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SCHISMES ET HERESIES JUSQU A LA FIN DU QUATRIÈME SIÈCLE

Schisnie des Dona listes.

I. S. Optati {évéquc de MiUvevers 368) de schismate Donatislariirii libb. VII. éd. L. E. Dupin. Paris, 1700. fol. Monumcnla vetera ad Donatist. hist, pertinentia {dans l' Optât de Dup'm). Les écrits de saint Augustin contre Parménianus, Crcsconius, Petilianus, Gaudentius; SCS livres : de Baptismo ; ad Catholicos opislola contra Donatislas; brevicxdus collalionum conlraDonatistas; ad Donatistas post collationem Cartbag. ; de gestis cum Emerito Donatisla — , tous ouvrages renfermés dans le neuvième volume de l'édition des Bénédictins.

II. Hisloria Donatistarum ex Norisiams Schedis excerpta in H, No- Risii 0pp. cd. a P. et N. Balicriniis, Veron. 1732, lom. iv.

Le schisme des Donatistes qui dura si longtemps et qui fut si fertile en résultats , dut son origine à des animosités personnelles. Les évêques de Numidie , Secundus de Tigisis et Donat des Cases-Noires , en se déclarant en faveur de quelques méconl«înts de Carthage , formèrent un parti contre Mensurius, évêqne de cette ville et son diacre Cécilien. En accusant Mensurius d'avoir livré les Saintes Écritures pendant la persécution de Dioclétien et d'avoir, par l'entremise de son diacre et d'une manière contraire à la charité, privé de tout secours extérieur les chrétiens qui languissaient dans les cachots , ils firent naître , dès l'an 30G, un schisme dans l'église de Carthage. Lorsque donc, à la mort de 3Iensurius , Cécilien fut élu évéque , la division se changea en une rupture ouverte. Sans attendre l'arrivée et le concours des évêques de Numidie, chose à laquelle on n'était, en aucune façon , tenu légalement, on avait fait sacrer Cécilien iinmédiat(^ment après son élection par Félix , évéquc d'Aptonge. Les évêques de Numidie ,

au nombre de soixante-dix, arrivant incontinent après à Carthage, y trouvèrent une minorité hostile à Cécilien et se composant des anciens adversaires de Mensurius, de quelques prêtres trompés dans leurs espérances d'être élevés à l'épiscopat et de Lucille, femme puissante par ses richesses. Sous la présidence de Secundus , évêque de Tigisis , on tint en 312 un concile , dans lequel le lecteur Majorin , qui demeurait chez Lucille, fut élu évêque de Carthage. Le rapport dans lequel la ville et l'église de Carthage se trouvaient à l'égard des provinces d'Afrique, était tel que le schisme qui y avait pris naissance se répandit avec une grande rapidité dans toute l'Afrique romaine septentrionale. Les Donatistes (c'est ainsi qu'on les appela, parce que Donat , évêque des Cases-Noires était un des principaux auteurs du schisme, et qu'il avait sacré Majorin), s'adressèrent déjà en 313 à Constantin , demandant à avoir pour arbitres des évêques gaulois. Par ordre de l'empereur, un concile , se composant de dix-neuf évêques gaulois et italiens cl présidé par le pape Melchiade , examina les plaintes qu'ils avaient portées contre Cécilien et déclara celui-ci innocent. Mais les Donatistes , en réprouvant Cécilien , s'appuyèrent principalement sur le prétendu fait que Félix, évêque d'Aptonge, qui l'avait ordonné, était du nombre des traditeurs. Conformément aux ordres de Constantin, Elien, proconsul d'Afrique , fut chargé d'examiner cette dénonciation , et Félix fut également reconnu innocent. Cependant les Donatistes ne cessèrent d'importuner l'empereur jusqu'à ce qu'il convoqua en 314 un grand concile occidental à Arles. Celui-ci s'étant également déclaré en faveur de Cécilien, ils en appelèrent à l'empereur. Ce fut à regret que Constantin accorda une audience aux deux partis à Milan , mais il ne put découvrir luimême aucune faute dans Cécilien , et ordonna d'enlever les églises à ces schismatiques opiniâtres et de confisquer même leurs biens. Une fureur fanatique s'empara maintenant du parti et donna lieu aux CirconeeUions (appelés Agonistici par leurs coreligionnaires) ; c'étaient des troupes de paysans gros-

sicTs , furieux et enthousiasmés pour la cause des Donatistes, ainsi que d'esclaves fugitifs, qui servaient de gardes aux évêques donatistes. Le désir d'obtenir la palme du martyre fut poussé jusqu'il la folie dans cette secte qui tlevait proprement son origine à l'horreur que lui inspiraient ceux qui niaient la foi , ou qui se servait du moins du prétexte de cette horreur. Être mis à mort par des païens ou par des catholiques équivalait chez eux à un martyre ; c'est pour cette raison qu'ils excitaient les uns et forçaient les autres à les tuer ; et lorsqu'ils no trouvaient personne pour leur rendre ce service, ils se jetaient eux-mêmes dans des précipices, dans les flammes ou dans des courants d'eau. Ils n'épargnaient naturellement pas plus la vie d'autrui que la leur propre; au mot de ralliement « en l'honneur de Dieu » ils envahissaient nuitamment les maisons des prêtres catholiques , y mettaient le feu , frappaient, aveuglaient, assassinaient les habitants.

Pour avoir, comme l'Église catholique, un centre d'unité cl wn soi-disant successeur de saint Pierre , les évêques de cette secte envoyèrent à Rome un Africain nommé Victor comme évêque Donatistc. Leurs tentatives de se fixer aussi ailleurs échouèrent; mais dans l'Afrique septentrionale, ils furent trèsnombreux et très-puissants, surtout depuis que Constantin p(»rmit en 321 à leurs évêques bannis de rentrer dans l'Empire et qu'il recommanda aux catholiques de tolérer et d'épargner !(*urs adversaires. A la tête des schismatiques se trouvait alors Donat le Grand, qui, depuis la mort prématurée de Majorin , occupait le siège episcopal de Carthage ; c'était un homme doué de grands talents, à qui ses adhérents étaient lellement dévoués qu'ils s'appelaient eux-mêmes publiquement les partisans de Donat et qu'ils juraient ordinairement par son nom. Sous les fils de Constantin , les extravagances des Circon- <«>llions qui étaient insupportables à leurs propres évêques. ilonnèrent lieu à des mesures sévères : le comte Taurinus en lit massacrer en 346 un grand nombre. Constance envoya «ensuite PauUus et Macarius avec ordre de tâiAer à gagner les

{)auvres Donatistes, on leur distribuant de l'argent. Donat, évoque de Bagajae, ayant fait un appel à ses Agonistiques contre Macarius, les soldats que l'on avait donnés à celui-ci ])our sa défense , employèrent la force ; plusieurs Donatistes succombèrent dans la lutte ; deux de leurs évéques furent mis à mort comme auteurs de la révolte, mais révérés comme martyrs par leurs sectateurs. Dès lors plusieurs évéques Donatistes prirent la fuite, d'autres furent envoyés en exil ; Macarius força le reste à se réunir aux catboliques, et la paix, rétablie en apparence, dura jusqu'en 362. Mais les bannis, étant rentrés chez eux du consentement de Julien, enlevèrent, non sans effusion de sang, plusieurs églises aux catholiques, et leur firent payer cher les torts qu'ils avaient eus à leur égard.

Le schisme devait être justifié dogmatiquement par la doctrine que celle-là est la véritable Église qui n'admet à sa communion aucune personne qui pèche en public, que toutes les églises hormis la leur ont été souillées et profanées, parce qu'elles ont eu des relations, sous le rapport spirituel, avec les Iraditeurs Cécilien et Félix d'Aptonge et que par conséquent elles ont cessé d'être la véritable Église. Ainsi, les Donatistes soutenaient ouvertement que l'Église catholique , après avoir cessé d'exister dans tout le reste de l'univers, ne se trouvait plus qu'en Afrique au milieu d'eux. De plus, comme, selon leur doctrine , l'efficace des sacrements dépend de la dignité et de la sainteté personnelle de celui qui les administre, ils en concluaient que tous les sacrements , hormis ceux qu'on administrait dans leur communauté, étaient sans validité. En conséquence, ils rebaptisaient tous ceux qui passaient de leur côté ; même ils ne rougissaient pas de faire passer la sainte cène des catholiques pour une idolâtrie. Semblables aux Novatiens, ils prétendaient être seuls purs et saints; ils se glorifiaient de leurs martyrs , et avaient tellement les catholiques « les fils des traditeurs» en horreur qu'ils évitaient soigneusement d'être en contact avec eux.

Les empereurs , surtout depuis le règne de Gratien , défen-

dirent par dos edits les assemblées des Donatisles, firent fermer leurs églises, ouïes restituèrent aux catholiques; mais plus que tout cela, leurs propres contestations et leurs divisions intestines liront du tort à leur cause ; des Priscianistes * , des Maximianistes, des Rogatisles, des Claudianistes et d'autres, se disputaient le terrain aAOC une fureur aveugle , et ch,uune de ces sectes voulait être la vraie Église catholique. L'esprit schismatique, à qui ce parti religieux était redevable de son existence, le pavait avec tant d'usure que , d'après le témoignage de saint Augustin, dans la îsumidie seule , où les Donatistes étaient sans doute les plus nombreux et composaient la grande majorité de la nation, toutes ses différentes sectes pouvaient à peine être comptées. Nonobstant cela , elles eurenf sur la fin du quatrième siècle près de quatre cents évoques en Afrique. Un édit que l'empereur Honorius publia en 405 contre les Circoncellions qui renouvelaient leurs actes de violence, leur enjoignait sous des peines sévères de se réunir à l'Eglise catholique, et comme saint Augustin ne se lassait point alors de combattre les Donatistes avec toute la vigueur de son génie et qu'il dévoilait avec une grande perspicacité tous leurs détours et tous leurs sophismes, uu grand nombre d'entre eux se décida à rentrer dans le giron de l'Église. En l'an 411, il se lint, par ordre de l'empereur et sous la présidence du préteur Marcellin , une conférence à Carthage , à laquelle assistèrent 286 évoques catholiques et 279 évoques Donatistes. Les évoques catholiques s'offrirent môme, dans le cas d'une nouvelle réunion, à admettre les évoques Donatisles en les maintenant dans leurs dignités ecclésiastiques; c'était faire une abnégation d'eux-mêmes pour laquelle les Donatisles ne leur témoignèrent que de l'orgueil et de la haine, « Les lils des martyrs ne doivent avoir rien de commun avec la race des traditcurs, )>

' L'aulenr nomme ici les Primianisles ; je crois que c'est par erreur, ci j'ai substitué à ce com celui des Prisrianislcs , me fondant sur l'aulorilé de Ber fjkr. Dictionnaire de Théologie, tom. i, p. 029. Besançon et Paris, 1838.

iVo^e dxi traducteur.

idle est la réponse qu'on avait donnée aux ouvertures que les catholiques avaient déjà faites précédemment. Par des subterfuges sans iin et par de basses intrJafues , les Donatistes cberehaient à faire traîner en longueur ou à écarter entièrement la discussion des véritables points de controverse; mais Augustin, en réfutant le mémoire que ses adversaires lurent enfin, put prouver le point capital dogmatique, sur lequel on était en contestation ; il fit voir nommément que l'Église . en tolérant les méchants qui se trouvent parfois inévitablement dans son sein, ne perd point son caractère de sainteté, de vérité, ni de catholicité. Marcellin déclara enfin que les opinions des Donatistes étaient suffisamment réfutées et lit exécuter les edits qui avaient été portés contre eux. Un nouvei édit de l'an 413, plus sévère que les autres, eut pour résultai que des communautés donatistes tout entières rentrèrent avec leurs évéques dans le sein de l'Église. A la mort de saint Augustin en 430 , le schisme était en grande partie éteint ; cependant il en existait encore des débris du temps de Grégoire le Grand, et les plaintes de ce pape, ainsi que celles des évêques qui administraient l'église d'Afrique à cette époque, montrent combien les Donatistes étaient encore turbulents ei combien de fois les catholiques se laissaient rebaptiser par eux. Antérieurement au schisme des Donatistes, un autre schisme, celui des Méléciens, avait pris naissance en ÉgjpU' tout au commencement de ce siècle. Mélèce , évéque de Lycopolis dans la Thébaïde, s'était brouillé avec son patriarche, Pierre d'Alexandrie , qui avait des sentiments doux et modérés , au sujet de la réadmission de ceux qui étaient tombée durant la persécution, et, parcourant l'Egypte pendant la caj»tivité de Pierre , il s'arrogea le droit d'ordonner et de déposer, et c'est de cette sorte que se forma la secte des Méléciens qui prétendaient former l'Église des martyrs. Le concile de Nicée voulait laisser ceux qui avaient été ordonnés par Mélèce en possession de leurs dignités et n'interdit qu'à lui-même l'exercice des fonctions épiscopales ; le schisme n'en continua pas

moins d'exister. Les 3Iéléciens firenl plus lard cause commune avec les Ariens contre Atbanase, sans toutefois rendre hommage à la doctrine d'Arius, et ce ne fut qu'au cinquième siècle que ce schime s'éteignit entièrement.

(^ntteatations au sujet de l'Arianisme. 1. Jusqu'au concile de Sardique en 347.

I. S. Atuanasii libri et oralioncs contra Ariuin ; Epistula de decrctis Svnodi Nicœnœ ; Hisloria Arianorum ; Apologia I ; 0pp. éd. Montlaiicon, Paris, 1698, 3 voll. fol. Epiph.vmi ha?r. 69. Les Fragments (/f r Histoire ecclésiastique de l'Arien Philostorge cd. Gothofredus, (icnevœ, 16V3. k. Gelasii Cyzic. Hist. Concilii Nicœni in Harduini i'ulloct. Concil. t. 1. Les Fragments des écrits rf'Ariiis dans Théodoret, Kpipbane et Athanase.

II. Travasa Sloria critica délia Vita cli Arrio. Venez., 1746. — MiiHLER Athanasius d. Gr. und die Kirclio seinor Zcit , besonders im Kampfe mit dcm Arianismus. 2 Thle., Mainz , 1827, traduit par SickwolfT et publié par la Société Nationale pour la propagation des bons livres, Bruxelles 1840. — Herma>t Vie de S. Atbanase, Paris, 1671. \. 2 voll. — Maimbolkg Histoire de l'Arianisme. Paris, 1675.

La grande dispute qui s'alluma au quatrième siècle au sujet de la Trinité, est un phénomène qui , préparé par des événements et des développements antérieurs, devait, historiquement parlant, se présenter nécessairement. On n'avait pas <'ncore parcouru tout le cercle de l'erreur relativement à ce dogme fondamental du Christianisme. Aux hérésies qui, en maintenant l'unité abstraite de l'Être suprême, niaient l'éternelle et immuable révélation de Dieu et l'unité en trois personnes, s'en joignit encore une nouvelle qui , s'appuyant sur la différence personnelle entre le Fils elle Père, prétendait qu'il \ avait aussi une différence dans leur essence. Déjà quelques rhrétiens, séduits par une espèce de philosophie platonicienne, ou se laissant entraîner trop loin dans leur polémique contre

ocuK qui niaient la différence personnelle , ou employant enliit inconsidérément et sans mauvaise intention des expressions peu convenables, avaient étendu la distance entre h Père e» le Fils, représenté celui-ci comme une créature et paiU d'un commencement de son existence en vertu de la \olonté de son Père. Il est vrai que Denys d'Alexandrie avail rétracté les erreurs dans lesquelles il était tombé autrefois à cet égard et qu'il s'était prononcé absolument dans le sens de l'Eglise; mais il paraît que, peu de temps après lui, un autre docteur de l'Eglise, le prêtre Lucien, enseigna à Antioche à ses nombreux disciples des doctrines auxquelles il ne fallait qu'un dévoloppement dialectique pour s'opposer au dogme de l'Église comme une des hérésies les plus dangereuses et les plus opiniâtres.

Un des discipl,es de Lucien, le savant et spirituel, mais aussi l'orgueilleux et présomptueux Libyen Arius, prêtre d'Alexandrie, fit parvenir ce germe à sa maturité. Voici la substance de sa doctrine : le Fils n'est point engendré de b nature du Père, mais il est créé de rien ; il existait, il est vrai , avant la création du monde (et avant le commencement des temps), mais son existence n'est pas éternelle; il est dont différent du Père quant à son essence et se trouve sur la même ligne que les créatures qu'il précède néanmoins, parce que Dieu qui a créé tout, n'a créé le temps que par son entremise, et c'est pour cette raison qu'il s'appelle le Fils de Dieu et fc Verbe. Comme créature, le Fils est parfait, et ressemble autant au Père qu'une créature peut ressembler au Créateur. Mais comme il a reçu tout comme un don de la grâce du Père ; comme un jour il n'existait pas, il est séparé de l'essence et de la gloire éternelle du Père par un abîme sans fin ; il n'est pas même en état de concevoir cet Etre , et n'en a qu'une connaissance imparfaite. Sa volonté est donc originairement inconstante , capable de faire le bien comme le mal , de mêm(> que celle de toutes les créatures raisonnables ; il est vrai qur , comparativement du moins, il est exempt du péché, mais i!

Oi HISTOIRE DE LÉGLISK.

ne Test pas do sa nadiro, il no l'est que par le bon usage qu'il lait dosa volonté, ot le Pèro, prévoyant qu'il persisterait dans le bien, lui a accordé sur toutes les autres créatures colle dinnilé et cette prééminence qu'il aurait obtenues plus tard en récompense de ses vertus. (l'est pour ce motif que , quoiqu'on lui donne le nom de Dieu, il ne l'est point en réalité, mais il n a été déifié qu'en ce sens que les hommes, en s'élevant à un haut degré de perfection morale , peuvent également avoir pari à dos prérogatives divines. Il faut donc rejeter absolument ridée d'une procréation du Fils de ressencc du Père; car elle forait croire qu'il émane de l'Etre suprême et que par conséquent celui-ci serait assujetti à la divisibilité et à la mutabilité.

Cette doctrine , en rapport avec les connaissances suporlicielles et avec les idées semi-païennes d'un grand nombre de rvvix qui se donnaient alors le nom de chrétiens, attaqua tout io système des vérités fondamentales du Christianisme. Suivant elle, ce n'était point Dieu qui s'était fait homme pour racheter le genre humain, mais c'était une créature sujette à varier qui avait opéré tout cela. Le véritable chrétien, à qui la foi en l'Homme-Dieu Jésus-Christ , l'unique médiateur divin , frayait la voie vers Dieu et lui accordait les movens de s'unir intimement à lui, sr voyait, par cotte doctrine qui lui représentait son Sauveur et son médiateur aussi éloigné de l'essence de Dieu qu'il l'était lui-même, replacé dans cette séparation infinie qui, dans la religion païenne, existait entre la Divinité et l'homme, et de cotte manière Dieu devenait (]>.' iio'.neau inaccessible pour lui.

La dispute éclata lorsqu'Arius attaqua ouvortemonl la doctrine de son évèque Alexandre, relative à l'éternité do la procréation du Fils de l'essence du Père et h l'ideiitité de sa nature avec celle du Pèr<'. Après diiïérentes tentatives infructueuses à l'effet de lui fiiire rétracter ses erreurs, il fut déposé <'l excommunié avec ses nombreux adhérents en 321, dans un concile tenu à Alexandrie et composé de cent évêques.

Tandis qu'Alexandre recelait de toutes parts l'assurance qu'on approuvait sa conduite à l'égard d'i\rius et que sa doctrine éiait celle de l'Église, le docteur hétérodoxe sut se concilier l'approbation et la protection de plusieurs évêques Orientaux, tels qu'Eusèbede Nicomedie, Paulin de Tyre, Athanase d'Anazarbe et d'autres. Les uns, en effet, partageaient entièreinent ses opinions , les autres s'étaient laissé séduire par une exposition dans laquelle il adoucissait sa doctrine. En disant que le Fils est une créature tirée du néant, il prétendait qu'il fallait seulement excepter l'admission d'une matière préexislante ou d'une émanation de l'essence de Dieu; qu'il a été rngendré par la volonté du Père avant tous les siècles comm(> un Dieu parfait, unique, immuable (non d'après son essence, n>ais par sa volonté que Dieu a connue d'avance). Le savant Eusèbe de Gésarée intercéda môme pour Arius qui , sur ces entrefaites j écrivit sa Thalle, étant auprès de son ami, l'évéijue de Nicomedie. Un roncile, tenu en Bithynie, approuva sa doctrine ; la dispute sen venima de jour eu jour davantage, gagna toutes les classes du peuple, et les païens même tournèrent les chrétiens en ridicule sur la scène. Cependant Constantin était devenu empereur d'Orient en 324. Dans le principe, il pensait pouvoir terminer celte dispute à l'amiable, en y envoyant Hosius, evêque de Cordoue, et en écrivani une lettre, dans laquelle il donnait à ces contestations le nom de discussions \iiines et inuiiles. Ce fut en vain ; car dans un nouveau concile, réuni à Alexandrie, la sentence prononcée contre Arius et sa doctrine, fut confirmée en présence et du consentement d'Hosius. Constantin convoqua alors (325) un ' jncile œcuménique à iNicée.

Dans cette assemblée respectable qui se composait de 318 évéques pour la plupart Orientaux, il n'y avait qu'environ vingldeuK évéques ariens. Bans les discussions qu'on eut à soutenir I <mlre Arius et ses partisans , on se convainquit de la nécessité il opposer à leurs sophismes les expressions les plus claires et les moins équivoques pour déterminer tout ce qui a rapport à

la doctrine de l'Église. C'est pour cette raison qu'on ajouta au Symbole qui avait éli* remis parEusèbe de Gésarée , que le Fils est vérital)lement Dieu , engendré et non fait , et consubstantiel [buco-j7io;] au Père. Quelques-uns, comme Eusèbe lui-même, trouvèrent bon de signer le Symbole , en donnant, à leur manière, à ses <'\pressions les plus claires une interprétation sophistique et irraisonnable. Entin l'empereur qui assistait au concile , ayant menacé de déposer et d'envoyer en exil tous ceux qui n'admettraient pas le Symbole, les dix-sept évoques qui, au commencement, s'étaient opposés à cet arrangement , le signèi'ent également, Arius et les deux évéques d'Egypte, Tbéonas et Secundus, furent les seuls qui s'y refusèrent. Constantin les relégua en lUyrie , et trois mois après, Eusèbe de Mcomédie et Théognis de Xicée furent bannis à leur tour.

Mais la tendance dont Arius était devenu l'organe , avait jeté de trop profondes racines, et son parti était beaucoup trop [)uissant , pour que la décision du concile de Nicée eût pu terminer la ([uerelle. On représenta à l'empereur qui était inlélieuremenl d'un caractère sombre et chancelanl qu' Arius était en lui-même un vrai croyant, un homme sacrifié aux passions d autrui , et qu'on avait dû avoir recours à des subtilités oiseuses pour trouver un prétexte de le persécuter. L'empereur le rappela en 327, et se contenta d'une profession de foi, conçue en termes généraux et d'un catholicisme affecté, qui lui fut remise par Arius. Dès lors Eusèbe de Nicomédie cl Théognis purent reprendre l'adminislralion de leurs diocèses ; leur parti de\ int de jour en jour plus puissant à la cour, et il ne s'agissait plus pour eux que de se venger de leurs principaux adversaires, de secouer le joug du concile de Nicée et de réintégrer Arius dans la communion de la foi. Aussitôt, plusieurs des Orientaux les plus considérés, et particulièrement Eustathe d'Antioche, furent déposés soit dans des conciles, soit par ordre de l'empereur, oi leurs églises occupées par des évéques ariens. Mais les efforts des Ariens se brisèrent à la fin, malgré ces succès passagers, contre un seul homme, saint Athauase,

évêqiie d'Alexandrie depuis l'an 320. Il lui était particulièrement réservé de défendre et- de maintenir la foi catholique en Orient dans les temps orageux et calamiteux qui suivirent maintenant. Adroit et éloquent dans ses discours comme dauR ses écrits, doué d'un esprit clair et pénétrant, inébranlable comme un rocher à soutenir la vérité, d'une activité infatigable à poursuivre l'hérésie jusque dans ses réduits les plu^ cachés , à déchirer le tissu de ses sophismes et à reconnaître et à démasquer ce nouveau Protée dans chacune de ses nouvelles formes , il identifia pour ainsi dire tout son être avec la cause qu'il plaidait, et ses relations donnèrent à ses amis comme à ses ennemis des marques de son attachementà la foi catholique.

En refusant opiniâtrement d'admettre Arius dans l'église d'Alexandrie et de communiquer avec ceux de sa secte , Alhanase encourut la disgrâce de l'empereur. Les Eusébiens, ainsi nommés d'Eusèbe qui était maintenant l'àme du parti dominant, formèrent, de concert avec les Méléciens, une série de graves accusations contre lui , et l'empereur lui ordonna de se justifier, d'abord devant un concile réuni à Césarée, et, ne s'y étant point présenté , il lui enjoignit de comparaître devant un autre concile plus nombreux qui fut convoqué à Tyr en l'an 335. Ici , il devait être jugé par les chefs du parti contraire ; c'étaient les deux Eusèbes, Maris, Théognis, Flaccile d'Antioche, Patrophile, Ursace, Valens. Quoique les chefs d'accusation contre Athanase fussent en partie manifestement faux, en partie sans preuves suflisantes , il fut néanmoins déposé , et l'empereur le relégua à Trêves. Arius, de son côté, dans uu concile tenu peu de temps après à Jérusalem , fut reçu dans k communion de l'Eglise. Déjà il était sur le point d'être introduit solennellement avec ses adhérents dans l'église iU' Constantinople, malgré la résistance de l'évêque Alexandre, lorsqu'il mourut subitement en 336.

Les fils de Constantin rappelèrent les évêques bannis ; mai h bientôt les Eusébiens surent si bien gagner Constance, le faible tyran de l'Orient, qu'il devint l'instrument aveugle de

HIST. DE l'église. — T. I. 3

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liMirs projets. Ils accusèrent derechef Alhanase de s'être rendu roupable do plusieurs délits tant ecclésiastiques que j)()litiques, le chassèrent et le remplacèrent par un prêtre nommé Piste. Kn vain un concile, tenu à Alexandrie et composé d'un grand nombre d'évêques égyptiens, ainsi que le pape Jules, auquel s'étaient adressés ce concile et les Euséhiens eux-mêmes, se prononcèrent en sa faveur. Il fut déposé formellement au concile d'Antioche en 341 , et l'on remplaça Piste sur le siège d'Alexandrie par un certain Grégoire de Cappadoce. Celui-ci s'empara des églises de ce diocèse à la faveur de l'assassinat et de l'effusion du sang humain , força le peuple catholique à le reconnaître, et parcourut liîlgyple , en maltraitant partout les évêques, les moines et les jeunes filles. Sur ces entrefaites, les Eusébiens, assemblés à Antioche, avaient composé quatre articles de foi , auxquels ils en ajoutèrent en 345 un cin- ^plième qui était Irès-détaillé ( ex,5c7<ç iJ.yy.poixr/oz]. Mais <(»mmc, à cette époque, ils n'osaient pas encore attaquer ouvertement l'autorité du concile de Nicée et qu'un grand nombre d'entre eux n'étaient point réellement partisans de l'A- 1 ianisme , ces articles étaient presque entièrement conçus dans nw sens catholique. On y professait la véritable et parfaili' divinité de Jésus-Christ ; on y avait seulement supprimé le mot by.ooj'jtoç , et l'on y déclarait que la procréation du Fils éliiit un acte de la volonté du Père, tandis qu'Athanasc soutenait avec raison que la procréation du Fils était basée sur lessence même de Dieu <'l qu'on ne pouvait point la considérer comme un acte particulier de la volonté divine. Parmi les évêques qui assistèrent à ce concile, plusieurs étaient sincèrement attachés à l'Arianisme , mais, suivant la tactiqu<' ordinaire de ce parti, ils attachaient un sens arien à des formules catholiques. C est ainsi que plus tiird ils répondirent aux questions qu'on leur adressa relativement au sens d** cette expression : /r Sfrhr provient de Dieu, en disant qu'elle H\ait la même signification que ces paroles de l'Apôtre ; Tou( jtro vient de Dieu.

SECONDE ÉPOQUK. — CHAP. 111. 99

Les évoques récemment chassés par les Eusé])ieiis , à savoir : Marcellus d'Ancyre, Asdepas de Gaze, Lucius d'Andrianople, Paul de Constantinople et plusieurs autres , s'adressèrent main- (enant avec Athanase au pape Jules , et furent déclarés innocents par le concile de Rome tenu en 343. Un nouveau concile ♦ecuménique, que les deux empereurs Constant et Constance assemblèrent à Sardique en Illyrie en l'an 347, devait rétablir la pai\ de l'Église. Sur ces entrelaites, Eusèbe de Nicomédie était mort comme évêque de Constantinople, mais son parti n'était point encore affaibli et comptait dans ses rangs la plupart des soixante-dix évêques orientaux qui s'étaient réunis à Sardique; d'un autre côté, la crainte que Constance et les violences des Eusébiens inspiraient aux orthodoxes, les tenait enchaînés. Les cent évêques occidentaux qui avaient à leur tête le nonagénaire Hosius étaient d'accord entre eux et professaient unanimement la doctrine du concile de Nicée; il n's en «'utque cinq, parmi lesquels se trouvaient Ursace, évêque de Singidunum et Yalens , évêque de Mursa , qui se réunirent aux Eusébiens. Ceux-ci, se voyant en minorité e! devant s'attendre à la découverte et à la dénonciation des violences qu'ils avaient commises, saisirent avidement le prétexte que leur fournit l'admission d'Athanase et des autres évêques bannis aux séances de l'assemblée , pour tenir un conciliabule dans la ville voisine de Philippopolis. Ils y composèrent une profession de foi captieuse, condamnèrent tous ceux qui avaient été absous par les évêques occidentaux , et exclurent de leur communion Hosius , les principaux évêques catholiques et le pape Jules lui-même. En revanche , les évêques occidentaux, réunis à Sardique, manifestèrent leur attachement au symbole de Nicée , ordonnèrent de rétablir les évêques bannis et prouoncèrent la déposition des chefs de l'Arianisme. Par suite de ees antécédents, il y eut pour la première fois une scission temporaire entre les églises d'Orient et celles d'Occident. Il y avait plusieurs évêques orthodoxes en Orient, mais les Eusébiens et l'empereur Constance qui se laissait diriger par ceux-ci ,

ICO HISTOIRE DE l'ÉGLISF.

par les femmes et les eunuques de la tour qui leur élaienl dévoués, appesantissaient un joug insupportable sur eux; ils restèrent tranquilles et n'osèrent point rompre la communion de foi avec les Eusébiens.

2. Jusqu'à la mort de Constance en 361 . Marcellus d'Ancyre. Eunome et les Anoméens. Les Semi-ariens.

I. S. Atiunasii Apologia ii, ni; de Synodis Arim. et Selcuc. S. Hti.ARii liber de Synudis; ad Constantiiim Aug. ii. 2; contra ConsUm— lium imp. lib. unus; fragmenta. 0pp. cd. Mdil'ei, Vecon., 1730. Cul. LuciFEiii Calaritani ad Conslantium ii. 2 ; de non convcniendo ii?n« Iiœretici >; de non parcciido dclinquenlibus in Dcum; quod moricndun» ^it pro Filiu Dci ; 0pp. cd. Colcti , Vcnel., 1778. fol. — Eusebii Cœsar. contra Marcellum ii. 2; de ecclesiastica theologia ii. 3; ad calcein Kjusd. Demonstration. Evang. Colon., 1688. — Epiphanius hœr. 72. — EuNOMii libelhis fidei; apologeticus, in Basnagc Canisii Thesaii)'. 1 , 178.

H. Rettberg Marcelliana, Golting., 1798. — Klose Geschichte und Lehre des Ennomius, Kiel, 1833.

Constance, cédant au désir de son frère Constant, permit en 349 à saint Athanase de rentrer dans son diocèse. Mais l;i mort de Constant, causée en 350 par l'usurpateur Mavence, laissa les mains libres à ses adversaires. Aussitôt ils renouvelèrent leurs attaques contre Marcel, évéque d'Ancyre, l'intrépide défenseur i\('\liomousion , qu'ils avaient déjà déposé en 336, en l'accusant de Sabellianisme, et qu'ils déposèrent main- (enant de nouveau au concile de Sirmium (351) conjointement avec son disciple Photin, qui toutefois professait des erreurs tnanifestcs. Eusèbe de Césarée avait été chargé par la secte des P.usébiens d'écrire deux ouvrages (« contre Marcel » et «de la rhéologie ecclésiastique »), dans lesquels il chercha à le con- \.nncre de rcireur de Sabellius (pii consiste en ce que le Verbe n'est qu'une puissance impersonnelle du Père. L<*

Nùupçon de rcUc opinion erronnée pouvail élrc rejeté avc<' quelque apparence sur Marcel, puisque, quoique en lui-mênif \rai croyant, il se servait de l'expression de Sabellius qui 'tendait la monade à la Trinité et qu'il voulait rapporter seulement le nom de Dieu le Fils au Christ qui s'est fait homme; rependant le pape Jules l'avait absous en 341, et le concile de Sardique en avait fait autant en 347. Cependant de nouvelles ralomnies dirigées contre Athanase sous le rapport politique cl religieux avaient déjà inspiré une haine implacable contre ' e prêtre inflexible à Constance, qui occupait maintenant seul le trône de l'Empire. Au concile d'Arles en 353 et à un autre j)!us considérable réuni en 355 à Milan et composé de trois cents évoques, l'empereur qui, entouré des évèques ariens de sa cour, y présidait lui-même, obtint à force de corruptiou, rie déceplioits et de menaces , la condamnation d'Athanase cl l'admission des Ariens dans la communion de foi. Denys d<' Milan, Eusèbe deYerceil, et Lucifer de Cagliari , légat du r;!}>e, qui lui avaient résisté avec fermeté, furent maltraités et iMivoyés en exil. Le même sort frappa ensuite aussi le pape I, ibère et le vieillard lîosius. Athanase, menacé de la mori , s étant caché dans le désert , on installa par la force des armes à Alexandrie Georges de Cappadoce, homme grossier, vil et iuannique. Un grand nombre d'évêques de l'Egypte furent ronduits dans les mines ou dans le désert; les catholiques qui lefusaient de s'unir aux Ariens, furent mis à la torture et Jlagellés avec une telle violence que plusieurs expirèrent sous les coups. La contrainte et la persécution dominaient de toutes parts ; « souscrivez ou abandonnez vos églises » telle étai! ralternativc qu'on laissait aux évoques; on dépouilla les Novah?i\s même de leurs églises comme partisans de Vhomousion. \ a ruine de la confession de Nicée paraissait assurée du moluent que le vieillard Ilosius et le pape Libère lui-même vin- 1 rat à faillir, après que les souffrances de l'exil eurent abattu Jciir courage. Ce dernier renonça en 357 à toute relation avec Aîhanase, se joignit aux Ariens et souscrivit à une des trois

102 HISTOIRE DK l'kglise.

formules qu'on avait n-digéos à Sirmium , prohabloiuent à h première qui n'éfail point hérétique, du moins quant au sens littéral , mais qui plutôt , mémo d'après le (émoif^nagc d'Hilaire, était conçue de manière que les orthodoxes pouvaient l'adopter également. Cependant plusieurs personnes ont eherehé à prouver dans les temps modernes (pie la rhulc de l.ihère d<'vai( être regardée comme une fiction nue 1 un ou l'autre Arien aurait insérée dans les ouvrages de saint Athanase et dans les fragments de saint Hilaire, puisque Sulpice-Sévère , Socrafe et Théodoret ignorent ce fait, et qu'ils racontent au contraire que Constance , cédant au\ instances des dames romaines et craignant les suites de la fermentation qui régnait dans le peuple romain, permit au juipe de rentrer dans Home.

La cause de l'Eglise catholique fut défendue à cette époque par un petit nombre d'écrivains , mais ce sont des écrivains distingués et courageux. Dans l'Orient nons trouvons l'inébranlaMe Athanase qui, outre quelques apologies qui lui étaient personnelles et dont la première parut en 350, la seconde en "356, et la troisième en 358, publia alors son histoire de l'Arianisme et quatre traités contre cette hérésie; dans l'Occident, saint Hilaire composa son ouvTage ingénieux et profond sur la Trinité qu'il divisa en douze livres. Ce fut un bonheur pour la cans*' Ao la foi de Nicée que ses adversaires se (li\rsèrent maintenant, ou que plutôt les dissensions intérieures qui régnaient déjà depuis longtemps parmi eux se changèrent maintenant en une rupture ouverte, depuis que les» catholiques avaient eu le dessous ou (pi'ils paraissaient du moins être sur le point de devoir su<coml)er. J^e parti modéré des S«»mi-ariens avait eu jusqu'ici la prépondérance en Orient par le grand nombre de ses é\éques et par la protection de t'onslance. Tes Ariens proj)remcn( dits, se vovant en petit nombre et désinuit d'atteindre au but commun qui étr.it l'al'olilion de la foi de Nicée et la <hute d'Athanase, s'étaient unis à ceux-là et avaient dissimulé leurs sentiments. Mais depuis qu'ayant Ursace et Yalens à leur tète, ils donnaient Je

SECrONDE ÉPOQUE. — CHAP. III. 10)

Ion à la cour, ils rejetèrent, dans un concile tenu à Sirmium en 357 , les expressions homousios et homoiousios comme ii'.' se trouvant pas dans rÉcrilure sainte, et déclarèrent que h- Père l'emportait en dignité et en gloire sur le Fils qui lui était soumis avec tous les aulres. Le Syrien Aétius et son disciple Eunome, dialecticien arrogant, mais conséquent, qui fut pendant quelque temps éyéque de Cyzique, formèreiif maintenant la secte des Anoméens ou Eunomiens , dont la doctrine consistait dans un Arianisme perfectionné et avoué ouvertement. Eunome qui établit dt^jà le principe hérétique de l'autorité exclusive de l'Ecriture sainte en opposition avec la tradition des Pères , renversa en même temps l'idée du m) stère, en admettant une compréhension absolue de l'Etre divin , en accusant ses adversaires de ne pas môme être chrétiens , parce qu'ils enseignaient un Dieu inconnu, et en soutenais i ouvertement qu'il connaissait Dieu aussi bien que lui-menif. D'après sa doctrine , le Fils est une créature qui a eu un commencement d'existence, qui, de sa nature, est variable, même pour faire le mal , qui est né mortel et qui n'est devenu immuable et immortel que par la grâce de Dieu. Il se distingnr des autres créatures par sa création immédiate et par son existence avant les temps (non par une existence éternelle] ; il n'a obtenu le nom de Dieu et la prérogative divine que pour avoir persévéré dans le bien , et , comme ce qui n'est pas crée et qui est immuable ne peut s'allier à l'humanité, il est devenu ce qu'est l'homme créé, c'est-à-dire qu'il a adopté le corps de l'homme (sans son âme).

Dans un concile tenu à Ancyre en 358 , les Semi-ariens qui avaient à leur tète Basile d'Ancyre et Georges de Laodicéc , se prononcèrent contre la doctrine d'Eunome et déclarèrenl que le Fils, d'après son essence, est semblable au Père. La troisième formule qui avait été rédigc'e à Sirmium en 358 e( était le résultat des conférences qu'Ursace et Valens Quron\ avec des évéques Semi-ariens, tendait à la réconciliation, énonçait d'une manière ambiguë que le Fils est semblable en

104 UlSTOIRK I)K LEGLISF..

foul au Pèro d'aprrs la doctrine do l'Ecriture sainte et détendait de se servir du mol oùiiy., comme présentant une idée peu claire pour des laïques. Les Anoméens jouissaient maintenant d'une grande influence à la cour par le crédit d'Eu- «lo\e, évêque d'Antioche, qui partageait leurs opinions. Dès lors un nouveau concile ;?eueral devait ériger la dernière lormule de Sirmium ou tout;' autre l'orniuie arienne de cette «•sptue en une confession de foi générale. Cependant on crai- &\yM\ que les évéques catholiques de l'Orient , encouragés par h. présence de ceux de l'Occidenl , ne se joignissent à ceuxfi ; on craignait aussi que les Semi-ariens ne se confondissent , fK'ndant la tenue du concile, avec les catholiques, avec lesquels ils étaient beaucoup plus d'accord qu'avec les Anoméens. (î'est pour cette raison qu'on résolut de partager le concile en deux sections. Les évêques occidentaux durent s'assembler en 359 à Rimini , et les Orientaux à Séleusie dans llsaurie. A Rimini, où parmi les quatre cents évêques réunis, il y avail quatre-vingts ariens, on rappela et Ton confirma la foi de Niece , en rejetant les formules qui avaient été rédigées depuis, et l'on déposa quatre évêques ariens. Mais les dix évêques que le concile dut dépêcher vers Constance , furent , de la part de celui-ci et des Ariens de sa cour, tellement ieurrés et effrayés par des menaces que , fatigués aussi d'attendre si longtemps et de perdre le temps en allées et en venues , ils signèrent une formule semblable à la dernière de Sirmium , dans laquelle il n'étail question que d'une ressemblance du i ils avec le Père « selon l'Écriture sainte » , et se réunirent aux Ariens. C'est par de semblables artifices que les évêques lelcnus toujours à Rimini, furent enfin amenés à faire le même pas. Las d'attendre pendant sept mois, craignant les suites d'une si longue séparation de leurs églises, privés Hicme du nécessaire , et pressés sans cesse par le préfet Taurus H par les Ariens, qui leur représentaient toute l'étendue de la responsabilité qu'ils assumaient sur eux, en rendant impossible la paix entre l'Orient et l'Occident pour un simple mot.

changer à l'Écriture sainte et offensant par sa nouveauté (stjbstance) , — ils cédèrent eniin , apaisant leur consci(;nce au nH»)en du sens catholique d'une confession de foi , dans laquelle avant tout la naissance éternelle et la divinité du Fils Si' trouvaient clairement exprimées. Les vingt évéques qui H \ aient opposé une plus longue résistance, cédèrent également , surtout lorsqu'ils virent que les Ariens ne s'inquiétaient point des ana thèmes qu'on avait lancés contre les erreurs les plus grossières d'Arius ; cependant Valens sut encore faire entrer ilfuis celles-ci la proposition captieuse que le Fils n'est point une créature semblable aux autres créatures. Saint .Jérôme disait plus tard au sujet de l'issue déplorable de ce concile que le inonde se plaignit avec étonnement d'être devenu tout à roup arien.

Sur ces entrefaites , le concile de Séleucie était en proie à une confusion épouvantable qui prenait sa source dans la di- \<'rsité des opinions des Anoméens et des Semi-ariens et dans ies chefs d'accusation qui pesaient sur plusieurs d'entre les l'K'ques qui y étaient assemblés. La plupart étaient semîajiens, pour autant qu'ils ne désapprouvaient dans le syml)ole de Nicée que l'emploi du mot homousios que , suivant eux , oîi pouvait dénaturer facilement dans le sens des Sabelliens. Us déposèrent neuf évéques qui avaient soutenu le plus ouver- Icment la doctrine des Anoméens, entre autres Acace de Césarée qui était alors le chef du parti ; mais leurs dix députés lurent forcés par l'empereur, auprès duquel Acace et Eudoxe jouissaient d'une grande influence, de signer la formule de Kimini et de renoncer ainsi à leiir homoiousios. Dans un concile i!*nu à Constantinople en 3()0, les Acaciens sacrifièrent Aétius, tuais ils purent en revanche déposer sous des prétextes de toute espèce les chefs des Semi-ariens. Eudoxe qui s'empara liés lors du siège de la métropole, établit des évéques ariens j>artoutoù s'étendait sa juridiction. Tous les évéques do l'Orient et de l'Occident furent tenus, sous peine de bannis- MMnent, de signer la formule de Rimini, e! il n'y en eut que

peu (jui résisl(Tont ; parmi ceux-ci se trouvèrent le pajM* Libère, Vincent de Capoue et Grégoire d'Elvirc. Mais un grand nombre dcvêques, surtout parmi lej> bannis, avaient déjà révoqué leur sijïnature, et an concile tenu à Paris en 360 ou en 3(51 et composé dévèijues gaulois, rejeta la formule et excommunia les évêques ariens de l'Occident. La conduite arbitraire du pouvoir séculier avait causé <lans l'Eglise un bouleversement cflroyable; h'S évêques orthodoxes se vovaienl divisés malgré eux et rejetés au milieu de l(;urs anciens ennemis, les Ariens, et le désespoir inspira alors à saint Hilaire et plus encore à Lucifer «le Cagliari des expressions si mordantes et audacieuses jusqu'à la témérité contr(; Constance, que ce n'est que l'extrémité à laquelle l'Église se trouw réduite qui puisse l'aire pardonner au sujet loubli de ses devoirs envers son soincrain.

Les derniers temps de l'Ârianismc. Le Schisme des Lucifériens et

des Méléciens. Les Macédoniens.

Faustim libellus procura, in Sirmondi opp., Paris, 1696, fol. torn. I. S. HiERONVMi Dialogus Orthodox! ri Luciferiani. — S. Basilii opistola», (•pp. cd. (iarnicr. P.iris, 1721. fui. toni. IIL — Ei>ip;i\.\n;s hcTr. Ti.

Lorsqu'après la mort de Constance, Julien permit aux évêques exilés de rentrer dans leurs diocèses, les liens surnatunds (pii a\ aient arrêté l'Eglise dans sa marche franche et droite, se ronq)ir(Mit lout à coup, et I Arianisme, pri\é de la protection de l'Etat, fut réduit à la condition d'une secte ordinaire. In grand nombre de communautés et d'évêques s<îcouèrcnl aussitôt le joug de la confession de foi de Uimini, et le concile d'Alexandrie que convoqua en 302 Athanase qui était revenu dans son diocèse, leur rendit la réconciliation avec l'Église aussi facile que possible. Il n') eut que l'opiniâtre Luc ifer de Cagliari qui demanda la déposition de tous les évêques qui

avaient signé la formule de Rimini , et se mit à la tête d'un parti schismatique , celui des Lucifériens, qui, regardant l'Église catholique comme profanée par l'admission de ceux qui étaient tombés dans l'erreur, s'en séparèrent comme étani seuls purs. Un d'entre eux, le diacre Hilaire, prétendait mènic qu'il fallait rebaptiser les Ariens qui rentraient dans le sein de l'Eglise. Un autre schisme , né de l'Arianisme , celui des Méléciens, troubla l'église d'Antioche. Depuis la déposition d'Eustathe en 330, il y existait une église catholique des Eustathiens qui était séparée des évéques ariens qui lui succédèrent; Mélèce, jusqu'ici évêque de Sébaste, qui fut installe en 360 à Antiocheparles Ariens, se montra catholique contre toute attente et fut pour cette raison chassé aussitôt par l«' vieux arien Euzoius, et depuis que Lucifer eut sacré évéqne le prêtre Paulin, chef des Eustathiens, on compta à Antioche trois sectes religieuses et trois évêques différents.

Athanase et Hilaire prévenaient les objections des Seniiariens en leur disant qu'ils les regardaient comme des coreligionnaires qu'un seul mot séparait encore d'eux et qu'ils parviendraient sans doute un jour à écarter cet obstacle apparent.

Mais un point plus important que Vhomousion forma maintenant un sujet de controverse entre les Semi-ariens et les Catholiques, ce fut notamment la divinité du Saint-Esprit, et il eu résulta une secte qui porte le nom de Pneumatomaques ou de Macédoniens, comme on les appelle aussi, parce que le semi-arien 3Iacédonius (341-360^, évêque de Constantinople, avait principalement développé et répandu la doctrine que le Saint-Esprit est une créature qui , complètement différente du Père et du Fils, leur est soumise. Ceux des Semi- ariens qui ne partageaient point cette opinion, s'unirent, quoique le concile qu'ils tinrent en 364 à Lampsaquc eût encore renouvelé la confession de foi d'Antioche de l'an 341 , de plus en plus étroitement aux défenseurs du symbole de Nicée, et dès lors les sectes des Anoméens et des Macédoniens formèrent

<lou\ parfis absolument distiiicls et é^alomont hostiles à l'Eglise catlu)li(jiK'. Les prudents Acariens, au contraire, prot(*s*'rent, comme leur intérêt l'exigeait, la relii^ion catholique s«nis Jovien et la doctrine anoméenne sous Valens.

Tandis que Valentinien ac<"ordait à l'Ijnpire d'Occident une entière liberté de culte, son irère Valens, disciple de Tarien Ivadoxe, ordonna de persécuter de nou\eau les Cathoiiqucs et les Semi-ariens de l'Empire d'Orient. 11 exila derechef en 367 les évoques qui avaient été déposés sous le règne de Constance. Saint Athanase dut aussi abandonner pour la cinquième fois son église, mais, comme on craignait «îcs troubhvs à Ale\audrie , il fut bientôt rappelé. Quatre-vingts ]|>Tétres s'étaient rendus à Micomédie pour inqdorer la protec- Jion de l'empereur en faveur des Catholiipies de Constantinople que les Ariens maltraitaient (\ luw manière révoltante. Valens ordonna de mettre en pleine mer 1<' feu au navire, à t)f>rd duquel ils devaient retourner < hez eux, de sorfe qu'ils trouvèrent tous la mort au uiilieu des Ilots. A Alexandrie et dans tout le reste de l'Egypte, un grand uombre d(; Catholiques furent rais à la torture et à mort , d<'puis qu'après le décès do saint Athanase l'arien Lucius avait chassé l'évéque i'ierre qui a^ait été reconunandé par Athanase. Cependant Li persécution eut pour résultat immédiat que la plupart des Semi-ariens, (jui ise faisaient pas partie de la secte des Pneu- «lalomaqucs, sunirent à l'Eglise calholicpie. L«iurs députés, Euslathc de Sébaste, Silvain de ïarse et Théophile de Castabale, remirent au pape Libère, au nom de cinquante - neuf évéques , une conf(»ssion de foi qui reconnaissait la consubstantialité du l'ils et du Père, après quoi le pape les reçut clans le giron de l'Eglise.

Lue des suites les plus funestes de cette longue controverse fui que la manie de prendre part avec une légèreté inconcevable aux discussions dogmatiques s'empara , parliculièrcnienl «H! Orient, de toutes les classes de la société et que tout le ntonde, depuis l'empereur jusqu'au ujendiant, s'accoutuma à

faire du mystère le plus sublime un sujet de disputes dialectiques journalières. C'est ainsi que Grégoire de Nysse nous représente les banquiers, les boulangers et les fripiers de Constantinople, dogmatisant au milieu des rues et des places publiques et tout en s'occupant des affaires de leur état, sur la procréation et la non -procréation, sur la subordination du Fils au Père et sur d'autres matières semblables. Une telle tendance ne pouvait qu'être favorable à la domination de l'Arianisme ; mais heureusement l'Église catholique posséda encore après la mort de saint Athanase ( 373 ) des hommes qui attaquèrent cette hérésie avec une grande pénétration d'esprit e1 avec des arguments solides, et qui l'anéantirent sous le rappori spirituel ; c'est ce que firent les trois grands docteurs de Cappadoce : Grégoire de Nazianze dans ses discours sur la théologie , Basile, évéque de Gésarée et son frère Grégoire , évéquc de Nysse, dans leurs ouvrages contre Eunome, ensuite à Alexandrie Didyme l'aveugle dans son traité sur la Trinité. Le symbole de Nicée était généralement reçu dans l'Occident; seulement l'évéque Auxence défendait l'Arianisme à Milan ; mais il fut remplacé en 374 par l'évcque catholique Ambroise, et en Illyrie il y avait quelques évêques ariens dont on en déposa six vers le même temps dans un concile qui se tint dans ce pays. Mais , dans l'Orient , les Ariens pouvaient s'emparer par ruse ou par force, de la plupart des églises, l'empereur, la cour, les préfets et les vicaires partageant leur manière (le voir; ce ne fut qu'en Cappadoce que la foi catholique triompha par les soins et par !a grande considération de saini Basile. Depuis l'expulsion des évêques catholiques, les moines et les anachorètes étant , en raison de la grande influence qu'ils exerçaient sur le peuple , les principaux appuis de la foi catholique , la fureur des empereurs s'exerça particulièrement contre eux. En Syrie , on incendia leurs cabanes et leurs ouvrages; en Egypte, et nommément sur le mont Nitrum, on en égorgea des troupes entières ; on fit périr les uns dans les flammes et l'on condamna les autres à travailler dans les mines

110 uisToiiib: DE l'Église.

Euzoius , qui était alors à la tète des Ariens , mourut en 370 au luilieu Je ces triomphes à Autioche, et Valens péril également eu 378 dans une bataille malheureuse qu'il livra aux Goths. Peu de temps avant sa mort il avait montré quelque repentir, en permettant aujt évèques et aux prêtres exilés de rentrer dans leurs églises. Lempereur Gratien accorda aussitôt aux Catholiques une entière liberté; cependant, à l'avénement de Théodosc en 379, les Ariens possédaient encore la plupart des églises de Syrie et de Palestine , celles de plusieurs autres provinces et de la capitale. Mais alors parut (380) le rélèbre édit qui ordonnait à loul le monde d'embrasser la toi que professaient le pape Damase et Pierre, évéquc d'Alexandrie, et de porter h; nom de Catholiques. Dès lors les Arien» durent é>a<uer toutes l(;s églises de Constantinople, après eu avoir été en possession pendant quarante ans. En 381 on leiu" délendit toute réunion dans les villes et on leur enleva le*» églises dans tout l'Orient , de sorte que l'Arianisme tomba par la même puissance qui jusqu'ici ra>ait soutenu et propagé. Maintenant tous ceux qui avaient seulement embrassé l Arianisme par crainte et par iorce ou pour plaire à ceux qui étaient au pouvoii', V n'uoncèrent naturellement. Une tentative faite par les Ariens j)roprement dits ^les Acaciens ou Eudoxiens) dans le but de se t'ortilier au moji.'n de leur union avec les Ëuuomiens, échoua, parce que ceux-ci demandèrent qu'on levât la condamnation d'Aétius et de ses écrits qui avait eu lieu en 360. Ces deux partis s affaiblirent de j)lus en [)lus, même par des dissensions intérieures.

Théodose conv<H|ua eu 381 à Constantinople un grand amcile, auquel assislèrenl cent <in(|uanle évèques orientaux, parmi lesquels il s'en trouvait trente-six Macédoniens des environs de l'Ilellespont. (-es derniers persistèrent à rejet<'r la consubstiuitialilé du Fils et du Saint-Esprit avec le Père. Mais le concile conlirma et complet;» le symbole de ISicée selon l<*s exigences du temps, en ) ajoutant cette; lonnub; dirigée contre les Pneumatomaques : (juil coinieiil d'aditrer et de glorifier

SECONDE ÉPOQUE. — CHAP, III. I ( i

le Saint-Esprit qui procède du Père , aussi bien que le Vi^rv c! le Fils eux-mêmes. Par le consentement du pape et des évoques occidentaux , ce concile eut dans la suite l'autorité d'un concile œcuménique. Dans l'Occident, l'impératrice .rustine chercha, pendant la minorité de son lils Valentinien , à rele\( m l'Arianisme, mais elle échoua devant la fermeté de saiui Ambroise, et un autre Auxence qu'elle nomma évêque de Mi!ai> . ne put pas faire entrer une seule église dans son parti. Plus tard, après un laps de temps de quatre-vingt-cinq ans, on accommoda le schisme d'Anlioche qui avait même orcasioniic des dissensions temporaires entre l'Eglise d'Occident et cellr d'Orient. Le pape nommément, les évêques occidentaux et les Égyptiens reconnaissaient Paulin, tandis que les Catholiques orientaux étaient en comnmnication avec saint Mélèce. Les deux partis catholiques avaient, il est vrai, fait un accord à Antioche en 378, par lequel le survivant devait seul être regardé comme évêque légitime, mais Mélèce, étant venu ii raimrir en 381 au concile de Constantinople, où il avait eu la présidence, ses partisans d'Antioche élurent aussitôt le prêtre Flavicn qui fut aussi coniirmé par le concile , et les Eustathiens, après la mort de Paulin , le remplacèrent en 388 par Evagre. Cependant Flavien fit en sorte qu'on ne donnât pas de successeur à Evagre qui mourut en 392, et en 398 il oblinl aussi par l'entremise de saint Chrysostôme et de Théophile d'Alexandrie sa reconnaissance de la part du siège de Rome. Malgré cela, une partie des Eustathiens persévéra encore dans le schisme jusque vers l'an 415.

Photin . Apollinaire.

Sur Photin voyez les Antithèses d'Antioche et de Sirmium dans Athanas. de Synodis; Socrates H. E. 2, 19. — Sur Apolhtiaire : S. Gregorh Nysseni Antirrhelicus in Zecagnii monuraeutis, Rom . , lt)98.

112 HISTOIRE DK LÉGLISK.

Leontti Bjzanl. adv. c(»s, qui prolerunt quaedani ApoUinarii, in Basiiagc-Canisii Tlicsaur. i, o9T.

C'était une erreur ancienne et usée depuis longtemps que relie que Photin , évêque de Sirniiuni ou Sirniich renouvela au milieu des dissensions oreasionnées par TArianisme. Il niait la trinilé de Dieu et regardait le Verbe comme une puissance divine impersonnelle qui, procédant de la Divinité, avail exercé particulièrement son influence sur l'Honnue-Jésus el s'était manifestée par lui. Il prétendait que l'homme qui a été l'objet de cette iiilluence ou de cette inhabitation s'appelle le Christ et le Fils (adopliri de Dieu; qu'on peut aussi lui donner improprement le nom de Dieu, bien que son royaume iinisse un jour, après qu'il aura remis son pouvoir à Dieu , et que le \erbe se sépare alors derechef de lui. A cause de celte doctrine (fui se rapprochait le plus de celle de Paul de Samosate, Photin fut condamné par les Semi-ariens dans un concile tenu à Antioche en 3ii, bientôt après aussi par les évéques occidentaux assemblés à Milan (347 ou 349) , et déposé en 351 par les Orientaux réunis à Sirmium. En conséquence, il s'adressa à l'empereur pour lui demander d'ouvrir des conférences publiques qui eurent aussi lieu en présence des juges impériaux entre lui et Basile d'Ancyre , mais qui eurent pour iésullat qu'il fut encore (ondamné au banissement. Sous le règne de Julien, il retourna à Sirmium, mais il en fut de nouveau chassé en 3GÎ par Yalenlinien. Il se forma, il esl \rai, une secte sous le nom (h; Pholiniens, mais elle s'éteignit bientôt après la mort de son fondateur, lionose, évéque de Sardi(jue, paraît avoir nié, de la même manière (jue Photin, lii <li\inité du (Christ et l'avoir regardé comme simple (ils adoptif de Dieu, c'est pour cette raison que les anciens considèrent les Bonosiens comme formant une seule et même sect<' avec les Photin iens.

Apollinaire, évê(|uc de Laodicée et ennemi irréconciliabh' • le l'Arianisme, fut le premier qui , animé d'un zèle aveugh' pour l'unité et la divinité du Chris! , professa une doctrine

erronnée sur le rapport qui existe entre la nature humaine el la nature divine de Jésus-Christ. Quant à la nature humaine, il prétendait que Jésus-Christ n'avait eu que le corps et la Ijiculté de l ame inférieure {'^ny/i) qui l'anime , et que le Verbe, la divinité, avait remplacé l'esprit (le voue, ou rrvcj/za). Il refusait ainsi à Jésus-Christ ce que l'humanité a de plus essentiel, l'âme raisonnable, et niait la véritable et parfaite incarnation du Verbe. Cette erreur tendait à renverser tout le système des vérités fondamentales de la religion et devait nécessairement détruire avec la parfaite incarnation aussi la parfaite rédemption. Apollinaire s'imaginait que l'impeccabilité de Jésus- Christ ne pouvait point se concilier avec la croyance qu'il avait une âme humaine qui était nécessairement aussi peccable; qu'un seul être ne pouvait point non plus se composer de deux choses parfaites en elles-mêmes (la divinité et l'humanité) ; qu'il fallait donc , du moment qu'on s'écartait de sa doctrine et qu'on admettait deux natures opposées l'une à l'autre, ou du moins indépendantes l'une de l'autre, admettre aussi deux Fils et deux Christs différents. De là vient que les ApoUinaristes écrivaient ordinairement comme une vérité fondamentale sur leurs maisons qu'il fallait adorer, non un homme qui porte un Dieu , mais Dieu qui porte la chair, et ils donnaient à leurs adversaires le nom à'à'j9paT:okazpcx.i , en leur reprochant de rendre un culte idolâtre à un homme. Déjà le concile d'Alexandrie tenu en 362 opposa le dogme catholique relatif à l'incarnation à la doctrine dont il vient d'être fait mention. Saint Athanase la combattit dans des écrits particuliers, sans nommer toutefois Apollinaire avec lequel il était lié , mais la principale réfutation de l'ApoUinarisme appartient à Grégoire de Nysse. Le pape Damase condamna la doctrine d'Apollinaire dans un concile tenu à Rome en 378 en présence de Pierre, évêque d'Alexandrie et le déposa conjointement avec son disciple Timothée qui se donnait le titre d'évêquc de Béryte. Cette sentence fut confirmée par les conciles d'Anlioche en 379 et de Constantinople en 381. Vitalis, le principal disciple

d'Apoilinaire, fut le premier évêqvie des Apollinnrisles h Aiilioche. Un autre Je ses disciples, uonimé Polrmon, souleiuiit que la chair de Jésus-Christ est de sa nature éternelle et qu'elle est descendue du ciel, qu'elle s'est réunie 5 la divinité pour ne plus former qu'une seule et même substance avec elle cl que, de celle sorle, elle est devenue elle-même une subslanc»* divine. Ses adhérents, les Polémiens, étaient par conséquent les avant-coureurs des Eutychicns, et , d'après le témoignajrc de Timothée, Apollinaire lui-même avait déj;\ professé celle doctrine. C'est ainsi que, suivant saint Augustin , il se forma trois sectes (li(Tér<'ntes parmi los Apollinarisles : les uns (semblables aux Eunomiens) croyaient que Jésus-Christ n'avait point pris d'ame humaine ; les autres ne lui refusaient que la faculté de l'âme supérieure, et la troisième secle enseignai l que le corps même de Jésus-Christ était devenu une partie de sa divinité. Cette secte s'éteignit durant le cinquième siècle.

Les Priscil/ianistes. Sectes moins imporlunlcs. Docteurs hétérodoxes isolés.

Sur les Piiscillianisles v. Sllpicii Seveki Hisl. sacra 2, iti-iil- Orosii commoniloriuiri de errorc Piiscillianistarum et Origcnislaruni. in 0pp. Augnslini t. VIII. Leoms P. opist. 15. ad Turibium. — Suc Im Euchites : Epiphan. \\x\\ 80. Theodoret. hœr. fab, 4-, 11. Hist,. ceci, h, 10, - Sur les Amlicns : Epiphan. lia^r. 70, Tiieodoket. hivv. tab. 4 , 10, Hist, ceci, k, 9. - ^wr Acriiis : Epipiia.n, h.-cr, 75. Pini.ASTRU, haïr, 73. Adgustin. de hœres c, 83. — Sur Helvidius Hiero.w- M«is adv. Hehidiuni, opp. t. II. Gennacius de vir. illustr. c. 32. AiliisTiN. de liaires. c. 8V, — 5m?' Joviiiicn : Hieuo.wmus adv, Jovin. H. 2. Opp, t. II. SiBicius cp. 7, 8, in Constant, opp. Pontiff, I, GG3. .\.MB«osius op. 42, ad Silicium. Aigustin, de lucr, c. 82, - Sur Vigilance : HiEuoNVMis adv, A'igilanliuni, Oj)p. t. II.; ep. ad Vigilant.; ep. ad Kiparium.

Vers la lin du quatrième siècle, le Manichéisme se répandit en Espagne sous la forme du Priscillianisme. Un Égyptien,

Qommé Marc , l'y avait introduit , ot Priscillien , homme riche, éloquent et versé dans la diaUn- tique , mais vain et lier de son savoir, tout en affichant un esprit de morliiîcation, l'embrassa avec avidité. A la faveur de son influence, cette hérésie fit des progrés rapides dans toute l'Espagne ; des évéques même, tels que Instance et Salvien, s'en déclarèrent les partisans. Ceuvci ne se laissèrent pas effrayer par la sentence que prononça le concile de Saragosse contre cette doctrine : ils élevèrent menu* Priscillien sur le siège d'Avila, et lorsque l'empereur (iratien les eut bannis de l'Empire, ils furent assez téméraires pour se rendre à Milan et à Rome , afin de gagner en leur fiiveur h» pape Damase et la cour impériale. Ils réussirent en ce dernier point par la corruption; leur principal adversaire, Ithace, évéque d'Ossonobe , dut même quitter l'Espagne , mais il porta bientôt après sa plainte devant le nouvel empereur Maxinif, qui , après la mort de Gratien , avait fixé sa résidence à Trêves et régnait sur les provinces occidentales de l'Empire. Par ordre de cet usurpateur, les chefs des Priscillianistes durent comparaître à un concile assemblé à Bordeaux. On y déposa Instance; mais Priscillien en appela à l'empereur, et le conciic qui , sans s'en inquiéter, aurait dû aussi le déposer et l'en' voyer en exil, le laissa faire. En conséquence, Priscillien et ses adhérents d'un côté, et les évêques Idace de Mérida el Ithace de l'autre, se rendirent à Trêves. Ithace, zélateur à vue courte, qui croyait voir des Priscillianistcs partout, et à qui une étude et un jeûne assidu paraissaient suspects , parvint h engager Maxime à violer la parole qu'il avait donnée à sainf Martin de Tours de ne pas répandre le sang des hérétiqui^s. Le préfet Evode instruisit l'affaire selon la coutume romaine, en employant la torture, et l'empereur prononça la peine de mort. Priscillien , la veuve Euchrocie et cinq autres personnes furent convaincus en 385 de s'être abandonnés à des dérèglements criminels dans leurs assemblées secrètes , et décapités ensuite. On se contenta de bannir Instance avec les autres Priscillianistes.

I U> HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

î.o (lualisnio des ^ÎMniclu'cns forme la base du système de l'riscillien : un mauvais être primitif, provcnanl du chaos q\ des ténèbres éternelles , est le créateur du monde inférieur ; les âmes qui sont d'une nature divine, furent envoyées du ciel par Dieu pour aller attaquer l'empire des puissances des ténèbres, mais, vaincues par celles-ci , elles furent renfermées dans des corps. Pour délivrer les âmes , le Sauveur descendit sur la terre avec un corps céleste , semblable en apparence au corps humain ordinaire, et effaça par sa passion (qui, selon la doctrine de Prisciilien, pouvait bien n'être qu'apparente et symbolique) la marque que les mauvaises puissances avaient imprimée aux âmes lorsqu'elles furent emprisonnées dans les corps. Cette secte avait en horreur le mariage et la procréation des enfants ; elle ordonnait de s'abstenir de manger do la viande et rejetait la résurrection des corps. On prétend que ses mystères n'étaient pas moins abominables que ceux des Manichéens. Il était permis ii ses adhérents de cacher leur religion par le mensonge et le parjure et de feindre le catholicisme.

Maxime informa le pape Sirice de ce qui venait de se passer ; mais celui-ci et les principaux évoques de l'Occident , nommément saint Ambroise, é\ éque de Milan, et saint Martin, évéque de Tours , désapprou^ èrent la sévérité avec laquelle Ithacc et ses amis avaient persécuté les hérétiques jusqu'à la mort. Ils exclurent tous deux les Ithaciens de leurs églises, et Ithace fut déposé vers l'an 389. Cependant les mesures rigoureuses de Maxime ne servirent qu'à affermir et qu'à propager de plus en plus cctU' hérésie ; les Priscillianistes révéraient leur cJief comme un martyr, et en peu de temps, presque toute la population de la Gallicc fit partie de cette secte. Pendant la tenue du concile de Tolède en 400, deux évêques Priscilliens, Symphose et Dictinnius, rentrèrent dans le sein di' l'Eglise, toutefois la secte se maintint encore longtemps après, et un concile convoqué à Braga en 563, fut encore dans le cas «le devoir prendre de nouvelles décisions à son égard.

La secte des Messalicns ou Euchites [ le mot Iiébrcu comme le mot grec signifie des personnes qui prient) paraît avoir pris naissance parmi les anachorètes de Mésopotamie. Malgré les mesures que 1 evêque Flavien fit prendre contre elle au concile d'Aniioche tenu vers l'an 390 , elle était répandue dans toute la Syrie, où elle se maintint longtemps en faisant de temps en temps quelques apparitions. Ses adhérents avaient aussi reçu le nom d'Adelphiens de leur chef Adelphe, Mésopotamien de nation , mais ils s'appelaient eux-mêmes les spirituels et ils s'étaient abandonnés à cette fausse vie ascétique et à ce pernicieux quiétisme qui se sont reproduits dans l'Eglise à différentes époques et sous différentes formes. Ils prétendaient que chaque homme était, du moment de sa naissance, sous la domination d'un démon qu'il avait hérité de ses ancêtres , que ce démon ne pouvait être dompté que par des prières continuelles et que de cette manière on pouvait le mettre en fuite pour toujours; qu'après cela le Saint-Esprit s'emparait de l'âme, qu'il la remplissait entièrement de son souffle divin et qu'il l'élevait jusqu'à une parfaite impeccabilité et impassibilité. Ils rejetaient les exercices ascétiques extérieures, particulièrement le jeûne, mais en même temps aussi les travaux manuels comme indignes de l'homme spirituel, dont l'unique occupation devait consister dans la prière. C'était pour eux une chose indifférente que de recevoir l'Eucharistie , attendu que les Sacrements ne signifient rien pour l'homme spirituel qui est destiné H parvenir à la perfection divine par la connaissance et par les actions; cependant ils ne voulaient pas se séparer de la communion extérieure de l'Eglise. — Les Messaliens ou Euphémites païens dont parle Epiphane, ressemblaient aux Hjpsistariens de la Cappadoce , auxquels avait appartenu le père de saint Grégoire de Nazianze , à l'exception toutefois qu'outre leur monothéisme, ils observaient encore le jeûne et le sabbat des Juifs.

Les Audiens formaient dans la Mésopotamie une secte peu connue. Son fondateur Audius , excommunié à cause du zèle

I 1 s HISTOmi: DK L KGLISE.

oulrc qu'il manilostait dans les punitions, devint à la fin M'hismaliquo cl installa plusieurs évèques cl prêtres de sa secte. De même (jue dans toutes les sectes séparées de l'Eglise, ainsi il se glissa insensiblement aussi des erreurs dans la doctrine de celle-ci. Les Audiens célébraient la fête do Pâques comme (juarlo-décinians avec les Juifs; ils avaient des idées anthroj)omorpliisti(iucs (ou même manichéennes) relativement à Dieu, et avaient la coutume de donner l'absolution sans imposer aucune satisfaction canonique, se contentant de la confession des pénitents et de les faire passer entre deux tas de leurs livres sacrés. Cette secte prit naissance vers le milieu duqua- Irième et s'éteignit vers la fin du cinquième siècle. — L'arien Vérius, qui avait été jadis le compagnon d'Eustathe de Sébasle , soutenait avec ses partisans qui étaient très-répandus dans la Panipbylie et qui portaient le nom d'Aériens , qu'il (>\istait une parfaite égalité entre les évêques et les prêtres, blâmait la fêle de Pâques comme une superstition juive, iiinsi que les jeûnes prescrits par l'Eglise, et rejetait les })rières cl les bonnes œuvres en faveur des morts, prétendant qu'elles étaient absolument inutiles. — Nous voyons d'un rôle par Eustathe, et de l'autre par Helvidius, Jovinien el Vigilance, combien on s'efforça de falsifier la vérité de la religion en sens opposé, el comment l'Eglise sut défendre sa doctrine et sa conduite contre des prétentions et des erreurs tout à fait contradictoires. Euslathc, évêque de Sébaste, dans [Arménie romaine, qui mourut en arien vers l'an 330, s'étant laissé emporter trop loin par des pratiques ascétiques mal entendues, manifesta des exigences el des prétentions aux(iuelles le concile de Gangra (on ignore à quelle époque) opposa une série de canons. Lui el ses sectateurs regardaient l'usage de la viande comme illicite , rejetaient le mariage romme une chose impure , défendaient toute relation avec un {)rêtre marié et jeûnaient le dimanche en dépit des jeûnes établis dans l'Église. En revanche, Helvidius, disciple de l'arien Auxence, le moine Jovinien à Rome vers 388, et le prêtre gau-

SKCOXJVK KrOQUE. — CHAP. HI. 119

lois Vigilance vers 402 , soutenaient quo le célibat ne I'emjîorlait en aucune manière sur le mariage. L'eiTéminé Jovinien y ajouta encore ses erreurs relatives à l'inutilité de l'abstinence des aliments, à l'impossibilité de perdre la grâce qu'on a reçue au baptême et à l'égalité des récompenses de la vie éternelle. Vigilance était également ennemi du jeûne et de l'abstinence, mais il combattait en même temps le culte qu'on rendait aux martyrs , à leurs tombeaux et à leurs reliques , regardait rintcrcession des Saints comme inefficace et appelait <:eux qui les révéraient des adorateurs de cendres et d'idoles. Saint Jérôme réfuta l'un et l'autre avec beaucoup de sévérité: ia doctrine de Joviiiien fut aussi condamnée par un concile lerui à Milan en 390.

Il s'éleva aussi des disputes sur la personne de la Sainte- Vierge et sur le culte qui lui est dû. Jovinien enseignait que, par la naissance de Jésus-Christ , Marie avait cessé d'être vierge. Helvidius et Bonose de Sardique allèrent même plus loin en affirmant qu'elle avait eu des enfants de son mariage avec- Joseph ; Jérôme écrivit contre le premier, et Ambroise contre le second. En Arabie , les Antidieomarianites que combattit Kpiphane, niaient la virginité de la Mère du Seigneur, tandis que les Collyridicnncs lui rendaient, dans le même pays, des honneurs divins.

Dispute au sujet d'Origène.

I. Les Epitrcs do Jérôme, dÉpiphane , de Théophile, rassemblées iluns Hicronymi opp. od. Vallarsi.t. î. Hieronymus ad Pammachiurn et Occanum de erroribus Origcnis. Rifim Apologia; l!. et Hieugnymi Apoîog. adRufinum,opp. cd. Vallarsi, t. II. Pali.adius de vitaChrysostomi, Paris, 1680. 4. Les Épîtres de t^hrysostôme, d'Innocenl .d'Huriurius dans Palladius et Sozomène. Extrait des Acles du concile du ChAne dans Photius, bihliolh. cod. 39.

II. P. D. HuRTii Origeniana , dans le torn. 4" des œucres d'Origène .

120 HISTOIRE UË L ÉGLISE.

éd. de De la Rue. — L. Dolcin histoire des mouvements arrivez dans l'Église au sujet d'Origine. Paris , 1700.

La doctrine que le grand Origène d'Alexandrie professa dans ses nombreux écrits, soit en s'exprimant clairement et nettement, soit en ne faisant qu'indiquer sa pensée ou en la proposant sous la forme du doute, était de nature à produire dans l'Église des discussions sans fin et une grande confusion. Nourri de l'étude de la philosophie grecque, surtout de celle de Platon, et excité par sa position même à l'école catéchétique d'Alexandrie h faire goûter, autant que possible, la doctrine chrétienne aux païens élevés dans les principes de la philosophie, il avait imaginé un système, dans lequel la vérité simple de la religion chrétienne était défigurée par des principes de philosophie hétérogènes et diamétralement opposésà la tradition de l'Église. Car quoiqu'il manifestât à plusieurs reprises différentes du respect pour la doctrine de l'Eglise et de la soumission à sou autorité, il croyait néanmoins qu'à une époque, à lacjuelle l'Église ne s'était pas encore prononcée définitivement sur plusieurs dogmes, et qu'à la faveur de la flexibilité de son interprétation allégorique qui lui faisait envelopper les vérités positives dans des images et dans des symboles, et tirer parti de l'Écriture sainte aussi bien que de la tradition, le champ lui restait assez libre pour mettre au jour ses opinions particulières. Il est vrai qu'il admettait une création tirée du néant, c'est-à-dire ([u'il rejetait la doctrine païenne relative à la formation d'une matière préexistante, mais il admettait une création éternelle, parce qu'on ne peut supposer aucun changement en Dieu et que par conséquent il ne peut y avoir aucun commencement d'action. Le monde que nous connaissons a été précédé par une série d'autres mondes, (it il sera également suivi par d'autres; mais par un acte de la volonté divine, il est sorti d'abord du sein de Dieu un monde d'esprits tout à fait égaux dans le principe. Un grand nombre de ceux-ci se sont privés pour quehjue temps de cette félicité naissante, en désobéissant à Dieu, et cet abus de la libre vn-

lonlé qui leur avait été accordée , est le péché qui était graduHlement différent dans les divers esprits créés, et qui par là devint la cause de toutes les différences génériques et individuelles parmi eux. Toutes les âmes sont donc des êtres célestes déchue, qui sont renfermés dans des corps pour faire pénitence et pour se purifier ; les meilleures d'entre elles habitent les astres qui ienr servent de corps et qui les animent , mais celles qui sont le pins déchues ( les âmes humaines i demeurent dans des corps teïrestres. Le Fils de Dieu ou le Verbe qui, de toute éternité , était uni hypostatiquement à lame pure et impeccable du Chrisf , mais qui, dans le temps, adopta aussi le corps humain, a accompli la rédemption de tous les esprits déchus (non-seulemeut de ceux qui se trouvaient sur la terre) , c'est-à-dire il leur ;i facilité le retour à Dieu. Comme toutes les peines n'ont qu'une signification expiatoire, et comme la durée éternelle des peines de l'enfer est contraire au caractère essentiel de tout ce qui a été créé, à l'instabilité, il y aura à la fin (m consunimatione srrruli) une apocalastase universelle; les démons eux-mêmes s«" corrigeront et auront part à la grâce , et lorsque , de cette sorte- , la réconciliaiion de tous les êtres raisonnables avec Dieu aura été effectuée. Dieu sera véritablement tout en tout.

Un pareil système, exposé ouvertement et sans détours , ne pouvait produire qu'une indignation générale dans l'Église qui devait le repousser comme un tissu d'erreurs pernicieuses: mais Origène lui-même se plaignait de ce que ses écrits avaienf été falsifiés par des hérétiques. 11 eut soin de ne rien changer au langage ordinaire de l'Église, et garda une sage réserve dans les homélies qu'il adressait au peuple, ainsi que dans se> écrits. En outre, il donnait , la plupart du temps , un sens ca«'fe«à ses principes; il paraissait les anéantir ou les révoquer ov manifestant des opinions contraires, et il ne les exposait nulh^ part dans leur ensemble, si ce n'est dans son ouvrage sur U'< Princi[)es qu'il composa dans sa jeunesse. C'est pour cette raison qu'ils n'avaient rien de choquant pour un grand nombre tht lecteurs; d'autres ne s'offensaient que de l'un ou de TM'it'P**

HIST. DE l'église. — T. I, 6

\'2'2 liisfoiiu: i)i; l*i^<.;lisk.

passago qu'ils pardonnaient volontiers à un homme d'un si fzrand mérite, et maljïré les attaques qu'on dirij^ea de temps en temps contre quelques-uns de ses enseignements, son autorité «'t le respect qu'on eut pour sa mémoire, restèrent entièrement intacts jusque vers la lin du (juatrième siècle. Methodius, évêque de Tyr et martyr vers 30Î), combattit la doctrine d'Ori<r(>ne relativement à la résurrection, quoicjue le docteur d'Alexandrie s'exprime à cet égard d'une manière orthodoxe dans ses ouvrages postérieurs (notamment dans sa réfutation de Gelse). Le même Méfhodius attaqua avec plus de fondement les opinions d'Origèno sur la création éternelle et sur la pré- <'xistence des Ames. D'un autre coté, le prêtre Pamphile de Césarée avait commencé, vers le même temps, une apologie détaillée en fiiveur d'Origène <(ui fut achevée par son ami Eusèbe, après que l'autre eut été martyrisé. Mais les disputes au sujet de l'Arianisme ayant éclaté immédiatement après, les controverses relatives à Origène cessèrent et ne furent renouvelées, toutefois avec la plus grande violence, qu'en l'an 394. I/Origénisme était particulièrement répandu à cette époque en Palestine et en Egypte, où il avait été affermi par le célèbre Didyme l'Aveugle, un des théologiens les plus distingués de son temps. A Jérusalem, l'évéque Jean et Epiphane, évêque de Salamine dans l'île de Chypre, eurent une vive contestation ensemble, le premier comme partisan, et l'autre comme violent antagoniste des Origénistes, et c'est pour la même raison que se divisèrent aussi saint Jérôme et le prêtre Ruiin d'Aquilée, tous deux anciens disciples de Didyme et jusqu'ici amis intimes. Jérôme se rangea du côté d'EpiphaiK-, RuIin du côté de Jean, de l'église du(juel .Térôme se sépara conjointemenl avec les moines de Bethléem. Epiphanu écrivit une épîlre, dans laquelle il })araissait , du moins d'après la Iraductiim de Jérôme, attribuer à Jean, à Rufin et à quelques autres les huit principales, erreurs d'Origène, tandis que Jean et h'S siens accusaiesit Épiphaiie d'anthropomorphisnic c'est-à-dire de l'erreur de ceux (jui attribuent à Dieu un corps humain. Il est vrai que

ihéophile, évèqiie d'Alexandrie, réussit à rétablir la paix dans la Palestine en 397 ; mais Ruiin, de retour à Aquilée, ayant publié une traduction de l'ouvrage d'Orip^ène sur les Principes, dans laquelle il avait cependant adouci ou changé les passages (pii donnaient lieu à la critique, la dispute se ralluma entre lui et Jérôme par une série d'écrits polémiques où ils s'abandonnaient à toute la fougue de leurs passions. Le pape Anastase lui-môme condamna dès lors l'Origénisme, après que la traduction iidèle de Jérôme lui eut appris à connaître toute l'étendue du mal que pouvait causer l'ouvrage d'Origène, et il manda liulin à Rome en 401, pour qu'il pût se justifier. Celui-ci chercha à le faire en publiant une confession de foi orthodoxe. Sur ces entreftntcs Théophile, excité par les moines anthropomorphites qui luttaient en Egypte contre les Origénistes, avait également condamné les ouvrages d'Origène dans un con- (•ile tenu en 400 ; après quoi il se prononça dans une lettre pastorale en 401 contre ces ouvrages avec une véhémence à laquelle on ne s'était pas attendu de la part d'un ancien partisan de l'Origénisme. Les Origénistes parmi les moines de Nitrie refusèrent de renoncer, conformément au désir du concile, à la lecture des ouvrages d'Origène, sous prétexte que <hacun doit être lui-même en état de faire une distinction entre la vérité et l'erreur renfermées dans ces ouvrages. Par cette opposition ils s'attirèrent une persécution (qui doit avoir eu en outre d'autres motifs peu honorables pour Théophile), ei cinquante moines, ayant à leur tête les quatre frères appelés les longs Frères, se sauvèrent en 401 à Constantinople pour s'y mettre sous la protection du patriarche Jean Chrysostôme. La plupart de ces hommes étaient aussi peu Origénistes que (^chrysostôme lui-même dans h; sens dogmatique ; mais le cré- <lule Épiphane, gagné par Théophile, crut devoir s'opposer aussi à l'Origénisme dans la capitale. A cet effet, il se rendit en 403 à Constantinople, somma les évoques qui s'y trouvaient de condamner Origène, mais la plupart ayant refusé de le faire, il partit bientôt après sans attendre l'arrivée de Théophile, et

124 IIISTOIRK UE L Kf.LlSE.

mourut en roule. Théophile, ayant été accusé par les moines de Mtrie (l'a\(»ir commis des fautes graves, fut mandé par rempercur Arcadius à Constanlinople, pour s'y justifier devant une réunion d'ecclésiastiques, dans hiqueUe Chrysostôme devait présider; mais la toute-puissante impératrice Eudoxie, exaspérée par les censures sévères de Chrysostôme, fit en sorte que Théophile pût se montrer, non comme accusé, mais comme ju<j:e dans la capitale. Au Chêne, un des faubourgs de Chalcé- «loine, il s'assembla en 403 un concile composé de plusieurs évêques qui étaient ou des Egyptiens, ou des ennemis personnels de saint (Jir>sostôme. Ceux-ci se firent remettre une plainte contre lui ([ui fourmillait de mensonges, d'interprétations malignes et de choses futiles, et, comme il ne comparut point , ils le déposèrent ; après quoi l'empereur le condamna au bannissement. 3Iais l'indignation que manifesta le peuple (|ui chérissait et qui respectait son évéque, inspira de la terreur à l'impératrice ; Chrysostôme fut rappelé quelques jours après et niené en triomphe dans son église. Cependant deux ukh's après, l'inflexible évéque s'attira de nouveau le courroux de l'impératrice, en dénonçant les désordres qui avaient eu lieu Î4 l'occasion de l'inauguration de sa statue, et s'étant permis dans son sermon une allusion à la furieuse Hérodie qui demandait la tétc de Jean, elle jura sa perte. Théophile (|ui, à la prière des évèques assemblés au Chêne, s'était réconcilié a\ec les moines de Nitrie et qui, pour se soustraire à un concile plus considérable, était retourné en toute hâte à Alexandrie , dirigeait de loin les machinations de ceux qu'une haine comnuine avait unis contre Chrysostôme. On se servit contre lui du canon dAnlioche, (jui déclare qu'un évéque qui , après avoir été déposé par un < oncile, s'empare de nouveau de son église, ne peut point reprendre ses fonctions, à moins qu'il n'ait été préalablement absous par un autre concile. Chrysostôme fut banni derechef, d'abord à Cucuse sur les confins de l'Arménie, ensuite à Pityus ou Pylhionte sur le Pont-Eusin ; mais il mourut en roule en l'an i07.

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