, nul ne devait être forcé à recevoir le baptême; les Dominicains furent ceu\ qui opérèrent en Prusse le plus grand nombre de conversions. Ils avaient reçu du pape une mission particulière à cet effet. Les nombreuses colonies allemandes qui s'établirent dans ce pays , les privilèges qu'on leur octroya , et la protection que rOrdredes chevaliers accorda aux villes naissantes et à leurs
152 HiSTOiRK j)i: l'kglise.
hnhil.ints, font cola fit quo los AlKniiaiulsourent insensiblement '«' dessus sur les Prussiens et (jue le C4liristianisme avec ses nuL'urs et sa civilisation triompha coniplélement de l'imnioralilé et de la barbarie du Paganisme.
T/idolâtrie, encouragée par une défaite que l'Ordre des che- Aaliers éprouva en 1"2()0 de la part des Lithuaniens, releva encore une fois la tête. A cette époque, les Lithuaniens brûlèrent en l'honneur de leurs dieuv huit chevaliers qu'ils avaient faits prisonniers. Les Prussiens, de leur côté, détruisirent tous les établissements du Christianisme partout oii ils avaient établi leur domination, en infligeant au\ prêtres les plus horribles supplices. Ils ne furent entièrement soumis qu'en l'an 1283 , après avoir soutenu , pendant vingt-deux, ans , une lutte des plus opiniâtres, dans laquelle l'Ordre des chevaliers eût infailliblement succombé sans l'assistance des croisés que les papes envoyaient sans cesse à leur secours. Dès lors , le traité de 12 49 , si favorable aux Prussiens , se trouvait déchiré, et le sort des vaincus dépendait absolument de l'Ordre des chevaliers. Cependant, quoiqu'un grand nombre d'entre eux fussent dépouillés de leurs titres de noblesse, de leur liberté personnelle ou de l'indépendance de leurs possessions , et qu'ils fussent réduits à la condition de vassaux et d'arrière- vassaux, ils se trouvaient dans une condition généralement plus supportable que celle des tribus Slaves qui habitaient les contrées limitrophes. — Les papes avaient assujetti , sous de certains rapports, les évêques de Prusse à l'Ordre des chevaliers ; il ne Leur était pas permis de soumettre les chevaliers , leurs gens et leurs églises aux censures ecclésiastiques. A l'exception de l'évêché d'Ermeland, les évêchés et les chapitres des cathédrales étaient généralement aussi confiés à des membres de l'Ordre, ou bien les chanoines se faisaient admettre au nombre des chevaliers, et ne choisissaient les évêques que dans le sein de l'Ordre qui , en outre, avait le droit d'inspecter les chapitres et qui , de cette façon, exerçait la plus grande influence sur toute l'administration de l'Église.
Les évêchés des Lettons dans l'Esthonie, la Livonie et la Couriande, avaient été fondés en partie avant ceux de la Prusse. Avec le consentement du pape, Albert, évêque de Riga, avait déjà sacré en 1210 l'abbé Didier, évêque de l'Esthonie, et en 1217 il ordonna l'abbé Bernard évêque de la Sémigalle. Waldeniar II, roi de Danemark, ayant fait la conquête de l'Esthonie , on établit le siège d'un évêché Danois-Esthonien à Reval , à côté de l'évêché allemaud-esthonien de Leal (qui , à dater de 1224, fut transféré à Dorpai) , et le pape les confirma l'un et l'autre en l'an 1219. On y ajouta en 1227 l'évêché de l'île d'Oesel , après qu'on se fut rendu maître de ce repaire de pirates. Le légat Guillaume qui , malgré les guerres sanglantes qui venaient d'être terminées, avait trouvé, en 1225, le nouvel état qui s'étendait entre la Dwina et la Narwa , peuplé et florissant au-delà de toute espérance, convoqua à Riga le premier concile de l'église de Livonie et d'Esthonie. Les Courlandais se soumirent volontairement en 1230, et après avoir embrassé le Christianisme , ils envoyèrent une ambassade à Rome , afin de prêter au pape le serment de foi et d'hommage. Le légal Guillaume partagea le pays, sous le rapport ecclésiastique, de manière qu'un tiers en fut réuni à l'évêché de Riga, un autre à celui de la Sémigalle et que du troisième on fit le nouvel évêché de Couriande. Cependant les Sémigalles ayant généralement apostasie en 1246 , l'évêché de la Sémigalle tomba en dissolution. En revanche, l'église de Riga fut érigée en 1255 en métropole de la Prusse et de la Livonie ; mais l'entière indépendance de l'archevêque à l'égard de l'Ordre des chevaliers et l'opposition qui existait entre les intérêts de la ville de Riga et ceux de l'Ordre , donnèrent lieu , à dater de la fin du treizième siècle, à de longues contestations qui se renouvelèrent plusieurs fois et dans lesquelles les deux partis eurent recours aux armes, et l'archevêque ne dédaigna pas même de contracter alliance avec des païens.
Les Lithuaniens qui sont de la même origine que les Prussiens, et qui adoraient particulièrement, outre Perkun, dieu
iii HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
du tonnorro cl do la foudre, dilToreiUos sortes d'animaux, furent convertis beaucoup plus tard et ne furent rede>ables de leur conversion à aucune puissance étrangère. Il est vrai que, dès l'an 1252, Mindovve, Kls du grand-duc de Litliuanic, embrassa le Christianisme et qu'il obtint du pape le titre de roi; il est vrai qu'un dominicain nonuné Vitus fut déjà alors sacré premier évéque de Lilhuanic ; mais Mindow e jugea bientôt à propos de retourner au Paganisme; dès lors il extermina les chrétiens et détruisit les lieux consacrés au culte dans toutes l'étendue de ses états. La I^ithuanic resta plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie jusqu'à ce qu'en 1386, le grand-duc Jagcllon , qui jusqu'alors avait toujours été l'ennemi de la Pologne , proposa aux grands de ce pays de réunir les deux contrées au moyen de son union avec la jeune reine Hedwig»; et d'introduire, de celte mar.ière, le Christianisme en Lithuanie. Les Polonais y consentirent; Jagel se laissa baptiser à Cracovie avec un grand nombre de princes Lithuaniens et recul le nom de Wladislaw. Ensuite, accompagné de plusieurs laïques et de plusieurs ecclésiastiques polonais, il se rendit avec la reine à Wilna. Dans une diète qui se tint dans celle ville , le Christianisme fut érigé en une loi de l'état. André Vasillon, polonais de nation, frère mineur et confesseur de la reine , fut le premier élevé sur le siège episcopal de Wilna qui fut directement soumis au pape. La conversion du peuple s'ensuivit très-promplement et elle eut lieu d'une manière loul à fait extérieure, parce que les prêtres polonais ne coimaissaienl pas la langue du pays. D'abord on éteignit les feux sacrés, ot) abattit les bosquets, on tua les serpents et les lézards sacrés, on brisa les idoles, cl les Lithuaniens voyant que tout cela restait in»puni, n'en furent que plus portés à reconnaîlre le Dieu étranger. On attirait ceux qui étaient sur le point d'être baptisés en leur faisant présent d'un habit de laine blanche; on les conduisait par troupes au bord de l'eau et on les Iiaptisait la plupart du temps sacs leur donner aucune instruction. Cependant Jagellon, en parcourant le pays, dans la vue d'en-
gager les habitants à se convertir, chercha à suppléer en quelque fjK'on à l'ignorance du clergé polonais par ses propres instructions. Il était naturel que, dans la Lithuanie, on restai encore longtemps, du moins en secret, attaché aux superstitions du Paganisme.
Quelque temps après, les Samaiks qui faisaient partie de la nation des Lithuaniens , embrassèrent aussi le Christianisme. A l'époque où l'ordre Teutonique y jouissait encore de toute sa prépondérance, c'est-à-dire en l'an 1401, un grand nombre de Samaites s'étaient laissé baptiser par des prêtres prussiens ; mais le Christianisme ne fut formellement introduit dans ce pays qu'à dater de l'an 1413, par les soins du roi Jagellon et de Withold, grand duc de Lithuanie. L'impuissance des idoles qu'on détruisait impunément, tit aussitôt voir clairement aux Samaites que le Dieu des Chrétiens est le plus fort , et cette circonstance les engagea à prêter l'oreille aux discours des missionnaires. Withold fonda un évêché, pour lequel il bàtil la première ville du pays, nommée Miedmiki. — Déjà antérieurement, vers l'an 1335, on avait commencé à propager la Foi parmi les Lapons qui, en 1279, s'étaient soumis à la domination des Suédois, puisque Hemming, archevêque d'Upsal, avait consacré une église à Tornea et baptisé un certain nombre de Lapons.
Dans les régions lointaines de l'Orient, dans le centre de l'Asie, les Nestoriens firent jusqu'au onzième siècle, des progrès assez considérables. Ce sont eux aussi qui répandirent en Occident la tradition du prêtre Jean qui devait y régner sur un puissant empire chrétien. Il paraît que c'est un roi des Kéraites, tribu nomade de l'Asie centrale, qui, en se convertissant el en prenant le titre de Wang-Khan , c'est-à-dire de Khan en chef, qu'on a peut-être pris pour les mots de Joan Rex, a donné le premier lieu à cette tradition. Alexandre III reçut un ambassadeur d'un des successeurs de ce prétendu prêtre-roi , et après l'avoir sacré évêque en 1177, il le lui renvoya avec une lettre de sa part. En 1202, toute sa famille fut massacrée
HIST. DE l'église. -T. II. 7
14G HISTOIRE DE l'église.
par les 3Iongols sous la conduite de Tst'liin}:jis-Khaii : toutefois, il semble que de l'union de Tschingis-Khau avec la liUe de ce Wang-Khan, laquelle professait la religion chréliennc, on peut inférer que les premiers princes des Mongols avaient des égards et de la prévenance pour les chrétiens, d'autant plus qu'au rapport de 3Iarc l*olo, Dschagatai, (ils aîné de Tschingis-Khau, se convertit au Christianisme à Samarcand, dans son empire occidental. La veuve de son frère Oktai , appartenant à la famille du Wang-Khan, était chrétienne, et vers l'an 1246, son lils Gajuk, bien qu'il ne fùl pas chrétien luimême , était néanmoins entouré de prêtres chrétiens et avait devant sa tente une chapelle dans laquelle on célébrait le service divin.
Les papes et le roi saint Louis envoyèrent à plusieurs reprises des frères mineurs et des dominicains, en qualité de missionnaires, chez les Mongah , qui, depuis le règne de Tschingis-Khau , avaient établi leur domination dans la Perse, dans la Chine et en général dans toute l'Asie centrale et orientale. Les Khans des Mongols reçurent ces missionnaires chez eux et montrèrent en partie quelque penchant pour le Christianisme , soit parce qu'ils ne s'étaient point encore décidés alors en faveur d'une religion de l'état, comme ils le firent à une époque postérieure, en se prononçant pour le Buddhaisme ou l'Islamisme, soit parce que ceux qui régnaient sur l'Asie occidentale désiraient de s'unir à des princes chrétiens contre l'ennemi commun, les Mahometans. Mais la grossièreté des mœurs chez les Mongols, l'indifférence des Chinois, la jalousie des Nestoriens qui y étaient très-répandus et qui y avaient beaucoup d'influence, l'attachement des idolâtres à leur culte — tout cela, joint à l'ignorance dans laquelle étaient les missionnaires de l'Occident des langues et des mœurs de ces peuples, paralysa tellement leurs efforts que le frère mineur Jean de Montecorvino, que le pape Nicolas IV envoya en 1288 chez les Mongols, fut obligé de recommencer, pour ainsi dire, la mission dans le nord de la Chine où il s'était rendu. Il y fui
QUATRIÈME KPOQl K. — CHAP. I. 147
aussi en butte aux persécutions des Nestoriens , qui ne voulaient céder aucune église aux Catholiques. Pendant onze ans, il fut obligé de travailler seul ; il fut ensuite secondé par son confrère Arnoul de Cologne. A Khan-Baiikh, c'est-à-dire la ville royale, ou à Cambalu (aujourd'hui Peking) , il fonda une église, baptisa 6000 personnes, éleva 150 jeunes gens qu'il avait achetés comme esclaves , traduisit le nouveau Testament et les Psaumes en langue mongole, convertit un prince mongol de la tribu des Kéraites, qui descendait d'un des Wang-Khans dont nous avons parlé plus haut , et il engagea plusieurs sujets de ce prince à renoncer au Nestorianisme pour embrasser la religion catholique. Toutefois, à peine le prince Georges fut-il mort que ceux-ci , éloignés de leur missionnaire , qui fut contraint de rester à Cambalu, retournèrent au Nestorianisme. Vers l'an 1306, le grand Khan lui permit de bâtir une seconde église à Cambalu, à proximité de son palais, ce qui toutefois ne prouve pas encore qu'il avait une prédilection particulière pour le Christianisme , puisque les empereurs mongols étaient dans l'habitwde d'accueillir favorablement les ministres de tous les cultes. Le pape Clément V érigea en 1303 l'église de Cambalu en un siège archiépiscopal et nomma Jean son premier métropolitain , en lui accordant d'amples pouvoirs. Il lui adressa ensuite quelques compagnons qu'il lui donna pour sufTragants. Jean mourut en l'an 1330. On lui donna pour successeur le frère mineur Nicolas, qui toutefois ne parvint pas au lieu de sa destination , soit qu'il vînt à mourir, soit qu'il fût fait prisonnier ; car les chrétiens de la Tartaric se plaignirent en l'an 1338 d'être sans pasteur depuis l'espace de huit ans. Trente ans après, les Mongols ayant été chassés de la Chine, la communauté chrétienne qui y avait été établie , tomba en dissolution.
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