CHAPITRE IL
SITtTATION DE l'ÉGLISE AU DEHORS DE l'eMPIRE R03L\IN II PARMI LES PEUPLES GERMANIQUES. l'iSLAMISME.
Extension et persécutions de l'Église dans l'Orient.
Agathangeli Acta S. Gregorii in Actis SS. Septbr. VIII, 321-400. Mosis Chorexensis hist. Armen. cd. G. et W. Whiston arm. cL lai. Lond., 1736. History of Armenia by F. Chamich , transi, by J. Auckill. Calcutta, 1827. 2 voll. Lebeau hist, du Bas-Empire, rev. corr. ct augmentée d'après les historiens Orientaux par M. de Saint- Martin. Paris, 1824-34 Vol. I-II. Acta Martyrum Orientalium éd. St. Evod. A*.s<'inanus, Rom. 1748. fol. Joh. Sim. Assemam Bibîiothcca Orient,lli'^. Komœ 1726. fol. tom. II. III. P. 1. 2.
Le peuple arménien, le premier qui, comme peuple, cntbrassa le Christianisme, fut redevable de sa conversion h saint Grégoire , surnommé l'IUuminateur, qui, issu de la liimille royale d'Arménie, fut élevé en Cappadoce, retourtia ensuite, vers la fin du troisième siècle, dans sa patrie et convertit, après une longue captivité, le roi Tiridale avec nue
70 mSTOIRE DE L^KGLISE.
"randc partie Av son peuple. Avant été sacré à Césarée en 302 métropolitain de l'Arménie par l'évêque Léontius, il continua de convertir les Arméniens à l'aide de prêtres grecs et syriens et mit en ordre les affaires de Téglise de ce pays. Cependanl des «guerres intestines empêchèrent la religion de s'y affermir; plusieurs Arméniens restèrent attachés au paganisme ou abjurèrent la religion chrétientie , et lorsqu'en 368 les Perses , appelés par quelques apostats, eurent conquis une grande partie du pays , le Christianisme fut sur le point d'y être entièrement extirpé. Ce projet ne réussit point ; toutefois la dépendance, dans laquelle l'Arménie se trouva à dater de l'an 390 et surtout depuis 429 comme province du royaume de Perse, donna lieu à des tentatives réitérées d'opprimer les rlirétiens et d'introduire dans le pays la pyrolâtric; des Perses. Kn 450 .Tezdedscherd II ordonna à tous les Arméniens d'adopter le culte et les cérémonies des Perses. A cette occasion, on envoya dans le pays sept cents mages avec ordre de détruire toutes les églises ou de les convertir en pyrées '. Les chrétiens ayant pris les armes, succombèrent sous les efforts de leurs ennemis; plusieurs parmi eux souffrirent le martyre; mais la nation, par une résistance opiniâtre, conquit le libre exercice de la religion chrétienne. De nouvelles oppressions et persécutions |)rovoquèrent en 482 et en 497 de riouA eaux soulèvements , et la tentative que firent les Perses encore en l'an 564 de fonor les chrétiens de l'Arménie à embrasser la religion de Zoroastre, eut pour résultat une guerre sanglante, par suite de laquelle l'Arménie fut, pendant plursieurs années, le théâtre d'horribles dévastations. - Les Arméniens avaient reçu en l'an 428 par les soins de leur grand patriarche, saint Sahag et de son ami, saint Mesrob, une traduction lidèhî de l'Écriture sainte, après que saint Mesrob eut iiiv«'nté l'alphabet arménien.
Le Christianisme se propagea aussi parmi les peuples qui
' n-.pa.*, lieux dans lesquels les Perses entretenaient le feu sacré.
Note dit traducteur.
habitaient les vallées du Caucase au nord de l'Arménie. Déjà en 326, une chrétienne romaine annonça avec succès l'Évangile aux Ibériem, et c'est de là que la foi se répandit au milieu des Albanais et d'autres peuplades voisines. Les Laziens , les Suanes et les Abasses ne se convertirent au Christianisme que durant le sixième siècle , où ils eurent des relations avec l'Empire d'Orient.
Le Christianisme avait fait de grands progrès jusque vers le milieu du quatrième siècle dans le royaume de Perse et surtout parmi les nombreux Syriens qui en occupaient les provinces occidentales, lorsque l'antipathie religieuse des adorateurs du feu et une politique jalouse, qui supposait dans les chrétiens ({ui habitaient la Perse un attachement dangereux à l'Empire romain d'Orient , donnèrent lieu aux plus violentes persécutions. En l'an 343 , le primat de l'église de Perse , Simeon Barsaboé, archevêque de Ctésiphon et de Séleucie , fut mis à mort par ordre du roi Schah-pour avec cent autres évéques et prêtres , et un édit , publié le même jour, condamna à morl tous les chrétiens sans distinction de sexe ni de condition. Cette mesure se restreignit bientôt après aux ecclésiastiques, aux moines et aux religieuses, cependant, d'après le calcul de Sozomène, le nombre des chrétiens qui furent alors martyrisés, et dont on connaissait les noms, se montait à seize mille. Les apostats devaient faire le métier de bourreaux à l'égard des fidèles; Sciaduste et Barbasceniin , successeurs immédiats de saint Simt^n, souffrirent également le martyre avec plusieurs ecclésiastiques et jeunes vierges, et le siège de Séleucie resta vacant pendant vingt ans, La persécution ayant déjà duré I rente-six ans avec peu d'interruption, un nouvel édit de l'an 379 vint la rendre plus violente encore, en ce qu'il ordonnai! d'employer contre les chrétiens les tourments les plus horribles et les supplices les plus affreux. On disait que c'était une folie de vouloir professer une autre religion que celle du grand roi. La tranquillité dont jouissaient les chrétiens sous le règne de Jezdedscherd qui les favorisait, fut interrompue en 418 par
Abdas, évéque de Suse, qui détruisit un temple païen et pro- \uqua ainsi son propre supplice et les mesures les plus sé\èn'- • oiitre SOS coreligionnaires. Une nouvelle persécution éclat.i sous le règne de Bahram V, ennemi mortel des chrétiens ([ui , pendant trente ans, eurent à endurer tout ce que la torture h de plus ralliné; entre autres, on mit lentement en pièces un certain Jacques qui jouissait d'une grande considération à la cour. Sous le règne de Jezdedscherd II, la persécution conliintr! jusqu'en l'an 450. Peu de temps après, les >estoriens, avec \r secours des habitants du pays, s'érigèrent en maîtres de l'églis*' de Perse, et les souverains païens, n'ayant à craindre de leur part aucun attachement pour les Grecs, les protégèrent et les laissèrent tranquilles.
Ce fut un jeune homme de Tyre, nommé Frumence, (jur éîablit la religion chrétienne dans r.4ô?/*.s«'w j'eou l'Ethiopie Ascuniitique. Étant venu trouver en 32() saint Athanase à Alexandrie et lui ayant fait part des heureux résultats qu'avait obtenus dans ce pays l'introduction du Christianisme, celui-ci Tor- '] )nna évéque et lui conlia l'administration de 1 église d'Élhio- [i'ie. Frumence établit son siège dans la capitaleAxuma, baptisa le roi Aizana et convertit insensiblement une grande partie de la nation. L'église d'Abyssinie, dépendante de celle d'Alexandrie, recevait régulièrement de là ses métropolitains, et cc^st p<tur cette raison que, de même que la métropole, elle embrassa plus tard le 3Ionophysisme. Les Niihicns et les BInnmyes s'altaclièrent aussi , durant le sixième siècle, auMonop|;>ysisme; leur église devint aussi une succursale de celle d'Alexandrie, mais, à dater du dixième siècle, on la vit tomber entièrement, tandis que celle d'Abyssinie resta debout. - Théophile, envoyé par rcmper(>ur Constance dans l'.l /«/»/> méridionale, planta la croix dans le royaume des Hamdchares ou Homérites; le nombre et linfluence des Juifs qui demeuraient dans ce pays, paraissent a\ oir été le seul obstacle à la conversion de toute la nation. Les ilomérites obéissaient même, au commencement du sixième siècle, à un roi juif, appelé Dunaan, qui s'efforçait d'exlirp<'r
le Christianisme et qui, après la prise de la ville de Négran en l'an 523, fit brûler ou décapiter plus de quatre mille personnes parmi les chrétiens qui en formaient presque entièrement la population. Cependant Elesbaan, roi d'Abyssinie , marcha au secours de ses coreligionnaires de l'Yémen, battit les Juifs sous la conduite de Dunaan , et depuis ce moment l'Yémen fut gouverné par des rois chrétiens, jusqu'à ce qu'il tomba au pouvoir des Perses et enfin de Mahomet. L'église des Homérites. bien que son fondateur fût arien, n'embrassa cependant pas l'Arianisme, ou du moins elle n'y resta point attachée; mais le Nestorianisme s'y glissa insensiblement durant la domination des Perses et par suite des relations qui s'étaient établies entre les Homérites et les Nestoriens de Perse. Quelques tribus de l'Arabie centrale et septentrionale avaient également embrassé le Christianisme dès le quatrième et le cinquième siècle, et le royaume d'Hira, situé au sud-ouest de Babylone, avait eu quelques chrétiens pour souverains.
Déjà à dater du quatrième siècle, il existait, sur les côles (le VInde quelques communautés, fondées probablement par des chrétiens de Perse et se composant particulièrement fie personnes de ce pays, quoique une ancienne tradition, accréditée parmi les habitants, y attribue le premier établissement d»' la religion chrétienne à l'apôtre Thomas. Ces communautés, dépendantes de l'église de Perse, embrassèrent également le Nestorianisme. Il y eut aussi, depuis le septième siècle, des communautés chrétiennes en Chine. D'après un monument syrien-chinois qu'on trouva en Chine en l'an 162.5, ce fut un> prêtre, nommé Jaballah, ou Olopuen , qui porta dans ce pays, le flambeau de la foi, et dès lors le Christianisme s'y propagea à la faveur de la protection que lui accordaient les empereurs .
HIST. DE l'église, -T. I.
7i HISTOIRE DE L EGLISE.
Exlension de l'Éghsc en Occident. L'Arianisme répandu parmi les peuples germaniques. Les chrétiens persécutés par les Vandales d'Afrique. Les Francs et les Lombards.
Les Goths qui des contrées lointaines de la Scandinavie ôtaicnt venus s'établir sur les rives du Danube, avaient appris à connaître , déjà pendant l'époque précédente , la religion chrélienue par l'entremise de certains prisonniers qu'ils avaient laits dans leurs incursions dans les provinces de l'Empire romain, et nous voyons déjà un évéqiu' Goth, nommé Théophile, assister au concile de Nicée. Étant en relation avec l'empereur Valens qui était arien, les Visigoths, sous la conduite de Fri- (ligern, embrassèrent vers l'an 375 l'Arianisme, toutefois dans ses formes les plus adoucies. Uiphilas, leur évêque, (jui était né en Cappadoce, leur donna un alphabet imité de celui des Grecs et traduisit la Bible dans leur langue. Sur ces entrefaites, un grand nombre de Goths restèrent ou se Hrent catholiques; d'autres persévérèrent dans le paganisme, et le chef des Visigohts, Athanaric, persécuta les chrétiens dans toute l'étendue ile ses états. L'Arianisme passa des Visigoths aux Ostrogoths et aux Gépides, ensuite aux Alains, aux Vandales et aux Suèves. Les peuples germaniques, après avoir fondé de nouveaux états dans les provinces de l'Empire romain d'Occident, ménageaient et respectaient en général leurs sujets romains qui professaient la religion catholique; les Vandales seuls et quelques rois Visigoths font une exception à cet égard . Les Ostrogoths introduisirent l'Arianisme en Italie, tandis que, pendant toute la durée de leur domination dans ce pays (4^0-552), tous les Italiens restèrent attachés à la religion catholique. Les Bourguignons qui s'étaient établis vers l'an 41 1 dans la Haute-Germanie romaine, étaient et restèrent catholiques, jusqu'à ce que leur roi Gombault qui occupait un puissant étal sur les bords du Uhône et de la Saône, introduisit à dater del'an 400 l'Arianisme
parmi eux. Une conférence qui eut lieu eu l'an 500 entre les évoques catholiques et les ariens, resta à la vérité sans résultat, toutefois Gomhault, par l'entremise d'Avitus, archevêque de Vienne, montra de nouveau quelque inclination pour la foi catholique, et son fils Sigismond la rétablit parmi les Bourguignons en l'an 517. Les Siièves avaient fondé un royaume en Espagne sous le règne de Réchiia {-[ 448) qui était encore attaché au paganisme; son successeur immédiat, Réchiar, professait le Catholicisme; mais Rémismond introduisit' en 49() l'Ariaiiisme parmi les Suèves , et ce ne fut qu'en 5o0 que Théoilemir les ramena à l'Eglise catholique par suite de la guérisoii de son fils opérée par l'intercession de saint Martin, évêqu»' de Tours. En l'an 585, le royaume des Suèves fut réuni à celi^i des Visigoths, de même que le royaume des Bourguignons ivait été incorporé en 534 dans la monarchie des Francs. Les ^'isigoths avaient conquis la Gaule méridionale; mais leur roi Euric y opprimant (vers 470) les catholiques et persécutant les prêtres, ils perdirent, à dater de 507, la majeure partie de la (jpule qui passa aux Francs. Les rois des Golhs ne molestèrent point l'Église en Espagne, jusqu'à ce que Herménegild , fils de Léowigild, ayant embrassé en 578 la religion catholique, porta les armes contre son père. Ayant succombé dans la lutte, il fui mis à mort, parce qu'il s'obstijiait à ne plus retourner à i'Ariajusme. Cependant Léowigild voulut maintenant effectuer !a fusion des catholiques et des ariens, et maltraita les évèques ei les ecclésiastiques catholiques qui s'opposaient à celte mesure. Mais son fils Reccared partagea les sentiments de son frère. Parvenu au trône, il se déclara publiquement en fîiveur de la religion catholique, engagea la majeure partie de ses suj ci s et même plusieurs évèques à renoncer à l'Arianisme, et (oavoqua en 589 un concile national à Tolède, dans le but d'affermir le Catholicisme dans ses états.
En revanche, les Vandales qui, depuis l'an 455, s'étaient emparésde l'Afrique septentrionale, une des provinces de l'Empire romain, furent des ennemis implacables de la religion ca-
76 iiisroiiiE DE l'église.
iholiquo. Déjà souslc règne de Genscric, les catholiques furent dépouillés do lours églises, lours évô([uos bannis, quelques-uns parmi eux torturés et martyrisés; mais la persécution devint encore bien plus violente sous son (ils Huneric (477-484). Il lit conduire i,97G lidoles dans un désert affreux, où un grand nombre mourut do misère. Une coniéronce qui eut lieu par son ordre en 484 entre les évoques catholiques et ariens lui fournit le prétexte de nouveaux actes arbitraires : 348 évoques furent bannis, plusieurs moururent des suites des mauvais traitements <ju'ils avaient essuyés; un grand nombre de prêtres et de laïques, d'hommes et de femmes furent ou mutilés ou mis à mort, d'autres furent forcés de se laisser baptiser par des prêtres ariens; les chrétiens de Tipasa, auxquels on avait coupé la langue , conservèrent miraculeusement l'usage de la parole. Le roi Gontamond (485-49G) usa de douceur envers les catholiques, maisThrasamond 40G-523) voulut ériger de nouveau l'Arianisme en religion dominante. A cet effet, il enleva derechef les églises aux catholiques , bannit cent vingt évoques, et défondit d'en sacrer de nouveaux. Hilderic révoqua toutes ces ordonnances, et après que le royaume dos Vandales eut été anéanti par les Romains Orientaux sous le règne du dernier roi Gilimer, la religion catholique ne fut plus troublée en Afrique jusque vers la fin du septième siècle. Mais depuis que les Arabes commencèrent en 069 à y faire des conquêtes, elle marcha insensiblement vers sa ruine. - Les Lombards qui, à dater de 568, avaient conquis la plus grande parlio do lltalio, professaient, pour la plupart, l'Arianisme; cependant l'oppression que les Italiens éprouvèrent au commencomenl do leur pari, semble no pas avoir eu sa source dans la religion. Par lontremise de Théodelinde, fille du dm' de Bavière, (pii épousa le roi Autharis, l'Église catholique fit, depuis la fin du sixième siècle, do grands progrès parmi les Lombards, et les rois Agilulf, Ariporl et Grimoald (jusqu'en 671) firent on sorte que l'Arianisme se perdît insensiblement parmi leurs sujets.
De cette façon , les Francs furent les seuls parmi toutes les Iril»us germaniques qui embrassèrent la religion catholique tout au commencement et qui y restèrent invariablement attachés. Les lianes Saliens s'étaient fixés dans la partie septentrionale des Miaules; leur chef Clovis reçut en 49G le baptême des mains de saint Rémi, évêque de Rheims , en suite d'un vœu qu'il avait fait au plus fort d'une bataille qu'il livra aux Alemans, et à son exemple , trois mille Francs se convertirent également. La conformité de religion lui valut l'attachement des Gauloisromains, même de ceux qui étaient soumis aux Visigoths et aux Bourguignons qui professaient l'Arianisme. C'est de cette sorte qu'il parvint à soumettre à ses lois presque toute la Gaule et à léguer à sa mort, arrivée en 511, un grand et puissant royaume à ses enfants.
fllahlissement de la religion chrétienne dans les îles de la Grande- Bretagne. Conversion des Anglo-Saxons. Contestations au su-' jet de la fête de Pâques.
S. Patricii opusciila cd. J. Wareeus. Lond., 1638. Probi vita S. Patricii in Bedee opp. ed Basil. 1563, torn. III. Biographies de saint Colombon d'Adamnaii (dans Canis. lect. ant., torn. I.) et Cm— minée [in Mabilion acta SS. , tora. I). Bed^ vencrabUis ecclesiaslica hisloria Anglorum, cd. J. Smith., Canlabrig., 1722. fol.
Lorsque le pape Célestin envoya en l'an 431 le diacre romain Palladius comme premier évêque en Irlande, il y avait déjà des chrétiens et même quelques communautés chrétiennes dans cette île. Mais ce n'est pas Palladius, car il quitta bientôt .^près l'Irlande, mais c'est saint Patrice, Belge de nation, qui devint proprement l'apôtre des Irlandais et le fondateur de leur église. Ayant été pris dans sa jeunesse par des corsaires, il fut mené en Irlande comme esclave, mais recouvra ensuite sa liberté. Il se rendit en 431 à Rome, et après avoir obtenu du pape l'autorisation de retourner dans cette île comme mis-
78 insToiRE i>r. i/i^glisj:.
sionnairo, il ful sacré évoque en Gaule, et arriva en 43*2 en Irlantlo , accompagné de quelques autres missionnaires. Dieu bénit ses prédications; il visita insensiblement toutes les parties de l'île, convertit la majeure partie de la nation elétiij)lit en 455 son siège à Armagh , qui dès lors devint la métropole de l'Irlande. A sa mort arrivée en 465, plusieurs évèques et un grand nombre de prêtres qui étaient ou des indigènes convertis, ou des Romains, cest-à-dire des Gaulois et des Bretons, s'y trouvaient déjà installés. Il existait déjà quelques couvents comme écoles chrétiennes et comme séminaires, et l'on en fonda encore plusieurs dans la suite. Sainte Brigide V établit et organisa vers l'an 490 des couvents de femmes, et vers le milieu du sixième siècle , toute l'Irlande fut convertie au Christianisme. Déjà dans ce siècle et plus encoredans le suivant , les écoles des couvents de l'Irlande étaient réputées les meilleures de tout l'Occident , et comme les couvents de ce pays étaient regardés à juste titre comme les asiles de la piété la plus pure , un grand nombre de personnes avides de s'instruire et de mener une vie ascétique, s'y rendirent des contrées voisines et éloignées, et y reçurent un accueil bienveillant et une instruction gratuite. Les Irlandais, de leur côté, allaient fréquemment visiter le continent en qualité de missionnaires ou comme fondateurs et réformateurs de couvents.
Les Pietés méridionaux qui habitaient le nord de la Bretagne (l'Ecosse actuelle) furent convertis dès l'an 412 par Ninian, évêque breton. Mais ce ne fut qu'en 565 que Colomba, Irlandais de nation , prêcha la foi au^ Pietés septentrionaux et aux habitantsdes îles Hébrides. Ses successeurs, les abbés du couvent d'Hy, que Colomba avait fondé dans une des Hébrides et où il mourut en 597, obtinrent de ce moment la prérogative d'exercer une certaine juridiction sur les évéques des Scots et des Pietés dans la Bretagne septentrionale et dans les îles Hébrides.
Les Anglo-Saxons qui étaient encore attachés au paganisme et qui , à dat(;r de l'an 450, s'emparèrent peu à peu de la majeure partie de la Bretagne méridionale et centrale, contrai-
gnirent les chrétiens de la Bretagne à se retirer dans la partie occidentale de l'île , et détruisirent l'Église chrétienne , aussi loin que s'étendait leur domioation. D'un côte, la corruption qui régnait dans le clergé de la Bretagne et que le Breton Gildas nous dépeint sous les couleurs les plus vives, de l'autre la haine nationale, empêchèrent ce clergé de travailler à la conversion des conquérants. Le pape Grégoire le Grand répara cette négligence, en profitant du mariage d'Éthelbert , roi de Kent, avec la princesse Franque Berthe, pour envoyer l'abhé Augustin avec quarante religieux romains on qualité de missionnaires en Bretagne, où les Anglo-Saxons avaient fondé une Heptarchie composée de sept ou huit royaumes indépendants, lis abordèrent en 597 à l'île de Thanet ; Éthelbcrt leur permit de prêcher librement; bientôt après il reçut lui-même le ba[)tême, et un grand nombre de ses sujets suivit sou exemple. Augustin , comme premier évêque Anglo-Saxon et comme métropolitain , établit son siège à Canterbury. Aux instances du pape, les temples du paganisme se trouvèrent bientôt transformés en églises chrétiennes, et les sacrifices en cènes en l'honneur de Dieu. Peu de temps après Mellitus qui venaii d'être envoyé en Bretagne par le pape, baptisa (604) Sabereth, roi d'Essex, et fonda l'évêché de Londres; mais les fils des deux rois chrétiens n'ayant point abjuré le paganisme, Mellitus fut chassé , et l'église d'Angleterre fut , dès sa naissance . d'autant plus près de sa ruine (G16) que Lauren tius, successeur d'Augustin, voulait également quitter l'île, après avoir perdu tout espoir d'y opérer le bien. Heureusement que la conversion subite du roi Eadbald de Kent détourna ce malheur. Dans le royaume de Northumberland, le mariage d'Édilberge, fille d'Éthelbert, avec le roi Edwin et l'intronisation de l'évêque Paulin frayèrent la voie à la religion chrétienne. Dans une assemblée générale tenue en 627, le roi et les nobles du Northumberland résolurent à l'unanimité d'abjurer le paganisme . et Paulin fut nommé premier évêque d'York. Cependant après la mort d'Edwin en 633 , il dut prendre la fuite, ne pouvant
Si) HISTOIRE DE L EGLISE.
plus résister à la pivpoiulrrance des vainqueurs païens, et il riail réservé à l'Irlandais Aidan, qui fixa son siège episcopal dans lile de Lindisliune et qui y mourut en 651 , d'achever la conversion des Norlhumbriens de concert avec le pieux roi < Kwald qui avait reçu le baptême en Irlande. Ce fut également lin Irlandais, l'évèque Diuma, qui répandit les bienfaits de la foi parmi les Angles du centre et les habitants du royaume de Mercy. Birinus commença en 635 à annoncer l'Évangile dans le royaume de Wessex, et le Franc Éleulhère, sacré évéque de Wessex en 670, continua cette mission. Enfin les habitants il»' Sussex se laissèrent également convertir vers l'an 680 par \\ illroid, évéque du Northumberland, qui avait été chassé de M)n pays. C'est ainsi que des prêtres romains, irlandais et Francs, .1 il la fin des prêtres Anglo-Saxons même , avaient établi , \(vs la fin du septième siècle, par des efforts communs et par une assistance mutuelle, le Christianisme au milieu de toutes l<'s tribus et de tous les royaumes de l'Heptarchic AnglovSavonne.Le pape Yitalien envoya en 669 en Bretagne Théodore, !savant religieux grec, en qualité d'archevêque de Canterbury et accompagné de l'abbé Adrien. Ces deux hommes apostoliques y fondèrent des écoles où l'on enseignait la théologie, les mathématiques et les langues anciennes. Outre cela , plusieurs Anglo-Saxons allaient faire leurs éludes dans les couvents de l'Irlande, et il régnait entre les deux églises, celle d'Irlande et celle d'Angleterre, une union et une harmonie qui, en général, ne furent pas troublées par les contestations ;m sujet de la célébration de la fête de Pâques.
Ces contestations provenaient de ce que, dans les églises d'Irlande et d'Angleterre, on continuait de suivre, quant au lenips pascal, l'ancien cycle de quatre-vingt-quatre ans, tan- (lisqu'à Rome on se servait, depuis le milieu du sixième siècle, du nouveau cycle Alexandrin. Les Bretons qui, dans la célébration delà fête de Pâques aussi bien que dans d'autres usages moins importants, s'éloignaient de l'observance romaine, résistèrent opiniâlrement à Augustin qui ne cessait de les inviter
à se conformer au rite romain relativement à la fete de Pâques et au baptême; aussi ne voulurent-ils prendre aucune part h la conversion des Anglo-Saxons, ni reconnaître Augustin comme leur métropolitain (dignité qui lui avait été conférée par le pape) : d'un côté ils se laissaient guider par leur haine nationale, et de l'autre par l'appréciation des défauts essentiels de la constitution de leur église. Les Irlandais s'y prirent autrement : à la suite de négociations entamées avec le siège de Rome, on adopta, à dater de l'an 633, dans l'Irlande méridionale,le cycleromain sans aucune opposition. Dans l'Irlande septentrionale, où les moines d'Hy avaient une grande intluence, on resta plus longtemps attaché aux anciennes coutumes, et dans le Northumberland qui avait été successivement administré par trois évéques irlandais, les uns célébraient la fête de Pâques d'après la computation irlandaise et les autres d'après la romaine. Pour mettre une fin à ce différend , on tint en 664 «ne conférence à Strenaeshalch (ou Whitby) en présence des deux rois du Northumberland, Oswio et Alchfroid. Oswio se déclara à la fin , par déférence pour l'autorité du siège de saint Pierre , en faveur du rite romain , mais Colman, évêque de Lindisfarne, aima mieux renoncera son évêché que de se soumettre, et retourna en Irlande, Enfin, parles efforts de l'abbé Adamnan , le cycle romain fut aussi introduit en 703 dans l'Irlande septentrionale, et, par les instances du prêtre anglais Egbert , il trouva pareillement accès dans le couvent de l'île d'Hy, et de cette façon l'union et la concorde furent rétablies.
Propagation du Christianisme en Allemagne et dans les pays
voisins.
Ce sont particulièrement des moines irlandais qui, durant le sixième et le septième siècle, entreprirent des missions sur le continent et particulièrement en Allemagne et qui y fon-
82 HISTOIllK DE L'£GL1S£.
durent des couvents comme les seuls établissements qui touviussent à cette époque et qui lussent de quelque stabilité. La foi fut ainsi annoncée en 611 aux Alcmans qui habitaient les bords du lac de (Constance par saint Colomban , qui établit le couvent de Luxeuil dans les Vosges, mais qui fut chassé de ces contrées. Il mourut en G13 dans le couvent de Bobbio en Italie; toutefois son disciple Gall resta dans les environs du lac de Constance, et après avoir refusé 1 evéché de cette ville (appelée .antérieurement Yindonissa) , il termina en 645 sa carrière à Arbon. Deux de ses disciples, Théodore et Mang, abandonnèrent le couvent (Saint-Galli qu'il avait fondé, pour aller annoncer l'Évangile aux païens des environs de Kemplen et à Fussen sur le Lech. Vers 440, saint Valentin instruisit les païens et les Ariens de Passau [Castra Bâta va), mais il se rendit ensuite, du consentement du pape Léon, comme missionnaire chez les habitants du Tyrol. Peu de temps après, saint Séverin travailla avec succès à la vigne du Seigneur dans la Pannouie et le Norique, et particulièrement à Vienne. Cependant, vers la fin du cinquième et le commencement du sixième siècle, les communautés chrétiennes de ces pays furent presque entièrement anéanties au milieu du bouleversement causé par la grande migration des peuples germaniques; les chrétiens romains se retirèrent en Italie, et la métropole de Lorch fut détruite avec ses évéchés suffragants.
Le Christianisme paraît avoir trouvé dabord quelque accès chez les Bojariens, établis dans le Norique et dans la Vindélicie, par suite des relations qu'ils entretenaient avec les Francs. Vers l'an 580, Uupert, évêque de Worms, \int à Ratisbonne , y baptisa le due Théodo avec un grand nombre de Bavarois, et fonda ensuite un couvent et une église sur remplacement de l'ancienne Juvavia, où s'éleva insensiblement la \illc de Salzbourg. Emmeran, évêque Franc, le remplaça dejmis 652 comme apôtre des Bavarois; il voulut annoncer l'Évangile aux Avares de la Pannouie, mais retenu par le duc Théodo, il travailla pcnda)it sept ans ii la conversion
SECONDE ÉPOQUE. — CHAP. II. H'.i
des Bavarois, et fat ensuite mis à mort par le fils du duc. — Dans les provinces Rhénanes, les cvècliés de Strasbourg, de Spire, de Mayence et de Cologne existaient depuis le quatrième siècle. Sur la Moselle et la Meuse , les églises de Trêves , de Metz , de Toul et de Verdun ; {;nsuite dans la Belgique , celles de Tongres ( transférée à Maestricht depuis 452 ) , de Tournay et d'Arras (transférée à Cambrai depuis 545), datent de la même époque ; cependant la succession des évêques paraît avoir été interrompue dans ces églises pendant la grande migration des peuples germaniques. Les païens du Brabant et de la Flandre furent convertis , durant le septième siècle , par des hommes apostoliques , tels que Amand , évêque de Strasbourg et depuis G46 évêque de Maestricht , par Audomar, fondateur de l'abbaye de Saint-Bertin , par l'Irlandais Livin , qui fut mis à mort en 656 par les païens , et enfin par Eloi , évêque de Noyon.
Mahomet et V Islamisme .
Alcorani textus universus éd. Lud. Marraccius. Patav,, 1698. fol. Der Koran, dculsch von S. J. G. Wahl. Halle, 1828. Abulfed.e Annales Musleraici, arab. el lat. éd. J. F. Rciskius. Tom. 1, Hafni*. 1789. 4.
L'Arabie , habitée par un grand nombre de tribus séparées par différents cultes, mais païennes pour la plupart, fut, au commencement du septième siècle , le berceau d'une nouvelle religion et d'un empire à qui cette religion servait de base. Cette croyance opprima avec violence et anéantit même complètement , comme dans l'Afrique septentrionale , la religion chrétienne dans tous les pays où elle s'était propagée d'abord , mais où , dans ces derniers temps , il régnait une grande corruption de mœurs et où des principes hérétiques répandus au loin avaient éloigné de l'Église un grand nombre de personnes. Mahomet, un des descendants d'Ismaïl de la puissante tribu des
Hi uiSTOiKE DE l'Église.
Korcïschilcs, s'annonça comme un prophèlo envoyé par Dieu tli\ns CCS derniers temps, pour rétablir la religion primitive, la seule vraie religion d'Abraham, l'Islamisme, c'est-à-dire la •soumission à Dieu. Il voulut d'abord ramener les Arabes ses compatriotes du culte des idoles à celui d'un seul Dieu , et réunir en une seule et puissante nation les diverses tribus séparées et hostiles les unes aux autres ; mais encouragé par ses premiers succès, il prétendit bientôt établir sa religion comme la seule \Taie religion universelle dans sa forme la plus récente et la plus parfaite sur les ruines de tous les cultes qui ijvaient existé jusqu'alors, même des religions juive et chrétienne. Le principe fondamental de sa doctrine consistait dans l'imité de Dieu en opposition avec le polythéisme et avec la Trinité des chrétiens. Ce qui exerçait la plus grande influence -•<ur toute la direction de l'esprit des Musulmans, ce fut la doctrine de cette volonté absolue, par laquelle Dieu aurait ])rédéterminé d'une manière immuable toutes les actions et toutes les destinées de l'homme, et celle de ce paradis qui avec ses jouissances charnelles attendait les Gdèles après la mort. Les devoirs essentiels du 3Iusulman consistaient dans la prière journalière , dans les aumônes , dans le jeûne et dans les pèlerinages à la Mecque; mais l'œuvre la plus méritoire, au\ yeux de 3Iahomet, était de prendre part à la guerre sacrée qui avait pour objet de propager la nouvelle religion. La polygamie •était permise, mais l'usage du vin interdit. Dans son essence, l'Islamisme est une espèce de Judaïsme qui, franchissant les bornes d'une religion populaire, s'éleva au rang d'une religion universelle, mais qui, dépourvu de son caractère typique el prophétique, est par cela même un Judaïsme défiguré et déîiaturé. Le fondateur de l'Islamisme ne reconnaît pas en Jésus- (ihrisl l'Homme-Dieu ni le Sauveur, mais seulement le dernieides prophètes qui le précédèrent.
Odieux à sa propre tribu, celle des Koreïschites , Mahomet s'enfuit en l'an 622 delà IMecque à Jatreb, appelé depuis Médine (Médinat-al Nabi , ville du prophète). Il commença dès lors la
guerre contre les Koreïschites en dépouillant leurs cara^ ânes , et la termina en 629 par la prise de la Mecque , où l'ancien sanctuaire national, la Caaba, devint le point central de sa religion. A sa mort en 632, toute l'Arabie professait sa doctrine et était soumise à sa puissance. Les uns avaient embrassé (a nouvelle religion de leur propre gré, d'autres ne l'avaienl fait que forcément , et après lui avoir opposé une vive résistance. En mourant il légua à ses sectateurs le Koran, c'est-à-dire les révélations qu'il prétendait lui avoir été faites à différentes époques et qui, par la suite, furent recueillies en un volume sous le règne du premier Khalife ( chef spirituel et temporel • Abu-Bekr.
L'apostasie qui eut lieu immédiatement après la mort du rtidoutable prophète parmi la plupart des tribus arabes , fut l'objet d'une terrible vengeance , et des combats sanglants forcèrent bientôt les rebelles à retourner à l'Islamisme et à obéir aux successeurs de Mahomet. On commença ensuite à faire des conquêtes à l'extérieur : la Syrie et la Palestine tombèrent en 639, l'Egypte en 640, la Perse en 651 , au pouvoir des Arabes. Tous ceux qui embrassèrent l'Islamisme , furent admis à la jouissance de tous les droits et de toutes les prérogatives des vainqueurs, mais les chrétiens durent acquitter le tribut des infidèles ; ils durent céder en partie leurs églises , ou n'en purent point élever de nouvelles, et ils furent en général soumis à tant de vexations et à tant de conditons onéreuses que leur nombre diminua aussitôt dans les pays conquis et que leur église marcha rapidement vers sa ruine.
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