‹ Histoire de l'ÉgliseChapitre 11 sur 27 · HISTOIRE EXTÉRIEURE DE L EGLISE DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

HISTOIRE EXTÉRIEURE DE L EGLISE DANS L'EMPIRE ROMAIN

f.NlIe entre le Chrialian/sme et Je Paganisme dans l'Empire romain. Condanlin ; Julien; ruine du Paganisme.

i. EcsEBiDs de vita Constantiiii libri lY. Juliam Opera éd. Ez. Spanhemius. Lips., 1696, fol.LiBANU orationes éd. Reiskc. Altenburg., 1791-97. 4 V. ÏHEMisrii orationes, éd. Harduin. Paris, 1684. fol.

il. Frc. Gusta Vita di Constantino il Grande. Fuligno. , 1786. 2. PP. 'i. - J. CF. Manso Leben Konstantin's d. Gr. Breslau, 1817. -(Dk la Bletebie) vie de l'empereur Julien. Amst. , 1733. 2. v.- .loooThist. del'cmp. Julien. Paris, 1817. 2. v. A. Nea>der liber den Xaiscr Julianus und sein Zcitalîer. Leipzig, 1812. - S. H. Rudiger de

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statu et conditione Paganorum sub imperatoribus post Constantinum M. Vratislav. , 1825.

Qiioiqu'élové dans le paganisme, Constantin avait hérité de son père Constance des senlinicnts de justice qui trahissaient une certaine prédilection pour les chrétiens. Cette indulgence se changea Menlùt on une affection manifeste, et enfin en une foi inébranlable dans la sainteté du Christianisme. Au rapport d'Eusèbe, il avoua lui-même que ce fut une croix miraculeuse qu'il aperçut dans les nues, au moment où il marchait contre Mayeuce en l'an 311 et qui lui promit la ^ ictoire, qui opéra un changement dans ses sentiments religieux. L'année suivante, Constantin, maître de l'Empire romain d'Occident, donna conjointement avec Licinins qui devint bientôt après empereur d'Orient , en faveur de toutes les sectes religieuses un premier édit qui protégeait déjà aussi les chrétiens, et celui-ci fut suivi en l'an 313 par Tédit de Milan qui leur accorda particulièrement une pleine et entière liberté de culte. Une série d'autres edits leur procura, dans les années suivantes, des avantages considérables : Constantin affranchit les ecclésiastiques de l'obligation de se charger de fonctions municipales, ainsi ([ue de celle de payer la contribution personnelle ; il confirma le droit d'arbitrage des évoques, alîolit la peine contre le célibat , permit aux églises d'accepter des donations et des legs, ordonna de sanctifier le dimanche, favorisa de toutes les manières les églises et le clergé, et fil bâtir un grand nombre d'églises. Cependant Licinius qui détestait Constantin à la fois comme son ri\al et comme protecteur du Christianisme, opprimait les chrétiens de ses étals. La guerre qui éclata eu 323 entre les deux empereurs , prit le caractère d'une véritable guerre de religion. Licinius succomba et avec lui le paganisme. Le vainqueur, qui réunit maintenant tout l'Empire romain sous ses lois , emljrassa ouvertement la religion <-hréti<'nne et manifesta le désir que tous ses sujets en fissent autant. Il fit élever ses fils dans la religion chrétienne,

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confîa aux chrétiens les fonctions les plus importantes dans l'État, opposa à l'ancienne Rome païenne une nouvelle Rome chrétienne dans la ville de Byzance qu'il agrandit et qu'il érigea en capitale de l'Empire , cl passa peu à peu à des attaques directes contre le paganisme qu'il qualifiait dans ses edits d'ancienne superstition. Il fit fermer les temples en différentes localités , ou bien il les changea en églises ou les abandonna à la destruction ; il fit briser ou enlever les idoles ; il employa toutes sortes de moyens pour attirer les païens à la nouvelle religion , j;et, vers la fin de son règne, il paraît même avoir donné un édit qui défendait d'exercer en public le culte des dieux, mais cet édit ne fut exécuté imlle part. Malgré tout ce zèle , il resta lui-même jusqu'à la fin de ses jours hors de l'Église; ce ne fut que dans sa dernière maladie qu'il se laissa baptiser en 337 dans un château situé dans les environs de Nicomédie.

Ses trois fils, Constantin II (•]• 340) , Constance ( -|- 361 ) et Constant [ f 350 ) , qui se partagèrent l'Empire , redoublèrent de rigueur et d'emportement contre le paganisme. Un édit de l'an 341 portait « qu'il fallait faire cesser la superstition et abolir les vains sacrifices , » et lorsque Constance , après la mort de ses frères et après la défaite de l'usurpateur Magnence, fut devenu seul maître de l'Empire en 353 , il ordonna de fermer les temples et de renoncer aux sacrifices sous peine de mort. Mais le nombre des païens était encore trop considérable, leur influence trop grande , pour que Constance eût pu vouloir faire exécuter sérieusement cet édit de sang , bien qu'il le renouAclât en l'an 356. Pendant qu'il détruisait les temples ou qu'il les donnait aux chrétiens, il n'empêchait point les sophistes qui étaient pour la plupart attachés au paganisme, de continuer d'enseigner dans les principales écoles et de soigner ainsi l'éducation des jeunes gens des premières familles.

C'est par l'influence de ces sophistes et par ses liaisons avec les philosophes Platoniciens de l'Asie mineure que Julien, ce spirituel neveu de Constance , se laissa engager à abandonner la religion chrétienne et à se servir du pouvoir qu'il aurait un

(i i HISTOIRE DE L EGLISE.

ionr pour rétablir le polythéisme dans l'Empire romain. On devait , en mi'me temps , donner une forme plus noble au paganisme, et, d'apri^'S la doctrine de l'école néo-platonicienne, à laquelle appartenait Julien , on devait le transformer en un<' religion idéale. Sa haine contre Constance (pii n'était pas innocent du meurtre des proches parents de Julien , et la nécessité dans laquelle il se trouvait d'affecter si longtemps de l'atlachement au Christianisme, l'aigrirent au dernier point contre relie religion , et lorsque les légions le proclamèrent empereur d;ii>.s les Gaules, et qu'à la mort de Constance en 361, il se vil en possession d'un pouvoir illimité dans toute l'étendue de r!f,ii!pire, il ne tarda plus à travailler en même t(nnps à miner ic Christianisme et à rétablir le paganisme. L'expérience du passé lui Gt, à la vérité, éviter d'organiser une persécution directe et sanglante , mais il laissa impunies les réactions cruelli'S du peuple païen qui sacrifia un grand nombre de chrétiens ■,\ sa fureur; il dépouilla les prêtres et les églises des privilèges »jue leur avaient accordés ses prédécesseurs; il promit uneégale lolérance à toutes les secles chrétiennes , afin de les voir s'cntre- «iétruire elles-mêmes dans une lutte interminable ; enfin il ex- (lut tous lés chrétiens de l'enseignement public des belles-lettres, afin que la jeunesse chrétienne restât dans l'ignorance, f>u qu'elle fût obligée de fréquenter les écoles païennes. Il ne négligea rien pour faciliter le retour au paganisme; aussi arriva- -il que, pendant la courte durée de son règne, l'apostasie fut -Mitant à l'ordre du jour que sous les empereurs précédents on -.était enqiressé d'embrasser le Christianisme. Des milliers «l'individus se firent maintenant païens par les mêmes motifs iTun intérélpurement matériel, de même qu'ils n'avaient paseu lie meilleures raisons autrefois pour ne se faire chrétiens que de !som. Mais en vain chercha-t-i! à enflammer le zèle des prêtres el du peuple pour le paganisme ; en vain leur donna-t-il connue xmverain pontife [Pontifex Maximiis] l'exemple de l'dbser- »ance la plus scrupuleuse des cérémonies païennes; l'enthousiasme religieux despolvthéistcs était et resta éteint. En vain

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MHi!uS-il relever le paganisme en lui donnant des institutions ihrétiennes, telles que le plain-chant, les prédications, les I oMvents , la discipline , les maisons des pauvres ; sa mort prénnîhiréc^fit toml>er de soi-même cet ingénieux échafaudaiir' (|ni îui avait coiiîé tant de peines. Avant sa mort il dût même voir une grande eiitrepise, dirigée contre le Christianisme, avoir une issue telle qu'elle devint pour cette religion le triompiie le plus éclatant. Pour déjouer la prédiction de notre Seiu r.eur Jésus-Christ sur le temple de Jérusalem , et pour coi!fondre l'Eglise chrétienne en lui opposant le judaïsme avei son temple, son sacerdoce et les sacrifices de l'ancienne loi, il entreprit de faire rebâtir le temple de Jérusalem; mais des tremblements de terre et des tourbillons de flammes qui, sortant sans cesse de la terre , consumaient les ouvriers , forcèrent les Juifs et les païens de renoncer à cet ouvrage.

Jovien ( •{• 364 ) , successeur de Julien , avait , à la vérité , un attachement sincère pour la religion chrétienne , toutefois il accorda aux païens la liberté de leur culte, et les empereurs Va- Ifntinien I et Valens firent la même chose, l'un en Occident cl l'autre en Orient. Cependant ils doivent avoir défendu l'un vi l'autre les sacrifices des idoles dans la suite. Le paganisme ■,]\i\\[ déjà considérablement diminué dans les villes, et comme !a ]>li!part de ses adhérents habitaient des villages éloignés des villes et des maisons de campagne isolées, on leur donna le nom (le Pagant qui se trouve pour la première fois dans un l'dil de Yalentinien de l'an 368. Gratien (375-383) fit ôter du séna! à Rome l'autel et la statue de la Victoire et dépouilla les prêtres et les temples de leurs prérogatives , de leurs biens el de leurs revenus. Ambroise, évêque de Milan, s'opposa avec lorce aux représentations , par lesquelles une partie des sénateurs de Rome qui étaient païens, tâchaient d'obtenir de Gratien et de son successeur Valentinien II la révocation de ces tfispositions. Celui qui travailla le plus à ruiner entièrement le paganisme, fut Théodose h Grand, qui devint empereur (l'Orient en l'an 379 et qui, le dernier des empereurs romains.

posséda, depuis 392 jusqu'en 395, lEnipire eu entier. Il défendit en 381 les sacrilkesqui se laisaionl pour consulter l'avenir dans les entrailles des victimes, et ne s'oj)posa pas à ce que le peuple, excité particulièrement par hîs moines, détruisit un grand nombre de temples à la campagne. Ce fut en vain que Libanius composa une harangue en faveur des temples et de l'exercice du culte des habitants de la campagne. Les païens eux-mêmes , en excitant à Alexandrie une sanglante révolte, y donnèrent lieu à la destruction du Sérapéou et des autres temples , et de cette sorte parut en 392 ledit qui déf«»udait le culte des dieux avec toutes ses cérémonies sous peine des plus grands châtiments. Ses (ils Arcadius et Honorius imitèrent l'exemple de leur père. Honorius ordonna en 399 de renverser les temples qui étaient encore debout dans les campagnes , en épargnant toutefois ceux des villes comme monuments et comme embellisements. En Orient, ïhéodose le Jeune s'exprime dans un édit de l'an 423 comme s'il doutait qu'il y eût encore des païens ; mais en réali lé leur nombre resta encore longtemps assez considérable ; c'est ce qui fut cause que les edits contre l'exercice de leur culte se renouvelèrent de temps en temps , et Justinien , en 529 et 534, eu donna encore , qui les menaçaient même de la peine de mort. Cependant les mœurs etla vie publique même se ressentirent encore longtemps du paganisme ; les jeux des gladiateurs ne furent supprimés à Rome qu'après le sacrifice de l'anachorète Télémaque en 404 ; les Lupercales y furent célébrées jusqu'en 495 , et leur abolition excita même le mécontentement de plusieurs sénateurs et citoyens distingués de cette ville.

Polémique des païens; les apoloy estes chrétiens.

Ciauxis Alex, contra Juliatmm 11. X. Lactaktii opera éd. Lebrun et Lenglel-Dul'resnoy. Paris, 1733. 2. v. h. Jcl Firm. Matermjs de

errore prof, religg. Lugd. Bat. , 1709. Eusebii Cœsareens. pracparatio evangclica. Colon, , 1G88. fol. Eujusdem demonstratio evangelica. Colon., 1688. fol. Athanasii opp, éd. Montfaucon, Paris, 1698. torn. I, AuGUSTiNUS de civilate Dci, Theodoreti Grace, affectuum curatic, opp. cd. Schulzc t, IV. Zachsei christiani et ApoUonii philosophi consultatio, ap. d'Achery spicileg, tom. I.

L'empereur Julien composa contre la religion chrétienne un ouvrage détaillé et excessivement passionné, dans lequel il défigure bien des choses. Nous en connaissons le contenu par la réfutation qu'en a faite Cyrille. 11 y critique l'ancien Testament, prétendant que ce n'est qu'un composé de mythes et d'idées indignes de la divinité; il trouve que Jésus-Christ n'a rien fait de divin et qu'il a été déifié pour la première fois par l'apôtre Jean ; que les premiers chrétiens avaient été les hommes les plus vicieux et que ceux qui vivent maintenant sont à peine meilleurs, et il rehausse particulièrement la domination universelle de l'Empire romain et l'éclat de la littérature grecque comme effets du polythéisme en opposition avec la stérilité et l'impuissance du Christianisme. 11 écrivit probablement vers la même époque son dialogue Philopatris qui est une satyre du dogme de la sainte Trinité, écrite dans le goût de Lucien. L'école de philosophie Platonicienne-Pythagoricienne qui avait pour principaux sièges Athènes et Alexandrie, jusqu'à ce qu'elle s'éteignit au cinquième siècle dans cette dernière ville et qu'elle fut supprimée à Athènes au sixième par l'empereur Justinien, était toujours le principal soutien du paganisme. Sa doctrine qui s'était enrichie deplusieurs éléments du Christianisme, composait la croyance de la plupart des païens éclairés de cette époque. En renonçant au grossiei* polythéisme des anciens, on a(fmettait l'unité de l'Être suprême et du principe fondamental de toutes choses , et l'on croyait que les dieux , les génies , les démons , les héros , étaient des êtres intermédiaires qui , quoique placés bien au-dessous de l'Être suprême , méritaient cependant les honneurs divins , parce qu'ils servaient de médiateurs entre Dieu et les mortels. On pensait que les mythes des

r»S HISTOIRE 1>E l'église.

11r(MS ot touto la mythologie en général n'étaient qne des aMét;.'ries qui re:iferniai(M»( uno doctrine et un sens mystiques. On i\"iijoutait plus foi non ])lus au fatum des aneiens païens, et la nioralc reçut une plus grande extension , lout en devenant plus jniîo. Il arri>a de là que plusieurs personnes adoptèrent une religion particulière, véritable mélange de Christianisme et (le paganisme, ainsi qu'on peut le voir par les ouvrages d'Aminien MarcoUin et de Chalcidius, tandis que d'autres , tels que l.ii>anius, Eunape et leurs semblables, contirmèrent de maniirster uno haine implacable contre le Christianisme. Les reproches les plus ordinaires que cette secte de païens faisait au (christianisme , regardaient d'une part la vénération , ou comme ils l'appelaient , la déification et l'adoration des martyrs et de leurs reliques, prétendant que les honneurs qu'ils rendaient à leurs héros et à leurs démons étaient beaucoup plus dignes et j)l us convenables; de l'autre, ils soutenaient que les temps malheureux , que la décadence et l'impuissance de l'Empire romain , étaient les suites de ce que les dieux leur avaient retiré leur protection, depuis qu'on adorait Jésus-Christ. Un Dieu qui s'était présenté sous la forme d'un serviteur et qni était mort sur la croix, était un sujet de scandale pour plusieurs païens ; d'autres, s'appuyaient sur la corruption dos mœurs fl'un si grand nombre de chrétiens, ou })rétondaiont que Dieu lui-même ^oulail cette diversité de religion comme une chose indispensable au bien-être de la religion même; que c'était pour ce nK)lif qu'il se cachait aux hommes et que, pour la mémo rais:»n, on fiiisait bien do s'en tontir à la religion, dans laquelh> on était élevé. - Durant le quatrième et le cinquième siècle, il ))arMt plusieurs ouvrages qui prirent la défense du Christianisme el qui dévoilèrent les erreurs du paganisme : d'abord, vers l'an 320^ les Institutions divines de Lartance, et, vers le même lenq)s, les TJr'rcs delà Prrparation et de la Démonstration évanffr/if/ne d'EvM'be, éréque de Césarée. Quelques années plus tard , .1 thanase composa sa Défense des Mystères dr la Trinité, de l'Incarnnfion et de la Divinité du Verbe contre lespaïens. Vers Van 3i5,

SECONDE ÉPOQUE. — CRAP. II, iV.)

Finnicus Matcrnus provoqua de la part dos einperours TovU i mination du paganisme, eu leur représentant, dans toute leur crudité, les superstitions de cette religion. A la fin de ce .siècle, saint Augustin écrivit, à l'occasion des clameurs des paùM!<« qui soutenaient que tous les malheurs du temps avaient leiu source dans le Christianisme , son grand ouvrage de la Cité <ii Dieu. Peu de temps après, Cyrille, patriarche d'Alexandrie ,;; réfuta l'ouvrage de Julien, et enfin vers l'an 430, Théodotfl composa contre les païens son ouvrage intitulé : de la Cure d's passions ou des Maladies grecques.

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