CHAPITRE IV
HKRÉS1ES ET CONTESTATIONS SUR LA GRACE ET l'iNCARNATION , DEPUIS LE COMMENCEMENT DU CINQUIÈME SIÈCLE JUSQU'a LA FIN DE CETTE ÉPOQUE.
Le Pélagianisme.
1. Sancti Acgustini opera, éd. Bénédictin, t. X. S. Hieronymi «•pist. 138. ad Ctesiphontem et adversus Pelagianos dialogi III. Orosii Apologeticus contra Pelagianos de arbitrii libertate. Marii Mercatoris ( lommonitorium adv. hperes. Pelagii, opp. cd. Garnerius. Paris, 1075. fol.
il. Henr. Norisii historia Pclagiana. Patavii, 1073. fol. — Joh. <Î4RMER Dissertt. A'II , quibiis intégra continetur Pelagianorum historia , dans son édition de Marins Mercator , Paris, 1073. fol. — Sr.iP. Meffeii historia dogmatnm de div. gratia, lib. arbitrio et prœdeslinalione, lat. éd. F. Reitfenbergins. Francof., 1750. fol. — Laur. Ai.ticotu Snnuna Augustiniana, Rom., 1755. 4. lom. IV, V, VI. — [Patouillet) Histoire du Pélagianisme, Avignon , 1703.
Les tentatives de donner à la doctrine de l'Église la forme du rationalisme avaient eomplétement échoué , aussitôt qu'on ;iivail commencé à en faire ouvertement l'essai dans l'Ariasîisme. Mais ce qui n'avait pas réussi à l'égard du dogme de la Trinité, on le tenta maintenant relativement à deux autres riogmes fondamentaux, ceux de l'incarnation, delà rédemplion et de la grâce. De l'école d'un docteur célèbre et trèsinfluent, Théodore, évêque de Mopsueste en Cilicie, il sortit des hommes qui firent servir les germes qu'ils y avaient reçus au développement de deux hérésies étroitement liées ensemble, le Nestorianisme et le Pélagianisme, hérésies, dont l'une occasionna, dans l'Église d'Orient, une longue lutte qui la bouleversa de fond en comble, et dont l'autre succomba plus
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rapidomenl ol avec beaucoup moins de secousses en Orcidt'nf.
Selon h; lonioif^najre do Marius 3Iercalor, ce fut un dis<ipl«' de Tliéodorc, le Syrien Uullin qu'il ne faut ])as confonde' avec le prêtre d'Aquilée) , qui le premier chercha, sous le ponlilical d'AnasIase (308-102), à répandre à Rome la doctrine que la nature humaine est allranchie d'une corruption innée et héréditaire. Cette doctrine fut érigée en un système suivi par le moine Breton Pelage, homme savant et renommé déjà comme écrivain ecclésiastique, qui, par un zèle malentendu contre celle mollesse et cette nonchalance qui trouvent une excuse de l'inobservance de la loi dans l'impuissance intérieure, croyait devoir donner un nouvel essor à la liberté de l'homme et à sa force morale. Yoici les trails fondamentaux de cette doctrine , telle que Pelage la développa soit antérieurement , soit seulement dans le cours de la controverse , lorsque , pour ne pas s'opposer trop ouvertement à la conviction universelle des Chrétiens, il admit quelques points relatifs à la grâce qui, dans le principe, n'avaient sans doute aucun rapport avec sa do<(rine.
Déjà le premier homme fut créé mortel , et devait nécessairement mourir, qu'il tombât dans le péché ou non. De même donc que la mort n'est point la suite du péché, ainsi celui-ci n"a eu en général aucune iniluence sur la nature humaine; comme une chose sans substance, il ne pouvait pas affecter ni changer noire nature. Les enfants naissent par conséquent dans le même état, dans lequel Adam se trouva avant sa chute, et les hommes sont encore aussi libres qu'il le fut dans le paradis. Les paroles de l'Apôtre que tous les hommes ont péché dans Adam signilient (jue Ions les hommes imitent le premier lionune dans le péché qu'il a commis, car ce qui est inévitable n'est point un péché, et la concupiscence, même dans la situation présente, n'est point un mal. Chaque homme peut de celte iiianii re cire saiis péché cl oI>server parfailcmcni tous les commandements de Dieu, encore que personne ne puisse atteindre à ce degré de perfection , encore que personne
ne puisse être réellement sans péché. L'homme peut désirer cl faire le bien ; Dieu lui a accordé cette faculté , et c'est dans ce pouvoir , c'est-à-dire dans la volonté libre ou la possibilité de ne pas pécher que consiste principalement la grâce divin* . Mais la grâce est aussi l'assistance que Dieu nous accorde, niïn que nous puissions nous acquitter plus facilement de ce qu'il nous ordonne de faire au moyen de notre libre volonté , c'esi donc la loi, la doctrine et l'exemple de Jésus-Christ, c'osi ensuite l'abstinence du péché ou l'action de ne pas se l'attribuer, (laquelle se rapporte uniquement au passé et n'a aucun rapport avec la sanctification intérieure et avec les forces nécessaires pour éviter de tomber à l'avenir dans le péché . Outre €es points extérieurs. Pelage reconnut encore, dans l(^ cours de la discussion, une grâce intérieure surnaturelle, celh' du Saint-Esprit qui habite en nous, mais qui n'agit sur notre esprit que pour l'éclairer, et qui n'est point cette grâce sanctifiante qui s'empare directement de notre volonté pour la diriger, et qui répand dans le cœur de l'homme les dons de l'amour. C'est pour cette raison que, suivant lui, il ne faut pas demander à Dieu la grâce d'aimer et de faire le bien, mais seulement celle de le reconnaître. En parlant donc de la nécessité de la grâce , Pelage ne comprenait sous ce mot que la première espèce, c'est-à-dire le don de la volonté libre, et iï représentait celle-ci comme l'indifférence, comme l'équilibre de la volonté entre le bien et le mal. La grâce coopérante qui! admettait encore, n'est point nécessaire à l'homme pour surmonter la tentation et pour remplir les commandements, mais avec son secours il opère plus facilement le bien , et elle n'est point un don volontaire , mais l'homme s'en rend digne par le bon usage qu'il fait de sa volonté libre ; car Dieu l'accorde à tous ceux qui, par un bon usage de leurs facultés naturelles, se disposent à la recevoir. Avec le seul secours de sa volonté libre l'homme peut avoir la foi, mériter la grâce (coopérante), résister à toute tentation, et observer tous les commandements de Dieu. Le baptême est en conséquence nécessaire aux per-
VIS HISTOIRE I)K LEGLISK.
s<Mmos d'un â|ïo mûr pour la rémission dos pôrhés qu'elles onl «unimis; il est nécessaire au\ enfants, non pour la rémission de leurs péchés, puisqu'ils sont innocents, mais pour être ndoplés par Dieu et ponr mériter le paradis; car les enfants mm baptisés et les païens qui menaient une vie innocente |iîirvenaient bien à la vie éternelle , mais n'entraient point dans le paradis qui ne s'ouvre que ponr ceux qui ont recule baptême fl la grâce de Jésus-Christ.
Lami et le disciple de Pelage, Célestius, qui attaqua princi- (uilement le dogme du péché originel, tandis que Pelage se montrait plus particulièrement l'adversaire de la grâce, fut «l'abord excommunié en 412 dans un concile réuni à Carthage sous la présidence de l'évéque Aurélius, auprès duquel il avait été accusé comme hérétique par le diacre Paulin de Milan. Il appela de cette sentence au siège de Rome , mais il ne donna pas de suite à son appel, et se retira à Éphèse. Sur ces entrelaites, Pelage avait gagné les bonnes grâces de Jean, évèque de Jérusalem; ses écrits, et particulièrement son commentaire des Épîtres de saint Paul , avaient obtenu l'approbation des dames romaines à Jérusalem, lorsque Jérôme, dans une lettre adressée à Ctésiphon, attaqua à Bethléem le principe qu'il avait émis que l'homme peut élre entièrement exempt du péché, ijuand il le veut. Bientôt après, le prêtre espagnol Orose, qu'Augustin avait envoyé auprès de Jérôme, arriva en Palestine et accusa Pelage devant une assemblée du clergé tenue à Jérusalem en 415, de professer la doctrine de Célestius que le «oncile de Carthage avait condamnée. Mais comme l'évéque Jean protégeait Pelage ouvertement et qu'il était difficile de se comprendre, vu qu'on ne parlait pas la même langue et que l'interprète ne s'acquittait pas loyalement de son devoir, Orose en appela à la décision du pape Innocent. Cependant peu de temps après, Eros et Lazare, deux évé(}ues gaulois bannis, remirent, probablement à l'instigation de saint Jérôme, une plainte contre Pelage à Eulogc, métropolitain de Césarée qui la même année 415 assembla encore à Diospolis un concile de
quatorze cvêques. Pelage y fit usage de ces paroles à double entente et de cette ambiguité déloyale que ses contemporains lui reprochaient si souvent et avec tant d'amertume. Il y admit la nécessité de la grâce en y comprenant le don de la volonté libre; tout ce qu'il avait dit de la force suffisante du libre arbitre, il prétendait l'avoir dit sans préjudice de la grâce, donnant en même temps l'assurance qu'il n'avait pas d'autre croyance que celle de l'Église , et condamnant les erreurs qu'on lui imputait, et c'est ainsi qu'il fut absous. Pendant que les Pélagiens de Palestine, s'enorgueillissant de ce succès, commettaient par haine contre saint Jérôme, les plus grands excès dans les couvents de Bethléem, Pelage envoya partout des lettres par lesquelles il se vantait que le concile avait approuvé sa doctrine relative à l'impeccabilité qui avait été attaquée avec tant de violence.
Lors des premiers moèivements du Pélagianisme, il s'était élevé en Afrique dans la personne du grand évêque d'Hippone un défenseur du Catholicisme, qui avec un zèle et une ardeur infatigable combattit cette hérésie pendant vingt ans avec toute la supériorité de son génie et de sa piété profonde et éclairée. Déjà en 412 il composa à la prière du tribun Marcellinles livres « Des mérites et de !a rémission des péchés; » et en l'an 414 il réfuta l'ouvrage de Pelage intitulé : De la nature, en lui opposant celui qui porte pour titre : De la nature et de la grâce; et en l'an 416 il écrivit à l'occasion de la dissolution du concile de Diospolis l'ouvrage « des Actes de Pelage. » La doctrine qu'Augustin opposa au nom de l'Église aux erreurs de Pelage (abstraction faite des opinions particulières qu'il y mêla cà et là ou qu'il manifesta en se laissant entraîner par la chaleur de la dispute) consistait en général dans les points suivants :
Depuis sa chute l'homme ne se trouve plus dans son état primitif, mais il a perdu la grâce sanctifiante par suite du péché originel; il est sujet à la mort et aux souffrances corporelles, et sent en lui-même l'aiguillon des passions désordonnées
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OU d'uu grand pcntlianl qui l'enlraîne vers le mal. Aiusi le libre arbitre de riiouiine esl maintenant bien diflérent de celui qu'a>ail Adam avant sa cliule. Qua»it au libre arbitre tel que Pelage l'entend, c'est-à-dire l'équilibre entre le bien et le mal, la liberté pleine et entière de fairer également le iiien et le mal, on peut dire quil est anéanti par le péché originel , puisque rbomme, par suite de ses désirs intérieurs, est beaucoup plus porté au mal qu'au bien, et qu'il a a\ ant tout besoin du secours de ia grâce, pour que cette indifférence, cet équilibre se rétablisse en lui. iUais en réalité le libre arbitre n'a point été détruit ni anéanti par le péché originel, mais, dépourvu de la justice primitive, il a été seulement blessé et affaibli. Car h* pouvoir de choisir même n'est point perdu; si l'bonuue lait le mal, il n'est pas entraîné d'une manière irrésistible par ses désirs, et s'il fait le bien, il n'y est pas porté par l'attrait invincible de la grâce, mais, dans l'un comme dans l'autre cas, il agit librement et peut choisir l'iui et l'autre. Mais le pouvoir de faire le bien, il ne le reçoit qu'au moyen de la grâce sanctifiante qui nous a été acquise par le sang de Notre-Seigneur, et qui n'est en aucune façon une simple assistance, mais un véritable remède, une véritable médecine. Cette grâce intérieure qui éclaire l'esprit et qui meut la volonté, doit prévenir la volonté et l'élever au-dessus de ses forces naturelles; c'est un don parfaitement libre que nous n'avons mérité en aucune manière et sans lequel il est impossible à l'homme de faire quelque chose qui soit surnaturellement et méritoirement bon. Mais avec la grâce même l'homme ne peut pas rester entièrement exempt du péché à cause de sa faiblesse et de la fragililé de sa nature déchue; l'homme le plus parfait et le plus favorisé de la grâce, succombera encore çà et là à la tentation de quelques péchés véniels.
Orose étant revenu en 410 en Africjue, muni des lettres d'Éros et de Lazare , le concile de Carthage condanma Pelage et son disciple Céleslius, à moins qu'ils n'abjurassent euxmêmes leurs erreurs, et pria le pape Innocent de con firmer
SECONDE ÉPOQUE. — CHAP. IV, ]3i
cette sentence. II arriva en même temps des lettres de la par( du concile de Milève en Numidieet de cinq évoques africains, parmi lesquels se trouvait Augustin, par lesqu(!}les on suppli;u; Innocent- d'employer tout son crédit pour engager les hérétiques à se rétracter et de mander Pelage à Rome, pour lui faire rendre compte de sa doctrine. Innocent leur répondit en leur promettant d'excommunier Pelage et Célestius, dans le cas qu'ils persistassent dans leur hérésie. Saint Augustin disaii alors dans une homélie : « déjà deux, conciles ont transmis leurs décisions à cet égard au siège apostolique qui les a confirmées par ses rescrits; ainsi l'affaire est terminée, mais plût au ciel que l'erreur cessât aussi! » Condamné par le concile d'Antioche et chassé de Jérusalem par le successeur de Jean , l'évêque Prayhis, Pelage écrivit à Rome pour y protester de son obéissance et de son ortiiodoxie, au moment où Zosime, grev de nation, avait remplacé Innocent, et vers le môme temps, Célestius, expulsé de Constantinople par le patriarche Atticiss, y vint aussi pour se purifier, comme il le disait, des erreurs qu'on lui avait faussement attribuées. Il transmit au pape une confession de foi tout à fait catholique hormis le point du péché originel , promit d'être prêt à condamner tout ce que le Saint- Siège regarderait comme condamnable , et le crédule Zosime, qui n'était pas assez au courant de la véritable nature de la discussion, se laissa tromper d'autant plus facilement qu'il avait des soupçons contre Eros et Lazare. Il accepta et approuva aussi la confession de foi que lui avait adressée Pelage, et écrivit en 417 aux évêques d'Afrique, en ayant l'air de leur fair*^ des reproches de ce qu'ils avaient jugé cette affaire avec trop de précipitation et trop de rigueur. Il parlait de Pelage et de Célestius comme d'innocentes victimes de la calomnie, et se réserva de lever l'excommunication lancée contr'e eux après uii délai de deux mois, et après avoir consulté les Africains à ce! égard. Cependant les évêques d'Afrique restèrent inébranlables ; réunis en l'an 417 à Carthage au nombre de deux cent quatorze , ils résolurent de persister dans les décisions qui avaient
l'^2 iiiSTOiuK m; I. k«;lise.
Hi* prises antcriouromrnt contre les P61a|;iens ef surtout dans rcîles du pape Innocent , et dévoilèrent dans une lettre qu'ils adressèrent à Zosime, l'insuflisance des explications de Cèles- Itus. Après quoi, un concile national assemblé en 418 à CarlÎKiue et se composant de tous les évêques africains, condamna «1 huit canons les principales erreurs des Pélagiens. Mais Zosime avait déjà précédemment , au commencement de l'an -il8 , reconnu son erreur et avait exifré de Célestius de se présenter devant une nouvelle assemblée du clergé romain, afin é's soumettre sa doctrine à une nouvelle épreuve. Célestius ne s'étant point rendu à cette invitation , le pape prononça la condamnation contre Pelage et contre Céb'stius dans un mémoire détaillé ( Tractoria ] qu'il adressa à tous les évèques de la chrétienté. Ce mémoire fut adopté et signé partout; Julien «l'Éclane et dix-sept évoques italiens s'y opposèrent seuls; c'est pour cette raison qu'ils furent déposés par Zosime et envoyés en exil en vertu d'un édit impérial dirigé contre tous les Pélagiens récalcitrants.
O même Julien se montra depuis le défenseur le phis profond et le plus instruit du Pélagianisme; saint Augustin trouva rn lui un adversaire digne de lui, et c'est de cette sorte que la |f;)lémique scientifique qui s'engagea entre eux , se continua . jusqu'à la mort de l'évêque d'IIippone. Cependant Julien n'élail (joint un pélagien opiniâtre, mais s'approchait en quelque sorte <1<'S Semi-pélagiens qui figurèrent dans la suite. 11 admettait «neffrâce intérieure qui détermine la volonté, sans la regariJer toutefois comme nécessaire, puisque l'homme, à l'aide d<' sa volonté pure et intacte, peut lui-même vouloir et faire le Men ot que la grâce ne fait que lui faciliter le progrès et l'aci*nmplissement. Cette grâce s'accorde à l'homme selon son mérite ; il peut la mériter notammeni par un désir naturel de ce qui est bon , par la foi et par la prière. Outre cela, il admettait que les infidèles pouvaient, à l'aide de leurs forces naturelles scales y et sans le secours de la grâce , posséder toutes les vertas dans leur perfection. Saint Augustin ayant attaqué ces er-
reurs , on fit encore entrer dans cette controverse deuv autres points, la concupiscence dans l'homme et le mariage. .Tulien prétendait que la première n'était pas mauvaise en elle-même, mais que c'était un don naturel et utile que Dieu avait fait à l'homme, tandis qu'Augustin la regardait comme un défaut, comme une dépravation delà nature, résultant du péché d'Adam, une punition de Dieu et il soutenait qu'à l'exemple de saint Paul on pouvait la qualifier de péché. Julien concluait de là que si la concupiscence est quelque chose de mauvais, qu'elle soit le résultat du péché, et que tous les enfants soient engendrés dans le péché , le mariage est à la fois l'effet et la source de ce péché, et comment peut-on le légitimer? Augustin réfuta cette objection en 418 par son ouvrage « Du mariage et de la concupiscence, » dans lequel il prouve qu'une union chaste dans laquelle le mal des plaisirs sensuels par rapport à la procréation des enfants est dirigé vers un bon but, se justifie complètement devant Dieu et les honunes. Il réfuta encore en 424 ce que Julien avait publié contre cette opinion dans un ouvrage composé de six livres , et il avait déjà commencé un grand ouvrage également divisé en six livres, afin d'attaquer un ouvrage plus considérable de son adversaire, lorsqu'il plut à Dieu de l'appeler à lui avant qu'il l'eût achevé.
Julien et ses adhérents mirent tout en œuvre pour faire triompher leur parti et leur doctrine. Ils accusaient leurs adversaires de Manichéisme, puisqu'ils adoptaient une méchanceté radicale de la nature humaine, l'existence de substances que Dieu n'avait pas créées , qu'ils regardaient le mariage comme l'ouvrage du démon et qu'ils propageaient le fatalisme sous le nom de grâce. Augustin composa en 420 contre ces accusations l'ouvrage qu'il adressa au pape Boniface. En outre, Julien et les dix-sept évoques avaient appelé de la constitution de Zosime à un concile général. Dans une missive qu'il adressa au clergé de Rome, il soutenait que ni lui ni ceux de son parti ne professaient en aucune façon la doctrine qu'on leur attril>uaii ; il y provoquait au contraire les évêques du parti opposé
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à coudaiiiner «les erreurs juauichét'imesw qu'Us (les Pélagicus) leur reprocha ienJ. Tous ces arlilices n'ajaiit abouli à rien , Julien se rendit avec ses seclaleurs en Cilicie auprès de Théodore, évèque de Mopsuesle, le vérilahle fondateur de l'hérésie, et celui-ci composa prohahlenienl alors l'ouvrage que nous décrit Photius et qui a pour litre : « contre ceux qui allirnienl que l'homme pèche par sa nature et non par sa volonté. » 11 ^ désigne saint Jérôme comme l'auteur de la nouvelle hérésie, attaque aussi saint Augustin et déiigure la religion catholique de la même manière dont Julien l'avait déjà fait. Après la mort de l'empereur Honorius , Julien et Célestius revinrent en Italie et sollicitèrent en vain le pape Célestin à ce qu'on examinât de nouveau leur affaire, ils s'adressèrent en suite à Constantinople où ils furent également chassés par le patriarche Atticus. Ils furent mieux reçus de son successeur Neslorius, disciple de Théodore de Mopsueste. Mais des lettres du pape et un mémoire de Marins Mercator qui habitait alors Constantinople, faisant allusion aux erreurs des Pélagiens , Neslorius n'osa pas se déclarer ouvertement en leur faveur, et ils furent contraints par ordre de l'empereur de quitter cette capitale en 429. Au concile général d'Éphèse on donna lecture des actes qui concernaient le Pélagianisme et l'on confirma les décisions du Sainl-Siége à cet égard. C'est ainsi C[ue les Pélagiens furenl condamnés dans l'espace de dix-neuf ans par quatre papes e( par plus de vingt conciles, et à la mort de ses auteurs et du pelil nombre de ses sectateurs, s'éteignit une hérésie qui avail cela de particulier qu'elle ne donna point lieu à l'existence d'une secte spéciale, mais que, défendue par quelques savants, die demeura toujours étrangère au peuple.
Le Semi-pélat/ianisme.
JoH. Ca^siam Collationes PP. Scet. opp. cd Al. Gazaeus, Atrobati 1628. fol. Fausti Regiensis opp. in Bibliolb. max. PP. VIll, 1523. ss.
S. Prosperi opp., Paris, 1711. fol. S. Fulgentii opp., Paris, 1684-. k. JoH. Maxektii scripta in Bibliolb. max. PP. IX, 1539. ss. PrœdesUnatus s. prœdeslinatorum hseresis et libri, S. Augustino temere adscripti, confutalio, itiBibl. max. PP. t. XXViï.
Le Pélagianisme avec ses formes grossières qui rejetaieîK tout sentiment chrétien était devenu muet depuis sa défaite, mais l'erreur qui élève la volonté et l'activité personnelle de l'homme aux dépens de la grâce, se renouvela sous une forme plus douce et moins contraire au Christianisme, quoique toujours condamnable , celle du Semi-pélagianisme. Saint Augustin, dans ses derniers écrits contre les Pélagiens, s'élaii laissé entraîner à quelques assertions scabreuses et nullemeni d'accord avec la tradition de l'Eglise sur la nécessité du pécbe et sur l'effet irrésistible de la grâce ; assertions qui se trouvaient toutefois singulièrement adoucies par l'ensemble des idées et par un grand nombre de pensées tout à fait différentes et qui , dans tous les cas , ne devaient point être regardées conune l'expression de la doctrine universelle de l'Eglise. Cependant plusieurs personnes saisirent un prétexte aussi spécieux pour s'élever contre ces écrits , même pour autant qu'ils ne développaient que les dogmes fondamentaux du Christianisme , et pour établir au sujet de la grâce et de la liberté un système tout à fait opposé auquel on donna plus tard le nom de Semipélagianisme.
Déjà vers l'an 426, les moines du couvent d'Adrumet en Afrique avaient cru remarquer dans les ouvrages de saint Augustin qu'il anéantissait complètement le libre arbitre, et ce grand docteur composa pour leur instruction ces deux livres : (( de la grâce et du libre arbitre » , et « du redressement et de l;i grâce. )) Peu de temps après , deux laïques gaulois , Prosper et Hilaire , lui mandèrent qu'il y avait aussi plusieurs prêtres et moines à Marseille qui étaient mécontents de sa doctrine el qui prétendaient que la volonté de l'homme devait précéder el prévenir l'influence de la grâce, et que par conséquent l'homme devait commencer lui-même à se justilier et à se sanctiHer.
Saint Auo^iistin répondiJ à ces adversaires par ses deux ouvra<^es : « de la predestination des Saints » et « du don de la persévérance. » 11 les y traite avec beaucoup de ménajïeraent en qualité de frères qui, quoiqu'ils se trompent dans un point très-important, sont néanmoins très-éloio;nés du Pélaffianisme. Cependant tous ceux que Prosper signale comme les adversaires lie saint Augustin n'étaient pas Semi-pélagiens. Ce n'était pas le sentiment de saint Hilaire, évêque d'Arles, qui rejetait bien Ir dogme de la prédestination /le saint Augustin, mais qui admettait néanmoins la nécessité d'une grâce prévenante. Cependant cette hérésie eut pour partisans Faiiste , évêque de Riez et fauftirn qui , après avoir demeuré longtemps parmi les anachorètes d'Egypte et auprès de saint Chrysostômc à Constantinople, était venu en 410 à Marseille, où il dirigeait en qualité d'abbé un grand couvent qu'il avait fondé lui-même, et t>ù il mit par écrit en vingt-quatre conférences les entretiens qu'il avait eus avec ces anachorètes. Dans la treizième conféi<'nce , il soutient qu'on ne peut pas toujours attribuer la bonne volonté à la grâce, puisqu'elle provient quelquefois aussi des forces de la nature. Le prêtre Gmmidc de Marseille qui , vers l'an 495 continua l'ouvrage de saint Jérôme « des hommes illustres de l'Kglise» appartenait probablement aussi à cette école. I.a doctrine et la personne de saint Augustin comptaient en revanche parmi leurs défenseurs les plus intrépides Prosper qui mourut comme laïque en 463, et plus tard Fulgence, évêque <{<' Ruspe en Afrique qui termina sa carrière en 533. D'un ca- :actère plus indépendant <'t nïoins dévoué au système de saint Augustin est l'ouvrag*» intitulé : «de la vocation des peuples » (|u'on a attribué tantôt à saint Prosper, tantôt au pape Léon, et dans lequel les assertions trop hasardées de saint Augustin ef de saint Prosper se trouvent modifiées.
Prosper et Hilaire se plaignirent en 431 au pape Célestin ili; ce que ([uelques prêtres professaient des hérésies à Marseille, sans que les évêques de la (iaule cherchassent à les ramener dans la bonne voie. Le pape écrivit alors aux évêques
de la Gaule en blâmant leur silence à cet égard et en donnani des éloges à saint Augustin que le siège de Rome avait toujours regardé comme un des docteurs les plus orthodoxes, et il ^ ajouta ces mots : « nous n'osons point dédaigner les questions obscures et difficiles qui ont été traitées avec beaucoup de développement par les adversaires des hérétiques (p. e. ce que Augustin a enseigné sur la nature du péché originel et les causes de la prédestination) ; nous ne voulons cependant pas les confirmer, car ce que les décrets des papes disent au sujet de la grâce suffit déjà. » Les moines de Scythie avaient à cet égard une opinion différente; ils prétendirent en l'an 520 que les écrits de Fauste, évéque de Riez, avaient été tous condamnés el ils se fâchèrent contre le pape Hormisdas de ce que , dans une lettre adressée à l'évêque Possessor, il s'était contenté de déclarer que ces écrits n'étaient d'aucune autorité dans l'Église. C'est pour cette raison que les évéques d'Afrique, envoyés en exil en Sardaigne, les condamnèrent et chargèrent Fulgence de réfuter les erreurs qu'ils renferment.
Les Semi-pélagiens admettaient un affaiblissement des forces naturelles de l'homme provenant du péché originel; ils s'imaginaient néanmoins qu'avec ses forces naturelles et abandonnées à elles-mêmes, l'homme peut lui-même commencer à croire et à pratiquer la justice, en méritant la première grâce au moyen des émotions que la foi fait naître spontanément en lui et du désir qu'il a d'obtenir le salut et l'assistance divine. Us comparaient donc l'homme à un malade qui reconnaît sa situation, qui fait venir le médecin, qui a confiance en lui e( qui prend les médicaments qu'il lui prescrit , et ils enseignaient que le commencement de la guérison provient de celui qui est guéri, et non de celui qui guérit. De là il s'ensuivait que Dieu est prêtàcommuniquersesdonsà tous les hommes indistinctement et qu'il ne fait qu'attendre après le désir actif de la créature, et l'assertion, parfaitement vraie en elle-même, que Dieu veut le salut de tous les hommes et que Jésus-Christ est mort pour tout le genre humain , avait reçu chez eux cette signification erronnée
138 msToiRE DE l'église.
que los mérites de Jésus-Chris! oui ouvert pour tous les hommes indistinctement un trésor de grâces, où chacun peut, au moven du désir nalurol qu'il a de se procurer le salut, les pui ser à son gré et autant qu'il veut. Leur proposait-on l'exempU' de deux enfants dont l'un meurt baptisé et l'autre sans baptême, ils répondaient que Dieu avail prévu dans le premier l'existence future d'un(; bonne volonté et cpie c'est pour ce motif ([u'ii lui a accordé la grâce du baptême. Ils rejetaient en outre aussi la grâce particulière de la persévérance dans le bien qu'enseignait Augustin, en soutenant que cette persévérance est l'ouvrage du libre arbitre; enfin, en prétendant conformément;! l'opinion de tant de Pères et de théologiens, que l'arrêt éternel de la Providence relativement au salut des élus est basé sur la préscience de leurs mérites, ils entendaient, non les mérites opérés par la grâce, mais l'usage de leurs forces naturelles.
Ces erreurs furent condamnées en l'an 529 par le concile d'Orange, auquel assistèrent treize évêques gaulois sous la présidence de leur métropolitain, saint Césairc, archevêque d'Arles. Le dogme catholique qu'on y opposa au Serai-pélagianisme en vingt-cinq canons, esta peu près conçu en ces termes: Déjà le premier mouvement de la foi vers celui qui justifie les pécheurs , l'invocation de la grâce divine et le désir de se délivrer du péché, sont un effet de la grâce et une inspiration du Saint-Esprit. Par ses forces naturelles seules, l'homme ne peut rien penser ou choisir qui appartienne à son salut, et c'est pour c<'tte raison qu'on ne peut pas mériter la grâce par rien qui la précède; mais la grâce libre précède toujours, afin que nous fassions des œuvres méritoires, et tout ce que l'homme fait de bon , c'est Dieu qui le lui fait faire, car de soi-même chacun n"a autre chose que le mensonge et le péché. Ceux qui sont régénérés et les Saints même doivent invoquer sans cesse l'assistance de Dieu , s'ils veulent parvenir à une bonne fin et persévérer dans l'exercice des bonnes œuvres. — Le pape Boniface II confirma ces canons en l'an 530, et depuis cette époque ils ont toujours été considérés comme une confession de foi générale^ ment suivie dans l'Église.
Une doctrinp diamétralement opposée aux erreurs du Pélagianisme est celle des Préde.-itmatiens , dont l'histoire toutefois ne nomme qu'un seul, le préîre Lu« idus dans la Gaule. Celuici transmit en 475 aux évoques assemblés à Arles un écrit dans lequel, converti par Fauste, évêque de Riez, il condamnait les propositions qu'il avait soutenues précédemment. Elles renfermaient la doctrine que Dieu, par un arrêt absolu, inévitable eî antérieur à toute préscience de mérites quelconques ou de péchés, prédestine une partie des hommes à une damnation éternelle et aux péchés qui y conduisent; que par conséquent il ne désire pas le salut de tous les hommes , mais seulement de ceux ({u'il a prédestinés au salut et que Jésus-Christ n'est mort qu«' pour les élus ; qu'en outre le libre arbitre se tronve entièrement anéanti par le péché originel et que les sacrements sont sans effet pour ceux qui sont prédestinés à la mort éternelle.
Le Ne.storianisme.
I. Les fragments de Théodore de Mopsueste, dans les actes du cinquième concile œcuménique , Harduin, coll. conc. III, 1. ss. Les écrits de Nestorius : ses homélies recueillies par Garnicr opp. Marii Mercator. Il, 5. Ses é pitres adressées au pape Célestin, à Cyrille, à l'empereur Théodose dans les collections des conciles. Les fragments de ses écrits dans Cyrille et dans les actes du concile d'Ephèse. S. Cv- RiLLi Alexandr. opera, éd. Aiibert, Paris, 1638, 7 voll. fol. ïheodoreti reprehensio XII. Analheraatismorum Cyrilli, opp. éd. Schulze, tom. V. LiBERATi Breviarium causée Nestorianorum et Eutycliian. éd. Garnier, Paris, 1675. iRENjii Tragœdia , s. comment, de rcbus in synodo Ephes. cl in Oriente toto gestis. — La Iraduclion latine se trouve en grande partie dans : Variorum epislolae ad concilium Ephes. pertinentes, éd. Chr. Lupus, Lovau., 1682. k. Acta synodi Ephesianae in Harduin. conc. coll. 1 , 1271 ss. Leontii Byzant. contra Nestorium et Eutycheti in Canisii thesaur. Monum. éd. Basnagc, tom. I.
IL Garmer de hœresi et libris Neslorii , dans son édition de Marius Mercator, tora. IL — L. Doucin histoire du Nestorianisme, Paris, 1698. 4.
J 40 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Déjà vers l'an 418, le moine gaulois Leporius, qui comme prêtre demeura dans la suite à Hippone en Afrique, avait enseigné qu'il existe en J«''sus-Christ deux personnes indépendantes Tune de l'autre, et que la [U'rsonne divine peut seule être attribuée au Verbe , tandis que la personne humaine doit Tèlre à l'Homme-Jésus. Il avait poursuivi cette doctrine jusque dans ses dernières conséquences, et c'est pour cette raison qu'il prétendait que l'homme seul, séparé de la divinité, a souffert et que Jésus-Christ n'est pas venu pour accomplir la rédemption du genre humain , mais seulement pour donner lexemple d'une vie sainte. (îette doctrine avait été condamnée par les évêques de la Gaule, et Leporius lui-même fut bientôt après convaincu de ses erreurs par saint Augustin qui les lui Jil rétracter. Mais ce qui en Occident n'était que l'iTreur éphémère d'un seul , poussa en Orient de profondes racines par > l'anlorilé d'un célèbre théologien et sous l'influence du patriarche de la capitale de l'Empire et devint la cause d'un schisme qui subsiste encore de nos jours. Théodore, évêque de 3ïopsueste, et précédemment prêtre à Antioche, dans la lutte qu'il soutenait contre l'Apollinarisme qui confondait les natures en Jésus-Christ et mutilait la nature humaine, avait érige en un système l'hérésie contraire qui séparait la nature divine de la nature humaine en Jésus-Christ, et ne reconnaissait qu'une union morale et extérieur*' du Verbe avec l'Homme-Jésus. Celle doctrine avait déjà trouvé un accès facile dans tout le patriarcat d'Antioche au moyen des écrits de Théodore et de ses disciples qui lui étaient entièrement dévoués, lorsque Ncstoriiis, prêtre d'Antioche, distingué par son éloquence et par l'austérité de ses mœurs , entreprit de la propager aussi dans la capitale de l'Empire, où il avait succédé en 428 au patriarche Sisinnius. Or, la doctrine de Théodore et deNeslorius (car il n'existe entre eux aucune différence remarquable) consiste dans les points suivants :
Jésus-Christ n'est proprement qu'un simple homme qui, uni au Verbe , est beaucoup plus rempli de la puissance divine que
tous les Saints et tous les prophètes. Dieu le Verbe et Jésus de Nazareth sont donc deux sujets ou personnes entièrement diflérentes, mais l'une de ces persoinies est jointe à l'autre, et cetlc^ union est encore plus étroite que celle de l'homme avec les vêtements qu'il porte, ou celle du temple avec la divinité qui y habite. L'Homme-Jésus a admis Dieu au-dedans de lui , l(; V^erbe demeure dans l'homme comme dans un temple, il s'est revêtu de l'humanité, pour nous manifester sa gloire au mojen de son voile et pour s'en servir comme d'un instrument propre à nous procurer le salut. Le lils de Marie n'est pas véritablement Dieu ; il n'est qu'un homme qui porte Dieu, qui est rempli ou possédé de Dieu, et il est nommé Dieu, parce qu'en vertu des rapports dans lesquels il se trouve à l'égard de la divinité, il participe à ses honneurs et à ses prérogatives et qu'il est digue d'être adoré. Cependant c'est improprement qu'il porte le nom de Dieu, de même que l'Écriture appelle Moïse le dieu de Pharaon ou Israël le fds de Dieu. L'incarnalion n'est donc que la demeure de Dieu le Verbe dans l'homme ; îe Verbe éternel ne s'est pas fait homme , mais n'a fait que s'unir à l'homme; Dieu le Verbe n'est point né de la Vierge, n'a point souffert , mais il a seulement pris son habitation dans celui qui est né de la Vierge , qui a souffert et qui est mort ; car le Créateur ne peut pas être créé, la vie ne peut pas mourir, le Tout-Puissant ne peut avoir aucune faiblesse. La sainte Vierge n'est pas la mère de Dieu [Biozoy.oi] , mais elle est la mère d'un homme, ou celle de Jésus-Christ. Le nom du Chrisi ne désigne pas un Dieu-homme, mais un homme uni à Dieu : or l'union ou la société suppose nécessairement l'existence de deux personnes , qui moralement parlant peuvent bien n'être qu'une, mais qui doivent être séparées dans les fonctions et les qualités physiques ou substantielles qui constituent l'individu : c'est pour cette raison que l'Homme-Jésus ne communique en aucune façon ses qualités naturelles et substantielles au Verbe auquel il est uni. Telle est la doctrine de Nestorius, et c'<'s( pour ce motif qu'il pouvait dire dans les anathèmes, qu'il
142 IIISTOIKK 1>K L EGLISE.
opposait à ceux de Cyrille : Anathèmc à celui qui dira qu'Emmanuel est le Verbe de Dieu , au lieu de dire que Dieu n'a ftùl qu'hahiler dans la nature humaine'. Analhènie à c«'lui qui dira que le Verbe, après avoir pris l'homme, est un seul fils de Dieu par nature, ou que l'homme né de la Vierge est le fils unique du Père!
Cette doctrine plaisait à l'intelligence par la facilité avec laquelle on concevait un homme rempli et possédé de Dieu , «>n comparaison de la diiïiculté avec laquelle on se faisait une idée d'un Dieu homme, et l'on pou\ait la mettre en apparence vn harmonie avec l'Ecriture sainte , en citant et en rapportant ii riIomme-Jésus seul les passages qui y font mention du Fils de l'honmie, de sou humiliation, de son ignorance, de sa irislesse et de ses plaintes. Ajoutez à cela la différence (ju'on établissait à dessein entre ces expressions : « Dieu est mort, » cl « la Divinité est morte; » notanunent, si c'est le Verbe qui s'est fait chair, c'est-à-dire qui s'est essentiellement uni à la nature humaine, qui a souffert et qui est mort dans la chair, rétait sans doute Dieu qui a souffert et qlii est mort , mais non la Divinité, car il n'a souffert cl n'est mort que dans une de ses natures, tandis que l'autre , la Divinité, est restée impassible (ît immortelle. Or, Nestorius et ses adhérents attribuaient à la nature ce qui n'appartient qu'à la personne , et c'était par ronséquent à leurs yeux un blasphème que de dire que la Divinité est susceptible de souffrir et de mourir.
Mais de même (|ue Dieu avait appelé saint Athanase à < ombaltre victorieusement l'Arianisme et saint Augustin à anéantir le Pélagianisme, ainsi il eut aussi soin maintenant de faire paraître dans l'Eglise d'Orient un honuue qui sauva le \érilable dogme de lincarnation et (|ui atta((ua avec succès ! rtle dangereuse hérésie dans tous ses artifices et dans toutes ses subtilités — ce fut Cyrille, patriarche d'Alexandrie. Il Iriompha du Nestorianisme aussi bien en découvrant les conséquences auxquelles il menait, (ju'en lui opposant la doctrine <alholique. Quelque étroite que soit l'union, dit Cyrille, que
l'on établit entre le Fils de Marie et le Verbe, si elle n'est pas tine union intérieure et essentielle, elle ne peut pas servir de motif pour adorer comme Dieu celui qui ne l'est pas, mais qui })lutot n'est pas essentieîlemenl différent de la créature. L'adorai ion qui apparfient à Dieu seul ne peut point être partagée, ot si nonobstant cela Jésus doit être adoré suivant Nestorius, parce qu'il est devenu le souverain maître de toutes choses, 1 eci est dianiéiralement opposé au premier commandement; ihonune par cela môme qu'il a servi d'organe au Verbe, ne peut point devenir semblable h l'Eternel. Si, de plus, celui qui a souffert n'est pas non plus celui qui ressuscite les morts, si l'un fait ce que l'autre ne peut pas faire, si l'un est par la grâce ce que l'autre est de sa nature (le Fils de Dieu), il n'existe point de Fils unique, mais il y en a deux, un fds véritable et un fils adoptif; Jésus-Cbrist n'est point une personne, mais il y en a deux , qui ont bien le même nom , mais d'une manière lout à fait différente. On ne peut pas dire non plus que Dieu le Verbe est notre rédempteur, si ce n'est pas lui qui a été livré à la mort pour nos péchés ; le Verbe , dans ce cas, n'aurait eu à notre rédemption d'autre part que celle d'avoir préparé, instruit et encouragé Jésus-ChrisJ , tandis que saint Paul dit néanmoins que Dieu n'a pas épargné son propre lils. Or, le Fils proprement dit n'est que celui qui a été procréé de l'essence du Père, el celui qui s'est sacrifié pour nous ne serait alors qu'un étranger i\w n'avait que le nom de fils et qui ne différait des autres hommes que par ce qu'une main étrangère lui avait donné. C'est de cette manière- que Cyrille montra combien étaient profondes les blessures que le Nestorianisme portait à l'ensemble des vérités salutaires du Christianisme. Voici comment il expose le dogme catholique :
i)e même que la mère d'un enfant est la mère de toute sa personne , et non pas seulement de son corps, quoique son âme Ini soit venue d'ailleurs, parce qu'elle a enfanté non-seulemenl !e corps, mais tout l'individu , tel qu'il est sorti de l'union réelle el essentielle du corps et de l'àme, ainsi Marie , quoiqu'elle n'ait
lii UISTOIRK DE L EGLISE.
on aucune façon mis au monde la divinité, par laquelle le Verbt» est de la même essence que le Pèro, est néanmoins vérilahlement el elïectivement la mère du Verbe, car c'est elle ({ui a lornu" la chair du Verbe et qui a donné le jour à la personne même du Verbe éternel enveloppé de notre chair. Cette union du Verbe avec l'homme est une union hypostalique, c'est-à-dire qui n'en form«> qu'une seule personne , <'t une union physique, c'est-à-dire une union véritable et intérieure des natures, et non une union simplement relative 7/c:£/.>î'1 et extérieure, en tant que l'homme, continuant d'exister comme sujet indépendant, a été admis à la participation de la majesté et de la di^Miilé du Verbe, comme l'enseignait Neslorius. C'est pour cette raison qu'il ne laut pas appliquer parlieUement les passag«;s des auteurs (jiii traitent de Jésus-Christ, de sorte que les uns se rapportent seulement à l'homme, et les autres au Verbe divin. C'est plutôt le même qui a dit : « Je suis la résurrection et la vie, » el qui sest écrié de nouveau : « Mon Dieu, pourquoi m'avez -vous abandonné» et c'est à cet Emmanuel un et indivisible qu'il Ami adresser aussi des prières et des louanges unes et indivisibles. Sa chair est vivifiante, parce que c est la chair du Verbe, de celui qui est la vie même. Et de même que tout l'homme meurt à la lin, quoique par sa mort son corps seul, et non sou âme, soit mis en dissolution , ainsi le A erbe seul a été crucifié et a soulfert la mort , quoique ce ne fût que dans la chair, puisque toutes les actions et les soufirances de la chair sont véritablement et proprement les actions et les souil'rances de Dieu le Verbe, parce qu'il est la véritable chair de Dieu.
Oiiyini' (lu schisme. Le concile d'Ephèse et ses conséquences.
Nestorius dirigeait particulièrement à (]onstantinople ses attaques contre l'expression de Mère <h^ Dieu, qui depuis longlemps avait été employée par les Pères les plus distingués de
rÈglise, et le mot Ôîozokoç, devint tout aussi l)ien pour le Nestorianisme la pierre d'achoppement et le symbole le plus concis du dogme catholique, que le mot by.oouatog l'avait été pour l'Arianisme. Déjà en l'an 428 , il dit dans le sermon qu'il fil aux fêles de Noël qu'appeler la Sainte-Vierge Mère de Dieu, ce serait approuver la folie des païens qui donnent des mères à leurs dieux. Les chrétiens de la capitale reconnurent bientôt qucNestorius avec ses prêtres d'Antioclie voulait leur faire adopter une nouvelle doctrine. Proclus, évêque nommé de Cyzique, se prononça ouvertement contre cette doctrine, et lorsque Dorothée de Marcionople prononça avec le consentement tacite du patriarche qui était présent , l'analhème contre quiconque donnerait le nom de Mère de Dieu à Marie , le peuple cessa de fréquenter l'église et plusieurs prêtres et moines se séparèrent de sa communion. Nestorius espérait de vaincre l'opposition au moyen de mauvais traitements, de dépositions et d'anathèmes , mais ceux qu'il persécutait s'en plaignirent à l'empereur, en le priant de convoquer un concile général. Sur ces entrefaites, une collection de sermons de Nestorius portant pour titre : « Traité de l'incarnation » avait été répandue aussi en Egypte et y était lue avidement par les moines de ce pays. Cyrille leur fit sentir le danger de la nouvelle hérésie dans un écrit dans lequel, avec un sage ménagement, il ne nomma ni ne désigna Nestorius. Aussitôt que cet écrit fut connu à Constantinople, Nestorius ne cacha point son ressentiment, et dans la correspondance qui dès lors s'établit entre lui et Cyrille, il traita celui-ci avec une arrogance dédaigneuse. Il écrivit en même temps au pape Célestin pour accuser ses adversaires qui, disait-il , n'étaient pas honteux de donner à la Sainte-Vierge le nom abominable de Mère de Dieu. Le pape ne négligea rien pour connaître cette affaire à fond. L'abbé Cassien remplit la mission qu'il avait reçue de Rome d'examiner les sermonw de Nestorius en publiant un ouvrage détaillé où il signala» toutes ses erreurs, et lorsque le rapport de Cyrille y arriv«« également, le pape assembla en 430 un concile où il fil la dé-
HIST. DE l'église.- T. I. 7
14() HISTOIRK DE LKULISE.
rlaialion suivante : si dans l'espace de dix jours à compter de la signilicalion de ce décret, Neslorius ne rétracte pas ses erreurs, il sera déposé et excomnuinié. Cyrille lut chargé, en qualité de légat du pape pour cette affaire, de mettre cette sentence il exécution. Avant que les envoyés de Cyrille et du concile ((u'il avait assemblé arrivassent à Constantinople avec une troisième profession de foi , ïhéodose , excité par Nestorius et par M'S partisans, avait déjà ordonné la convocation d'un concile <eciunénique. Aux douze analhèmes par lesijuels Cyrille étai)lissait, sous une forme négative, le dogme catholique de l'inearnation, Nestorius répondit par autant d'anathèmes opposés, quoique son compatriote, son ami et disciple Jean, patriarche d'Antioche, lui eût justement alors adressé de pressantes exhortations à l'effet de l'engager à faire la rétractation qu'on exigeait i\r lui et à approuver le terme de Mère de Dieu qu'on ne pouvait pas rejeter sans s'exposer au danger de produire un grand schisme. Sur ces entrefaites, Nestorius, pressé par un si grand nombre d'adversaires étrangers et indigènes, déclara dans un sermon être' prêt à tolérer cette expression et à l'employer même, jwurvu toutefois que le temple de Dieu (l'Homme-Jésus) élevé dans la Vierge ait été uni à la Divinité. Dans une conférence ([u'il eut à Éphèse avec Théodote d'Ancyre, il dit jnême qu'il ne pouvait pas reconnaître comme Dieu un enfant de deux ou trois mois. Mais Jean d'Antioche changea bientôt aussi d'opinion. Son attachement à la doctrine de Théodore qui était en grande vénération à Antioche, le blâme que feraient n;jaillir sur lui les nombreux disciples et les partisans de Théodore dans son diocèse et dans son patriarcat , les représentations de Nestorius et la crainte de \oir Cyrilu^ acquérir une prépondérance toujours croissante en Orient et ([ui maintenant venait encore d'obtenir ra[)pui du pape, — toutcela réuni |)eut bien l'avoir engagé à embrasser le parti de Nestorius. Il chargea deux é>ê(jues de son patriarcat, nonmiément André lie Samosate elThéodoret de Cyrus, de réfuter les anathèmes tie Cyrille.
En l'an 431 , on convoqua à Éphèso environ deux cents évêques, parmi lesquels il se Jrouvait près de cent métropolitains de la Palestine , de l'Asie mineure , de la Macédoine , des îles de la Grèce et de l'Egypte. Cyrille , comme chargé de cette commission par le pape qui y avait aussi envoyé deux évêques et un prêtre en qualité de légats, y présida. On attendit longtemps l'arrivée de .Jean , dont les suffragants se trouvaient déjà en grande partie à Éphèse. Cependant un grand nombre d'évêques y tomba malade par suite des chaleurs et de l'air malsain de la saison; plusieurs moururent, d'autres commencèrent à manquer de tout; la plupart craignirent d'être trop longtemps absents de leurs diocèses. Lorsque l'impatience fut déjà à son comble, il arriva deux métropolitains avec des lettres de la part de Jean, annonçant sa prochaine arrivée. On attendit en vain encore trois jours ; après quoi, l'on prit la résolution d'ouvrir la session , car il semblait que Jean temporisait à dessein pour ne pas être obligé de prendre part à la condamnation de Nestorius son ami , et ces deux métropolitains avaient déclaré en son nom qu'on pouvait tenir le concile sans l'attendre plus longtemps. Le plénipotentiaire de l'empereur, Gandidien , s'opposa avec une partialité manifeste pour Nestorius à l'ouverture du concile qui toutefois eut lieu seize jours après le délai fixé par l'empereur. Nestorius qui avait entouré sa demeure de soldats, ne reçut point les évêques qui devaient lui apporter la citation du concile. En conséquence le concile fit donner lecture de sa réponse à Cyrille et des extraits de ses écrits , et forcé , comme il le disait, par les canons et par les missives du pape Célestin, il pronon(;a contre Nestorius une sentence de déposition et d'excommunication. Dès lors Gandidien intercepta les lettres que le concile adressait à Théodore et à d'autres personnes de la capitale, tandis que lui-même et Nestorius trompaient l'empereur par de faux rapports.
Six jours après la déposition de Nestorius Jean arriva à Kphèse avec quatorze évêques , et lui qui , quelques jours auparavant , avait écrit à Cyrille une lettre remplie de toute sorte
de sentiments de tendresse et d'estime, tint encore à l'heure de son arrivée et dans sa chambre à l'auberge, une assemblée des partisans de Nestorius et de ses compagnons, en tout quarantetrois évéques qui annulèrent la sentence du concile, déclarèrent hérétiques les anathèmes de Cyrille sans même en donner lecture , et prononcèrent la déposition de Cyrille et de Memnon , évêque d'Éphèse. Jean déclara en même temps excommuniés tous les évéques qui assistaient au concile, jusqu'à ce qu'ils eussent condamné ces anathèmes et signé le symbole de Nicéo sans aucune addition, et qu'ils se fussent réunis aux évéques de rOricnt qui formaient le véritable concile d'Éphèse. Cependant ce conciliabule n'osa pas approuver la doctrine de Nestorius. Le véritable concile, où, sur ces entrefaites, les légats du pape étaient arrivés, prononça dès lors, après plusieurs citations inutiles, la suspension contre Jean et son parti ; il était réservé au pape de prononcer la déposition. A Constantinople, l'empereur, trompé et mal informé, ordonna que Nestorius, Cyrille et Memnon resteraient déposés ; l'officier d'état Jean (jui était arrivé à Éphèse pour faire exécuter les ordres de l'empereur, fit garder les trois prélats comme prisonniers , s'efforça néanmoins en vain d'engager les deux cents évéques à entrer dans la communion du parti d'Antioche. Enfin les membres du concile, Cyrille et Memnon réussirent à faire parvenir par l'entremise d'un mendiant trois lettres dans la capitale. L'empereur permit dès lors aux évéques des deux partis de lui adresser des députés, écoula les uns et les autres à Chalcédoine, et ordonna que Cyrille et Memnon seraient mis en liberté, qu'on laisserait retourner les évéques chez eux, et que les membres du véritable concile ordonneraient un nouvel évéque de la capitale à la place de Nestorius. Ceci reçut son exécution par le sacre du prêtre Maximien, mais ce fut aussi le signal d'un schisme complet qui éclata dans le parti d'Antioche. Jean tint encore à son départ avec les évéques de Cilicir, tous disciph's de Théodore et zélés Nestoriens, une assemblée à Tarse, dans laquelle on s'engagea à ne jamais dévier des réso-
SECONDE ÉPOQUE. — CHAP. IV. 14d
huions qui avaient «'té prises à Ephèse, et l'on déposa ensuite .Juvénal, patriarche de Jérusalem, Théodote d'Ancyre, Acace de Melitènc et les deux autres députés du concile qui avaienl osé ordonner le nouvel évéque de Constantinople. Dans un roncile plus nombreux assemblé à Antioche , on annonça de nouveau la déposition de Cyrille et la condamnation de ses juiathcmes. Théodoret écrivit contre ces propositions un nouvel «mvrage plus étendu, nommément le Pentalogue qui, hormis quelques fragments, n'est pas parvenu jusqu'à nous. C'était une polémique impure et qui torturait à dessein le sens des mots que celle dans laquelle Théodoret reprochait toujours à Cyrille de donner un commencement au Verbe , et de le transformer en chair, en prétendant avec Apollinaire que cette chair n'avait pas eu d'autre âme que le Verbe. Cyrille s'était expliqué à diflerentes reprises et de la manière la plus claire sur l'ira- Huitabilité du Verbe et sur la perfection de sa nature humaine, ronsistant en un corps et une âme raisonnable; mais l'expression de «nature du Verbe devenu chair, » dont il s'était jLTvi uuelasipfnjs /loi in t entre les mains de Théodoret. d'^A =
it'xandre d'Hiérapolis et d'autres une arme dont ils se servirent avec beaucoup de dextérité contre lui. En vain il leur assura «jue , d'après l'ancien langage , il avait employé le mot de « naliire » au lieu de celui d'individu ou de personne ; qu'il reconnaissait en Jésus-Christ deux substances, la divine et l'humaine; ses ad veraires persistèrent à croire qu'il n'admettait que successivement deux natures en Jésus-Christ, et que sa projjosition : « Dieu a souffert selon la chair, » ne signifiait autre «hose sinon que la Divinité impassible par elle-même n'a été assujettie aux souffrances que par sa transmutation en chair. L'empereur et le pape Sixte III , qui désiraient de voir la paix rétablie dans l'Église, engagèrent Acace de Bérée, âgé de cent dix ans et généralement respecté, à se charger du rôle de médiateur. Jean d'Antioche , effrayé de voir Rome , Alexandrie, Constantinople et Jérusalem contre lui et de n'être soufeiiii que par les évoques de son patriarcat et par quelques
150 HISTOlUli Di: LEGLISE.
provinces dc l'Asie mineure, manifesta des sentiments de réconciliation. Cependant il crai|;nait l'opiniâtreté de sesévéques, dont plusieurs prétendaient ((ue Cvrille devait révoquer ses anatliémes, et même tout ce qu'il avait écrit avant le concile d'Éphèse. Enfin , ffrâce aux elîorts de Paul , évéque d'Emèse vi à la sapje modération de Cyrille, une transaction eut lieu en l'an 433. L ne confession de foi que les envoyés de Cyrille remireni à Jean , fut tellement modiliée par celui-ci qu'elle ressembla à celle que les Orientaux avaient transmise à l'empereur à Chalcédoine. Ce n'est que par de telles modilications, — c'est ainsi qu'il s'exprime dans une lettre adressée à Cyrille, — qu'il peul engager sesévéques à accéder à la transaction. Mais il écrivit en même temps à Théodorel et à ceux de son opinion que Cyrille avait cédé et qu'on s'était arrangé au sujet des expressions cht)quantesde consubstantialité, d'union intime (hypostatique) , e( dune nature unique en Jésus-Christ. Cyrille, pour ne pas troubler la paix , approuva ces changements qui , après tout , n'étaient pas essentiels , agréa la formule qui exprimait toujours le dogme catholique , quoique moins rigoureusement , et dès lors Jean et ses évéques écrivirent au pape Sixte, à Cyrille et à 3Iaximien , pour leur déclarer qu'ils désiraient participer à la comiimnion de tous les évéques orthodoxes, qu'ils donnaient leur consentement à l'ordination de 3Iaximien et à la déposition de Nestorius et qu'ils condamnaient la doctrine de ce dernier. Mais les Nesloriens opiniâtres, à la tête desquels se trouvait Alexandre d'Hiérapolis, rejetèrent cette transaction, prétendant qu'on avait sacriiié l'innocent Nestorius, qu'on n'avait pas forcé l'Egyptien à condanuicr ses ana thèmes et qu'on n'avait pas obteim la réintégration des métropolitains déposés par Maxiuiieu, notamment llellade de Tarse, Euthère de Tyane, Dorothée de 3Iarcianopolis et Ilimère dc Nicomédie. Des provinces entières renoncèrent à la communion de Jean; Helladius et Euthère cherchèrent même à gagner le pape Sixte en leur faveur, et un concile convoqué à Anazarbe renouvela les décisions que le parti d'Antioche avait prises à Ephèse. Dans
une situation aussi critique , Jean s'adressa à la cour impériale pour forcer le bras séculier à rétablir l'union , et il doit avoir employé alors le même moyen dont Cyrille se servit pendant et après la tenue du concile d'Ephèse (si toutefois l'épître de l'archidiacre d'Alexandrie dans la collection du nestorien Irénéc n'est pas apocryphe) , pour paralyser ou pour rendre moins nuisibles les empiétements du gouvernement sur les affaires ecclésiastiques , c'est-à-dire les présents qu'on faisait aux courtisans et aux hauts fonctionnaires les plus influents. L'empereur publia enfin un édit qui menaçait du bannissement ceux des évêques qui persisteraient dans le schisme. Dès lors Théodore ( se réconcilia avec Jean , sans toutefois accéder à la déposition de Nestorius, ni à la condamnation de sa doctrine. Les évêques de l'Euphratésie , de l'Isaurie et des deux Cilicies suivirent l'exemple de l'évéque de Cyr qui jouissait d'une grande considération. Ces provinces protestèrent aussi, dans le principe, contre la déposition de Nestorius , contre la condamnation de sa doctrine et contre les anathèmes de Cyrille. Mais un nouvel édit ordonna à tous les évêques d'accéder au concile d'Éphèse , de regarder la déposition de Nestorius comme légitime et d'anathémaliser sa doctrine. La plupart s'y soumirent , quoique en grande partie dans des termes ambigus ; Hellade de Tarse et Himère en firent autant , et restèrent en possession de leurs églises. En revanche, Alexandre d'Hiérapolis , le coryphée du Nestorianisme, Mélèce de Mopsueste, Euthère de Tyane, Dorothée de Marcianopolis et quelques autres , restèrent inébranlables et moururent la plupart dans l'exil. Avec l'orgueil et l'arrogance de véritables schismatiques , Alexandre et ses adhérents disaient que peu leur importait qu'il y eût beaucoup ou peu de personnes attachées à leur communion ; que la foi avait fait naufrage et quand même les moines ressusciteraient tous les morts pour étayer l'impiété égyptienne, ils persisteraient dans leur croyance et dans l'opinion que Dieu leur a donnée. Nestorius qui, depuis la tenue du concile d'Éphèse, s'était retiré dans son ancien couvent à Antioche, d'où il dirigeait les mou-
vements de son parti, fut banni par l'empereur dans une oasis d'Egypte et y mourut à la suite de grandes souffrances et sans avoir changé d'opinion. Un édil de l'empereur de l'an 435 défendit aux Nestoriens qui étaient encore en grand nombre dans la capilale de s'assembler et ordonna de leur donner le nom de Simoniens.
La pai\ était en apparence rétablie dans toute l'Église , mais les disputes tbéologiques avaient poussé de trop profondes racines, pour qu'avec le schisme l'opposition eu matière de doctrine disparût aussitôt. Les partisans de la doctrine qui avait ^hautement proclamé le nom de Nestorius sacrifièrent dès lors en grande partie ce personnage ; ils évitèrent d'en parler autrement que dans des termes généraux; mais l'autorité de Théodore et de ses écrits restait encore inébranlable. A l'ombre de ce nom révéré, la doctrine dont il était l'auteur pouvait sans obstacle être exaltée et enseignée. Des extraits de ses ouvrages (quehjuefois aussi de ceux de son maître Diodore de Tarse) furent traduits dans les langues vulgaires, le syriaque, le persan et l'arménien, et l'on répandit un écrit dans lequel on opposait aux anathèmes de Cyrille les passages de Théodore qui y sont le plus contraires. Le siège principal de ces manœuvres était Édesse , ainsi que la célèbre école de Théologie qui s'y trouvait et qui était la pépinière du clergé de Perse. C'est pour cette raison que le zélé catholique Rabulas, évèque d'Edesse, anathématisa dès l'an 432 Théodore et ses écrits, et fut, à ce sujet, en butte aux attaques les plus violentes de la part du prêtre Ibas, auteur de la fameuse épître adressée à Maris. Rabulas et Acacc de Mélitène avertirent aussi les évêques arméniens de se mettre en garde contre les ouvrages de Théodore , et ceux-ci consultèrent à cet égard l'éveque Proclus , qui, depuis 434 , avait remplacé sur le siège de Constantinople Maximien qui s'était prononcé un des premiers contre la doctrine de Nestorius. Proclus répondit en 437 par une confession de foi [Totnus] qu'il envoya aussi à Jean d'Antioche en le priant de la faire souscrire, en signe de leur croyance, par ses
évêques et en particulier par Ibas, évoque d'Edesse qu'on accusait d'être nestorien. Les Orientaux signèrent bien le Tomus, mais non le supplément qui contenait la censure de plusieurs passages tirés de Théodore que Proclus avait ajoutés sans nommer ce dernier, tandis que Cyrille écrivit aussi contre Théodore un ouvrage qui n'est pas venu jusqu'à nous et qui fut à son tour attaqué par Théodoret. Cyrille, voyant que les Orientaux témoignaient une aversion invincible pour tout ce qui pouvait porter atteinte à la mémoire de leur maître chéri, s'arrêta et engagea en même temps le patriarche Proclus à laisser reposer cette affaire , afin , écrivait-il , de ne pas rouvrir les plaies de l'Eglise et de ne pas occasionner un schisme plus grand et plus dangereux que le premier.
€utychès. Le brigmidacje d'Èphèse. Le concile de Chalcédoine.
Breviculus historiœ Eutychianistarum [jusquen 480, de Gélase I.?) in Mansi coll. conc. VII, 1060, ss. Liberatus. Voyez ci-dessus : Acta i oncilii Chalcedonensis dans Harduin, torn. II, Mansi, tom. VI. TheoooRETi Eranistesseu Polymorphus, opp. éd. Schulze, tom. IV,
C'est un phénomène très-fréquent dans l'histoire de l'Église que de voir que, dès qu'une hérésie a adopté un caractère fixe, «'lie donne lieu à une autre qui lui est diamétralement opposée, et c'est de cette sorte que l'Église est toujours obligée de mainlenir la doctrine catholique qui se trouve entre ces deux exh'êmes et qui réunit en elle ce que les deux dogmes qui se contredisent ont de vrai , et de lui tracer des limites précises des deux côtés. C'est ainsi que leNestorianisme produisit mainlenant l'Eutychianisme. Eutychès, archimandrite d'un monastère de Constantinople qui, malgré son grand age, croyait ne |?as pouvoir pousser assez loin son zèle contre leNestorianisme, soutenait que, par suite de l'incarnation, il ne s'était formé qu'une seule substance et qu'une seule nature de la nature di-
154 HISTOIRE UE LÉGLISE.
vine et humaine de Jésus-Christ et que, selon son humanité, Jésus-Christ n'est pas consubstantiel avec nous. Il nadniellait pas celle conséquence qui découle nécessairement de la nature unique qu'il prétendait exister en Jésus-Christ, qu un mélange des deux natures, ou qu'une Iransnmlalion, une absorption de l'une par l'autre a\ail eu lieu; il allirmait au contraire qu'avant la réunion il ;\ a\ait eu deux natures, de sorte que, selon la remarque de saint Léon, il paraît avoir admis, comme Origène, une préexistence de l'àme humaine, et qu'après la réunion il n'en était resté qu'une seule, la nalure divine, et c'est ainsi que, suivant lui, c'est la divinité elle-même qui a souffert et qui a été cruciliée. Ces deux propositions : le Verbe s'est fait chair et la nature de la chair n'existe plus eu lui après la réunion, ne lui paraissaient rien avoir de contradictoire, et parce que, par la réunion avec la Divinité, la chair devait avoir été déifiée et transformée en une autre nalure, Eutychès prétendait que le corps de Jésus-Christ n'est pas le corps d'un homme, mais seulement un corps humain, c'est-à-dire humain selon son extérieur, etnon selon sa substance. La doctrined'Euiychès anéantit en conséquence, de mêmequeleNestorianisme, le mystère de l'incarnation. Sans être véritablement homme, Jésus-Christ ne pouvait pas devenir pour nous un médiateur, un type et un modèle de vertu, et en rapportant les souffrances et la mort du Kédempleur immédiatement à la divinité, qui certes ne pouvait souffrir et endurer la morl que par le moyen d'une véritable humanité, la force et la signification de ces souffrances se trouvèrent par cela même anéanties. Toutes ces conséquences n'entraient sans doute point dans les intentions d'Eutychès qui était un homme pieux , mais d'un esprit borné et entièrement dépourvu de pénétration en matière de théologie, et ce qui en fit un hérétique, ce fut l'arrogance et l'opiniâtreté avec lesquelles il persistait, malgré toutes les remontrances , dans une doctrine qui devait nécessairement conduire à de pareils résultats. Il disait qu'il ne reconnaissait que la seule Écriture sainte dont le témoignage lui paraissait plus au-
thentique et plus décisif que relui des saints Pères , toutefois il s'en rapportait aussi à Cyrille et à Athanasc qui devaient avoir parlé d'une nature unique du Yerbe qui s'est fait chair.
Domnus, évêque d'Antioche, censura le premier celte nouvelle hérésie dans une lettre qu'il adressa à l'empereur. Eusèbe, évêque de Dorylée, qui, étant encore laïque, avait été un des premiers adversaires du Nestorianisme, dénonça les erreurs d'Eutychès au concile de Constantinople en l'an 448, et celui-ci ayant refusé de rétracter sa doctrine touchant la nature unique, le patriarche Flavien l'exclut au nom du concile de la communion de l'Eglise. Cependant, jouissant de la faveur du toutpuissant eunuque Chrysaphe, il implora la protection du pape Léon, et fit en sorte que l'empereur lui-même recommandai son affaire au pape. Il obtint qu'une nouvelle réunion d'évêques, sous la présidence deThalassedeCésarée, examinerait les actes du dernier concile qui , selon lui , devaient être apocrvphes. Le siège d'Alexandrie était occupé depuis l'an 444 par l'ambitieux Dioscore qui, dans la dispute au sujet de l'Eutychianisme, voyait une occasion favorable d'humilier les Orientaux comme de prétendus Nestoriens et de se venger de Flavien dont il était l'ennemi personnel. Lui et Chrysaphe dont il devint l'instrument et qui persécutait également Flavien, engagèrent le faible empereur à convoquer un concile général, non pour faire condamner la nouvelle doctrine, mais, comme il était dit dans la missive que l'empereur adressa au concile , pour faire chasser de leurs églises les fauteurs du Nestorianisme. Léoti qui , dans les circonstances actuelles , regardait la convocation d'un concile œuménique comme inutile, mais qui, dans tous les cas, croyait qu'il convenait mieux de le réunir en Italie que dans l'Orient où tout était en fermentation, y donna enfin son consentement, nomma à cet effet trois légats et envoya à Flavien la célèbre profession de foi dans laquelle il développe avec beaucoup de clarté et de précision le dogme de l'incarnation en rejetan l et en réfutant les erreurs opposées d'Eutychès et de Nestorius.
Le concile s'ouvrit à Éphèse le 8 août 449. Environ cent
Ireiitc évoques dcTÉgyple, de TOrienl, de l'Asie, du Pont et (le la Thrace s'y réunirenl; mais toute l'autorité se trouvait eulrc les mains de Dioscore à qui l'cMnpereur avait accordé la présidence, et l'abbé Barsumas, ami d'Eulychès et de Dioscore, avait obtenu, en sa qualité de représentant de tous les abbés el de tous les archimandrites de l'Orient, le droit de siéger et de voter parmi les évéques, ce qui jusqu'alors avait été sans (•\emple. Les premières dispositions lirent voir clairement qu'on n'y cherchait point à faire triompher la justice et la vérité , mais seulement la force ; car on refusa la présidence aux légats du pape et les patriarches Domnus et Flavien ne siégèrent qu'après Juvenal de Jérusalem. Dioscore lit d'abord examiner l'affaire d'Eutychès; il se montra aussitôt, présenta le symbole de Nicée comme sa confession , et accusa Eusèbe de Dorylée et Flavien de l'avoir déposé arbitrairement el Iraité d'une manière lyrannique. En vain les légats du pape, Jules, évèque de Puzzuoli et le diacre Hilaire, demandent qu'on donne lecture des missives du pape relatives à cette affaire ; Dioscore sait éluder cette proposition , et Euîychès récuse les légals ([ui lui paraissent suspects comme étant les amis de son adversaire Flavien. A la lecture des actes du concile de Constantinople, l'orage éclate; à la question soulevée par Eusèbe si Eutychès admet deux natures en Jésus-Christ, les évéques s'écrient : qu'on brûle Eusèbe, qu'on le déchire , (ju'on le divise comme il a divisé ! A la demande de Dioscore on prononce l'anathème contre quiconque admettrait deux natures après l'incarnation. Ceux qui ne peuvent pas se faire entendre doivent élever la main ; et ceux qui ne votent pas, sont menacés comme Nestoriens du bannissement et de Texil ; des soldats tenant des chaînes, des moines furibonds sous les ordres de Barsumas, el les parabolanes d'Alexandrie, satellites de Dioscore, sont prêts à obéir au moindre signal du tyran el à maltraiter quiconque leur serait livré. Eutychès est aussitôt absous et réintégré dans sa dignité; la même faveur est accordée à trente moines que
Flavien avait exclus de la communion à cause de leur esprit d'opposition. Dioscorc arracha au concile la déposition de Flavien et d'Eusèbe de Dorylée sous le prétexte futile qu'en établissant le dogme des deux natures , ils avaient violé le commandement du premier concile d'Éphèse , d'après lequel on ne pouvait rien ajouter au symbole de Nicée. Plusieurs évéques le supplièrent à genoux de renoncer à un acte aussi arbitraire ; mais Dioscore, voyant augmenter le nombre de ceux qui lui opposaient de la résistance , fit venir le proconsul avec ses soldats armés et retint les évoques dans l'église jusqu'au soir. Enfin ils signèrent tous , à l'exception des légats du pape dont l'un , Hilaire , échappa à la prison en se hâtant de quitter Éphèse. Théodoret et Ibas d'Edesse furent aussi déposés , trois jours après Domnus d'Antioche le fut également , parce qu'il avait ffétracté le consentement qu'on l'avait forcé de donner à la déposition de Flavien. Flavien fut conduit à Hypepa en Lydie où il mourut quelques jours après des suites des mauvais traitements qu'il avait essuyés au brigandage d'Éphèse. » Encore pendant la tenue du concile , il avait remis aux légats un écrit où il en appelait au pape et par lequel il paraît avoir excité plus particulièrement encore la fureur de ses ennemis.
La victoire de Dioscore pouvait être regardée comme complète , car un édit de l'empereur Théodose approuva et con- Hrma les décisions du concile , nommément aussi la déposition des évêques, et c'est ainsi qu'on paraissait avoir imprimé à l'Église d'Orient qui gémissait sous le double joug d'une tyrannie ecclésiastique et d'un pouvoir civil qui s'entendait avec elle , une flétrissure ineffaçable. Les évêques même du patriarcat d'Antioche avaient, malgré leur ancienne aversion contre toute expression qui paraissait se rapprocher de l'unité des natures , demandé pardon à Eutychès , l'avaient qualifié de père spirituel et n'avaient cherché à cacher en quelque sorte ïeur ignominie qu'en prétextant que le concile n'avait rien décidé de nouveau touchant la foi. Mais le pape Léon, dont la sagesse et la fermeté inébranlable sauvèrent cette fois l'Église
158 lusToiuE DE l'Église.
grecque comme malgré elle, lit ce que personne n'osa ou ne put l'aire en Orient. 11 déclara aussitôt dans les lettres qu'il adressa à l'eniperour que le concile criminel d'Éphèse ne pouvait jamais porter le nom de concile et que tout ce qui y avait été résolu était de nul effet. 11 demanda en même temps la convocation d'un concile œcuménique en Italie, et Yalenlinien III avec l'impératrice Placidie et Eudo\ie, cédant à ses instances, écrivirent dans le même sens au père de celte dernière , Théodose. Le brigandage d'Éphèse fut dès lors rejeté par un concile romain et par toute l'Église d'Occident; cependant Théodose, se laissant dominer par Chrysaphe, lui resta soumis juscju'à la lin de ses jours. Mais il y eut un changement complet dans les relations à l'avénemcnt de sa sœur Pulchérie et de son époux 3Iarcien en l'an 450. Anatole, quoique nonuué évoque de la capitale par l'influence de Dioscoro, tint en présence de la légation du pape un concile , dans lequel on signa la lettre que Léon avait adressée à Flavien et dans lequel ou condamna Eutychcs. Plusieurs évêques qui avaient souscrit les décisions prises à Éphèse, s'adressèrent maintenant soit directement, soit par l'entremise d'Anatole au pape, en avouant sincèrement que la peur et la violence seule les avaient fait tomber dans l'erreur, et le prièrent de les admettre de nouveau dans la communion de l'Église et du siège de Rome. Le pape autorisa Anatole à leur accorder leur demande, après leur avoir imposé une pénitence et leur avoir fait abjurer les erreurs d'Eutychès. Il regarda dès lors comme inutile la tenue d'un concile général, puisque la signature de sa lettre à Flavien était sullisante pour l'affermissement de la foi et que les évéques occidentaux ne pouvaient point y prendre part ; cependant 3Iarcien en convoqua un avant d'avoir reçu la lettre que le pape lui avait écrite pour le lui déconseiller, d'abord à Nicée, et ensuite à Chalcédoine. cette dernière ville étant plus à proximité.
Le quatrième concile œcuménique s'ouvrit à Chalcédoine le premier octobre 451. Jamais, ni avant ni après ce concile, l'Eglise d'Orient ne vit une si grande réunion d'évêques, leur
Sr.CONDE ÉPOQVE. — CUAP. IV. 159
nombre s'élevant à 520. Les quatre légats du pape, ayant à leur tête Paschasin, évêque de Lilybée, y avaient la présidence. Sur leur proposition, Dioscore dut, dès le principe, prendre la place d'un accusé. Par la lecture des actes du concile d'Éphèse et par le témoignage des évéques qui y avaient été assemblés, on parvint à dévoiler les violences et les injustices révoltantes qui avaient été commises dans cette assemblée. Dioscore qui, outre cela, comme on s'en convainquit maintenant, avait osé excommunier le pape, fut déposé d'abord par le jugement du légat du pape, et ce jugement fut ensuite confirmé par le concile. En revanche, Juvenal de Jérusalem, Thalasse de Gésarée, Basile de Seleucie, Lusù]>e d Ancvre et Eustache de Béryte, qui, avec Dioscore, avaient présidé le brigandage d'Ephèse, furent absous. Tous les membres du concile leur était favorables, et leur faute ne paraissait pas plus grande que celle des autres membres qui avaient apposé leur signature aux actes d'Ephèse. Tous adoptèrent la lettre de Léon à Flavien comme une confession de foi , seulement les évéques d'Egypte refusèrent de la signer, parce qu'ils n'osaient pas le faire sans lautorisation de leur patriarche qui n'était point encore élu. Dans le principe, le concile ne voulut point rédiger de nouvelle formule de confession, parce que la signature de la missive du pape suffisait pour condamner les erreurs d'Eutychès, mais il en sentit bientôt le besoin, et la sixième séance fut consacrée à sa rédaction. Il s'éleva une dispute violente au sujet de l'expression de deux natures, que les légats du pape voulaient remplacer par celle d'en deux natures. Ceux-ci l'emportèrent enfin et la confession fut ainsi rédigée : <( Jésus-Christ, daprès sa nature divine et sa nature humaine, est vraiment Dieu et vraiment homme, composé d'une âme raisonnable et d'un corps , consubslanliel au Père selon la divinité et au Fils selon l'humanité; il nous a ressemblé en tout , hormis dans le péché ; il a été engendré de toute éternité par le Père d'après sa divinité , mais , dans les derniers jours , a été engendré pour nous et pour notre salut d'après l'humanité par Marie, la mère de Dieu ; il est un et le même Christ, le
Fils, le Seigneur unique en deux natures, sans mélange, .sans changement , sans partage et sans séparation. » Il est vrai que, dans le texte grec , on lit de deux natures; mais il est manifeste que ce changement n'y a été introduit que dans la suite. Evagre, Euthjme et Léon de Byzance remplacent le mot de par en, et dans la conférence (jui eut lieu entre les Catholiques et les Sévériens, en 533, on avoua que le concile s'était servi du mot en. Le formulaire déclara en outre que les deux natures en Jésus-Christ sont restées invariables et qu'elles ont été réunies en une seule personne ou hypostase. L'empereur Marcien qui, sur ces entrefaites, était venu à Chalcédoine, assista à la septième séance, dans laquelle la confession lut signée par 350 évoques ; on y approuva en même temps une loi proposée par l'empereur, par laquelle on défendit sévère- «nent les discussions publiques sur des articles de foi , et par là on chercha à extirper un vice profondément enraciné dans les grandes villes de l'Orient. Dans la séance subséquente, Théodoret qui avait appelé au pape de sa déposition prononcée par le brigandage d'Éphèse et Ibas, furent réintégrés dans leurs diocèses ; ils durent auparavant prononcer l'anathème contre Nestorius, ce que Théodoret ne consentit à faire qu'après avoir hésité pendant quelque temps.
Continuation de la lutte. Les Monophysites. L'Hcnotique.
Les calamités qui , après la tenue du concile de Chalcédoine, désolèrent tantôt l'une tantôt l'autre partie de l'Église, et en premier lieu les églises de Palestine et d'Egypte, montrent combien étaient profondes les racines que la corruption avait jetées dans l'Église d'Orient. Le moine Théodose, zélé eutychien, se rendit «•n toute hâte, pendant les délibérations du concile de Chalcédoine, en Palestine, annonça dans les couvents de ce pays que lo Neslorianisme triomphait dans le concile, que Dioscore venait d'être déposé et Eutychès envoyé en exil , et de cette
manière il y excita un mouvement qui força Juvenal qui était retourné en Palestine à se sauver nuitamment de Jérusalem. L'impératrice Eudocie qui , étant veuve , s'était retirée dans un couvent aux environs de Jérusalem, favorisait les Eutychiens; Théodose, profitant de cette circonstance, se fit élire patriarche de cette ville , et , secondé par un essaim de moines fanatiques, persécuta tous ceux qui ne voulaient pas anathématiser le concile de Chalcédoine. Il brava pendant vingt mois toute la puissance de l'empereur, prit ensuite la fuite, et vers la fin de l'année 453, Juvenal put se remettre à la tète de l'administration de son église. A Alexandrie, le clergé avait élu le vénérable prêtre Protère eu remplacement de Dioscore qui en 455 était mort en exil à Gangra en Paphlagonie. Mais Dioscore avait encore un parti puissant dans le clergé et dans le bas peuple; on répandit le bruit que Cyrille avait été condamné à Chalcédoine et qu'on y avait confirmé les erreurs de Nestorius. On répandit en même temps une traduction grecque apocryphe de la lettre de Léon à Flavien, et de cette sorte on donna lieu à une révolte sanglante, dans laquelle les troupes impériales furent brûlées par le peuple dans l'ancien temple de Sérapis. On parvint néanmoins à rétablir l'ordre , mais quatre années après, à la mort de Marcien en 457, il éclata une seconde révolte, plus opiniâtre encore que la première. Le parti de Dioscore élut pour patriarche un moine nommé Timothée iElure , et Protère fut assassiné avec six ecclésiastiques dans le baptistère de son église. Timothée dès lors tourna toute sa fureur contre la mémoire de sa victime, admit dans sa communion tous les ennemis du concile de Chalcédoine , prononça l'anathcme contre cette assemblée, et déposa tous les évêques et tous les prêtres d'Egypte qui refusaient de le prononcer après lui. Quatre évêques de son parti se présentèrent à Constantinople devant le nouvel empereur Léon , en exigeant de lui la convocation d'un nouveau concile. Cependant le pape Léon se prononça de la manière la plus énergique contre ce projet; il écrivit à l'empereur que les décrets du concile de
Chalcédoinc ne pouvaient en aucune manière Hre. remis en question, et que, d'un autre côté, cette mesure ne ferait que perpétuer les divisions. L'Eutychianisme comptant aussi dans la capitale des partisans très-puissants et très-actifs, l'empereur engagea, par une circulaire, tous les métropolitains à assemble)des conciles dans leurs provinces respectives et à manifester librement et consciencieusement leur opinion tant relalivemenl à l'autorité des décrets du concile de Chalcédoine que relativement à la personne et à l'affaire d'yElure. Ils répondirent tous que les dé( rets du concile de Cbalcédoine étaient sacrés e! inviolables, et que uou-seulement il fallait déposer, mais encor»' exclure à jamais de la communion de l'Église le criminel /Elure. Le concile de Perga en Pamphylie rejeta seul avec son métropolitain Amphiloque les décisions du concile de Chalcédoine. L'empereur, cédant enfin aux exhortations réitérées du pape et du nouveau patriarche de la capitale, Gennade, prit des mesures énergiques malgré les efforts de la faction des Eutjchiens. Les assassins de Protère furent punis; iElure fut envoyé en exil d'abord à Gangra, et ensuite à Cherson, et Timolbée Salophaciole , catholique sincère, occupa en 4G0 le siège d'Alexandrie. Ne se laissant point effrayer par ce dénouement, un autre moine entreprit en 470 de jouer le rôle d'yElure. Pierre surnonmié le Foulon, parce qu'il avait exercé ce métier dans un couvent des Acœmètes à Constantinople, s'y arrogea la dignité épiscopale à la faveur de la protection du gouverneur Zenon et avec le secours des Apollinarisles, y introduisif l'Eutychianisme et ordonna des évéques qui lui ressemblaient. Cependant l'empereur le fit mener en exil; il se sauva et se cacha, et maintenant on élut Julien pour patriarche, attendu que le patriarche légitime, l'évéque Martyre s'était démis de ses fonctions.
Sous la courte domination de l'usurpateur Basilisque, l'Eutychianisme se releva en 476. Tl'^lure retourna à Alexandrie, où Salophaciole dut lui céder sa place ; Pierre de Foulon se montra de nouveau aussi, et une lettre encyclique du tyran or-
donna à tous les cvêques de condamner la lettre de Léon et les décrets du concile de Clialcédoine. L'Eglise d'Orient était tellement déchue que cinq cenîs évoques obéirent à cet ordre; le patriarche de Constantinople, Acace, resta seul inébranlable, ei le peuple de cette capitale, s'exhalant en imprécations et en menaces contre l'ennemi de la foi catholique , Basilisque révoqua sa lettre encyclique et condamna Eutychès dans un nouvel édil. L'empereur Zenon, après son rétablissement, cassa en 477 tout ce qui avait été fait au pri'judicc de la foi catholique. Les évêques intrus, Pierre le Foulon, Jean d'Antioche et Paul d'Éphèse durent céder leurs places à des évêques catholiques ; iElurc s'empoisonna et Salophaciolc reprit son poste. Cependant les Dioscoriens élurent en remplacement d'iElure le moine Pierre Mongus (le bègue) qui avait pris part à tous les crimes de son prédécesseur et qui, quoiqu'il fût bientôt chassé de son palais episcopal, se tint caché à Alexandrie. Zenon, se laissant influencer par l'ambitieux Acace qui était l'ennemi du pape, se rapprocha insensiblement des adversaires du concile de Chalcédoine. On lui représenta qu'en renonçant aux décrets de ce concile il était possible de rétablir la paix de l'Église , et c'est ainsi que parut en 482 VHénotique, dans lequel l'empereur, s'érigcant en maître et en législateur en matière de foi, déclarait que le symbole de Nicée avec les additions de 381 devait seul avoir force de loi. Il est vrai qu'il y condamnait le Nestorianisme et l'Eutychianisme, mais il ne mentionnait le concile de Chaicédoine que d'une manière ambiguë et sans lui donner aucune autorité. Zenon et ses conseillers croyaient que les Monophysites et les Catholiques pouvaient, malgré la différence qui existe entre eux en fait de dogmes , se réunir en une communion ecclésiastique basée sur cet édit, mais ils se trompèrent ; car la grande majorité des catholiques rejeta cet édit, et Zenon lui-même, bien qu'il assurât le pape Félix desonattachementinviolable à la doctrine du concile de Chaicédoine, devint dans le fait le protecteur et le défenseur des Monophysites, du moins de ceux qui admirent l'Hénotique. Il chassa les patriarches ca-
(holiquos Calondion d'Anliochc et Jean Talajas d'Alexandrie, et ces deux métropoles tombèrent de nouveau entre les mains indignes de Pierre le Foulon et de Pierre Mongus. Ainsi l'Église d'Orient se divisa en trois ou pour mieux dire en quatre partis : les catholiques qui s'attachèrent étroitement au Saint-Siège, les partisans de l'Hénotique qui dominaient momentanément et auxquels se rallièrent tous les patriarches (même Sallustc, patriarche de Jérusalem, qui le lit par faiblesse) et les zélés Monophysites, qui n'étaient pas contents du désaveu tacite des décrets du concile de Chalcédoine et de la 3cltre à Flavien. Ceux-ci qui se séparèrent surtout en Egypte de Pierre Mongus, parce qu'il s'était prononcé en faveur de l'Hénotique, reçurent le nom d'Acéphales , c'est-à-dire sans chef, et se partagèrent bientôt en plusieurs sectes. Le pape Félix , dans un concile tenu en 484 et composé de soixante-dix évêques , condamna au bannissement et à la déposition Acace , principal auteur de ces divisions, et quelques moines du couvent des Acœmètes lui attachèrent cette sentence à son manteau , témérité qui leur coûta la vie. Presque tout l'Orient ayant, sur ces entrefaites, embrasse le parti d' Acace par CFaiiîte de l'empereur, il en résulta un schisme entre l'Eglise d'Orient et celle d'Occident, et les patriarches qui occupèrent dans la suite le siège de Constantinople ne voulant point, quoiqu'ils eussent rejeté en partie l'Hénotique, effacer le nom d'Acace des diptyques, ainsi que les papes le désiraient, ce schisme dura trente-cinq ans.
L'empereur Anastase (491-518) imita l'exemple de son prédécesseur. Quoiqu'il eût donné par écrit au patriarche de la capitale l'assurance de maintenir les décrets du concile de Chalcédoine , cependant personne ne pouvait devenir évoque sans signer l'Hénotique. Les deux chefs des Monophysites, Xenaias (ou Philoxène), évèque d'Hiéropolis et le moine Sévère , qui était habile dans l'art de semer le trouble et la discorde, jouissaient d'un crédit illimité auprès de lui. Le premier souleva la Syrie contre le patriarche Flavien, tandis
que l'autre , à la tête de deux cents moines furieux , excita des troubles à Constantinople. Le passage que Pierre le Foulou avait ajouté, dans le sens des Monophysites , à l'ancien cantique, le Trisagion (trois fois saint) et qui consistait en ces mots: « qui avez été crucifié pour nous » — l'empereur et Sévère cherchèrent à l'introduire dans les offices des églises de la capitale. Cette circonstance donna lieu à une révolte , et Anastase, l'ayant prudemment apaisée, envoya aussitôt (en 511) le patriarche Macédoine en exil, en le faisant condamner après par quelques évéques de sa cour, et confia ses fonctions à Timothée, homme indigne, mais souple, qui persécuta ensuite cruellement les partisans de Macédoine. Un concile, convoqué à Sidon , devait annuller d'après les ordres de l'empereur le concile de Chalcédoine qui , disait-on , avait confirmé la doctrine de Nestorius ; mais les patriarches Flavieii d'Antioche et Elie de Jérusalem congédièrent l'assemblée, avant qu'on eût pu prendre une pareille résolution. Anastase s'en vengea en remplaçant Flavien par Sévère et Elie par Jean, évêque de Sébaste. Les évéques orientaux, dans leur détresse, s'adressèrent alors au pape Symmaque pour le prier de ne pas leur refuser plus longtemps son concours et sa protection à cause d'Acace. A Constantinople, la tentative que ftrent les fonctionnaires Marin et Platon de chanter les paroles ajoutées au Trisagion par les Monophysites dans l'église métropolitaine, occasionna une nouvelle révolte. Enfin le général Yitalien profita en 514 de la persécution de l'Eglise et du banissement du patriarche pour se révolter et s'avança à la tête de son armée jusqu'aux portes de la capitale. Réduit au désespoir, Anastase invoqua la médiation du pape Hormisdas , et acheta la paix à la condition de rappeler les prélats et de convoquer un concile général sous la présidence du pape, dans le but d'améliorer la situation de l'Eglise. 11 entama en conséquence des négociations avec le pape , auquel il envoya une confession tout à fait orthodoxe , mais il mil en même temps à profit les discussions relatives à Acace, au sujet desquelles le siège de
Home ne pouvait pas céder, tandis que lui-même avait de son côté le peuple de Constantinople, qui révérait la mémoire de ce patriarche, afin d'empêcher la conclusion de la paix, et dès ({u'il se crut en sûreté, il renvoya les légats en écrivant au pape qu'il ne recevait des ordres de personne et enjoignit aux deux cents évêques qui s'étaient déjà assemblés à Héraclée pour la tenue du concile, de se séparer. Dans l'Orient, Sévère put impunément foire couler le sang des Catholiques, et le nouveau patriarche de Constantinople, Jean de Cappadoce, dut derechef signer la condamnation des décrets du concile de Chalcédoine.
A la mort d'Anastase , les affaires prirent un tout autre aspect. Le premier dimanche après l'avènement de son successeur Justin (518-527), le peuple força dans l'église le patriarche Jean à prononcer l'anathème contre Sévère et à se déclarer on faveur des décrets du concile de Chalcédoine. Un concile convoqué à la hâte et se composant de ([uarante évêques conlirma cette déclaration , et un édit de l'empereur ordonna à tous les évêques de l'Empire de rétablir aussitôt l'autorité du concile de Chalcédoine. On exécuta presque partout cet édi( avec joie; Sévère et Julien d'Halicarnasse, chefs des Monophysites, se réfugièrent à Alexandrie, et l'on conclut la paix avec le pape Hormisdas, de manière qu'on accepta toutes ses conditions et que non-seuU^ment on effaça des diptyques les noms d'Acace , de Zenon et d'Anastase , mais aussi ceux des vénérables patriarches, Euphème et Macédoine, parce qu'ils n'avaient pas voulu condamner Acace. Le jeudi saint de l'an 518, les cinq légats du pape et le patriarche Jean se donnèrent le baiser de paix, reçurent ensuite ensemble le corps de Notre- Seigneur et de cette façon s'etfeclua la réunion des deux Églises qu'on désirait depuis si longtemps. En l'honneur du concile de Chalcédoine, on ordonna la célébration d'une fête particulière qui subsiste encore dans l'Église grecque. Cependant les Monophysites continuèrent de prédominer en Egypte.
A cette époque la dispute au sujet des mots ajoutés au Trisa-
gion se renouvela sous une forme un peu différente. Quatre moines scythes qui étaient venus à Constantinople se donnèrent toutes les peines possibles pour procurer à cette proposition : une des personnes de la Trinité est morte sur la croix, la sanction de l'Église. Cette proposition, vraie en elle-même, parut suspecte en ce qu'elle provenait proprement des Monophysites Sévère et Xénajas et que, dans leur opinion, elle signifiait que la Divinité elle-même, la substance de la Trinité, avait souflert. En construisant cette proposition de cette manière : « Une des trois personnes de la Trinité a souffert la mort sur la rroix » — elle n'avait plus rien de reprehensible, mais sous cette forme elle déplaisait aux moines scythes, parce que le mot personne [-po70û-ov) pouvait aussi être pris, comme chez les Ncstoriens, dans un sens purement moral, et qu'en admettant que la personne crucifiée est une des trois personnes divines, ou n'admet encore en aucune manière qu'elle est substantiellement la Divinité elle-même. Les moines se rendirent en 519 à Rome, afin d'engager le pape Hormisdas à adopter cette proposition comme un contre-poison nécessaire contre le Nestorianisme , et il a déjà été dit ci-dessus qu'ils s'immiscèrent aussi vers la même époque dans les contestations relatives au Semi-pélagianisme. Cependant l'opinion qu'ils avaient que les décrets du concile de Chalcédoine avaient besoin de cette interprétation ou de ce complément , déplut au pape, et comme ils refusèrent d'employer, au lieu de l'expression : une des trois personnes a souffert, dont on pouvait facilement abuser, celle-ci qui a un sens plus précis : « une des (rois personnes a souffert selon la chair » — il les congédia comme des fauteurs déclarés ou aveugles de l'Eutychianisme, Justinien (527-565) fut , pendant longtemps , un défenseur si /é!é du concile de Chalcédoine qu'il se plaisait à porter le titre (Je synodite qu'on lui avait donné. Il n'épargna rien pour réconcilier les Monophysites ou Sévériens avec l'Église, et il > attendait à un heureux résulat d'une conférence entre cinq évê([ues catholiques et six monophysites qu'il fit tenir en 533
dans son palais. Hypace, évèque d'Ephèse, y portait la parole au nom des évoques catholiques , et parmi les monophvsiles il y avait quatre évêques de la Syrie inférieure , entre autres Sorgius de Cyr et deux de l'ile de Chypre. Les Monophysites ne firent pas de diflBculté de regarder Eutyrhès comme hérétique, parce quil n'admettait pas que Jésus-Christ est consubstantiel à sa mère, toutefois ils soutenaient l'orthodoxie de Dioscore et de son second concile d'Ephèse qui avait néanmoins absous Eulychès. Lorsque la dispute roula sur le concile de Chalcédoine et sur sa confession de foi, les Catholiques regardèrent comme faux les témoignages du pape Jules, de Grégoire le Thaumaturge et de Denys l'Aréopagite que les Sévériens citaient en faveur de la doctrine qu'apn^s la réunion il n'existait qu'une seule nature du Verbe. Hypace rejeta en particulier comme apocryphes les prétendus écrits de Denys , dont on fit à cette occasion mention pour la première fois. Ensuite la contestation s'étendit aussi sur la doctrine de saint Cyrille ; les Sévériens trouvaient à redire à ce qu'on avait inséré les conciles œcuméniques dans les diptyques, que le concile de Chalcédoine avait di'elarè> orthodoxes Théodoret et Ibas, et ils reprochaient aux Catholiques de ne pas admettre que Dieu lui-même ou une des personnes de la Trinité avait souGFert S4?lon la chair, et que les souffrances et les miracles appartenaient à une et à la même personne. La conference eut pour résultat qu'un des évêques monophysites, Philoxène de Dulichiane, se convertit avec plusieurs prêtres et moines.
Peu de temps après, la controverse recommença au sujet de la proposition que la personne crucifiée est une des personnes de la Trinité. Les Nestoriens tirèrent de l'aversion que les Catholiques avaient eue autrefois contre cette formule des cooséquenres en faveur de leur doctrine. Comme, disaient-ils , il n'j a que trois personnes en Dieu et qu'on ne peut pas dire que la personne cru» s fiée est une des trois, il s'en suit que la personne crucifiée n'est pas Dieu et que .Marie n'est pas proprement la mère de Dieu. En conséquence celle proposition avait été ad-
SECONDE ÉPOQUE. — CUAP. IV. 16ft
mise insensiblement en Orient (onime un préservatif infaillible «.'onlre le Nestorianisnie; les moines de l'ordre des Acœmrles de Constantinople furent les seuls qui s'y opposèrent. Justinien qui aimait tant à prescrire des lois en matière de religion, rendit un édit dogmatique, dans lequel il confirma la proposition en litige et envoya à cet eflet deux métropolitains, comme ambassadeurs, au pape .Fean II, qui, après l'espace d'un an, en 534, ratifia aussi l'édit et la confession de foi de l'empereur que les ambassadeurs lui avaient remise. Le diacre africain Ferrand répondit aussi avec beaucoup de perspicacité à une question qu'on lui avait proposée, en disant qu'il est tout à fait juste de soutenir qu'une des trois personnes divines a véritablemeni souffert et qu'on n'a pas besoin d'ajouter les mots : « selon la chair » , puisque cela s'entend de soi-même, pourvu que le peuple soit convenablement instruit.
Renouvellement de la dispute au sujet d' Origine. Contestations sur les trois chapitres. Cinquième concile œcuménique. Schisme.
I. Origcnisme : Cvrillï Scylhopolit. vita S. Sabœ, in Cotelerii Monum. ccclcs. (irsccœ, torn. III. — Contestations sur les trois chapitres : Les actes du cinquième concile œcuménique, dans Harduin , tom. IIF. p. 1 — 214. Facundi Ep. Hermianens. libri XII pro defensionc Irium capituloriim ad Juslinianum ; liber contra Mocianum Scholasticum , in Bibliolh.PP. max., tom. X. llusxici Diac. Kom.dialogus advcrsus Ac»;phalos. Ibid. Fulgcnlii FERnANOi diacon. Carlhag. epistola ad Pelagiiini et Anatolium R. E. diaconos, in ï>ibl. max., torn. IX.
II. NoRisii disscrtatio de synodo V, 0pp., tom. I. Eti revanche Garnerii diss, de synodo V, in Thcodoreti opp. éd. Schulze, tom. V. Ensuite en faveur de Noris : Ballerinorum defensio diss. Noris. de synodo V adv. diss. Garnerii, in Norisii opp., tom. IV.
L'épouse de Justinien, Theodora, l'amie secrète des Monophysites, avait fait monter sur le siège patriarcal de Constantinople, Anthime, évêque de ïrapezonde, qui partageait ses
HIST. UE l'église. - T. 1. 8
170 IllSiOîiŒ DE l^KGLISE.
senlimcnts ; mais !o papi' Agapet, forcô par le roi (loth, Théodat, >.c renditàConslanlinoplo, en 530, ot lit voir h l'omperour qu'An- 'îiime était aliathr à la dorlriuc des Monophysites; après quoi, <L'lui-ci fut déposé par le pape, et Mennas élu à sa place fut sacré par Agapet lui-même. A la mort du pape qui arriva peu de «iiuips après, le nouveau patriarche tint uu concile composé de s )ixaute-dix. évoques, dans lequel, furent excommuniés, outre Anthime, tous les anciens chefs des Monophysites, nommément Sévère, Pierre d'Apamée et le moine Zoarc, qui étaient venus à Constantinople, à la faveur de la protection de Theodora. Uu édit de Justinien confirma cette sentence et défendit :i tous les hérétiques, à savoir aux adhérents de Neslorius, d'Eutjchès et de Sévère, de s'assembler ou de baptiser. Theodora chercha à parvenir à son but , le triomphe du Monophvsisme, par l'entremise même d'un Pape. Le diacre romain Vigile, que Boniface II avait déjà destiné contrairement aux canons à lui succéder, et qui , depuis la mort d'Agapet , était resté à Constantinople, promit à l'impératrice d'annuler le concile de Chalcédoine et de recevoir dans la communion de l'Église, Anthime, Sévère et les autres chefs de la secte, si ])ar sa protection, il était élevé sur le siège pontifical. Chargé d'or et d'une missive pour le général grec Bélisaire, Vigile arriva eu Italie. Bélisaire s'empara de la personne du pape Sylvère, et celui-ci ayant refusé de rien entreprendre contre l'autorité du concile de Chalcédoine, ftit conduit à Paîara en Lycie. Justinieii qui n'était point au courant des intrigues de son épouse, le renvoya à Rome; mais Vigile «•ngagea Bélisaire à l'exiler de nouveau, et même dans l'île Je Palmaria, où le pape fut assassiné, en 5-iO, par ordre d'Anlonine, épouse de Bélisaire, ou bien, s'il faut ajouter foi à une autre version , il y mourut d'inanition , toute nourriture lui ayant été refusée par les domestiques de Vigile. Vigile qui , par de tels crimes, s'était frayé la route de la supreme dignité dans l'Église, adressa immédiatement après que Bélisaire eut extorqué son élection du clergé romain, c'est-à-dire en 538, une
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loUro aux chefs dos Monophysi les, lettre dans laquelle il professait leur doctrine, et condamnait les expressions dogmatiques sanctionnées par la lettre de Léon , en les priant toutefois de garder le secret à cet égard. Mais Dieu veillait sur son Église, et après la mort de Sylvère, Vigile, étant alors reconnu comme pape légitime, changea entièrement. Il refusa à l'impératrice le décret qu'elle désirait d'obtenir pour les Sévériens et écrivit à Justinien et à Mennas en leur disant qu'il resterait toujours soumis aux décisions des quatre conciles œcuméniques et à la doctrine de ses prédécesseurs, Léon et Agapet, et qu'il regardait Sévère et Anthime comme excommuniés.
La confusion que produisit dans l'Église d'Orient l'hérésie des Monophpites, augmenta encore lors de la nouvelle apparition de ÏOrigénisme. Deux ardents Origénistes, Nonnus et Léonce, s'étaient insinués parmi les moines de Palestine qui étaient sous la direction de saint Sabas. Après la mort de cet homme vénérable, ils firent connaître leur doctrine et séduisirent particulièrement deux des plus jeunes moines , Domitien et Théodore Ascidas, dont l'un devint dans la suite évèque d'Ancyre, et l'autre de Césarée en Gappadoce. Le nombre des Origénistes augmentant toujours dans les couvents di^ la Palestine, nommément dans l'ancienne et la nouvelle Laure, e\ les disputes s'envenimant toujours davantage, le patriarche Ephraem d'Anlioche assembla un concile qui condamna l'Origénisme. Le légat du pape Pelage prit avec lui, à son retour de Palestine à Constantinople , des députés de Pierre , évêquii de Jérusalem , et des moines catholiques auxquels les Origénistes donnaient le nom de Sabailes, et leur procura, de concert avec Mennas, une audience de l'empereur. Théodore Ascidas qui , en sa qualité d'évéque de la cour, résidait plus dans la capitale que dans son diocèse, savait bien qu'il ne pouvait conserver la faveur de l'empereur qu'en affectant d'être orthodoxe. Il ne put donc empêcher Justinien, qui saisit avec avidité cette occasion de figurer de nouveau comme théologien et comme législateur ecclésiastique, de rédiger
aussilôl, sous la forme d'une lettre adressée h Mennas, un mémoire détaillé, dans lequel il rassembla plusieurs passages des Principes d'Orij^à-ne , pour établir la preuve de s('> erreurs et pour les rejeter. Non-seulement Mennas et Pélag<' , mais aussi Théodore et Domitien signèrent cet édit. Le patriarche convoqua en outre, entre les années 540 et 544, pai ordre de l'empereur , un concile composé des évèques présents à Constantinople (^jvcJjç è-rJriV.yjjo), concile qui a probablemenl lancé contre les principes d'Origène les quinze anathèmes qu'on a attribués plus tard au cinquième concile œcuménique. On y condamna comme opinions d'Origène : la préexistence et le rétablissement iinal des âmes humaines; l'égalité primitive et l'immatérialité de toutes les créatures raisonnables, qui ne doivent avoir été renfermées dans des corps fins ou grossiers (dans des astres, des corps humains, et comme démons, dans des corps froids et obscurs), et être devenues individuellement différentes, qu'afprès avoir renoncé à Dieu; la doctrine que Jésus- Christ qui, seul parmi tous les esprits, a conservé l'amour et la contemplation de Dieu, doit avoir été uni à Dieu le Verbe comme un être préexistant, que comme rédempteur universel, il a ensuite adopté plusieurs corps et qu'il est devenu tout pour tous; la doctrine que le corps ressuscité de Jésus-Christ est devenu éthéré et a pris une forme sphérique, et que les corps humains prendront la môme forme après la résurrection; la croyance d'une destruction finale de toute la matière et du rétablissement d'un monde invisible dans toute sa pureté; enfin la croyance de l'apocatastase de toutes choses , même des démons, et celle de la destruction de toute individualité et du rétablissement de l'égalité primitive des êtres.
Pierre, patriarche de Jérusalem, ayant, en conformité de l'édit impérial, banni les moines Origénistes, et Théodore Ascidas lui ayant mandé qu'il le ferait déposer, fut assez faible pour révoquer sa censure; et pour se laisser forcer à prendre deux Origénistes pour synccUes. De ce moment, la faction de Nonnus domina en Palestine et persécuta les disciples de saint
Sabas, qu'on insulta et qu'on maltraita môme dans les rues de Jérusalem. La majeure partie des moines de ce pays se réunit aux. Origénisles qui parvinrent même à faire nommer un des leurs, nommé Georges, abbé de la grande Laure. Les sièges épiscopaux furent aussi occupés par des Origénistes, et Macaire, successeur de Pierre de Jérusalem , appartenait lui-même à ce parti. Cependant les Origénistes se partagèrent bientôt en deux sectes extrêmement hostiles, les Protoctistes et les Isochrisles. Les premiers qui regardaient l'âme (préexistante) de Jésus- Christ comme la première et la plus parfaite créature de Dieu , avaient aussi reçu de leurs adversaires le nom de Tétradites, parce qu'en élevant outre mesure, ou en déifiant l'âme humaine de Jésus-Christ unie au Verbe, ils avaient introduit une quatrième personne dans la Trinité. Les Isochristes , au contraire, partant de l'hypothèse de l'égalité primitive de toutes les intelligences créées, enseignaient que cette égalité serait enfin rétablie, et que par conséquent toutes les âmes seraient semblables à Jésus-Christ. A ces derniers appartenait Théodore Ascidas à qui l'on attribuait cette proposition : si les Apôtres et les martyrs font déjà maintenant des miracles et jouissent d'une grande vénération , de quelle utilité pourrait être pour eux le rétablissement de tous les êtres dans leur état primitif, si ce n'est qu'ilsdeviennent alors complètement semblables à Jésus- Christ? Les Protoctistes, craignant de succomber sous la prépondérance des Isochrisles , se réunirent aux Catholiques. Leur chef, Isidore, à la suite d'une conférence qu'il eut avec Tabbé Conon, renonça à la doctrine de la préexistence des âmes. Conon se rendit ensuite à Constantinople où il obtint enfin une audience de l'empereur, à la suite de laquelle il fit déposer et remplacer Macaire par le catholique Eustoche. Le nouveau patriarche fit signer aux évêques l'édit de Justinien; tous, ceux même qui appartenaient à la faction des Origénistes, se soumirent ; Alexandre d'Abyla seul se laissa déposer. Ensuite, le foyer de cette hérésie, la nouvelle Laure, ayant été purgée par l'exclusion des Origénistes et remise à des
moines catholiques, la paix se rétablit oniin dans les églises et flans les couvents de Palestine. Il est vrai que Théodore Ascidas I arvint par ses intrigues, en 563, à mettre son protégé Macaire à même de chasser Eustochc, cependant il dut préalablement renoncer à l'Origénisnie. L'assertion que le concile tenu en 553, renouvela la condamnation d'Origène et de sa doctrine, provient, selon toutes les apparences, de ce qu'oii a confondu le concile convoqué par Mennas avec le cinquième concile œcuménique, ou qu'on l'y a compris.
Ce fut le même Théodore Ascidas qui , en avançant que la condamnation des trois Chapitres, comme on les appelle, était le moyen le plus facile de réunir les Monophysites et les Catholiques, el tie les réconcilier avec le concile de Chalcédoine, enveloppa l'empereur dans une controverse d'une immense portée. Il crut que cette circonstance lui fournirait l'occasion de se venger des adversaires de l'Origénisme , de détourner l'attention de l'empereur de cette hérésie, d'accomplir les vœu\ de Theodora et de faire naître dans l'Église une confusion favorable à son parti. Sous le nom des trois Chapitres, on comprenait les écrits de Théodore de Mopsueste, ceux deThéodoret contre Cyrille et la lettre d'Ibas d'Edesse au Persan Maris. On ne peut point nier qu'il ne restât encore quelque chose à faire à itglise; Théodore avait été le véritable auteur et docteur du iSestorianisme, et Nestorius n'avait été proprement que son disciple. Avant cette époque, afin de ne pas réduire à l'cxtréraité l'école d'Antiocho qui dominait dans tout l'Orient, on avait laissé intacte la mémoire de son maître favori et de ses écrits; maintenant cette école n'existait plus, mais il existait encore un parti nombreux, celui des Nestoriens, qui, sans influence dans l'Empire romain , en avait cependant beaucoup en Perse. Les Nestoriens, tout en désavouant Nestorius, révéraient Théodore comme leur chef, et donnaient à ses écrits une autorité presque symbolique. Les ouvrages de Théodoret contre Cyrille et la lettre dlbas, dans lesquels Cyrille est accusé d'Apollinarisme, de Manichéisme et d'autres erreurs,
dans lesquels ses anathèmes sont condamnés, l'autorité du concile d'Éphèse méprisée, Théodore élevé jusqu'aux nues et Nestorius reconnu innocent, devaient être un scandale perpétuel pour les Catholiques, et à plus forte raison pour les Monophysites. Parmi ceux-ci, il y avait un parti qu'on nommait les Temporiseurs oulesChancelIants, parce qu'ils ne rejetaient pas tout à fait les décisions du concile de Ghalcédoine et qu'ils ne les approuvaient pas non plus, à cause de quelques scrupules, qui leur restaient et sur lesquels ils désiraient d'avoir des éclaircissements. On pouvait espérer au moins de gagner ceux-ci par la condamnation des trois Chapitres. Les Sévériens mêmes avaient présenté dans la conférence de Constantinople, l'absolution de Théodore, de Théodoret et d'Ibas, coimre leur principal grief contre le concile. Mais d'un autre côté, torit l'Occident resta inébranlablement attaché à ce concile et à tout ce qui y avait été résolu et décidé; pas même une syllabe nv pouvait être mise en question, et la moindre tentative de celU' nature de la part des Orientaux, déjà suspects d'ailleurs aux évêques de l'Occcident à cause de leur inconstance, éveillait les soupçons de ceux-ci et leur faisait craindre qu'ils n'eussent l'intention de miner l'autorité du concile. Les évêques de l'Occident, dont la plupart ignoraient le grec, ne connaissaient pas les écrits de Théodore , de Théodoret et d'Ibas; ils savaient seulement que Théodoret et Ibas avaient été reconnus à Chalcédoine comme orthodoxes et pensaient que cela suffisait pour justifier leurs ouvrages, surtout la lettre d'Ibas dont il avait été donné lecture au concile. Ils se trompaient certainement à cet égard, car, par une déclaration diamétralement opposée au contenu de sa lettre et en signant celle de Léon à Flavien , Ibas avait lui-même condamné la sienne à Chalcédoine, quoiqu'il ne l'eût point fait en termes formels, et Maxime d'Antioche seul, et non le concile, avait déclaré l'orthodoxie de cette lettre.
Assisté de Théodore, Justinien rédigea en 544 un édit théologique qui avait pour but la condamnation des trois Chapi-
1res, et que, selon sa coutume despotique, il adressa de nouveau aux dilTérenls patriarches pour le leur faire signer, en les menaçant de la déposition et de l'exil en cas de refus. Mennas ne le signa que sous la condition qu'il serait ratifié par le pape; Zoile d'Alexandrie s'excusa auprès du pape en déclarant qu'on lui avait fail violence; dans l'Occident, et surtout en Afrique, on se prononçait de tous côtés contre cet édit, lorsque tout à <oup Justinien invita instamment le pape Vigile à se rendre à Constantinople, et il le reçut avec les plus grands honneurs lorsqu'il y vint en 547. Vigile vit bientôt que les évoques de i'Orient s'entendaient à cet égard avec l'empereur, et qu'une résistance opiniâtre de sa part entraînerait une nouvelle >>cission entre l'Orient , l'Occident et le Saint-Siège. Il consentit donc à la condamnation des trois Chapitres, dans une missive adressée à l'empereur et qui d'abord fut tenue secrète ; car il redoutait encore les évoques latins, parmi lesquels Facundus composait justement alors sa défense des trois Chapitres ou plutôt du concile de Chalcédoine qu'il croyait attaqué par cette mesure. Enfin, après que A^igile eut tenu un concile composé desévêques présents à Constantinople, parut cependant, en 548, le judicatum adressé à Mennas , dans lequel le pape, sous la condition que la dispute serait entièrement terminée par là, et en se prononçant ouvertement contre tout ce qui pourrait porter préjudice au concile de Chalcédoine, condamna publiquement les trois Chapitres. Il arriva à cette épo(|ue une chose inouïe jusqu'alors : autrefois les évéques occidentaux, unis au pape, avaient toujours été opposés aux Orientaux; aujourd'hui le pape se rangea du côté de ceux-ci, tandis que les évéques de l'Illyrie, de la Dalmatie et de l'Afrique se séparèrent de lui. Même deux diacres romains, parmi lesquels se trouvait le neveu du pape, écrivirent dans toutes les provinces contre Vi judicatum, en disant que le pape par cette <-onduite avait donné aux Acéphales des armes contre l'Église. Dans cette extrémité, l'empereur et le pape résolurent de convoquer un concile général, et sur ces entrefaites, Vigile annula
son dérrel et défendil toute dispute au sujet des trois Chapitres. Il souhaitait que le concile se tînt en Occident, mais il dut céder à l'empereur qui désigna à cet effet Constantinople; toutefois on convint de convoquer autant d'évêques latins que de grecs. Cependant les évoques occidentaux s'étant présentés en petit nombre, Justinien, à l'instigation de Théodore, publia, en 551, un nouvel édit qui était en même temps une confession de foi , et une ample dissertation de théologie contre les trois Chapitres, et viola ainsi la convention qu'il avait conclue avec le pape. Vigile s'y étant opposé et ayant excommunié les évêques qui s'étaient conformés à cet édit, l'empereur prit le parti de l'emprisonner, et déjà les soldats du préteur avaient tenté de l'arracher d'une église où il s'était sauvé et où il se tenait attaché aux piliers d'un autel , lorsque le peuple fît éclater son mécontentement et les détourna de ce projet. Sur ces entrefaites, Vigile, ayant reçu de l'empereur la promesse que sa personne serait respectée, retourna à sa demeure; mais, se voyant exposé bientôt après à de nouvelles insultes et menaces , il passa nuitamment le Bosphore et se rendit à Chalcédoine où il se réfugia dans l'église de S'" Euphémie. C'est là qu'il publia le décret qu'il avait composé cinq mois auparavant, et par 4equel il déposa le dévastateur de l'Église , Théodore Ascidas, et suspendit Mennas avec tous ses évêques. Dans une lettre ««cyclique, il exposa à toute la chrétienté ce "111 s'était nasse ^jusqu'alors et développa les motifs qui l'avaient fait agir de la sorte. On lui donna alors une preuve convaincante que la majesté et l'autorité du Saint-Siège sont telles que même la situation d'un pontife vexé et persécuté force encore à les reconnaître et à s'y soumettre. Mennas, Théodore Ascidas, André d'Éphèse, Théodore d'Antioche en Pisidie, Pierre de Tarse et plusieurs autres évêques lui adressèrent une profession de foi, dans laquelle ils déclarent qu'ils reçoivent les quatre conciles généraux, où les papes eurent la présidence par l'entremise de leurs légats ou de leurs vicaires, ainsi que les décrets qu'ils publièrent relativement à la Foi et à l'approba-
178 HISTOIRE DE LÉGLISE. *
tion de ces conciles, qu'ils désapprouvent enfin les écrits dirigés contre les trois Chapitres et qu'ils lui demandent pardon de tout ce qui est arrivé jusqu'i<'i. Le pape leva dès lors ses censures et retourna à Constantinople.
Vigile ne voulut point consentir à rou\crture du concile avant larrivée d'un nombre suflisant dévéques latins; mais ceux-ci ne s'y rendirent pas, parce qu'ils craignaient que Justiuien n'eût recours contre eux aux mêmes actes de violence qu'il avait exercés contre Dace de Milan, Réparai de Carthage et dautres. Enfin le concile s'ouvrit le cinq mai de l'an 553, par ordre de l'empereur et nonobstant les représentations du pape, en présence d'environ cent cinquante prélats, parmi lesquels on remarquait Eulychius, successeur de Mennas, Apollinaire d'Alexandrie, Dominique d'Antioche et cinq évèques africains. Les premières séances ou conférences se perdirent en tentatives infi uclueuses pour engager le Pape à y prendre part. Bien qu'on lui eût envoyé à cet effet un«i deputation de dix-huit évèques, la plupart métropolitains et ayant à leur tète les trois patriarches. Vigile, ne voulant point reconnaître un con( iU; composé presque uniquement dévéques grecs, persista dans le refus d'y assister. Dans la quatrième, la cinquième et la sixième conférence, on examina les trois Chapitres avec toute l'attention possible, et l'on y souleva particulièrement la question s'il est permis d'analhématiser aussi les morts qui sont restés dans la communion de l'Église jusqu'à la lin de leurs jours, question qui, conformément à ce qui s'était pratiqué antérieurement dans l'Église, fut résolue affirmativement; car il fut prouvé que Théodore de Mopsueste se trouvait depuis longtemps elï'acé des diptyques de sa propre église. Au milieu de ces débats, le Pape adressa un nouveau décret à l'empereur, appelé le Consiilutum. Il y condamne soixante propositions extraites des écrits de Théodore, qui avaient aussi servi de fondement à sa condamnation dans la quatrième séance du concile; toutefois il y déclare, en alléguant plusieurs motifs (|ui la plupart sont tout à fait sans
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fondement, que non-seulement il ne peut pas prendre sur lui de condamner la personne de Théodore, mais qu'il ne permettra pas non plus que d'autres le fassent. Il défend en même temps de condamner les écrits par demandes et réponses de Théodoret et d'Ibas, et révoque la lettre qu'il avait adressée à Meuîuis au sujet des trois Chapitres. Dix-sept évéques souscrivirent < c Constitutum après le pape. L'empereur ne soumit point a a concile ce décret, mais bien les écrits antérieurs dans lesqu«^!s le pape s'était montré favorable à la condamnation des trois Chapitres, et dans la huitième conférence, on prononça le jugement final, sans faire mention du décret du Pape. Vigil»! se montrant toujours récalcitrant, Justinien l'envoya en exil, et fit effacer son nom des diptyques, en ajoutant toutefois que l'union avec le Saint-Siège ne devait point être rompue. Cependant Vigile céda bientôt après. Dans une lettre adressée au patriarche Eutychius, il condamna, sans toutefois faire mention du concile, outre les écrits de Théodore, aussi sa propre personne, pour avoir défendu, non sans opiniâtreté, et propagé des erreurs grossières et dangereuses; il condamna aussi tout cm que Théodoret avait écrit contre le concile d'Éphèse en faveur deNestorius et de Théodore et contre Cyrille, ainsi que la lettre d'Ibas à Maris, et cassa tout ce qui avait été fait en faveur des trois Chapitres par lui ou par d'autres. Pour pallier l'irrésolution qu'il avait montrée dans cette affaire, il cita l'exemple de saint Augustin qu'il disait n'avoir pas hésité non plus à s. réformer. En considérant la position extraordinairement difiicile dans laquelle Vigile se trouva , on est en effet obligé de le juger moins sévèrement. Tantôt il lui semblait être de plus vv. plus exposé au danger de voir !<;s Monophysites profiter de u condamnation des trois Chapitres pour déprécier le concile de Chalcédoine, tantôt il craignait une scission entre l'Orient et l'Occident; d'un autre côte, il tremblait à la vue de l'attitude menaçante que prennaient les Occidentaux ; et comme la malédiction , suite des crimes qu'il avait commis pour monter sur la chaire de saint Pierre, pesait encore sur lui et le privaiX des
180 uiSTOiRE DE l'Église.
hiniières et des forces d'en haut, il ressemblait, dans ces circonstances orageuses, à une barque sans pilote qui est devenue le jouet des vagues. Son irrésolution n'avait sans doute aucun rapport avec le dogme même; h cet égard, il resta toujours d'accord avec lui-même; c'est ainsi qu'il condamna expressément, dans son Constitutum, les propositions de Theodore et la doctrine que renferment les écrits de Théodoret contre Cyrille. Il ne se montra inconstant que dans une seule question de l'économie ecclésiastique, à savoir : s'il convient de condamner les écrits tolérés par le concile de Chalcédoine et les personnes mortes dans la paix de l'Église.
Pelage, successeur de A igile, qui mourut en Sicile, en retournant à Rome, eut à soutenir une lutte opiniâtre contre les adversaires du cinquième concile. Il est vrai que le nouvel évêque de Carthage, Primase, réussit à engager, dans deux <onciles, les évêques de l'Afrique proconsulaire el de la Nujuidie , à approuver les nouveaux décrets ; quelques évêques récalcitrants furent envoyés en exil; mais dans l'Italie septentrionale et dans l'Istrie, il y eut à cet égard un schisme formel, à la tête duquel se trouvaient Paulin, évêque d'Aijuilee, et Vitalis, évêque de Milan. Dans un concile tenu à Aquilée en J)58 , on rejeta le cinquième concile à cause de ses prétendus dissentiments avec celui de Chalcédoine. Ce schisme se prolongea sous les papes subséquents jusqu'à Grégoire le Grand . En vain les papes cherchèrent de temps en temps à faire rentrer les schismatiques dans le giron <le l'Église par l'entremise des exarques de Ravenne ; l'empereur Maurice les protégeait; il est vrai qu'en 602, quatre évêques, parmi lesquels se trouvaient ceux de Sabione et de Trieste, rentrèrent dans le sein de l'Eglise, mais les évêques ou patriarches d'Aquilée persistèrent dans le schisme. En 606, un patriarche catholique fixa sa résidence h Grado, où Paulin, (hassé par les Lombards, avait déjà transporté, en 568, le siège d'Aquilée, Depuis lors, ce siège resta occupé par des patriarches schismatiques, jusqu'à ce que Pierre, de concert avec ses évêques
sufFraganf S et cédanl aux exhortations du pape Scrgius, renonça au schisme dans un concile, tenu en 699, et reconnut l'autorité du cinquième concile.
Histoire intérieure des Monophysites. Dissentions et sectes parmi eux. Les Nestoriens.
I. Anastasii Sinaitœ o.î'r.i'G?, in Grelseri opp. torn. XIV. p. 2. Extraits des écrits de l'évéque Ephrem d'Antioche {^oers 540 , contre les Monophysites in Photii Biblioth. cod. 228. 229. Les écrits et les fragments rf'Euloge d'Alexandrie [vers 607) in Maximi opp. éd. Combefis, torn. II, et in Phot. Bibl. cod. 225-230. Gelasii Rom. Tractatus de dual)us naturis adv. Eutychianos et Nestorianos, in Bibl. max. PP. , torn. VIII. Vigilii Tapsens. [vers 480) adv. Nestorium et Eulychen II, 5, ibid. Johanms Damasceni scripta adv. Monophysitas, opp. éd. Lequien, torn. I. Leontius (rer* 610) de sectis, Bibl. max. PP. , tom. IX. TiMOTHEDS Presb. Constant, [vers 630) de receptione haereticorum , in Cotelerii monum. eccl. grsec., tom. III. Theodori Abucar^ [vers 860) opp. in Grelseri opp., T. XV .
II. AssEMANi diss, de Monophysitis , à la tête du second volume de la Biblioth. Orient. — Renaudot historia Patriarcharum Alexandrinorum Jacobitarum, Paris, 1713. 4. — Assemam diss, de Syris Nestorianis, Bibl. Orient., tom. III, P. II.
Dans l'Orient , le cinquième concile n'atteignit point le but qu'il s'était proposé de réconcilier les Monophysites les moins opiniâtres avec le concile de Chalcédoine ; le parti des Monophysites y parvint plutôt depuis lors à une plus grande consistance et se montra de plus en plus hostile à l'Église catholique. En Egypte, les Dioscoriens avaient partout la prépondérance depuis le temps de Timothée Jilure, et, à dater du bannissement de Talaja , les Catholiques n'avaient plus de patriarche , lorsqu'en 538 Justinien y envoya labbé Paul qui lui avait été recommandé par Pelage, légat du pape. Depuis cette époque, il y eut une succession non interrompue de pa-
triarches catholiques jusqu'au monolhélilc Cyrus. Cependant les Monopln sites avaient aussi des patriarches particuliers qui tantôt vivaient dans l'exil, tantôt se tenaient cachés ou exerçaient leur culte librement et publiquement, et comme il y avait alors en Egypte deux sectes monophysites, les Gaianiles et IcsThéodosiens, il arriva que, pendant quelque temps, il y eut à la fois trois patriarches. Les Monophysites, quoique formant la majeure partie de la nation égyptienne, furent, depuis le règne de Justinieu, eu butte à de nombreuses vexations, et leur haine poussa de plus en plus de profondes racines contre les Catholiques ou Melchites (^Impériaux — c'est ainsi qu'ils nommaient les partisans du concile de CLalcédoine, parce que celui-ci avait été tenu sous la protection de l'empereur Marcien et qu'il avait été aussi maintenu dans la suite par des edits impériaux]. Le moyen, très-elficace de tout temps, de nourrir et d'entretenir la haine contre les Catholiques et l'aversion pour leur religion, en leur imputant de sanglantes persécutions, fut aussi mis en usage par cette secte, et après bien des siècles, les Copies racontaient encore qu'Apollinaire, envoyé comme patriarche à Alexandrie pac la cour impériale, en 551, avait fait tailler en pièces par des soldats amenés avec lui, des gens juoffcnsifs, dans l'église métropolitaine de cette ville, et qu'il avait fait massacrer dans toute l'iîlgypte deux cent mille personnes. En conséquence, les Arabes ayant pénétré en Egypte, les Monophysites , préférant le joug des Musulmans à celui des Melchites, leur facilitèrent la conquête de ce pa\s, et en récompense de ce service et parce que les nouveaux dominateurs croyaient pouvoir se lier à leur haine contre la cour de Byzance, ils devinrent le parti dominant. A Alexandrie on leur céda toutes les églises, et les Melchites auxquels appartenaient les descendants des Grecs et les fonctionnaires impériaux, tandis que les indigènes étaient presque tous monophysites, n'osèrent point élire de patriarche pendant l'espace de quatre-vingts ans, et firent en conséquence ordonner leurs évoques par le métropolitain de Tyr.
Les Arméniens, eu leur qualité de partisans des Monopliysi(cs-r se séparèrent aussi de l'Église catholique. Nersapo, évéque de Taron et le syrien Abdjésu firent en sorte que, dans un concilie tenu à Thévin en 535 , le concile de Ghalcédoine et ceux qui admettent deux natures eu Jésus-Christ, furent frappés d'anathème et qu'on défendit aux Armésiiens les pèlerinages en Palestine, parce qu'alors plusieurs Arméniens catholiques habitaient les couvents de Palestine. Vers l'an 628, l'empereur Héraclius convoqua un concile à Carin ouThéodosiopolis, danslequel le patriarche arménien et plusieurs évéques abjurèrent le Monophysisrae, et se réunirent de nouveau à l'église grecque; mais le clergé et le peuple de l'Arménie persane refusèreni d'accéder à cette union. Ce fut également en vain que l'empereur Co wsfance assembla, en 648, un concile à Dovin, dans lequel ie patriarche Nersès et le philosophe arménien David ^ protégés par une armée grecque qui campait devant la ville ^ tirent accepter les décisions du concile de Chalcédoine ; mai& dès l'année 651 , le nouveau patriarche Jean, après s'être soustrait aux mains des Grecs, convoqua un concile à Manazkert^ où il prononça l'analhème contre le concile de Chalcédoine ei contre ses adhérents. Depuis lors l'Arménie resta monophysitc et séparée de l'Empire grec sous le rapport ecclésiastique p% politique.
Dans la Sijrie et la Mésopotamie, la secte des Monophysiles fut particulièrement redevable de sa conservation et de son affermissement à Jacques Baradée, disciple de Sévère, de qui toute la secte a reçu le nom de Jacobites. Ce moine du couvent de Phasilta avait été, sous le règiie de Justinien, ordonné métropolitain œcuménique par quelques évéques renfermés dans un château , dans le but de préserver leur secte d'une ruine totale par le manque d'évéques. Déguisé en mendiant, il parcourut ensuite tories les provinces de l'Orient, mit un terme aux dissentions intestines parmi les Monophysites, organisa leurs églises, et des auteurs d'une époque postérieure portent par exagération jusqu'à 80,000 le nombre des prêtres et des
diacres ordonnés par lui. Ce fut lui aussi qui donna à sa secte un chef capable de lui assurer une existence, en ordonnant, après la mort de Sévère en 539, Sergius comme patriarche monophvsile d'Aulioche. De ce moment jusqu'à nos jours, on remarque dans l'Orient une succession non interrompue de patriarches Jacobites qui fixèrent leur siège à Amida, ou dans le couvent de Barsumas près de Mélitène. Dans une secte telle que celle des Monophysiles qui persista avec tant d'opiniâtreté dans son schisme et dans son animosité contre l'Kglise catholique, la moindre circonstance pouvait produire de nouvelles divisions et de nouvelles sectes. La question si le corps de Jésus-Christ, dans l'état d'abaissement, a été soumis aux affections corporelles et aux changements, tels que la faim, la soif, la fiitigue, etc., fit bientôt naître une telle circonstance. Julien évèque d'Halicarnasse, le nia, et prétendit que Jésus- Christ avait bien été assujetti à de telles faiblesses innocentes, mais sans aucune nécessité naturelle, et cela uniquement parce <[u'il désirait sincèrement d'opérer le salut de l'homme. Les partisans de cette doctrine qui avaient reçu de leurs adversaires le nom d'Aphthartodocètes ou Phanlasiastes, formaient à Alexandrie la secte des Gaianites. Justinien, qui, dans un âge avancé ne se lassait pas encore d'exercer son despotisme en matière de théologie, publia, en 563, un édit en faveur de cette doctrine et l'adressa aux patriarches en leur enjoignant d'y souscrire sous peine de bannissement. Cette peine frappa le patriarche de Constantinople, Eutychius, avec d'autres évoques, et eût aussi atteint le vénérable patriarche d'Antioche, Anastase, le Sinaite, si Justinien ne fut pas venu à mourir en 5(35. Son successeur Justin II révoqua cet édit.
En contradiction avec les Gaianites ou Julianisles, les Agnoètes, secte monophysite, dont Thémistius, diacre d'Alexandrie, fut le l'ondateur vers 5i0, soutenaient que l'àme dv Jésus-Christ même avait été soumise à des besoins terrestres et que par conséquent il avait ignoré certaines choses comme homme, comme, p. e., l'existence du tombeau de Lazare et le
SECONDE ÉPOQUE. — ClIAP. IV. 185
jour du dernier jugement , et en cela ils avaient raison , s'ils entendaient uniquement selon la nature humaine. — Tandis que les Monophysitcs de la secte de Sévère et de Xénajas accordaient, malgré leur attachement à la nature unique de Jésus-Christ, qu'il est véritablement Dieu et véritablement homme et que la nature divine aussi bien que l'humaine ont conservé en lui sans aucun mélange toutes leurs propriétés essentielles, Etienne Niobès, plus conséquent qu'eux, rejeta cette différence des deux natures, prétendant qu'elle avait été plutôt anéantie par cette union. Damien, patriarche Monophysite d'Alexandrie , ayant excommunié ce dernier , il se forma une nouvelle secte , celle des Niobites. Mais le dogme de la Trinité donna naissance aussi à des partis parmi les Monophysitcs. Les philosophes Jean Ascusnage et Jean Philoponus cherchèrent à réfuter la conclusion que les Catholiques avaient tirée de ce dogme , on disant que les idées de nature et de personne ou l'hypostase , sont des idées très-distinctes , de mémo que personne ne s'avise de donner le nom de trois natures au Père , au Fils et au Saint-Esprit. Ils rejetèrent en conséquence l'identité numérique de Dieu et n'admirent plus qu'une identité d'espèce , de sorte que les trois personnes formeraient trois individus de l'espèce divine, de la même manière que trois hommes ou trois anges seraient de tels individus. Ce dogme qui reçut à juste titre le nom de Trithéisme , eut un grand nombre de partisans, et donna lieu à la secte des Condobaudites à Constantinople , et à celle des Cononites. Les deux chefs des Monophysitcs , Pierre de Callinique à Antiochc et Damien à Alexandrie, se brouillèrent même à ce sujet, car celui-ci, en combattant les Trithéistes, se rapprocha du Sabellianisme, puisque , sous l'hypostase , il ne comprenait que les caractères personnels du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que de cetic façon il en anéantissait les personnes mêmes, et qu'il attribuait à l'essence divine, distincte des hypostases, une existence particulière. Il en résulta une nouvelle secte, celle des Damianistes. Philoponus et ses adhérents, prétendant que la ma(ièr(-'
180 IIISTOTRK DE l'ÉGLISE.
doit périr avoi; la tonne, rejetèrent aussi la résurrection, pour autant qu'on la considère comme le rétablissement des corps morts, et enseignèrent que Dieu créera avec un nouveau monde aussi de nouveaux corps. Mais les Cononitcs s'opposèrent à ce dogme.
La Perse devint, à dater du milieu du cinquième siècle, le siège particulier du iYc*'^orm«/s7>?p.Barsumas, évèque de Nisihe, et Maanès, évéque d'Ardaschir, secondés par un grand nombre d'élèves de l'école d'Édesse, firent en sorte par leur zèle et leurs menées secrètes que cette bérésie domina jusque vers l'an 496, dans la plupart des églises de ce pays. Il entrait dans la politique des rois de Perse d'inspirer à leurs sujets des sentiments de haine contre l'Empire romain d'Orient et contre son église , et c'est ainsi que Barsumas et ses sectateurs , assurés de leur appui, pouvaient mettre en usage les moyens les plus violents et les plus cruels pour forcer les Catholiques récalcitrants à embrasser le Nestorianisme. Le Catholique de Scleucie qui avait à ordonner vingt-trois métropolitains, devint le chef des Nestoricns. On y remarque néanmoins encore un certain nombre d'églises catholiques qui , dispersées dans quinze provinces dilTérentes, étaient administrées par deux Catholiques nommés par le patriarche d'Antioche. Dans l'Empire romain, le Nestorianisme perdit son siège principal, depuis que l'empereur Zenon supprima, en 489, l'école d'Edesse; mais cette mesure n'eut aucune influence sur la situation des Nestoriens de Perse, et ils y formèrent encore la secte dominante sous les Arabes, bien que leurs chefs rejetassent ordinairement le nom de Nestoriens, et que, loin d'être des disciples de Nestorius, ils prétendissent l'être plutôt de Théodore de Mopsucslc.
§ 3G. Hérésie tics Monothélites.
\. S. Maximi opera, cd. Fr. Combefis., Paris, 1G76, 2 vol. {o\.* Les KpUres rfcCynis,Scrfiius, Sophioniiis, lîuiioriiis, Jean IV. rfoHsMansi Coll. Conc, lom. X cl XI. A>'astasii BiblioUi. collcclanca, dansSirniondi
opp., torn. liî. Les actes du concile de Latran dans Mansi, loiii.X^ et ceux du sixième concile œcuménique dans Mansi, tom. XI.
II. CoMBEFis List, hseresis Monollielitarum, dans «oh Nov. Auctanuai Bibliotli. PP., torn. II. Tamagmnï (Foe/^MÙVc) Celebris lust. MoBothelitarum et Honorii controversia scrutiniis VIII comprehensa, Paris, 1678. Jac. Ciimel diss, de oitu et progrcssu Monotlielitarum dans se^ V^indiciœ coiicilii œcum. , VI. Prag. 1777.
De môme que la dispute au sujet des trois Chapitres avaiê, été la continuation et l'effet du Neslorianisme , qu'il importait encore d'arrêter dans sa source et d'al laquer dans ses derniers retranchements, ainsi le Monothélisme était un rejeton de l'Eutychianisme. Cette nouvelle hérésie trouva de puissante protecteurs ecclésiastiques et séculiers. Car les prélats, du moins ceux qui agissaient avec connaissance de cause , voulaient, par une voie détournée, inUoduirc dans l'Eglise le dogme des Monophysites , sinon d'après ses expressions,, diir moins d'après son sens intime. Les empereurs, de leur côté, se laissaient dominer, d'une part , par la manie inhérente de tout temps à la couronne de Byzance de vouloir imposer à l'Église ses opinions particulières comme des lois , et de l'autre par l'espoir qu'au moyen du Monothélisme, les Monophysites se réuniraient à l'Église orthodoxe et que cette union procurerait à leurs États plus de prospérité au-dedans, comme aussi plusde force et plus de considération au-dehors.
Théodore, évèque de Pharan en Arabie et Sergius, pa-' triarche de Constantinople, manifestèrent d'abord, vers 616, dans des lettres qu'ils s'adressèrent réciproquement, le sentiment que de l'unité de la personne de Jésus-Christ découlait nécessairement aussi l'unité de ses actions et de sa volonté, Ihv croyaient que la nature humaine unie au Verbe avait à la vériîe une âme et des facultés intellectuelles humaines , mais qu'elle n'avait aucune activité ni action propre , et que tout ce qui se faisait par ces deux natures , devait être attribué au Yerbc, ef que par conséquent il n'existait en Jésus-Christ qu'une seule volonté et une seule opération provenant du Verbe comme dv
188 HISTOIRE DE l'ÉGLISK.
sa cause cfficionle qui, à cet égard , ne se servait de l'hunianité que comme d'un instrument, Sergius chercha déjà à faire adhérer h cette doctrine le sévérien Paul , évêque de Théodosiopolis. Elle eut aussi l'approbation de Tempereur Héraclius qui la regardait comme un nioven propre à réconcilier les Catholiques et les Monophysites, de sorte que, dans une missive qu'il adressa, en G22, au métropolitain Arcadius dans l'île de Chypre, il défendit de parler de deux volontés en Jésus-Christ. Cyrus qui, comme évêque de Phasis, avait adopté, avi sujet de cette unité en Jésus-Christ, l'opinion de l'empereur et de Sergius, entreprit en 630, en sa qualité de patriarche d'Alexandrie, de réconcilier avec l'Église les Théodosiens qui se trouvaient dans cette ville. Une exposition du dogme de la Trinité et de l'incarnation, rédigée en neuf articles, devait servir de hase à ce système. Il est dit dans le septième de ces articles que c'est le même Christ et le même Fils qui fait les choses divines et humaines par une seule activité déivirile [QeavèrAy.-ri èverjyux). Ç,Giii; expression avait été empruntée aux ouvrages qui portent le nom de Denys l'Aréopagite, de sorte que la différence entre les actions divines et les actions humaines n'existait que dans les abstractions de notre entendement. Le moine Sophronius qui se trouvait alors à Alexandrie, se jeta aux genoux de Cyrus et le supplia de ne point publier ces articles; ce fut en vain; la réunion eut lieu solennellement, et les prêtres et les laïques Théodosiens reçurent la communion dans la cathédrale d'Alexandrie. « Ce n'est pas nous, disaient-ils en triomphant, qui avons admis les décisions du concile de Chalcédoine, mais elles sont venues vers nous, car <juico!ique n'admet (ju'une activité en JésusChrist, n'y reconnaît qu'une nature non plus. »
Sergius ayant appris que Sophronius nommé dans l'entre- (emps, patriarche de Jérusalem, s'opposait à cette nouvelle doctrine, tâcha de gagner en sa faveur le pape Ilonorius en lui adressant une lettre rédigée avec beaucoup de circonspection. Il y donnait des louanges exagérées aux Monophysites d'Egypte qui, selon lui, rentraient tous dans le giron
de l'Église, en faisant remarquer au pape qu'il serait contraire à la charité chrétienne de forcer tant de millions de personnes à retomber dans le schisme uniquement à cause de la condition qu'on leur avait imposée lors de l'union, et qui consistait à reconnaître une seule volonté en Jésus-Christ, opinion qui avait été manifestée par plusieurs Pères de l'Eglise. Il disait en suite que le parti le plus sage à prendre serait de ne parler ni de deux volontés, ni d'une seule en Jésus-Christ; non d'une seule, parce que, bien que la chose fût vraie en elle-même, elle était encore susceptible de blesser bien des personnes par sa nouveauté; non de deux, parce qu'il en résulterait deux volontés contradictoires , puisqu'il est impossible que, dans le même individu, il y ait deux volontés qui ne soient pas contradictoires. Honorius se laissa tromper ; sa réponse n'est pour ainsi dire que l'écho de la lettre de Sergius, et trahit en outre une étonnante obscurité dogmatique et une ignorance absolue de la doctrine en question. Il regarde l'opposition de Sophronius comme une dispute de mots inutile, qu'on devrait abandonner à la décision des grammairiens, et il pense qu'il ne faut pas faire de ces questions un dogme de l'Église. Cependant, en établissant une différence entre les deux natures restées intactes et leurs volontés particulières, il s'approche beaucoup de la vérité. Il est vrai qu'il admet une unité de volonté en Jésus-Christ ; mais il entend par là la conformité entre la volonté humain(! et la volonté divine, et ne rejette que cette erreur, selon laquelle le Christ aurait eu , de même que l'homme peccable , au-dedans de lui une loi toujours en opposition avec son esprit. Sans se déclarer ouvertement en faveur du Monothélisme, il favorisait néanmoins cette hérésie, et il s'en approcha en détournant le sens de ce passage si décisif pour les Dyothélites : «Mon Père, faites passer ce calice à moi , non comme je veux , mais comme vous voulez,)) par l'interprétation insoutenable que le Seigneur n'avait dit cela que dans le but de nous avertir du devoir de préférer la volonté de Dieu à la nôtre. C'est ainsi que, dans la suite, on put trouver à la fois dans cet écrit rédigé
190 HISTOIRK DE LÉGI.ISK.
avec si peu de réflexion la condamnation et l'excuse du Pape. Le Pape Jean IV , dans l'apologie d'Honorius qu'il adressa à ÎVmpereur Constantin, et le martyr saint Maxime crurent le justifier en disant qu'il n'avait fait qu'opposer l'unité de la volonté humaine de Jésus-Christ à l'erreur qui admettait une double volonté de la chair et de l'esprit. Le Pape Léon II, dans !ej> lettres qu'il adressa aux évêques d'Espagne et à l'empereur Constantin, ne faisait consister l'erreur d'Honorius que dans ce point, qu'il avait secondé l'hérésie par sa négligence et qu'il lui avait permis de souiller l'Eglise: mais le sixième concile œcuméaique le condamna , pour avoir suivi en tout l'opinion de Sergius et pour avoir approuvé sa doctrine — et c'est ce qui est vrai sans doute, quoiqu'on puisse admettre en même temps qu'Honorius pensait mieux qu'il ne s'exprimait.
Sophronius, de son côté, adressa au Pape et aux métropolitains sa lettre synodale dirigée contre la nouvelle hérésie. Mais Honorius, dans la réponse qu'il lui donna^ comme aussi dans les lettres adressées à Cyrus et à Sergius, persista dans i'opinion que les deux partis devaient se taire et ne parler ni il'une ni de deux volontés. Tout à coup parut, en 639, l'Ecthèse âc l'empereur Héraclius, composée par Sergius, par laquelle on ordonna, tout à fait h la manière do Sergius, de ne plus parler ni de deux volontés , ni même d'une seule (pour ménager la faiblesse de quelques personnes à vue courte^ dans l'incarnation ilu Seigneur; ensuite on y soutint <|u'il n'a existé en Jésus- Christ qu'une seule volonté, parce qu'autrement il faudrait -ulmeltre deux volontés contradictoires. Sergius et son successeur Pyrrhus firent approuver cet édit dans des conciles tenus par leurs adhérents et obligèrent tout le monde à le signer, ^^yrus d'Alexandrie l'admit avec joie; mais il n'en fut pas de njême à Rome, où Jean IV avait succédé à Honorius et à Sévérin. Ne se laissant pas effrayer par l'aversion que lui avait témoignée Honorius, Sophronius avait envoyé à Rome Etienne, i^vêque de Dora , afin d'attirer l'attention du Saint-Siège sur Timportance et les suites de cette discussion, et aussitôt Jean
SECOXL>E LPOQLE. — CUAP, IV. 191
rejota l'Ecthèse, dans un concile tenu en 640, et ensuite aussi dans une missive a dressée à Pyrrhus. Dès lors Héraclius peu de temps avant sa mort (641) écrivit au pape, en lui disant qu'il n'avait prêté son nom à l'Eethèse qu'à la prière de son auteur Sergius. Cependant Paul, qui venait d'être nommé patriarche de Constantinople, appartenant à la secte des Monothclites , TEcthèse resta publiquement affichée dans la capitale malgré les efforts du pape Théodore, tandis que les évêques d'Afrique condamnèrent en 646, dans six conciles différents, le Monothélisme conjointement avec l'Ecthèse. A cette époque, après la mort de Sophronius , se trouva à la tête des Catholiques qui combattaient l'hérésie, l'abbé Maxime, le plus savant et le plus subtil théologien do son temps. Il avait amené le patriarche Pyrrhus, qui s'était réfugié en Afrique, pour se soustraire à la haine du peuple, à reconnaître les erreurs du Monothélisme dans une conférence qu'ils y tinrent. Pyrrhus se rendit ensuite il Rome, où il présenta au pape Théodore une formule d'abjuration ; cependant , arrivé à Ravenne, il retomba bientôt après dans ses anciennes erreurs.
Cette conférence démontre clairement du reste comment les Monothélites défendaient ordinairement leur doctrine et comment les Catholiques la réfutaient. Ceux-là , niant la volonté humaine comme l'origine de tout péché, croyaient établir sur des bases inébranlables l'impcccabilité du Seigneur, prétendant que toute volonté créée est peccable et que deux volontés différentes doivent nécessairement être dans une lutte et une contiadiction continuelle, de même que, dans l'homme, la volonté de la chair esi toujours en opposition avec celle de l'esprit , et que c'est justement l'opposition de la volonté humaine contre celle de Dieu qui constitue le péché. Ils pensaient en outre qu'il faut rejeter deux volontés en .lésus-Christ par cela même (ju'elles supposent deux volontés différentes et par conséquent deux Sauveurs. Ils admettaient ainsi que l'âme humaine de Jésus-Christ, semblable à un instrument sans aucune activité, a été simplement mise en mouvement par une impulsion étran-
gère, et que la divinité remplaçant les facultés naturelles de l'âme, a opéré dans 1 âme du Christ ce que l'âme raisonnable opère dans le corps de l'homme. Les Catholiques avouaient que Tâme humaine de Jésus-Christ avait été assujettie ;i l'impulsion et à la direction de la divinité, sans cependant perdre par là sa liberté naturelle; ils observaient que la volonté appartient à la nature et non à la personne; qu'on ne reconnaît les natures que par leurs volontés; que Dieu a adopté avec la nature humaine aussi une volonté humaine; de là ils concluaient qu'il a obéi à son Père, qu'il s'est soumis à la loi et que sans cette adoption la volonté humaine n'aurait point été sauvée. Ils s'appuyaient particulièrement sur ce que Jésus-Christ lui-même a distingué sa propre volonté qui consistait en ce que le calice des souflrances passât à lui, de celle de son Père et conséqueniment aussi de sa propre volonté divine, et sur ce que, dans l'Evangile de saint Matthieu, 23, 37, il ne parle manifestement que de sa volonté divine.
Le patriarche Paul engagea, en 648, l'empereur Constant à remplacer l'Ecthèse par un nouvel édit qu'il avait composé et qui est connu sous le nom de lype. Sans se prononcer, comme l'Ecthèse, sur la doctrine même, cet édit défendait, sous les peines les plus sévères, toute discussion au sujet de la volonté et de l'activité de Jésus-Christ. Mais le siège de Rome et les évêques catholiques s'opposèrent à une loi despoti(jue et injuste par elle-même, qui assimilait la vérité à l'erreur et voulait imposer silence à une question dans le rapport le plus intime avec les dogmes fondamentaux du Christianisme, l'incarnation et la rédemption. Théodore prononça contre Paul et Pyrrhus une sentence de bannissement et de déposition, et son successeur Martin assembla en 649 un concile à Rome, composé de cent cinq évêques. Des abbés et des moines grecs, persécutés par le parti de la cour, qui favorisait le Monothélisme , avaient cherché un asile à Rome et y portèrent des plaintes contre leurs adversaires. Dès lors, Théodore de Pharan, Sergius, Cyrus, Pyrrhus et Paul,
furent excommuniés, et l'Ecthèse, ainsi que le ïvpe sauf la bonne intention dans laquelle ce dernier avait été rédigé, fut rejetée; toutefois, pour ménager l'Empereur, on ne les signala que comme l'ouvrage de Paul. Constant, exaspéré par cette mesure, ordonna à l'exarque Olympius de faire signer le Type en Italie et de s'emparer de la personne du pape; mais ce fut en vain : car, à l'exception de Paul , évêque de Thessalonique, qui, pour ce motif, fut déposé par le pape, tous les évêques occidentaux et africains adhérèrent aux décisions du concile de Latran. Cependant le nouvel exarque Calliopas, plus entreprenant qu'Ohmpius, fit enlever et conduire à Constantinople, en 653 , le pape malade, qui s'était fait transporter dans une église. Là on l'exposa toute une journée sur le rivage aux insultes de la populace, on le fit languir en prison pendant trois mois et on le traduisit ensuite en justice, où il fut acCusé, par de faux témoins, d'être complice et de connivence avec les Arabes d'une conspiration tramée contre les jours de l'Empereur. Dans la cour de son palais, l'Empereur lui fit alors endurer, sous ses propres yeux, tous les mauvais traitements et toutes les injures imaginables, comme au dernier des malfaiteurs, et l'envoya, en 655, à Cherson, où il mourut quatre mois après. Maxime et ses disciples, les deux Anastases, curent un sort encore plus déplorable. On les relégua d'abord en Thrace, et, après qu'ils eurent rejeté courageusement le Type et la communion du nouveau patriarche Pierre, on les ramena, en 662, dans la capitale. Ici , un concile prononça l'anathème contre eux , contre Martin, Sophronius et tous leurs adhérents, c'est-à-dire contre tous les Catholiques.. Après, on les battit de verges, on leur arracha la langue, on leur coupa la main droite, on les conduisit par toute la ville pour les exposer aux regards du peuple, et on les exila ensuite à Lazie, où Maxime mourut peu de temps après. Tandis que le tyran sévissait ainsi contre des prêtres inoflensifs, il laissa tomber ses provinces l'une après l'autre, au pouvoir des Sarrasins.
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Aprùs la mort de Constant en 668, TEgliso se trouva dans une situation mixte. Le Type continua d'être regardé comme loi de l'État, bien quo l'empereur Constantin Poijonal, qui n'adhérait point au Monothélisnie, désirât de voir l'église d'Orient réconciliée avec le Siège apostolique. Trois patriarches catholiques avaient succédé à Constantinople au monothélile Pierre, à savoir : Thomas, Jean et Constantin; mais Théodore (jui leur succéda en 676, était de nouveau monothélite. Lui et Macaire, patriarche d'Anlioche, voulurent effacer des diptyques, <omine des dyothélites hérétiques, les papes qui avaient occupé le Siège apostolique après Honorius. Cependant l'empereur pria, en 678, le pape Donus de vouloir lui adresser des légats afin de mettre un terme au schisme. Agathon, successeur de Donus, reçut la lettre de l'empereur. Il convoqua en 680 un concile composé de cent vingt-cinq évoques chargés de nommer les légats et de prendre les dispositions nécessaires pour le concile qui devait se réunir en Orient. On peut voir par là que tout l'Occident rejetait unanimement le Monothélisme. L'Orient repoussa alors aussi cette hérésie. Le 7 novembre 680, s'ouvrit ù Constantinople le sixième concile œcuménique en présence de l'empereur, des légats du pape, des députés de l'Occident et des patriarches Georges et Macaire. Dans les premières séances, on lut le* actes des cinq conciles antérieurs, dans la quatrième, les deux professions de foi qu'Agathon avait adressées au concile en son nom et en celui du concile de Rome. Ensuite Macaire donna lecture d'un recueil de passages tirés des Pères de l'Église en faveur du Monothélisme, mais on s'aperçut bientôt qu'ils étaient supposés la plupart du temps et (lu on en avait détourné le véritable sens. Dans la septième séance, on lut les preuves qu'Agathon avait recueillies en faveur du dogme catholique, et dans la séance suivante, Georges déclara avec les évéques de son patriarcat (Constantinople) qu'après en avoir reconnu l'exaclitude, ils adhéraient à la doctrine renfermée dans les lettres d'Agathon. Toutefois Macaire persista dans la doctrine dune seule volonté, et c'est pour cette
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raison qu'il fut déposé. Sergius, Pyrrhus, Paul, Pierre, Théodore de Pharan et Cyrus, et enfin aussi Honorius, furent excommuniés. Un moine, nommé Polychronius , pour prouver la, vérité du Monothélisme, voulut ressusciter un mort, et le concile lui permit d'en fiiire l'essai , afin de détromper le peuple. La tentative infructueuse qu'il fît h un corps qu'on lui avait apporté à cet eifet, ne diminua en rien son attachement au Monothélisme; on l'exila et on le dépouilla de sa dignité de prêtre. Dans la dernière séance, tenue le 16 septemhre 681 , on confirma les missives du pape Agathon , par la bouche du- «}uel on disait que Pierre lui-même avait parlé. Ensuite, cent soixante évêques avec l'empereur et les légats du pape souscrivirent à la confession de foi, que dans Jésus-Christ il existait deux volontés naturelles et deux opérations sans partage, sans changement et sans mélange; que la volonté humaine n'est point opposée à la volonté divine, mais qu'elle s'y conforme et qu'elle lui est soumise en toutes choses.
Les efforts que fit l'empereur Philippicus (Bardane) pour relever le Monothélisme, prouvent qu'après la tenue du sixième concile , il y avait encore en Orient un grand nombre de partisans de cette hérésie. Cet empereur convoqua, en 712, un concile qui, comme on pouvait s'y attendre de la part des évêques orientaux dont le servilisme était connu, annula les décisions du concile de 680, et qui érigea le dogme des Monothélites en doctrine dominante. Les noms de Sergius et d'Honorius furent replacés dans les diptyques; et des prélats instruits et considérés , comme Germain de Cyzique et André de l'île de Crète, eurent même la faiblesse de céder; seulement un petit nombre préféra l'exil à l'apostasie. Cependant les tentatives de Philippicus furent infructueuses en Occident. Le pape Constantin condamna la missive qu'il lui avait adressée, et lorsque l'empereur lui ordonna de détruire le tableau représentant le sixième concile œcuménique qu'on venait de placer dans le portique de Saint-Pierre à Rome, le peuple s'y opposa et déclara qu'il ne le reconnaîtrait pas comme empereur.
Opeiidant la domination dcsMonothélitos finit aussi en Orient à dater de Tan 713, par la déposition de Philippicus et par laveneniont de l'empereur Anastase II,
Le 3IonolhéIisme se conserva, pendant plusieurs siècles, parmi les habitants du Liban et de l'Antiliban , c'est-à-dire parmi les Maronitea, descendants des anciens Phéniciens. Ils avaient des patriarches particuliers, probablement depuis la déposition de Macaire au sixième concile. Un de ces patriar- ( hes, nommé Jean Maron, fut en même temps durant le seplième ou le huitième siècle, le chef temporel de la nation qui défendit avec succès son indépendance et sa liberté contre la prépondérance des Sarrasins, et c'est de lui qu'elle doit avoir reçu principalement son nom qui, depuis lors, désigne à la fois la nation et la secte religieuse. Vers l'an 1182, les Maronites renoncèrent au Monolhélisme et se réunirent à l'Eglise d'Occident et au souverain Pontife.