CHAPITRE IL
HISTOII'.K DKS PAPES. 1. JUSQUAIJ CONCORDAT DH CALIXTE.
Grégoire VII. Dispute au sujet des investitures.
I. (iREGORii VII registri s. epislolarum libri XI (h dixième livre y manque), in Marisi t. XX. Palu Bernriede.ns. de vita Gregorii VII, in Muratori t. III. P. I. Bruno dc bello Saxonico, in Freheri t. I. Lambert d'AsCHAFFENBOIRG , BeRTHOLD de Co>STANCE. BoMZON. HlGOMS
Flavimacensis Chronicon Virdiincnsc , in Labbc Bibliolh. Manuscr. I, I. DoMZOMS vita .Mathildis, in Muratori t. V, Udalrici Babenbergens, codex epislolaris {recueilli vera Ian 1125), in Eccardi corp. List. I. II. Vita S. Ansclmi Ep. Lucensis, in Mabillon Act. SS. Saec. VI, P. II.
II. Enr. Nobis Istoria delle Investiture delle dignità eccl. Manlova. 17il. fol. — VoiGT Hildebrand als Pabst Gregorius VII und sein Zeitaltcr. Weimar 1815.
A peine le pape Alexandre II était-il mort au mois d'avril de l'an 1073, qu'Hildebrand , chancelier de l'église romaine, fut (out d'une voix proclamé pape et par le peuple et par le clergé, elles cardinaux mêmes déclarèrent qu'en conformité du décret de Nicolas II, leur choix était également tombé sur lui, et c'est ainsi que, malgré lui, il fut intronisé dans l'église de Saint- Pierre. Fils d'un halntant dc Sienne, Hildebrand suivit àregrel en Allemagne son ancien professeur, le pape Grégoire VI, qui avait renoncé au pontificat. Il habita ensuite, en qualité de moine, l'abbaye de Clugu) , et après avoir accompagné, en 1049, le pape Léon IX à Rome, il fut avec Pierre Damien le principal conseiller, l'aide et le chargé d'affaires des papes. Par suite de ses nombreux voyages et légations, il connaissait peut-être mieux qu'aucun de ses contemporains la situation ecclésiastique et politique dc l'Europe, aussi sentit-il, dès le
principe, toute la difficulté de sa position. Il savait que, dans un moment où le ^ége de Rome , au moyen de la liberté d'élection qu'il venait de reconquérir cl d'une suite de grands hommes qui l'avaient occupé, avait récupéré son ancienne dignité et son indépendance, il savait que toutes les personnes bien pensantes attendaient de lui l'application franche et loyale des principes qu'on avait établis et qui tendaient à purifier et à relever l'Église. Il savait aussi que, pour atteindre à ce but, il avait à soutenir un combat à toute outrance contre les puissances séculières et contre un clergé corrompu , qui avaient des intérêts communs sous plus d'un rapport, contre le nombre infini de ceux qui sacrifieraient tout au maintien de l'état actuel des choses, combat dont il lui était impossible de voir la fin, quelque favorables que fussent les circonstances, et dans lequel , selon toute apparence , il devait plutôt succomber que triompher. Quelques jours après son intronisation, il se trouva déjà tellement accablé d'affaires qu'il en tomba malade. Il écrivit à Lanfranc pour lui demander son intercession et celle de ses ouailles , disant que , pour ne pas encourir les jugements redoutables de Dieu, il doit faire la guerre aux rois et aux princes, aux évoques et aux prêtres. Dans ses lettres, il a lui-même développé clairement et amplement les idées qui le guidaient et qu'il partageait avec un grand nombre de ses contemporains. Les voici : L'Église doit, à tout prix, être délivrée de l'état de servitude et de corruption dans lequel elle se trouve; elle doit être affranchie du joug de la puissance temporelle, qui ne cherche qu'à abuser des ecclésiastiques el des choses sacrées pour arriver à ses fins, qui sont souvent mauvaises et pernicieuses. Ce qui pour l'Église est le comble du malheur, c'est que des évêques et des prêtres, qui , souvent à force d'argent et, la plupart du temps, dans des vues d'intérêt particulier et sans aucun égard pour les besoins de l'Église , ont obtenu leurs places de l'autorité séculière , obéissent en tout aux rois et aux grands et remplissent leurs fonctions avec cette présomption, celte avidité, cet esprit Qiondain*,
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qui les y a portés. De même que \o pape, qui est le représentant •le Vautorité suprême de IK^Iise, a une immense responsabilité, tie même il jouit aussi des plus j;randes prerojjalives. Les rois et les princes même doivent, comme chaque chrétien, se soumettre aux jugements de l'Eglise, toutes les fois qu'ils transgressent les commandements de Dieu. Lorsque leurs péchés sont publics, et qu'ils sont surtout dangereux pour l'Eglise , ce n'est point aux évcques du pays, qui, la plupart du temps, dépendent et hont sous la domination de ceux qui les commettent , mais c'est au pape qui a le pouvoir suprême de lier et de délier, qu'il appartient de juger les pécheurs couronnés, de leur imposer la pénitence et la satisfaction et de les frapper même d'anathème , lorsque les circonstances l'exigent.
Grégoire se comporta à l'égard du roi Henri avec autant de franchise que de bienveillance et de douceur. Tant (jue sou élection n'était pas confirmée par le roi, à qui le décret de Nicolas II avait réservé cette prérogative , il ne voulut point se laisser sacrer et se contenta du titre d'évégue élu des Romains. Il avertit lui-même le roi de ne pas s'imaginer que la confirmation de son élection serait pour lui un motif de lui pardonner ses actions impies. Les évêques attachés à la cour de H<'nri lui conseillènînt de refuser cette confirmation à Grégoire ; mais les commissaires de ce prince, en arrivant à Rome , eurent la conviction que , dans cette élection , toutes les formalités ayaient été remplies , et c'est ainsi que Grégoire fut sacré pape. Ce fut pour la dernière fois que l'autorité temporelle confirma l'élection des papes. Peu de temps après , Henri, craignant la révolte des Saxons , écrivit au pape dans des termes pleins d'humilité, en lui disant ({ue, s'étant laissé égarer par une présomption propre à son jeune âge et par les insinuations perfides de ses conseillers, il avait commis grand nomlwe de péchés, dépouillé plusieurs églises de leurs biens et vendu les charges eci'lésiastiques à d'indignes simoniaques; et il le pria eu mènu' temps d<; lui pardonner ses fautes et de lui prêter son assistance, promettant de lui obéir à l'avenir et de lui per-
mettre de régler à son gré les affaires de l'église de Milan. Les Saxons ayant détruit Harzbourg avec le monastère qui s'y trouvait , Henri chargea des ambassadeurs de les accuser formellement auprès du pape. Grégoire s'empressa de lui offrir sa médiation dans cette affaire.
Grégoire dut songer avant tout h régler les rapports qui existaient entre lui et les princes Lombards et Normands de l'Italie méridionale et qui étaient si importants pour Rome et pour l'Église. Landulfe, duc de Bénévent, et Richard, duc de Capoue, se reconnurent ses vassaux. Plus tard, après avoir excommunié le puissant Robert Guiscard, il le força à lui prêter de nouveau le serment de fidélité et d'hommage. Ensuite, dans un grand concile qui se tint à Rome en 1074, et auquel assistèrent les prélats de la Lombardie et plusieurs princes italiens, on renouvela et l'on rendit encore plus sévères les anciens décrets contre la simonie et l'incontinence des prêtres. On y frappa d'anathème tous ceux qui à l'avenir vendraient ou achèteraient des fonctions ecclésiastiques. On ne devait plus ordonner prêtres que ceux qui prendraient l'engagement de garder la continence. Quant aux prêtres mariés, ils étaient tenus de renvoyer leurs femmes ou de renoncer à leurs emplois ecclésiastiques. Refusaient-ils de se soumettre à cette injonction, les laïques ne pouvaient ni assister à leur messe, ni recevoir les sacrements de leurs mains. C'étaient surtout ces derniers décrets qui occasionnèrent une agitation violente et qui , en plusieurs endroits , rencontrèrent la plus vive opposition. Sigefroi, archevêque de Mayence, Altmann, évêque de Passau , et l'archevêque de Rouen , faillirent d'être mis à mort, en voulant les faire exécuter. Dans un concile qui se tint à Paris, Vauthier, abbé de Pontisare, fut horriblement maltraité pour le même objet et risqua aussi de perdre la vie. Mais cette conduite même des prêtres mariés et de leur protecteurs prouva jusqu'à l'évidence que le pape avait de justes motifs de bannir de l'Église, dans laquelle elle n'était entrée qu'à la faveur de la simonie, cette race corrompue, indis-
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riplinéc, abrutie, et IVinprossenient avec lequel le peuple évita (Ml f^i'iirral la coniiminauti' de ces gens , montra combien on était fatigué de leur joug et combien les vrais fidèles désiraient de voir dans le clergé des mœurs plus pures, des manières moins grossières et un esprit moins mondain. En effet, les deux sources principales de tous les maux de l'Église, la simonie et l'incontinence des prêtres, étaient si étroitement unies que l'une ne pouvait, en aucune façon, être extirpée, tant qu'on laissait subsister l'autre; car du moment qu'on permettait à des personnes mariées de remplir des fonctions ecclésiastiques, aucune puissance de la terre ne pouvait empêcher l'Église de devenir une espèce d'établissement dans lequel les pères auraient donné leurs charges ecclésiastiques en dot à leurs filles ou les auraient léguées à leurs fils. Il en serait résulté que les hautes fonctions ecclésiastiques tout aussi bien que les inférieures, du moins toutes celles qui sont lucratives, seraient insensiblement devenues, à l'exclusion des personnes d'une basse extraction , le partage de fils et de parents des familles riches et puissantes malgré leur ignorance et la grossièreté de leurs mœurs. Les personnes pieuses et consciencieuses, qui n'avaient pas de semblables relations de famille , ou qui refusaient de mettre ces moyens en usage, se seraient tenues à l'écart; le salut des âmes, l'administration des sacrements , seraient devenus un véritable métier qu'on eût cherché à rendre aussi lucratif que possible, et l'esprit d'abnégation de soimême , l'esprit de dévouement et d'une charité désintéressée aurait disparu de l'Eglise, ou se serait tout au plus conservé dans les monastères. Toutes ces conséquences se faisaient déjà sentir dans plusieurs localités, entre autres en Normandie, et c'est pour cette raison qu'à quelques exceptions près, tous les ecclésiastiques distingués par le savoir et par la piété se rangèrent du côté du pape dans cette grande lutte, de même que dans celle que fit naître, dans la suite, la dispute au sujet des investitures. Il est vrai que les clercs mariés eurent aussi leurs apologistes , tels que Sigcbert de Glemblours et l'auteur ano-
nyme d'un ouvrage sur celte matière '. Ceux-ci présentèrent sous les couleurs les plus sombres l'animositc que produisit U'. décret de Grégoire entre les laïques et les ecclésiastiques. Ils racontèrent que plusieurs laïques avaient eux-mêmes baptisé leurs enfants, que d'autres avaient même commis des sacrilèges f)ar haine pour les prêtres et que de certains prêtres avaient é(é mutilés et même assassinés. Il est possible que de semblables horreurs aient eu lieu dans les endroits où les concubinaires et les simoniaques cherchaient à se maintenir dans leurs places par la force des armes, et cette circonstance n'avail-elle pas également donné lieu à des scènes sanglantes en Italie sans la participation du pape? Mais l'assertion de Sigebert et de l'auleur anonyme qui prétendent que Grégoire aurait déclaré invalides les ordres sacrés que les prêtres mariés avaient reçus, est tout à fait sans fondement.
A cette époque, Grégoire ne s'était pas encore déclaré contre les investitures. Il permit encore à Anselme , neveu du dernier pape , de demander l'investiture au roi , avant de se faire sacrer évêque de Lucques. En l'an 1074 , il dépêcha vers Henri une deputation solennelle qui se composait de quatre prélats et à laquelle, à sa demande , se joignit aussi la mère du roi, l'impératrice Agnès. Cette princesse qui auparavant lui avait été hostile, parce qu'il avait le plus contribué à faire élire un pape qui lui déplaisait , était alors parfaitement d'accord avec lui , et il avait encore un plus puissant appui dans la comtesse Mathilde , qui régnait sur presque toute la Toscane et sur une partie de l'Italie septentrionale. Cette princesse se distinguait par des qualités admirables, et à peine a-t-elle son égale dans l'histoire en politique, en activité infatigable, en savoir et en fermeté. L'impératrice et les légats engagèrent Henri à renvoyer les évêques de Ratisbonne, de Constance et de Lausanne et les deux comtes qui lui servaient de conseil et qui avaient déjà été excommuniés par Alexandre II, et ils l'exhortèrent en
' Dans Martene Thesaurus anerdot, ï , 230,
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même temps à fairi' poiiilonce pour la censure qu'il avait encourue pour avoir Iraliqué «les diffiiilés ec«lésiasti«|ues. Les légals voulurenl eiisuilc c«mv<)(juer un concile en Allemagne, probablement dans la vue d'af^ir par les voies de la justice contre les prélats simoniaqnes ou suspects; mais Lieraar de Brème , secondé par d'autres évè(|ues , s'opposa de toutes ses forces à cette mesure , ce qui fil que le pape le suspendit de ses fonctions et le cita à Rome.
Cependant le pape était convaincu qu'il lui était impossible d'atteindre l'objet de ses désirs, le rétablissement de la liberté canonique des élections, et l'extirpation de la simonie, à moins ([u'il ne parvînt à couj)er le mal dans sa racine, les investitures. Car on était allé si loin à cet égard, surtout en Allemagne et en Italie, que la cour disposait arbitrairement des évèchés et des abbayes, sans la moindre apparence d'élection. Les sièges épiscopaux et les abbayes étaient entre les mains de ces vils courtisans, qui, étrangers et imposés à leurs subalternes, n'avaient obtenu leurs fonctions du roi ou de ceux qui l'entouraient qu'à force d'argent, et par leur souplesse et leur empressement à se conformer en tout aux caprices du roi et de ses favoris. La principale pépinière d'évèques pour l'Allemagne et l'Italie se trouvait alors à Goslar, où Henri résidait ordinairement. Les chanoines de celte villc-avaienl, à sa cour corrompue, l'occasion de s'exercer dans l'art de ces viles adulations et de cette aveugle soumission qui étaient alors le moyen le }>lus sûr de parvenir aux dignités ecclésiastiques, et de là vient que de tous les évèques «[u'on choisit parmi ces chanoines, il n'y eul que Bennon, évèqùe de Misnie, qui, dans la suite, embrassa le parti «lu pape. Si, à celle époque, l'Kglise, en renon«;anl aux inveslilures, eût simplement insisté sur le rétablissement de la liberté d'élection, elle n'eût obtenu aucun résultat satisfaisant; car aussi longtemps qu'on regardait les investitures connue un acte qui devait nécessairement précéder le sacre des évèques, la cour était toujours libre d'annuler les élections et d'imposer des étrangers aux églises.
Henri en donna un exemple frappant, lorsqu'après la mort d'Annon en 1076 , il nomma , en dépit de toutes les remontrances, archevêque de Cologne le misérable Hidulfe, chanoine de Goslar, afin dele faire servir d'instrument à ses projets, et lorsque, pour engager l'évéque d'Utrecht à le sacrer,' il lui promit de donner l'évêché de Paderhorn à son cousin. Il est vrai qu'en France l'élection des évéques précédait ordinairement les investitures; mais, au moyen de ces dernières, le roi y avait aussi la nomination aux évêchés , et il était libre de prévenir l'élection par les investitures ou d'annuler l'élection d'un évéque en accordant les investitures à un autre. Lorsqu'en conséquence le roi Philippe fut sur le point de contracter un mariage scandaleux avec Bertrade, il nomma évêque de Meaux un certain Vauthier, sur la condescendance duquel il croyait pouvoir compter.
Dans le troisième concile que Grégoire fit assembler vingt mois après son intronisation, en 1075, il fut donc décidé qu'on déposerait quiconque accepterait à l'avenir des mains des laïques un évéché, une abbaye ou même une charge ecclésiastique inférieure , et qu'on frapperait d'anathème les princes séculiers qui s'arrogeraient les investitures d'un évéché ou toute autre dignité ecclésiastique. Mais on n'avait point encore manifesté l'arrière-pensée sur laquelle on avait, de propos délibéré ou insciemment, basé ces mesures et qui consistait à affranchir l'Église et les évêques des liens de la féodalité. En attendant, Grégoire sentit bien que le nouveau décret était contraire à l'ordre établi et aux anciennes prérogatives des souverains , et c'est ce qui l'engagea à mander à Henri qu'à la vérité, ce décret était nécessaire pour préserver l'Église d une ruine prochaine , qu'il ne renfermait rien de nouveau et qu'il ne faisait que remettre en vigueur l'ancienne discipline ; mais qu'il était cependant disposé à y apporter des modifications, pourvu que le roi voulût lui adresser des hommes sages et pieux pour lui indiquer les moyens de modifier consciencieusement les résolutions qui avaient été prises. Cependant
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Henri n'entra point dans ces considérations, et Grégoire qui venait précisément de coniniencer la guerre contre les concul)inaires et les sinioniaques, ainsi que contre tous ceux qui leur étaient attachés, continua, contrairement aux maximes' ordinaires de la prudence, à porter une grave atteinte aux intérêts des princes et des laïques les plus influents : il semblait provoquer toutes les puissances de la terre , pendant qu'à Rome même la terre chancelait sous ses pas. Car là aussi il s'était fait une foule d'ennemis par les mesures sévères qu'il avait prises pour rétablir la discipline. C'est avec beaucoup de peine qu'il était parvenu à expulser de l'église de Saint-Pierre ces laïques mariés qui se faisaient passer pour des clercs, qui louaient les autels et trompaient le peuple pour en extorquer de l'argent. Il avait déjà lésé bien des intérêts et l'on craignait qu'il n'en lésât encore davantage, lorsque tout à coup il arriva que d'anciens partisans de Cadaloiis, des prélats qu'il avait suspendus, des hommes qui appartenaient à la faction de la noblesse romaine et à qui l'indépendance du siège apostolique faisait ombrage, conspirèrent contre lui , comptant sur l'assentiment et sur l'appui du roi qui leur avaient été promis ou qu'ils espéraient d'obtenir. A la tête de cette conspiration se trouvèrent Guibert, archevêque de Ravenne, qu'Alexandre II avait sacré à la recommandation de Grégoire, l'intrigant cardinal Hugues et le fougueux Cencius, qui s'était déjà signalé par plusieurs assassinats. La veille de Noël , on attaqua le pape dans l'église, on lui porta plusieurs blessures et on l'enferma dans une tour; mais il fut bient»H mis en liberté par les Komains.
Henri , fier de la victoire qu'il venait de remporter sur les Saxons que ses mesures tjranniques avaient soulevés contre lui , n'eut plus aucun égard pour le pape, ni pour les droits et les prétentions de l'Église, A la principale église de l'Italie, celle de Milan, il imposa comme archevêque le parjure Tédald, quoique Godefroi et Atton vécussent encore , et que de cette façon il violât tout à la fois la promesse qu'il avait faite au pape
et le serment que son plénipotentiaire avait prêté à Novare aux évoques de la Lombardie. Immédiatement après, il donna les évêchés de Fermo et de Spolète à des étrangers. Le pape ayant déposé le simoniaqne Hermann, évêque de Bamberg, il profita aussitôt de cette circonstance pour le remplacer par son favori et son confident, l'odieux Rupert, prévôt de Goslar, et il rappela aussi les conseillers simoniaques qu'il avait d'abord renvoyés et que Grégoire avait de nouveau excommuniés. Pendant que l'assassin Cencius et son compagnon le cardinal Hugues cherchaient et trouvaient un asile en Allemagne , des légats vinrent trouver le roi avec une lettre du pape dans laquelle il lui représentait que toute sa conduite était en opposition avec les institutions canoniques et apostoliques. Henri ayant demandé à Grégoire de déposer les évêques saxons qui avaient pris part à la révolte, le pape lui fit répondre qu'avant tout il devait les remettre en possession de leurs églises et qu'ensuite il les soumettrait au jugement d'uii concile qui serait convoqué en Allemagne. Henri reçut cette réponse avec dédain , et les légats, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues pour ce cas, le sommèrent de se rendre à Rome sous peine d'excommunication. Il les renvoya ignominieusement de la cour et convoqua aussitôt à Worms un concile d'évéques et d'abbés allemands. Ils s'y rendirent ; Bennon de Misnie qui alla assister au concile que le pape réunissait à Rome, Gebhard de Salzbourg, Altmann de Passau, et quelques évêques saxons furent les seuls qui refusèrent de se rendre à l'invitation du roi, et dès lors on vit clairement de quel esprit étaient animés les hommes à qui le sort de l'église d'Allemagne avait été confié dans ces derniers temps. Là siégèrent donc les nourrissons de la cour de Goslar, les créatures des faveurs royales, de l'ambition et des caprices , Otton de Constance , Pibon de Toul , Rupert de Bamberg, Hozmann de Spire , Guillaume de Vérone ((jui appartenait aussi à l'école de Goslar) , le fougueux et passionné Guillaume d'Utrecht, l'avare et le faible Sigefroi de Mayence , Otton de Ratisbonne et Burchard de Lausanne , qui
lous deux n'étaient que de farouciies soldats, qui avaient déjà été excommuniés j)ar le pape, et dont le dernier vivait, en outre, publiqueuRMit en eoncuinnage; Werner de Strasbourg, contre lequel on avait déjà formé deux fois de graves accusations à Rome; tous étaient prêts à se soumettre aveuglément aux volontés du roi ; tous désiraient de se venger du pape dont plusieurs d'entre eux avaient déjà éprouvé l'inflexible rigueur, ou de l'empêcher de leur nuire à l'avenir. Ce Hugues que Grégoire avait dépouillé de la dignité de cardinal pour avoir fabriqué des lettres et encouragé la simonie, remit au concile , comme prétendu député des cardinaux , du sénat et du peuple romain , un écrit rempli d'invectives contre la personne du pape , dont la fausseté devait sauter aux yeux de tout le monde. Cependant ils saisirent avec empressement celte occasion pour décider que celui dont la vie n'est qu'un tissu de turpitudes , ne mérite point le titre de pape et ne peut point avoir le pouvoir de lier et de délier. Chacun fut obligé de déclarer par écrit ({u'il refusait d'obéir à Hildebrand ; Adalbert de Wurzbourg et Hermann de Metz furent les seuls qui osèrent résister, mais ils cédèrent aussitôt que le favori de Henri, l'évêque d'Utrecht, après leur avoir rappelé le serment de fidélité et d'hommage qu'en qualité de vasssaux, ils avaient prêté au roi, les eut sommés de signer celle décision. C'est ainsi qu'on interprétait alors ce serment ; les évêques étaient les vassaux du roi , et comme tels, ils ne pouvaient reconnaître comme pape que celui que leur seigneur suzerain reconnaissait lui-même. Guillaume , roi d'Angleterre , exigea la même chose des évêques ses vassaux, et l'on voit combien l'Église était fondée à meltre tout en œuvre pour briser d'aussi indignes chaînes. Cependant l'assemblée de Worms eut une issue telle qu'au rapport des auteurs contemporains, Hugues de Flavigny et Ge})liard de Salzbourg , elle devint la source de tous les maux de rÉglise et de l'Jimpire,
Le roi et les évêques adressèrent « au faux moine Hildebrand » des lettres injurieuses dans lesquelles ils le sommèrent
QUATRIÈME ÉPOQUE. — CliAP. 11. 159
de quitter le siège de saint Pierre et de céder sa place à un pape plus digne. Une assemblée que les commissaires de Henri convoquèrent à la hâte à Plaisance et à laquelle assistèrent les évéques simoniaques de la Lombardie, accéda aux décisions du concile de Worms et promit sous la foi du serment de ne plus obéir à Grégoire VII. Le commissaire qui communiqua cette résolution au concile qui venait de s'ouvrir à Rome, et qui invita les cardinaux à se rendre en Allemagne , pour y recevoir un nouveau pape des mains du roi, eût été infailliblement la victime de la fureur des Romains sans l'intervention du pape , et dès le lendemain, il arriva de la part des évéques d'Allemagne des lettres remplies d'excuses et de protestations de fidélité. Ensuite, le pape, de concert avec cent et dix prélats, excommunia l'archevêque de Mayence , les évéques d'Utrecht et de Bamberg; il suspendit les autres qui avaient donné leur consentement à celte résolution et accorda à ceux qui y avaient accédé malgré eux, un certain délai pour expier leurs péchés. Il en agit de même à l'égard des évéques de la Lombardie. Aussitôt il prononça, à l'invitation de toute l'assemblée et en présence de l'impératrice Agnès qui avait sacrifié la cause de son propre fils à celle de l'Église, la sentence d'excommunication contre Henri, le principal coupable, en lui défendant de gouverner les royaumes d'Allemagne et d'Italie et en déliant tous les chrétiens du serment qu'ils lui avaient prêté. Ce n'était point là une véritable déposition , mais une simple suspension qui , d'après les idées de cette époque , résultait nécessairement de l'acte d'excommunication, puisqu'aucun fidèle ne pouvait avoir des relations avec lui et que par conséquent il lui était défendu de se mêler du gouvernement , tant qu'il restait sous le poids de cette sentence.
Une assemblée qui se tint à Pavie et qui se composait de plusieurs évéques et abbés de la Lombardie, s'avisa de faire retomber sur le pape l'anathème dont ils avaient été frappés. L'évêque d'Utrecht, de cc^ficert avec le roi qui demeurait chez lui, en fit autant, mais il mourut immédiatement après de dés-
espoir et au milieu des plus <;rands tourments. Le duc Gozelon qui s'était vanté de conduire le nouveau pape à Rome, étant é'raiement venu à mourir, l'union de Worms tomba entièrement en dissolution. Les partisans de Henri ne pouvaient ni estimer ni aimer un libertin qui avait déijradé son âme par des vices infâmes et qui s'était ravalé au point que la veille de la Noël, il profana avec ses courtisans dissolus, à l'exemple de l'empereur grec Michel , les saints mystères , en les contrelaisant d'une manière scandaleuse, dans le dessein de les faire paraître ridicules '. L'attachement de la plupart d'entre eux pour Henri, n'était basé que sur l'intérêt particulier, et celui des honnêtes gens, sur le serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté et qui , à cette époque , était encore regardé comme une those inviolable. Comme ceux-là, en persévérant jusqu'à la fin, avaient plus à espérer qu'à craindre et qu'une autorité supérieure faisait à ceux-ci un devoir de se séparer de lui , il se vit i)ient6t abandonné. Les Saxons qui, depuis leur soumission, avaient été traités avec la dernière rigueur, se disposèrent à faire une levée de boucliers, aussitôt qu'ils eurent connaissance de son excommunication. Dans une nouvelle assemblée qui se lint à Worms , Henri voulut nommer un nouveau pape , mais Udon , archevêque de Trêves , qui avait été absous à Rome , ajant refusé d'avoir des relations avec les évêques excommuniés, fit une profonde impression sur les esprits. Plusieurs princes et évêques quittèrent la cour ; les évêques de Mayence, de Verdun, de Liège, de Constance , de Munster, se laissèrent absoudre par Altmann, évêquede Passau et légat du pape, aux conditions proposées par le pape. Quelques princes ayant tenu un<î conférence préliminaire à l'im, et les Saxons ayant déjà
' Ce n'est pas seulement le Saxon Bruno, connu par sa partialité, qui lui reproche les plus grands crimes et les plus honteux égarements; d'autres écrivains, entre autres Geroh de Reigersberg, qui étaient à l'abri de l'esprit de parti qui dominait à cette époque, le présentent aussi sous les mêmes couleurs. Ile dernier prétend encore avoir vu à Ratisbonne la chapelle qui avait été profanée par l'horrible sacrilège dont il vient d'être parlé. Gerohi Reiciiersper- GBNS. de Henrico IV et V Syntagma. Ingolstad. IGll , p. 33.
pris les armes, on convoqua les princes de l'Empire à Tribur, où se rendirent aussi les dignitaires ecclésiastiques et séculiers de toutes les provinces de l'Allemagne. Les légats du pape, Sigehard, patriarche d'Aquilée , et Altmann de Passau remirent à cette assemblée une lettre du pape , dans laquelle il donnait clairement à entendre qu'il désirait qu'on maintînt Henri sur son trône; il y disait seulement que si Henri persistait à traiter l'Église comme une esclave et à s'arroger le droit des investitures, il engageait l'assemblée à élire un autre roi. L'impression que fit cette lettre , et les démarches des légats qui tendaient au même but, empêchèrent sans doute l'assemblée de procéder immédiatement à une nouvelle élection. En attendant , on imputa au roi tous les malheurs , le bouleversement de l'Empire , la corruption générale et le misérable état de l'Église. Lui-même avait déjà offert d'abdiquer la royauté, pourvu qu'on lui laissât le nom de roi et les marques de l'autorité royale. Après de longues délibérations, on résolut d'abandonner la décision de cette affaire au pape et de l'inviter à se rendre à cet effet à la diète d'Augsbourg. Quant à Henri , on le déclara déchu de ses droits sur la couronne , dans le cas ([ue, par sa faute , son excommunication ne fût pas levée dans l'espace d'un an, et dans l'entre-temps on lui enjoignit de renvoyer tous ceux qui avaient été frappés d'anathème et de se retirer à Spire , pour y mener une vie privée. Cette mesure était conforme à la discipline qui était alors en vigueur et qui excluait entièrement de l'Église comme des pécheurs incorrigibles et comme des hérétiques , ceux qui, pendant l'année de leur excommunication, ne faisaient aucun effort pour en recevoir l'absolution.
Henri , abandonné à lui-même , se prêta à tout ce qu'on exigeait de lui ; mais il savait bien que ses nombreux et puissants ennemis ne souhaitaient nullement de le voir se réconcilier avec le pape, mais qu'ils avaient plutôt l'intention de lui susciter à Augsbourg les plus graves accusations que sa conscience lui représentait comme fondées , et de forcer ainsi
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!e pape à rexcomnmnior de nouveau (M à lo déclarer dcfinili- MMiH'iif déchu do sa ditjnité rovale. Grejjoiro avait déjà conseuli à se rendre «mj Allcinacrne. Kn conséquence, pour le prévenir, Henri partit aussitôt pour l'Italie et trouva le pape au château de Canossa qui appartenait à la comtesse Mathilde. Avant lui, plusieurs évéques allemands qui avaient été excommuniés, entre autres Liemar de lîréme, Eppon de Zeilz, Bennon d'Osnabruck , Burchard de Lausanne et Burchard de Bale, ainsi que quel(|ues laïques, s'y étaient déjà rendus et avaient obtenu l'absolution après une courte pénitence. A l'intercession de Mathilde, de Hugues, abbé de Clugny, et d'autres princes , Henri fut également admis à faire pénitence , bien que, dans le principe, le pape ne fût point disposé à juger un accusé dans l'absence de ses accusateurs. Couvert d'un cilice, il fit pénitence pendant trois jours en jeûnant, et en priant le pape de l'absoudre le plus promptemeni possible, car l'année de son excommunication était près de finir, et il savait que les princes allemands étaient décidés à lui ôter la couronne , si , à cette époque , son excommunication n'était point levée. D'après l'opinion généralement établie alors , cette pénitence publique n'avait absolument rien d'avilissant, puisque d'autres princes , des rois aussi bien que des empereurs , se soumirent volontairement, à la même époque, à une pénitence beaucoup plus sévère. Le quatrième jour au matin , Grégoire, cédant aux instantes prières des comtesses Mathilde et Adélaïde, mit un terme à la pénitence du roi. Celui-ci promit alors sous la foi du serment de se présenter à la diète qui devait se tenir en Allemagne sous la présidence du pape , afin de se justifier des reproches que lui faisaient les princes allemands, de s'abstenir, en attendant, d'exercer ses fonctions royales et de se soumettre à la sentence du pape relativement à son royaume, il promit en outre de renvoyer ses perfides conseillers et de réformer , au gré du pape , les abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise ; que s'il violait ces conditions , son absolution serait de nul effet et que ses réclamations ne se-
orATRlÈME EPOQl'E. — CîIAP. II. 163
raient plus écoutées. Grégoire, ayant approuvé la convention (jui avait été conclue entre les princes allemands et ses légats an sujet de la diète qui devait se réunir en Allemagne, ne put rien changer à cette disposition. Il donna ensuite l'absolution au roi , célébra la sainte messe et lui présenta le corps de Noire-Seigneur, afin de sceller ainsi sa réconciliation avec l'Église '. De cette sorte, Henri recouvra ses droits sur le
' Au rapport de Lambert, le pape doit avoir reçu la communion sous la {orme d'un jugementde Dieu, pour prouver qu'il n'était point coupable des crimes dont le parti contraire l'accusait, et l'avoir présentée en suite au roi sous la condition qu'il la recevrait de même et que, par là, il se purgeraitdes graves accusations qu'on avait formées contre lui en Allemagne. Plusieurs écrivains, entre autres SteiVzel (Gesch. d. Frank. Kaiser, I, 411), ont fait, à ce sujet, les plus grands reproches à Grégoire. Cependant Liden (d.G.IX, 380), se fondant sur des raisons intrinsèques, a déjà rejeté cette relation comme très-improbable; et en effet, le pape ne peut pas en avoir agi ainsi par cela même qu'il avait remis l'instruction de ce procès à la diète qui devait se réunir prochainement, tandis que, corformément à la jurisprudence de cette époque, l'affaire eût déjà été décidée par le jugement de Dieu. Mais cette relation a contre elle non-seulement les raisons intrinsèques, mais aussi les extrinsèques. De tous les contemporains, Lambert est le seul qui parle de ce fait ; il est vrai que Berthold dit aussi que Henri ne voulut point recevoir la communion, mais il ne fait aucune mention du jugement de Dieu , et il prend la communion que lui présenta le pape, pour ce qu'elle était en effet, c'est-à-dire pour la conséquence nécessaire de son absolution et pour le signe de sa réconciliation avec l'Église; signe qu'on employait toujours dans des cas semblables. Donizo qui était certainement bien instruit de l'affaire, puisqu'il demeurait à Canossa même, et Wal- TRAM DE Naumbourg, qui était un des partisans de Henri (ap. Freher, I, 282) disent tout simplement que le pape présenta la communion au roi en signe de réconciliation avec l'Église. Mais par les détails qu'on trouve dans BoNizo (ap. Oefele H, 816) dont la véracité ne peut point être révoquée en doute et qui, à cette époque, demeurait dans les environs de Canossa, l'on voit ce quia pu donner lieu à la relation de Lambert. Grégoire avertit notamment le roi de ne pas communier indignement, et de ne recevoir l'Eucharistie que dans le cas où son repentir fût sincère, où il le regardât comme pape légitime, et l'anaihème dont il avait été frappé comme une chose obligatoire, et où il eût la conviction qu'il en recevait l'absolution par ce sacrement. Cette relation porte intérieurement et extérieurement le cachet de la vérité. Grégoire ne donna l'absolution à Henri que pendant la messe, au moment et au moyen de la communion. Il devait lui rappeler les conséquences terribles d'un sacrilège, dans le cas que son repentir et sa résignation ne fussent pas sincères. Mais Henri a-t-il réellement reçu la communion ? Certainement; car nous en avons pour
lOi HISTOIRE DE l'église.
royaume d'Allemagne , et quoiqu'h une époque où toute l'Allemacrne s'était révoltée «outre lui et où il était encore sous le jM)ids de graves accusations, le pape ne pût point lui remettre entre les mains les rênes du gouvernement , il lui donna cependant, dans la suite, jusqu'en l'an 1080, le titre de roi et le traita comme tel.
Après avoir quitté le château de Canossa , Henri se vit entouré de certains personnages qui étaient intéressés à mettre lout en œuvre pour empêcher que sa réconciliation avec le pape ne fût durable. Les évéques d'Italie, plus puissants que ceux d'Allemagne, furent irrités, ainsi que leurs supérieurs, Tédald de Milan, Sigefroi de Bologne, Roland de Trévise, de vo qu'il les avait abandonnés, eux et leur parti. Entre eux e( le pape toute réconciliation sincère était impossible à cause de l'immense diflérence qu'il y avait entre leurs principes. A moins de céder eux-mêmes , ils devaient renverser Grégoire et élever sur le siège pontifical un des leurs qui ne s'opposerait point à la simonie ni à la dissolution de la discipline. Aussi avaient-ils déjà tenté les entreprises les plus hardies contre le pape , et l'apostat Hugues ne manqua pas non plus d'attiser le feu en ce moment. Les nobles , de leur côté, avaient aussi compté sur un roi qui leur fît de larges concessions, qui leur accordât de grands biens et privilèges, ou qui leur en conlirmât la possession ; mais Henri avait provisoirement renoncé
;:aiants Bonizo, Donizo et Waltram. Si, conformément h l'assertion dcBcrihold, il l'avait refusée, on aurait été en droit de penser que son repentir n'était pas sincère, et certes , il était alors de son intercut de ne pas donner lieu à une pareille opinion. Mais étant retombé peu de temps après dans les mêmes fautes, le bruit, tel que le rapporte Berthold, se répandit qu'en refusant de recevoir la communion, il avait donné au château de Canossa même « des preuves de mauvaises intentions et d'une secrète hypocrisie. » Dans le centre ♦»t le nord de l'Allemagne, au contraire, où , en raison de l'aversion qu'on avait alors pour lui, on était curieux de recueillir tout ce qui servait à constater les faits qu'on lui imputait, la tradition, telle qu'on la trouve dans Lambert, s'accrédita insensiblement en ce sens, qu'en refusant de recevoir la communion qu'on lui présentait comme un jugement de Dieu, il trahit une conscience coupable.
à l'exercice du pouvoir royal. C'est ainsi qu'en Italie on l'accabla de reproches ; on le menaça d'élire à sa place son fils Conrad, malgré sa minorité, de le conduire à Rome et de nommer un nouveau pape. Henri chercha à appaiser ces gens ; cependant il ne voulut pas encore rompre ouvertement avec le pape; soit par respect pour sa mère qui demeurait alors avec lui à Plaisance , soit parce qu'il redoutait les princes allemands. Mais déjà un légat du pape mourut en prison dann la Lombardie , et la conférence qu'on devait tenir à Mantoue n'eut point lieu , parce que Grégoire et Mathilde , qui devaient s'y rendre, ayant été avertis de l'infidélité du roi ou des Lombards, rebroussèrent chemin. Grégoire ne put pas non plus se rendre à l'invitation des Allemands qui , au mois de mars de l'an 1077 , lui offrirent la présidence de l'assemblée de Forchheim, parce que Henri refusa de lui donner un sauf-conduit. Quoiqu'il eût exhorté les princes allemands à n'élire un nouveau roi qu'à la dernière extrémité, ils le firent néanmoins à la diète de Forchheim , et de cette sorte , Rodolphe , duc deSouabe, qui était doublement allié à Henri, fut couronné roi à Mayence par l'archevêque Sigefroi , après qu'il eut formellement renoncé au droit de conférer les évêchés eJ à la succession héréditaire au trône d'Allemagne en faveur de son fils. De cette manière , les étals d'Allemagne prononcèrent eux-mêmes par le fait la sentence finale que , peu de temps auparavant, ils avaient solennellement réservée au pape.
Mais le manque d'énergie et l'inconstance qui , à cette époque, formaient le fond du caractère des princes allemands, gâtèrent encore tout. Rodolphe se vit bientôt abandonné, sans motif plausible , de la plupart de ceux qui l'avaient élu ; Henri qui, sur ces entrefaites, s'était réconcilié avec les Italiens, se présentant de nouveau en Allemagne , réunit soudain ses anciens partisans autour de lui et rassembla une armée considérable. D'un autre côté, les évêques d'Augsbourg, de Constance, de Strasbourg , de Lausanne s'attachèrent derechef à lui , ou
prirent même les arnios pour défendre sa cause. Dans le sud de l'Alli'nia^ne, les évêques de Wurxbourfj, de Passau, de Worms el de Salziwurg soulinrent seuls le parti de Rodolphe, et celui-ci fut obligé de se retirer eu Saxe.
Dans le principe, Gréjjoire resta neutre entre les deux compélileurs. 11 désirait de mettre un terme à leurs prétentions avec le concours des états ecclésiastiques et séculiers, et à cet effet, il fit demander à l'un et à l'autre de ces princes doni chacun réclamait son appui, un sauf-conduit — ce que ni l'un ni l'autre n'aimaient à lui accorder. Henri qui était maître des défilés des Alpes pouvait et voulait empêcher le pape de venir en Allemagne , et dans lentre-temps , il commença à confier les évêchés à ses créatures. Bientôt on vil dans le même dit>cèse deux évêques dont l'un était du parti de Henri et l'autre de celui de Rodolphe ; la conséquence immédiate en fut que les maux de la guerre civile, le pillage, la dévastation, l'assassinat se multiplièrent d'une manière effrayante. Tandis qu'à la diète de Goslar qui se tint au mois de novembre de l'an 1077. Bernard, légal du pape, se hâtait trop de prononcer une sentence d'excommunication contre Henri , Grégoire convoqua à Rome pour le mois de mars 1078 un concile auquel les dcu\ rois devaient envoyer des ambassadeurs. Henri qui seul pouvait le faire, y envoya les évêques d'Osnabruck et de Verdun. Les Saxons, de leur côté, adressèrent au concile des lettres dans lesquelles ils se plaignaient amèrement de ce que le pape, au lieu de suivre la voie dans laquelle il était d'abord entré , parlait de deux rois et qu'il voulait revenir contre une décision prise. Cependant Grégoire, placé entre deux partis qui tous deux avaient violé la convention qu'ils avaient conclue avec lui , et ne connaissant pas exactement la situation des choses , parce que les partisans de Henri gardaient tous les défilés , ne pouvait guère agir autrement , et en offrant sa médiation pour terminer la querelle dans une diète, il indiquai! l'unique moyen d'éviter la guerre avec ses terribles conséquences. C'est pour cette raison qu'après la tenue du concile,
QUATRIÈME ÉPOQUE. — CUAP. H. 167
il envoya de nouveau des légats en Allemagne , dans le dessein de réconcilier les partis et de rétablir la paix ; ce fut en vain : la guerre continua à y exercer ses ravages avec un acharnement toujours croissant. îl est vrai qu'en apparence , Henri reçut les légats avec bienveillance, parce que leur présence faisait voir au peuple qu'il n'était pas excommunié; cependant il fit en sorte que la diète, qui devait se tenir à Fritzlar, n'eût pas lieu. Après la bataille de Mellerichstadt , dans laquelle la victoire resta indécise, les deux rois envoyèrent, à deux reprises différentes, des ambassadeurs au pape et. aux conciles qu'il avait de nouveau convoqués à Rome. A celte occasion, ils s'accusèrent l'un l'autre de s'être opposés à la convocation des états, et l'un demanda l'excommunication contre l'autre. Les ambassadeurs de Rodolphe ayant accusé Henri de maltraiter l'Église, de fouler la religion aux pieds, de traiter les ecclésiastiques comme des esclaves, d'avoir esiiprisonné ou banni des archevêques et des évêques, un grand nombre de prélats furent d'avis qu'il fallait enfin lui porter les derniers coups; mais Grégoire crut qu'il était encore possible de terminer cette affaire à l'amiable. Sur la foi des promesses formelles que les ambassadeurs avaient faites au concile, on envoya en Allemagne une nouvelle légation à laquelle était attaché le célèbre Pierre Ignée, évoque d'Albano; malgré cela, la diète, dont la convocation avait été si souvent annoncée et qui était l'objet de tant de vœux, n'eut point encor<' lieu, particulièrement par la faute de Henri et de ses partisans , bien que ceux qui s'y opposaient eussent été excommuniés d'avance du consentement des ambassadeurs et que Henri fît de plus en plus semblant d'être disposé à se soumettre aux décisions du pape.
Le parti de Henri avait le dessus en Italie et même à Rome. Il n'y eut que la comtesse Mathilde , qui , à elle seule , valait sans doute une armée de ces princes vulgaires qui ne se laissaient guider que par l'intérêt particulier, qui restât inébranlablement attachée au parti du siège pontifical. En Allemagne,
168 HISTOIIIK I»K l'église.
l'Église cl la nation so trouvaient dans la situation la plus déplorable. Henri \ imposa aux évèchés dont les prélats avaient été chassés ou étaient morts, ses partisans les plus zélés, naturellement sans avoir le moindre égard pour leur capacité. C'est ainsi que le siège de Trêves fut obligé de supporter le jou;; d'Kgilbert qui précédemment avait déjà été excommunié par son supérieur, l'évêque de Passau; c'est ainsi que le siège d'Augsbourg fut occupé par Sigefroi , créature du roi , qui y eut bientôt pour compétiteur Wigold qui soutenait le parti du pape; le diocèse de Salzbourg fut ravagé par le prodigue Berchtold , qui y remplaça Ge])hard qui en avait été chassé ; Adalbert , évèque de AVorms , fut retenu en prison par ordre de Henri ; les évéques dévoués à ce prince, entreprirent des expéditions «contre les monastères qui s'étaient déclarés en faveur du pape ; les ducs et les comtes firent la guerre aux évoques : le pape ne put tolérer ces abus plus longtemps. La fourberie de Henri était manifeste. A son retour à Rome, le cardinal Pierre d'AIbano se plaignit amèrement de sa conduite, et quoiqu'il eût été vaincu dans la bataille deFladenheim, les évéques de Brème et de Bamberg, ses ambassadeurs à Rome, demandèrent néanmoins au pape d'excommunier Rodolphe sur-le-champ, en lui disant avec un ton arrogant que, dans le cas contraire, Henri ferait élire un nouveau pape. D'un autre côté, les Saxons et les Thuringiens reprochèrent vivement à Grégoire ses lenteurs et sa faiblesse , et les ambassadeurs de Rodolphe trouvèrent dans la perfidie et dans la tyrannie de; Henri une ample matière à traiter. Tout à coup Grégoire renouvela, dans un nombreux concile qu'il fit assembler à Rome au mois de mars de l'an 1 080, l'excommunication et l'arrêt de déposition de Henri , se fondant sur ce qu'il s'était opposé à la tenue des diètes qui avaient pour objet le rétablissement de la paix, qu'il avait fait mettre à mort, sans aucune nécessité, une foule de chrétiens, qu'il avait porté la désolation dans l'Église et réduit son royaume à la dernière extrémité. Il délia en même temps tous ses sujets du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté el
OUATRIÈ.ME ÉPOOUK. — CHAP. 11. î 6Î^
confirma solennellement l'élection de Rodolphe. Il avait auparavant condamné de nouveau les investitures faites par des princes séculiers. Henri et ses partisans essayèrent de déposer, à leur tour, le souverain pontife. \ cet effet, dix-neuf évéquos s'assemblèrent d'abord à 3Iayence; ensuite, on convoqua à Brixen un nombreux concile composé d'évêques lombards et allemands et de plusieurs seigneurs laïques. Hugues y joua derechef le rôle de calomniateur, et tandis que Grégoire n'avait basé sa sentence d'excommunication que sur des faits connus, 1 rente prélats, dont plusieurs avaient déjà été déposés et excommuniés par des conciles antérieurs , ne rougirent pas de déposer le pape , en l'accusant de s'être emparé de vive forc«' du siège pontifical, d'attenter à la vie du roi, d'exercer la magie, de professer les erreurs de l'hérétique Bérenger et d'avoir fait un pacte avec le démon. Après cela , ils élurent pour antipape l'ami et le protecteur des simoniaques, Guibert, archevêque deRavenne, dont il a déjà été parlé plusieurs fois. Hemi se prosterna devant sa poupée, en jurant de le placer sur le (rône du Vatican et de recevoir de ses mains la couronne impériale ; Guibert , qui prit le nom de Clément HI, excommunia le roi Rodolphe et le duc Guelphe.
Tandis que Grégoire, dans la prévision des événements, se procurait un appui dans la Basse-Italie, en se réconciliant avec le duc Robert Guiscard qu'il avait excommunié pour s'être emparé de quelques terres appartenant à l'Église romaine, mais qui, en lui prêtant le serment de foi et d'hommage , s'était, depuis lors, reconnu son vassal, Rodolphe mourut en Allemagne des blessures qu'il avait reçues dans la bataille qui fu! livrée sur les bords de l'Elster et dans laquelle les Saxons rem ■ portèrent la victoire. Peu de temps après, Henri arriva en Italie et, pendant que Grégoire l'excommuniait de nouveau dans un huitième concile qu'il avait convoqué à Rome, il fit reconnaître Guibert comme pape dans une assemblée qui se tint en 1081 à Pavie et à laquelle assistèrent les évêques de la Lombardie, bien que tout le reste de la chrétienté se fût prononcé
HIST. DE l'ÉGUSE.-T. II. 8
Cil fa\eur «lu pape Grôgoire. Vaincnient il chercha à détacher le duc Robert des intérêts du pape , eu offrant de lui céder, à litre de fief, une partie des terres de l'Église romaine. Après avoir attaqué inutilement la ville de Rome dès l'an 1081 et une seconde fois en 1082, il laissa le commandement de son armée à l'anti-pape Guibert qui ravagea le territoire de Rome et qui, en cette circonstance, prouva qu'il était beaucoup plus propre à l'état militaire qu'à l'état ecclésiastique. Lors de sa troisième expédition en Italie , Henri se rendit maître d'une partie de la ville de Rome, et Grégoire fut obligé de se réfugier dans le château Saint-Ange. Les Romains, réduits à la dernière extrémité par un long siège et par la famine, pressèrent enfin le pape de faire un accommodement avec le roi qui, de son côté, se disait prêt à le reconnaître comme pape légitime et à recevoir de ses mains la couronne impériale et qui , par conséquent, était sur le point de sacrifier le misérable Guibert dont il ne se servait que coinnie d'un instrument pour avilir et pour maltraiter l'Église. Mais Grégoire lui répondit avec sa fermeté ordinaire qu'il ne lui accorderait l'absolution et qu'il ne lui placerait la couronne impériale sur la tête qu'après qu'il aurait donné satisfaction à Dieu et à l'Eglise des injures atroces qu'il leur avait faites. Enfin, les Romains conclurent avec le roi Henri une convention par laquelle ils promirent d'engager le pape à convoquer un concile général qui devait terminer le différend. Le pape convoqua en effet ce concile et adressa en même temps à toute la chrétienté des lettres dans lesquelles il disait qu'on y ferait voir clairement lequel des deux, est le véritable auteur de tous les maux et de la désunion entre l'Eglise et l'État. Cependant Henri qui n'approuvait nullement ce concile, fit arrêter, dévaliser et mettre en prison les évêques, les abbés et même le légat Otton d'Ostie , qui s'y rendaient, bien qu'il leur eût promis un sauf-conduit sous la foi du serment , et il employa à corrompre les Romains, l'argent que l'empereur grec Alexis lui avait envoyé pour faire la guerre à Robert. Grégoire fit néanmoins assembler le concile,
mais ii ne s'y trouva, outre les évêques de l'Italie méridionale, que quelques prélats français , et il ne put que les exhorter à la patience et à la persévérance. En l'an 1084, Henri, accompagné de Guibert, se rendit pour la quatrième fois à Rome où ii s'était frayé un passage à force d'argent. Dans un prétendu concile qu'il y convoqua, il fit de nouveau élire l'anti-pape qui, après avoir été sacré et intronisé par deux évêques lombards, plaça la couronne impériale sur la tête du roi.
Sur ces entrefaites, les Saxons et les Souabes avaient élu roi d'Allemagne, à la place de Rodolphe, Hermann, comte de Salm; et Sigefroy, archevêque de Mayence, l'avait couronné à Ooslar ; mais il avait trop peu d'autorité et de puissance pour maîtriser les hasards d'une grande guerre qui ne consistait (ju'en combats particuliers et en brigandages. La misère augmentant toujours, plusieurs personnes se réfugièrent dans les monastères, et mainte abbaye fut remplie de soldats et de genlilshommes qui, comme frères servants, ne dédaignaient point de se laisser employer aux œuvres serviles du monastère. L'Ilalie ne se trouvait pas dans un état plus prospère; car, au rapport d'un contemporain , Henri et Guibert qui lui servait d'instrument, y renouvelèrent la persécution de Néron; ils y maltraitèrent ou dépouillèrent de leurs biens tous ceux qui n'étaient pas de leur parti ou qui n'appartenaient pas à leur (•(•mmunion ; ils chassèrent les prêtres catholiques de tous les évêchés, des églises et des abbayes et les remplacèrent par des hommes corrompus et ignorants qui, à leur tour, furent sacriijés à la faveur, à la politique et à l'argent. On prétend qu'à cette époque et dans les années suivantes , Henri et son satellite l'anti-pape ne firent pas périr moins de 90,000 personnes *.
Une conférence qui eut lieu à Berkach sur la Werra au mois de janvier de l'an 1085, entre les archevêques de Salz-
' V. le fragment du cardinal Deus dédit, tiré d'un manuscrit romain, dans Saccahelli XXII, 179.
i'î'I m^TOUKK i)i: l'église.
Imurg cl do ]\Iagdebourg d'imo pari, ot les archevêques de fîrème, de 3Iayence, de Trêves, do Cologne el l'évêque d'Uirecht de l'autre, n'eut aurun résultat. Les prélats schisma- I i([ues (•()n\ oquèrenl ensuite un eoncile à 3Iayence ; mais les eatlioliques leur opposèrent le concile de Quedlinbourg, dans lequel le légatOtloii d'Ostie, riobliarddoSalzbourg, Hartwig di' Magdobourg, conjointement avec huit évoques et avec les <!épulés des évoques de Wurzbourg el de Worms , avec Gebhard de Constance et Wigold d'Augsbourg, en s'en rapportant aux tiégocialions de la conférence de Berkach, déclarèrent que les décisions du Siège apostolique sont tellement infaillibles que personne ne peut les révoquer en doute, et ils condamnèrent l'opinion que l'arcbevèquf^ de Mayonce avait émise <^ Berkach , el en vertu de la([uelle l'Eglise n'aurait pas le droit de juger les princes séculiers, tandis qu'ils ne peuvent pas disposer entièrement de leurs possessions. Wezilo avait nommément appliqué au roi le canon qui, relativement aux évoques, prescrit une telle restitution provisoire. Enfin on excommunia les évoques qui avaient été nommés par le roi Henri, conjointement avec l'anti-pape, ses cardinaux et ceux qui avaient été ordonnés par des évoques exconununiés, tels que Seguin de Cologne et Engelbert de Trêves. Ceux-ci , c'est-à-dire les trois archevêques des provinces Rhénanes et seize autres évoques , s'assemblèrent aussitôt à Mayence, où Guibert envoya aussi des légats; ils y déposèrent les évoques do Salzbourg, de Metz, de Worms et de Wurzbourg, les remplacèrent par d'autres et prononcèrent l'analhèmc contre le roi Hermann comme coupable de lèse-majesté et comme perturbateur du repos de l'Eglise.
Cependant de grands changements s'étaient opérés à Rome. Henri et Guibort, ayant appris que le duc Robert s'avançait à la tête de ses troupes vers cette ville , la quittèrent quelques semaines après que le pr(Mnier y eut été couronné. Les Normands, ayant surpris la ville, délivrèrent le pape de sa captivité dans le «hàleau Saint-Ange, mais ils s'y souillèrent de
rapines et de cruautés. Grégoire fit assembler un dernier concile à Salerne et y renouvela l'excommunication contre Henri. Succombant sous le poids de sa sollicitude pour l'Église et dr îa destinée qui le persécutait — car il dut encore survivre à l'apostasie de deux hommes qui le touchaient de près , l'évéque de Porto et son chancelier Pierre — il composa son dernier uppel à la chrétienté, le testament qu'il légua à l'Eglise : <( C'est seulement, dit-il, parce qu'au milieu des dangers les plus pressants de l'Église, nous n'avons pas voulu garder îe silence ni la laisser réduire à l'esclavage, que tout s'est révolté, que tout a conspiré contre nous. Partout on permet à la femme la plus pauvre de s'unir légitimement et à son gré à un homme ; l'Église seule , la fiancée de Dieu et notre mère commune , ne peut point s'attacher légitimement à son éjjoux. Pouvionsnous tolérer que des hérétiques, que des adultères, que des intrus, se soumissent les fils de l'Église et fissent rejaillir sur eux l'opprobre de leurs forfaits? » — Etant au lit de la mort , il désigna comme les plus dignes de lui succéder l'abbé Didier, les évêques Otton d'Ostie, Hugues de Lyon et Anselme de Lucques; il pria les cardinaux et les évoques qui l'entouraieni de lui mettre devant les yeux toutes les fautes qu'il pouvait avoir commises pendant son pontificat ; il leur fit promettre de ne lever l'excommunication prononcée contre Henri et Guibert que dans le cas qu'ils se repentissent de leurs fautes et qu'ils fissent pénitence et , à l'exception de ceux- ci et de quelques autres chefs de leur parti, il donna l'absolution à tous les autres. Son dernier mot fut : «J'ai aimé la justice et déteslé l'injustice , voilà pourquoi je meurs sur une terre étrangère. » On a souvent reproché à Grégoire VH d'avoir voulu établir une monarchie universelle à laquelle tous les royaumes de la chrétienté fussent soumis , et réduire les rois à la condition de vassaux du Siège de Rome. On peut sans doute supposer qu'un génie supérieur tel que Grégoire , renfermé dans le cercle des idées dominantes de son temps, ait aussi regardé le système féodal comme l'unique moyeu qu'il fût permis d'employer ^i
17i HISTOIRE DE L EGLISE.
celte époque pour unir entre eux TÉglise et l'État; et que par conséquent, tout eu envisageant la dépendance dans laquelle l'Kglise se trouvait à l'égard des princes séculiers conmie un joug insupportable, il ait jugé en même temps qu'il était naturel et souhaitable tjue l'Eglise se trouvât, surtout dans les circonstances actuelles, dans une sujétion semblable à l'égard du Siège apostolique. Mais il est impossible de prouver que Grégoire ait eu cette intention et qu'en général il ait porté si loin ses prétentions. Ix' moment où il semble les avoir poussées le plus loin , ce fut lorsqu'après la mort de Rodolphe, il chargea l'évèque de Passau de soumettre au nouveau roi d'Allemagne une formule de serment par laquelle il devait prêter au Siège de Rome foi et hommage et par laquelle il prenait l'engagement de mettre , à la première occasion , ses mains dans celles du pape, afin de devenir ainsi un miles du Siège apostolique. On pouvait interpréter cela, comme si le roi devait être vassal du pape, car le mol miles a ordinairement cette signification, et Grégoire paraît avoir senti lui-même qu'on l'expliquerait de cette manière, puisqu'il autorisa l'évèque à changer ou à retrancher tout ce qui, dans la formule du serment, pourrai! choquer. Mais, comme on peut le voir par lis mots qui précèdent, lui-même ne comprit sous le nom de celte mî7<7/a que l'obligation de défendre la personne du pape, l'Église romaine, ses prérogatives et ses possessions *. Le roi devait lui prêter le serment de fidélité et de protection , comme Otton I et Henri II l'avaient prêté aux papes Jean XII et Renoît VIII; il devail promettre de lui obéir, « comme chaque chrétien est obligé d'obéir au successeur de saint Pierre.» Si le pape avait eiiréellenient rinlention de regarder le royaume comme un fief et le roi d'Allemagne comme un vassal du Siège de Rome, il aurait dû forcer le roi à recevoir l'investiture de ses mains, comme
' Comme un signe tic cette obligation, le pape avait coutume de remettre au roi ou à reni|)ercur le cingttlum militarc; c'est pour ceUe raison que cette cérémonie se trouve dans le Ceremoniale Romanum. V. Raynald. ad an. 1204. Num. 72.
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Robert Guiscard l'avait reçue pour la Fouille , la Calabre et la Sicile ; mais Grégoire n'y pensa pas.
Grégoire ne prétendit jamais se faire prêter foi et hommage par le roi de France. Il se contenta de faire payer annuellement le tribut d'un denier par maison au Siège apostolique qui, à cette époque, en avait un besoin pressant, et il s'en rapporta à ce que Charlemagne avait déjà établi une pareille subvention dans trois villes de son empire, Grégoire exigea et obtint la même chose de Guillaume le Conquérant , roi d'Angleterre , où , dans ces derniers temps , on avait cessé de payer le denier de saint Pierre. Guillaume rejeta comme une innovation dangereuse la seconde demande que lui avait adressée le légat du pape à une époque où le schisme avait éclaté de toutes parts et où l'on s'opposait de toutes ses forces aux lois de l'Eglise, et qui consistait à lui faire prêter au pape le serment de fidélité : il refusa probablement parce qu'il croyait qu'on cherchait à limiter le pouvoir despotique qu'il exerçait sur les églises et les évêques de son royaume. Grégoire n'exigea en général de l'Angleterre comme de la Hongrie qu'une obéissance spirituelle , et s'il s'arrogea sur le royaume de Hongrie un droit de propriété, fondé sur la donation que le pape Silvestre H en avait faite au roi Etienne I , il n'eut nullement l'intention de limiter la souveraineté des rois de Hongrie; il chercha, au contraire , à conserver à la Hongrie sa liberté et son indépendance et à l'empêcher de devenir un fief du royaume d'Allemagne. Il manifesta à l'égard de l'Espagne les mêmes sentiments qu'il avait manifestés relativement à la Hongrie. Il prétendit que ce royaume avait été tributaire de saint Pierre et de l'Eglise romaine et qu'il en avait été la propriété , môme avant que les Sarrasins en eussent fait la conquête. Déjà avant l'intronisation de Grégoire, un comte nommé Ebulo de Racejo avait été autorisé par le pape à faire la guerre aux Sarrasins , sous la condition qu'il lui payerait une redevance de toutes les terres qu'il leur enlèverait. Ramiro , roi d'Aragon et de Navarre , reconnut aussi la haute souveraineté du pape et paya
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annuellement un certain tril)ut à Grégoire. Mais on voit en partie par les lettres (jue le pape Gréffoirc adressa aux rois d'Espagne et dans lesquelles il ne parle que de l'obéissance et de la lidélilé ({ue l'on doit en général à l'Eglise romaine, en partie parce que d'autres rois de la péninsule Hispanique, excités par un zèle particulier, avaient rendu leurs royaumes tributaires de certaines églises ou abbayes, telles que celles de Clairvaux et de Clugny, qu'il n'était question d'aucun vassalage ni dans les prétentions du pape ni dans le tribut que lui payaient les rois. Le tribut qu'exigea Grégoire n'était donc pas plus un tribut iéodal que celui qu'on pajait à ces abbayes ; mais c'était le signe d'un respect particulier et d'une entière soumission à l'autorité spirituelle du Siège apostolique. En revanche, le tribut que Déméirius, roi de Croatie et de Dalmalie, promit, en 1076, de payer annuellement à l'Église de Rome, était un tribut féodal proprement dit , puisque le pape accorda le titre de roi à ce duc et que, par l'entremise de ses légats , il lui donna , dans la diète de Salone, l'investiture au moyen du drapeau, du sceptre, du glaive et de la couronne.
Continuation. Écrivains polémigues, Victor III. Urbain II. Paschal IL
Bernoldi opuscula varia, in Usscrmanni monura. Alemann. t. II. S. Gebhardi Archicp. Salisburg. epistola ad Hermannum Ep. Metens. ( de Van 1081 ) , in ïengnagcl vct. nioniim. contra schismaticos. Ingolst. 1612. 4. S. Anselmi cp. Luccnsis contra (juiberlum Anlipapam pro Gregorio VII libri II, in Biblioth. max. PP. t. XVIII. Manegoi-di opusculnm contra Wolfolmiim (vers Van 1099), in Muratori anecdot. IV, 167. Placidi Nonantulani Prioris liber de honore ecclesiœ (en Van 1111 ), in Pezii thés, anecdot. t. II, p. II. Godofredi Abb. Vindoci- NKNs. (1093 — 1132). Opuscc. in Biblioth. xMax. PP. t. XXI. — Iheodorici ep. Virduncns. (We>euici ep. Vercellcns.) cpislola ad Grcgorium VII , in Martene thés, anecdot. t. I , p. 214. Wai.trami ep. Numburgens. liber de unilale ecclcsia; conservanda {de Van 1093), in
Freheri Scriptt. rer. Germ. t. L Quelques documents dans le Codex Udalrici epislolaris, in Eccard. t. il. — Quant à Victor iil : Petki DiAcoNi chron. monast. Cassin., in Muratori SS. rer. Italie, t. lY.
La grande lutte qui occupait tous les esprits et qui bouleversa la moitié de l'Europe, ne se lit pas seulement à la pointe de l epée , mais aussi au moyen de divers écrits , de lettres et âïiêîne de certains ouvrages de longue haleine. Les droits de iÉglise et les mesures que prit le Siège apostolique furent déf^}ndus par un grand nombre d'écrivains, mais les rois ou les prêtres concubinaires eurent également leurs apologistes. Les prêtres concubinaires défendaient quelquefois eux-mêmes leur cause. C'est ainsi que ceux du diocèse de Cambrai et de celui de Noyon rédigèrent, en V.m 1076, deux mémoires dans b'squels ils se plaignaient amèrement des prétentions des Roiuains qui, par l'entremise du légat Hugues, troublaient leurs fauiilies et voulaient leur défendre de posséder plus d'une prébende, tandis que deux ou trois leur sufllîsaient à peine pour vivre, ayant des femmes et des enfants à nourrir et à en- ! retenir. Les prêtres du diocèse de Cambrai se plaignirent en jiiême temps de leur évêque qui ne voulait plus conférer les nrdres sacrés à leurs tik et qui, à cause de leurs femmes, leur refusait la permission de célébrer le service divin. Outre quel- (}ues passages de l'Écriture sainte et la discipline de l'ancienne alliance, les défenseurs du mariage des prêtres firent particulièrement valoir ce qu'on raconte de l'opinion que l'évêque 5*aphnuce doit avoir émise au concile de Nicée , mais on sait que Bernold l'a déjà regardée comme apocryphe. Un auteur monyme présente sous les couleurs les plus sombres l'indigna- 1 ion dont les premiers décrets de Grégoire remplirent le peuple contre les prêtres concubinaires '.
Dans la dispute au sujet des investitures, le point essentiel é!ait de savoir, si l'on rétablirait la liberté des élections canoniques ou si le roi continuerait à nommer les évêques. Henri lY
' Ap. Martene tî;cs, anecdol. î, 230.
et son lUs iratUchoronl tant d'importance aux investitures que parce qu'ils y trouvaient un moyeu de confier les évêchés et les abbayes à des personnes qui leur étaient dévouées. Si par l'investiture on se bornait à accorder aux évéques élus et sacrés des fiefs de l'Empire , elle conservait , il est vrai , toujours encore sa valeur, pour autant qu'elle servait à rappeler aux évêques ou aux abbés qu'ils étaient vassaux du roi ; mais pour des rois, tels que les deux Henri, (;lle avait à peine encore quelque valeur, puisque leurs efiforts tendaient à tenir les évêques et les abbés dans la dépendance , à exiger d'eux une soumission aveugle et à exercer une influence directe sur les églises et sur les monastères. En conséquence , Henri IV rejeta formellement loflre que lui Ht le pape Grégoire de prendre ses justes réclamations en considération, à l'effet de modiiier son décret contre les investitures. Du reste, Grégoire et les défenseurs de l'Eglise, en condamnant les investitures, se fondèrent particulièrement sur le canon du huitième concile œcuménique qui défend indistinctement à toutes les puissances séculières de s'immiscer dans les élections des évêques et qui frappe d'analbème ceux qui violent la liberté d'élection. Le pape lit voir qu'il n'exigeait rien de nouveau , rien qu'il eù( imaginé lui-môme, mais qu'il ne cherchait qu'à remettre en vigueur l'ancienne doctrine et l'ancienne discipline de l'Eglis»'. Anselme lui-même ne parle jamais que des élections canoniques, et il ne fait pas une seule fois mention des investitures, parce qu'il les regarde comme un accessoire séparé de cette question vitale de l'Eglise. Mais les investitures n'étaient pas seulement dans le rapport le plus intime avec la question relative à la liberté d'élection, mais aussi avec celle de la simoni<s et les partisans de l'Église de Rome étaient convaincus qu«' tant que cette dernière subsistait, il était impossible d'extirp«Mla simonie, la simonie expresse aussi bien que la tacite, qui consistait à accorder les dignités ecclésiastiques à la faveur, et pour des services rendus ou à rendre (wainera ab obsequw, a Uiujua, a manu). Placide et Anselme nous font connaître les intrigues
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de ceux qui aspiraient à ces dignités : ils nous disent que, pendant dix ans et quelquefois pendant plus de temps , ils dépensaient de fortes sommes d'argent à la cour, qu'ils y attendaient avec impatience la mort de l'évêque ou de l'abbé qu'ils désiraient de remplacer, et qu'ensuite ils avaient une lâche condescendance et une soumission aveugle pour les grands auxquels ils étaient redevables de leurs dignités ; ils disent en outre comment, lorsqu'ils étaient parvenus à l'épiscopat, ils cherchaient, en traflquant des choses sacrées, à récupérer l'argent que leur avaient coûté leurs évêchés , et comment les prêtres , de leur côté , vendaient les sacrements , afin de recouvrer leur capital avec les intérêts. Dans plusieurs contrées l'usage avait prévalu de vendre les églises de peu d'importance à des clercs, à des laï- (|ues, et même à des femmes, et lorsqu'on en faisait un reproche à ceux qui se livraient à ce trafic , ils répondaient qu'ils ne vendaient pas les églises mêmes , mais seulement leurs terres et leurs revenus.
Parmi les partisans du roi il y en eut plusieurs qui prétendaient que le roi pouvait disposer à son gré des églises de son royaume, qu'elles lui appartenaient, que lui ou ses prédécesseurs les avaient faites ce qu'elles étaient , que , par conséquent, elles étaient obligées de le servir et qu'elles ne pouvaient pas avoir d'autre chef que celui qu'il lui plairait de leur donner. C'était aussi l'idée qu'Adalbert de Brème et les autres courtisans avaient inspirée au jeune Henri. Ils aimaient aussi à s'en rapporter à l'onction par laquelle le roi avait reçu , à son couronnement, une espèce de caractère religieux, en vertu duquel il pouvait disposer des évêchés et des abbayes. Ceux qui étaient moins aveuglés , faisaient souvent valoir le prétendu privilège que le pape Adrien doit avoir accordé au roi Charles et à ses successeurs et qui lui donnait le droit de nommer aux évêchés de son royaume. Ils alléguaient aussi qu'un fort grand nombre de saints prélats avaient reçu l'investiture sans former la moindre opposition , ou bien ils établissaient une distinction entre les biens temporels que le roi accordait aux églises au
ISO HiSTOiuK i>E l'Église.
inovon des invostiturcs, ot la puissance el le sacre des évêques, (jue IK^lise étail seule en droit de conférer. IMais les défenseurs de rÉ<ilis(! leur répondaicnl (ju'on ne faisait point cette distinction dans la réalité, puisqu'en donnant l'investiture, on ne disait jamais : « Recevez les terres de cette église, » mais toujours : «Recevez celle église. » — Celte remarque, Pierre Damien la faisait déjà. On disait de plus qu'il n'est pas possible d'admettre une pareille distinction, parce que, dans l'Kglise, le spirituel et le temporel tiennent ensemble comme le corps et l'àme, qu'on ne peut ni partager ni séparer, et que, dans ce cas, au lieu d'une seule voie indiquée par Jésus-Christ, on en ouvrirait deux pour parvenir au ministère des autels; qu'en outre, linvestilure est lacté décisif dont dépend aussi la consécration , puisque celle-ci doit nécessairement avoir lieu après celle-là , et que si , comme cela se pratiquait ordinairement alors, le roi accorde l'investiture à la faveur ou dans des vues d'intérêt particulier, il profane la consécration que son investiture est destinée à sanctionner et qui, par conséquent, p.e peut, en aucune façon, communiquer le Saint-Esprit ni produire aucun effet sacramentel. On condamnait enlin la simonie j parce que, par cet acte, le roi cède à quelqu'un ce (jui lui appartient cl que cette personne ne possède alors que par lui; ainsi, il s'arroge la propriété des biens de l'Eglise. .Mais les biens de l'Église ayant été une fois pour toutes et irrévocablement , non cédés à l'évéque qui n'en est que l'administrateur temporaire, mais consacrés à Dieu et à ses Saints, on ne pouvait pas, au moyen d'une nouvelle investiture, les donner indifféremment à tous les évêques ou abbés, comme <ela se pratiquait à l'égard des liefs de la couronne que le roi révoquait à son gré. Cette objection étail frappante en ce sens <jue l'investiture, telle qu'elle avait lieu alors, était une vérilable infraction non-seulement à la liberté d'élection, mais :mssi au droit de propriété de l'Eglise, car le roi ne pouvait, après tout, donner l'investiture que des fiefs de la couronne, lie patrimoine proprement dit de l'Église, qui se composait en
majeure partie de donations ou d'acquisitions de biens allodiauv^, ne pouvait devenir l'objet de l'investitnre qu'au moyen de l'usurpation , et par cela môme on peut de nouveau se convaincre que , dans l'opinion des contemporains , c'était l'épiscopat même que l'on conférait par l'investiture et que , pour défendre celle-ci , on ne fut amené qu'insensiblement à faire cette distinction.
Les symboles de l'anneau et de la crosse, au moyen desquels l'investiture avait lieu, servaient à confirmer l'idée qu'on s'était formée de l'investiture. Il était évident qu'une investiture pour laquelle on employait les signes généralement connus de la dignité ecclésiastique et de la juridiction pastorale, et qui devait toujours précéder la consécration, ne pouvait être ni une simple investiture des fiefs de la couronne ni des biens temporels en général , et l'on sentait bien que si celui qui devait être sacré évêque, avait déjà reçu l'anneau et la crosse en vertu de l'investiture du roi , ce n'était plus qu'une simple cérémonie que de recevoir encore une fois ces mêmes symboles lorsqu'il était sacré par le métropolitain , et que c'était à proprement parler le roi qui lui conférait la dignité et la juridiction épiscopales. Ne serait-ce pas une chose tout à fait étrange, dil Placide, si , en donnant aux prêtres l'investiture de leurs prébendes, on se servait de la chasuble et de l'étole? Mais pour les évêques et les abbés , l'habitude seule avait rendu les hommes indifférents sur cette coutume absurde par laquelle le roi investissait au moyen de l'anneau et de la crosse. Godefroi, abbé de Vendôme, regardait pour cette raison comme simoniaques et comme hérétiques ceux qui se faisaient investir par des laïques , soit parce qu'en leur accordant l'investiture , ils n'avaient d'autre but que de se procurer des avantages temporels ou de se soumettre des évêques , soit parce que l'anneau et la crosse sont des symboles que les laïques ne peuvent donner en aucune façon. Cependant il ne désapprouvait pas l'investiture que le roi accorde à un évêque élu et sacré , dans le but de lui assurer la jouissance de ses revenus et de le prendre sous
sa protection. Ivon, évoque de Chartres, qui avait reçu luimèuie l'investiture du roi, avait écrit autrefois en faveur de I investiture, telle (juellc avait lieu en France où elle portail rarement des entraves à la liberté d'élection; mais, dans la suite , il la condamna et fut convaincu que le pape Paschal II devait révoquer le consentement qu'il y avait donné et qu on lui ayait arraché pendant sa captivité. Waltram, évêque de Naumbourg, qui est probablement l'auteur de l'ouvrage sur l'L'nité de l'Église, dans kujuel les investitures et la cause de Henri IV sont généralement défendues avec une aigreur violente , changea plus tard de manière de penser et fut un des plus zélés partisans du pape Paschal.
Mais, demandèrent les créatures du roi, le roi qui est le maître de la nation , doit-il être entièrement exclu de l'élection des évèques? Les évéques doivent-ils être absolument indépendants du roi , et l'Église doit-elle former un état dans l'état? Il peut y prendre part, replitpièrent leurs adversaires, mais seulement comme le fils de l'Église, et non comme son maître, afin de protéger la liberté d'élection, et non pour l'anéantir. En outre, les évéques doivent lui payer toutes les charges légitimes et lui être soumis dans les affaires civiles , de môme que toux ceux qui ne sont pas vassaux de la couronne , sont obligés de le faire.
Que la déposition de Henri IV fût la conséquence nécessaire de son excommunication ; qu'un roi qui n'appartient plus à l'Église, ne puisse plus être le chef de son royaume ni régner sur un peuple chrétien , voilà ce que plusieurs personnes , même d'entre les partisans de Henri, paraissent avoir reconnu à cette époque ; mais tout en regardant cette déposition comme légitime, elles regardèrent son excommunication comme illégitime. Elles prétendirent, comme le fit l'évêque Sigebert dans la lettre qu'il adressa au nom du clergé de Liège au pape Paschal II , que cette excommunication était invalide , parce que les rois n'avaient piis de juge sur la terre et que Jésus- Christ s'était réservé à lui-même le droit de les juger. Les
auteurs ecclésiastiques n'eurent aucune peine de réfuter cette assertion au moyen de l'Écriture sainte et de l'histoire. Ils se fondèrent particulièrement sur la conduite de saint Ambroise envers l'empereur Théodose ; mais à l'égard des conséquences que Grégoire tira de l'anathème prononcé contre Henri , l'histoire n'en fournissait aucun exemple , et sous ce rapport, ils se trouvèrent tous , et Grégoire lui-même , manifestement embarrassés. Ils pouvaient pressentir, mais manquant de documents historiques, ils ne pouvaient point dire que l'Église, en présence d'un état essentiellement païen , avait été jadis dans unr tout autre position , et qu'un royaume , tel que celui d'Allemagne qui ayant été entièrement basé sur le Christianisme, était en quelque sorte issu de l'Église, et se trouvait dans le rapport le plus intime avec elle, ne pouvait point être régi par un prince qui restait volontairement excommunié et qui se montrait manifestement hostile à l'Église. Du reste , les défenseurs des dogmes de l'Église savaient bien que toute excommunication qui résulte d'un scandale public , n'entraîne pas nécessairement la perte des prérogatives de la couronne ni la dissolution des liens politiques qui existent entre le roi et la nation, mais que cette excommunication que l'Église prononce contre ceux qui se révoltent ouvertement contre elle , qui sèment l'hérésie ou qui occasionnent un schisme, rend incapable de régner désormais sur des sujets catholiques, le roi qui viole le plus solennel des serments qu'il a prêtés à son couronnement, celui de maintenir la religion dans toute sa pureté et de protéger l'Église. C'est dans ce sens que s'exprima Etienne , évêque d'Halberstadt, dans sa lettre à Waltram. Mais les partisans du roi s'élevèrent avec plus de forcé encore contre oe qui n'était que la conséquence de la déposition et qui consistait à délier les sujets du roi de leur serment de fidélité, que contre la déposition même. Leurs idées relativement à la force et à l'obligation d'un tel serment étaient très-vagues, et il parait qu'un grand nombre d'évêques se laissèrent plutôt diriger par une espèce de point d'honneur mondain et féodal que par
une délicatesse de conscience vraiment religieuse, pour sacrilier à ce serment les devoirs même les plus sacrés. Ils se regardaient avant tout comme les sujets du roi, et ils oubliaient tju'ils étaient les serviteurs de l'Église. Plusieurs d'entre eux u hé>itèrent point à déclarer ouvertement qu'ils ne reconnaissaient d'autre pape que l'empereur, et Gebhard de Salzbourg leur reprocha qu'ils commettraient plutôt les plus grands crimes que de violer leur serment de lidélilé, et (ju'après avoir promis solennellement au pied de l'autel d'être fidèles et soumis au pape, ils rompaient ce serment, uniquement dans la vue de ne pas violer celui qu'ils avaient prêté au roi dans son palais; et cependant, dil-il, les évê([ues n'ont contracté et n'onl nu contracter d'autres obligations que celles qui lussent en rapport avec les devoirs de leur état [salvo ordine). Enfin, les partisans de Henri avant souvent prétendu que l'Eglise n'avait pas le pouvoir de délier les sujets du roi de leur serment de lidélité, les défenseurs du Siège apostolique pouvaient leur répliquer ([ue, la durée de l'obligation d'un serment ne pouvant dépendre du jugement ni de la volonté d'un seul individu , l'Église, en vertu de son pouvoir de lier et de délier, était en droit de déclarer, dans de certaines circonstances, qu'un serment de fidélité qui mettait les chrétiens dans le cas de violer les principaux commandements de l'Église , cessait d'être obligatoire , et que la décision d'une affaire aussi importante appartenait légitimement au chef de l'Église. Saint Anselme foil à ce sujet une remarque frappante : il dit que telle est la signification du serment, que la fidélité que l'on promet à un homme reçoit sa force obligatoire de la iidélité qu'on doit à Dieu, car, par un tel serment, on ne dit autre chose que <( en vertu de la fidélité que je dois à Dieu , je jure de vous être fidèle aussi. >» Vax conséquence, si la fidélité qu'on promet à un homme est Cl contradiction avec celle qu'on doit à Dieu, la premiv're doit perdre sa force obligatoire.
Au milieu de l'exaspération générale produite par la grande lutte qui avait pour objet d'affranchir et de purifier l'Église,
Grégoire fut de la part de quelques-uns de ses contemporains, tels , que Benzo , évêquc d' Albe , dans son Panégyrique de Henri IV, et le cardinal Benno, dans une prétendue Biographie de Grégoire VII, en butte à des injures et à des calomnies qui tombent d'elles-mêmes. Des adversaires plus modérés , tels que l'auteur d'un écrit qui porte le nom de Thierry, évêque de Verdun , lui rendent plus de justice , et ce dernier affirme que Grégoire fut si loin de se laisser dominer par l'ambition que, d'abord, il avait pris la fuite pour ne pas devoir accepter la jiare. Il est possible que ceux qui le font passer pour un grand homme d'état, qui tenait dans sa main le fil d'un système politique d'une rare conception et qui avait l'art d'exécuter ses ingénieux projets, méconnaissent également son caractère. Quoiqu'élevé sur le siège pontifical, il ne cessa d'être un moine pieux, sévère envers lui-même comme envers les autres , pénétré de l'importance de sa dignité et de sa mission, ennemi de la corruption du siècle, ferme et intrépide par l'entière conviction qu'il avait de la nécessité et de la légitimité de son entreprise et par la confiance que Dieu délivrerait son Eglise du plus grand des dangers même et que tôt ou tard il accomplirait l'œuvre commencée par les papes et par ceux qui partageaient leur opinion; c'est pour cette raison qu'il ne se souciait pas non plus des conséquences de ses actions.
A la mort de Grégoire , le siège apostolique se trouva dans la position la plus critique : Henri et Quibert avaient dans Rome même de nombreux et puissants partisans; l'Italie septentrionale tout entière et l'Italie centrale en partie s'étaient déclarées en leur faveur ; la comtesse Mathilde seule était restée fidèle à la cause de l'Église; Robert Guiscard qui, du reste, mourut peu de temps après Grégoire, ne lui était attaché que pour autant qu'il y trouvait son intérêt. Presque toutes les voix se réunirent pour élire pape Didier, abbé du Mont-Cassin qui, pendant vingt-huit ans et dans les circonstances les plus difliciles, avait été vicaire apostolique de l'Italie méridionale. Comme abbé, il possédait des villes et des châteaux et, par ce
moyen commo par ramitié que lui témoignaient les princes de (Papoue el deSalerne, ainsi (jue le duc Roger, il pouvait procurer au Siège apostolique la hase matérielle et la protection des armes temporelles dont il avait alors un si pressant besoin. ]\Iais Didier, étant d'une santé fort chancelante , refusa de se charger d'un si lourd fardeau. Et même, après qu'on l'eut entraîné de force dans l'église à Rome et qu'on l'eut revêtu des ornements iwnlificaux, il se retira à son monastère et persista dans son refus d'accepter la dignité de souverain pontife. Enlin, il se rendit, dans un concile qui se tint à Capoue en 1087, aux. sollicitations les plus longues et les plus vives des prélats et des princes qui y étaient assemblés , et il partit ensuite pour Rome où, sur ces entrefaites, Guihert à l'aide de ses partisans s'était emparé du Siège pontilical, de sorte que les armes des Normands durent lui procurer d'abord une église dans laquelle il put être sacré sous le nom de Victor III. Au mois d'août 1087, il tint un concile à Bénévent; il y prononça la déposition et l'anathème contre l'anti-pape Guihert , ainsi que contre Hugues, archevêque de Lyon, et le cardinal Richard, abbé de Marseille ; car ces deux zélateurs de la religion refusaient de le reconnaître, parce qu'il avait promis la couronne impériale au roi Henri et qu'il avait héalilié quelques partisans de Guihert ; mais il paraît que Hugues qui, au commencement, avait voté en faveur de Victor, en agit ainsi, parce qu'il avait été déçu de ses espérances.
Six mois après la mort de Victor, au mois de mars de l'an 1088, sur sa recommandation, les cardinaux assemblés à Terracine élurent pape Otton, évêque d'Ostie. Il était Français de nation et avait été d'abord archidiacre d'Auxerre, ensuite moine et prieur de Glugny, d'où Grégoire l'avait appelé à Rome, avant que de l'élever à la dignité de cardinal. Urbain 11 annonça aussitôt par des lettres circulaires qu'il suivrait en tout les errements du pape Grégoire. Par l'entremise de ses légats, il engagea en même temps les princes et les peuples à délivrer l'Église des dangers dont elle était menacée. Il se ren-
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liit, il esi vrai, à Rome, mais l'anti-pape étant toujours maître de cette ville, il fut obligé d'habiter une maison particulière de l'île du Tibre, et telle fut à cette époque la détresse du Siège apostolique, que le pape fut réduit à l'aumôme que lui faisaient quelques fidèles.
Cependant l'Allemagne continua d'être le théâtre de guerres civiles et religieuses. Le roi Hermann quitta la Saxe où il était peu considéré , pour se rendre en Lorraine où il mourut en l'an 1088. Quoique Henri eût perdu la bataille de Bleichfeld près de Wurzbourg et celle de Gleichen, il fortifia néanmoins son parti à vue d'œil : il parvint à se procurer de l'argent e( des vassaux dévoués en trafiquant des évêchés, et il lit en sorte que tous les prélats catholiques furent obligés de chercher un asile loin de leurs diocèses. Quelque vif et quelque général que fût le désir d'une franche et complète réconciliation , les conférences que les princes tinrent à Oppenheim et à Spire n'eurent aucun résultat, parce que Henri refusa d'accepter les deux conditions qu'on lui proposait et qui consistaient à sacrifier le pape et à se réconcilier avec l'Église; car les évêques qu'il avait imposés aux églises d'Allemagne et qui faisaieni toute sa force , étaient , il est vrai , toujours prêts à combattre pour lui à la tête de leurs troupes, et ils lui servaient d'instruments aveugles en tout, tant qu'ils ne couraient aucun risque de perdre leurs places ; mais ils s'opposaient de toutes leurs forces à la conclusion de la paix avec un pape dont ils n'avaient autre chose à attendre que leur déposition. Sur ces entrefaites, Urbain nomma légat Gebehard, évêque de Constance et lui adjoignit le vieil Altmann, évêque de Passau. I! détermina les trois degrés d'excommunication contre Guibert et Henri, contre leurs conseillers, surtout contre les prêtres, qui, à l'avenir, accepteraient des fonctions ecclésiastiques soit d'eux soit de leurs faux évêques, et enfin contre ceux qui auraient des relations avec eux et auxquels on facilita singulièrement le retour à l'Église. Il est vrai que, vers ce temps, les partisans du Saint-Siège essuyèrent de grandes pertes par
la mort de leurs principaux soutiens, nommément de Gebeliard, évoque de Salzhoui'i;, d'Herniann de Metz, d'Altmann de Passau, et d'Adalbert de W urzbourg , mais ils furent, pour la plupart , remplacés par des prélats qui partageaient leurs sentiments. Les habitants de Metz et de Constance repoussèrent avec violence les vils mercenaires que Henri voulait leur imposer, ci les trois évéchés de Metz , de Toul et de Verdun si* séparèrent du schismatique Egilbert de Trêves, leur Métropolitain.
En Italie, la prépondérance des partis subit de semblables vicissitudes. Le mariage que, d'après le conseil du pape, la comtesse Mathilde avait contracté avec Guelphe, fils du duc de Bavière , devait fortifier le parti des amis du Siège apostolique , mais cette combinaison manqua son but , en ce que Guelphe s'étant bientôt aperçu que les immenses possessions de son épouse, qui en avait déjà disposé en faveur du Saint-Siège, ne lui tomberaient point en partage, se sépara d'elle. En l'an 1090, Henri marcha pour la troisième fois en Italie et y attaqua les états de Mathilde avec une alternative à peu près égale de succès <'t de revers, tandis que Guibert, qui, depuis peu, avait été chassé par les Romains, s'était remis en possession de la ville. Dès lors, le roi Henri perdit le reste de la considération dont cet être immoral avait encore joui jusqu'alors. Son propre tils Conrad qui, dès l'an 1087 , avait été couronné roi des Romains à Aix-la-Chapelle, et qui était un prince doux, pieux et généralement aimé, se sépara en 1093 de son père et se lit couronner roi d'Italie à Monza par Anselme, archevêque de Milan, qui venait d'embrasser le parti du pape Urbain. En même temps, les villes de Milan, de Crémone, de Plaisance et de Lodi formèrent une ligue contre Henri pour l'espace de vingt ans. Peu après , il fut aussi abandonné par sa seconde femme Praxède , princesse russe , (jui se plaignit ensuite au concile d<« Plaisance des outrages et des infamies que ce prince lui avait fait souffrir en sa personne, et qui se retira dans un monastère. En 1095, Urbain avait tellement pris le dessus qu'au
milieu du pays où le parti de Henri et de Guibert avait exercé jusqu'alors une domination illimitée, et sous les yeux mêmes de ces deux alliés qui demeuraient à Véronnc, il célébra à Plaisance , où , en 1089 , l'évéque Bonizo avait été cruellement mis à mort par les partisans de Guibert, un concile généraf auquel assistèrent 4000 ecclésiastiques et 30,000 laïques. On y renouvela les canons contre la simonie et l'incontinence des prêtres et l'on réitéra l'anathème contre Guibert et ses complices; ensuite Urbain donna la première impulsion à une entreprise dont on sentait le besoin depuis longtemps et que Grégoire VII avait déjà songé à exécuter. Pierre l'Ermite venait de parcourir l'Italie et la France, préchant partout, ei peignant avec des couleurs vives la profanation des lieux saints et l'état misérable des chrétiens et des pauvres pèlerins de la Terre-Sainte. Tout à coup le pape présenta au concile de Plaisance les ambassadeurs d'Alexis, empereur de Gonstantiuoplc, qui demandait le secours des Chrétiens contre la prépondérance et les cruautés des Turcs qui menaçaient d'envahir aussi l'Occident; plusieurs princes s'engagèrent dès lors par serment à marcher au secours des fidèles de l'Orient. Le pape lint ensuite un concile à Clermont en Auvergne auquel assistèrent 218 évéques et abbés avec une foule innombrable de laïques de toutes les classes. Parmi les évéques allemands, Thiemon de Salzbourg , Ulric de Passau et Gebehard de Constance s'y rendirent également. Le discours pathétique qu'y prononça le pape et le sermon édifiant qu'y prêcha Pierre l'Ermite, firent d'abord sur les assistants une si profonde impression qu'ils s'écrièrent tous : « Dieu le veut. » Bientôt les chaires du sud-ouest de l'Europe retentissant de la prédication «le la croisade, des bandes nombreuses de croisés se rendirent pour la première fois en Asie , où elles s'emparèrent de Nicée , d'Antioche et de Jérusalem. Le concile déclara que tous ceux qui . avec des intentions pures , et non par ambition ou par avidité , s'enrôleraient dans cette sainte milice , dans le but de délivrer le tombeau de Notre-Seigneur, jouiraient dindul-
190 HisToiuK DE l'Église.
iiciices plonières ot qu'ils obtiendraient la rémission de tous leurs péchés.
Au concile de Clermont, on défendit aussi les investitures avec cette nouvelle et importante addition qu'à l'avenir aucun é\é«(ue ou prêtre ne pourrait plus prêter entre les mains du roi le serment de foi et d'hommajj^e. Des motifs très-pressants engagèrent le pape à prendre cette décision qui , dans tous les cas, était d'une exécution fort difticile. On donnait à cette époque au serment de foi et d'hommage que les évêques et les abhés prêtaient au roi en qualité de leur seigneur suzerain, une signification qui, un peu plus tôt, un peu plus tard, devait infailliblement anéantir la constitution de l'Église, rompre les liens qui existaient entre le chef de l'Église et les évêques et faire servir ces derniers d'instruments à la politique des rois. Les prêtres du diocèse de Liège déclarèrent alors qu'on ne }»ouvait faire aucun reproche à leur évêque de son entier dévouement à son seigneur suzerain à qui il avait prêté foi et hommage. Grégoire VII ayant envoyé son légat Hugues de Die en France, afin d'y travailler à la réforme de l'Église, le roi Philippe défendit aux évêques du royaume d'assister aux conciles que le légat avait convoqués, parce qu'il considérait leur participation à ces assemblées comme une violation manifeste du serment qu'ils lui avaient prêté , de sorte que Hugues fut obligé d'assembler les conciles dans les villes qui n'appartenaient point alors au roi de France. Bien plus, Ivon, évêque de Chartres, ayant eu la franchise de condamner le commerce adultère du roi, fut accusé d'avoir violé son serment de foi et d'hommage. Cette même année , le pape apprit de son légat qui était revenu d'Angleterre que Guillaume H , en s'en rapportant à la foi et à l'hommage que les évêques de son royaume lui avaient prêtés, leur avait ordonné de ne pas reconnaître l rbain H en qualité de pape et de n'avoir aucune relation avec lui, parce qu'il entrait dans sa politique de laisser cette affaire provisoirement indécise. Le concile de Clermont chercha en conséquence à mettre un terme à des rapports aussi pernicieux
pour l'Église : au lieu des rapports intimes que la féodalité établissait entre les évêques et les rois, il ne devait plus y avoir que les relations générales qui existent entre le prince et ses sujets.
Une armée de croisés français ayant chassé l'anti-pape de Rome, Urbain y retourna en l'an 109G. Henri ayant, pendant sept ans , inutilement épuisé ses forces contre la puissance et l'énergie de la comtesse Mathilde, quitta l'Italie pour ne plus y revenir, et Guibcrt qui ne possédait plus que Ravenne , perdit même la majeure partie de l'Exarchat , qui dès lors tomba de nouveau au pouvoir d'Urbain II. Cependant Henri et Guibert avaient encore à Rome de nombreux partisans, et pendant qu'Urbain séjournait dans l'Italie méridionale, les complices de Guibert, entre autres le cardinal Benno, tinrent en 1098 un concile dans lequel ils condamnèrent « les nouvelles hérésies inventées par Hildebrand » et brûlèrent les décrets des derniers papes. En revanche , ces décrets furent renouvelés dans le dernier et nombreux concile que , l'année suivante , le pape Urbain convoqua à Rome. Quelques mois après , le pape vint à mourir, après avoir accordé à Roger, comte de Sicile , la qualité et les prérogatives de légat-né du Saint-Siège, avec la promesse que tant que lui ou ses successeurs travailleraient avec zèle au bien-être de l'Eglise , il n'y aurait pas d'autre légat en Sicile. Cette donation qui donna lieu à l'établissement du fameux tribunal de la monarchie de Sicile, fut dans la suite l'objet de longues contestations entre le Siège apostolique et les rois de Sicile. Après une vive résistance, le cardinal Rainier, qui avait été autrefois moine de Clugny , succéda au pape Urbain II sous le nom de Paschal H. Guibert qui s'était repenti plus d'une fois d'avoir usurpé le titre de pape , étant mort en l'an 1100, ses partisans élurent, il est vrai, successivement trois anti-papes, mais les deux premiers étant tombés au pouvoir des catholiques , furent renfermés dans des monastères ; le troisième , nommé Raginulfe , ayant été , pendant l'absence du pape Paschal, conduit en 1 105 à Rome par le comte Werner
«[ui dominait dans la marche d'Ancùno, y fut intronisé sous le nom do Sylvestre III; mais son parti tomba bientôt en dissolulion; il fut lui-même obligé de prendre la fuile et mourut dans l'exil. Dès lors Paschal se vit en étal d'arracher insensiblement aux partisans de Guibert les villes et les châteaux qu'ils possédaient dans les environs de Rome. Dans un concile qui se (int au Latran en l'an 1101 , on défendit de nouveau les investitures et le serment de foi et d'hommage ; on y renouvela aussi l'excommunication prononcée contre le roi Henri, et l'on ordonna en même temps que tous les évoques, en recevant le sacre, seraient tenus de condamner la nouvelle doctrine que professaient alors plusieurs partisans de la puissance temporelle et qui consistait à mépriser l'excommunication et le pouvoir qu'a l'Église de lier, et de prêter le serment de fidélité au Siège apostolique.
En Allemagne , la longue lutte avait produit un épuisemeni et un relâchement qui rapprochèrent les deux partis et qui , en général , augmentèrent la puissance du roi , surtout après que le duc Guelphe eut embrassé son parti. Dans une diète qui se tint à Mayence en 1097, Henri, après avoir déclaré Conrad, son iils aîné, qui mourut à Florence en 1101, déchu des droits qu'il avait acquis sur le trône, choisit à sa place son frère Henri et le fit couronner roi des Romains à Aix-la-Chapelle en 1099. Pendant ces années et les suivantes, il s'empara de la plupart des évêchés, bien que quelques hommes consciencieux, tels qu'Otton de Ramberg et Rruno de Trêves, ne se soumissent qu'à regret aux investitures et fissent même abandon et résignation de leurs droits au pape, dans le cas qu'il ne voulût pas leur pardonner leur faute. Henri lui-même Ct semblant de vouloir travailler sérieusement au rétablissement de la paix de l'Église; il montra même quelque repentir, en faisant annoncer qu'il voulait abdiquer en faveur de son fils el entreprendre une croisade ; dans une lettre adressée à Hugues, abbé de Clugny , il s'accusa lui-même comme l'auteur de tous les maux qui affligeaient l'Église , et il y promit de faire tous
QUATRIÈME ÉPOQUE. — CIIAP. H. 1 9.J
ses efforts pour mettre un terme au schisme. Mais ce n'étaient que de vaines promesses. Cependant un événement imprévu fut pour lui un coup mortel : la défection de son propre lils qu'il venait de faire couronner roi des Romains. Le jeune Henri, impatient de régner et cédant aux sollicitations de se>r compagnons , abandonna tout à coup son père au mois de décembre de l'an 1104, sous prétexte qu'il était excommunié. Les Bavarois et peu de temps après les Saxons aussi se déclarent en sa faveur, et Paschal à qui il prête le serment de fidélité par l'entremise de ses ambassadeurs, charge Gebehard , évêque de Constance , de l'absoudre des censures qu'il avait encourues jusqu'alors pour avoir pris part au schisme, et dele délier du serment qu'il avait prêté de ne point affecter le gouvernement du vivant de son père. Dans une assemblée qui se tint en 1105 à Nordhausen sous la présidence de Rothard, archevêque de Mayence , et à laquelle assistèrent les ecclésiastiques de Saxe et de ïhuringe , les évêques d'Hildesheim , d'Halberstadt et de Paderborn demandèrent à être absous de leur excommunication ; on y renouvela les canons de l'Église contre la simonie et le mariage des prêtres ; on y regarda comme des intrus et l'on déposa les évêques schismatiques qui avaient reçu l'investiture du roi Henri , et le concile décréta que les clercs ordonnés par les faux évêques devaient être réconciliés avec l'Église par l'imposition des mains. Le jeune Henri, en proclamant solennellement et à différentes reprises qu'il ne demandait à son père que le rétablissement de la paix de l'Église et sa réconciliation avec le Siège apostolique, se fil un grand nombre de partisans. Les princes mêmes qui étaient restés attachés à son père, se montrèrent peu disposés à abandonner la décision de cette affaire au sort des armes, et lejeune prince parvintenfin par la ruse et par l'hypocrisie à s'etnparer de la personne du roi. Peu de temps auparavant, \h vieux Henri avait outragé pour la dernière fois l'église d'Allemagne, en nommant à l'évêché de Ratisbonne Ulric, jeunehomme sans expérience. A la diète d'ïngelheim, il fut con-
194 uisToiKK DE l'Église.
Iraiut de s'avouer coupable «les crimes dont ou l'accusait, de se reconnaîln' indigne de régner et d'abdiquer sa couronne en laveur de son lils. Il promit en même temps de se soumettre au\ décisions du pape et de l'Église. Ensuite, Henri V fut couronné roi au mois de janvier de l'an 1106, et l'on envoya au pape une deputation solennelle, se composant des archevêques de Trêves et de Magdebourg , des évêques de Bamberg, d'Eichsta3dt, de Constance et de Croire, ainsi que de plusieurs seigneurs laïques, dans le but de l'inviter à se rendre en Allemagne pour y réformer l'Eglise ; mais la plupart d'entre eux furent arrêtés en roule par un des partisans de Henri IV. Sur ces entrefaites, celui-ci était parvenu à se soustraire à la surveillance de son lils; il trouva dans les provinces rhénanes et en Belgique de nombreux et puissants amis, et une nouvelle guerre civile était sur le point d'éclater, lorsque Henri IV mourut subitement à Liège au mois d'août 1106. C'est ainsi qu'après un règne de cinquante ans, ce prince indigne du grand Henri III son père, rendit le dernier soupir, n'ayant à la reconnaissance de ses contemporains et de la postérité d'autre titre que celui d'avoir abusé, pendant ce long laps de temps, des grandes qualités dont la nature l'avait doué, presque uniquement pour se couvrir d'opprobre, pour bouleverser ses états, pour troubler l'Église et pour causer la perte de plusieurs milliers de personnes.
Renouvellement de la dispute. Henri V s'appose au pape Paschal II. Gélase II. Nouveau schisme. Calixte II. Concordat de Worms.
Ivovis ep. Carnolcns. epistola", éd. Jurctus. Paris. 1610. Petri DiAcoM chronicon Casinense, in Muratori SS. ler. liai., t. IV. HkssoNis scholaslici comraentariolus de geslis a. 1119 circa inveslituras, ill Tcngnagel vcl. moniim. p. 329. Scoeru vita Ludovici VU, dans le Kecueil des Historiens des Ciaulcs, tome XII.
Sur la fin de l'an 1106, Paschal II convoqua à Guastalla,
OUATRIÉME ÉPOQUE. — CHAP. II. î 95
dans l'Italie septentrionale, un grand concile, auquel assistèrent aussi les ambassadeurs du roi Henri. D'une part, l'on y défendit de nouveau au clergé de recevoir les investitures des laïques, mais, afin de rétablir la paix dans l'église d'Allemagne, on décida de l'autre, que ceux des évêques qui auraient été nommés pendant le schisme conserveraient leurs emplois et leurs dignités, à moins qu'ils n'en eussent privé des prélats légitimes, ou qu'ils ne se fussent rendus coupables de simonie ou d'autres délits, et qu'on suivrait la même règle à l'égard des prêtres qui se distinguaient par leur piété et par leur savoir. Les ambassadeurs du roi assurèrent au concile que le roi leur maître obéirait au pape comme à un père, et ils invitèrent derechef ce dernier à se rendre en Allemagne; mais Paschal renonça bientôt à ce voyage, après que les siens lui eurent représenté qu'en Allemagne on ne souffrirait pas facilement qu'on abolît entièrement les investitures et qu'on ne pouvait pas trop compter sur le jeune roi. En conséquence , il alla en France où il apprit que Henri avait investi , au moyen de l'anneau et de la crosse, Richard, évêque de Yerdun, et Régnier, évêque d'Halberstadt , et que, contrairement à ses ordres, il avait rétabli sur son siège Udon, évêque d'Hildesheim. Il invoqua à Saint-Denys le secours du roi Philippe et de son fils contre les ennemis de l'Église et contre le roi Henri lui-même. A Chalons, il reçut les évêques de Trêves, d'Halberstadt et de Munster , ambassadeurs du roi d'Allemagne. Ils lui demandèrent de rétablir la liberté des investitures ; mais le pape leur fit répondre par l'évêque de Plaisance que l'Eglise, rachetée et émancipée par le sang de Jésus-Christ, ne pouvait point être réduite à la condition d'une esclave ; que si cependant elle devait suivre les caprices du roi pour élire ses évêques, que si celui-ci était en droit de leur donner l'investiture au moyen des symboles de l'autorité ecclésiastique et que les prélats fussent obligés de mettre (lors de la prestation du serment de foi et d'hommage) leurs mains bénies dans celles des laïques, ordinairement souillées de sang , ce ne serait plus qu'un esclavage et une dégrada-
196 HISTOIRE Dlî l'kGLISE.
tion insupportaMos. Les ambassadeurs s'élolj^nèront en racnaçanl le pape de terminer eeltc dispute à Jlome à la pointe de I epée. Non-seulement le roi se crut en droit d'accorder l'inveslilure aux évèques, il s'arrogea aussi celui de les nommer eu s'en rapportant au soi-disant privilège que le pape Adrien aurait accordé à Charlemagne el en prétendant que, dans un pays étranger, on ne pouvait prendre aucune résolution contrair«' à la constitution ([ui y était établie. Il en informa même le pape qui, peu de temps après, lit prendre, au concile qui se tinl à Troycs en 1107, de nouvelles décisions à l'effet d'assurer la liberté des élections ecclésiasticjucs. Paschal l'engagea par conséquent à se présenter dans l'espace d'un an à Rome où l'on se proposait de faire terminer le différend par un concile œcuménique. En attendant, au concile deTroyes, il suspendit de ses fonctions Rothard , archevêque de Mayence , parce qu'il avait sacré Régnier qui s'était laissé investir par un laïque, et qu'il avait rétabli sur son siège Udon, évêque d'Hildesheim. Toutefois on accorda le pardon à Régnier lui-même et à Adelgot de Magdebourg , après qu'ils eurent prétexté ignorance du dernier décret du pape.
En l'an 1110, une ambassade composée des principaux dignitaires ecclésiastiques et laïques arriva à Rome, dans le but de demander la couronne impériale en laveur du roi Henri. Paschal promit de la lui accorder, pourvu qu'il eut l'intention de se conduire comme il convient à un lils du saint Siège, à un protecteur de l'Eglise et à un ami de la justice. Déjà saint Anselme avait averti le pape qu'il scandalisait la <hrétientè en usant d'indulgence envers un prince qui faisait un trafic des investitures, et Paschal lui avait répondu qu'il ne l'avait fait que dans l'espoir de voir les Allemands renoncer un jour à leur sotte arrogance. Mais, dans un concile qu'il avait convoqué à Rome, il avait, en même temps, excommunié de nouveau tous ceux ([ui accordaient et qui recevaient les investitures, et il avait dèlendu aux laïques de disposer des biens de l'Église. Tout à coup Henri se présente en Italie à h
lête d'une puissante armée et renverse tout ce qui s'oppose à lui. Le pape voit avec inquiétude l'orage s'approcher de Rome, et déjà il n'a plus d'autre ressource que d'invoquer le secours des perfides Normands. Il prévoyait que si, à l'approche du roi , il quittait Rome , celui-ci nommerait aussitôt un antipape par lequel il se ferait couronner empereur et que , de cette sorte, un nouveau schisme diviserait l'Église. Les ambassadeurs que Henri dépécha d'Arezzo vers le pape , lui ayant demandé le droit des investitures en faveur de leur maître , le pape , fort embarrassé , eut recours à une mesure dont l'exécution pouvait lui paraître plus facile qu'elle ne l'était en effet. Henri y prêta en apparence les mains, et les plénipotentiaires des deux puissances conclurent, en l'an J 111, le traité de Sutri dont voici les principales conditions. Le jour de son couronnement, le roi devait renoncer à tous les droits qu'il s'étail arrogés sur le clergé , promettre de laisser les églises en possession de tous les biens qui ne relevaient pas de la couronne, ninsi que des oblations, et de délier ses gens du serment de fidélité qu'il les avait forcés de prêter aux évêques. Le pape, de son côté, s'engagea de lui restituer tous les fiefs qui dépendaient de l'Empire, d'ordonner aussi aux évêques de lui rendre tous ceux qui depuis Charles le Chauve *, avaient appartenu à l'Empire et de leur défendre , sous peine d'excommunication, de s'arroger les droits régaliens ou la possession de villes , de comtés , de duchés , d'avoueries des villes impériales et d'autres régales. Les autres articles regardaient le patrimoine de Saint-Pierre et la sécurité personnelle du pape et de ses légats.
Paschal, élevé dans les principes sévères de l'ordre de Clugny, espérait que cette renonciation aux fiefs de l'Empire servirait à procurer l'indépendance à l'Église , à extirper la
' D'autres disent depuis Charlemagne. V. Pfeffel , Abrégé chronologique de l'histoire et du droit public d'Allemagne , tome I, p. 234, Paris, 1776. 4, H Pfister Geschichte der Tcutschen , tome II , p. 287, Hamburg, 1829.
N. dn T.
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bimonie el à ramoner les prélats, qui jusqu'alors ne s'claient que trop mêlés des alTaires du monde, à des sentiments et à des oecupalions plus t onlornies à leur état. « Les prêtres , disait-il dans sa lettre à Henri, de ministres de la cour qu'ils sont, doivent redexuiir nùnistres des autels. » Mais Henri, qui eonnaissait mieux que Paschal les prélats allemands qui avaient été nommés par sou père et par lui-même, prévit bien qu'ils s'opposeraient de toutes leurs forces à la pauvreté et à l'impuissance, au moins relatives, auxquelles on voulait les réduire. Il est probable aussi qu'il n'était pas même disposé à exécuter ce traité , puisque , d'après la constitution qui était alors en vigueur, il ne pouvait pas conserver pour lui-même les liefs de l'Empire et les régales, mais il devait les accorder, du moins pour la plupart, à des seigneurs laïques qui, dans ce cas, auraient prolllé de cet accroissement de puissance pour parvenir à une plus grande indépendance et qui s'en seraient fait une arme contre lui ; tandis que cette même puissance , entre les mains des évêques et des abbés qui lui étaient beau- ^ coup plus dévoués, restait sans aucun doute à sa dispositiûu, que les iiefs de l'Empire conservaient leur caractère féodal et qu'ils ne devenaient point la propriété des laïques qui cherchaient en général à rendre héréditaires dans leurs familles les liefs dont ils étaient investis. Les seigneurs laïques s'accordaient aussi avec les prélats pour désapprouver le traité, parce qu'ils ne voulaient perdre ni les liefs qu'ils avaient obtenus des évêques et des abbés , ni les investitures (juils s'étaient arrogées sur les abbayes qui ne relevaient pas immédiatement de l'Empire. Ainsi Henri, dans le but de s'attacher encore davantage les évêques et les abbés et de leur montrer que le plan qui le faisait renoncer aux investitures moyennant que le pape se désistât des régales , ne provenait pas de lui, mais du pape, leur accorda un diplcnne par lequel il ratilia solennellement toutes les donations et toutes les concessions que ses prédécesseurs avaient faites aux différentes églises. Le roi ayant donc fait son entrée dans Rome, elle pape, avant de le couronner,
lui ayant demandé d'exécuter le traité en renonçant aux investitures, Henri fit faire la lecture de cette ratification pour prouver que ce n'était point lui qui cherchait à dépouiller les églises de leurs fiefs, et il somma le pape de lui remettre préalablement le décret concernant sa renonciation aux régales. Aussitôt, comme le roi lavait prévu, les prélats allemands et italiens protestèrent unanimement contre cette mesure, et cette circonstance lui fournit le prétexte d'éluder la promesse qu'il avait faite de renoncer aux investitures, et de forcer le pape à le couronner sans autre formalité. Le pape s'y étant refusé, sur l'avis de l'archevêque nommé de Mayence et de l'évêque de Munster , il le fit arrêter conjointement avec les cardinaux dont il n'y eut que deux qui échappèrent à la faveur d'un déguisement , et avec un grand nombre de prêtres et de citoyens romains. Celte violence irrita tellement les Romains qu'elle donna lieu à une lutte sanglante entre eux et les Allemands. Trois jours après , Henri quitta la ville avec les prisonniers. Il fit d'abord garder le pape dans le château de Trevico , et l'ayant ensuite fait ramener dans son camp, il employa tour à tour les menaces et les promesses, afin d'ébranler sa constance. Paschal résista pendant quelque temps; enfin il céda dans la crainte d'un nouveau schisme et par compassion pour le malheureux sort des Romains et de tant de prisonniers que le roi menaçait de ne mettre en liberté qu'après avoir obtenu l'objet de ses vœux. Par une transaction qui fut signée dans le camp du roi, le pape consentit à ce que le roi continuât d'investir par la crosse et par l'anneau , les évoques et les abbés canoniquement élus ; il s'engagea aussi de ne point excommunier ce prince et de ne tirer aucune vengeance des mauvais traitements que lui et les cardinaux avaient essuyés , mais de le couronner empereur. La clause qui, en cas de contestation, accordait à l'empereur la décision des élections et qui défendait de sacrer les évêques auxquels il refusait les investitures, lui donna la faculté de disposer à son gré de tous les sièges épiscopauxde l'Allemagne, et, de cette façon, l'Église perdit
■i(M) HISTOIRE l)K l'kGLISE.
lout Ic fruit des efforts el des sacrifices qu'elle avait faits, ainsi (juedes persécutions qu'elle avait souffertes.
Pour coulirmer la paix qui venait d'être conclue entre eux deu\ et entre l'Empire et l'Église, Henri reçut la communion <lu pape et fut couronné empereur le lendemain. Il retourna ensuite en Allemagne; mais il s'éleva une vive contestation à lîome. Les cardinaux et les prêtres qui n'avaient point été arrêtés, rejetèrent le traité comme un acte illicite et ignominieux; les uns, du nombre de ceux qui l'avaient signé avec le pape, cherchèrent à le défendre, les autres le regardèrent comme nul et non avenu, prétendant qu'on l'avait extorqué au pape. 1-e cardinal de Tuscoli et les évêques de Segni et de Verceil blâmèrent ouvertement la conduite du pape et demandèrent qu'on condamnât de nouveau les investitures, parce que l'Église les regardait généralement comme une hérésiç. Plusieurs évêques étrangers, nommément ceux de France, déclarèrent que le pape n'avait pas le droit d'annuler de son autorité privée un décret qui avait été approuvé par un si grand nombre de conciles , et ils le menacèrent do convoquer de nouveaux conciles, dans la vue de faire condamner \c pravilegium ; c'est ainsi qu'ils nommaient le traité que le pape avait conclu avec l'empereur Henri. Pour mettre un terme à ses perplexités, Paschal renonça à la dignité pontiticale et se retira dans l'île de Ponza, non loin de ïerracine. Mais cédant aux sollicitalions des cardinaux et du peuple romain , il remonta, il est vTai, sur le siège pontifical, mais en déclarant qu'il se soumet- (rait à la décision du concile qui devait se tenir prochainement à Rome. Il tint parole; le concile étant assemblé , il déposa publiquement les marques de la dignité pontificale et ne les reprit que sur les instances de toute l'assemblée. Il exposa ensuite la marche des derniers événements et déclara que, lié par son serment, il ne pouvait prononcer aucune censure con- (re l'empereur, mais qu'il l'avait engagé à renoncer au privilège qu'il lui avait extorqué, qu'il regardait comme injuste et qu'il condamnait la bulle qu'il lui avait accordée pour la con-
cession des investitures. Pour se laver de tout soupron d'hérésie, il fit une profession de foi et donna au concile l'assurance qu'il accédait entièrement aux décrets de Grégoire et d'Urbain , ses prédécesseurs. Le concile condamna ensuite les investitures, mais il s'abstint, par déférence pour le pape, de prononcer aucune sentence contre l'empereur. Le concile que (iuy, légat du pape, fit assembler à Vienne et qui se composait devêques bourguignons et français, n'eut pas tant d'égards pour lui; on y condamna les investitures comme une hérésie, t ar, à cette époque , on comprenait sous ce nom non-seulement les fausses doctrines qui portaient atteinte à la foi, mais aussi tous les abus qui reposaient sur un principe ou que l'on érigeait en principes , et l'on excommunia l'empereur pour la conduite perfide et violente qu'il avait tenue à l'égard du pape. Jotseran, archevêque de Lyon, voulut faire assembler dans le même but un concile à Anse, en y convoquant les évêques de la province de Sens, mais ceux-ci s'y refusèrent, et Ives de l'hartres rédigea en leur nom une justification dans laquelle il ilisaît que ce que le pape n'avait fait que par nécessité et pour éviler les plus grands maux, ne devait pas toujours être remis sur le tapis dans de nouveaux conciles, dans le but de le faire servir de thème à une réprol^alion générale qui rejaillissait chaque fois sur la personne du pape.
Cependant Henri V suivit en Allemagne les errements de son père, et les mêmes causes produisirent les mêmes effets. En voulant agrandir son pouvoir outre mesure, il se fit détester dos princes comme des villes. Les églises d'Allemagne gémissaient sous un joug de fer, car Henri avait l'art de faire valoir le droit des investitures et de lui donner la plus grande extension. D'après ce que dit l'archevêque de Cologne dans une lettre adressée à saint Otton , évêque de Bamberg, toute l'autorité ecclésiastique se trouvait entre les mains des courtisans du roi qui en faisaient un honteux trafic. Les affaires de l'Église ne se décidaient plus dans les conciles, mais à la cour, et les agents du gouvernement épuisaient les biens des évêchés
au profil du lise. Mais Ilrnri de\ ait encore apprendre qu'il ne pouvail pas même avoir une entière conliance dans les prélats qui lui étaient uniquement redevables de leurs dignités et qu'il croyait s'être attachés par la foi et rhonnuage qu'ils lui avaient prêtés, et que les mauvais l'abandonneraient aussitôt qu'ils y trouveraient leur intérêt ou leur sécurité, et les bons, dès que les devoirs que leur imposaient la religion et l'Église et qui étaient au-dessus de la foi et de l'hommage, sembleraient l'exiger. Son chancelier et conseiller intime, Adalbert, avait été à peine nommé par lui archevêque de Mayence, qu'il se déclara contre lui; du moins, Henri lui supposant des intentions hostiles, le fit renfermer dans une étroite prison. La nouvelle qu'il était excommunié , bien que le pape lui-même fut resté étranger à cet anathème, se répandit de tous côtés et fut accueillie avec avidité; le légat Cunon, évêque de Préneste , prononça aussi une sentence d'excommunication contre lui et contre quelques-uns de ses partisans, d'abord dans les conciles qui se tinrent à Beauvais et à Reims, et ensuite en Allemagne même, à savoir à Cologne. En l'an 1115, les troupes impériales furent défaites par les alliés et surtout par les princes saxons près de la forêt de Welfesholz. Invité par les Saxons, le légat Thierry se rendit à Goslar, et sans y être autorisé par le pape, il y exconununia de nouveau l'empereur. Plusieurs évéques, en accédant aux décrets des derniers conciles, se réconcilièrent avec le Siège apostolique; un grand concile qui se tint à Cologne confirma l'anathème prononcé contre Henri, et il n'y eut qu' un petit nombre d'évêques qui lui restèrent attachés. C'est dans un si étrange embarras que Henri partit pour la seconde fois pour l'Italie, n'étant accompagné que des évéques d'Augsbourg, de Munster, de Constance, de Brixen et de Trente. 11 cherchait à faire valoir ses droits sur la riche succession de la comtesse Mathilde , à forcer sans doute aussi le pape à conclure avec lui un nouveau traité , et à déclarer qu'il n'était point excommunié. Mais il fut trompé dans son attente, puisque, dans un concile qui se tint en l'an IHG
à Rome et auquel assistèrent 300 évoques, le pape se reprocha (le nouveau sa condescendance coupable et déclara nul et non avenu le privilège qui lui avait été extorqué, quoiqu'il refusât de se rendre au désir du cardinal Cunon et des députés de l'archevêque de Vienne , qui le priaient d'approuver l'anathème que l'un et l'autre avaient prononcé contre l'empereur, et quoiqu'il se contentât de lui interdire à l'avenir le droit des investitures. Sous prétexte de demander au pape la ratification de son privilège, Henri alla en 1117 à Rome que, sur ces entrefaites, Paschal avait abandonnée, et aucun cardinal n'ayant voulu le couronner, il se fit imposer, le jour de Pâques, la couronne impériale par l'orgueilleux Rourdin, archevêque de Rrague, qui avait déjà quitté son diocèse depuis deux ans et que Paschal excommunia pour s'être arrogé un droit qui ne lui appartenait pas. Après le départ de l'empereur. Paschal retourna à Rome en 1118, mais il y mourut quelques jours après. Pour mettre l'élection du nouveau pape à l'abri de toute influence étrangère, les cardinaux élurent à la hâte Jean de Gaëte , chancelier de l'Église romaine. Mais à peine cette élection était-elle faite, que le puissant Cencius Frangipani , qui étail dévoué à l'empereur, surprit Jean et le mit en prison après l'avoir horriblement maltraité. Tl est vrai que le peuple prit aussitôt les armes et qu'il le délivra de sa captivité ; mais Henri , irrité de ce qu'on avait osé élire le nouveau pape sans son consentement , se hâta de marcher sur Rome , et Gelase II, pour se soustraire aux traits des Allemands qui le poursuivaient, fut obligé de se réfugier à Gaëte, où il fut sacré en présence d'un grand nombre d'évêques, de cardinaux et de différents princes du sud de l'Italie. Ensuite, l'empereur lui envoya des ambassadeurs pour le forcer de jurer la paix, c'est-à-dire de ratifier le traité qu'il avait conclu avec Paschal, en le menaçant d'user envers lui de la plus grande rigueur, s'il refusait de le faire. Gelase lui répondit qu'il était prêt à soumettre le différend qui existait entre FEmpire et l'Église, au jugement d'un concile qu'on devait assembler à Milan ou à Crémone; mais l'empereur n'agréa pas
cette proposition, parce qu'il avait vu quo, dans les derniers conciles, les évèques avaient montré plus de zèle que le pape luimême à condamner les investitures. C'«'st pourquoi , de concert avec les partisans qu'il avait à Rome et sous le vain prétexte que, contrairement au décret de Nicolas II, on l'avait exclu de l'élection du nouveau pape, il résolut de nommer un antipape, et Bonrdin qui, ayant déjà été excommunié et déposé par Paschal, n'avait plus rien ii perdre, entreprit de jouer ce misérable rôle sous le nom de Gréj^oire VIII. Il était naturel que l'empereur et l'antipape fussent excommuniés dans un concile assemblé à Capoue par le pape; mais celui-ci échoua dans sa tentative de se remettre en possession du Siég^e pontifical. Il se rendit par consé(juent en France, où il mourut à l'abbaye de Clugny,au mois de janvier de l'an 1119. Il avait recommandé, pour être son successeur, le cardinal Cunon de Palestrine; mais celui-ci fil tomber le choix sur Guy, archevêque de Vienne, qui fut élu pape à l'abbaye d(> Clugny. Issu de la famille royale de Bourgogne et proche parent de l'empereur et dvs rois de France, d'Angleterre et de Danemarck, les biens qu'il possédait et qui, précisément à cette époque, lui étaient d'un si grand secours, le mettaient à même de soutenir la dignité du Siège pontifical. Il prit le nom de Calixte II, et fut généralement reconnu, tandis que Bourdin n'eut pour lui que le parti de l'empereur.
En Allemagne, on avait de nouveau excommunié l'empereur dans les conciles que (kinon, en sa qualité de légat du pape, avait convoqués en 1118 à Cologne et à Fritzlar. Déjà les adversaires de Henri, parmi lesquels on comptait alors la majeure partie des évoques allemands, et particulièrement Adalbert, jyrchevéque de 3Iayence, qui a^ait déjà été délivré auparavant de sa captivité, songeaient à le déposer, lorsque tout à coup il (|uitta l'Italie et vint rallumer la guerre civile qui était près de s'éteindre. Cependant il consentit à ce qu'on convoquât à Tribur une dièle dans laquelle tous les évêques prêtèrent à Calixte II le serment de fidélité. L'évêque de Châlons et l'abbé Pontius
(le Cliigny, légats du pape , vinrent le trouver à Strasbourg et lui déclarèrent que la renonciation aux investitures était la principale condition de la paix. Pour lui prouver que cette renonciation ne portait aucune atteinte à ses droits ni à ceux de l'Empire, l'évêque se proposa lui-même comme exemple en disant que, sans avoir reçu l'investiture du roi de France, il s'acquittait fidèlementà son égard des contributions, du service militaire, des droits de douane et d'autres régales. Enfin Henri, qui paraissait disposé à renoncer franchement aux investitures, conclut avec les légats auxquels étaient venus se joindre deux cardinaux, un traité dans lequel il disait que, pour l'amour de Dieu, il renonçait h toutes les investitures ecclésiastiques en faveur de saint Pierre et du pape Calixte et qu'il accordait la paix à tous ceux qui avaient défendu la cause de l'Église, mais que le pape, de son côté, devait aussi lui accorder la paix, ainsi qu'à tous ses partisans, et qu'on devait rendre les biens à tous ceux qui en avaient été dépouillés. De même que les légats du pape, Henri, conjointement avec plusieurs princes etévêques, jura d'observer ce traité, et promit à Mouzon, en présence du pape, de le mettre ponctuellement à exécution. Sur ces entrefaites, Calixte avait convoqué à Reims un grand concile auquel assistèrent 427 évêques et abbés de tous les pays de l'Occident; mais il quitta bientôt Reims pour se rendre à Mouzon, afin d'j signer la paix avec l'empereur, laquelle était basée sur le traité dont il vient d'être parlé. Henri se trouvait dans les environs de cette ville à la tête d'une puissante armée, sans doute dans la vue d'empêcher les prélats allemands d'assister au concile de Reims. Une nouvelle ambassade, qui se composait de cardinaux et d'évêques, alla le trouver dans son camp et l'exhorta à exécuter la convention; mais lui, à qui le voisinage du pape, qui était venu sans sauf-conduit, paraît avoir suggéré l'idée de se conduire à son égard comme il s'était conduit autrefois à l'égard du pape Paschal , employa toutes sortes de subterfuges pour retenir les légats. Calixte le pénétra, et étant retourné en toute hâte à Reims, il excommunia de nouveau, du consente-
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ment des 400 prélals qui se trouvaient réunis au concile, le parjure empereur, en déliant tous ses sujets du serment de lidélité qu'ils lui avaient jirèté, jusqu'à ce qu'il se fût repenti de ses fautes. Il retourna ensuite à Rome et s'empara en 1121 de la personne de l'antipape qui, de Sutri où il demeurait, ravageait les environs de Uomc et maltraitait d'une manière révoltante des pèlerins inoiïensifs. Les soldats du pape l'amenèrent ensuite à Uomc monté à rebours sur un chameau, et quelques années après, il termina ses jours dans le monastère de Cava, sans jamais avoir renoncé au titre qu'il avait usurpé. Dès lors Henri commença aussi à montrer des intentions vraiment pacifiques. Dans une diète qui se tint à Wurzbourg au mois de septembre de l'an 1121, on convint que chacun conserverait ou recouvrerait ses biens; qu'on s'en rapporterait au pape de l'exconinumicalion de l'empereur et qu'on le prierait de terminer dans un concile les contestations au sujet des investitures. L'évêque de Spire et l'abbé de Fulde furent envoyés à Rome pour faire cette proposition au pape. Henri , en nommant, au moment où l'on avait commencé à entamer des négociations avec le pape, un jeune laïque, appelé Gebehard, évéque de Wurzbourg, montrai encore une fois comment il entendait le droit des investitures, et sans l'iirtervention des légats du pape, cette nomination eût infailliblement rallumé la guerre civile. Sur ces entrefaites , Calixte avait fait examiner dans un concile qui se tint à Rome en 1122 , les conditions du traité de paix, qu'il devait conclure avec l'empereur, et il avait eu recours à un expédient dont Godefroi, abbé de Vendôme, qui lui avait précisément alors adressé trois mémoires sur cet objet, lui avait probablement fourni l'idée. Lambert, évéque d'Ostie, et les cardinaux Saxo et Grégoire se rendirent en qualité de légats en Allemagne, et dans une assemblée générale qui eut lieu à Worms, on conclut enfin la paix sous la forme du concordat suivant : L'empereur renonce à donner les investitures par l'anneau et la crosse, et rétabl 1 1 à jamais dans l'Empire la forme ancienne des élections canoniques; le pape, de
son côté, consent à ce que les éleclious des prélats allemands, sans y comprendre ceux de l'Italie et de la Bourgogne, se fassent en présence de l'empereur; que les évéques élus eu Allemagne soient investis de leur temporel avec un sceptre avant, cl ceux de l'Italie et de la Bourgogne après le sacre, mais seulement par rapport aux fiefs de l'Empire, et qu'ils soient astreints à rendre à l'empereur tous les devoirs imposés à leurs fiefs; dans le cas d'une élection douteuse, l'empereur prononcera en faveur de celui qui, au rapport du concile provincial, aura le plus de titres. Enfin, l'empereur s'oblige à restituer à l'Église romaine toutes les possessions et régales de saint Pierre. Ce traité accorda à l'Eglise plusieurs avantages, mais le plus grand de tous, ce fut la liberté des élections canoniques. Jusqu'alors les églises avaient été obligées de donner leur consentement aux élections faites sous l'inlluence du roi, mais, en vertu de ce traité, le roi devait accéder aux élections faites par les églises ; car bien qu'elles eussent lieu en sa présence , il ne pouvait cependant pas refuser de les approuver et d'investir les prélats élus, sans violer le traité, par lequel il avait rétabli les élections canoniques. Le roi Lolhaire , successeur de Henri, en demandant au pape Innocent II de lui rendre les investitures , fit bien voir qu'il était pénétré de cette vérité et qu'il sentait bien qu'au moyen de l'anneau et de la crosse , le roi investissait de la chose principale, c'est-à-dire de l'évêché même , tandis qu'au moyen du sceptre , il n'accordait plus que l'axx^essoire, c'est-à-dire les régales. Mais le traité garde le silence sur un point très-important, à savoir sur le serment de foi et d'hommage que les prélats devaient prêter au roi. Il parait que Calixte y consentit tacitement , et le Siège apostolique permit depuis lors de le prêter, quoique les papes Urbain et Paschal l'eussent défendu. Il est certain que Calixte était aussi bien convaincu que ses prédécesseurs que le lien de vasselage qui, au moyen de l'hommage lige, soumettait les évéques et les abbés au roi , s'accordait à peine avec la nature et la dignité de l'épiscopat, encore moins avec la liberté de
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IK^Iisc, mais il est possiltlc (ju'il ait prévu qu'on insistant sur rc point, il n'aurait fiiil «pu* prolonger une lutte funeste au bien (le rfcglise, sans aueune ehaneede succès. Plus tard, Adrien IV chercha à affranchir de l'hommage les évèques d'Italie; à cet t'ffet , il proposa à l'empereur de se contenter du serment de lidélité; mais Frédéric I ne >()ulut v donner mjii consentement qu'à condition qu'ils renonçassent aux régales. Le point ess«Mïliel pour le Siège apostolique en particulier, c'est que le concordat île Worms passa sous silence Ic^ droits que les emjxînuirs avaient fait valoir autrefois sur la nomination des papes. Le 23 septembre de l'an 1122, on lit la lecture des articles du traité de paix dans une plaine près de Worms, en présence tiiuie nombreuse assemblée qui, à cette occasion, lit éclater sa joie. Lévêque d'Oslie célébra la messe , reçut l'empereur avec tous ses adhérents au baiser de paix et lui donna la communion. Lannée suivante, le concordat de \\ omis fu! solennellement ratiiié dans un grand concile que Calixte avait assemblé à Kome et qui est compté pour le neuvième concile œcuménique.