CHAPITRE V
COXSTITCTION ET ADMINISTRATION DE l'rGLISK.
Rapport de l'aulorité séculière avec l'Église.
Les lois ecclésiastiques des empereurs dans le Codex Thcodosiantis »(l. Riltcr, Lips., 1737, 6 vol. fol. et dans le Codex Jusliniancus.
Pendant les trois premiers siècles, l'Église, en face d'un gouvernement païen , et en dépit d'une violente oppression et d une persécution sanglante, avait néanmoins joui de la liberté et de l'indépendance la plus complète dans ses rapports intérieurs, dans sa doctrine, dans sa constitution et dans sa discipline. Cependant cette situation changea sous les empereurs ( hrétiens ((ui, accoutumés à étendre partout leur domination
illimitée, aimaient aussi à s'immiscer dans les affaires de l'Église, pour les diriger la plupart du temps d'une manière arbitraire et pour y porter le trouble. On vit bientôt que l'Église catholique dut racheter la prérogative qu'elle avail obtenue depuis Constantin d'être la seule église reconnue, protégée et privilégiée dans l'État , au prix d'une partie de son ancienne indépendance. Constantin lui-même usa généralement avec modération du pouvoir que la vive reconnaissance des chrétiens lui avait accordé en matière de foi. Il n'en fut pas de même de son Gis Constance, dont la tyrannie devint à la lin insupportable; mais le mal que lui et Valens flrent aux évêques et aux églises , ne doit pas être regardé comme la mesure des rapports qui existaient alors entre l'autorité séculière et l'Église, car ces deux empereurs, instruments aveugles del'Arianisme, remplissaient pour ainsi dire le rôle de persécuteurs païens.
La puissance des empereurs chrétiens se manifestait de la manière la plus éclatante dans leurs rapports avec les conciles généraux. C'était à eux qu'appartenait le droit de convoquer les évêques pour ces assemblées, de fixer le lieu et l'époque de l'ouverture , et d'y assister en personne ou par l'entremise de leurs commissaires. C'étaient eux sans doute aussi qui mettaient les postes de l'État à la disposition des évêques et qui se chargeaient de l'entretien des plus- pauvres et du maintien de l'ordre public pendant la durée du concile. Malgré cela , les évêques conservaient la liberté de se réunir dans des conciles particuliers, et quoique l'on demandât quelquefois l'autorisation de l'empereur pour ces sortes de réunions, cependant ce n'était nullement une règle générale. Valentinien 1 répondit un jour aux évêques qui lui demandaient la permission de se réunir en un concile, qu'en sa qualité de laïque il ne lui appartenait pas de décider en matière de foi et qu'il était libre aux évêques de s'assembler partout où ils le trouveraient convenable. Pendant la tenue des conciles, les empereurs laissaient les évêques entièrement libres de se concerter et de prendre des décisions relatives à la Foi ou à d'autres objets qui intéres-
198 HISTOIRE DK l'ÉGLISE.
saicnl rÉf>lis('. Thôodosc II dérciulit au comlo Car.didion qu'il cm ova au coiic ilc d Kpliùse, dose mêler des aflaires ecclésiasliques et des délibérations des évêques , disant que ces derniers avaient exclusivement le droit de s'en occuper. L'empereur 3îarcien déclara au\ Pères réunis au concile de Chalcédoine qu'à i'evemple de Constance il venait assister à ce concile, non pour y exercer aucun pouvoir, mais seulement pour proléfîer la Foi par son autorité impériale. Et le concile écrivit luimême à Léon qu'en sa qualité de pape, il y avait eu la présidence par l'entremise de ses légats, comme le chef préside aux meml)r(>s, et que l'empereur y avait présidé pour le maintien de l'ordre. Constance se conduisit d'une autre manière en voulant forcer les conciles à subordonner aveuglément leurs résolutions à ses vues, mais ce despotisme révolta toutes les p<rsonnes bien pensantes. Athanase, Hosius de Cordoue, Hilaire, Léonce de Tripoîis lui déclarèrent que dans les affaires ecclésiastiques, il n'avait aucun droit ni aucune autorité, et (ju'en matière de foi, il devait plutôt se laisser instruire par les évêques que de leur prescrire d(!s lois. C'est de la même sorte (jue s'exprimait aussi saint Ambroise, lorsque Valentinien II voulut se porter juge entre lui et l'arien Auxence, dans une conférence qu'ils devaient avoir ensemble au sujet de la religion : il disait qu'en matière de foi, les évêques jugeaient les empereurs et que les empereurs n'avaient j)as le droit déjuger les évêques. Tbéodose I, en' étouffant l'Arianisme en Orient, se montra le protecteur, et non le juge et l'interprète de la Foi catholique. Et lorsque Constantin , au rapport d'Eusèbe, prit une |)art si active aux transactions du concile de Nicée, qu'il argumenta lui-mên»e contre les evecjues ariens, c'était ce consentement unanime même de la majeure partie des évêques y assemblés, qui, à ses yeux , constituait uneautorité infaillible, et ce n'était qu'en soumettant sa foi à cette autorité qu'il appelait lui-même la voix de Dieu , qu'il chercha à y soumettre aussi les Ariens. Lorscjue les empereurs publiaient des lois relatives aux alîaires ecclésiastiques ou qu'ils ratiiiaicnt les décrets dogma-
tiques des conciles , c'était dans le hut d'ériger la doctrine de l'Église en loi fondamentale et de priver de la protection civile ceux qui s'y opposaient. Il n'en était pas de même de l'ÏIénotique de Zenon, de l'Ecthèse d'Héraclius et du Type de Constance; mais toutes ces lois furent aussi rejetées par l'Eglise, en partie par cela même qu'elles émanaient de l'autorité séculière; qui n'était pas en droit de les publier. C'est pour cette raison que le pape Félix III déclara à l'empereur Zenon qu'il ne lui appartenait pas de prescrire des lois à l'Église, mais qu'il devait Se soumettre à ses décisions. Cependant, à mesure que les évêques se trouvèrent dans une plus grande indépendance de la cour, les anciens et véritables principes à l'égard des limites de l'autorité impériale tombèrent insensiblement en désuétude en Orient , et saint Maxime fut un des derniers qui s'exprima franchement au sujet de ces limites.
L'occupation des sièges épiscopaux resta généralement libre: cependant l'élection des évêques des églises métropoles était approuvée par les empereurs, qui exerçaient une influence directe sur l'occupation du siège episcopal de Constantinople, surtoutdans des moments de trouble. C'est ainsi que Théodose I choisit Nectaire parmi les candidats que lui avaient proposés les évêques réunis au concile de 381, et Théodose II appela saint Chrysostôme d'Anlioche dont l'élection ne rerut cependant son approbation qu'après avoir été faite par le peuple et par le clergé. L'élection du souverain Pontife était libre: Odoacre fut le premier qui, en sa qualité de roi d'Italie, défendit d'occuper le siège de Rome sans son consentement. Après lui, les rois Ostrogoths rendirent de nouveau l'élection libre, bien que Théodoric élevât Félix III sur le siège pontifical et que, dans la suite, Théodat en fît de même à l'égard de Sylvère. Depuis le règne de Justinien, il fut d'usage que chaque pape nouvellement élu demandât l'approbation de l'empereur, et les papes après Grégoire le Grand durent même payer à leur avènement une espèce de taxe que Constantin le Barbu abolit néanmoins dans la suite. Les dépositions arbitraires d'évêques
:^()0 iiiSTOiRK DE l'Église.
n't'laient pas rares sous une administration dosposlique comme rclh; (le Conslancc; dans tous les autres cas, les évêques n(^ perdaient leur dignité ([ue par suite d'une sentence de l'Église, ou d'une décision synodale, et les empereurs ne faisaient en général que mettre à exécution le jugement prononcé par l'autorité ecclésiastique. C'est ainsi que Théodose le Grand chassa les évêques et les prêtres des hérétiques, après que le concile de 383 eut prononcé contre eux la sentence de déposition.
Les empereurs reconnaissaient en général que les affaires de l'Église devaient se décider d'après le droit canon. Marcien déclara même que toutes les lois impériales qui seraient en < outradiction avec les lois canoniques, seraient regardées comme subreptices et de nul effet. Déjà Valentinien I et Honorius avaient décidé que les évêques seuls auraient à juger dans ce qui concerne les affaires ecclésiastiques et les prêtres , et Justinien, à son tour, promulgua une loi semblable. En revanche, il y eut des empereurs qui se crurent en droit de publier des lois spéciales relatives à la discipline ecclésiastique; ces lois se publiaient même dans les églises. Elles étaient sans doute uniquement destinées pour la plupart, à renouveler d'anciens canons ou à en rehausser l'autorité. Justinien à (jui nous devons la plupart des lois importantes en matière de religion , déclara qu'il ne voulait être que le protecteur et le vengeur des anciens canons, et au concile de Chalcédoine, les Pères s'écrièrent unanimement avec les délégués de l'empereur qu'aucune loi émanant de l'autorité séculière (rroaj/jUaTt/.sv) ne peut renverser les canons! Les lois de Justinien concernaient particulièrement la forme des jugements ecclésiastiques, l'administration des biens de l'Eglise, la simonie et les élections ecclésiastiques , comme aussi quelques abus qui s'étaient introduits dans l'Eglise et les couvents.
Les appels des décisions de l'autorité ecclésiastique à l'autorité séculière avaient été défendus par l'Église de concert avec les empereurs. C'est ainsi que le concile d'Antiochc ordonna^ en
341 , qu'aucun prêtre, ou évèque qui aurait été déposé par son supérieur ecclésiastique, ne pourrait s'adresser à l'empereur, ni récupérer sa dignité ; et Juslinien n'accorda aucun recours à l'autorité séculière dans une excommunication prononcée par l'évéque, mais il permit seulement d'en appeler au métropolitain. Quelquefois les évéques recouraient au bras séculier, mais ils ne le faisaient pas pour procurer à leurs décisions plus de force et de vigueur par la sanction de l'empereur, mais seulement lorsque des sujets récalcitrants rendaient nécessaire l'emploi des moyens coercitifs physiques par le mépris qu'ils affectaient pour les censures ecclésiastiques. Ce cas se présenta dans Cresconius, évéque africain, qui, ayant abandonné son église et s'étant enqiaré de celle d'un autre, obligea le troisième concile de Carthage à implorer l'assistance de l'autorité séculière.
Les évéques étaient complètement libres d'administrer les sacrements, par conséquent ils pouvaient aussi les refuser, ou exclure de la communion de l'Eglise, même les personnes puissantes et haut placées. Synesius, en sa qualité d'évêque de Ptolémaïs, excommunia le préfet de cette province. Chrysostôme soutenait publiquement que les personnes indignes, soit généraux, soit préfets, fût-ce l'empereur lui-même, doivent être écartées de la table du Seigneur, et lorsque Ambroise , fidèle à ce principe , refusa l'entrée de l'Église à l'empereur Théodose le Grand à cause du massacre de Thessalonique . l'empereur se soumit à la pénitence que lui imposa l'évéque et loua sa fermeté. C'est dans le même sens que le pape Géla^e écrivit à l'empereur Anastase que, relativement à l'administration des sacrements, il devait plutôt obéir que commander.
Constantin améliora déjà la vie civile du clergé en lui accordant l'important privilège qui affranchissait les prêtres catholiques du poids des fonctions municipales. Mais un grand nombre ayant embrassé l'état ecclésiastique pour jouir de cette exemption , il porta en 320 une loi , en vertu de laquelle on n'ordonnerait plus prêtres désormais que ceux qui, en raison
2()û histoire: de l'église.
(I(^ leur iudiironco , ôlaienl dcjà exempts des fonelions municipales et seulement autant qu'il en fallait pour remplacer les clercs décédés. Valenlinien I défendit aussi, en 364, au\ personnes moyennées de recevoir la préirise. Conformément à des lois publiées postérieurement par Valentinien II et Théodose le Grand, les personnes riches pouvaient embrasser l'état ecclésiastique , mais pour jouir de l'exemption des fonctions publiques , «;lles devaient renoncer à leurs biens ou fournir des remplaçants.
La juridiction particulière de l'Église fut aussi reconnue par 1 autorité séculière et augmentée par de nouveaux privilèges. (Constance et les empereurs subséquents confirmèrent, par une série de lois, le droit des évêques et des clercs d'être jugés uniquement par l'autorité ecclésiastique (l'évêque ou le concile), en cas de contestations en matière de foi, ou pour des délits ecclésiastiques. Les prêtres , quelles que fussent les contestalions qu'ils eussent avec d'autres prêtres , ne pouvaiçnt point recourir à un tribunal civil, et le concile de Chalcédoine menaça en 451 de déposer le clerc qui , dans un cas semblable , se soustrairait à l'autorité ecclésiastique. Mais dans des contestalions civiles entre un laïque et un clerc, celui-ci devait se présenter avec l'autre devant le tribunal civil , à moins qu'ils ne fussent d'accord pour faire juger leur affaire par l'évêque. (Cependant en vertu d'une loi de Justinien, toute action intentée contre un ecclésiastique ou un moine devait être portée (levant l'évêque. Si l'une des parties refusait de se conformer au jugement de l'évêque , l'affaire était déféré(" au juge séculier, et si celui-ci prononçait un jugement différent de celui de l'évêque, on pouvait en appeler à la haute cour de justice. Le jugement prononcé par le juge séculier dans une cause criminelle contre un clerc, ne pouvait point être mis à exécution sans la permission de l'évêque. Constantin avait déjà accordé aux évêques le privilège en vertu duquel un seul pouvait témoigner en justice, et qu'après lui on n'avait plus besoin d'en entendre un second. 11 y ajouta cet autre privilège qui les
exemptait de comparaître euxT-mcmes devant le tribunal et par lequel ils pouvaient témoigner chez eux et sans prêter serment. D'un autre côté , Théodose avait déjà défendu de soumettre les prêtres à la torture pour leur arracher un témoignage ou un aveu, comme cela se pratiquait d'après la jurisprudence romaine. Constantin coniirma la juridiction arbitrale que les évêques exerçaient déjà depuis le temps des Apôtres dans les contestations qui s'élevaient entre les fidèles, en accordant à toutes les parties la faculté de s'entendre mutuellement et de soumettre leurs procès à l'évéque indépendamment de la juridiction séculière, et le jugement prononcé par l'évéque était sans appel et devait être exécuté par les autorités civiles. De cette manière il arriva que non-seulement des Catholiques , mais aussi des personnes appartenant à d'autres sectes religieuses, soumirent leurs procès aux évêques, et que ceux-ci, accablés d'affaires , furent obligés de s'adjoindre fréquemment des prêtres et même des laïques (comme fit Sylvain, évêque de la Troade) dans leurs tribunaux (audientiœ episcopales ) . Les évêques pouvaient intercéder officiellement en faveur des malheureux condamnés à mort ou à de fortes peines , et cette intercession était regardée comme tellement inhérente à leurs fonctions et à leurs devoirs, qu'une église des Gaules s'opposa, en 460, à l'ordination d'un moine en qualité de son évêque, par la raison qu'étranger au commerce avec les grands, il a^ait l'habitude d'intercéder plutôt auprès du Juge céleste en faveur des âmes que de le faire auprès du juge terrestre pour les corps. Aussi le concile de Sardique regarda dès l'an 348, comme un devoir des évêques, de ne point refuser leur intercession à ceux qui étaient condamnés à l'exil ou à d'autres peines, et qui s'adressaient souvent à l'Eglise pour implorer son assistance. Les évêques prenaient particulièrement sous leur protection les personnes condamnées ou persécutées qui se réfugiaient dans les églises. Ce droit d'asile paraît s'être introduit spontanément des temples du paganisme dans les églises chrétiennes. Le concile de Carthage supplia en 399 l'empereur Honorius
20i HISTOIRE DE L'EGLISE.
(le vouloir confirmer le droit d'asile et de défendre d'arracher les suppliants des éjjlises. C'est ce qui fut accordé par une loi d Arcadius et d'IIonorius de l'an 414, tandis que les lois publiées antérieurement par les mêmes empereurs, exceptaient de cette faveur les débiteurs du lise, ceux qui méritaient la peine de mort et surtout les criminels de lèse-majesté, comme aussi les esclaves qui se réfugieraient dans les églises les armes à la main. Justinien y ajouta encore en 53G, les assassins, les adultères et ceux qui portaient atteinte à la pudeur du sexe, en donnant pour raison que la protection de l'Eglise n'appartient point aux malfaiteurs, mais à ceux qui ont été maltraités.
L'influence que les évéques exerçaient sur les relations civiles était en général grande et salutaire. La sévérité et l'inhumanité, restes du paganisme, qui régnaient encore dans si grand nombre de lois et d'institutions, furent en grande partie modifiées par cette active influence et cédèrent leur place aux principes du Christianisme. Ils veillaient à Ce que les esclaves ne fussent pas traités trop durement par leurs maîtres et que les enfants exposés ne fussent pas réduits à l'esclavage ; ils visitaient et protégeaient les accusés et les condamnés dans les prisons. La manumission pouvait, d'après une loi de Constance, avoir lieu dans les églises et en présence des évéques d'une manière plus facile et plus simple que cela ne se pratiquait ordinairement, et les prêtres avaient le droit d'affranchir leurs esclaves sans aucune formalité. Les lois avaient aussi accordé aux évéques le droit de surveiller et de défendre les maisons de prostitution, la propagation des mauvais li>Tes, le jeu, la magie et la sorcellerie. On peut conclure de quehjues indices que les gouverneurs des provinces même et d'autres fonctionnaires publics se trouvaient quehjuefois sous la surveillance des évéques.
Mais toutes les prérogatives et toutes les faveurs que le gouvernement avait concédées aux évéques et aux prêtres , ne regardaient que les catholiques. Déjà Constantin défendit aux hérétiques d'y former des prétentions, il défendit même à
toutes les sectes séparées de l'Eglise catholique , les assemblées tant publiques que particulières. Valentinien I en fît de même à l'égard des Manichéens et des Donatistes, quoiqua son avènement il eût proclamé le libre exercice du culte dans ses États. Gratien excepta les Eunomiens, les Photiniens et les Manichéens de la liberté du culte que, dans le principe, il avait accordée par un rescrit daté de Sirmium ; mais bientôt après il porta une défense dirigée indistinctement contre toutes les sectes. Mais Théodose I défendit expressément à tous les hérétiques de se réunir pour l'exercice du culte et de posséder des églises non-seulement dans les villes, mais aussi à la campagne, et il déclara que désormais le culte de l'Eglise catholique serait seul toléré. Lui et ses fds Arcadius et Honorius allèrent encore plus loin : ils exclurent les hérétiques des fonctions publiques, les bannirent particulièrement de la capitale, et les dépouillèrent du droit de tester et d'hériter. Les lois d'Honorius qui frappaient les Donatistes des mêmes incapacités, et en même temps aussi de différentes amendes et de confiscations, furent approuvées par saint Augustin. Depuis lors prévalut toujours dans l'Empire romain le système qui avait pour but de restreindre autant que possible toutes les sectes hérétiques et de les anéantir insensiblement en leur refusant le libre exercice du culte et en les privant de leurs droits civils. Les lois publiées par les empereurs subséquents, nommément par Justinien , étaient toutes rédigées dans ce sens. La rigueur avec laquelle on sévissait particulièrement contre les Manichéens, que l'on menaçait de la peine de mort, doit être attribuée sans doute aux crimes contre nature dont ils avaicuU été convaincus en justice.
Série des évéques de Rome.
L Liber Ponlificalis ( composé par plusieurs auteurs à diverses époques, et en dernier lieu par le Bibliothécaire romain Anastase qui
florissailau ncunèvic siècle ), cd. F. Biaiichini, Rom., 1718- 55. '* vol. lbl.;Vignoli , Rom., 1724-55. 3 vol. i.
11. F. P.vcii Bieviarium liist. chron. crilicum, illustriora Ponlificum Rom. gesta complcclons, Antvcrp. , 1717. 6 vol. 4. {Les derniers voluvies qui sont il'AuL Pagi, vont jusqu'à Grégoire XIII). Ciivs. PiATTiSloria crilico-cronol. de' Rom. Pontcfici , Napoli, 1765 — 70, 12 vol. '!•. [jusqu'à Clément XIU). J. Cl. Sommier Histoire dogmatique du S. Siege., Nancy , 1726, 7 vol. 8.
Pour ne rien omettre d'essentiel , nous donnerons d'abord ici la série des papes des trois premiers siècles de l'Eglise. Pierre jusqu'en 67; Lin, Anaclet, Clément (jusqu'en 77?); Evariste, Alexandre, Sixte, ïélesphore, Hygin, jusqu'en 142; Pie — 157 ; Anicet — 168; Sotcr — 177 ; Eleuthère — 193; Victor — 202; Zéphirin — 219; Calixte — 223 ; Urbain — 230 ; Pontien — 235 ; Anlère — 236; Fabien — 250; Corneille 251 — 252; Luce — 253; Etienne — 257; Sixte II — 258; Denis 259 — 269; Félix— 274; Eulycbien — 283; Caius — 296 ; Marcellin — 304; Marcel , le Saint-Siège ayant été vacant pendant quatre ans, 308 — 310; Eusèbe, depuis le 20 mai 310 jusqu'au 26 septembre; Melchiade311 — 314.
Sylvestre, 314 — 335, envoya dès le commencement ses légats au concile d'Arles, qui lui adressa ensuite ses résolulions, alin qu'elles fussent publiées par lui. Il est faux qu'il ail baptisé l'empereur Constantin en 324; ce qui a peut-être donné lieu à ce conte, c'est qu'un d<'S frères de l'empereur (jui portait le même nom que lui, reçut le baptême à Rome. Maie, élu le 18 janvier 336, mourut déjà le 7 octobre de la même année. Jules I, 337 — 352, l'intrépide défenseur de saint Athanase, écrivit en 342 la célèbre lettre aux Eusébiens en faveurs des évêques catholiques déposés, donna l'absolution à 3Iarcellus d'Ancyre et pardonna aux ariens Lrsace et Valens qui faisaient semblant de s'être convertis. Libère, 352 — 366, (jui avait moins d'énergie que lui, doit avoir acheté sa délivrance de l'exil en cédant indignement aux exigences des Ariens; dans tous lescas, il répara celte faute en désapprouvant
le concile de Riniini, ce qui fut cause qu'il fut de nouveau chassé de son église. Pendant son exil , le clergé de Rome fut obligé de le remplacer par le diacre Félix, peut-être ne lit-il que lui confier l'administration de l'Eglise dellome. Au retour de Libère, Félix qni'.ta Rome et mourut à la campagne en 305. Damase, 366 — 384, originaire de l'Espagne, dut lutter au commencement contre son compétiteur Ursicin qui se fit sacrer, quelques jours après lui, par un seul évêque. Son parti occasionna une grande effusion de sang, et quoiqu'il eût été chassé de Rome et que l'empereur l'eut enfin exilé à Cologne, il n'en exista pas moins pendant quelque temps encore un parti schismatique, des calomnies duquel Damase se purgea volontairement dans un concile tenu à Rome en 378. Sous son pontificat, la splendeur et l'opulence du Saint-Siège attiraient déjà les regards des païens. Sirice, 385 — 398 , fut élu à l'unanimité, bien que l rsicin eût tenté de nouveau de s'emparer du siège pontifical. Nous possédons de lui la première épître décrétale qui se trouve dans toutes les collections des anciens canons , c'est-à-dire la réponse à plusieurs questions relatives à la discipline ecclésiastique, que lui avait adressées Himère, évêque deTarragone. Anastase, 398 — 402, fut particulièrement l'objet des éloges de son successeur et de saint Jérôme, qui dit, en parlant de lui, qu'il fut enlevé par une mort précoce, parce que Rome ne méritait pas de le posséder plus longtemps et afin qu'il ne fût point témoin du pillage de cette ville par Alaric. Il eut pour successeur Innocent /, 402 — 417. Ce fut à lui que saint Chrysostôme en appela de sa déposition; le pai>e cassa le jugement de Théophile et de son parti, quoique celui-ci cherchât à différentes reprises à le gagner en sa faveur par l'entremise de députés qu'il lui envoya. 11 invoqua même la médiation de l'empereur Honorius, le priant de convoquer un concile général à Thessalonique pour la révision de cette affaire. Chrysostôme lui adressa encore des remorcîmenls du lieu de son exil. Après sa, mort en 407, Innocent refusa à Théopliile et aux évêques d'Orient la communion de l'Église,
208 HISTOIRE DE LÉGLISE.
jusqu'à oe qu'ils eussent replacé le nom du saint homme dans les diplyques. Alexandre d'Autioclie obéit le premier, et lui envoya des députés pour lui demander la paix de l'Kglise. Alliens de Constantinople tarda plus longtemps à se soumettre; il envoya plusieurs deputations à Rome, et ne fut réintégré dans la communion de l'Eglise qu'après avoir satisfait aux exigences du pape. Au moment de l'invasion de Rome par Alaric, Innocent se trouvait k Ravenne, où il s'était rendu au nom des Romains pour engager l'empereur à faire sa paix avec les Goths. Le pontificat de son successeur Zosime, qui était grec de nation, ne dura que vingt-un mois. L'élection de Boniface, 418 — 422 , fut troublée par les prétentions de l'archidiacre Eulalius qui avait un faible parti en sa faveur. Le différent devait se terminer à la cour impériale de Ravenne au moyen d'un concile ; mais Eulalius étant retourné à Rome contrairement aux ordres de l'empereur et avant la décision de l'affaire, fut condamné au bauissemenl, et c'est ainsi que Roniface occupa le siège pontifical. Célestin I, 422 — 432, lui succéda et se montra l'adversaire du Nestorianisme et du Serai-pélagianisme. Ce fut à Sixte III, 432 — 440, qu'en appelèrent le métropolitain Helladius de Tarse et Euthère de Tyane, lorsqu'ils se virent menacés de la déposition par suite de la réconciliation qui eut lieu entre Cyrille et Jean d'Antioche. Léon le Grand, 440 — 461 , est le premier pape dont nous ayon sune collection de différentes œuvres comprenant quatrevingt-seize sermons oA cent quarante-une épîlres. Il réussit, en 452, à délivrer Rome de la présence des Huns et à engager Attila, le fléau de Dieu, à abandonner l'Italie , et lorsqu'en 457, Genseric, roi des Vandales, surprit Rome, les Romains durent au moins à sa médiation la conservation de leurs jours. Son successeur Hilaire, 401 — 408, avait été un des légats de Léon au concile d'Éphèse en 449. 11 força l'empereur Authème, sous les auspices duquel le Macédonien IMiilothée voulait introduire à Rome de nouvelles sectes, à jurer publiquement qu'il ne lui accorderait pas cette permission. Le pape
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Simplîce, 468-483 , dut particulièrement déployer tout sou zèle et son activité à l'occasion des troubles occasionnés par les Monophysites en Orient. On peut en dire autant de Félix II (ou ///), 483-492, dans l'élection duquel s'immisça Basile comme plénipotentiaire du roi Odoacre. Gélase I, 492-496, et Ànastase H, 496-497, se donnèrent encore des peines inutiles pour mettre fin au schisme occasionné par Acace. Ce schisme produisit plutôt, à Rome même, de nouvelles divisions à l'occasion de l'élection d'un nouveau pintife. Le sénateur Festus, qui avait promis à l'empereur de Constantinople de faire accepter l'hénotique à Rome, parvint, à force d'argent, à faire élire par un parti puissant , comme antipape, un certain Laurent qu'il opposa au diacre SrjmmcKjue qui avait pour lui une grande majorité de voix. Cette fois aussi la double élection donna lieu à des scènes sanglantes dans les rues de Rome, jusqu'à ce que le roi Théodoric, qui professait l'Arianisme et qui résidait à Ravenne, se fut décidé en faveur de Symmaque. Celui-ci donna à son rival l'évêché de Lucéric ; mais le schisme se renouvela quelques années après. En effet, quelques partisans de Laurent accusèrent le pape de quelques crimes auprès du roi, et Pierre, évêque d'Altinum, que Théodoric chargea d'examiner cette affaire, se joignit aux schismastiques. Dès lors on tint deux conciles à Rome en 502 et 503. Le premier (synodus Palmaris) protesta de l'innocence du pape qui s'était soumis volontairement à sa décision ; Eunode remit au second son apologie du premier concile. Laurent fut déposé et condamné au bannissement comme un perturbateur incorrigible. Toutefois son parti subsista encore quelque temps. Le pontificat d'Hormisdas, 514-523, qui lui succéda fut moins agité; ce pape eut la gloire de terminer, en 519, le schisme qui existait entre l'Occident et l'Orient. Jean I mourut en prison en 525 à Ravenne ; il y avait été condamné au retour de sa mission à Constantinople par le soupçonneux Théodoric. Les Romains, par les ordres du roi , furent forcés d'élire son successeur Félix m (ou IV), 526-530. Boniface //, 530-532 et
Jean II, 533 — 535, se succédùrcnl à des courts intervalles. Agapet I dut, par ordre de Théodat, roi des Golhs, se rendre comme médiateur de la paix à Constantinople, où il mourut en ô^Cy.Syh'ère termina ses jours en 540 dans Tile de Palnuiria, oui! avait été e\ilé pour la seconde fois. Le soupçon qu'il entretenait des liaisons avec les Goths, l'esprit vindicatif de l'impératrice et l'ambition de son successeur avaient coopéré h sa perte. Vigile, ordonné en 537, et reconnu comme pape léîjitime en 540, dut rester eu Orient depuis 540 jusqu'en 554 , soit à Constantinople comme prisonnier, soit dans l'exil, et mourut en 555 à Syracuse, au moment qu'il retournait à Rome. Pelage I, 555 — 5G0, eut de la peine à se faire reconnaître, parce qu'on croyait généralement dans le principe qu'il avait \lo\é les articles du concile de Chalcédoine, pour avoir condamné les trois Chapitres, et qu'on le soupçonnait aussi d'avoir contribué à la mort de Vigile. Jean III, 5G0 — 573, vit le commencement de la domination des Lombards en Italie. L'administration de Benoit I, 574 — 578 et de Pelage II, 578 — 590, coincide avec l'époque obscure à laquelle les Lombards bouleversèrent l'Italie. Une de plus grandes lumières de l'Église dans la série des papes fut saint Grégoire le Grand, 590 — 604. D'abord préteur de Rome, ensuite moine, il fut mis par Pelage II au nombre des sept diacres de Rome, et après avoir rempli depuis 579 jusqu'en 584 les fonctions d'apocrisiaire à Constantinople, il fut élevé sur le siège pontilical par le consentement unanime du clergé et du peuple malgré sa vive résistance. Ses épîtres, dont il nous en reste encore 840, montrent avec quelle activité infatigable il embrassait à la fois l'Orient et l'Occident, combien il se donnait de peines pour défendre la Foi contre les Ariens, les Donatistes, les schismatiques et j)Our maintenir la discipline, et avec quelle sollicitude paternelle il s'intéressait, dans les temps les plus difliciles, au bienêtre tant spirituel que temporel des peuples. 11 travailla avec succès à la conversion des Lombards et des Anglo-Saxons dont les uns étaient adonnés à l'Arianisme et les autres au
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Paganisme; il défendit avec fermeté et dignité les pauvres habitants des provinces impériales contre l'oppression de la cour de Byzance. Malgré ses souffrances continuelles et la Hiulliplicité de ses occupations, il sut encore trouver assez de temps et assez de forces pour composer plusieurs ouvrages de théologie. De son temps, l'Église romaine possédait déjà, outre ses propriétés situées en Orient, dont le revenu se montait à plus de 100,000 florins, vingt-trois grands patrimoines dans l'Italie centrale et méridionale, àRavenne, dans laLigurie, dans l'Istric, la Balmatie, l'Illyrie, et dans les îles de Sicile, de Sardaigne, de Corse et même dans le midi de la Gaule. Chacun de ces patrimoines très-importants avait un administrateur que l'on nonnnait défenseur ou recteur et qui était ordinairement un des principaux ecclésiastiques de Rome. A une époque où l'on était menacé de la part des Lombards, et où l'Empire grec était réduit à une impuissance complète, le pape était encore accablé du fardeau de l'administration de Rome et devait pourvoir à tous les besoins de cette ville. C'était à lui de supporter les frais occasionnés par la guerre qu'on faisait aux Lombards , de procurer le blé nécessaire à la subsistance des Romains, et de soigner les affaires et les négociations avec la cour impériale. De cette manière il était déjà dans le fait aussi souverain temporel de Rome. Les papes exerçaient en outre un pouvoir politique dans l'Italie grecque môme; c'est ainsi qu'Honorius I nomma deux gouverneurs à ÎS'aples et leur donna des instructions sur la manière d'administrer cette province.
Sabinien, 604-605, Boniface III, 606 et Boniface IV, 607- 614, se succédèrent rapidement. Les deux premiers avaient été, de même que saint Grégoire, diacres et apocrisiaires à Constantinople. En général , on élevait alors à la dignité pontificale plutôt les diacres que les prêtres , parce que ceux-là , étant en petit nombre, prenant part aux affaires politiques importantes et remplissant de hautes fonctions, jouissaientd'une plus grande influence. Ce fut Boniface IV qui , du consen-
lenient de l'empereur Phocas, chanj^ea le Panthéon d'Agrippa et une église dédiée à tous les Saints. Adéodat ou Deusdedit, Dieudonné, G15— 618; Boniface V, G19-625; Honorius I, 625- 638 , dont la gloire fut ternie par la conduite qu'il tint dans les alTaires du Monothélisiueet }»ar l'anathènie prononcé contre lui par le sixième concile. i\lais Séverin, qui fut sacré en 640 après un long relard occasionné par la cour impériale et qui mourut deux mois après, redressa l'erreur de son prédécesseur en rejetant rEclhèsc et le Monothélisme. C'est ce que firent aussi les papes suivants : Jean IV, 640-642, qui chercha en outre à justifier Honorius dans une apologie qu'il écrivit, et Théodore, 642-649, grec, natif de Jérusalem. Martin I, 649- 655, souffrit à cette occasion le martyre. Eugène I fut élu pape en 654 par les Romains qui craignaient que l'empereur ne cherchât à leur imposer un évêque monothélitc , pendant que Martin se trouvait encore en captivité , et cette; élection obtint même l'approbation de ce dernier. L'histoire nous fournit peu de renseignements sur les derniers papes de cette époque, si l'on n'en excepte la part qu'ils prirent aux discussions et à la conclusion des affaires du Monothélisme : ces papes sont Vitalien, 657-672; Adéodat II, 672-676; Donus ou Damnus , 676-678, ci Agathon, sicilien de nation, 679-682.
Le Primat.
Epistolœ Rom. Pontificum a S. Clémente ad S. Xystum III, éd. Petr. Constant., Paris, 1721. fol.
A dater du sixième siècle , Eunodius et Cassiodore donnent pour la première fois le nom du Pape [Papa] à l'évoque de Rome exclusivement, tandis que d'autres écrivains le donnent encore indistinctement à tous les évèques jusque dans le dixième siècle. Mais on trouve dès le quatrième et le cinquième siècle assez de dénominations et de titres pour exprimer le pouvoir et la dignité spirituelle du pape. On le nomme le Père des Pères,
le Pasteur et le Gardien du troupeau de Jésus-Chrisl , le Premier de tous les é> cques , le Gardien de la vigne du Seigneur. L'Église romaine s'appelle toujours, par exeellence, le Siège apostolique , la Métropole de toutes les églises , la Pierre , la base fondamentale de la vraie Foi ; l'Église qui , comme s'exprime Prosper, a fait plus de conquêtes par la religion que l'ancienne Rome n'en a fait par les armes , de sorte que cette ville est devenue plus puissante par le siège du Prince des évêques que par la résidence de ses souverains temporels.
1. Le pape comme docteur supreme et comme défenseur de la Foi. Dès le quatrième siècle on était d'accord que les décrets des conciles concernant la Foi, ne pouvaient ressortir tout leur effet que pour autant qu'ils avaient été portés avec la participation ou l'autorisation du^pape. C'est ainsi que le concile de Rome, tenu sous le pontificat de Damase en 372 , déclara que l'assemblée de Rimini , malgré le grand nombre d'évèques qui la composaient, était sans aucune autorité, parce que ni l'évêque de Rome , dont il aurait fallu attendre avant tout l'arrivée , ni Vincent , évéque de Capoue , ni quelques autres , n'y avaient donné leur consentement. Damase fut aussi le premier qui condamna l'hérésie d'Apollinaire , bien qu'elle eût pris naissance en Orient, et suivant le témoignage de Sozomène, ce fut aussi par sa décision que se termina la dispute des Orientaux sur la divinité du Saint-Esprit. Le concile de l'an 381, n'ayant été qu'une réunion d'évèques orientaux, ne fut considéré comme un concile œcuménique que parce que le pape l'approuva; et saint Augustin ne regarda les affaires du Pélagianisme comme terminées, que lorsque les deux conciles d'Afrique curent obtenu la sanction du souverain Pontife. C'est de cette sorte que Roniface , successeur de Zosime , put écrire aux évêques orientaux que l'autorité du Siège apostolique est infaillible, et que celui qui s'y oppose, s'exclut lui-même de l'Église. Déjà Thèodoret lit ressortir l'avantage que possède le Saint-Siège, de ne jamais s'être laissé souiller par aucune hérésie. Pierre, évéque de Ravenne , exhorta Eutvchès à se soumettre avant toutes
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clioses à ce (jiio lo pape décidorait à l'égard de sa doclrinc; ol Avilus, évôqiu'dt' Vionni', appela, en 503, le pape, lepilole du vaisseau de l'Église agité par les tempêtes de l'hérésie. C'est pour celle raison que saint Maxime dit à Pyrrhus (jue s'il voulait ne pas passer pour hérétique, il devait chercher avant tout à contenter le Siège de Rome, et que, dans ce cas, tout le monde le regarderait comme orthodoxe. Vers le même temps, Sergius, évêque de Chypre, déclara qu'en vertu des promesses de Jésus-Christ, le Siège apostolique est la base inébranlable de la Foi. Etienne, évêque de Dora, s'exprima dans le même sens en sa qualité d'envoyé de Sophronius, patriarche de Jérusalem.
2. Comme représentant visible de l'imité de l'Église, l'évêque de Home était le centre, avec lequel chaque évêque devait nécessairement être dans dos relations directes ou indirectes. Quiconque ne communiquait pas avec lui, quiconque n'était pas reconnu par lui , ne se trouvait réellement pas non plus dans l'Église catholique. C'est pour cela que saint Ambroise dit dans une lettre qu'il adressa à l'empereur au nom du concile d'Aquilée, que les prérogatives de la communion de l'Église découlent pour tous de l'Église romaine; et son frère Satyre, étant sur le point de mourir, refusa toute autre assistance que celle d'un évêque qui fût en relation « avec les évêques calholiques, c'esl-à-dire avec l'Kglisc romaine. » Lors des divisions qui troublèrent l'Église d'Antioche, Jérôme ne voulut reconnaître pour évêque que celui que le pape lui indiquerait, par la raison que tous ceux qui ne seraient point attachés au Saint-Siège, y seraient tout aussi étrangers qu'à l'Église même. C'est ce que sentirent aussi les trois chefs de parti ou évêques qui se trouvaient à Antioche, h savoir, Mélèce, Vitalis et Paulin, car chacun d'eux prétendait avoir part à la communion du pape. Dans l'ouvrage (juc Jérôme écrivit contre Ruiin, il lui demande si sa croyance est celle de l'Église romaine; et il ajoute que, dans ce cas, ils sont catholi(jues l'un et l'autre.
Lorsque sous le pontilical d'iiormisdas, on parvint, au bout
de 35 ans, à mettre un terme aux dissensions auxquelles avait donné lieu le patriarche Acace , près de deux mille cinq cents évoques orientaux signèrent un formulaire que leur avait adressé le pape, et dans lequel ils déclarèrent que quiconque n'est point uni en toutes choses au Siège apostolique, est par cela même séparé de l'Eglise.
3. Le pape en rapport avec les conciles. L'empereur convoqua lui-même les six conciles œcuméniques qui eurent lieu à celte époque. On demandait quelquefois, mais pas toujours , le consentement des papes à cet effet. Aucun auteur contemporain ne nous apprend que Sylvestre ait convoqué le concile de Nicée conjointement avec Constantin, mais le sixième concile œcuménique en fait expressément mention. Les légats du pape au concile de Chalcédoine , regardèrent comme un défaut capital du second concile tenu à Ephèse en 449, et comme une faute impardonnable, que Dioscore ait voulu assembler un concile généi-al sans l'autorisation du Siège apostolique, chose dont on n'avait pas encore eu d'exemple. Lorsque Marcien et Pulchérie décrétèrent la tenue du concile de 451 , ils demandèrent préalablement et obtinrent l'autorisation du pape Léon à cet égard, bien que celui-ci cédât a,ux vœux de l'empereur relativement au lieu de réunion. C'est pour cette rarison que les évoques de Mésie dirent plus tard dans une missive qu'ils adressèrent à l'empereur Léon , que les prélats s'étaient réunis à Chalcédoine par ordre du pape Léon. Le cinquième concile que Justinien convoqua sans l'assentiment du pape Vigile, n'était point, dans le principe, un concile œcuménique ; il ne le devintquepar la confirmation du Saint-Siège. De là vient que déjà Pelage II put regarder la convocation des conciles, généraux comme une prérogative inhérente à la papauté. Saint Augustin nous apprend que des conciles particuliers avaient également lieu par l'ordre des papes, puisqu'il dit qu'il se réunit avec plusieurs autres évèques à Césarée, en Maurétanie, en vertu des obligations que leur avait imposées le pape Zosime.
Dans (ous les concilos œcuméniques, le droit dr présvanrr appartenait ineonlestablemenl au pape ou plutôt à ses légats. D'après l'ordre dans lequel Socratc range les prélats qui assistaient au roncile de IVicée, et d'après le témoignage d'Kusèbe invoqué par Gélase, il n'y a pas de doute qu'Hosius, évêque de Cordoue, n'y ail présidé en qualité de légat du pape conjointement avec les prêtres Vitus et Vincent. A Ephèse, Cyrille eut la présidence coinme légat du pape Célestin. Au brigandage d'Éplièse, en 449, Dioscorc se lit donner la présidence par un rescrit de l'empereur, mais tout ce qu'on y lit, n'était-ce pas une violation des droits et de la discipline de l'Église? Aussi Prosper et Victor font-ils, dans leurs chroniques, la remarque que Dioscore s'était arrogé à Kphèse la dignité de primat. Au cx)ncile de Chalcédoine, les légats du pape Léon, Paschasin et Lucence, présidèrent, et les prélats dirent eux-mêmes, dans la missive qu'ils adressèrent au pape, qu'ils avaient dirigé le concile par l'entremise de ses légats, comme la tête dirige les membres. Au cinquième concile tenu en 553, le pape Vigile lut, dès le principe, invité par le patriarche Eutychius à se charger de la présidence , et c'est dans le même but qu'on lui dépêcha bientôt après les trois patriarches avec dix-sept métropolitains. Déjà avant cette époque, Macédonius , patriarche de Constantinople, avait déclaré à l'empereur Anastase qu'il ne ferait rien en matière de foi sans le consentement d'un concile œcuménique , présidé par l'évêque de Rome.
Les décisions que prenaient les conciles généraux en matière de foi , étaient ordinairement précédés d'un décret du Siège apostolique qui leur servait de règle et d'autorité. C'est dans ce sens que s'exprima le concile d'Ephèse en prononçant la sentence contre Nestorius, en ajoutant qu'il le faisait « en vertu des canons et de la missive du pape. » Le même concile se contenta de ratifier, sans autre examen, la condamnation que le pape avait prononcé contre le Pélagianisme. Au concile de Chalcédoine, en prenant une résolution à l'égard de la question dogmatique en litige, on ne s'en rapporta pas au concile tenu
précédemment à Constantinople sous Flavien, mais uniquement à la décision du souverain Pontife. Au sujet de ralïaire d'Eulychès, Cécropius, évêque de Sébaste, déclara au nom des autres évêques que, le pape leur ayant adressé un formulaire, ils s'y conformaient tous et que tous ils l'avaient signé. Le sixième concile déclara également qu'il accédait au formulaire de foi du pape Agathon, et que c'était par là quil triomphait de l'hérésie.
C'est de cet accord des évêques réunis dans un concile général avec les déeisions du Siège apostolique que résulta cette autorité suprême et inviolable des articles de foi sanctionnés par les représentants de toute l'Église catholique. On ne regardait pas non plus comme une chose tout à fait superflue, que le pape confirmât encore en son particulier les résolutions d'un concile,, encore qu'elles eussent été prises avec sa participation. C'est ce que l'empereur Marcien demanda au pape Léon relativement au concile de Chalcédoine, afin qu'il n'y eût aucun doute au sujet de son approbation. Le diacre Ferrand dit que ce n'est que par l'approbation du pape que les décrets du concile de Chalcédoine ont obtenu une force invincible, et il prétend en général que les conciles œcuméniques, et surtout ceux qui sont revêtus de l'autorité de l'Eglise romaine, jouissent de la plus haute considération après l'Écriture sainte. Les Occidentaux qui étaient trop éloignés du siège de ces conciles et qui étaient peu instruits de ce qui s'y passait, préféraient ordinairement s'en tenir à l'autorité plus rapprochée du Saint-Siège. C'est ainsi que le concile d'Orléans, en condamnant en 549 les sectes d'Eutychès et de Neslorius, ne fit que s'en rapporter à la sentence de Rome.
Si c'étaient des conciles particuliers qui avaient à porter des décisions en matière de foi, ils n'obtenaient leur sanction et leur autorité que de l'approbation du pape ; c'est le caâ des décrets portés par les conciles de Carthage et de Milève contre Pelage et Célestius. Les évêques réunis dans ces conciles prièrent le pape d'imprimer à leurs résolutions le cachet de son
autorité suprêmo, parce qu'ils croyaient que les hérétiques s"v soumotiraient plus facilement. On voit par là pourquoi Prosper attribue la première condamnation du Pélagianisme au Siège apostolique ; il savait bien que ces conciles, comme il le dit aussi immédiatement après, avaient fiiit en cela le premier pas; mais leur sentence n'était devenue décisive que par 1 approbation de Rome. C'est ainsi que Flavien de Constantinople supplia aussi le pape Léon de confirmer la sentence que le concile de cette ville avait prononcée contre Eutychès , prétendant que cette mesure rendrait inutile la convocation d'un concile œcuménique.
4. Le pape comme législateur, comme protecteur et comme régulateur des canons. Pour ce qui regarde les décrétales des papes avant Siricc, ce n'est qu'occasionnellement qu'on en trouve quelques notices, puisque Denys le Petit, en commençant sa collection des décrétales des papes, n'en trouva pas, à Rome même, d'antérieures à celles de Sirice. Ce pape fait mention d'un décret que le pape Libère adressa à toutes les provinces et qui défendait de rebaptiser les personnes baptisées par les Ariens. De tels décrets ne s'adressaient ordinairement qu'à un seul évêque ou métropolitain , ou bien aux évéques de plusieurs provinces, et ce n'est qu'après cela qu'ils recevaient une sanction universelle. C'est ainsi que l'épîlre de Sirice à Himère, évéque de Tarracone , renferme des dispositions qui , d'après la déclaration du pape, devaient être suivies partout dans les provinces. Les papes adressaient aussi des décrétales à réglis<' dOrient, témoin l'épître d'Innocent I à Alexandre, patriarche «l'Anlioche, au sujet du sacre des évoques, de la division des sièges métropolitains et de la conduite à tenir à l'égard des clercs qui avaient abjuré l'Arianisme. Les papes veillaient avec une sollicitude paternelle- à ce que les canons existants fussent observés dans toute l'Église; ils en donnaient euxmêmes l'exemple et se référant à l'exactitude scrupuleuse avec laquelle le siège de Rome conformait sa conduite à l'esprit des canons, ils exigeaient à cet égard la même ponctualité de tous
les autres chefs ecclésiastiques. C'est ainsi que le pape Hilaire révoqua de son propre gré un de ses rescrits, dès qu'il apprit qu'il était de nature à blesser les prérogatives du métropolitain d'Ebredununi. Mais quand le bien-être de l'Eglise semblait l'exiger, les papes ne faisaient aucune difficulté d'accorder des dispenses. Dans les cas ordinaires, c'étaient les évéques euxmêmes ou les conciles provinciaux qui accordaient de semblables faveurs, mais l'afljiire était-elle importante ou d'un intérêt plus général , on s'adressait alors au Siège apostolique. Déjà Melchiade avait permis aux évéques donalistes de rester dans leurs diocèses, pourvu qu'ils renonçassent au schisme, de sorte que si dans une ville deux évéques rentraient dans le giron de l'Église, celui qui aurait été sacré le premier resterait en possession du diocèse et le plus jeune passerait à une autre église. Les évéques d'Afrique s'adressèrent plus tard, dans une occasion semblable, au pape Auastase, le suppliant de dispenser du canon du concile de Capoue , les ecclésiastiques donaiistes. Sirice nous apprend lui-même combien de fois il fut importuné , mais en vain, par des laïques et par leurs amis "^ qui désiraient être sacrés évéques contrairement aux canons. Les papes paraissent en effet s'être distingués à cette époque par une grande fermeté à maintenir les lois canoniques et à refuser les dispenses qui n'étaient point basées sur des raisons solides.
5. Prééminence des papes sur les patriarches de l'Orient. En Occident, les métropolitains se trouvaient individuellement dans un rapport direct avec les papes, et ceux-ci exerçaient à leur égard et par leur entremise leur suprême juridiction. Mais en Orient, où l'organisation patriarcale s'était insensiblement développée, c'étaient les patriarches qui étaient directement subordonnés au pape; celui-ci exerçaitsur eux une influence particulière, «t, avec leur concours, y faisait valoir sa suprématie. C'est pour cette raison que les patriarches nouvellement élus demandaient ordinairement au siège de Rome la confirmation de leur dignité, et les lettres formées fformatœ) que les papes
■2-2() HISTOIRE DE LÉGLISE.
adressaient au\ métropolitains, étaient en même temps de véritables lettres de confirmation. C'est ainsi que l'empereur Théodose I , par une deputation composée de courtisans et d'évêques , fit demander au pape la confirmation de Nectaire comme évéque de Constantinople. Chrysostôme envoya dans le même Imt à Rome Acace, évéque de Bérée. Anatolius, évéque de Constantinople fit la même chose; Léon lui accorda enfin deux ans après, sa communion ou sa confirmation, et c'est pour cette raison qu'il dit dans la suite qu'Anatolius était évéque de la capitale par son consentement. C'est ainsi que Maxime fut confirmé par Léon comme patriarche d'Anlioche, et au concile de Chalcédoine, Anatolius déclara au nom de l'assemblée que tout ce qui avait été résolu dans le concile de l'an 449, était de nul effets à la seule exception de l'intronisation de Maxime, parée que le pape l'avait confirmée. Le concile d'Alexandrie pria le pape Simplice de confirmer Jean Talaja comme patriarche de cette ville; il le fit, mais il révoqua sa confirmation sur les représentations de l'empereur Zenon. Les exarques se trouvèrent dans le même rapport jusqu'à ce que le patriarche de Constantinople devint leur supérieur immédiat. Le pape Léon ayant donc déclaré invalide l'élection de Bassien comme évéque d'Éphèse , le concile de Chalcédoine aj)prouva cette sentence, quoique Proclus, évéque de Constantinople, eût reconnu Bassien. — Le pape Gélase pouvait donc dire dans l'instruction qu'il donna à ses légats, que (directement ou indirectement) « la dignité de tous les évèques devait être atïermie cl confirmée par le Saint-Siège. »
Comme supérieur immédiat des patriarches, l'évêque de Rome devait être aussi leur juge légitime, et nul ne pouvait être déposé si ce n'est par une sentence du siège de Rome ou du moins par son consentement. Lorsque les Orientaux eurent déposé saint Athanase à Antioche, le pape Jules leur représenta (|ue, lors même qu'Athanase fût coupabh', ils auraient dû, conformément à l'usage, en référer à lui et attendre sa décision à cet égard. Innocent I cassa la sentence prononcée contre
saint Chrysostôme. Célestin ne déposa Nestorius qu'après lui avoir donné le temps de révoquer ses erreurs ; il chargea ensuite Cyrille de mettre la sentence à exécution, et le concile d'Éphèse se crut obligé de se conformer à la décision du pape relative à Nestorius. Dans ce même concile, Juvénal de Jérusalem s'en rapporta à la tradition apostolique et à l'ordre établi, en vertu desquels les évêques d'Antioche devaient être jugés par le Saint-Siège, et le concile lui-même soumit en conséquence au pape la décision de l'affaire de Jean , évéque d'Antioche, et des évèques qui avaient embrassé son parti. Les légats du pape déclarèrent au concile de Chalcédoine que le pape Léon avait déposé le patriarche Dioscore par leur entremise et par celle de ce saint concile. Durant les troubles qui, après la tenue de ce concile, agitèrent l'église d'Orient, Timothée d'Alexandrie, Pierre d'Antioche, Paul d'Éphèse, Acace de Constantinople, furent déposés par les papes , et Euphème prétendant que son prédécesseur Acace ne pouvait être condamné que par un concile général , le pape Gélase répliqua que le Saint-Siège avait le droit de juger les évèques en dernière instance, comme Acace lui-même l'avait reconnu en approuvant et eu exécutant la sentence du pape contre d'autres, et qu'en outre le pape avait agi dans l'affaire d' Acace en sa qualité de protecteur et d'exécuteur des décisions du concile de Chalcédoine. Anthime qui, au moment où il fut élevé sur le siège episcopal de la capitale, avait promis de faire tout ce que le pape lui prescrirait, fut néanmoins déposé en l'an 536 par le pape Agapet comme fauteur des Monophysites, et même sans 1 intervention d'aucun concile, et le pape sacra Mennas à sa place.
D'un autre côté, le premier siège de la chrétienté était censé jouir, dans la personne de l'èvèque de Rome, de la prérogative de n'être jugé par personne. Il est vrai que le concile tenu à Rome sous Damase se référa, dans une missive qu'il adressa k l'empereur Gratien, à l'ancienne coutume d'après laquelle l'èvèque de Rome, dans le cas que son affaire ne fut point soumise à un concile, devait se justifier devant le conseil d'état.
±22 msToiuE DE l'kglisk.
mais colle disposition no so rapportait naturolloment qu'à des (lôliis riviîs ou }M)Iitiquos, [^orsquc lo roi Thôodoric rouvorpia un roncilo on 501 pour ju<;or lo papo Symniaqui" qui était aocusô do quelques crimes, les évoques observèrent que le papo lui-même devait les convoquer et qu'il était inouï que le chef de l'Kpflise dût se soumettre au juffoment do ses inférieurs. Enfin ils déclarèrent son innocence devant les hommes et abandonnèrent le reste au jugement de Dieu. Ennodius, diacre et ensuite évoque de Pavio, prétond dans son ajwlogie de ce concile do Rome, qu'un con(-ile qui a à juger des alTaires importantes [causaa majores) ne peut être convoqué que par l'autorité du pape ou quo du moins il doit être confirmé par lui. A cette même époque, Avitus de Vienne écrivit au nom des évêquos des Gaules, au Sénat romain que le pape, en sa qualité do supérieur, no pouvait point être jugé par d'autres et qu'en lo mettant en j^ugement on ébranlait tout l'épiscopal.
(). En vertu de leur primauté, les évêquos de Rome jouissaient du droit de recevoir des appels et de les juger en dernière instance. Les prêtres n'obtenaient pas facilement l'autorisation d'appeler do leur condamnation au siège do Rome, puisqu'ils étaient jugés en dernier ressort par les conciles provinciaux; mais les évoques pouvaient le faire, bien que les papes, dans les temps ordinaires, admissent rarement les appels dos évêquos (}ui occupaient dos sièges peu importants. Cependant lorsqu'il s'ttgissait do s'opposer à la tyrannie d'une puissante faction hérétique et de protéger l'Eglise opprimée dans ses chefs orthodoxes, les papes usaient de touti; la plénitude do leurs droits. C'est ainsi que lo pape Jules accepta les appels des patriarches, métropolitains et évêquos, Alhanase, Marcollus d'Ancyre, Asclépas de Gaze, Lucius d'Andrianople et d'autres qui avaient été chassés par les Ariens, et rendit à chacun son église. On a interprété de temps à autre le 15" canon du concile d'Antioche do Tan 3 il , connue s'il interdisait aux évêquos l'appel aux •oncilos proviruiaux. Cependant il ne contient qu'une modification en vertu de laquelle l'admission des évêquos d'une autre
province, ordonnée par le canon précédent, ne peut pas avoir lieu, dans le cas que le concile soit parfaitement d'accord relativement au jugement prononcé contre le coupable. Mais quelques années après, le concile de Sardique donna au droit d'appel une forme plus précise et l'étendit sur tous les évoques. Dans son troisième et cinquième canon , il chargea le pape de faire examiner derechef la cause par les évéques de la province voisine, dans le cas qu'un évêque condamné par le concile provincial en fasse la demande, ou de leur adjoindre un ou plusieurs évéques autorisés par lui, dans le cas qu'il en ait appelé formellement en seconde instance au Siège apostolique. Si l'accusé ne demandait qu'une nouvelle révision de son affaire, il pouvait en appeler encore au pape en troisième instance, et conformément au quatrième canon, l'évéché ne pouvait être occupé que lorsque le pape avait donné sa décision. Ce règlement fut d'autant moins observé en Orient qu'un très-petit nombre d'évéques orientaux avait pris part à sa rédaction ; ce qui n'empêcha pas certains évéques orientaux , parmi lesquels il y en avait d'autres que les patriarches , comme Chrysostôme, Flavien et Jean Talaja, d'en appeler au pape, lorsqu'ils étaient déposés par suite de discussions en matière de foi. C'est la conduite que tint en 357 Eustathc, évêque de Sébaste, après qu'il eut été déposé par le concile de Mélitine en Arménie. Le concile de Tyane, eu vertu d'une missive du pape dans laquelle ce jugement avait été cassé, le rétablit aussitôt dans son diocèse. De la môme manière le concile de Chalcédoine respecta le jugement du pape Léon , auquel Théodoret, évêque de Gyr, avait appelé. Entre les années 418-426 il s'éleva entre les évéques d'Afrique et le siège de Rome des contestations au sujet de l'extension et de l'usage du droit d'appel. Le concile tenu à Carthage en 393 avait interdit aux prêtres et aux clercs mineurs d'appeler à Rome; cependant le pape Zosime admit l'appel du prêtre Apiarius; il envoya des légats en Afrique, en invoquant les canons du concile de Sardique qu'il fit passer par erreur pour ceux du concile de Nicée. Les Africains qui ne connaissaient plus lesdéci-
-2-i iiiSToiRK DE l'Église.
sionsduconcilodcSardiquc, (iront venirdel'Orientdescopiesdes d('Ti\'ls du <on(ilo de Nicéo et defend iront dorochof aux prôtros l'apjx'! au-dolà dos mers, (^opondanl lo papo Célostin s'inléross;» ép:aloment en faveur do l'indigne Apiarius et chargea l évoque Fausiin, son lép:a(, de chorchor à lo rétablir. Mais les crinios do cet honinio luront olaironiont dévoilés dans un oonoile qu'Aurélius convoqua à cot oiTot à Carthage, et les évoques écrivirent ensuite au pape avec un peu d'aigreur en le priant de ne plus accorder d'appel aux prêtres, de ne pas môme adinotlro trop légoroniont et conlraireniont aux droits des instances inférieures, les appels des évoques, et de ne pas recevoir dans la communion de rÉglise un évèijuo excommunié en Afrique, avant que son aflairo ne fût suflisamment examinée et jugée. Jusque-là ils étaient dans leur droit, mais ils allèrent trop loin , lorsqu'exaspérés par la partialité de Faustin , ils voulurent contester aussi au papo lo droit d'envoyer des légats on Afrique. On ignore c<' que Célostin leur répondit; tout ce que nous savons, c'est que plusieurs évêques d'Afrique appelèrent encore au pape après comme avant ces discussions. Augustin cite les évoques Priscus, Victor, Laurent, Antoine de Fussale, qui lo liront ; plus tard l'évêque Lupicin qui avait été condamné en Afrique, en appela au pape Léon qui lo reçut dans la communion de l'F^glise. Dans le code de l'église d'Afrique, comme on l'appelle, on trouve à la vérité le canon du second concile de Milovo qui, on interdisant aux prêtres les appels au-delà des mers, établit comme troisième instance, les conciles d'Afrique et les primats en ajoutant : « comme il a été ordonné souvent à l'égard des évoques;» mais par là on n'entend point une défense faite aux évoques d'app(;lor à Home, car une |)aroille défense n'ovistait pas; mais on veut dire que rassemblée plénière dos évêques avec les primats qui, d'après les canons, était pour les évêques la seconde instance, était la troisième et la dernière pour lo reste du clergé.
7. A celte immense sphère d'activité ajoutez encore les rapports qu'on adressait fréquonunent au siège de Rome sur
des affaires importantes, ainsi que les avis qu'on lui demandait sur des articles de foi et de discipline douteux ou contestés. Les conciles faisaient particulièrement ces sortes de rapports, témoin celui de Sardique qui trouva bon et convenable « que les évéques des différentes provinces lissent des rapports au chef, c'est-à-dire au siège de saint Pierre. » Quo des conciles tout entiers consultaient quelquefois le pape, c'est ce qui résulte entre autres du rapport de saint Jérôme qui dit avoir été chargé par le pape Damase de répondre aux consultations des conciles d'Orient et d'Occident. Le même Père demanda au pape s'il fallait parler d'une ou de trois hypostases en Dieu. L'empereur Justinien écrivit qu'il insistait particulièrement à ce que tout ce qui regardait les affaires de l'Église fût adressé à l'évêque de Rome en sa qualité de chef de toutes les églises. — Du reste, les papes avaient la coutume de consulter préalablement leur clergé sur chaque affaire importante, et lorsqu'il s'agissait d'une affaire du plus haut intérêt, ils réunissaient à Rome un concile composé des évéques suburbicaires.
Pour remplir leur haute mission , les papes étaient souvent obligés d'envoyer dans les contrées lointaines de la chrétienté des légats ou plénipotentiaires, chargés de certaines commissions et revêtus d'un pouvoir particulier. C'est ainsi que ie pape Léon envoya l'évêque Luculentius et le prêtre Basile à Constantinople, afin d'y travailler de concert avec Anatolius, évoque de cette ville , au maintien de la foi menacée par le brigandage d'Éphèse et de réconcilier avec l'Eglise ceux qui s'étaient laissé égarer. Il envoya un autre evêque en Afrique, pour avoir des renseignements sur certains abus qui s'y étaient glissés dans le sacre des évéques. Antérieurement Lucifer de Cagliari et Eusèbe de Verceil avaient été dépêchés par le pape Libère vers l'empereur Constance, et ce ne fut probablement qu'en sa qualité de légat du pape que Lucifer osa sacrer Paulin comme évêque d'Antioche. Peu de temps après, saint Basile, dans une lettre adressée à Athanase, exprima le désir que l'évêque de Rome envoyât en Orient des légats capables d'ar-
ranger los affaires de l'ÉiiUse. Plus tard le patriarche Acaee lut doI(''<;ni'' par le siéf^c de Rome, pour mettre tout en œuvre alin de rétablir dans les autres patriarcats l'ordre troublé par la sectedes Monophysitcs ; mais il s'acquitta mal de sa mission. Vers l'an Gi3, le ptipc Théodore chargea Etienne, évèque de Dora, en qualité de légat, de déposer les évéques monothélites de Palestine, et le pape Martin I donna un pouvoir encore plus étendu à Jean , évéque de Philadelphie ; il le chargea notamment d'ordonner, (îu sa qualité de plénipotentiaire du Siège apostolique, des évéques, des prêtres et des diacres dans les villes des patriarcats d'Antioche et de Jérusalem. — Les apo- « Tisiaircs ( Responaalcs ) qui, à dater du temps de l^éon le Grand, étaient chargés de poursuivre à la cour impériale les affaires du siège de Rome et qui étaient les organes et les médiateurs permanents entre les empereurs et les papes, formaient une autre espèce de légats. Les autres patriarches avaient aussi leurs apocrisiaires à Constantinople, et ceux du pape n'avaient en général aucun pouvoir ecclésiastique , bien que le diacre Pelage, que le pape Agapet y avait laissé en cette qualité, eùl pris la plus grande part en 541 à la déposition de Paul d'Alexandrie et à l'intronisation de Zoile, son successeur. En conséquence, l'empereur Constantin Pogonat demanda aussi au pape un envoyé qui put remplacer le paj)c dans tout ce qui concernait le dogme et d'autres affaires ecclésiastiques et qui fût plutôt un légat revêtu d'un grand pouvoir qu'un simple apocrisiaire.
Institution des "patriarches et des mélropolitains en Occident.
Les églises j)rimitives et métropolitaines de Rome, d'Alexandrie» et d'Antioche qui, à dater des premiers Umips du (Christianisme, s'élevaient au-dessus de toutes les autres, et qui, comme pnMiiières églises mélropolilaines, exerçaient une grande iniluence et une grande autorité sur une foule
d'églises-filles répandues au loin , furent confirmées dans leurs prérogatives au commencement de cette époque par le sixième canon du concile de Nicée. Ge concile dont la convocation était immédidtement due aux entreprises de Méléce sur les droits de l'évéque d'Alexandrie, déclara que, d'après Tancienne coutume , ce prélat étendrait sa juridiction sur l'Egypte , la Libye et la Pentapole, et que , puisque l'évéque de Rome était revêtu d'une autorité semblable , on devait maintenir dans leurs droits et dans leurs privilèges les églises d'Antioche et celles dos autres provinces. La juridiction d'un de ces évéques qui comprenait plusieurs provinces, se nommait diocèse, l'évéque portait le titre d'archevêque ou d'exarque , et ce ne fut qu'après le concile de Chalcédoine qu'on adopta le titre de patriarch*' emprunté des Juifs , après que le concile eut ainsi appelé l'évéque de Rome. Cependant ces prélats étaient loin d'avoir la même autorité.
1 . L'évéque de Rome , outre la primauté sur toute l'Église , possédait aussi une autorité pa^^riarcale sur une partie de l'Église. C'est pour ce motif que dans le sixième canon dont nous venons de parler, l'autorité de l'évéque de Rome est considérée comme la mesure de celle de l'évéque d'Alexandrie ; et lorsque dans l'exemplaire dont se servirent les légats du pape au concile de Chalcédoine pour donner lecture du canon , le pouvoir suprême de l'église romaine se trouvait exprimé en forme de rubrique (/j eV//.A. P. TravTsts èajt xa. r.pdixziot.) , il ne faut pas entendre par là, comme on l'a fait souvent, la primauté sur toute l'Église, mais seulement l'autorité patriarcale, car les prérogatives des évêques d'Alexandrie et d'Antioche y sont également qualifiées de nfMzeia, et mises en rapport avec celles de l'évéque de Rome. Mais Rome était l'église primitive et apostolique , et par cette raison la seule Église patriarcale de tout l'Occident. Son diocèse patriarcal renfermait l'Italie , les Gaules, l'Espagne, les îles de Sardaigne et de Sicile, et en outre les provinces de l'illyrie orientale et occidentale. Le pouvoir qu'elle exerçait sur les églises de ces contrées était
analogue à l'autorité dont étaient revêtus les patriarches de l'Orient dans les églises de leur juridiction. Voilà pourquoi les évèques réunis au concile d'Arles en 31-i, disent dans leur lettre à Sylvestre qu'il administre <( les plus grands diocèses;» et en effet, son patriarcat se composait de six à sept grands diocèses. Voilà pourquoi Basile nomme l'évéque de Rome le coryphée de l'Occident, de même qu'Augustin donne au pape Innocent le titre d'administrateur de l'Église occidentale. De la même manière Jérôme met en rapport l'Occident et son chef Damase avec l'Egypte et son chef Pierre d'Alexandrie , et nomme dans un autre passage les églises de l'Orient, de l'Egypte et du Siège apostolique, pour désigner les trois patriarcats d'Anlioche , d'Alexandrie et de Rome. Du reste les actes et les règlements des évèques de Rome ne permettent naturellement pas d'établir des limites exactes entre leur pouvoir prima liai et patriarcal; le dernier était étayé et relevé par le premier; lun influait sur les manifestations de l'autre, et tous deux se confondaient souvent ensemble, c'est-à-dire que l'évéque de Rome agissait souvent comme pape à la fois et comme patriarche. Les papes eux-mêmes ne séparaient pas ordinairement les deux pouvoirs d'une manière rigoureuse, bien qu'ils fussent revêtus de Tun et de l'autre en leur qualité de successeurs de saint Pierre , et c'est pour ce motif que , dans des actes qui émanaient directement de leur autorité patriarcale , ils s'en rapportaient le plus souvent à h'ur autorité pontificale.
En interprétant donc le sixième canon du concile de Nicée touchant l'autorité de l'évéque de Rome sur les provinces suburbicaires, Ruflin l'envisage par rapport à la situation dans laquelle se trouva l'Kglise de son temps. A cette époque, c'està-dire vers la lin du quatrième siècle, les papes avaient déjà singulièrement limité leur ancienne autorité métropolitaine ou patriarcale j)ar l'institution de vicaires apostoliques et par rétablissement ou l'admission de métropoles ecclésiastiques; ce n'était que sur les provinces suburbicaires, c'est-à-dire sur les dix provinces de l'Italie centrale et méridionale y compris
la Sicile (la Sardaigne avait déjà son métropolitain dans la personne de l'évêque de Cagliari), qu'ils exerçaient encore une pleine juridiction métropolitaine , en sorte qu'ils sacraient tous les éréques de ces provinces, et que ceux-ci, comme dit Gélase, ne pouvaient bénir ni églises, ni oratoires sans une permission spéciale du Siège apostolique. Le rapport dans lequel l'évoque de Rome se trouvait à l'égard de ces provinces, pouvait donc être comparé , du temps de Ruffîn , à celui où se trouvait l'évêque d'Alexandrie à l'égard de l'Egypte , dont tous les évêques, ordonnés par lui, se trouvaient complètement subordonnés à son autorité.
Dans le reste de V Italie, l'église de Milan obtint en premier lieu, probablement peu de temps avant saint Ambroise, la dignité métropolitaine. Bientôt après, vraisemblablement sous l'évêque Chromace, l'église d'Aquilée eut la même prérogative, et les papes permirent à ces deux métropolitains de se sacrer réciproquement, parce qu'il était diflicile de se faire sacrer à Rome à cause du grand éloignement de cette ville et des difficultés du voyage. Cette mesure resta en vigueur jusqu'au schisme des trois Chapitres, après quoi l'évêque de Milan recevait toujours le sacre des mains des évêques de sa province, mais jamais sans l'approbation du pape. Ces deux métropolitains se partageaient les sept provinces de l'Italie septentrionale, jusqu'à ce que, vers l'an 430, l'église de Ravenne fut aussi érigée en une métropole en vertu d'un décret du Siège apostolique et du désir de l'empereur Valentinien III. Ceci eut lieu sous l'évêque Jean Angèloptes , et son successeur immédiat, Pierre Chrysologue, fut sacré par le pape soit comme métropolitain, soit parce que jusqu'ici les évêques de Ravenne avaient dc-jà été sacrés à Rome. Jean, évêque de Ravenne, avoue aussi dans une lettre qu'il adressa au pape Grégoire le Grand que son église a obtenu tous ses privilèges du siège de Rome. Vers l'an 660, lorsque Ravenne était le siège de l'exarchat, l'évêque Maurus entreprit de délivrer son église (non de la suprématie du pape, mais) de l'autorité patriarcale de l'évêque
230 IIISTOIRK DE LEGLISE.
do Uomo. Coinmo sjriofs contre le siège de Rome on allégua (jue les évè(iues de Jlavenne, en se rendant à Rome pour y recevoir le sacre, y étaient retenus trop longtemps, qu'ils devaient payer un certain cens pour pouvoir porter le pallium et qu'on les obligeait à se rendre animell(;menl à Rome. Il ne fut pas dillicile à Maurus d'obtenir de l'empereur Constance qui était exaspéré contre Rome, un décret qui déclara autocéphale l'évéque de Ravenne, et le pape Yilalien lui-même confirma ce dé(;rel par un document autbenliquc. 3Iais sous Tévèque Théodore et sous les papes Agathon et Léou II, la qualité d'autocéphale fut retirée à l'évéque de Ravenne; le type du pape Vitalien fut rendu, l'empereur Cojistantin révoqua le rescrit de son prédécesseur Constance, et l'on décida que les évéques de Ravenne ne resteraient désormais que huit jours à Rome à l'occasion de leur sacre, et qu'ils ne seraient plus tenus de s'y rendre eux-mêmes chaque année, mais qu'ils n'auraient qu'à y envoyer leur nonce. — Les Vénitiens demandaient ordinairement aussi leur évéque au siège de Rome, comme on le voit par une épître du pape Honorius.
L'institution métropolitaine ne fut introduite non plus dans les Gaules que vers la lin du quatrième siècle. De là vient que, dans le texte latin des canons du concile de Sardique, on attribue encore aux évéques voisins ce que le texte grec attribue aux métropolitains; de là vient qu'au concile de Valence tenu en 374, Phebade, évéque d'Agen, dont l'église n'avait jamais été érigée en une métropole, eut la présidence; et les transactions du concile de Turin de l'an 401 montrent clairement que l'instilulion métropolitaine n'était alors encore ([u'unc nouveauté ([u'on venait d'introduire. Ce qui le montre encore, c'est la dispute des évéques d'Arles avec ceux de Vienne au sujet de cette autorité dans la province Viennoise, ainsi que l'état chancelant du droit de sacrer les évéques qui alors était encore exercé par [)lusieurs évéques. Ce débat fut terminé d alK)rd par le pape Zosime en 417 en faveur de l'évéque d'Arles. Celui-ci, en sa qualité de successeur de saint Trophime, qui y
avait été envoyé d'abord de Rome, devait notammenl exercer la juridiction métropolitaine sur trois provinces, la Viennoise et les deux Narbonaises. Zosinie dépouilla en même temps Hilaire, évêque de Narbonne, de son autorité métropolitaine sur la première Narbonaise, prétendant qu'il l'avait extorquée au Siège apostolique, cassa le décret du concile de Turin qui avait assigné la seconde Narbonaise à Proculus, évéque de Marseille, et déposa enfin cet évéque à cause de sa résistance opiniâtre. Mais les papes subséquents Boniface et Céleslin , partant du principe que chaque métropolitain ne devait avoir qu'une seule province, ou que les provinces ecclésiastiques ne devaient pas être plus considérables que les provinces civiles, ôtèrent à l'église d'Arles les deux Narbonaises. Il arriva ensuite qu'Hilaire, évéque d'Arles, déposa, dans un concile qu'il présida , l'évêque d'une province étrangère, nommément Chélidoine, évoque de Besançon. Celui-ci en appela au pape, auquel l'évêque Projectus avait également porté des plaintes contre Hilaire de ce que, de son vivant, il avait sacré son successeur. L'accusé s'était même rendu à Rome, mais voyant que ses affaires prenaient une mauvaise tournure, il avait abandonné aussitôt la ville. Le pape, indigné de cette conduite, le dépouilla en 445 de ses droits de métropolitain sur la province Viennoise, elles conféra à l'évêque de Vienne. L'empereur Valentinien lil publia en même temps un édit qui ordonnait aux évêques des Gaules et des autres provinces (de l'Occident) de se soumettre en tout à l'autorité du Siège apostolique et de comparaître devant lui à la première sommation. Hilaire chercha humblement à apaiser le pape, et après sa mort en 449 , les évêques de la province, en se référant à la mission de saint Trophime à Rome, supplièrent Léon de rendre à Ravennius, nouvel évêque d'Arles, les privilèges que les papes avaient accordés ou confirmés précédemment à cette église. Le pîfpe partagea ensuite la province entre l'évêque d'Arles et celui de Vienne. Les évêques d'Arles, en qualité de vicaires ou délégués du siège de Rome, avaient aussi obtenu de lui une espèce de primauté sur les
('îïliscs (les Gaulos. En vortu de cette primauté, ils avaient le droit de convoquer des conciles composés de toutes les provinces ou d'un ijrand nombre, de délivrer au\ prêtres ([ui étaient obligés de voyager, des lettres formées ou de recommandation 'formatas), d'exercer une surveillance générale sur ces églises et de iiiire au pape un rapport sur ce qui s'y passait de plus important. Léon avait ôté à Hilairc le droit de convoquer des conciles et l'avait cédé à Léonce, évéquc de Fréjus; mais on le rendit bientôt après aux évéqucs d'Arles, et le pape Hilaire reprocha déjà à Léonce d'Arles d'avoir gardé le silence sur l'intrusion d'Hermas dans l'église de Narbonne, en lui disant que la province où cela avait eu lieu appartenait à sa (( monarchie. » En nommant ainsi un vicaire dans les Gaules, en limitant et en partageant ainsi les provinces, en donnant ou en retirant le pouvoir métropolitain et en se réservant l'approbation de la déposition des évéques, les papes exerçaient une autorité patriarcale diflérente de celle de la primauté. Après le baptême de Clovis, Remy, évéque de Reims, fut aussi revêtu de la dignité de vicaire apostolique des églises situées dans le nouveau royaume des Francs. Cependant les papes continuèrent à accorder aussi cette faveur aux évéques d'Arles durant le sixième siècle.
L'institution métropolitaine ne se développa en Espagne que pendant le quatrième siècle, et I'evetjue du premier siège , mentionné dans les décrets du concile d'Elvire, n'était que le plus âgé parmi les évéques. Depuis la lin de ce siècle, il y eut dans ce pays cinq églises mélr(»})olilaines, à savoir celles de Tarracone, d'Hispalis, d'Emerita, de Toletum (ou Carthagène avani sa destruclion?) et de Bracara. En 569 on y ajouta une sixième, celle de l^ugo, après que le concile de Lugo eut partagé la province de Gallœcia en deux métropoles. Que l'évêquc de Rome coopéra au moins à rétablissement et à la div ision de ces mé- Iropoles, c'est ce qui résulte des plaintes que les évéques d'Espagne élevèrent contre Sylvain qui avait sacré un évéque au mépris des ordres du pape.
On ne peut point méconnaître l'autorité patriarcale du pape dans les dispositions qu'il prit relativement aux évoques espaffnols, telles qu'on les trouve dans la missive que le pape Innocent adressa aux évêques réunis au concile de Tolède, et dans la demande que lui firent les évéques d'Espagne de vouloir confirmer la translation de l'évèque Irénée sur le siège de Barcelone, ce qui fut néanmoins refusé. En l'an 465, Ascanius, évêque de Tarragone , et ses suffragants accusèrent Sylvain , évoque de Calahorra, auprès du pape Hilaire, d'avoir sacré des évéques sans la permission du métropolitain; Hilaire confirma le sacre illégal de ces évéques.
Les évéques de Rome eurent aussi des vicaires en Espagne. Simplice nomma en 442 Zenon, évéque d'Hispalis ( Seville 1 , vicaire des provinces de Bétique et de Lusitanie. Déjà antérieurement, en l'an 447, le pape Léon avait donné des pouvoirs particuliers à Turibius, évéque d'Astorga, à l'effet de convoquer un concile contre le Priscillianisme. En général le vicariat apostolique n'était point attaché en Espagne à ces églises particulières, et son extension juridique n'était point partout la même. C'est ainsi qu'Hormisdas avait aussi confié de semblables fonctions à Jean , évéque d'Ulice. Ces vicaires avaient ordinairement la mission de veiller à l'observance des décrets synodaux et pontificaux, ainsi qu'au maintien des droits des métropolitains et d'informer le pape des affaires les plus importantes. Ils jouissaient encore de la prérogative de réunir en un concile les évéques des provinces étrangères. Lorsque le concile de Brague de l'an 563 ordonna de se conformer entièrement, dans la liturgie de la messe, à la règle que le métropolitain Profuturus avait reçue du Siège apostolique, on reconnaît également en cela l'autorité patriarcale de Rome. Il paraît que les évéques de Rome n'eurent point de vicaires en Espagne pendant le septième siècle. Depuis la conversion de Reccared, l'église d'Espagne fut florissante et bien administrée; ses évéques, zélés et instruits, tinrent souvent des conciles nationaux, dans lesquels on décida les cas qui se présentaient, d'après les ca-
234 HISTOIRE DE LKGLISE.
nons dos conciles elles décrets des papes [Synodalia et decretalia constiluta ]. Copciulanl (irégoirc le Grand intervint dans les aflairos dEspaiinc, lorscjuo deux éyèques, Janvier de Malajja et Etienne, eurent été déposés par l'autorité séculière; il chargea le prêtre Jean Defensor, qu'il envoya à ce sujet en Espafine, de rétablir ces évéques dans leur dignité, dans le cas qu'ils fussent innocents.
Si les papes permettaient facilement que, dans les Gaules et en Espagne , les évéques fussent (►rdonnés par leurs métropolitains et ceux-ci par les conciles provinciaux, il n'en était pas de même dans Vlllijn'e orientale. Cette contrée appartenait à l'Occident et comprenait deux diocèses, ceux de Macédoine et de Dace. Le premier renfermait six provinces, à savoir: l'Achaie, la Macédoine, l'île de Crète, la Thessalie, l'ancienne et la nouvelle Épire ; le second en comprenait cinq : les deux Daces, la Mésie, la Dardanie et la Prévalitaine. Déjà le pape Damase nomma, durant le quatrième siècle, l'évèque de Thessalonique, vicaire apostolique de ces provinces, et les papes subséquents firent la même chose. A cause des rapports particuliers dans lesquels se trouvaient les provinces Illyriennes , et parce qu'on pouvait s'attendre à ce que l'évèque de Constantinople cherchât à se les attacher à l'aide de l'empereur, le vicaire du patriarche de Rome y fut revêtu d'une plus grande autorité ([u'ailleurs. D'après les instructions de Sirice , nul évêque ne pouvait y être sacré si ce n'est de son consentement, soit par lui-même, soit par un autre évêque autorisé à cet effet. Cependant Sixte 111 et Léon autorisèrent les métropolitains à sacrer leurs suflVagants, et ne réservèrent à leur vicaire qu(^ le sacre des métropolitains, ce qui prouve que le système métropolitain s'était développé sur ces entrefaites. Une missive du pape Léon adressée aux métropolitains de ces provinces , leur enjoint d'obéir à son vicaire en tout ce qui se rapporte à ses attributions. Ce vicaire avait le droit de «onvoquer les évéques de toutes les provinces; toutefois les afTaires important(;s et les appels devaient être adressés au
siège de Rome. C'est ainsi que Périgène, qui précédemmenl avait été sacré évéquc de Patra^ , ne fut élevé sur le siège de Corinthe que par le consentement du pape Boniface, à qui les Corinthiens avaient adressé une supplique à cet égard; et quelques évêques des environs ayant voulu examiner d'abord , dans un concile, les droits de Périgèiîe sur l'église de Corinthe, reçurent du pape de fortes réprimandes. C'étaient peut-être les mêmes évêques qui, l'Illyrie orientale ayant été incorporée depuis peu dans l'Empire d'Orient, avaient obtenu en 421, de concert avec le patriarche Atticus, de l'empereur ïhéodose II, un rescrit, en vertu duquel les cas douteux ne pouvaient être décidés dans ces provinces sans l'intervention de l'évêque de Constantinople. Cependant rempereur Honorius pria son neveu de révoquer cette mesure qui empiétait sur les privilèges que leurs ancêtres avaient accordés à l'église romaine, c'est ce qui fut fait immédiatement après. Depuis lors l'Illyrie resta jusqu'au règne de l'empereur Léon l'Isaurien , sous la dépendance du patriarche do Rome. Le vicariat de Thessalonique fut interrompu par la participation des évêques André et Dorolhée au schisme d'Acace. Les papes leur refusèrent cette dignité, et en l'an 516, quarante évêques illyriens et grecs se séparèrent de Dorothée, afin de rester en communication avec leur patriarche de Rome. Une nouvelle tentative que le patriarche Epiphane de Constantinople fit à l'occasion des contestations qui s'élevèrent au sujet du sacre d'Etienne, évêque de Larisse, pour étendre son influence sur ces provinces, resta sans succès. Dans un concile tenu à Rome à cette époque, en 531, sous Félix II , Théodose , évêque d'Echiné en Thessalie , établit clairement la différence entre la primauté et l'autorité patriarcale de l'évêque de Rome, en disant que le Siège apostolique s'arroge avec droit la suprématie sur les églises de tout l'univers, que les appels de toutes les parties de l'Eglise doivent lui être adressés et qu'il s'est réservé particulièrement l'administration des églises de l'Illyrie. Cependant le vicariat de Thessalonique perdit de son extension, depuis que Justinien obtint du
pape Vigile la permission de partager l'IUyrie et de soumcllrc les provinces où l'on parlait le latin, avec la seconde Macédoine, à la juridiction de l'évèque de sa ville natale, Justinianea Prima, en sa qualité de vicaire apostolique, tandis que les provinces où le grec était la langue dominante restèrent au pouvoir de l'évèque de Thessalonique. — Dans la Dalmatie qui faisait partie de rillyrie occidentale, le métropolitain qui était l'évèque de Salone , était sacré par les évoques de la province, mais jamais sans le consentement et sans la permission du pape, comme on le voit par les épîtres de Grégoire le Grand. L'autorité patriarcale de l'évèque de Rome dans les provinces de rillyrie orientale, ne pouvait point être basée, comme en Italie, dans les Gaules et en Espagne, sur la dépendance des églises-lilles à l'égard de l'église primitive et métropolitaine, car il y existait des églises qui étaient aussi anciennes ou plus anciennes que celle de Rome; elle doit donc y avoir été introduite par une institution apostolique ou par une réserve particulière des premiers successeurs de saint Pierre. L'église d\ifr{que était sans doute une église-fdle de Rome, et cependant il y a moins de traces et d'indices de l'autorité patriarcale qu'y exerçait le siège de Rome que dans le reste de l'Occident. Que vers l'an 313, les évèques Eunome et Olympe, envoyés sans doute par le siège de Rome, arrivèrent à Carthage pour mettre lin au schisme qui y régnait par le sacre d'un nouvel évéque; que le concile de Zella, tenu en l'an 418, emprunta plusieurs de ses canons à une dècrèlale du pape Sirice; que le pape Agapet rendit en 535 à l'évèque de Carthage l'autorité métropolitaine qu'il avait perdue durant la persécution des Vandales : tout cela et plusieurs autres événements s'expliquent facilement par la primauté du pape; et quand on considère que les papes ne furent jamais représentés en Afrique par un vicaire apostolique; et que l'église de cette contrée avait des rapports et des institutions particulières et tout à fait différentes de celles du reste de l'Occident, on est en droit de supposer qu'elle a été reconnue de bonne heure comme autocéphale. Ce
qui distingue parliculièremeiit l'église d'Afrique, c'est d'abord le nombre disproportionné de ses évèques ; car en l'an ill il y eut cinq cent dix évêques catholiques, ainsi plus que dans tout le reste de l'Occident; ensuite c'est sa constitution métropolitaine particulière; car dans les six provinces, danslesquelies l'Afrique septentrionale se divisait depuis le règne de Constantin, à savoir : l'Afrique Proconsulaire, la Numidie, laByzacène, la Tripolitaine et les deux Mauritanies , les évèques qui , en vertu de leur sacre, étaient les plus anciens, remplissaient les fondions de métropolitains sous le nom de primats ; en sorte que lorsqu'on 401 deux évêques de Numidie se disputèrent la primauté, la décision de cette affaire ne dépendait que de la question de savoir qui des deux avait été sacré le premier. Cette organisation subsistait encore sur la fin du sixième siècle et avait, selon la remarque de Grégoire le Grand, cet inconvénient résultant du trop grand nombre d'évêchés que le primat résidait quelquefois dans un village ou dans une métairie. Nul ne pouvait être ordonné évêque dans une province sans le consentement de ces primats qui convoquaient les conciles et qui recevaient les appels des prêtres. L'évêque de Carthage avait la primauté dans la Province Proconsulaire et exerçait une espèce de suprématie sur toutes les autres provinces. Il |M)uvait convoquer un concile général de toutes les provinces, recevoir les appels des décisions des primats; il adressait des instructions générales aux évêques, coniirmait les primats, visitait les provinces et envoyait aux églises qui s'adressaient à lui à cet effet, des évêques et des prêtres ordonnés par lui.
Pour traiter et décider les affaires ecclésiastiques, les évêques de Rome se servaient du concours des conciles qu'ils convoquaient ou régulièrement chaque année, ou pour des cas extraordinaires. Les conciles particuliers dont ils faisaient le plus fréquemment usage, se composaient des prêtres romains et des évêques voisins et formaient le véritable consistoire du pape. Jusqu'à la fin du quatrième siècle les évêques de toute l'Ilaiie assistaient aux conciles métropolitains, mais plus tard, lorsqu'il
238 insroiRK dk l'églisf.
y cul (les inélropoles dans l'Ilatie scplentrionalc, les évcquos de rilalie cenlraleel méridionale assistaient seuls à ces conciles. Le concile tenu en 342 sous Jules I et celui de 386 convoqué par Sirice, et se composant de quatrc-vinp^ts évêques, étaient des réunions de cette espèce. C'étaient de grands consistoires qui avaient lieu chaque année, et c'est en conséquence de leurs délibérations que, dans les contestations occasionnées par Nestorius, Acace, Pierre Mongus et d'autres, les papes adressèrent des lettres synodales aux églises d'Orient. Cependant la ilécision délinitive des affaires sur lesquelles on avail à délibérer dans ces conciles, appartenait toujours à l'évéque de Rome; c'est ce que déclara le concile de Rome tenu en l'an 484 sous Félix 111, en disant que toutes les fois que les évêques s'assemblent en Italie pour des affaires ecclésiastiques, c'est ordinairement Tévèque de Rome qui , en sa qualité de chef des évêques, règle tout; et en signant les actes de ce concile, les évêques déclarèrent suivre l'autorité du Siège apostolique. C'est pour celle raison qu'il est dit au commencement des actes du concile tenu par Grégoire le Grand : « Nous, Grégoire, ordonnons à cel e^ard. » Outre les évêques Italiens, ceux des Gaules, de l'Espagne, de rillyrie, de la Grande-Rretagne, assistaient au concile patriarcal qu'assemblait I'evecjue de Rome, Ces évêques étaient convoqués par les vicaires du Siège apostolique ou simplement par des lettres de convocation du pape (comme le cas se présenta lors du concile général convoqué en Espagne par Léon I), pour des conciles nationaux, qui faisaient alors en quelque sorte partie du concile patriarcal de Rome. C'est pour([uoi il est dit dans la lettre synodale dogmatique, que le pape remit au\ légats qui se rendirent au sixième concile œcuméni(jue : a Agathon, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, avec tous les conciles soumis au concile du Siège apostolique. » H avait nommément convoqué peu de temps auparavant des conciles nationaux dans la Gaule et ailleurs, dont les membres se présentèrent au concile patriarcal ([u il assembla à Kome. In concile réuni dans les limites du patriarcat de Rome avait-il à
(lélihcrer sur quelque article de foi , cela n'avait en général lieu que du consentement du pape. « Sans l'autorisation de l'évoque de Rome nous ne pouvons pas nous occuper d'aucun article de foi, )) disait Pierre Chrysologue, métropolitain de Ra venue, dans sa lettre à Eutychès. L'évéquc de Rome confirmait, en sa qualité de chef de l'Église, les grands conciles de rOrient; mais le consentement de tout l'Occident étant renfermé aussi dans celui du patriarche occidental; ces conciles, quoique les évoques occidentaux n'y assistassent pas ou qu'ils le lissent en très-petit nombre, étaient néanmoins regardés comme œcuméniques dans tout l'Occident.
Comme patriarche, l'évêque de Rome donnait ordinairement le pallium à des prélats distingués. Cet ornement pontifical qui n'a jamais consisté en un manteau , mais qui est formé d'une bandelette étroite et qui en général ne se mettait que pendant la célébration de la Messe, ne devait pas être dans le principe la marque d'une dignité particulière, et s'accordait aux métropolitains et quelquefois aussi aux simples évéques, car nous voyons que le pape Grégoire 'le Grand le donna à l'évêque d'Autun. Les premiers exemples d'une pareille distinction remontent au commencement du sixième siècle, le pape Symmaque l'ayant accordé à Césaire, évêque d'Arles , et au métropolitain Théodore de Laureacum. Toutefois cet ornement est plus ancien, puisque le pape, en le conférant, s'en rapporte à la coutume de ses prédécesseurs. D'après un rapport consigné dans le Liber Pontificalis , le pape Marc l'accorda en 336 à l'évêque d'Ostie comme consécrateur de l'évêque de Rome. Les papes donnaient ordinairement le pallium aux évêques , dont les prédécesseurs l'avaient déjà porté, et seulement à la demande expresse qu'on leur en faisait. Si Vigile et Grégoire le Grand, en le donnant à des évêques Francs pour lesquels les rois Francs l'avaient sollicité, demandèrent le consentement de l'empereur, ce ne fut que pour dissiper les soupçons de la cour de Ryzance, qui, dans cette intercession des rois Francs, pouvait voir des relations inconvenantes entre les papes et des princes
240 iiisroiRK DE l'église.
étrangers. Du reste, il paraît que Grégoire fut le premier (jui accorda le pallium aux métropolitains comme un signe de conlirmation.
Con.<tllu(ion patriarcale et métropolitaine dans l Orient. Les patriarches de Constantinople.
1. Au commencement de cette époque, l'évêquc d'.-l/f.ra/i- É/ne, dont l'Eglise avait reçu ses prérogatives de son fondateur saint Marc, et qui par l'entremise de celui-ci les tenait de saint Pierre, occupait le premier rang après l'évéque de Rome, et était par conséquent le premier prélat de lOrient. Les églises de lEgvpte, de la Théhaide et de la Libye lui étaient tellement soumises qu'il sacrait tous les évéqucs et qu'il ordonnait aussi, comme bon lui semblait, les prêtres pour desservir les différentes églises. De là vient ([ue dans son diocèse il n"v avait pas de métropolitains proprement dits et que les évêques «les chefs-lieux de provinces n'avaient pas plus de pouvoir que le patriarche ne leur en avait coniié, comme Svnésius, é\êque de Ptolémaïs, capitale de la Cyrénaique, le dit en parlant de lui-même. Celle dépendance était si grande, que les évèques égyptiens se jetèrent aux genoux des prélats assemblés à Chalcedoine pour les prier de ne pas les forcer à signer la lettre du pape, disant que toute l'Egypte se soulèverait contre eux comme contre des proscrits, s'ils se permettaient de faire un pareil pas sans l'autorisation de leur patriarche.
'2. Le diocèse patriarcal de l'évéque d'Antioe/ie comprenait la Cilicie et l'Isaurie, la Syrie, la Phénicie, lArabic, l'Euphratesie, rOshroène et la Mésopotamie. Lile de Ch>pre paraît avoir appartenu anciennement au diocèse d'Antioche; c'est du moins ce (jue prétendit Alexandre, évéfjue d Antioche, dans sa lettre au pape Innocent, auprès du((uel il se jilaignil en même tenqjs de ce (fue les Chypriens s'étaient séparés de lui pendant les troubles causés par l'Arianisme. Ceux-ci décla-
SECONDE ÉPOQUE. — CIIAP. V. 241
rèreni au contraire au concile d'Ephèse, en 431 , d'avoir été toujours indépendants du siège d'Antioche, et celte assemblée, qui était justement en désaccord avec l'évêque d'Antioche, déclara autocéphale le métropolitain de Constance, « à moins que l'évêque d'Antioche n'eût pour lui l'ancienne coutume. » La Palestine ne dépendit jamais du siège d'Antioche, bien que Jérôme ait prétendu déduire cette dépendance du sixième canon du concile de Nicée. La prééminence de l'cglisc d'Antioche et la puissance de son siège provenaient de l'apôtre Pierre qui l'avait occupé pendant quelque temps, mais cette puissance n'était pas aussi considérable que celle du patriarche d'Alexandrie. Dans le patriarcat de l'Orient, la constitution métropolitaine était complètement organisée , et le patriarche ne sacrait qne les métropolitains des provinces qui étaient de sa juridiction , tandis que ceux-ci sacraient leurs suffragants. Il est vrai que le* pape Innocent écrivit à l'évêque Alexandre pour lui recommander de ne pas permettre aux autres évêques de sacrer sans une permission spéciale de sa part, de sorte que ceux qui seraient le plus éloignés seraient sacrés en vertu de pouvoirs donnés par écrit aux métropolitains, et que ceux qui seraient plus rapprochés, le seraient par lui-môme ; mais cette disposition ne fut jamais observée en réalité. L'évêque Jean fut le premier qui sacra des évêques dans les provinces, dont les métropolitains nestoriens s'opposaient opiniâtrement à la paix conclue avec Cyrille, et Théodoret se plaignit alors amèrement de cette violation des droits métropolitains.
3. Les évêques de Césarée, d'Êphèse et à'Hérach'e eurent ou reçurent aussi, pendant le quatrième siècle, dans différents diocèses, une autorité analogue à celle du patriarche d'Antioche, autorité qui leur fut confirmée par le canon du concile de l'an 381 . L'évêque de Césarée avait l'administration du diocèse du Pont qui comprenait les provinces de Galatie, de Bithynie, de Cappadoce, de Pontus Polemoniacus, d'Hélénopontus et de Petite- Arménie. Il sacrait ordinairement le Catholique de la Grande- Arménie jusque vers le milieu du cinquième siècle. Le diocèse
HIST. DE I.'ÉGUSE. — T. I. 11
■2v2 HISTOIRE DE L EGLISE.
de l'Asie auquel apparlenaienl les provinces de l'Asie, de rilellespoiil, (le la j'ainpli\lie, de la L\(lie, de la Phrygie, de la Carie, de la Pisidie, de la Lyeaonie avec les îles voisines, dépendait, depuis le temps des Apôtres, de la métropole d'Éphèse, et le diocèse de la Thrace, c'est-à-dire l'Europe (Byzance), la Thrace, Hœmimontiuin, Rhodope, la Mésie inférieure et la Scylhie, fut soumis pendant peu de temps à l'évèque d'Héraclée.
L'évêque A'/Elia, ville bâtie à l'emplacement de Jérusalem après sa destruction, dépendait avec les autres évéques de Palestine, du métropolitain de Césarée ; mais son église comme église apostolique jouissait d'une antique prééminence, qui lui tut confirmée par le concile de Nicée à la réserve des droits du métropolitain de Césarée. Bientôt il s'éleva entre les évéques d\ïlia, qui avait de nouveau reçu le nom de Jérusalem, et ceux de Césarée, des contestations au sujet des prérogatives de leurs sièges; Cyrille succomba encore sous les efforts d'Acace qui était soutenu par les Ariens , et au concile de Diospolis en 415, auquel assista Jean de Jérusalem, l'évèque de Césarée eut encore la présidence. En revanche, Juvenal de Jérusalem non-seulement s'arrogea la juridiction de l'évèque de Césarée Nur les évéques de Palestine, mais empiéta aussi sur le diocèse de l'évèque d'Antioche (jui avait justement alors perdu beaucoup de son crédit par suite des discuss'ions au sujet du Nestorianisme; et soutenu peut-être par un rescril impérial, il sacra des évéques en Phénicie et en Arabie. Ce différend fut apaisé au concile de Chalcédoine au moyen d'une transaction passée entre Juvenal et Maxime d'Antioche et approuvée par les légats du pape. En conséquence la Phénicie et l'Arabie restèrent sous la juridiction du patriarche d'Antioche, et l'évèque de Jérusalem eut l'administration des trois provinces de Palestine, de Judée, de Saniarie et de Galilée avec une autorité patriarcale. Depuis lors Jérusalem fut regardée comme la cinquième des églises patriarcales.
Les evecjues de liyzanie, aujourd'hui Constantinople , res-
SECONDE ÉPOOl E. — CIIAP. V. 243
lèrent encore quelque temps après que celle ville fui devenue la capilale de l'Orienl, sous la juridiction des évoques d'Héraclée; loutefois pendant les Iroubles occasionnés par l'Arianisme, les liens qui allachaient les deux églises se relâchèrent considérablement, et Jean Chrysoslôme, après que Pierre d'Alexandrie eut occupé pendant quelque temps le siège de Conslanlinople, fui sacré par Timothée, successeur de ce dernier. Déjà le concile de l'an 381 avait, par son troisième canon, accordé le premier rang, après l'évèque de Rome, et la prééminence sur les évêques d'Alexandrie et d'Anlioche, à l'évèque de la capitale, parce que Constantinople était considérée comme une nouvelle Rome : celte disposition fui désapprouvée par les papes, accueillie avec indifférence par les évèques d'Anlioche, et avec indignation par ceux de l'Egypte. C'est pour cette raison que Dioscore reprocha à ceux d'Anlioche d'avoir sacritié les prérogatives communes aux deux églises. Quoique ce canon ne confère aux évêques de la capilale aucune juridiction particulière, et qu'il ne leur assigne aucun diocèse particulier, cependant plusieurs circonstances semblenl dès lors concourir à leur procurer une telle puissance, et particulièrement le concile permanent (sW/jasyra) , que les évèques, qui habitaient la capitale pour différentes affaires, composaient sous leur présidence cl auquel les diocèses voisins s'adressaient volontiers. Non-seulement Chrysoslôme avait la direction des diocèses de la Thrace et du Pont, mais, invité par les évèques de l'Asie, il passa à Éphèse, y tint un nombreux concile, y déposa six évêques convaincus de simonie et sacra, outre leurs successeurs, un nouvel évêque d'Éphèse. Théophile n'oublia pas de faire mention dans la suite de ces innovations illégales lors de l'accusation qu'on lui intenta; mais les évêques qui occupèrent après le siège de Conslanlinople, poursuivirent la route qui leur avait été tracée. Il est vrai que les tentatives que fit Alliens pour soumettre l'Illyrie orientale à sa juridiction, échouèrent, mais en revanche il obtint un rescril de l'empereur qui défendait de sacrer les évêques de l'Asie mineure et de la Thrace
sans son consentement, et Ion ne tarda pas à voir sacrer la plupart du temps les métropolitains de ces trois diocèses, à Constantinople. Ce furent particulièrement ceux du diocèse de l'Asie qui , par suite de la confusion qui régnait dans l'église d Éphèse et de la mauvaise conduite de ses évêques, se soumirent volontairement au siège de Constantinople. Dans le patriarcat d'Antioche même Anatole osa exercer un pouvoir presque illimité , en partageant la Phénicie en deux diocèses métropolitains, en menaçant l'évêque de Tyr de l'excommunication et de la déposition et en sacrant à Constantinople un évoque d'Antioche. Il paraissait donc conforme aux rapports déjà existants que le concile de Chalcédoine, dans son sixième et son dix-septième canon, accordât à quiconque avait à se plaindre de son métropolitain la permission d'en appeler soit au primat du diocèse, c'est-à-dire aux évêques d'Éphèse et de Césarée dans le Pont, soit à l'évêque de Constantinople. Cette <oncession ne contenta pas encore l'ambition des Byzantins : l(»ur église devait être une église patriarcale proprement dite et même la première de l'Orient; elle devait ê(re, autant que possible, pour l'Orient ce que Rome était pour l'Occident. Une occasion favorable d'atteindre ce but paraissait se présenter vers la fin du concile. Par la déposition de Dioscore, le siège d'Alexandrie était vacant; Maxime d'Antioche devait son nitronisation à Anatole; Thalasse de Césarée avait été sacré par lui; Éphèse était sans évêque; l'évêque d'Héraclée était absent; dans ces circonstances le clergé de Constantinople vovant que du grand nombre de prélats qui avaient assisté au concile, il ne restaifplus qu'environ deux cents évêques, parmi lesquels il n'y en avait aucun de l'Egypte, résolut enfin d'insister sur la rédaction d'un canon en faveur de son église. Les légats du pape étant déjà partis, personne ne s'opposa à leurs prétentions, et un nouveau canon, le vingt-huitième, ordonna, en se référant au canon du concile de 381, conçu dans les mêmes termes, que la nouvelle Rome qui, comme résidence des empereurs et comme siège du sénat, jouissait des mêmes
prérogatives que rancienne, devait aussi être élevée comme celle-ci sous le rapport ecclésiastique, en occupant le premier rang après l'église romaine, et que les métropolitains des diocès<;s du Pont, de l'Asie et de la Thrace et les évèques des parties de ces diocèses occupées par les barbares devaient èJre sacrés par le patriarche de Constantinople.
Comme autrefois le sixième canon du concile de Nicée avait confirmé la dignité patriarcale de l'évéque d'Alexandrie en se référant à la prérogative de l'évéque de Rome, ainsi l'on eut aussi recours en ce moment à la dignité patriarcale de l'église de l'ancienne Rome pour justifier la concession de semblables droits qu'on faisait à l'église de la nouvelle Rome. Mais afin de pouvoir faire cela avec quelque apparence de vérité, il fallut représenter ces droits comme des privilèges « que les Pères avaient accordés aux évoques de l'ancienne Rome en sa qualité d'ancienne capitale, de résidence des empereurs et de siège du sénat. « On ne fit aucune mention des prérogatives que le primat de Rome exerce sur toute l'Église : c'est aussi ce que les commissaires de l'empereur firent valoir dans la séance subséquente contre la protestation des légats, en disant que la prééminence de l'évéque de Rome sur tous les autres {-npo TravTwv ta TroooTsta) restait intacte et que le canon en question accordait à l'évéque de Constantinople le même rang (en sa qualité de patriarche) et l'autorité patriarcale sur les trois diocèses. Dans sa lettre au pape, le concile assura aussi que par son canon il n'avait fait qu'ériger en loi l'ancienne coutume, d'après laquelle l'évéque de Ryzance sacrait les métropolitains des trois diocèses , et confirmer la décision du concile de 381, qui lui accordait le premier rang après l'évéque de Rome. Il est possible que les Byzantins aient dès lors conçu l'idée de soumettre insensiblement les patriarches d<' l'Orient à ceux de Constantinople, et de donner à ceux-ci dans les diocèses d'Antioche et d'Alexandrie le même pouvoir que celui que le pape exerçait en Occident; mais il paraît qu'il ne fut pas question, ni alors, ni même dans la suite, de se mettre en
'2l{') HISTOIRE DK LKGLISE.
opposition aver \v pape liii-nirnic, ni d'occuper le même ranjr (jue lui. Le concili', Tempereur Marcien et Anatole même avouèrent dans la lettre (juils adrt;ssèrenl à Léon, que la résolution relative au nouveau rang de l'église de Constantinople, devait d'abord être approuvée par Je pape; Anatole déclara tormellement, même après que Léon eut déjà désapprouvé le ( anon, que toute sa lorce et sa validité dépendaient de l'assentiment du pape. Les patriarches subséquents, tout eu faisant valoir leur prééminence dans l'Orient, reconnaissaient la primauté du pape et s'y soumettaient sans la moindre difliculté. Anthime, à son intronisation , prit sur lui de faire tout ce que ré\êque de Home lui prescrirait et manda au\ autres patriarches qu'il obéissait en tout au Siège apostolique. Meruias, de son côté, dit au concile de 536 : a comme vous le savez, nous obéissons en toutes choses au Siège apostolique,» et l'empereur Juslinien déclara aussi dans ses lois qu'il ne permettait pas (|ue, dans les affaires ecclésiastiques, il fût pris aucune décision qui ne fût préalablement revêtue de la sanction du pape, en sa (jualilé de chef des èvêques.
Léon approuva la protestation que ses légats avaient faite contre le vingt-huitième canon et qu'ils avaient adressée au ( oncile dès le lendemain ; il rejeta avec fermeté le canon même, prétendant qu'il était contraire au sivième canon du concile de Nicée, qu'il anéantissait l'ancienne hiérarchie des patriarches et qu'il dépouillait les primats des diocèses de leurs prérogatives; il exhorta aussi les patriarches d'Alexandrie et d'Anlioche à s'y opposer, et lit en sorte ([ue l'empereur Marcien renonça au canon , qu'il donna des éloges au pape pour avoir maintenu avec courage et persévérance les lois ecclésiastiques , (pie l'Occident le rejeta d'un consentement unanime, et que les Grecs eux-mêmes jusqu'à Photius ne l'insérèrent point dans leur collection des lois canoniques. De là vient que Théodore le Lecteur et Jean le Scolasti(|ue, encore au sixième siè«le, n<î » ilcnl (jue vingt-sept canons du concile de Chalcédoine. Cependant Acace entreprit de faire revivre l'autorité que ce canon
donnait à son siège ; il eut à lutter contre le parti des Monophysites ayant à leur tète l'empereur Basilisque; mais cette circonstance même lui fut favorable, parce que celte oppftsition ne paraissait êîre qu'une suile de la condamnation (juc les Monophysites avaient prononcée contre tout le concile de Chalcédoine, et il lui fut facile d'obteiyr en 476 de l'empereur Zenon, un rescrit qui rendit à son siège ses anciens droits et privilèges dans toute leur extension. Dès lors les évèques de l'Asie lui demandèrent humblement pardon de ce qu'ils avaient cherché à se soustraire à son autorité. Mais ayant atteint son but, il rejeta le concile de Chalcédoine comme auteur de l'Hènotique, et fort de la protection de l'empereur, il exerça une autorité tyranniquc à Antioche et à Alexandrie même, en intronisant et en déposant arbitrairement les patriarches de ces églises. Dans la suite quelques patriarches d'Alexandrie e( d'Antioche furent également sacrés par le patriarche de Constantinople, et Libérât, diacre de l'église de Carthage, observe vers l'an 560 que le Siège apostolique rejette toujours le vingthuitième canon, qui toutefois a de la validité par la protection des empereurs. Il fut aussi confirmé par le concile m Truilo en 692 en vertu de son trente-huitième canon.
Les évêques de Constantinople exprimaient les prétentions qu'ils formaient sur la suprématie ecclésiastique de tout l'Empire Romain d'Orient en prenant le titre de patriarches œcuméniques ; les Grecs donnaient notamment le nom à'oly.ovu.eyr, à leur empire. Ce titre avait été conféré d'abord au pape Léon au concile de Chalcédoine; mais Justinien le donna déjà dans un rescrit au patriarche Épiphane de Constantinople, et dans les conciles de 518 et de 536 les papes Jean et Mennas en furent décorés à dilTèrentes reprises. Jean le Jeûneur s'arrogea ensuite le droit d'assembler dans la capitale un concile général des évêques orientaux, dans lequel il avait l'intention de faire examiner la cause de Grégoire, patriarche d'Antioche, et se donna dans ses lettres de convocation le titre de patriarche œcuménique. Le pape Pelage II blâma cette double usurpation
et du titre (qu'il traduisit par les mois de palriarc/ta unicersaliij et de la convocation d'un concile œcuménique ([u'il prétendait être la prérogative du Siège apostolique. Grégoire le Grand s'opposa avec plus de zèle encore à ce titre qui lui paraissait avoir ou du moins admettre ce sens, que l'évèque de Constantinople était un évéque œcuménique, c'est-à-dire le seul véritable évéque, el que les autres évéques de l'Empire grec, comme étant ses vicaires, n'avaient qu'une autorité déléguée. C'est pourquoi il refusa lui-même ce titre, lors(jue Kuloge, patriarche d'Alexandrie, le lui eut donné dans une lettre qu'il lui avait adressée. Quoique donc ni Jean ni son successeur Cyriaque ne voulussent pas renoncer à un titre si ofiensant pour le pape, eux-mêmes et les empereurs reconnurent cependant à différentes reprises qu(; le siège de Constantinople était soumis à celui de Rome. Au milieu de ces contestations, Jean, prêtre de Chalcédoine, avait appelé au pape d'une sentence prononcée par le patriarche, et le patriarche envoya même les pièces à Rome pour le jugement qui devait y être rendu. Le pape Boniface III paraît enfin, après que les remontrances de Grégoire furent restées infructueuses auprès de l'empereur Maurice, avoir obtenu de son successeur Phocas un rescrit qui défendit au patriarche delà capitale de prendre ce litre; car c'est dans ce sens qu'il faut prendre le rapport (ju'on trouve dans les biographies des papes et dans Paul diacre : à savoir que Phocas accorda à l'église de Rome la primauté que celle de Constantinople s'était arrogée sur toutes les églises. Il est vrai qu'on ne respecta plus ce rescrit après la mort de Phocas; toutefois le patriarche Georges s'abstint, au sixième concile, de prendre un titre qu'on lui contestait el qu'en revanche les légats du pape donnèrent à celui-ci dans les signatures qu'ils apposèrent aux actes de ce concile.
Depuis le règne de Constantin, on voit qu'on fait partout des efforts dans l'Orient pour mettre la division de l'Eglise en diocèses mélropolilains et en patriarcats, en rapport avec la (li^ision administrative de l'Empire. Le concile d'Antioche
avant 341, établit en principe que l'administra tien ecclésiastique de la province appartenait à l'évétjue de la mélropoie civile, « parce qu'elle était le rendez-vous de tous ceux qui y avaient des affaires. » Les limites et la division politiques étant exposées à des changements fréquents, cette circonstance devint la source d'une foule de contestations et de prétentions ambitieuses parmi les membres du clergé. Lorsque Valens partagea la Cappadoce en deux provinces , l'évoque de Tyane, Anthime, s arrogea aussitôt les droits de métropolitain sur la nouvelle province, tandis que Basile défendait les droits constants de son église sur toute la Cappadoce, Alexandre d'Antioche soumit au pape Innocent la question de savoir si la division ecclésiastique des provinces doit se conformer chaque fois aux changements de la division politique ; ce que le pape rejeta comme une sujétion inconvenante de l'Église aux vicissitudes des affaires temporelles. Le concile de Chalcédoine défendit aussi aux évéques de s'arroger l'autorité méifropolitaine à la faveur d'un rescrit impérial qui partageait une province en deux parties. C'est ainsi que Théodose II partagea la Phénicie, afin d'élever l'évêque de Bérytc à la dignité de métropolitain de la nouvelle province, innovation qui fut alors anéantie par le concile, du consentement de Marcien , en sorte que l'évêque de Tyr rentra dans ses droits de métropolitain de toute la Phénicie. Cependant le principe, en vertu duquel la constitution ecclésiastique devait se régler d'après la constitution politique, resta, à quelques exceptions près, dominant dans les églises de l'Orient ; les prétentions des patriarches de Constantinople se fondaient là-dessus, quoique les Grecs eussent encore recours plus tard à la fable de la fondation de l'église Byzantine par l'apôtre André.
La première et la plus importante prérogative des métropolitains, dans l'Orient comme dans l'Occident, fut et resta celle en vertu de laquelle ils confirmaient l'élection des évéques suffragants, les sacraient ou les faisaient sacrer. D'après le sixième canon du concile de Nicée, nul ne pouvait être consi-
2Ô0 HISTOIRK DK l'kGLISF..
(Icrr roniint' évoque, à moins d'avoir rapprohation du métropolilaiii; cependant le métropolitain, en donnant son approhalion , devait se conformer à l'avis de la majorité de ses évéques. Le ((Muile provincial, d'après une loi souvent renouvelée, s'assemi)lait deux fois par an par ordre du métropolitain qui y {•résidait et qui, de concert avec ses membres, réglait les alîaires ecclésiastiques de la provinc(r et jugeait les plaintes portées contre les évéques, ainsi que les contestations qui s'étaient élevées entre eux. Le concile ne pouvait s'assembler ni prendre aucune résolution sans lui ; lui , de son côté, ne pouvait rien ordonner d'important sans l'assentiment du «oncile; il ne pouvait pas sacrer seul les évéques, mais il devait s'adjoindre à cet effet plusieurs évoques de la province et laisser à chacun la libre administration de son diocèse. En r(>vanche, le métropolitain administrait les sièges vacants de Si province jusqu'à ce qu'ils fussent de nouveau occupés, ou en confiait l'administration à l'un ou l'autre évéque voisin.
Les évéques el leurs diocèses. Les chorévèques et les curés. Le reste du c/eryé.
On avait décidé, il est vrai , au concile de Nicée par rapport aux évéques novatiens qui rentraient dans le giron de l'Église, qu'il ne devait y avoir qu'un seul evecpie dans une ville, toutelois il était permis aux évéques, affaiblis par l'âge el accablés d'inlirmités ou d'occupations, de prendre des coadjuteurs revêtus de la dignité épiscopale. C'est ainsi que Maxime de .lérusalem a^ait pris Macain', .Jean d'Apamée Etienne, el Valère d'IIippone saint Augustin pour coadjuteur. D'un autre côté, le sixième canon du concile de Sardique ordonna que, flans les bourgades et les villages dans lesquels un seul prêtre était suffisant, il ne serait pas établi d'évéque, alin <jue la (lignite épiscopale ne tombât pas dans le mépris; toutefois
dans l'Orient et en Afrique, il y avait plusieurs évèchés qui ne se composaient que de petites bourgades et de leur banlieue; ear chaque évêque pouvaif, avec l'autorisation du métropolitain et du concile provincial, partager son diocèse, connue le lit entre autres saint Augustin. Les métropolitains même élablissaient quelquefois de nouveaux évèchés, conune nous en avons un exemple dans Basile qui chercha à réparer le préjudice que lui causèrent les prétentions d'Anthime, en établissant aussi des évéques dans des localités peu considérables.
On renouvela souvent la loi en vertu de laquelle un prêtre ou un laïque, nmni d'une attestation ou d'une lettre de communion de la part de son évéque, était admis à la communion dans un diocèse étranger. La prédication aux olïices continua d'être une des prérogatives des évéques. Dans l'Orient, les prêtres prêchaient aussi par ordre et en présence des évéques; mais dans l'Occident, Augustin fut le premier qui comme prêtre prêchât à llippone. Déjà Chrysostôme compte parmi les principales fonctions des évéques, celle de visiter leurs diocèses ; ils administraient ordinairement à cette occasion le sacrement de la confirmation, dont avaient besoin ceux qui avaient été baptisés par des prêtres ou par des diacres.
Chaque évêque devait avoir au moins trente ans ; cependant on en élisait quelquefois de plus jeunes en raison de leurs qualités éminentes ou des grandes espérances qu'ils donnaient, tels que Athanase, Remy de Reims et d'autres. Plus souvent encore on s'écartait de la règle d'après laquelle l'évêque devait être pris dans la communauté même qu'il était appelé à administrer ; la communauté elle-même élisait quelquefois un étranger, comme firent les habitants de Verceil qui choisirent comme évêque saint Eusèbe qu'ils n'avaient jamais vu. Une autre loi, qui cependant ne fut pas toujours observée non plus, portait qu'on ne pouvait élire évêque que celui qui, pendant un certain temps, eut passé par les diiïérents degrés de la hiérarchie ecclésiasli(jue inférieure et qui y eût donné des preuves de son zèle et de sa capacité. D'après le dixième canon du concile de
2'y2 HISTOIRE de l'église,
Sar(li([ue, il devait avoir été préalablement lecteur et diacre ou prêtre, et en vertu d'une décrôlale de Sirice, on ne pouvait élire que celui qui avait déjà été lecteur, acolythe, sous-diacre, diacre et prêtre pendant dix ans. Kn général, il n'était pas nécessaire qu'un évêque eût rempli toutes les fonctions de l'état ecclésiastique. Il n'est pas rare de voir que des diacres, même des sous-diacres et dos lecteurs ont été sacrés évêques. Neclain? n'était que néophyte, Ambroise (jue catéchumène, lorsque le choix ton)ba sur eux; mais, dans ce cas, on donnait le plus tôt possible à l'élu les ordres intermédiaires, ("est ainsi qu'il est dit dans la vie de saint Ambroise qu'il remplit d'abord toutes les fonctions ecclésiastiques, et que le huitième jour après il fut sacré évêque, et Épiphane conféra en une matinée d'abord le diaconat, ensuite la prêtrise à Paulinien, frère de saint Jérôme, qui refusait de les recevoir.
D'après l'ancienne constitution chaque évêque devait être élu par la communauté, de manière que le clergé approu>ait cette élection, qu'il décidait dans les cas douteux et que lorsque le choix menaçait de tomber sur une personne indigne, il cherchait à en faire élire une autre. Le concile provincial examinait et approuvait ensuite cette élection, et le métropolitain, assisté de deux ou de trois évêques, sacrait l'élu. Dans quelques localités, les évêques désignaient ordinairement trois personnes parmi lesquelles le clergé et le peuple en choisissaient une, ou en sens inverse, le peuple en choisissait trois parmi lesquelles le métropolitain en ordonnait une. Dans les élections contestées ou partagées, le métropolitain terminait le clillérend. Le lien qui unissait l'évêque à son église, devait être indissoluble comme le lien du mariage; c'est pour celle raison que les conciles de Nicée et d'Antiodu; défendirent les translations, et par celui de Sardique, il fut j)articulièrement inl<;rdit de passer d'une église peu importante à une considérable. Le même concile défendit aux évêques de s'éloigner de leurs diocèses pour plus de trois semaines.
Les chorévéques [Chorepiscopi] qu'on trouve dans l'Orient
sur la fin de la première époque, s'introduisirent aussi en Occident, quoique ce ne fût pas généralement. En Afrique où le nombre des diocèses était si considérable et où par conséquent leur étendue était ordinairement si petite, ils restèrent inconnus. Dans la Gaule, le concile de Riez, après avoir déposé, en 439, Armenlarius d'Embrun, ne lui laissa que le titre de chorévéque, et c'est le premier concile d'Occident qui parle de cette catégorie d'évéques. Le concile de Seville déclara en 620, que les chorévéques sont absolument semblables aux prêtres. Au concile de Laodicée, il fut ordonné qu'il ne serait pas établi d'évéques dans les campagnes et dans les bourgades, mais des visiteurs [-nepio-yevzai.) . On a regardé ceci comme une objection contre l'existence du chorépiscopat en général; mais ces visiteurs dont on fait aussi mention ailleurs, n'étaient probablement autre chose que des chorévéques qui sans cela avaient la charge de visiteurs, et ce concile, de même que celui de Sardiquc, ne cherchait sans doute qu'à défi.'ndre l'établissement d'évéques proprement dits dans les endroits peu considérables. Si donc les chorévéques, avant le concile de Laodicée, avaient été de véritables évéques, ils n'étaient plus après que de simples prêtres en Orient. Quoiqu'on limitai considérablement leur autorité, ils conservèrent néanmoins quelques prérogatives ; ils pouvaient ordonner des clercs mineurs et donner des lettres de paix aux prêtres de leur district ; ils assistaient aux conciles et en signaient les résolutions en mettant leurs noms sous ceux des évéques. On peut aussi conclure du second canon du concile de Chalcédoinc qu'ils étaient ordonnés d'après un rite particulier et cela par un seul évêque. Ce qui prouve combien ils furent nombr(^ux en Orient pendant le quatrième siècle, c'est que saint Basile en eut cinquante sous sa juridiction. La grande différence entre un véritable évêque et un chorévéque consista toujours en ce que ce dernier, qu'il fût revêtu de la dignité épiscopale ou non, ne résidait pas dans son propre diocèse, mais dans un diocèse étranger.
Les paroisses, desservies par des prêtres comme cela se pratique aujourd'hui, ne se trouvaieut qu'à la campagne; dans les villes, les lidèles n'étaient point partagés en plusieurs paroisses, mais n'en formaient tous ensenibh^ qu une seule, (jui ne s'assemblait (ju'à la ealliédrale sous son évèque, pour la célébration du saint sacrifice. Les autres églises dans les villes [ovatoria , maiiijn'a, memoriw) n'étaient pas destinées à la célébration de la messe, mais ne servaient aux fidèles qu'à y chanter et prier en commun. Un prêtre qui formait une réunion de fidèles séparée de son évéque, était par cela même regardé comme schismatique, et lorsqu'il y avait une grande affluence de peuple, on célébrait une seconde messe dans la cathédrale. Le peuple n'était partagé en paroisses qu'à Rome et à Alexandrie, et peut-être dans quelques autres villes considérables. Mais à Rome même, les prêtres qui desservaient les paroisses (//Y////) , dont chacune en avait deux, n'avaieni pas encore, au commencement du cinquième siècle, le droit de consacrer, mais ils ne faisaient qu'administrer l'eucharistie consacrée par l'évêque. A ces exceptions près, il n'y avait d'autres paroisses que celles de la campagne, et le nom de paroisse même {-cf.poiy.ioL) s'employait par opposition aux églises des villes. Les prêtres qui desservaient les églises à la campagne avaient ordinairement aussi le pouvoir de baptiser et de célébrer la messe, tandis que ceux des villes ne pouvaient le faire qu'en vertu d'une autorisation particulière de l'évêque ou d'une délégation pendant son absence. Les revenus des paroisses de la campagne appartenaient entièrement dans le principe à l'évêque, ou s'administraient par l'économe sous son inspection; mais vi\ Afrique, on en dépouilla les évêques dès le <'ommencement du cinquième siècle, et ailleurs on réduisit la part des évêques au tiers ou au (juart des oblations qui se faisaient à la campagne. Enfin le cathedraiicum ou les émolunienls (pie les évêques recevaient |)our leurs visites de chaque église à la camj)agne, fut réduit à deux sous [solidi).
A dater du (pialrième siècle, on appelait Arc/(iprét)i: ,»he/
SECONDE ÉPOOUE. — CHAP. V. 25^
les Grecs Protopresbyter, plus tard protopapas), le prêtre le plus ancien par son ordination, bien que dans l'Orient on accordât quelquefois aussi ce titre à un jeune prêtre. .îérôme est le premier qui emploie cette dénomination. Lorsque l'évêque était absent ou (juil avait de l'empêchement, l'archiprêtre remplissait ordinairement les fonctions de vicaire-général, souvent aussi il lui succédait. Les archidiacres, titre qui fut donné d'abord à Cécilicn de Carthage, jouissaient de prérogatives plus importantes et d'une plus grande inlluence. L'archidiacre était le bras droit de l'évêque. Il paraît que dans le principe il était choisi par les diacres, mais dans la suit(î il était toujours nommé par l'évêque. Il administrait les revenus de l'église et en déterminait l'emploi, sous la direction de l'évêque; il distribuait les aumônes de l'église, il avait même une certaine juridiction sur les clercs mineurs qui recevaient aussi de lui leur instruction; il présentait les ordinands à l'évêque et attestait le mérite de chacun; bref, sou autorité était si grande que c'était lui faire injure que de l'ordonner prêtre. C'est pour cette raison que le pape Léon blâma Anatole d'avoir donné à Constantinople la prêtrise à Aétius, dans le but de l'éloigner de l'archidiaconat et de le priver de son inlluence. — Les défenseurs [iv.^iv.oi), dans l'église grecque, étaient ou prêtres ou laïques. Leurs fonctions consistaient à défendre les églises et les ecclésiastiques devant les tribunaux civils el à maintenir les privilèges de l'église. Ils avaient en outre une espèce de surveillance sur les clercs mineurs.
Pendant le quatrième siècle , l'église grecque comptait parmi les ordres mineurs, les hypodiacres, les lecteurs, les chantres, les exorcistes et les portiers; l'église latine (d'après le dénombrement du quatrième concile de Carthage), les sous-diacres, les acolythes, les exorcistes, les lecteurs et les portiers. (Jn admettait souvent comme lecteurs des enfants de huit à neuf ans, quoique Justinien eut défendu d'en admettre auilessous de l'âge de dix-huit ans. Les chantres ou psalmistes avaient la direction du chant dans les églises, mais ils ne pa-
256 HISTOIRE DE LÉGLISE.
raisseni pas , du moins en Afrique , a\ oir été regardés comme un ordre particulier, puisque les prêtres y avaient le droit de ronférer celte fonction même sans le consentement de l'évéque. Kpiphane compl(^ aussi parmi les clercs mineurs, les heniié-neutes, qui interprétaient au peuple, qui ne comprenait pas le latin ou le grec, les passages de la Bible et les sermons ; ensuite les Copiâtes ou fussaircs (fossariij, qui étaient chargés d'enterrer les morts, surtout les pau>Tes qu'ils enterraient gratuitement. C'est sans doute vers le même temps que furent institués dans les grandes villes, particulièrement à Alexandrie, pour le service des malades, \e^ parabolans, qui étaient aussi une espèce de clercs et qui se trouvaient sous la juridiction des cvèques. — On choisissait toujours pour diaconesses, des veuves d'un âge avancé qui n'avaient été mariées qu'une seule fois, ainsi que de jeunes filles. Dans la Gaule cette institution fut défendue par plusieurs conciles à dater du cinquième siècle ; cependant Médard, au sixième siècle, ordonna encore diaconesse la reine Radegonde. Cet ordre se maintint plus longtemps en Orient, surtout à Constantinople. Le concile in Trullo décida, en 092, que les femmes dont les maris seraient promus à l'épiscopat, seraient ordonnées diaconesses, pourvu qu'elles en fussent dignes.
On ne possédait pas encore d'écoles de théologie, ni d'autres institutions pour l'instruction des prêtres dans l'église occidentale. Dans l'Orient, il existait, à dater du second siècle, une école de catéchèse à Alexandrie, qui , dans le principe , était destinée à l'instruction des catéchumènes déjà assez avancés, mais qui servait en même temps aussi de préparation à ceux qui se destinaient à l'enseignement de la théologie. Depuis l'an 180, Pantwnus, Clément, Origène , Héraclas , Den vs, Piérius, Théognostc s'y succédèrent comme catéchistes, et plus lard on y remarqua aussi Didyme. Le prêtre et martyr Pamphih^ fonda, sur la lin du troisième siècle, une semblahh* école à Césarée en Palestine, et vers le même temps, il y eul aussi à Antioche une école de théologie , dans laquelle le mar-
tyr Lucien, et plus tard Diodore de Tarse, introduisirent, depuis 378, la critique du texte de la Bible et l'exégèse. L'école d'Édesse, où le clergé de la Perse recevait l'instruction, fut fondée par le syrien Éphrem ; après sa dissolution , l'école de Nisibe la remplaça en 489. Dans l'Occident, Cassiodore voulut, de concert avec le pape Agapet, fonder une école de théologie à Romc , mais le bouleversement de l'Italie lit échouer ce projet. En Italie , les curés de la campagne prenaient ordinairement chez eux de jeunes lecteurs pour les préparer à l'état ecclésiastique. Le concile de Yaison chercha en 529 à introduire aussi cette coutume dans la Gaule.
Le témoignage et l'assentiment du peuple étaient encore, au quatrième siècle, d'un grand poids dans l'ordination des clercs supérieurs, et surtout des prêtres. Le peuple manifestait son consentement par ces mots : «Tous en êtes digne! » Ceux qui étaient d'un autre diocèse n'étaient pas facilement admis à l'ordination ; il en était de même de ceux qui avaient déjà été soumis à la pénitence publique , qui avaient fait partie d'une secte hérétique , ou qui , depuis le baptême , s'étaient rendus en général coupables d'un crime. Les ordinations absolues ou indéterminées , telles qu'elles ont lieu aujourd'hui , étaient défendues ; aussitôt qu'on était ordonné , on était attaché à une église et à un service déterminé. Cependant il y a quelques exceptions : Paulin reçut la prêtrise à Barcelone sous la condition qu'il resterait libre et indépendant de cette église , et les moines Barse et Euloge furent sacrés évêques à Édesse sous la même condition. Le concile de Chalcédoine défendit encore en général les ordinations absolues. Les évêques ne pouvaient ordonner personne dans un diocèse étranger, ni les clercs étrangers dans leur propre diocèse. Il arriva souvent au quatrième siècle que des personnes furent ordonnées par force et malgré elles, par la volonté impérieuse du peuple, c'est ce qui arriva à Népotien, à Martin de Tours, à l'anachorète Macédonius , à Augustin , à Paulin de Noie , à Paulinien et à d'autres. Cependant on ne se permettait cela que lorsque la-
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version partait d'un sonliment d'humilité et de modestie. Les canons défendirent dans la suite tes sortes d'ordinations. Une seconde ordination était aussi peu permise qu'un second baptême, et les ordinations des hérétiques ou des schismatiques étaient retrardées comme valables , pourvu qu'elles eussent été faites par des évéques.
Les revenus de l'Église, dans le^ premiers siècles , consistaient dans les oblations volontaires des fidèles, que l'on déposait chaque semaine sur l'autel pendant le saint sacrifice, ou que l'on portait dans la demeure de l'évéque ou dans la caisse de l'église [corhona\ Comme les premières oblations consistaient la plupart du temps en productions de la nature, comme aussi en prémices, et les autres en argent, on distribuait aussi chaque mois les unes et les autres aux clercs. Ces oblations étaient dans quelques églises si considérables, que leur superflu servait à venir au secours des églises indigentes étrangères , c'est ce que fit de bonne heure déjà l'église de Rome. Le diacre lisait à haute voix à l'église, la liste des bienfaiteurs et de leurs offrandes , et les évéques avertissaient de leurs devoirs ceux qui étaient assez avares pour ne pas en faire. Quelques églises paraissent avoir acquis des immeubles pendant le troisième siècle; ils furent confisqués durant la persécution deDioclétien, mais restitués dans la suite. Depuis le règne de Constantin, l'église pouvait acquérir librement des biens meubles et immeubles par achat, par donation, comme aussi par legs, quoique Valentinien I eût cherché à obvier par une loi qui limitait l'acceptation de legs aux captiitions de testaments, par lesquelles plusieurs prêtres se déshonoraient eux-mêmes avec l'Eglise. Par une ordonnance de Constantin , révoquée par Julien , mais remise en partie en vigueur par Jovien , les prêtres recevaient annuellement aussi une certaine quantité de blé des greniers publics. L'administration et l'emploi des biens de l'église étaient confiés à l'évéque assisté des diacres, et bientôt les plus zélés parmi les évéques regrettèrent vivement la perte de temps que leur occasionnait le soin des affaires
domesliques dont le poids les accablait de jour en jour davantage, à mesure que l'édise augmenta ses richesses. C'est pour ce motif que, dans le cinquième siècle, on institua dans l'église d'Orient, les économes qui étaient des clercs , auxquels on confia l'administration des biens de l'église , toutefois sous l'inspection des évéques et sous l'obligation de leur rendre compte de leur gestion. Dans l'Occident, on partagea alors en quatre parties inégales les revenus de l'église, en faveur de l'évéque, du clergé, des pauvres, des bâtiments de l'église et du cult(s et par cette mesure, l'évéque eut constamment le pouvoir de distribuer la part du clergé entre ses différents membres et celle des pauvres entre les différentes personnes indigentes. La liberté d(jnl jouissaient les évéques d'aliéner les biens de l'église, fut d'abord limitée en Afrique , en ce que le quatrième et le cinquième concile de Carthage exigèrent le consentement du clergé et du primat de la province pour la validité d'une telle transaction.
Situation des affaires de l'Eglise dans les nouveaux états yennaniques. Royaumes des Francs et des Visigoths.
Sources : principahinent Grcgorii Turon. /mourut en o9i^ histuria Francorum, recueillie dans Bocqcet, recueil des historiens des Gaules. Paris, 1738. Tom. II. III. IV. fol. — Collectio Canonum ecdesiœ Hi— ^pania?. Madrit., 1808. fol.
Au milieu du bouleversement et de la dissolution des relations et des institutions politiques qui furent la suite de l'invasion des peuples germaniques , l'Église catholique conserva seule toute son énergie et sa puissante influence. Bien qu'elle fût considétablement lésée dans ses possessions extérieures, elle passa néanmoins , sans éprouver la moindre altération dans son essence, des Romains civilisés aux peuples barbares, ou plutôt elle fut l'heureuse médiatrice et réconciiiatrice entre
les vaincus cl les vainqueurs; elle protégea les uns, instruisit, ("leva ot civilisa les autres.
Nulle part une telle puissance protectrice et réconciliatrice ne fut plus nécessaire que dans le royaume des Francs, établi dans les Gaules. Les interminables contestations de famille sous les Mérovingiens , la lutte désastreuse entre les rois «lAuslrasie , de Neustrie et de Bourgogne, les démêlés entre les grands et les villes, l'état chancelant des propriétés et des bénéfices terres que le chef ou prince donnait à la noblesse et qu'il pouvait révoquer à son gré), enfin l'autorité faible et despotique à la fois qui passa des rois aux maires du palais et de ceux-ci aux nobles et aux rois : tout cela , uni à la rapacité et à la corruption dominantes , entraîna la ruine des relations sociales, au milieu de laquelle l'église de la Gaule, puissante par l'immuabilité de ses principes, par la possession exclusive de la culture intellectuelle , par la stabilité intérieure de sa constitution et par l'accord qui régnait entre ses évêques, forma seule un élément conservateur, civilisateur et régénérateur. D(yà dans les derniers temps de la domination romaine dans les Gaules, les évéques, comme présidents des autorités municipales, étaient à la tète de l'administration des villes ; ils y prenaient une part active; ils remplissaient souvent des fonctions municipales, et étaient les représentants naturels de la population gallo-romaine, à laquelle ils appartenaient euxmêmes jusque vers la fin du sixième siècle ; car ce n'est qu'à dater de l'an 560, qu'on y trouve des évêques d'origine franque qui dès lors commencèr(>nt à se multiplier insensiblement. De là vint que les conciles qui se tinrent en grand nombre jusqu'en 680 et qui depuis cette épo(|ue jusqu'à celle de saint Boniface cessèrent entièrement, s'occupèrent des afljiires civiles comme des affaires ecclésiastiques et prirent un grand nombre de décisions généralement bienfaisantes. Ils soignèrent l'entretien des pauvres et des prisonniers, examinèrent la situation des prisons, exilèrent les grands qui dépouillaient les petits ou qui réduisaient les hommes libres à la servitude; quelques
SECONDE ÉPOQUE. — CHAP. y. 261
«''vêques en particulior fondèrent des auberges pour les étrangers, ainsi que des hospices, affranchirent une foule de serfs (Didier en affranchit à lui seul deux mille en 610) et mirent à profit leur participation à l'administration de la justice pour protéger les foibles; et lorsqu'ils acquirent de grands biens pour leurs églises, les vassaux qui y demeuraient se trouvèrent sous la douce juridiction et administration de l'Église dont la sollicitude s'étendait aussi sur leur bien-être temporel.
Cependant, malgré toute celle puissance et celle grande influence de l'église de France, elle se trouva, à l'égard du pouvoir séculier, dans une dépendance dont les suites furent en partie très-funestes. Les rois Francs ne s'immiscèrent point, comme l'avaient fait plusieurs empereurs, dans les affaires concernant la foi et la discipline, mais ils empiétèrent d'autant plus arbitrairement sur les rapports personnels des membres de l'Eglise; ils mirent des entraves à la libre élection des évêques; au lieu de confirmer, comme cela se faisait au commencement, l'élection faite par le clergé et par le peuple, ils s'arrogèrent bientôt le droit de nommer eux-mêmes les évêques ; souvent un décret du roi [prœceptio] transformait tout à coup un laïque en un évêque, et le concile de Paris , tenu en l'an 615, assimila la nomination des évêques par le roi à l'élection canonique du clergé et du peuple. De là il résulta que, depuis la fin du sixième siècle, les sièges épiscopaux devinrent de plus en plus le partage des Francs, parmi lesquels on trouve sans doute des hommes recommandables par leurs vertus évangéliques, mais dont la plupart, quittant la cour ou les camps pour entrer dans l'église, y introduisaient la vie mondaine, rompaient les liens de la discipline, anéantissaient l'autorité de l'église, dilapidaient ses biens , et fournissaient ainsi aux puissants laïques l'occasion de s'en emparer. Les conciles, surtout les grands conciles où se réunissaient les évêques de tout un royaume, étaient souvent convoqués par les rois ou s'assemblaient avec leur consentement, et comme les résolutions de ces conciles avaient la plupart du temps aussi trait à des affaires politiques,
•HV2 iiisroiiu; in. i.kglise.
oil les soiimollail à I'aitjirobalion du roi ou on los proinulfiuiul en son nom. Toutclois on n"a pas (IVxcniplo (juc (K»s coniinissairos ro}au\ y aient assisté. L'honuuc libre, obliiié de servir à la guerre, avait même besoin de la permission du roi pour embrasser l'état ecclésiastique.
Les prêtres et les biens de l'église étaient placés sous la protection spéciale du roi, et la loi Hipuaire fait ressortir la prééminence de l'état ecclésiastique, en faisant payer auv prêtres le même prix, du sang qu'aux antrustions du roi, et aux sous-diacres le double de celui des Francs nobles. Plusieurs conciles défendirent aux juges, sous peine de bannissement, de citer, d'arrêter ou de condamner un préire à linsu de lévêque; tous les prêtres, même les clercs mineurs et tous ceux qui étaient attachés à l'église, devaient être jugés par un tribunal composé mi-partie de laïques et de prêtres, alin d'être punis ensuite conformément aux canons. Dans des afl'aires purement civiles, les clercs qui avaient reçu les ordres majeurs étaient exempts de la juridiction séculière en vertu d'un édit de Clotaire II de l'an ()15. Les évêques, pour le crime de haute trahison même, n'étaient jugés que par leurs pairs, c'est-àdire par les conciles; les rois portaient aussi leurs plaintes contre les évêques devant ces assemblées, comme Chilpéric en agit à l'égard de Prétextât, évêque de Rouen. Un autre édil de Clotaire II accorda même aux évêques le droit important d annuler ou de réformer les sentences injustes prononcées par les juges séculiers en l'absence du roi. Le droit d'asile dont jouissaient les églises leur fut conOrmé et s'étendit même sur la demeure des évêques ; celui qui s'y réfugiait ne pouvait être arrêté qu'aj)rès qu'on eut aflirmé par serment qu'on n'ai tenterait pas à sa vie. Les alïranchis étaient également placés sous la protection particulière de l'Église [mumUburdium' ; eux aussi bien que les veuves et les orphelins, ne pouvaient être cités que devant un tribtnial où siégeait lévêque ou son archidiacre. On attribua dès lors aussi à l'excommunication un eflet civil, en vertu de l'ordonnance de Childebert de l'an ôOS (|ui
reléguait do la cour celui qui avail été exconununié par son évéque et qui conlisquait ses biens au prolit de ses parents. Des évéques courageux se servaient de rexcomniunication contre les rois mémo ; c'est ainsi que Nicetius de Trêves excommunia l'extravagant Clotaire II, qui en revanche le chassa de son diocèse; c'est ainsi encore que Germain de Paris excommunia Charihert, fils de Clotaire II.
Au moyen des donations des rois, des évéques, des grands et de presque toutes les classes de citoyens, l'église de France acquit, déjà de très-bonne heure, une telle opulence que, dès le sixième siècle, le roi Chilpéric dit : « notre lise est devenu pauvre; nos richesses sont devenues la propriété des églises, et les évéques régnent seuls. « Et en effet l'église, à l'exemple des rois, changeait ses possessions territoriales en bénéfices qu'elle conférait à de certaines personnes moyennant une redevance annuelle ; et comme les évéques et les abbés possédaient eux-mêmes de grands bénéfices (quelquefois des villes et des districts entiers) sous les mêmes conditions que les antrustions séculiers, ils avaient aussi leur suite de gens armés, leurs gasindi ou amis [amici] qu'ils envoyaient à l'armée et qui se battaient quelquefois pour eux dans leurs guerres particulières. On exigeait déjà la dixme; les évéques de la province de Tours avertirent pour la première fois, en 567, le peuple de payer la dixme de tous ses biens , même de ses esclaves ; et le concile de Màcon ordonna en 585 de l'acquitter sous peine d'excommunication. Mais cet impôt ne fut introduit généralement en France que pendant l'époque suivante. Du reste, les biens de l'église ne jouissaient en général d'aucune exemption en fait d'impôts ; toutefois plusieurs églises et surtout plusieurs couvents obtinrent de pareilles immunités en vertu de quelques privilèges particuliers, et Clotaire II les concéda à toutes les églises de son royaume, tandis qu'à une autre époque il exigea au profil du fisc le tiers des revenus de tous les biens ecclésiastiques.
Tant de circonstances différentes contribuèrent à donner
aux ovecjuos la plus p:ran(li' innuciico dans l'Kîal. Le peuple les respeclail, nou-sculenient par principes religieux, mais aussi parce qu'il voyait en eux ses protecteurs et ses médiateurs naturels et parce que, sous le poids d'une domination mal orfianisée et souvent despotique, il s'habituait à attribuer tout à la puissance ecclésiastique. Les évéques siéraient au conseil du roi qui se composait des grands, c'est-à-dire des personnes influentes à la cour et dans le pays; et l'assemblée nationale que Clolaire 11 convoqua en 015 à Paris pour régler les rapports politiques du royaume , consistait dans les évoques et dans les leudes ou antrustions, tenanciers des bénéfices de la couronne, — C'est là le premier exemple d'une assemblée mixte {concilium mixtum). En outre, on employait les évéques, à cause de la supériorité de leurs lumières, comme chanceliers, comme ambassadeurs et comme chargés d'affaires dans des négociations importantes; ils siégeaient dans les cours royales de justice; dans des circonstances particulières ils obtinrent même, en vertu d'une ordonnance royale, les droits de souveraineté dans certaines villes, t<'ls les évéques de Tours et de Maurienne dont l'un nommait le comte de la ville de Tours et l'autre eut, en vertu d'un privilège du roi Contran, la souveraineté de la ville de Suze. Tout cela prépara de loin aux évéques le moyen de parvenir aux états du royaume. Les relations des églises de la Gaule avec le Siège de Rome restèrent en général les mêmes pendant la domination des Francs. Les papes continuèrent à confier le vicariat du Siège apostolique aux évéques d'Arles , et cela à la demande des rois même. Ou'on admettait toujours dans la Gaule la légitimité des appels au Siège de Rome, c'est ce que prouve l'histoire des évéques Sagittarius de Gap et de Salonius d'Embrun qui, déposés par un concile, se rendirent à Rome avec la permission du roi (iontran et furent rétablis sur leurs sièges par le pape Jean 111 ; et si quelques années plus tard ils furent de nouveau déposés, c'est qu'ils se rendirent coupables de nouveaux crimes. Nonseulement les conciles étaient convoqués directement par le
vicairo apostolique, mais aussi indiredcnîonl par !e pape. La reine Brunehaut envoya en 602 des ambassadeurs à Grégoire le Grand, pour le prier de lui adresser un plénipotentiaire pour la tenue d'un eoncile, et le grand concile de Nantes fut aussi convoqué en 658 par ordre du pape. Lorsque Léon, évêque de Sens, s'opposa au roi qui avait l'inlention d'ériger un siège episcopal à Melun, il en appela au pape ou à un concile que celui-ci devait convoquer. Les papes confirmaient souvent aussi, à la demande des rois, les fondations que ceux-ci faisaient. Toutefois, à dater du milieu du septième siècle, il paraît que les désordres du pays et la décadence des affaires ecclésiastiques relâchèrent considérablement les liens qui avaient existé entre Rome et l'église de France. L'autorité des métropolitains, soutenue par les conciles provinciaux qu'ils convoquaient et qu'ils dirigeaient, s'affaiblit aussi à mesure que ces conciles cessèrent de s'assembler.
En Espagne, les relations de l'Eglise avec le gouvernement des rois Yisigoths, qui, étant plus étroites, y donnaient à l'Église une prééminence bien plus grande qu'ailleurs sur l'Étal, et réciproquement à l'État sur l'Église, ne durèrent que depuis 589 jusqu'en 712. Bientôt les rois catholiques v commencèrent aussi à empiéter sur la libre élection des évéques. Il est vrai que le quatrième concile de Tolède, tenu en 633, ordonna que d'après l'ancienne coutume, les évoques scrai(int élus par le clergé et par le peuple, confirmés et sacrés ensuite par le métropolitain; mais il paraît que peu de temps après il fut déjà d'usage que le roi choisît, sur une liste qu'on lui adressait, celui des candidats qui lui convenait le mieux, et en l'an 681, le douzième concile de Tolède conféra à l'évêque de cette ville, parce ({u'il se trouvait dans le voisinage de la personne du roi, le pouvoir de confirmer et de sacrer celui qui aurait été nommé par le roi en son conseil; après quoi le nouvel évoque devait se présenter devant son métropolitain dans l'espace de trois mois. Les conciles nationaux se réunirent tous, à dater de l'an 589, par ordre ou du consente-
HIST. DE l'église. -T. I. 12
2GG HISTOIRE DE l'ÉGLISE,
menl des rois, cl leurs canons, revêtus de la sanction royale, furent érigrs en lois d'clat dont la violation devait entraîner aussi, outre les peines ecclésiastiques, des peines civiles. Les conciles d'Espagne permettaient même le recours au roi en matière ecclésiastique, ce qui ne se pratiquait pas en France. Le treizième concile de Tolède déclara, notamment en G83, qu'il était permis d'appeler d'un métropolitain d'une province à celui d'une autre et de ce dernier au roi. Mais nulle part l'influence politique et le pouvoir de l'épiscopat n'étaient plus considérables qu'en Espagne. Ce sont les évéques d'Espagne qui, dans un concile tenu en 633, réglèrent définitivement la succession au trône, en ordonnant que le successeur du roi défaut serait élu dans une assemblée des évéques et des grands du royaume. Le concile subséquent menaça en 636 de l'excommunication, celui qui s'emparerait de la couronne sans être élu à l'unanimité. Dès lors les conciles nationaux devinrent de véritables diètes, dans lesquelles on lit des lois et l'on décida les affaires politiques les plus importantes. Les grands et les palatins (ofiiciers de la cour) , qui avaient accompagné le roi au concile et qui votèrent déjà au sixième concile de Tolède en 638, prirent au huitième en 653, une part active aux délibérations sur des affaires politiques et signèrent ses décisions. Le dix-septième concile ordonna en 694 que les matières ecclésiastiques seraient traitées exclusivement et sans la présence d'aucun laïque, dans les trois premiers jours, et qu'on s'occuperait ensuite des affaires politiques. Ces assemblées, dans lesquelles les nombreux évéques avaient à voler en verin de leurs fonctions, et dans lesquelles ils avaient une supériorité remarquable sur le petit nombre des grands que le roi convoquait à son gré, limitaient considérablement l'autorité royale. 11 est vrai que le roi adressait ordinairement à l'assemblée, dans un écrit particulier, les matières sur lesquelles on avait à délibérer, mais il devait observer et exécuter les décisions des états du royaume. Il était même menacé de l'excoinnumication dans le cas qu'il les violât; du moins le treizième concile de
SECONDE ÉPOQUE. — CFIAP. V. 267
Tolède ajouta une telle menace à sa défense de l'emploi de la torture. Les rapports qui existaient entre l'église d'Espagne et le pape paraissent, après la conversion des Visigoths, s'être modifiés en ce sens qu'il n'y est plus question de vicaires. Le droit des appels resta le même qu'auparavant. Lorsqu'en l'an G03 les évêques Januarius de Malaga et Etienne d'Oreto, ayant été déposés par un concile, en appelèrent au pape Grégoire, celui-ci envoya Jean Defensor en Espagne pour juger cette affaire en son nom. Jean Defensor rendit à Januarius son église, déposa l'usurpateur et condamna à la réclusion et à la pénitence, les évêques qui avaient pris part à cette injustice. Les évêques Visigoths appelaient aussi des décisions de leurs conciles à l'autorité des décrets des papes et aux réponses (|u'ils donnaient aux questions que leur adressaient les prélats espagnols.
Dans le royaume des Lombards où le peuple, attaché au Paganisme et à l'Arianisme, tardait à se convertir à la religion chrétienne, et où le trône était occupé tantôt par des rois ariens, (antôt par des catholiques, il n'y eut pas de véritable union entre l'Église et l'Etat, Les évêques n'y prenaient aucune part aux transactions politiques, pas mêmi; pendant le huitième siècle où déjà il se trouvait parmi eux un grand nombre qui étaient Lombards d'origine; les évêques ariens — il y eut pendant quelque temps des évêques ariens à côté des catholiques dans toutes les villes de la Lombardie — n'avaient aucun pouvoir [tolitique , et les rois ne paraissent pas être parvenus à exercer aucune influence régulière sur la nomination des évêques. Lorsque le roi Agilulphe , qui à cette époque était sans doute encore arien , manifesta , à la mort de Constance, évêque de Milan, le désir que les Milanais ne lui donnassent de successeur qu'avec son consentement, le pape Grégoire 1 leur fit connaître qu'il ne reconnaîtrait jamais un évêque qui aurait été élu sous l'influence du gouvernement de la Lombardie. Cependant l'assemblée que convoqua le roi catholique Cunibert en 690, à Pavie, nous fournit un exemple d'un concile
assemblé par un souverain Lombard. Les évêques qui jusqu'alors étaient encore restés attachés au schisme d'Aquilée, rentrèrent dans le giron de rE«;lise; les deuv partis envoyèrent ensuite, de concert avec le roi, des députés à Rome, et les schismatiques reconnurent le pape Sergius comme chef de l'Église,
Le célibat.
De même que Jésus-Christ , né d'une mère vierge, conserva toujours la chasteté, et qu'il l'approuvait quand on en faisait le vœu pour l'amour de Dieu; de même que les Apôtres, pour imiter leur maître et pour le servir, avaient tout abandonné, même leurs épouses, ainsi l'on adopta, dès le principe, dans l'Église chrétienne, celte maxime générale que ceux-là seraient les meilleurs prêtres qui, pour offrir le saint sacrifice avec toute la pureté convenable, donneraient à leurs ouailles l'exemple des vertus les plus difTiciles à pratiquer et qui , pour pouvoir vaquer librement et sans gène j\ leur vocation, vivraient dans une continence perpétuelle. Parce que le mariage en secondes noces, après la mort de l'épouse, trahissait un manque de continence, saint Paul (L Timoth. 3, 2. 12) ne voulut pas même permettre qu'on ordonnât diacre un tel bigame, et il entend par là la bigamie successive, et non simultanée ; c'est ce que démontre en partie la nature même de la chose, puisque celui qui vivait dans la bigamie simultanée ou dans l'adultère, n'était pas même chrétien , en partie ce qu'il exige immédiatement après (5, 9) des diaconesses, qui ne pouvaient être ordonnées qu'à moins qu'elles n'eussent été mariées qu'une seule fois. C'était aussi une règle généralement élahlie depuis le temps des Apôtres et ([ui fut bientôt érigée en une loi formelle, qu'aucun prêtre ne pouvait se marier après avoir reçu les ordres sacrés; le faisait-il, il était immanquablement déposé, conformément à ce que le concile de Néocésarée de l'an 314 avait
Statué dans son premier canon, et l'on n'a aucun exemple du contraire. Toutefois le manque de célibataires dignes dembrasser l'état ecclésiastique fut cause qu'on ordonna un grand nombre de personnes mariées qui s'abstenaient souvent alors de leurs femmes; cependant cette abstinence n'était point requise, mais on laissait en général agir chacun à cet égard selon sa conscience. Le concile d'Ancyre ne permit qu'aux diacres de se marier après l'ordination, dans le cas que l'évéque les eût sacrés quoiqu'ils eussent manifesté leurs sentiments auparavant. D'après le rapport de Socrate et de Sozomène, on proposa, il est vrai, au concile de Nicée, d'ordonner par une loi aux prêtres mariés avant l'ordination, de s'abstenir désormais de leurs femmes , mais le concile, sur la proposition de l'évéque égyptien Paphnuce, décida qu'on laisserait cela à la libre disposition de chacun, ainsi qu'il avait été d'usage jusqu'alors. C'est pour cette raison que le concile de Gangra défendit les prêtres mariés contre les Eustathiens qui, condamnant le mariage en général, rejetaient les oblations de pareils prêtres.
Cependant Jérôme assure que dans les églises d'Egypte et de Syrie on observait scrupuleusement le célibat, et que les prêtres mariés même s'abstenaient de leurs femmes. Épiphane dit la même chose en parlant de l'Église en général , mais de ce qu'il ajoute que cela se pratique particulièrement dans les contrées où les lois de l'Église sont fidèlement observées, on peut conclure aussi qu'il y avait déjà alors en Orient une différence dans celte coutume. Qu'en Egypte au moins les évêques devaient vivre dans une continence parfaite, c'est ce que montre l'exemple de Synésius qui n'accepta point le siège episcopal de Plolémaïde, parce qu'il ne voulait pas quitter sa femme. L'assertion de Socrate que plusieurs évêques eurent des enfants même après leur sacre, doit conséquemment se rapporter particulièrement au patriarcal de Constantinople, auquel appartenait aussi cet historien, et ce fut aussi là, dans le diocèse du Pont, que naquit Grégoire de Nazianze d'un père
qui était déjà évoque. Le relâchement et la tiédeur devinreni dès lors de plus en plus doiiiinanls dans les efjlises de l'Orienl: enfin le <oncile m Trallo (\m se tint en ()î)2 et qui se roniposait des évèques du patriarcat de Constantinople, ne conserva plus que l'apparence de Tancicnne discipline, tandis qu'en réalité il anéantit le célibat jusque dans ses fondements. îl est vrai qu'il déclara nul le mariage (ju'un prèlre aurait conlraclé après avoir reçu les ordres sacrés ; mais les évêques seuls devaient observer le célibat et leurs femmes devaient être reléguées dans des couvents éloignés, et en ordonnant les prêtres ci les diacres, on ne pouvait pas exiger d'eux un vœu de continence, ni mettre en général des entraves à leur mariage. Tout (;e qu'on exigea d'eux, ce fut d'observer la continence pendant qu'ils officiaient à l'autel. Depuis lors les choses sont restées dans cet état dans l'église grecque.
Il n'en fut pas de même dans l'Église» d'Occident. Déjà le concile d'Elvire ordonna en 30G de déposer les prêtres qui ne s'abstiendraient pas des femmes qu'ils avaient épousées avant l'ordination. Cette discipline sévère resta dominante dans tout l'Occident. Les papes Sirice et Innocent I exigèrent la même chose, et si , d'qprès le témoignage de Socrate, tous les prêtres, ayant reçu les ordres majeurs, devaient rigoureusement observer le célibat en Thessalie, en Macédoine et dans l'Achaïe; c'est que ces provinces appartenaient au patriarcat de Rome, à ce patriarcat auquel .lérôme altr ibue aussi , de même ([u'à ceux <le Syrie et d'Kgypte, l'observance la plus exacte du célibat dans toute la force du terme. L'église d'Afrique observait la même discipline; deux conciles tenus en Afrique, le second de 390 et le cinquième de 401 , renouvelèrent, en se référant à l'ordre du Siège apostolique et à la coutume de TLglise primitive, les lois relatives au célibat des prêtres. Les lois à cet égard étaient tellement obligatoires, que saint Augustin put même citer l'exemple de clercs mariés qui, ayant été ordonnés malgré eux, supportaient néanmoins avec patience le poids de la continence. Toutefois il y eut de fréquentes transgressions, comme le
prouvent les plaintes de saint Ambroise et les suppliques que des cvêques gaulois et espagnols adressèrent aux papes ; et les prêtres durent en effet être forts et puissants par la grâce de Dieu, pour observer un ordre comme celui que leur donna, par exemple, le pape Léon I, en disant que sans abandonner les femmes qu'ils avaient épousées avant l'ordination , ils devaient seulement vivre avec elles comme avec des sœurs et changer le mariage charnel en un mariage purement spirituel. Mais l'Eglise ne diminua rien de ses exigences, et ne chercha à les modifier qu'en ce sens qu'elle ordonna de jour en jour moins de personnes mariées.
Du reste, on citait toujours comme le motif principal de la loi du célibat, la pureté nécessaire pour célébrer le saint sacrifice et pour administrer les sacrements. L'église d'Orient admettait aussi cette obligation; toutefois elle croyait, surtout depuis la tenue du concile in Trullo , pouvoir en abandonner l'observance à la conscience des prêtres, d'autant plus que ceuxci n'étaient point appelés à célébrer le saint sacrifice tous les jours. Dans l'église latine au contraire, on commença , à dater de la fin du quatrième siècle, à étendre aussi l'obligation du célibat sur les sous-diacres, parce qu'ils assistaient à l'autel. Cette règle s'observa d'abord en Afrique; en Espagne et en Sicile ils purent, jusqu'au sixième siècle, continuer le mariage qu'ils avaient contracté avant leur ordination ; mais le concile de Tolède de l'an 527 le leur défendit en Espagne, et le pape Pelage II en fit de même à l'égard des prêtres de la Sicile.
Ascètes et anachorètes. Origine des couvents. Propagation de la vie monastique dans l'Orient et dans l'Occident. Ordre de,< bénédictins. Couvents de religieuses.
l. JoH. Cassiam Opera, éd. Al. Gaz;eus. Atrebati, 16*28. fol. Pal- LADii historia Lausraca, in Cotelerii Monum. Eccl. Graec. T. IIL ÏHEODORETi histona religiosa, 0pp. éd. Schulze ï. IIL Joh. Mo^chi
'272 HISTOIRE Di; l'kglise.
pratum spirituale in Cotclerii Monum. T. II. Gregorii M. vila S. Bcne- (licti, sou dialogoriim liber îî, in Actis Sanctorum Ord. S. Bcncdicti, cd. d'Achei y cl Mabilluii, Paris, 1G()8. 0 vol. fol. T. I. Li;c. Hoi.stemi ('odcx l'cgularum monasticarum, cd. Mar. Brockic.
II. Ar.TESEHR.E Ascoticon, s. origines roi monast. Paris, KîTV. V. — Martene de antiquis^SonacIiorum rilibus. Lugd., KîîK). Y. — Mabiixon Annales Ord. S. Bcncdicti. Paris, 1703. 6 vol. fol.
Le besoin de mener une vie vraiment spirituelle en s'éloijiçnant autant que possible de tout commerce avec le monde, pour s'occuper uniquement de son salut, est un iK'.soin véritablement chrétien. Sous quelque forme; que se montre Tétat monastique , il appartient essentiellenjenl à I'l'^^flise chrétienne, et c'est pour ce motif qu'il y a toujours existé. Depuis le temps des Apôtres il y eut des filles, des laïques et des prêtres, appelés ascètes, qui cherchaient à se soustraire aux souillures du monde et même à tout contact avec lui, et qui, se livrant aux exercices d'une piété austère, s'abstenaient du mariage, renonçaient à tous leurs biens et s'imposaient des jeûnes rigoureux. Les anciens Pères nommaient ce genre de vie, qui cherchait à se rapprocher le plus possible de l'idéal de la perfection évangélique , la sublime philosophie chrétienne, employant ce mot dans le sens de l'antiquité, dans laquelle Vf n'était pas autant un système spéculatif qu'une manière de vi\re basée sur des principes particuliers, et l'on cite plusieurs martyrs qui supportèrent les tourments de la torture romaine avec d'autant plus de courage qu'ils s'étaient endurcis davantage par la vie ascétique. Si ces anciens ascètes, tout en habitant des villes et en restant la plupart du temps au milieu di; leurs familles, surent se dégager des liens de la société, il y en eut d'autres, à dater du milieu du troisième siècle, qui , forcés d'abord par la persécution et poussés ensuite par le désir de se séparer entièrement du monde, se retirèrent dans les déserts, et de cette sorte il y eut d'abord des anachorètes en Lgyple. C'est ainsi que Paul se retira en 251 dans le désert de la Thébaïde. Vers l'an 270, il existait déjà en Egypte
un grand nombre d'ermites qui ne demeuraient cependant pas dans le désert, mais dans le voisinage des villages qui s'y trouvaient. A cette époque l'égyptien Antoine, frappé de la parole du Seigneur (Matth. 19, 21) , distribua ses biens à ses voisins et aux pauvres, s'abandonna à la direction de ces ermites ascétiques, et après avoir vécu pendant quinze ans dans une séparation complète du monde et avoir résisté à de grandes tentations, il passa en 285 le Nil et se retira dans une solitude située dans les montagnes de la mer Rouge, où, visité de temps eu temps par ses amis, il mena pendant vingt ans une vie austère. Attirées par sa sagesse et par ses guérisons miraculeuses, plusieurs personnes se rendirent auprès de lui, devinrent ses disciples et ses émules, et vécurent sous sa direction dans des habitations particulières. Lorsqu'en 311 il vint à Alexandrie pour encourager les chrétiens persécutés , et en 352 , pour s'opposer à l'Arianisme, les païens mômes l'honorèrent et l'admirèrent, et plusieurs se laissèrent convertir par lui. La communauté de iilles, que dirigeait sa sœur, est le premier couvent de religieuses dont l'histoire fasse mention. Àmon, contemporain et ami de S' Antoine, fonda dans le pays de Nitrie, dans la Basse-Egypte, des communautés d'hommes pieux qui demeuraient dans des cellules séparées à quelque distance les unes des autres, mais qui se réunissaient le dimanche pour assister au service divin ; leur nombre se montait, vers la fin de ce siècle, à cinq mille. In des disciples d'Antoine, Hilarmi (qui mourut en 371) choisit pour sa demeure la solitude située entre Gaza et l'Egypte ; sa sainteté et ses miracles firent qu'un grand nombre de personnes se soumirent à sa direction, en sorte que, lorsqu'il visitait leurs cellules , il se voyait entouré de plus de deux mille frères. La solitude de Scété en Egypte se remplit aussi de cellules d'ermites, après que Macaire s'y fut établi.
Tous ces hommes vivaient en ermites; les couvents propremen t dits furent fondés par saint Paconie. Après s'être habitué, sous la discipline de l'ermite Palémon, aux privations de toute espèce et à la pratique des vertus austères des anachorètes d'Egypte,
274 HISTOIRE DK L ÉGLISF.
il londa on 325 une conununaulc rcligiouso à Tabcnnc dans la Haulc-Théhaïde, qui lui bicntôl suivie de huit autres couvents, et il leur prescrivit une Règle dont nous possédons la traduction latimc de Jérôme. Tous ces couvents furent dans un rapport intime sous la conduite d'un abbé et formèrent ainsi le premier ordre monastique, celui des Tabennésiotes. Les moines étaient partagés en plusieurs classes, selon la diversité de leurs occupations et de leurs professions; un économe administrait les alïaires temporelles de l'ordre et il y avait déjà aussi un court noviciat. Le travail manuel occupait les moines la plus grande partie de la journée ; son produit servait à l'entretien des frères, parmi lesquels il n'y avait que peu de prêtres, ordonnés déjà avant leur entrée dans le couvent. Le principal couvent dont Pacomc eut la direction, renferma plus tard, selon l'assertion de Pallade, quatorze cents moines.
De l'Egypte la vie monastique se propagea dans la Palestine, et il y eut encore, pendant le quatrième siècle, des monastères llorissants sur le mont Sinaï et dans le désert Raïthe, non loin du mont Horeb. En l'an 580, saint Jean Climaque, abbé dun monastère du mont Sinaï, dédia son livre intitulé : Climax ou Echelle Sainte, ix l'abbé de Raïthe. Dans la Syrie, Chariton fonda d'abord à Pharan, ensuite à Suça, une laure, c'est-à-dire une réunion de cellules séparées à qutîlque distance les unes des autres, dont les habitants, soumis au même supérieur, se rassemblaient les samedis et les dimanches pour assister au service divin, qui se célébrait dans l'église de la laure. Delà Syrie la vie cénobitique se répandit en Mésopotamie et en Perse; Eustathe, évèque de Sébaste, l'introduisit dans l'Arménie et la Paphlagonie; saint Basile l'établit particulièrement dans la Cappadoce et dans le Pont; comme préire il fut à la télé d'un monastère à Césarée et composa une Règle pour ses disciples, aussi bien pour ceux qui vivaient seuls que pour ceux qui menaient une vie cénobitique.
Les anachorètes qui se maintinrent toujours à côté des cénobites et qui , après avoir été instruits dans des monastères.
se condamnaient à un isolement complet pour atteindre à une plus grande perfection, demeuraient dans des cavernes ou sous des tentes, quelquefois aussi dans des catacombes qui s'appelaient pi£[j.opirai. Lorsque plusieurs anachorètes habitaient dans un désert des cellules séparées à une petite distance les unes des autres, ils formaient une laure. Quelques-uns, imitant l'exemple que leur avait donné le célèbre saint Simeon Stylite vers l'an 440, demeuraient en plein air sur des colonnes dans les exercices d'une continuelle pénitence. Peu de temps après sa mort, saint Daniel vécut de la même manière dans les environs de Constantinople. On en cite aussi qui demeuraient sur des montagnes sans aucune habitation, n'ayant que des herbes pour nourriture. Plusieurs se renfermaient dans des cellules étroites pour le reste de leurs jours. Cependant les hommes les plus sages et les grands Pères de l'Eglise donnaient ordinairement la préférence à la vie monastique. Il y avait aussi une classe de moines intermédiaire qu'on nommait Sarabaites ou Remoboth; ils vivaient à deux ou trois ensemble, mais sans se soumettre à aucun supérieur, ils se faisaient décrier par leurs querelles, par la vanité dont ils rivalisaient ensemble et par les excès qu'ils commettaient dans le boire et le manger après le temps de leurs jeûnes.
Dans l'Occident, ce fut Athanase qui, s'étant réfugié à Rome, répandit le premier le goût de la vie monastique , par ce qui! racontait de la vie de saint Antoine et par l'entremise des moines qui l'accompagnaient. Jérôme cite déjà plusieurs couvents de religieuses et un grand nombre de moines établis à Rome. A Verceil, l'évêque Eusèbe, par ses discours et par son exemple, avait déjài ntroduit parmi les membres de son clergé, la discipline austère des moines de l'Orient. Il y avait aux portes de Milan un monastère sous la protection de saint Ambroise. Déjà un grand nombre des petites îles de l'Italie étaient peuplées d'anachorètes. Dans la Gaule, Martin, évêque de Tours, fonda le premier couvent; deux mille moines assistèrent déjà à son enterrement. Vers le même temps , c'est-à-dire vers
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ia lin du quatrième siècle, on fonda aussi des monastères en Afrique, à Carlhaiic, à Tagaste, à Hippone, et les Donatistes, (jui reprochaient à saint Augustin l'introduction de l'état moîiastique, demandaient en quel passage l'Ecriture sainte faisait mention des moines? Ce grand docteur de l'Église avait déjà fondé, comme prêtre, un monastère à Hippone, dans lequel il vivait avec des cleres dans la pauvreté et dans la communauté de biens; comme évèque, il transforma son habitation épiscojinie même en un couvent.
(Cependant les moines proprement dits n'étaient dans le })rincipe que laïques dans l'Orient et dans l'Occident, et la vie monastique paraissait pendant quelque temps incompatible avec l'état ecclésiastique, parce que les moines demeuraient jusqu'à la fin du quatrième siècle dans des déserts et loin des villes, et ({ue, conformément aux canons , les prêtres ne pouvaient être ordonnés que pour desservir une église déterminée. 3Iais bien- |{)t on sentit dans les grands monastères qui étaient éloignés de l'église cathédrale ou paroissiale, le besoin d'avoir des prêtres particuliers, et lorsqu'une loi de Théodose le Grand accorda au\ moines en 392, la permission de s'établir aussi dans les villes, il s'éleva bientôt dans les grandes villes de l'Orient des couvents très-peuplés, dont les supérieurs appelés Arcîiimandrites étaient ordinairement prêtres. Au concile de Chalcédoine, les moines furent généralement encore compris parmi les laïques. Il était du reste assez naturel de considérer les couvents comme une espèce de séminaires, et une loi de l'empereur Arcadius exhorta déjà les évêques de choisir au besoin leurs prêtres parmi les moines, et on le fit d'autant plus souvent que les papes, tels que Sirice et d'autres, leur conseillèrent la même chose. Bientôt on cJioisit de préférence, djins tout l'Orient, les évêques parmi les moines, et la Novelle VI de Justinien dit tout simplement que l'évêque doit être choisi ou dans le clergé ou dans les couvents.
Les curés , en vertu des lois impériales , étaient exclus du clergé aussi bien que de l'état monastique, à moins qu'ils n"
cédassent leurs biens à d'autres qui remplissaient les fonctions .curiales pour eux. Les esclaves ne pouvaient entrer dans un couvent qu'avec la permission de leurs maîtres, les époux qu'avec leur consentement réciproque et les enfants qu'avec l'agrément de leurs parents. Il paraît qu'une loi de Justinien accordait à la vérité aux deux époux un droit de désertion , indépendant du consentement de l'autre , et prononçait en ce cas la dissolution du mariage, mais l'Eglise n'admit point celte loi, du moins en Occident. Justinien défendit aussi aux parents de détourner leurs enfants de cet état. Le quatrième concile de Tolède ordonna contrairement à l'esprit de l'Église que les enfants qui avaient été destines à la vie monastique par leurs parents , ne pourraient plus l'abandonner dans l'âge mûr.
Il n'était pas d'usage de porter dans les monastères des habits d'une forme et dune couleur particulières. Les disciples de saint Pacome paraissent s'être distingués dans l'Orient par un habillement particulier. Les moines en Occident avaient le costume ordinaire de leur temps, avec cette différence qu'il consistait en une mauvaise étoffe. On ne connaissait pas encore les vœux proprement dits. C'était une règle générale que les moines fussent complètement pauvres et sans biens, et qu'ilsse nourrissent du travail de leurs mains. Souvent ceux qui entraient dans un couvent distribuaient leurs biens aux pauvres, car les moines d'Egypte en particulier étaient tellement sévères au sujet de la pauvreté , que leurs couvents étaient aussi sans biens et sans revenus. Ils distribuaient aux pauvres les dons qu'on leur faisait. On insistait particulièrement sur le travail manuel ; on représentait sous les couleurs les plus sombres le danger auquell'oisiveté exposait les moines; aussi saint Augustin composa un ouvrage particulier sur l'obligation pour les moines de travailler. Ce qu'ils gagnaient par leur travail en sus de leurs besoins personnels , appartenait ordinairement aux pauvres. On ne contractait que tacitement l'obligation d'une continence perpétuelle; mais quoiqu'on ne souffrît point que des personnes incorrigibles restassent au couvent , on regardait néanmoins
comme une chose illicite, el même criminelle, de rentrer dans le monde. Le concile de Chalcédoine prononça l'analhème contre un moine ou une religieuse qui se marierait. Une obéissance prompte et parfaite aux ordres des supérieurs était regardée comme le premier devoir; le moine devait, comme dit saint Basile, renoncer à sa propre volonté et s'abandonner avec une entière conliance à la conduite de son supérieur. Les supérieurs portaient le titre d'abbés, d'hégumènes, d'archimandrites et jouissaient d'une autorité suprême dans les couvents, c'està-dire qu'ils réglaient le service divin et les prières en commun; qu'ils maintenaient la discipline et qu'ils inlligeaient les peines. Ils étaient en même temps les directeurs spirituels des moines qui leur étaient subordonnés. Les peines consistaient dans une privation temporaire des sacrements, dans des châtiments corporels , et enfin , lorsque lout cela ne produisait aucun changement, dans l'exclusion du couvent. Du reste, les abbés avec leurs moines étaient sous lîi juridiction de l'évêque. D'après le quatrième canon du.concile de Chalcédoine, aucun couvent ne pouvait être construit sans la permission de l'évêque , et celui-ci était tenu de soigner convenablement et de surveiller les monastères de son diocèse. Les plaintes contre les moines en particulier étaient déférées à l'évêque. Dans l'Occident les monastères étaient complètement subordonnés à l'autorité des évêques.
L'île de Lerins sur les côtes de la Provence, où Honorât, qui fut ensuite évêque d'Arles el qui y fonda un monastère en 410. devint une colonie florissante de moines. C'est de ce monastère, dont les moines vivaient soit en commun, soit séparés comme des anachorètes, que sortirent les grandes lumières de l'Église gallicane, entre autres Hilaire d'Arles, Loup, évêque de Troyes, Yalérien, évêque de Cémèle, et Vincent, auteur du célèbres Commonitorium ou Mémonal du Pèlerin. Vers le même temps, Jean Cassien, qui s'était formé dans un couvent de Bethléem et qui avait visite ensuite les ermites d'Egypte et vécu avec eux, fonda deux monastères à Marseille. Il lut en
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Occident le plus grand maître de la vie monastique , en consignant les résultats de son expérience dans deuv ouvrages, dont l'un intitulé : les Institutions, représente la Règle et l'organisation des couvents de l'Orient; et l'autre portant pour titre : les Conférences, contient les entreiiens qu'il eut avec les anachorètes de Scété sur la vie contemplative et sur la prière continuelle. Les Orientaux eurent des ouvrages semblables dans les écrits ascétiques de saint Nil qui, après avoir vécu pendant plusieurs années comme ermite dans le désert du mont Sinaï, mourut en 430, ainsi que dans VÊchelle Sainte de Jean Climaque , surnommé le Sinaïte ( vers 580 ) , dans laquelle il décrit les degrés et les vertus de la vie spirituelle perfectionnée.
On vit bientôt que les monastères rendaient de grands services aux prêtres et aux évoques comme établissements d'instruction. Saint Patrice, qui avait reçu lui-mcnie son éducation dans le couvent de Tours sous saint Martin , donna cette direction aux couvents qui furent établis en Irlande de son vivant et après sa mort. Ailbe, Ficch de Sletty, Mel d'Ardagh, Moitheus de Louth et d'autres fondèrent, sur la iin du cinquième siècle, de pareils monastères ou séminaires en Irlande. Dans l'ouest de la Grande-Bretagne il y eut, pendant le sixième siècle, la grande abbaye de Banchor qui, dans chacune de ses sept subdivisions, comptait trois cents moines qui vivaient du travail de leurs mains. En Irlande il existait aussi une abbaye florissante du même nom, d'où sortit saint Colomban , fondateur des monastères de Luxeuil, de Fontaine et de Bobbio. Sa Règle , qui fut observée dans plusieurs couvents de France jusqu'à l'introduction de celle de saint Benoît et jusqu'au neuvième siècle, fut seule en usage dans l'Italie septentrionale, et fut approuvée par les évéques de France réunis au concile de Mâcon en 624, malgré la critique qu'en fit un certain moine nommé Agrestius. C'est cette Règle qui nous fait le mieux connaître la discipline des nombreux couvents de l'Irlande. Les points principaux de cetto Règle consistaient dans une
obéissance passive, dans le silence, dans l'abstinence de tout plaisir charnel el dans le travail manuel comme étant la source de la subsistance des moines. Cependant il leur restait encore assez de tenips pour se livrer à l'élude, pour copier des li^res et pour assister aux leçons qui se donnaient dans tous les monastères de l'Irlande. Dans la Gaule, Césaire, évéque d'Arles, avait déjà auparavant, en 520, composé une Règle, d'après laquelle tous les moines devaient habiter ensemble dans une chambre et consacrer leur temps alternativement à la prière , à la lecture et au travail manuel. Le mérite d'avoir l'ail de la copie des livres une occupation régulière pour les moines, appartient au savant chancelier Cassiodore, qui fonda dans les environs de Squillace, sa ville natale, deux monastères, l'un de cénobites et l'autre d'ermites, et qui mourut lui-même comme moine en l'an 565.
Mais toutes les institutions ascétiques de l'Occident l'urenl éclipsées et remplacées insensiblement par l'ordre de saint Benoit. Ce patriarche des moines de l'Occident, né en 480 dans le territoire de Nursie dans l'Ombrie, se retira très-jeune dans une caverne isolée du désert de Subiaco , où il resta caché pendant trois ans. Cependant sa réputation de sainteté lui attira insensiblement un grand nombre de disciples, et en 520 il fonda douze monastères dont chacun contenait douze moines et dont il prit lui-même la direction. Des sénateurs romains lui coniièrent leurs enfants, parmi lesquels Placide et 3ïaurc furent deux de ses disciples les plus distingués, et dont l'un introduisit la Règle de son maître en Sicile et l'aulre dans la Gaule. Benoît fonda encore en 529 le monastère du Monl-Cassin, qui devint si célèbre dans la suite, mais qui fut détruit quarante ans après par les Lombards. 11 fonda encore le monastère de Terracine, reçut une visite du roi des Goths Totila et mourut en 543.
Jusqu'ici une règle déterminée et uniforme n'avait été observé(; que dans un petit nombre de monastères. On possédai! les règles de saint Basile, de Macaire, de Pacome, les institutions de Cassien, les vies des anachorètes d'Egypte et de Syrie,
les Iraditious des fondateurs et des premiers supérieurs; on composa de tout cela une Rè^le dans laquelle le choix des articles dépendait de la manière de voir des abbés, du plus ou moins de zèle des moines et de la situation particulière du couvent, et qui par conséquent n'offrait dans les différents monastères ni une uniformité conqdète, ni une différence assez marquante pour en faire plusieurs ordres spéciaux. Cependant la règle de saint Benoît opéra à cet égard un grand changement, d'une part parce que son auteur obligeait d'abord ses disciples par un vœu solennel, à l'observer; de l'autre, parce qu'on la préféra bientôt assez généralement à toutes celles qu'on connaissait en Occident, parce qu'on l'adopta dès le principe dans plusieurs monastères nouvellement fondés et que peu à peu on s'en servit aussi exclusivement dans les anciens monastères. En éloignant les moines de tout commerce avec le monde, en les mettant à l'abri de toute tentation extérieure et de tout soin temporel , et en les soumettant à la pauvreté, à l'obéissance, au travail, à la contemplation journalière et à la prière continuelle, saint Benoît se proposait d'en faire de véritables adorateurs de Dieu selon l'esprit et la vérité. Ceux qui priaient humblement et constamment étaient seuls admis dans le couvent, et après un noviciat d'une année, ils faisaient des vœux solennels et perpétuels. Les prêtres mêmes étaient mis à l'épreuve, mais ils obtenaient le premier rang après l'abbé. Après minuit on chantait l'office de la nuit , et pendant le jour on s'assemblait sept fois à l'église pour y chanter les autres parties de l'office et pour y prier. ïl fallait consacrer sept heures au travail qu'imposaient les supérieurs, deux à l'étude et le reste de la journée au délassement du corps. La viande était exclue de la nourriture qui était simple, mais suffisante. Les moines devaient porter les habits alors en usage parmi les pauvres et les gens delà campagne. Nul ne possédait rien en propre; tout, jusqu'aux habits, appartenait au monastère. Pour pouvoir se rendre d'autant plus vite à l'église au premier signal, on couchait avec les habits. Les peines consistaient dans la séparation
des frères, ensuite dans les châtiments corporels, et enfin dans l'expulsion du monastère. Cependant si, après avoir été expulsé, on monlrail du re[)enlir, on pouvait rentrer par trois fois au couvent. L'abbé était choisi par tous les moines; il nommait le prieur et le doyen qui était le supérieur de dix moines; dans les affaires importantes il consultait tous les frères réunis, mais il décidait à son propre grôk
La Rèjîle de saint Benoît ne fut observée exclusivement dans le principe que dans quelques monastères particuliers. D'après une ancienne tradition elle fut d'abord introduite en France par saint Maure qui la fit adopter au monastère de Glanfeuil sur la Loire. Ailleurs on ne la suivit que d'une manière éclectique conjointement avec d'autres règles. Le pape Grégoire le Grand lui-même, bien que dans sa biographie de saint Benoît il fasse l'éloge de sa Règle, ne paraît pas l'avoir adoptée, du moins pas en entier, pour son monastère de saint André à Rome. Ce monastère était destiné à être une pépinière de prêtres et de missionnaires , et c'est pour cette raison qu'il voulut qu'on consacrât à l'étude le temps que Benoît avait destiné au travail manuel. Le monastère que son disciple Augustin avait fondé à Cantorbéry observait, d'après l'assertion du pape Honorius, la Règle de Grégoire. Il en fut sans doute de même des autres monastères de la Grande-Bretagne qui provenaient de celui-ci, tandis que les moines qui appartenaient aux couvents du nord de la Grande-Bretagne, suivaient ordinairement la Règle que l'Irlandais Colomb avait introduite dans l'île d'IIy. Avant le huitième siècle on ne trouve que cà et là quelques traces de l'introduction de la Règle de saint Benoît, de sorte que sa grand(> extension et son autorité universelle n'appartiennent qu à l'époque suivante.
La juridiction que les évêques exerçaient sur les monastères ne reçut en général aucune atteinte. Les privilèges que les évêques accordaient à certains couvents et que les papes et les rois approuvaient quelquefois, concernaient la libre élection des abbés et les biens des couvents qu'ils mettaient à l'abri de
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tout empiétement arbitraire. Le pape Adéodat fut le premier qui, en l'an (>70, accorda une exemption de la juridiction spirituelle de l'évèque au monastère de saint Martin à Tours, toutefois , comme il le dit lui-même , contre la coutume et la tradition du Siege de Rome, et uniquement parce que l'évèque de Tours y consentait lui-même avec d'autres évêques de France. Le concile de Carthage avait, dès l'an 525, limité considérablement la juridiction des évêques sur les monastères de l'Afrique, et les avait soumis immédiatement au primat de Carthage , et dans le patriarcat de Constantinople il y eut au septième siècle plusieurs couvents qui étaient entièrement exempts de la juridiction des évêques et qui se trouvaient directement placés sous celle du patriarche ou de l'exarque qui était chargé de l'administration des couvents. Ce rapport des couvents avec le patriarche était indiqué immédiatement après leur fondation par la croix patriarcale qu'on y plantait.
Dans l'Église primitive il y eut déjà un grand nombre de vierges consacrées à Dieu. Elles demeuraient avec leurs parents, mais l'obligation dans laquelle elles étaient de garder une chasteté perpétuelle, était regardée comme inviolable, et une infraction à cet égard était , d'après l'expression de Cyprien , un adultère qu'elles commettaient envers Jésus-Christ. Une vierge qui désirait de se consacrer à Dieu, avouait publiquement dans l'église et en présence de l'évèque sa résolution , faisait le vœu de chasteté et recevait ensuite des mains de l'évèque l'habit monastique auquel appartenaient particulièrement le voile et la coiffure (mitrella ). Sô mariait-elle dans la suite, elle était excommuniée en vertu d'un canon du concile de Chalcédoine , et celui qui épousait une vierge consacrée à Dieu était puni de mort par une loi de l'empereur Jovien. La consécration d'une telle vierge était un acte réservé à l'évèque , mais en Afrique elle se faisait aussi par les prêtres autorisés par l'évèque. Si d'anciens canons n'exigent pour cette consécration que l'âge de dix-sept ou de vingt-cinq ans (comme p. ex. le troisième concile de Carthage ] , il est étonnant que des con-
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cilos postérieurs, tenus dans la Gaule et en Espagne, ne permettent pas de donner le voile à une vierge, c'est-à-dire de la consacrer avant l'âge de quarante ans.
Les monastères de HUes sont aussi anciens qucs les monastères d'hommes. Les sœurs de saint Antoine et de saint Pacome étaient à la tète de monastères de religieuses. La règle de saint Pacome s'appliquait également aux religieuses, dont les exercices devaient être les mêmes que ceux des hommes, el lorsqu'il est question de couvents dont les religieux vivent en commun d'après sa règle , il faut entendre par là des couvents d'honnues et de femmes, situés les uns près des autres et séparés seulement par une rivière. Du temps d(; ïhéodoret , il y eut dans quelques couvents jusqu'à deux cent cinquante religieuses qui faisaient toute sorte d'ouvrages et particulièrement des tissus de laine. Dans l'Occident on cite des monastères de lilies à dater de la lin du quatrième siècle. Saint Augustin, dont la sœur fut supérieure d'un monastère , composa pour des nonnes une Règle, d'après laquelle elles étaient dirigées par une supérieure, nommée xVmma, mère, en Syrie, et par un prêtre , qui étaient toutefois sous les ordres de l'évêque. Dans le royaume des Francs la Règle de saint Césaire d'Arles fut suivie dans plusieurs monastères de religieuses. Dans l'Orient , on se laissait couper les cheveux lorsqu'on faisait son entrée dans le couvent , ce qui ne se pratiquait pas en Occident. Outre les niligieuses qui vivaient en commun , il y en eut toujours (Micore qui restaient avec leurs parents. Ce qui le prouve, c'est un canon du cinquième concile d'Orléans de l'an 549, qui nous fait connaître en même temps qu'on cloîtrait les religieuses, sinon dans tous les monastères, du moins dans quelques-uns, et que leur noviciat durait un an. Plusieurs conciles de France défendirent et déclarèrent invalide le mariage des religieuses. Grégoire le Grand , sous le pontificat duquel il y avait trois mille religieuses à Rome, ordonna que chaque monastère de religieuses aurait un prêtre expérimenté qui lui servirait de conseiller et de représentant, alin que les religieuses fussent
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exemptes de se mêler des affaires temporelles et pussent suivre entièrement leur vocation. Dans le principe, ces monastères n'avaient que de simples oratoires, et les religieuses se rendaient le dimanche en commun à l'église, mais, à dater du sixième siècle, elles eurent des églises particulières, afin qu'elles n'eussent plus l'occasion de passer le seuil de la porte du monastère. Dans l'Orient et en Espagne , les tnonastères d'hommes et de femmes étaient réunis ensemble ou consistaient en deux parties, afin que les moines et les religieuses pussent s'assister mutuellement dans leurs ouvrages ; cependant Justinien fit séparer ces monastères.
Collections des canons et ouvrages canoniques de l'église grecque et de l'église latine.
!. VoELLi et JusTELLi Biitliolliica juris canonici veteris. Paris, 1661. 2 vol. fol. Beveregii Syiiodicon sen Pandccla> canonura ab ccclesia grœca rcccptorum. Oxonii, 1672. 2 v. fol. Jos. Sim. Assemam Biblioihica juris orientalis canonici et civilis. Rom., 1762-66. 5 vol. 4'.
H. Sylloge de vetustis canoiuim coUectionibus, collcgit Andr, Gali.AXDius. Venet., 1778. fol.
Dans les premiers siècles , l'Église ne fut pas gouvernée par des lois écrites , mais d'après la tradition des Apôtres et de ceux qui, parmi leurs success urs immédiats , jouissaient de la plus grande considération. Le plus ancien ouvrage qui renferme les lois, les usages et les institutions de l'Église, ce sont les six premiers livres des prétendues Constitutions apostoliques , dont l'auteur qui était probablement un évéque ou un prêtre syrien et qui florissait à la fin du troisième siècle, expose sous la forme d'épîtres apostoliques, les devoirs des j)rêtres et des laïques, les actions pieuses , le culte, les fêtes et la doctrine religieuse en opposition avec les hérésies de cette époque. Elles sont vraisemblablement identiques avec la à^ay/i apostolique qu'on lisait, comme le dit Athanase, aux catéchumènes et aux néo-
phytes. Un peu plus tard , loulefois encore avant la tenue du «oncile de Nicée, un autre auteur paraît avoir rerueilli le septième livre qui , outre (|u"il renferme à peu près la même chose que les autres , contient aussi des formules de liturpfie et qui, dans le principe, formait un ouvrajie particulier. Enlin, l'on y ajouta, toujours au (juatrième siècle, le huitième livre qui est le rituel episcopal ou h; livre pontilical.
Les plus anciens conciles dont les canmis se trouvent dans les collections faites dans la suite, sont ceu\ d'Ancyre et de Néocésarée (314). Dès le principe, les canons du concile de Nicée, et ensuite ceux du concile d'Antioche de l'an 341 ou 332 jouirent de la plus «grande considération en Orient et en Occident. Ajoutez à cela les décrets d'un concile tenu à une époque incertaine à Gan<jra en Paphlagonie. Du temps du concile de Chalcédoine une collection qui réunissait tous ces matériaux, était déjà généralement répandue, et dans ce concile même on lut les canons auxquels on se référait. On contîrma en même temps les canons des conciles précédents (par conséquent aussi ceux des conciles des années 381 et 431, qu'on cita également au concile de Chalcédoine) ; par là le code doni plusieurs évêques avaient des copies à ce concile, fut regardé comme la loi authentique de l'Kglise. La première collection des (cinquante) canons apostoliques paraît avoir été faite vers le temps de la tenue du concile de Chalcédoine. Son auteur, prohablement syrien de nation, puisa en grande partie dans les Constitutions apostoliques et dans les décrets du concile d'Anlioche, et pour donner plus d'autorité à ces canons, il attribua aux Apôtres mêmes bien des choses qui appartenaient aux temps apostoliques, d'autres qui portaient le cachet du second et du troisième siècle, d'autres encore et en grand nombre qui ne dataient que du quatrième siècle. Dans la suite on s'enrichit encore de trente-ciiuj canons qui provenaient d'une autre source, et de cette façon toute la collection se monta à (jualre- > ingt-cinq canons. Dans les collections faites depuis 451 , on avait réuni, outre les canons du concile de Chalcédoine, les
décisions de celui de Laodicée de l'an 372, qui toutefois n'étaient que l'abrégé d'anciens décrets , ainsi que celles des conciles de (Constantinople, d'Éphèse et de Sardique. Jean le Scolastique, d'abord prêtre à Antioche, etcnsuite (565) patriarche à Constantinople, inséra tout cela conjointement avec les soixante-huit canons de saint Basile et les quatrevingt-cinq canons apostoliques dans sa collection qu'il distribua par ordre de matières. Les lois impériales concernant les affaires ecclésiastiques étaient renfermées dans le code que Justinien publia en 534. Dans une collection divisée en quatre-vingt-sept chapitres, le même Jean donna des extraits des Novelles de Justinien qui parurent plus tard. Outre cette collection, on en fil au septième siècle une autre plus considérable, qui comprenait les Novelles de Justinien et d'Héraclius touchant les affaires de l'Église. Le concile m Tridlo, qui se tint en 692 et qui fut une suite des deux derniers conciles œcuméniques qui ne s'étaient point occupés de la discipline de l'Église, énuméra les canons qui devaient avoir force de loi dans l'église grecque. Ce sont, outre les canons apostoliques et ceux des conciles précités , les canons du concile de Constantinople de 394 , ensuite ceux de l'église d'Afrique, tels que le concile de Carlhage, renouvelant les décrets des conciles antérieurs tenus depuis l'an 394 , les avait promulgues en 419 , ainsi que les épîtres canoniques de Denys et de Pierre d'Alexandrie, de Grégoire le Thaumaturge, d'Athanase, de Basile, de Grégoire de ÎS ysse, de Grégoire de Nazianze, d'Amphiloquc, de Timothée, de Théophile, de Cyrille et de Gennade, patriarche de Constantinople. On y réunit encore les 102 canons de ce concile même qui formèrent la principale source du droit canon de l'église grecque.
L'Église romaine fut longtemps sans avoir une collection de canons authentiques. Le pape Innocent I déclara que le Siège apostolique n'attribuait une autorité légale qu'aux seuls décrets du concile de Nicée et qu'il rejetait ceux de tous les autres conciles. Il faut y comprendre toutefois aussi ceux du concile de Sardique qu'on regardait comme une suite de celui de Nicée
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el qu'on désignait sous h môme nom. Les papes promulguaient leurs décrets dans les conciles, ou bien ils les adressaient aux métropolitains, et par là ils les faisaient connaître sullisamment; les archives de Rome où on les conservait, rendaient un code authentique indispensaMe. On possédait depuis le cinquième siècle des traductions latines des canons des conciles Orientaux comme productions de certains particuliers; aussitôt qu'on commença à s'en servir comme d'un code dv lois canoniques, on y introduisit aussi certaines décrétales des papes. On a trouvé avant Denys trois collections qui renferment de semblables décrétales. Mais celle qui porte le nom de Prisca et qui parut probablement en Italie vers le milieu du cinquième siècle, ne se composait que des canons des conciles Orientaux, y compris ceux du concile de Sardique. L'ouvrage le plus' important de cette espèce pour l'Occident est la collection de Denys le Petit, moine scythe, qui, à la prière d'Etienne, évêque de Salone, recueillit d'abord en 525 les cinquante canons apostoliques , ensuite les décrets des conciles Orientaux, nouvelU'înent traduits, jusqu'à celui de Cbalcédoine, ainsi que ceux des conciles de Sardique et d'Afrique. Dans une seconde partie qui parut plus tard on joignit les décrétales de quelques papes depuis Sirice jusqu'à Anastasc II qui mourut en 498.
L'église d'Espagne possédait une collection plus ancienne, dans laquelle il n'y avait pas de canons apostoliques, mais qui renfermait les décrets de quelques conciles de la Gaule. En ()10 elle reçut une nouvelle collection considérable, peut-être par les soins de saint Isidore de Seville. Cette collection comprenait, outre les canons des conciles de l'Orient et de l'Afrique, les décrets de dix-sept conciles de la Gaule et de quinze de l'Espagne, ainsi que quelques décrétales des papes depuis Damase; elle s'enrichit insensiblement dans la suite des décrets des conciles et des papes d'une épo(jue postérieure. L'église des Gaules ne possédait, jusqu'au huitième siècle, aucune collection de canons authentiques. L'africain Fulgence Ferrand fut le
premier qui en 540 mit dans un ordre systcmalique sa Breviatio canonum, ([ui est une collection abrégée de canons Orientaux et Africains. Les canons Orientaux se trouvent aussi en abrégé dans la collection de Martin, évéque de Brague, qui dale de Van 570. Enfin Cresconius, évéque d'Afrique, inséra en ODO dans sa Concordia canonum et dans son Brcviarium la substance de la collection de Denys disposée par ordre de matières.
LES SACREMENTS, LE CULTE ET LA DISCIPLINE DE l'ÉGLISE PRIMITIVE (pendant LES SEPT PREMIERS SIÈCLES OU PEN- DANT LES DEUX PREMIÈRES ÉPOQUES).
Le catéchuménat , le baptême et la confirmation.
C. Chardon histoire des sacrements, Paris, 1745, 6 voll. — Jos. Vice r.oMiTis Obscrvationes eccl. de antiqiiis baplismi ritibiis, Paris, 1618. — Jo. MoRiNi de Catechumenorum expialione et ad baptismi susceptioncm prœparatione, in ej. opp. posthumis, Paris, 1704. 4. — G. Walu Hhtoria baplismi infantum, lat. vert. Schlosser, Bremae, 1748, 2 voll. 4. — Jo. Sainte Boeuve de Sacr. Confirmationis et extr. unctionis, Paris, 1686. 4. — Morini de Sacr. Confirm., in opp. posth. — J. A. Orsi diss, de Chrismate confirmatorio. Mediol., 1733. 4.
Dans le principe les Apôtres baptisaient, i! est vrai, sans aucune préparation particulière, tous ceux qui confessaient la foi de Jésus-Christ, mais à mesure que l'Église se constitua et qu'elle gagna de l'extension, le catéchuménat y fut introduit comme une épreuve et comme une préparation au baptême. On était admis à cet état par l'imposition des mains et par le signe de la croix. La durée du catéchuménat n'était pas toujours la même et dépendait des dispositions et de la conduite
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(lu catéchumène. On le prolonfroait pour ceux qui, avant leur admission, avaient commis des péchés jjraves ou qui, pendant leur catéchuménat, tomhaient en péché. Cependant comme, durant le quatrième siècle, on aimait en général à différer de recevoir le baptême, un «jrand nombre de personnes lostèrcnl volontairement pendant plusieurs années, d'autres même touio leur vie, dans cet état de préparation hors du sein de l'Église, soit par nonchalance et afin de pouvoir vivre plus librement, soit dans l'espoir d'obtenir, à la faveur de ce sacrement, une entière rémission de leurs péchés dans leur dernière maladie cl de quitter ainsi cette vie avec la certitude de parvenir à la lélicilé éternelle. De là les fréquentes exhortations des Pères de cette époque, tendant à ce qu'on ne différât pas de se préparer sérieusement à recevoir le baptême. D'après le concile d'Élvire et en vertu d'une Novelle de .lustinien, le catéchuménat devait régulièrement durer deux ans, et les Constitutions apostoliques en demandaient trois; toutefois on abrégea insensiblement ce terme , et le concile d' Agde de 506 le lixa à huit mois pour les Juifs. Si un catéchumène se trouvait subitement en danger de mort, on le baptisait sur-le-champ.
Le catéchuménat se partageait en trois degrés ou classes. Dans la première se trouvaient les écoutants {audientcs), nom que l'on donnait aussi à tous les catéchumènes indistinctement. Ceux-ci recevaient les premiers principes de la religion et n'assistaient qu'à la messe des catéchumènes, c'est-à-dire qu'ils ne restaient dans l'église que pour assister à la lecture de l'Évangile et à la parenèse de l'évêque. Mais les agenouillés {genuflectentes), les catéchumèn(>s du second degré, pouvaient assister aussi aux autres prières et recevaient la bénédiction épiscopale. Les élus [compétentes, çcoT'.Çîuevor) qui, après avoir terminé leur catéchuménat, devaient recevoir le baptême à la première fête solennelle, formaient la troisième classe. Ceux-ci recevaient seuls le symbole et l'oraison dominicale et devaient les apprendre par cœur. Dans le principe, on ne prononçait pas les mots de celte oraison en présence des élus, mais on se
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conlenlail d'on donner une périphrase; cependant saint Auîjustin en cite déjà les paroles dans son interprétation . On n'expliquait en général les mysti'res de la foi qu'aux élus. On inscrivait leurs noms quarante jours avant Pâques. Ils se préparaient au baptême par le jeûne, par la prière et par l'abstinence, comme aussi par une confession des péchés commis antérieurement. Ensuite commençaient les scrutins, c'est-àdire les assemblées destinées à la purification et à l'examen des compétents. Il y en avait tantôt sept, tantôt cinq, et trois seulement pour les enfants. Dans ces scrutins on exorcisait souvent les catéchumènes par la prière, par l'invocation de Jésus- Christ, par le signe de la croix et par le souffle. Le principal scrutin dans l'Église romaine avait lieu pendant la messe qui se célébrait le mercredi de la quatrième semaine du carême. Les compétents étaient marqués de la croix par leurs parrains et par les clercs; on leur mettait du sel J)énit dans la bouche (ce qui en Afrique se répétait souvent) ; on les exorcisait, on leur ouvrait les oreilles, c'est-à-dire qu'on les touchait, et on lisait l'introduction des quatre Evangiles. Ensuite avait lieu la remise de la feuiUe qui contenait le symbole, la profession de foi solennelle et l'oraison dominicale. Comme, dans la suite, on ne baptisait plus, la plupart du temps, que des enfants, on réduisit en une seule les diverses cérémonies qui, dans le principe, se faisaient en différents temps.
Les catéchistes [Doctores cmdientmm) étaient ordinairement pris parmi les clercs, et particulièrement parmi les lecteurs ou les diacres ; quelquefois ils n'étaient que de simples laïques. L'ouvrage de saint Augustin intitulé : de catechizandis rudibun indique la manière d'enseigner le catéchisme. Les catéchèses de Cyrille de Jérusalem (en 345 j nous font connaître la matière et la marche des instructions des catéchistes. Les compétents étaient instruits par l'évéque même, ou, en son absence, par un prêtre expérimenté, en une ou deux instructions. Immédiatement après le baptême qu'on administrait dans la semaine sainte, on expliquait aux néophytes, dans une série
iliiistructions, le sens des mystères praliques, des sacrements et surtout de l'Eucharistie. De cette espèce sont les cinq catéchèses m}slagogiques de Cyrille, ensuite celles de Gaudence, évèque de Bresse, et de saint Augustin.
Aux actions qui précédaient immédiatement le haptcme appartenaient celles de se laver la tète et les pieds, dont la première avait lieu le dimanche des Rameaux, et la seconde le jeudi saint. Le samedi saint on procédait au renoncement (â-jraçt;) au démon, à ses pompes et h ses œuvres; le catéchumène, tourné vers l'Occident, le prononçait debout une ou trois fois; après quoi, se retournant vers l'Orient, il promettait de vouloir appartenir à Jésus-Christ. Ensuite il était oint avec de l'huile exorcisée; dans l'Orient on l'oignait ainsi par tout le corps; dans l'église latine on ne le faisait d'abord que sur la tète, ensuite aussi entre les épaules et sur la poitrine. Enfin on exigeait de chaque catéchumène la confession des principaux articles de foi, tels que ceux de la Trinité, de l'Église catholique, de la rémission des péchés et de la résurrection.
Dans l'origine le baptême s'administrait dans chaque lieu (onvenable, dans les maisons, dans les prisons, dans les eaux des fleuves; mais depuis la fin des persécutions il se donnait régulièrement dans les baptistères qui étaient des bâtiments ronds, placés à quelque distance et ordinairement au sud de l'église. Dans les grandes villes ils étaient tellement spacieux qu'on y assemblait même des conciles. Il y avait aussi des autels pour la célébration du saint sacrifice, pendant lequel les néophytes recevaient la communion. Dans les premiers siècles <le l'Église, il n'y avait dans chaque diocèse qu'un seul baptistère appartenant à la cathédrale (si ce n'est à Rome, où il y en avait plusieurs ; de la même manière les évéques avaient seuls, en général , jusqu'à la fin du septième siècle, le droit d'administrer le baptême, et les prêtres ainsi que les diacres ne pouvaient le faire qu'en vertu dune autorisation particulière de révê([ue. Ti)utefois les laïques pouvaient aussi baptiser en cas de besoin, à moins que, conformément au trente-huitième canon du concile
d'Elvire, ils ne fussent bigames et qu'ils n'eussent rompu l'alliance du baptême paroin péché mortel. En "général on admettait en Occident la validité du baptême administré par des laïques; mais il paraît qu'en Orient il n'en était pas de même, puisque Basile prétend que le baptême administré par un laïque doi( être renouvelé et que les Consititutions apostoliques rejettent en termes formels celui qu'une femme aurait administré.
Le baptême se ffùsait par immersion et même par trois immersions différentes, afin de représenter par un symbole la foi en la Trinité, et Ton attribue cet usage à l'institution des Apôtres ou au commandement de Jésus-Christ lui-même. Cependant le pape Grégoire le Grand déclara qu'une seule immersion était également valide, et la recommanda même aux Espagnol s en opposition avec les Ariens qui, par la triple immersion, voulaient exprimer la différence essentielle qu'ils remarquaient entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; après quoi le concile de Tolède érigea en 633 en une loi le conseil que le pape lui avait donné. Dans l'Orient au contraire ce fut Eunome qui, baptisant seulement sur la mort de Jésus-Christ , introduisit la simple immersion, desorte que l'Eglise y défendit, comme danslecinquantième canon apostolique, cette manière de baptiser sous peine de déposition. Le baptême par immersion resta en usage dans toute la chrétienté jusqu'au quatorzième siècle. Quant aux malades, auxquels on ne pouvait pas administrer le baptême par immersion , on leur versait de Teau sur la tête ou sur le corps [baptismus clinicorum) ; mais plusieurs conciles regardèrent les personnes ainsi baptisées comme indignes de recevoir les ordres sacrés , parce que le danger seul les avait engagées à recevoir ce sacrement. L'eau baptismale était bénie avec des cérémonies dont Cyprien fait déjà mention, et que Basile attribue à l'institution des Apôtres. Cette bénédiction était accompagnée dans le principe de prières , de signes de la croix et de l'invocation de la sainte Trinité ; dans la suite on y ajouta le souffle en usage dans les exorcismes , le saint chrême et l'immersion du cierge pascal. Les Pères attribuaient à cette eau bénite !a
■20-i iiiSToiRK i)K l'kglise.
vortu particulière do purilior ct do sanclilier, ot les fidèles en preuaienl une rerlaine quantité pour la» conserver dans leurs maisons et pour l'employer à dilTérentes bénédictions.
Déjà saint Justin atteste que le baptême s'administrait dans l'oritrine sous l'invocation de la sainte Trinité. L'onction du saint-chréme après l'ablution, dont U" pontifical romain attribue l'introduction au pape Sylvestre, et rapportée d'abord à Innocent I , n'était pas j^énéralement en usa^e et resta inconnue à l'église grecque. Le nouveau baptisé recevait un cierge qu'il allumait ensuite, et portait pendant huit jours une robe blanche. Pour lui montrer qu'on lui portait un amour fraternel et qu'on l'admettait dans l'Eglise, on lembrassait et on lui donnait à goûter (dans l'église d'Occident) du lait et du miel consacrés ou du vin et du miel; dans quelques églises on lui lavait aussi les pieds. Les parrains qui présentaient les enfants au baptême, qui les tenaient sur les fonts baptismaux [sùsceptores) et qui répondaient de sa croyance [sponsores] , existaient déjà au deuxième siècle. Il n'était pas encore universellement reçu qu'on prît au baptême un nouveau nom chrétien, qui était ordinairement celui d'un Apôtre ou d'un martyr, cependant on en trouve plusieurs exemples. Le temps auquel on administrait solennellement le baptême était ordinairement la fête de Pâques et celle de la Pejitecôte, et cela dans la nuit qui précédait la fête. Le pape Siriee défendit d'administrer (solennellement) le baptême aux fêtes des Apôtres et des martyrs. Le concile d'Auxerre de l'an 578 désapprouva aussi la coutume débaptiser le jour de l'Epiphanie. Mais dans l'Orient et en Afrique on le faisait souvent pendant cette fête.
Origène regarde le baj)tême des enfants comme une coutume basée sur l'institution des Apôtres; Irénée le croit plus ancien, puisqu'il parle delà rcnaissanceopérée par Jésus-Christnon-seulement en fîiveur des adultes, mais aussi des enfants. ïertuUien pense que, pour administrer le baptême à quelqu'un, il est convenable d'attendre qu'il soit parvenu à un âge mûr ; cependant le concile de Carthage tenu en 252 déclara qu'il fallait. baptiser
le plus tôl possible les nou^, eaux-nés , sans même attendre le huitième jour ; mais celte règle n'était pas généralement observée. Grégoire de Nazianze conseille de différer le baptême jusqu'à l'âge de trois ans, et dans les églises de Thessalie, comme aussi dans celles d'Espagne et de Gaule , lorsqu'il n j avait pas de danger , on attendait ordinairement pour le baptême des enfants jusqu'à la fête de Pâques.
Il y eut encore diversité d'opinions au sujet de la validité du baptême administré par les hérétiques , longtemps après la dispute qui s'était élevée à cet égard vers le milieu du troisième siècle. La question avait été à proprement parler résolue par le concile d'Arles de 314, lequel avait déclaré que le baptême était valide, pourvu qu'il fui administré au nom de la sainte Trinité. Au concile de Nicée on rejeta le baptême des Paulianisants, c'est-à-dire non-seulement des partisans de Paul de Samosate, mais en général aussi de tous les adversaires du dogme de la sainte Trinité, et l'on regarda comme valide celui des Novatiens. Cette décision était trop vague pour pouvoir produire une uniformité à cet égard dans l'église d'Orient. Même après la tenue de ce concile, plusieurs Pères ( Athanase, Cyrille, Optât) regardèrent encore comme inefficace le baptême administré par de semblables hérétiques, bien qu'ils invoquassent la sainte Trinité. Cependant le concile de l'an 381 nomma les sectes hérétiques dont les membres ne devaient point être rebaptisés en rentrant dans le giron de l'Eglise.
Le baptême, ou la renaissance spirituelle, était suivi de la communication du Saint-Esprit au moyen du sacrement de la Confirmation (chrisma, signaculum, perfectio , confirmatio , aopaytç,, [xupov, fSeëy.tM'jtç, r/]; o[j.o},oyw.ç) , par lequel le nouveau baptisé devenait réellement chrétien. Ce sacrement s'administrait par l'imposition des mains et par l'onction du saint-chrême. Dans l'église d'Orient surtout l'onction , qui se faisait avec les mots : le sceau du don du Saint-Esprit , était regardée comme la cérémonie principale qui imprimait à l'âme le sr<^^>" -^i" Sainf-F^prît Toponaant, a« i uppoi i uc f imiilicn , de Chrysos-
tônu' eldoTliéodorct, l'iinposidorHÎcs ninins, qui rtait toujours acconipagiu'o d'une prior(; pour ohlenir les dons du Saint-Esj)rit, Taisait aussi en Orient partie de ce sacrement. L'onction se taisait en lornie de croix sur ditîérentes parties du corps, par exemple, sur les oreilles, sur les yeux, sur la bouche et sur les pieds; mais la principale et la seule qui fût en usage dans l'église d'Occident, s'administrait sur le front. Dus le principe, le saint-chrême était consacré par l'évéquc sur l'autel , et Cyrille dans ses Catéchèses explique comment il devient par cette consécration un don de Dieu propre à produire la sanctification des âmes. Dans l'église d'Orient la consécration du saintchrème, que les patriarches se réservèrent dans la suite, était une des cérémonies les plus saintes et les plus solennelles; dans celle d'Occident elle appartenait à tous lesévêques indistinctoment, et à dater du cinquième siècle elle avait régulièrement lieu le jeudi saint, auquel jour on consacrait aussi l'huile des malades et l'huile exorcisée ou l'huile des catéchumènes. Lorsque , dans les Gaules , un nouveau baptisé ne pouvait pas être ci)niirmé par l'évéque à cause d'un danger imminent, le prêtre (jui le baptisait lui administrait l'onction sur le sommet de la tète, et c'est pour cette raison qu'un canon du concile d'Orange ordonne à tout prêtre qui a le pou>oir de baptiser, d'avoir toujours le saint-chrême sur lui.
Lorsque l'évéque lui-même ou un prêtre baptisait en sa présence , les adultes aussi bien que les enfants recevaient la «onfirmatioM innnédiatement après. Hors ce cas, le néophyte devait attendre l'arrivée de l'évéque , mais il pouvait sur ces entrefaites recevoir l'Eucharistie. C'est pour ce motif que le concile d'Elvire ordonna de présenter à l'évéque ceux qui auraient été baplistés par des prêtres ou par des diacres, afin d'en obtenir la confirmation [perfectio] , et dès le temps de saint Jérôme les évêques visitaient ordinairement les parties les plus éloignées de leurs diocèses, dans le but de coiilirmer les néopt»>i<>«j aui s'y trouvaient.
La confirmation nupiimani « l'ù^o nn mpfnin sroau mm
caractère , l'usage avait prévalu de ne point la renouveler, dès qu'elle avait été administrée dans l'Eglise catholique. Quant à la validité de la confirmation administrée par les hérétiques, il y avait différentes manières de voir et d'agir. Cyprien et ceux qui partageaient son opinion la regardaient naturellement , de même que le baptême des hérétiques , comme invalide ; mais l'Église romaine l'approuvait, et, en y admettant les hérétiques, on se servait simplement d'une imposition de mains (non sacramentelle) et l'on récitait certaines prières. L'hérésie ayant jusqu'ici arrêté l'effet du sacrement , on invoquait de cette manière le Saint-Esprit, a(in qu'il versât réellement ses dons dans l'âme du nouveau converti, et c'est pour cette raison que dans les lettres des papes on attribue aussi àcette imposition des mains la communication des dons du Saint-Esprit. L'église d'Afrique, à dater du quatrième siècle , suivait en cela d'autant plus l'Église romaine que le concile d'Arles de 314 avait ordonné la même chose. Mais dans les églises d'Orient, d'Espagne et de Gaule, on admettait les hérétiques qui n'étaient pas rebaptisés, en leur administrant formellement le sacrement de la confirmation avec l'onction et l'imposition des mains. Dans l'Orient on distinguait , depuis le cinquième siècle , trois classes d'hérétiques dont les uns recevaient le baptême au moment même de leur conversion , comme les Marcionites et les Manichéens ; les autres seulement la confirmation , comme les Novatiens , les Ariens et les Macédoniens ; mais ceux de la troisième classe , à laquelle appartenaient les Nestoriens et les Monophysites , n'étaient tenus qu'à confesser la foi catholique.
A l'exemple des Apôtres qui , en administrant la confirmation , achevaient ce que d'autres avaient commencé par le baptême, les évêques en général étaient seulsen droit d'administrer ce sacrement. Cependant les prêtres prirent de bonne heure part à cette prérogative dans l'Orient , surtout et d'abord en Egypte , et c'est de là que l'usage de faire administrer la confirmation par les prêtres se répandit dans les autres parties de l'église grecque. En Occident aussi , nommément dans la Gaule
29S HISTOIRE DE l'église.
cl on Espagne, les prêtres étaient autorisés à conlirnier au besoin et lorsqu'il n'y avait pas (l'é\è([U(' dans le voisinage, et (irégoire le Grand accorda cette permission au\ prêtres de la Sardaigne.
Les liturgies de l'Eglise primitice.
I. La liturgie des Constitutions apostoliques dans Cotclcrii Patres iipostol. l. I. Amsti'l-, 1T2V. Renaudot liturgiarum oriental, collectio, Paris, 171G. 2 voU. k. Mur.vtori lilurgiaRomana velus, Vcnol., 1748. •2 voU. fol. Pamelii Liturgicon ccclesia; Latinœ, Colon., 1571. -2 voll. i. MABiLLONde liturgia Gallicana, Paris, 1729. 4. Leslei Missale mixlum dictum iNIozarabcs, Romœ, 1755. 2 voll. 4. Jos. Al. Assemam Codex liturgicus ccclesiae universse. Rom., 1749-G6. 13 voll. 4.
II. GuANcoLAs les anciennes Liturgies et l'ancien Sacramentaire de l'Église, Paris, 1704. 3. voll. — P. Le Rkln explication de la Messe, contenant les dissertations hist, et dogin. sur les Liturgies de toutes les églises, Liège 1778, 8 voll. — A. Kuazer de apostolicis nec non antiquis ecclesiœ occid. liturgiis, Aug. Vindel., 178G. — Th. Lienhart de antiquis liturgiis et de discipl. arcani. Argentorati, 1829.
Les Apôtres, comme le démontrent les préceptes de saint Paul , avaient déjà introduit dans le culte un ordn; déterminé et une série de prières et de cérémonies en rapport avec le saint sacrifice, et de cette sorte ils avaient mis de l'uniformité dans les parties principales de la liturgie des différentes églises et dans la succession des cérémonies liturgiques, ainsi que dans l'essence des prières. Cependant on jouissait d'une certaine liberté d'y introduire de nouvelles formes. Un prêtre enthousiasmé pouvait, en offrant le saint sacrilice, donner l'essor à sa dévotion par de nouvelles prières , ou développer et étendre les formes données ; en général , les évéques pouvaient, sans préjudicier aux éléments essentiels de la liturgie, y faire des changements ou des additions. Toutefois les évéques suffraganls étaient déjà de bonne heure dans l'habitude de se
conformer à l'égard de la liturgie à leurs métropolitains , et les conciles de Vannes de 461, d'Agde de 50G et d'Epaone de 517 transformèrent cette coutume en une loi. Le quatrième concile de Tolède de l'an 633 ordonna déjà que dans toute l'Espagne on observerait la même liturgie.
Il paraît que dans le temps des Apôtres et même après eux aucune liturgie n'avait été mise par écrit; mais les écrits des Pères du deuxième siècle parlent déjà de l'établissement de formules et de cérémonies liturgiques. Elles furent longtemps transmises par tradition , et les lois de Justinien supposent même dans les prêtres et dans les évêques l'obligation de savoir ces formules par cœur. On ne peut point déterminer l'époque à laquelle on mit pour la première fois la liturgie par écrit; peut-être cela n'eut-il lieu qu'au troisième siècle; toujours est-il qu'on ne peut pas, comme quelques auteurs modernes l'ont fait, reculer cette époque jusqu'au cinquième siècle. Jérôme attribue à Hilaire, évêque de Poitiers, un livre des Mystères, c'est-à-dire un code des sacrements et de la liturgie; Paulin , évêque de Noie, composa un sacramentaire ; d'après le témoignage de Grégoire de Nazianze, Basile avait mis par écrit un formulaire de prières, c'est-à-dire une liturgie, et en effet la tradition constante de l'église grecque le désigne ainsi que saint Chrysost(')me comme les auteurs de liturgies particulières, ou, selon le témoignage plus précis de Proclus (437,, ils ne firent que des abrégés des liturgies existantes.
La liturgie en usage pendant les quatre premiers siècles de l'Eglise se trouve (indépendamment des liturgies existantes), disséminée dans les écrits de cette époque et voici en général en quoi elle consistait. L'évêque offrait le saint sacrilîce de concert avec les prêtres et les diacres. Il commençait par le salut ; le Seigneur soit avec vous; après quoi suivaient les leçons de l'Ecriture sainte, dans l'Orient des Prophètes et des Apôtres, comme le dit Justin, tandis que dans l'Église romaine on ne lisait qu'un morceau des Epîtres des Apôtres, ensuite on chantait un psaume qui était suivi de l'Évangile. Après
•iOO HISTOIRK DE l'ÉGLISE.
cela I ovrquc iaisail un sermon ou homélie. Après que les catéchumènes et les pénitents étaient partis et que les fidèles étaient seuls, on récitait les prières destinées pour eux. On couvrait alors l'autel de linge; l'évéque et les prêtres rangés autour de l'autel se lavaient les mair.s, et les lidèles se donnaient (dans rOri<'nt et dans la Gaule) le baiser de paix. Tous ceux qui étaient présents remettaient ensuite leurs oblations. On présentait alors à l'évéque le pain destiné au sacrifice et le calice qui renfermait le vin mêlé d'eau. On récitait soit avant soit après la préface plusieurs prières pour les évéques et tout le clergé, pour les empereurs et les états, pour le maintien de la paix, pour des nécessités générales, pour tous les fidèles vivants et morts. On faisait aussi la commémoration des martyrs, et particulièrement de ceux qui avaient fait partie de la môme église. La préface commençait par le sursum corda et se terminait par le Sonctns. A la consécration à laquelle on faisait le signe de la croix, on répétait les paroles sacramentales; on récitait ensuite les actions de graces et l'on invoquait le Tout- Puissant pour qu'il daignât changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Aux prières du canon les fidèles répondaient par le mot amen. Après la fraction de l'hostie pour la communion on récitait l'oraison dominicale. Après cette prière, l'évéque bénissait le peuple en étendant les mains. Ce n'est qu'alors que, dans les églises d'Italie et d'Afrique, on se donnait le salut et le baiser de paix. Après l'oblalion des dons sacrés, on ùtait le rideau qui couvrait les saints mystères; l'évéque participait le premier au saint sacrifice et présentait ensuite le corps de Notre-Seigneur aux fidèles, pendant que le diacre distribuait l'Eucharistie. Chacun adorait le corps divin en le recevant; révé(ju(> disait : ce corps de Notre-Seigneur, et le fidèle répondait par le mot amen. Le tout se terminait par des actions de grâces; l'évéque saluait le peuple, conuiie au commenc(>ni<'nl , par ces paroles : ([ue la paix soit avec vous, et le peuple répondait par celles-ci : et avec votre esprit.
Les liturpfies, en usage clans les difierenles églises métropolitaines, portaient le nom du fondateur ou de l'évêque le plus célèbre de chaque église. C'est ainsi que la liturgie de saint Jacques est celle dont on se servait dans l'église de Jérusalem, la liturgie de saint Marc celle qui était suivie dans l'église d'Alexandrie, la liturgie de l'église de Milan celle de saint Ambroise et la liturgie de l'église de Constantinople reçut son nom de saint Chrysostôme. Saint Ambroise et saint Chrysostôme furent regardés dans la suite comme les auteurs des liturgies déjà existantes dans leurs églises, probablement parce qu'ils y avaient introduit des changements.
I. Liturgies de l'Orient. La plus ancienne liturgie qui soit parvenue jusqu'à nous est celle qui se trouve dans le huitième livre des Constitutions apostoliques et qui chez les anciens porte le nom de saint Clément. Elle paraît avoir été rédigée au commencement du quatrième siècle, et, d'après son contenu, elle appartient presque entièrement au troisième; seulement la mention qu'on y fait des hypodiacres se rapporte au quatrième siècle. Se distinguant par de longues prières qui se trouvent abrégées dans les liturgies postérieures, elle s'accorde pour ainsi dire en tous points avec la liturgie de Cyrille de Jérusalem, pour autant que ce Père nous la fait connaître dans ses catéchèses mystagogiques. En voyant qu'Evode, évéque d'Antioche, y est nommé seul avec saint Jacques et saint Clément, nous sommes autorisés à conclure qu'elle était en usage à Antioche ou dans une des églises de ce patriarcat. La liturgie de l'église de Jérusalem ou de saint Jacques sous le nom duquel elle est citée dans les actes du concile inTrullo de 692 . a reçu plus tard quelques additions qui toutes sont néanmoins antérieures au règne de Justinien (notamment ïb[j.oov(jiog et le Osoxoy.oç, le symbole qui fut introduit en 519 dans les liturgies) ; en outre la liturgie de Cyrille ne se distingue que par ce qu'elle contient le lacabo qui manque dans l'autre et que le baiser de paix précède l'oblalion. La première fut adoptée par un grand nombre d'églises, surtout par. celles
de Syrie, jusqu'à ce que la liturgie de Constantinople l'eût emporté sur elle parmi les Syriens orthodoxes, et alors on s'en servit annuellement à la fête de saint Jacques, le 23 octobre. L'église de ConstantinopJe eut de bonne heure deu\ liturgies, l'une, celle de saint BasiU', qui existe aussi dans des copies syriaque et cophte, mais (|ui , dans sa forme actuelle, a subi de grands changements, comme le prouve la prière que cite Pierre Diacre vers 520 et qui ne s'y trouve ([ue d'une manière trèsdétigurée. L'autre, appelée celle de saint Chrysostôme, est sans doute, à de notables changements près , celle dont on se servait dans le principe dans l'église de Constantinople , que Léonce nomme la liturgie des Apôtres et qui ne reçut qu'à dater du huitième siècle le nom de ce célèbre évèque. — La liturgie de saint Marc, c'est-à-dire de l'église d'Alexandrie, qu'on nomme aussi celle de saint Cyrille, qui fut d'abord écrite en grec et ensuite traduite en cophte et en arabe, est , selon toute apparence, la véritable ancienne liturgie, introduite en Egypte avant le schisme des Monophysites, puisque les catholiques de cette contrée s'en servirent constamment après Dioscore. Les Jacobites d'Egypte suivaient, outre celle-ci, encore deux autres liturgies sous le nom de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze. Les Ethiopiens empruntèrent leurs douze liturgies des Jacobites d'Egypte; deux de ces liturgies, celle de Dioscore et une autre appelée la liturgie de Jésus-Christ, sont d'une haute antiquité> et furent probablement mises par écrit avant la fin du cinquième siècle. Les Aestoriens possèdent trois liturgies des Syriens, la première intitulée : l'ancienne liturgie des églises de Syrie, ou des Apôtres; la seconde de Théodore, c'est-à-dire de l'église de Mopsueste, que Léonce cite comme une liturgie déllgurée par les erreurs de cet hérésiarque, et la troisième de Nestorius, c'est-à-dire la liturgie de l'église de Constantinople avec les changements y introduits par Nestorius ou par Théodore en faveur du Neslorianisme. Les Arméniens ont aussi une liturgie particulière qui se distingue par d'excellentes prières et par une haute antiquité.
II. Liturgies de l'Occident. Innocent I et Vigile attribuent la substance de la liturgie romaine à la tradition des Apôtres. S'il est vrai, comme l'assure Gré^roirele Grand, qu'à la consécration, les Apôtres (outre les paroles sacramentales) ne récitaient d'autre prière que l'oraison dominicale, les autres prières du canon qui suivent la consécration , n'y furent nécessairement ajoutées qu'au second ou au troisième siècle. Ce pape parle aussi d'une prière qu'on récitait à la consécration et qui devait avoir été rédigée par un scolastique (prêtre instruit). Dans tous les cas , le canon romain de la messe était au commencement du cinquième siècle tel que nous le possédons aujourd'hui. Le pape Léon y ajouta les mots : sanctum sacrificium, immaculatam hostiam; Gélase l'inséra dans son Sacramentaire ; Vigile l'envoya en 538 en Espagne , et Grégoire le Grand plaça l'oraison dominicale, qui jusqu'alors se récitait après la fraction de l'hostie, à l'endroit où elle se trouve maintenant , et ajouta à la prière hanc igitur la formule diesqne nostros. Depuis l'an 600 le canon s'est maintenu dans sa forme actuelle.
1. Le plus ancien sacramentaire de l'Eglise romaine (appelé dans Muratori Sacramentarium Leonianum), dont les chapitres les plus récents datent du cinquième siècle, qui ne renferme encore aucune fête de confesseur et dans lequel on ne fait pas encore usage de la Vulgate, mais de l'ancienne Italique, est attribué par quelques auteurs au pape Léon I ; mais il a probablement été recueilli par l'un ou l'autre homme privé peu de temps avant Gélase. 2. Le sacramentaire du pape Gélase en trois livres est un recueil de formules liturgiques , parmi lesquelles il y en a plusieurs qui appartiennent aux premiers siècles de l'Eglise, d'autres au pontificat de Léon , et auxquelles Gélase ajouta quelques prières et quelques préfaces. Cependant dans sa formule actuelle il subit plusieurs changements par les additions qui y furent faites dans la suite. 3. Le sacramentaire de Grégoire le Grand comprend celui de Gélase que Grégoire retoucha, dont il retrancha plusieurs choses, auquel il fit quelques additions, et où il introduisit une nouvelle division, mais
dont les evcniplairos ont été extrêmement défigurés dans la suite par de fréquentes interpolations. Les Ordines de l'Eglise romaine qui décrivent les rites et la succession des cérémonies de liturgie, et dont les plus anciens publiés par Mabillon vont jusqu'au septième siècle, servent à compléter ces sacramenlaires qui renferment particulièrement les formules de prières. — La liturgie cV Afrique paraît avoir été conforme en grande partie à la liturgie romaine, toutefois elle avait adopté les leçons de l'ancien Testament et quelques formules de prières particulières.
La liturgie de V église de Milan ou de saint Ambroise est en général antérieure à ce Saint et diffère en plusieurs points de la liturgie romaine, en même temps qu'elle se rapproche davantage des liturgies de l'Orient. On ignore ce que saint Ambroise peut y avoir changé ou ajouté ; ce que l'on sait , c'est qu'à la manière de l'église d'Orient il y introduisit la coutume de chanter alternativement des hymnes et des psaumes. La liturgie de saint Ambroise a trois lectures , nommément une aussi des prophètes , la formule de consécration grecque, l'oraison dominicale, seulement après la fraction de l'hostie , et Vagmis Dei, seulement dans la messe des morts. On trouve une autre liturgie dans les six Livres des Sacrements qu'on a attribués à tort à saint Ambroise et qui appartiennent à une époque un peu plus récente. L'église dans laquelle cette liturgie fut rédigée, suivait en majeure partie les rites de Rome; toutefois elle avait quelques usages particuliers, comme, par exemple, celui de laver les pieds aux nouveaux baptisés.
La liturgie des églises de Gaule était d'origine orientale, parce (jue les premiers fondateurs et évéques de ces églises étaient venus de l'Orient. Elle avait une leçon de l'ancien Testament , un canon différent pour chaque messe qui était beaucoup plus court que celui de saint Grégoire, et dans les messes des Saints on lisait les actes des Saints au commencement de la messe. Il nous reste encore comme monuments de cette liturgie quatre missels ou sacraraentaires , le missel gothique-gaulois
SECONDE ÉPOQUE. — CIIAP. V. 305
qui fut en usage dans la Gaule Narbonnaise soumise à la domination des Goths, et qui date du septième siècle ou du commencement du huitième; le missel franc, dans lequel se trouvent déjà plusieurs rites romains et qui est du milieu du huitième siècle; un autre missel de l'église gallicane qui n'appartient qu'au commencement du neuvième siècle, et enfin le missel qu'on trouva à Bobbio, et qui date du septième siècle. Celui-ci est probablement l'ancienne liturgie irlandaise, le Cursus Scotorum , que saint Patrice reçut des évéques gaulois Germain et Loup, et qu'il apporta en Irlande, où elle fut pendant cent ans exclusivement en usage et observée aussi dans la suite, après l'introduction d'autres liturgies, par les religieux de l'ordre fondé par Comgall et par les disciples de saint Colomban. C'est par l'entremise de ce dernier qu'elle paraît avoir été apportée à Bobbio. Un extrait d'une explication de la messe rédigée en 555 par Germain , évéque de Paris, sert aussi à nous faire connaître la liturgie de l'église gallicane.
En Espagne le concile de Brague de l'an 561 avait ordonné de suivre dans les églises de Gallice le canon de la messe que Vigile lui avait adressé, mais, par la décision mentionnée cidessus du concile de Tolède de 633, celui-ci fut remplacé par la liturgie gothique qui , depuis l'invasion des Maures , reçut le nom de mozarahique, parce qu'on nommait Mozarabes les chréti(>ns qui occupaient l'Espagne avec les Maures. Cette liturgie n'a rien de commun avec le rite romain ou ambrosien , tandis qu'aucune des liturgies gallicanes n'est exempte de semblables interpolations. Elle se distingue par une grande variété de prières; elle a encore la communion journalière, la distribution de l'Eucharistie par le di.^cre , l'élévation de l'hostie lors de sa fraction pour la montrer au peuple, et la fraction de l'une des deux moitiés en neuf parties, en commémoration des neuf mystères de Jésus-Christ, de sa passion, de sa mort, de sa résurrection, de sa gloire et de sa domination. Conformément aux anciennes liturgies gallicanes, elle a chaque fois une leçon dp l'ancien Testament conjointement avec l'épître, et des leçons
300 HISTOIRE 1)1-: l'église.
des actes des Saints à leurs fêtes respectives. Dans les liturgies gallicanes la préface était remplacée par la conteslalio ou immolatio qui est plus longue, et dans la liturgie gothique par Yinlatio , et chaque messe en avait une autre. Au lieu du canon romain elle a l'action de grâces posf sanctus, ensuite les paroles sacramentales, et après celles-ci, la courte formule7;o.srw?/.s/eno, qui varie dans les diflérentes messes, ou post sécréta qui est appelée post pridie dans la liturgie gothique ; enfin une bénédiction solennelle qui varie toujours et qui se donne entre l'oraison dominicale et la communion. Cette grande conformité entre les deux liturgies explique le motif qui engagea Charles le Chauve, qui désirait de connaître l'ancien rite gallican , à faire célébrer la messe en sa présence selon le rite de l'église de Tolède.
L'ordre du culte. La messe des catéchumènes et la messe des
fidèles.
Jo. Boxa Card, rcrum liturgicarum II. 2. , commcntario hist, auxit Roi). Sala. Aug. Taurin., 1753, 3 vull. fol. — Bocqlili.ot Traité hist, de la Liturgie sacrée ou de la Messe, Paris, 1701. — Dom. Georgii de liturgia Rom. Pontificis in solcmni celebratione missarum, Rom., 1731. 3 voU. 4. — Frc. De Berlendis de oblationibus ad allare, Venct., 174-3. 4. — Orsi de liturgica S. Spiritus invocalione, Mcdiol., 1731. 4.
Dans l'Église primitive les cérémonies du culte (la Messe, MIssa, ainsi appelée au lieu de missio, parce qu'avant l'oblation on renvoyait les catéchumènes et les pénitents) se divisaient en deux parties principales, la messe des catéchumènes et la messe des lidèlcs. La première comprenait le chant des psaumes, les leçons de l'Écriture sainte, le sermon et les prières destinées aux catéchumènes, aux énergumènes et aux pénitents. Outre les catéchumènc^s , les païens, les juifs et les hérétiques pouvaient aussi assister aux psaumes, aux leçons et aux prières; mais dans les trois premiers siècles de l'Kglisp la locfnro Ho
l'Évangile et le sermon n'appartenaient pas encore à la messe des catéchumènes, auxquels on n'accorda l'un et l'autre qu'au quatrième siècle, et l'on y admit aussi ensuite les païens et les liéréliques, bien que le concile de Laodicée eût absolument défendu l'entrée de l'église à ces derniers. La messe dés catéchumènes commençait par le chant des psaumes ; mais dans les églises latines et selon la liturgie des Constitutions, elle commençait avec les leçons de l'Ecriture sainte, entre lesquelles on chantait des versets de psaumes qu'on appelait répons pour cette raison. Ce fut le pape Célestin I qui introduisit d'abord en Occident, peut-être à l'exemple de saint Ambroise, la coutume de chanter un psaume tout au commencement delà messe. Dans le principe, toute l'assemblée chantait ensemble et debout les psaumes ; mais à dater du quatrième siècle, l'usage prévalut en Orient, et ensuite aussi en Occident par l'entremise d'Ambroise, de les faire chanter alternativement comme antiennes et comme répons par la communauté divisée en deux chœurs. La mélodie des psaumes" était simple, c'était pour ainsi dire un récitatif; cependant sur la fin du quatrième siècle on introduisit dans quelques églises, comme dans celle de Milan , une nmsique plus savante. Le psaume ou l'antienne qui , lorsque le prêtre allait à l'autel , était chanté par le peuple et plus tard par le chœur, s'appelait introït, introitus ou ingressa. Dans la suite, au lieu d'un psaume entier, on ne chantait que quelques versets , comme on peut le voir dans l'anliphonaire de Grégoire le Grand et dans les liturgies gallicane et mozarabique.
La confession générale des péchés par le prêtre , pour laquelle on n'avait pas encore de formule déterminée , appartenait à la préparation avant d'aller à l'autel. Le Kyrie eleison qui , dans les liturgi<*s gallicane et mozaraî)ique , était précédé du Irisagion , se trouve dans toutes les anciennes liturgies de l'Orient; il était introduit aussi , du moins depuis le cinquième siècle, dans les églises d'Italie, dans celles de la Gaule depuis l'an 529, et se chantait dans l'église grecque par les laïques, et
dans l'Kgliso romaine altornalivement parles clercs et par les laïques. Après cela suivait (à Rome seulement !e dimanche) la <;randc doxolo^ie, le gloria', qui se trouve déjà en entier, toutefois sous une forme un peu différente de celle d'aujourd'hui , dans les Constitutions apostoliques. La lilurcjie mozarahique et h' sacrementaire de Bohhio l'ont adoptée dans sa forme actuelle, tandis que la liluroje gallicane la remplace par la prophétie de Zacharie ou l'hymne Benedictus Dominus Deus Israel. Après le salut adressé au peuple par ces mots : la paix soit avec vous , ou : le Seio;neur soit avec vous , on récitait la courte prière , toujours adressée au Père et terminée par une invocation au Fils, qu'on nommait collecte, parce qu'elle exprimait la dévotion de l'assemblée qui y répondait par le mot amen.
Ensuite on lisait les morceaux de l'Écriture sainte; la plupart des églises avaient , outre la leçon des épitres des Apôtres, , aussi une de l'ancien Testament ; l'Eglise de Rome n'avait que la première. Les fêtes particulières avaient aussi leurs leçons j)arliculières; c'est ainsi qu'au quatrième siècle, on récitait entre la fètc de Pâques et la Pentecôte les Actes des Apôtres, le dimanche de la quadragésime la Genèse, dans la Semaine sainte à Milan et à Alexandrie le livre de Job. On se servait à cet effet de missels particuliers, dont il existe encore un ancien qui appartient à l'église gothique. Quelquefois les évèques établissaient arbitrairement des leçons particulières, et dans les quatre premiers siècles de l'Eglise on récitait aussi les écrits et les épîtres de persoimagcs célèbres, jusqu'à ce que le concile de Laodicée et celui de Carthage de 397 défendirent de réciter autre chose que des morceaux tirés de l'Ecriture sainte. Entre l'épître et l'évangile on chantait un psaume [graduaUs). Dans le principe, c'était le lecteur qui lisait l'évangile; dans la suite, notannnent depuis le sixième siècle, le diacre seul le faisait, le peuple l'entendait debout. Après quoi, lévéque, ordinairement assis sur son siège , quelquefois aussi debout sur l(;s degrés de l'autel , prononçait son sermon
[buùiccy tractatus). Dans l'église orientale les prêtres et quelquefois même les laïques que 1 evêque chargeait de ce soin , prêchaient en sa présence ; mais en Afrique les évêques seuls avaient rempli cette fonction jusqu'au temps de saint Augustin. Au rapport de Sozomène, ce n'était ni l'évêque ni une autre personne qui prêchait à Rome; cette coutume, dans tous les cas, n'était pas sans exception et fut déjà abolie par Léon I. En revanche on faisait souvent en Orient plusieurs sermons dans une seule réunion. Un grand nombre d'évêques prêchaient aussi à différents jours de la semaine , surtout pendant le carême et aux fêtes des martyrs , ou bien aussi deux fois successivement, la première pendant la messe des catéchumènes, et la seconde pendant la messe des fidèles , où ils pouvaient s'exprimer plus librement sur les mystères et sur les sacrements. On ne prêchait pas la plupart du temps dans les églises des campagnes, bien que le concile de Vairon de 529 eût ordonné de Je faire. On exprimait souvent son admiration pour un excellent prédicateur par des applaudissements ou par des battements de mains ; souvent le sermon d'un tel prédicateur, surtout quand il était improvisé , était mis par écrit à l'église par l'une ou l'autre personne privée ou par un notaire public , comme ceux d'Origène , de Chrysostôme, d'Atticus, de Grégoire de Nazianze , d'Augustin.
Dans les églises de l'Orient , après le départ des infidèles et des catéchumènes qui étaient de simples auditeurs, on récitait des prières particulières pour les catéchumènes , les pénitents el les énergumèncs. D'al)ord le diacre exhortait les catéchumènes à prier, et engageait en même temps les fidèles à prier pour eux ; après leur départ , il disait à haute voix : priez , énergumènes, et vous qui êtes tourmentés par des esprits impurs ! Et après que ceux-ci avaient reçu la bénédiction de l'évêque et qu'ils étaient partis, on en faisait de même à l'égard des péninents (de la classe des prosternés). On ne sait pas au juste si ces prières particulières se récitaient aussi en Occident après le sermon ; saint Augustin et saint Ambroise s'cx-
310 HISTOIRK I)K LI'GLISE.
priment comme si la messe des fidèles commemjail iinmédiafoment après le sermon.
On formait aussitôt les porles de Té^ïlise et l'on commeneait la messe des lidèles qui restaient seuls; elle consistait en deux parties principales , l'ohlation , y compris la consécration , et la participation. Conformém<«nt aux lituriîies les plus anciennes, après que le diacre avait recommandé le silence à la communauté, celle-ci récitait à voix basse une prière, qui était suivie dQ\ii'7vvxzzr, ou TTocT^wv/jo^i:, prière que récitaient à haute voix et alternativement l'évéc^ue ou le diacre et le peuple à genoux pour rKglise, pour les évéques et les clercs , ainsi que pour les différentes classes de fidèles , ensuite l'évêque prononçait l'erty.'/.ri'jiz ou la -txpxSeitz, collecta , dans laquelle il implorait Dieu d'exaucer la prière des fidèles. — Le symbole de Xicée avec les additions du concile de 381 fut d'abord introduit dans la liturgie à Constantinople en 519. Le concile de Tolède de l'an 589 l'introduisit aussi dans la liturgie dominicale de l'église d'Espagne, et cet exemple fut suivi ensuite par l'église gallicane, et enfin aussi par l'église romaine.
Voblation était précédée du salut que le prêtre adressait à la communauté, et en Orient du baiser de paix. Aussitôt les fidèles apportaient leurs offrandes qui consistaient en pain et en vin. Anciennement les prémices de toute espèce de fruits de la terre composaient les oblations et étaient bénies par l'évêque ; un canon apostolique permettait de déposer sur l'autel , outre les prémices des épis et des raisins, de l'huile et de l'encens. La mention qu'on fait de l'encens prouve que les encensements étaient déjà de bonne heure en usage dans la célébration du saint sacrifice. Puisque saint Ambroise parle de l'encensement des autels, et Éphrem le Syrien de l'encens qu'on brûlait dans le sanctuaire, cet usage doit avoir été introduit dans quelques églises dès le quatrième siècle.
Les diacres et les sous-diacres prenaient des offrandes d(> pain et de vin autant qu'il en fallait pour la communion des fidèles; le reste se partageait entre le clergé et les pauvres de la commu-
nauté. On ne recevait aucune oblation de ceux qui étaient exclus de la communion. On offrait aussi de l'argent et d'autres objets destinés aux besoins du clergé et des pauvres, mais on ne les déposait pas sur l'autel. Quiconque faisait une offrande, remettait en même temps son nom par écrit [nomen offerebat] au diacre qui lisait ensuite à haute voix les noms des donateurs, même de ceux qui étaient décédés , avec indication de leurs offrandes. Du moins dans les églises d'Afrique et de Rome, le prêtre faisait alors mention dans sa prière des donateurs et de leurs offrandes. Les prières Super ohlata ou Secretœ, qui se trouvent dans les anciens sacrameutaires romains , renferment ordinairement le vœu que Dieu daigne accepter favorablement les dons déposés sur l'autel et rendre les fidèles eux-mêmes propres à lui être offerts en holocauste. Car l'Eglise offrant dans l'Eucharistie d'abord le pain et le vin , pour autant qu'ils doivent être changés au corps et au sang de Jésus-Christ , ensuite ce corps et ce sang même, s'offrant de plus elle-même en holocauste à Dieu; les prières avant la consécration , surtout la secrète et la préface, expriment souvent cette première oblation du pain et du vin comme le commencement du saint sacrifice. Comme le pain et levin ne forment une offrande parfaite que par leur transformation «n la chair etlesangdeNotre- Seigneur, ainsi les dons présents et à venir étaient aussi représentés dans ces prières comme une expiation de nos péchés , comme l'offrande sans tache, engendrée dans le sein de la sainte Vierge, qui est le Seigneur lui-même ; il est dit dans les préfaces que Jésus-Christ lui-même se sacrifie pour nous sur i'autel comme une victime vivante, et si, dans la liturgie de Constantinople, nous lisons ces mots : nous vous offrons le vôtre du vôtre (ta rjc eV. twv ctwv), c'est-à-dire la chair et le sang de votre Fils , formés du pain et du vin créés par vous — le canon romain contient ces autres mots qui y répondent: de tuis donis ac datis. A dater du sixième siècle,, on commença insensiblement à ne faire des offrandes que le dimanche. Pendant l'o- Idation, le chœur, conformément à l'usage établi d'abord en
312 histoihe de l'église.
Alricjue, clianlait des psaumes, plus tard quelques versets qu'on appelai! antiennes, o/ferlorium. Lorsque le nombre des communiants diminua considérablement , et qu a dater du septième siècle on enq)lova pour lEucharislie du pain azyme que les clercs préparaient eux-mêmes , les oblations tombèrent peu à peu en désuétude, ou bien les offrandes en nature furent renq)lacées par des oblations en argent. — Après loblalion un diacre offrait au prêtre l'eau pour le lavement des doigts , et tous les hommes qui assistaient à la messe se les lavaient en même temps.
La préface [-fjolcyoz, s^JyarAG-.tx, appelée contestatio, inlatio, immolatio dans les anciennes liturgies de l'Occident , d'après l'exemple donné par Jésus-Christ , précédait toujours la consécration comme action de grâces. Les mots que le prêtre prononce avant la préface, ainsi que les réponses des lidèles, se trouvent déjà dans la liturgie des Constitutions apostoliques et ont absolument le môme sens que ceux de notre liturgie actuelle. Dans l'Orient la préface était la môme pour chaque messe et contenait une action de grâces pour tous les bienfaits (pjc nous avons reçus de Dieu. Dans l'Occident elle variait à chaque fête, de sorte que le plus ancien sacramentaire romain en renferme 267, mais le sacramentaire grégorien n'a que le petit nombre de celles qui sont encore en usage de nos jours. La préface était suivie immédiatement du trisagion, sanrtus, ou hymne séraphique qui était chantée par toute l'assemblée des lidèles.
Maintenant commençait la partie la plus essentielle el la plus sainte, le canon, comme on l'appelle depuis Grégoire le Grand, mais qui portait antérieurement le nom d'aclio, secrctum, el â'-hcf/jopx chez les Grecs. Ce (jui prouve la haute antiquité .du canon romain, c'est la circonstance qu'on trouve déjà dans le sacramentaire composé peu de temps après saint Ambroise avec une légère différence dans les mots des quatre principales prières qu'il renferme, savoir : Quant oblationcm — Qui pridic quam patcntur — l'nde et memores — Supra qua' propitio. Le
pape Gélase inséra le canon tel qu'il existait de son temps, dans son sacramentaire , et c'est dans cette forme, abstraction faite du peu qui y a été ajouté par le pape Grégoire , qu'il est parvenu jusqu'à nous.
Dans le canon on priait d'abord pour tous les fidèles , nommément pour l'évéque, dans l'Orient aussi pour le patriarche, pour l'empereur ou le roi , pour les bienfaiteurs de l'église et pour tous ceux qui faisaient des offrandes. On faisait aussi de bonne heure mention du pape dans la liturgie tant en Orient qu'en Occident, et son nom était pour cette raison inscrit dans les diptyques; dans la Gaule le concile de Yaison tenu en 529 ordonna d'en agir ainsi. Ces diptyques contenaient les noms de tous ceux pour lesquels on intercédait; le diacre les lisait à haute voix; dans la suite c'était le prêtre lui-même qui le faisait en Occident. Dans l'Orient il y avait une seconde intercession — la première avait lieu au commencement de la messe des fidèles — pour l'église, l'évéque, le clergé et les différentes classes de fidèles; elle ne se faisait qu'après l'invocation qui suivait la consécration. Le prêtre récitait d'abord seul une prière de cette espèce , et le diacre exhortait ensuite l'assemblée à assister à réciter une seconde prière semblable.
Après avoir nommé les vivants, on faisait mention des saints, surtout de la sainte Vierge, des Apôtres et des martyrs les plus connus et les plus révérés dans chaque église; car c'était dans la communion des Saints qui sont toujours encore attachés à l'Église par l'amour et par leur intercession que devait s'accomplir le saint sacrifice. Les plus anciens Pères et les plus anciennes liturgies parlent d'un sacrifice qu'on offrait aux martyrs et aux saints ; parce qu'on y faisait leur commémoration, pour remercier Dieu des grâces qu'il leur avait accordées , et afin qu'à leur intercession il agréât et exauçât les prières des vivants.
Dans les liturgies gallicane et espagnole le Sanctus était suivi d'une prière [postsanctiis] qui contenait une doxologie du Fils; immédiatement après avait lieu la consécration [actio
HIST. DE l'église. —T. I. 14
.il 4 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
sacra) qui commençait par ces mots : Qui pridie quam pateretur. La liturgie de saint Arahroise a les trois prières du canon avant la consécration comme la liturgie romaine, toutefois avec quelque différence dans les expressions, Dans la liturgie des Constitutions apostoliques la préface est immédiatement suivie du récit de l'institution de la sainte cène et de la consécration qui se l'ait au moyen de ces paroles : ceci est mon corps, ceci est mon sang. Dans toutes les liturgies grecques on ajoute au\ paroles du Seigneur une prière U-r/lr^'jt;) , dans laquelle on invoque Dieu pour qu'il envoie son Esprit afin de changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. La liturgie mozarabique a quelquefois aussi une pareille invocation à la même place ; mais dans le canon romain l'invocation qui est la même quant à l'essence, puisqu'elle a pour but d'implorer la grâce et la toute-puissance de Dieu afin qu'il change le pain et le vin au corps et au sang de son Fils, précède immédiatement les paroles de la consécration. Plusieurs Pères de l'église orientale s'expriment comme s'ils attribuaient à cette invocation la consécration proprement dite, bien que d'autres, nommément saint Chrysoslôme, d'accord avec les Pères de l'église latine, attribuent la consécration aux paroles sacramentelles. Mais les prières de l'Église qui invoquent la réalisation du sacrement de Dieu et qui , en exprimant l'intention de l'Église, déterminent le sens et l'efficacité des paroles sacramentelles, font sans doute partie de la consécration, et il est naturel que les Pères de l'église orientale attribuent cette transformation particulièrement à l'invocation, puiscpie dans leurs liturgies elle forme la dernière partie de la consécration. Car ce que Dieu accom))lit en un moment, est représenté <omnie successif et comme divisé en plusieurs parties dans la langue, dans les prières et dans les cérémonies de l'Église qui doit s'accommoder aux bornes de l'intelligence humaine, et c'est ainsi qu'il arrive souvent que tantôt l'une, tant(')t l'autre partie est désignée comme le support et comme la cause efficiente par excellence du mystère.
Dans les églises grecques les paroles de la consécration se prononçaient comme les autres prières à haute voix, et rassemblée répondait par amen ou t.i'jxe'joij.vj aux différents versets, à moins que ces répons n'aient été insérés dans les liturgies en vertu de la loi de Justinien ; car cet empereur avait porté une loi particulière qui ordonnait de prononcer à haute voix, alin que l'assemblée pût tout comprendre. La plus ancienne liturgie , celle des Constitutions apostoliques , place l'amen de l'assemblée à la fin des prières du canon, et la coutume de l'église orientale dont parle déjà saint Chrysostôme et qui consiste à cacher par des rideaux les objets sacrés pendant la consécration, semble plutôt prouver qu'on prononçait encore alors à voix basse les prières du canon. Du moins dans l'Occident on le faisait ainsi à dater du sixième siècle; mais nous ignorons les dates positives pour déterminer cet objet.
La consécration renfermait en même temps l'accomplissement du sacrifice commencé par l'oblation du pain et du vin. Au moment que par sa transformation substantielle Jésus- Christ se montrait dans la séparation mystique de sa chair et de son sang comme une victime vivante sur l'autel , il était également offert à son Père céleste en commémoration de sa mort, et c'est pour cette raison que les chrétiens regardaient toujours la messe comme la continuation du sacrifice accompli sur la croix, persuadés qu'elle est essentiellement la même chose et qu'elle fait continuellement participer les fidèles à ses fruits.
Après la consécration on priait, conformément à la coutume des temps apostoliques , pour le repos de ceux qui étaient décédés dans la communion de l'Église, dont les noms se trouvaient consignés dans les diptyques des morts (nécrologies) et se lisaient à haute voix à cette occasion, de sorte que Ton priait d'abord pour les anciens évêques de cette église, ensuite pour le reste des ecclésiastiques, et en dernier lieu pour les empereurs et pour les laïques trépassés. Comme préparation à la communion on récitait l'oraison, dominicale avec- le pré-
ainbule très-ancion qui se trouve déjà mot à mot dans sainl Cyprion; cette prière manque seulement dans la liturgie des (Constitutions apostoliques. Dans les églises de l'Orient et des Gaules elle était récitée ou chantée par tous les assistants. L"eml)olisme, c'est-à-dire le libera nos qui s'ajoute comme conclusion au Potcr noster, se trouve déjà dans le sacrament lire de Gélase. Dans les églises de Gaule et d'Espagne, l'évêquc donnait immédiatement après la bénédiction au peuple. Dans les plus anciennes liturgies de l'Orient cette bénédiction est la même que la -nxpucSeiic par laquelle on prie Dieu de sanctifier les corps et les âmes des fidèles et de les rendre dignes de recevoir la communion.
Ensuite le prêtre ou diacre tourné vers le peuple prononçait lohlation , et celui-ci répondait par une doxologie et par le gloria qui chez les Orientaux se récitait après la consécration en cet endroit. La fraction de l'hostie en plusieurs parties se faisait dans toutes les églises; dans les églises de l'Orient et dans celle de Milan elle avait lieu immédiatement après la consécration avant l'oraison dominicale, et dans l'église de Rome seulement après celle-ci. hWgnus Dei qui se chantait pendant la fraction de l'hostie par le prêtre et par le peuple , fut introduit dans la liturgie romaine par le pape Sergius I en 687. Le mélange du pain et du vin bénit qui se fait ensuite dans le calice , est déjà mentionné par le concile d'Orange de 441 et se trouve aussi dans la liturgie de saint Jacques. Le salut et le baiser de paix se donnaient dès le deuxième siècle , d'après le témoignage de saint Justin, avant l'oblation, mais dans les liturgies orientales et dans la liturgie mozarabique ils se trouvent après celle-ci et avant la préface ; dans l'église de Rome et dans la plupart des églises de l'Occident, ils ne sont placés, à dater du (juatrième siècle, qu'après le canon; le prêtre embrassait le diacre , celui-ci un des fidèles, et tous les fidèles s'embrassaient ensuite entre eu\.
Dans l'église grecque on montrait solennellement l'Eucharistie au peuple avant la communion ; on tirait les rideaux qui
cachaient le sanctuaire pendant la consécration , et le prêtre élevait le pain changé au corps du Seigneur, afin qu'il pût être vu et adoré par tous les assistants. Cette élévation qui se trouve dans toutes les liturgies orientales à l'exception des plus anciennes, est déjà rapportée par Cyrille de Scythopolis dans la vie de saint Euthyme vers l'an 473. Dans les églises de l'Occident il n'y avait pas encore à cette époque d'élévation proprement dite; mais l'Eucharistie était, au rapport de saint Ambroise et de saint Augustin , adorée par tous les assistants avant la participation.
Le prêtre participait le premier à la communion , après lui les autres ecclésiastiques, les ascètes, les diaconesses, les lilies et les veuves , et enfin tous les fidèles la recevaient à leur tour. Dans les premiers siècles de l'Eglise les diacres seuls donnaient la communion, le pain aussi bien que le vin; ensuite il fut d'usage que le prêtre donnât le pain et que la distribution du calice fût réservée aux diacres. Cependant les diacres ne pouvaient jamais donner la communion aux prêtres, et différents conciles du quatrième siècle décidèrent qu'en présence d'un prêtre les diacres ne pourraient jamais prendre part à la distribution de l'Eucharistie , si ce n'est dans le cas de besoin. Dans les églises de l'Orient, de l'Espagne et de l'Italie , les prêtres et les diacres seuls pouvaient communier à l'autel et au milieu du sanctuaire; les autres ecclésiastiques le faisaient à l'entrée de ce sanctuaire ou dans le chœur, et le reste des fidèles recevait TEucharistie aux barres qui se trouvaient en dehors du chœur. En revanche dans les Gaules et probablement aussi en Egypte il n'y avait pas de différence à cet égard. Chacun recevait l'Eucharistie debout (à certaines époques sans doute aussi à genoux) , exprimant son adoration en inclinant la tête; on la lui donnait en main, et l'on prenait toutes les précautions possibles pour que rien n'en tombât par terre. Le communiant répondait par amen aux paroles : le corps de Jésus-Christ, le sang de Jésus-Christ , que prononçait le prêtre. Du temps de Grégoire le Grand on se servait déjà de cette formule plus étendue :
<( Que le corps du Soigneur conserve votre âme. » Pendant la communion on chantait dos psaumes analogues à la circonstance. La prière après la communion commençant par ces mots : Quod ore sumsimus, se trouve déjà dans le sacramentaire antérieur à celui de Gélase. Toutes les liturgies ont une action do grâces après la communion , colle de l'Orient a en outre la bénédiction du peuple par l'évèque , après quoi le diacre congédiait l'assemblée par les paroles : allez en paix , et on Occident par celles-ci : ile missa (missio) est.
Administration de l'Eucharistie. Ses éléments. Différentes espèces de messes. Communion sous une seule espèce. Agapes.
Dans le principe, les fidèles, lorsqu'ils en avaient la permission, participaient tous les jours à l'Eucharistie, ou du moins aussi souvent qu'on célébrait le saint sacrifice ; cette coutume était encore en vigueur du temps de Cyprien qui , pour cette raison, interprète le pain quotidien que nous demandons dans l'oraison dominicale par le pain de l'Eucharistie. Aussi d'anciens canons (doux canons apostoliques et un canon du concile dAntioche do oil ) défendent aux fidèles de quitter la cérémonie du saint sacrifice sans avoir reçu la comnmnion. Dans la Cappadoce on célébrait la sainte messe avec la communion quatre fois par semaine, à Constantinople trois fois, le vendredi, le samedi et le dimanche , à Alexandrie deux fois ; dans l'église de Rome et dans celle d'Espagne, et sans doute aussi dans celle d'Afrique, on donnait la communion tous les jours; il est probable t(m(ofois <ju'il faut en excepter le j<^udi. Saint Chrysoslùme se plaint déjà de ce ([u'on s'était tellement relâché à l'égard de l'Eucharistie que bien des personnes la recevaient à peine une fois dans l'an; enfin, au sixième siècle, on excommunia ceux qui ne communiaient pas trois dimanches de suite. Le concile d'Agdc de 506 ordonna à tous les fidèles d'approcher de la table du Seigneur au moins trois fois par an, à Pâques,
à la Pentecôte et à la Noël. Cependant la plupart des chrétiens continuaient toujours de le faire chaque dimanche. Dans plusieurs églises et notamment à Constantinople et dans les Gaules, on administrait les restes de l'Eucharistie à des enfants innocents; dans d'autres , comme dans celle de Jérusalem , on les brûlait.
La messe des présanctiliés , Missa prœsanctificatorum [hizovpyi.oc Twv 7:pcriyiaap.ev(j)v ) , dans laquelle on ne consacrait pas , mais où la communion se faisait avec du pain consacré antérieurement, fut de bonne heure en usage, surtout dans l'église grecque. Déjà le concile de Laodicée avait décidé que , pendant le carême, la sainte communion ne s'administrerait que les dimanches et les fêtes; et en 692 le cinquante-deuxième canon du concile in Trullo ordonna qu'aux autres jours on le ferait avec le pain consacré à la messe du dimanche , et qu'en conséquence on célébrerait l'office des présanctifîés , officium prœsanctificatorum, le soir, avant qu'on eût rompu le jeûne. La Chronique d'Alexandrie contient à l'année 615 une description de cette messe, et dans les prières qui y sont citées il se manifeste une adoration formelle du pain changé au corps de Jésus-Christ de la part des anges et des hommes. Dans l'église latine cette messe n'était en usage que le jour du vendredi saint. Ce qui est digne de remarque , c'est la coutume de l'église des Gaules que Germain nous fait connaître vers l'an 550, et qui consiste en ce qu'au commencement de la messe on déposait sur l'autel l'Eucharistie qu'on avait conservée de la messe du jour précédent çt qui était renfermée dans un vase en forme de tour, et qu'on célébrait ainsi tout le saint sacrifice en présence du corps de Notre-Seigneur exposé sur l'autel.
La messe solennelle, destinée à toute la communauté, se célébrait par l'évêque, assisté des prêtres et des diacres, quelquefois aussi de plusieurs évéques, de manière que tout le peuple y prenait une part active par son oblation , par ses réponses et par la communion. Mais dès les premiers siècles de l'Eglise , les messes particulières, célébrées par un seul prêtre ou évêque et sans communion des laïques, n'étaient pas hors d'usage.
On disait la niossc à la cainpa<;no dans les potitos rhapolles dédiées aux martyrs ou dans des oratoires ou maisons particulières, et, dans les temps de persécution, on célébrait le saint sacrifice dans les prisons pour ceux qui étaient destinés à recevoir la piilme du martyre. L'évéque Paulin de Xole, étant au lit de la mort, lit dire la messe à un autel élevé à la hâte, et Grégoire l'Ancien, évèque de Nazianze, offrait souvent le saint sacrifice dans l'intérieur de sa maison. Jean, patriarche d'Alexandrie (vers f)09) voyant un jour que le peuple (juittait l'église immédiatement après l'évangile, s'écria que c'était pour le peuple qu'il s'était rendu à l'église, en ajoutant qu'il aurait pu dire la messe pour lui-même dans son habitation. Aussi le concile de Tolède de G87 suppose dans ses canons que la communion du prêtre suffît à l'intégrité du saint sacrifice.
Dès les premiers temps de l'Église, on célébrait au\ fêtes des saints Martyrs des messes en leur commémoration, mais, comme saint Augustin l'observe contre le manichéen Fauste, le sacrifice s'offrait, non aux martyrs, mais à Dieu. Déjh les deux plus anciens sacramentaires romains, celui qui est antérieur à Gélase et celui de ce pape , contiennent des messes jiarticulières pour les Saints , et Grégoire le Grand dit qu'on célébrait presque tous les jours des messes en l'honneur des Saints. Ces messes se distinguaient par des leçons particulières des actes de leur martyre et par des prières qu'on y insérait et par lesquelles on remerciait Dieu pour le triomphe ({u'il leur avait accordé et par lesquelles on iiiv(K[uait leur intercession. A dater du cinquième siècleon y ajouta aussi des messes en l'honneur d'autres Saints. Terlullien rapporte déjà qu'on célébrait la messe des fidèles trépassés, et même itérativeme-nt à l'anniversaire de leur mort, et d'après la remarque d'Isidore de Seville, c'était une coutume qui provenait des Apôtres, Selon la liturgie des Constitutions apostoliques le service des morts se faisait le troisième, le neuvième, le trentième jour et au jour anniversaire. On voit par le cinquième canon du dix-septièiiie concile de Tolède de 099 que, sur la lin du septième siècle, la liturgie
pour les morts était déjà différente. Les messes votives se disaient dans quelque intention particulière , ou pour remercier Dieu pour un bienfait particulier; déjà dans le sacramentaire de Gélase il se trouve des messes : pour le salut des fidèles vivants, pour demander de la pluie au ciel , pour détourner la stérilité de la terre, etc.
Presque toutes les églises de l'Orient employaient pour l'Eu* charistie du pain levé , et Epiphane a par conséquent raison de reprocher aux Ebionites l'usage du pain azyme comme une violation de la coutume générale. Cependant quelques églises , nommément celle d'Ethiopie , se servaient du pain azyme le jeudi saint. Les Arméniens schismatiques n'introduisirent en 640 le pain azyme dans l'Eucharistie que pour exprimer l'unité de la nature et de la volonté de Jésus-Christ. Sans doute que dans les églises de l'Occident, on se servait généralement aussi, jusqu'au temps de Pholius , de pain levé pour l'Eucharistie ; toutefois il paraît que quelques églises employaient déjà de bonne heure le pain azyme à cet objet. Dans tout l'Orient et l'Occident on mêlait de l'eau avec le vin destiné à l'Eucharistie; il n'y avait que quelques sectes monophy sites , nommément les Julianites et les Gaianites , qui , à dater du sixième siècle , commencèrent à ne se servir que du vin dans l'Eucharistie , afin de représenter ainsi l'unité de la nature de Jésus-Christ. Les Arméniens le firent aussi à dater de l'an 640 ; chez les premiers cet usa^e tomba plus tard en désuétude , mais il se maintint chez les Arméniens.
Dès les premiers siècles de l'Eglise on permettait aux fidèles de porter du pain bénit de l'église dans leurs habitations et de participer ainsi à l'Eucharistie aux jours auxquels on ne célébrait pas la sainte messe. On pouvait confier alors le corps de Notre-Seigneur à la vénération des fidèles, et saint Jérôme fait la remarque suivante à l'égard de cette coutume qui était aussi établie à Rome : « N'est-ce pas le même Christ que l'on conserve chez soi et à l'église? » Les ermites dans les déserts gardaient aussi l'Eucharistie chez eux, afin que, n'ayant pas
(le prèlres h leur disposition, ils pussent se donner la communion à eux-mêmes. Au rapport de saint Basile, tous les ehn'îtiens de l'Egypte avaient encore de son temps généralement la eoutume de porter l'Eucharistie chez eux et do la prendre à certains intervalles. Encore au sixième siècle, on distribua à ïhessaloniquc, au moment où Ion \ redoutait une persécution, l'Eucharistie par paniers aux chrétiens, alin qu'ils en fussent pourvus pour longtemps. Cette coutume s'est toujours maintenue dans les églises de l'Orient. — L'usage de n'approcher de ce sacrement qu'à jeun paraît^s'étre établi d'abord parmi les chrétiens spontanément, sans loi et par respect pour cette sainte nourriture; TertuUien en fait déjà mention; pendant le quatrième siècle on l'observait si généralement que les ennemis de saint Chrysostôme l'accusèrent d'avoir administré l'Eucharistie à des personnes qui n'étaient plus à jeun. Le concile de Carthage de 397 ordonna qu'on ne recevrait le corps de Notrc- Seigneur qu'à jeun , à l'exception du jeudi saint , auquel jour on célébrait la messe le soir en mémoire de la consécration.
On conservait l'Eucharistie dans les églises; on se servait ordinairement à cet effet d'un vase qui avait la forme d'une colombe ou quelquefois aussi d'une tourelle. Le second concile de Tours ordonna en 567 que le corps de Notre-Seigneur serait gardé sur l'autel au-dessous de la croix. Mais on faisait aussi servir à cet usage de petits appartements qui se trouvaient à côté des églises et qu'on nommait r.cniTooopia, thalami, sacraria '. D'après les liturgies romaine et gallicane on réservait dans chaque messe une partie de l'hostie bénite pour le saint sacrifice suivant , afin de la mêler alors avec le sang précieux dans le calice, c(mlume par bujuelle on cherchait à exprimer la durée ét<'rnelle et la continuité du sacriîice de l'Eucharistie, ainsi que l'indentité de celui qui a été sacrifié.
' L'abbe Ilergior, Diet, de Théologie , T. III , p. 501 , pense que ces pastoforia sont les armoires on tal)ernacles(|ui fnrent appelés par les Latins «6orifl, qui étaient placés à ci'jté de l'autel et dans lesquels on réservait l'Euctiarislie pour les malades. N. il. T.
Dans les premiers temps de l'Église, l'Eucharislie était portée à ceux qui ne pouvaient pas assister au service divin par les •diacres ou par d'autres ministres des autels, et l'acolythe Tliarsice, pris par les païens en 250, aima mieux se laisser nu'lln> à mort que de montrer le sacrement qu'il portait sur lui dans un pareil but. Les é^ èques aussi se l'envoyaient les uns aux autres en signe de la communion ecclésiastique; ils l'envoyaient même à de grandes distances, comme, au rapport de saint Irénée, les évoques de Rome avant Victor l'avaient envoyé aux évéques de l'Asie. Cependant le concile d(; Laodicée abolit cette coutume, et dès lors on commença à ne s'envoyer en signe de communion et de charité chrétienne que des pains bénits nommés eulogies. Ces eulogies s'administraient aussi avec du vin bénit aux laïques, lorsque ceux-ci ne recevaient plus, comme anciennement, la communion à chaque messe. Elles devaient donc remplacer en quelque sorte l'Eucharistie, et l'on employait à cet effet le reste du pain et du vin qui n'avait pas été béni. Pendant le quatrième et le cinquième siècle on remarque aussi, surtout dans l'église romaine, l'usage d'envoyer les dimanches dans les églises succursales et peu importantes l'Eucharistie [fennentum] bénite par l'évéque dans la métropole; mais on ne l'envoyait pas dans les églises de la campagne qui se trouvaient à une certaine distance, parce que, connue le dit Innocent I, les sacrements ne doivent pas être portés loin. Toutefois on se munissait quelquefois de l'Eucharistie pour des voyages lointains et périlleux. Plusieurs conciles se prononcèrent contre l'abus de la mettre dans la bouche des morts qui n'avaient pas pu la recevoir de leur vivant; mais on croyait qu'il n'était pas défendu d'enterrer le sacrement avec les morts en le déposant sur la poitrine des trépassés, et on le faisait ordinairement à l'enterrement des évéques.
Dans l'Église primitive on administrait ordinairement l'Eucharistie sous les deux espèces pendant le service divin, et c'est ainsi que la plupart des lidèles la recevaient. Cependant on n'a jamais douté que la substance du sacrement , même sous une
seule espèce, ne soit complète; que quiconque ne reçoit que le pain ou le vin seul, ne reçoive en même temps (oui le sacrement el la {Trace qui lui esl propre, à savoir celle d'être incorporé à Jésus-Christ et d'être nourri de son corps, et que, quoique la consécration sous les deux espèces soit nécessaire à lintégrilé du sacrifice, la participation el ses effets ne soient accomplis par l'usage d'une seule espèce. Déjà l'Apôtre dit : « Quiconque mange indignement le pain ou boit le calice du Seigneur, est coupable du corps cl du sang du Seigneur; » ("est-à-dire que par une participation indigne de l'un il les profane tous les deux , de même que celui qui ne reçoit que l'un, mais dignement, participe à la grâce de l'un comme de l'autre. La communion sous une seule espèce était par conséquent déjà très-fréquente dans les premiers temps de l'Église; elle était à proprement parler plus fréquente que celle sous les deux espèces. Car la communion domestique dans laquelle on ne prenait que le pain bénit que l'on avait apporté de l'église <'hez soi , était plus fréquente, surtout dans des temps de persécution, que la communion à l'église. Les anachorètes, dans les déserts, ne se nourrissaient non plus que de la communion du pain, et saint Basile dit que leur communion n'est ni moins sainte ni moins parftiile que celle qu'on reçoit à l'église. On avait coutume de ne donner non plus que l'espèce du pain aux malades, car on ne pouvait pas garder le vin longtemps, surtout dans les pays chauds, et l'on cherchait à éviter le danger de le répandre. Les plus anciens documents au sujet de la communion des malades prouvent qu'on ne leur administrait que le pain qu'on amolissait ordinairement avec de l'eau; le pénitent Sérapion In reçut ainsi des mains de saint Denys, et Honorai le présenta aussi sous celte forme à saint Ambroise mourant. On ne s'avisa que plus tard de mêler les deux espèces. Le concile de Brague de 675, qui le premier ftiit mention de cet usage, le condamna aussi. Les enfants auxquels on adnnnislrait l'Eucharistie aussi bien immédiatement après le baptême que dans la suite, ne la recevaient (jue sous l'espèce du
vin; saint Cyprien nous en donne un exemple en parlant d'une fille qui, après avoir goûté d'un sacrifice païen et hu quelques gouttes du sang précieux de Notre-Seigneur que le diacre lui avait fait prendre à l'église, ne put point les supporter. Un auteur grec du sixième siècle, Jobius, dit en parlant de l'ordre dans lequel les enfants reçoivent les sacrements : (( Nous sommes baptisés, oints et regardés dignes du sang précieux de Notre-Seigneur. » Il résulte de là qu'il était d'usage, du moins dans quelques églises de l'Orient, de donner aux enfants immédiatement après le baptême à goûter de ce sang précieux. Mais il était permis aussi aux fidèles adultes de ne prendre, en s'approchant de la sainte table, qu'une seule espèce. C'est ainsi que les Manichéens qui , par aversion pour le vin et parce qu'ils n'ajoutaient pas foi à la réalité du sang répandu par Jésus-Christ, évitaient soigneusement le calice, parvinrent à tromper la vigilance de l'Eglise pendant quelque temps à Rome ; notamment pour mieux se soustraire à tous les regards, ils se mêlaient à l'ofiice divin parmi les catholiques et recevaient le corps de Notre-Seigneur sans jamais participer au calice. Comme un grand nombre de fidèles ne communiaient que sous l'espèce du pain, ils pouvaient espérer d<' rester inconnus; toutefois, en continuant ainsi d'éviter le calice avec anxiété, ils furent enfin reconnus , et le pape Léon ordonna de les expulser des églises. Ctqjendant, pour mettre un terme à cet outrage, Gélase voulut que tous les fidèles communiassent sous les deux espèces, prétendant « que le partage du même mystère, basé sur une opinion erronée, ne pouvait pas avoir lieu sans sacrilège. » Par ce partage sacrilège le pape n'entend pas la participation au pain sans le vin , mais bien l'opiniâtreté des Manichéens à renier le sang de Jésus-Christ et à rejeter une partie essentielle du sacrement de l'Eucharistie. Dans l'église grecque la consécration n'avait lieu, pendant le carême, que les samedis et les dimanches, aux autres jours de la semaine on se contentait de la liturgie des présanctifiés (TTiso/î^^aa^ueva) et la communion ne consistait
t|ii(' dans lo pain bénit qu'on avait conservé. Dans l'église latine le prêtre avec tout le reste du clergé et les laïques ne prenait non plus, le vendredi saint auquel jour la messe se eélébrait avec du pain bénit antérieurement, que la seule espèce du pain. ^
A l'exemple de Jésus-Christ qui n'avait établi le sacrement de son corps et de son sang qu'après le repas légal , les Apôtres introduisirent les Agapes ou repas de charité parmi les chrétiens. C'étaient des repas communs auxquels les riches contribuaient particulièrement et qui étaient suivis de la cérémonie de l'Eucharistie. Les abus qui s'y glissèrent en ce que les riches mangeaient seuls ce qu'ils apportaient et qu'ils traitaient les pauvres avec hauteur et mépris, se trouvent déjà censurés dans la première Épître de saint Paul aux Corinthiens. Il est probable que, dès les temps apostoliques, on trouva bon de faire précéder le repas des agapes par la communion de l'Eucharistie. Ces repas restèrent encore longtemps en usage ; ils avaient particulièrement lieu le dimanche, et Tertullien, dans son Apologie, fait un très-beau tableau de la modération , de la disrnité et de la piété que les chrétiens montraient dans ces réunions. Les évéques et les prêtres y présidaient , et comme la communion de l'Eucharistie précédait ordinairement ce repas ou qu'elle le suivait, on comprenait en général l'un et l'autre sous le nom d'agape. Le concile de Gangra défendit encore les agapes contre les Eustathiens ; mais celui de Laodicée se prononça contre les repas de charité qui se faisaient dans les églises, et interdit aux prêtres de rien porter chez eux de la part qu'ils recevaient. A cette époque les agapes n'avaient sans doute plus aucun rapport avec le saint sacrement de l'Eucharistie et se liusaient particulièrement aux fêtes des martyrs dans les chapelles qui leur étaient dédiées, ensuite aussi aux funérailles et aux noces. P<mr mettre un terme aux excès qui s'y commettaient, saint Ambroise les aboi it à Milan; dans les années suivantes elles tombèrent aussi en grande partie en désuétude dans le reste de l'Italie, et saint Augustin conseilla à Aurélius, évêque de Carthage, de les abolir
aussi en Afrique. On décida aussi dans le troisième concile de Carthage d'en éloigner les fidèles autant que possible. Cependant Grégoire le Grand permit encore aux Anglais nouvellement convertis de faire des repas dans les églises aux. fêtes solennelles, et cet usage subsista encore quelque temps aussi dans la Gaule et à Rome. Dans l'Orient on ne renouvela que la défense de faire ces repas dans les églises.
La pénitence, La confession. L'absolution.
Jo. MoRiM comraentarius hist, de disciplina in administratione pœnitentise, Paris, 1651. fui. — .Tac. Sirjio.ndi historia pœnitentiae pubhcœ, Paris, 1G51. — D. Petavu de pœnitentia publica et prœparatione ad commiinionom 11. 8; in ej. dogm. iheol. Antwerp., 1700. ï. IV^ — Jac. Boileau historia confessionis aiiricularis , Paris, IGSi. Dems dk Sainte Marthe Traité de la confession , Paris, 1685. Orsi diss. hist, de capitaUum criminum absolulione, Mediol., 1730. k.
Jésus-Christ , en donnant à ses Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre les péchés des fidèles, avait institué pour ceux qui en commettaient après le baptême, le sacrement de pénitence comme unique moyen de salut. Dans l'Eglise primitive, et même dans l'Occident, on appelait ce sacrement Exomologèse [exomologesis] ; car sous ce nom on comprenait bien quelquefois la confession des péchés , mais plus souvent tous les exercices de la pénitence. Les Pères lui donnaient le nom d'un second baptême pénible, de seconde planche de salut apil's le naufrage, et distinguaient quelquefois l'exomologèse comme seconde pénitence de la première qui, chez les catéchumènes, précédait le baptême. Elle comprenait, outre la contrition, la confession des péchés et la satisfaction,
I. La nécessité de confesser, en particulier, tous les péchés griefs et mortels , même les plus secrets , et cela en s'en rapportant au pouvoir de délier qui est conflé au clergé, était gé-
néralcmonl reconnue et considérée comme le commencement du salut. Les Pères (déjà TertuUien) comparaient ceux qui refusaient de remplir ce devoir, à des malades qui ne montraient pas il leurs médecins les parties secrètes de leur corps , et ([ui mouraient ainsi par une fausse honte. Saint Cyprien dit que ceux qui, durant la persécution , avaient péché par le seul désir de se sauver au moyen dun sacritice aux idoles , ou en se procurant un certificat constatant qu'ils leur avaient sacrifié , se croyaient ohligés de le confesser aux prêtres. On prémunissait ainsi (comme le fit Pacien) contre toute tentative de tromper le confesseur ou de lui cacher la moitié des péchés , et l'on blâmait aussi ceux qui confessaient tous leurs péchés , mais qui ne voulaient pas se soumettre à la pénitence qu'on leur donnait.
La confession était en partie publique et avait lieu en présence du clergé et de toute l'assemblée des fidèles , ou bien en présence du clergé seul; en partie secrète, en présence de l'évéque ou d'un prêtre. Les péchés qui , par leur nature ou par hasard , étaient connus et donnaient lieu à un scandale public, étaient en génénil soumis à une confession publique; mais les péchés secrets étai(;nt souvent aussi, durant les premiers siècles de l'Église, l'objet d'une confession publique soit en présence de toute la communauté, soit devant le clergé. Une telle confession se faisait spontanément ou par le conseil d'un prêtre auquel on s'était d'abord confessé en secret, et appartenait ainsi à la satisfiiction imposée, par laquelle, outre la rémission des péchés et des peines éternelles , on obtenait aussi la rémission des peines temporelles et le rachat de tout ce qui pouvait encore souiller l'àme. De là le conseil que donne Origène en disant que le fidèle doit voir et examiner à quel prêtre il confesse ses péchés , et que si celui-ci juge à ])ropos qu'il fasse une confession publique devant toute l'assemblée , le fidèle doit la faire d'après son conseil et après y avoir mûrement réfléchi. Cependant on n'avait pas facilement recours à une pareille publicité, parce qu'elle aurait pu avoir pour le pénitent des suites fâ-
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cheuses sous le rapport civil , et d'après le témoignacre de saint Basile , une ancienne loi de l'Église exemptait les femmes coupables d'adultère de s'en confesser publiquement et l'on se contentait de leur imposer la pénitence canonique.
II. La discipline de la pénitence n'était nullement la même partout ; suivant la différence des temps , des pays et de certaines circonstances particulières, elle était tantôt sévère, tantôt (comparativement) douce. Elle fut le plus sévère au deuxième siècle et au commencement du troisième ; mais à dater de la persécution de Dèce, on fut obligé de se relâcher de celte sévérité, à cause du grand nombre de lapses. La pénitence était en général longue et pénible; on la regardait comme une guérison lente et douloureuse , en comparaison de la renaissance subite opérée par le baptême. Non-seulement le pécheur lui-même , mais d'autres encore devaient , par l'exemple d'une pénitence si rigoureuse et si longue , être détournés du péché et l'avoir en horreur. On voulait à la fois opérer en lui une conversion sérieuse et durable, et lui fournir l'occasion de satisfaire à Dieu autant que possible de son vivant et d'effacer de son àme jusqu'aux moindres traces de péché.
La permission de faire pénitence était une faveur qui ne s'accordait qu'à ceux qui la sollicitaient instamment, souvent dans la posture la plus humiliante et même en invoquant l'intercession des laïques. Pour les plus grands péchés mortels, tels que l'apostasie ou l'idolâtrie, l'homicide et l'impudicité et ceux qui y sont analogues, on devait faire une pénitence publique. Plus tard on étendit aussi celte pénitence à d'autres péchés griefs, tels que l'usure, l'ivrognerie, le faux témoignage et d'autres. Si ces péchés étaient occultes, le pénitent se soumettait à la pénitence pul)lique d'après le conseil du prêtre auquel il s'en confessait; toutefois il n'y était pas forcé sous peine d'excommunication (du moins du temps de saint Augustin). Lorsque la pénitence publique n'était pas jugée nécessaire, l'imposition des œuvres de la pénitence et la réconciliation se faisaient en secret , de même que la confession. Les péchés moins graves
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s'expiaient par la pratique des vertus opposées, par la prière continuollejcjeûnectles aumônes. La pénitencecomnionraitpar une imposition des mains, aecompajf née de prières de la part de I evèque et de son clergé. Cette; pénitence qui s'imposait solennellement, avait surtout lieu le premier mercredi du carême. Le pénitent devait non-seulement s'abstenir de toute récréation , mais aussi des relations conjugales , et c'est pour cette raison que le mari avait besoin du consentement de son épouse pour faire une pénitence publique. Il se plaçait dans l'endroit le plus écarté de l'église, ou bien il restait au-dehors ; couvert de cendres, ayant les cheveux coupés et portant un cilice, il devait se prosterner à terre, et pratiquer longtemps les œuvres d'abstinence et de mortification, d'humilité et de contrition, qui étaient prescrites par les canons , ou qui lui étaient particulièrement imposées. Dans les temps primitifs de l'Église, les péchés moins graves n'entraînaient que la privation du sacrement de l'autel (^ç&3/2(7^oç, segregatio) , ce qu'on ne regardait pas encore comme une véritable pénitence. Ceux qui étaient tombés dans des péchés graves ne pouvaient pas participer aux saints mystères et devaient se soumettre à un jeune rigoureux. Mais ceux qui avaient commis des crimes étaient entièrement exclus des assemblées des fidèles, leurs noms étaient biffés de la liste des fidèles et l'entrée de l'église leur était interdite (/.a^at^îTtç). Après (juelques épreuves et à leurs instantes prières, on les admettait au nombre des pénitents, après quoi ils pouvaient prendre part aux prières des fidèles , mais pas encore au saint sacrilîce de la messe. Les clercs, pour des fautes légères, étaient suspendus pour quelque temps; pour des fautes graves, ils étaient déposés et réduits au rang des laïques; au pis aller ils étaient même privés de cette faveur et totalement exclus de l'Église. Dans les premiers siècles de l'Église, la pénitence proprement dite était ordinairement imposée par l'évéque et seulement une fois dans la vie. Celui qui après cela commettait les mêmes péchés ou d'autres de la même gravité, n'était plus admis à la pénitence publique, et était retenu pour le reste de
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ses jours dans l'état d'excommunication. Encore en l'an 589 , le concile de Tolède renouvela la loi relative à la pénitence publique et à l'entière exclusion de ceux qui retombaient dans le même crime. Dans l'Orient au contraire, cette discipline sévère cessa beaucoup plus tôt, bien qu'on y accusât saint Ghrysostôme d'avoir invité les fidèles à renouveler la pénitence.
Après la persécution de Dèce et le schisme des Novatiens, on établit dans les églises de l'Orient un pénitencier particulier, chargé de faire ce que jusqu'ici l'évéque avait fait seul ou conjointement avec son clergé. Il recevait d'abord la confession secrète des fidèles, prescrivait à chacun l'espèce et l'ordre de la pénitence, déterminait ce qui devait rester secret ou ce qui , pour augmenter la pénitence, devait être connu publiquement, veillait sur la conduite des pénitents et fixait l'époque de leur admission à la communion. Bientôt après l'ordre de la pénitence en général fut plus particulièrement déterminé en Orient et partagé en quatre degrés ou stations , les pleurants, les auditeurs , les prosternés et les connisants [Tipoaylixurjti , kv.poxnic. ùt:ot:z(û7i^ et Gvyxa'jtz). Saint Basile est le premier qui mentionne toutes ces stations; avant lui on ne parle que de l'une ou de l'autre en particulier. Les pénitents de la première classe (qui ne formait un degré de pénitence particulier que dans l'église grecque) devaient rester à la porte de l'église, ne pouvaient pas même assister aux lectures ni au sermon, et priaient les fidèles qui entraient dans l'église, d'intercéder pour eux auprès de Dieu et de l'évéque. Les auditeurs attendaient à la porte de l'église, dans l'espace qui se trouvait tout près, et devaient quitter l'église avec les infidèles et les simples catéchumènes au commencement de la messe des catéchumènes, c'est-à-dire au moment où les prières et les impositions des mains commenraient pour les compétents et les pénitents de la troisième classe. Dans l'Occident, Vauditio comme degré de pénitence particulier n'est mentionnée qu'une seule fois , à savoir dans un écrit du pape Félix liï. Mais la véritable pénitence expiatoire et satisfactoire n'avait lieu que dans la troisième station , à la-
332 HISTOIRE DR l'ÉGLISE.
quelle les deux premières ne ser\aient que de préparation ; elle durait le plus longtemps et constituait particulièrement l'entrée de la pénitence pour ceux qui y étaient admis. Les pénitents de ce degré avaient leur place avec les catéchumènes et les énergumènes dans l'espace intérieur de la basilique jusqu'au lutrin [omho) et devaient sortir avec eux de l'église au commencement de la messe des (idèles. Lqs prosternés avaient reçu ce nom de ce qu'ils recevaient à genoux l'imposition des mains de l'évéque immédiatement avant de sortir de l'église et qu'ils entendaient ainsi la prière que l'on récitait particulièrement pour eux. Les pénitents de la quatrième classe pouvaient participer à toutes les prières de l'Église, assister au saint sacrifice, toutefois sans pouvoir faire aucune oblation ni recevoir la communion, et l'on ne priait pas non plus pour eux pendant la messe comme pour les autres fidèles. On mettait souvent aussi dans cette classe ceux qui, en raison des fautes légères qu'ils avaient commises, n'étaient pas traités comme de véritables pénitents, ou bien ceux qui, avouant spontanément leurs péchés et se montrant disposés à se soumettre à toute espèce de satisfaction , paraissaient dignes d'être traités avec ménagement. Car ceux qui ne confessaient pas volontairement leurs péchés, mais qui en étaient convaincus, devaient subir une pénitence beaucoup plus sévère et plus longue. Lorsque l'évéque ne connaissait le crime d'une personne que par la confession, il ne pouvait pas l'exclure de la communion de l'Eglise ni l'astreindre malgré elle à la pénitence publique. Mais quelqu'un avait-il commis publi- (jucment quelque crime, on n'attendait pas qu'il s'en confessât lui-même, mais on lui imposait aussitôt sa pénitence. Plusieurs personnes, dans la maladie, promettaient de leur propre mouvement de faire la pénitence publique et devaient accomplir leur vœu aussitôt qu'elles avaient recouvré la santé.
La charge de pénitencier fut abolie à Constantinople en l'an 390, et ensuite aussi dans la plupart des autres églises de l'Orient. Une femme de condition avait avoué aussi dans sa confession publique que, pendant qu'elle était à l'église pour faire
la pénitence qui lui avait été imposée, elle avait été déshonorée par un diacre. Cet événement faisant beaucoup de bruit et causant un grand scandale, l'évéque Ts^ectairc, pour prévenir des scènes semblables, abolit, sur l'avis du prêtre Eudémon, la charge de pénitencier et la confession publique et permit à chacun d'approcher, comme bon lui semblait et d'après les inspirations de sa propre conscience, du sacrement de pénitence, c'est-à-dire de faire sans confession publique, et comme il l'entendait lui-même, la pénitence et la satisfaction que le pénitencier avait dirigées et surveillées jusqu'ici , et de les terminer tôt ou tard en recevant la communion. Par là Nectaire donna lieu à une condition qui sous un rapport était semblable à celle d'aujourd'hui ; chacun pouvait se choisir un prêtre pour la confession secrète et satisfaire ensuite plus ou moins consciencieusement à la pénitence qu'il lui avait recommandée ou imposée. Le premier, le second et le quatrième degré de pénitence tombèrent d'eux-mêmes; quant au troisième, on n'en conserva dans quelques églises que le renvoi des pénitents au commencement de la messe des fidèles , quoiqu'ils s'éloignassent souvent sans y être invités. C'est ainsi que la confession secrète (auriculaire) , qui précédait la pénitence et qui mettait le prêtre en état de donner ou de refuser l'absolution des péchés, resta en usage comme elle l'était auparavant; il n'y eut que la confession publique, à laquelle on s'était soumis jusqu'ici comme à une pénitence nécessaire à la satisfaction , qui cessât, et dès lors il dépendait de la conscience de chacun de se confesser et de faire pénitence ou de recevoir aussitôt le sacrement de l'Eucharistie. Par rapport au changement introduit par son prédécesseur, saint Chrysostôrae disait souvent, dans ses homélies, qu'il ne demandait pas que le pécheur s'accusât publiquement comme sur la scène, et qu'il suffisait qu'il s'avouât coupable devant Dieu seul. Mais le même Père parle itérativement aussi de la nécessité de se confesser à un prêtre, et montre ainsi que la confession devant Dieu, qu'il recommande, ne devrait remplacer que la confession publique et l'aveu des péchés qu'on exigeait
.lutrefois. — Aussi dans l'Occident, le pape Léon déclara que la confession secrète faite à un prêtre suffisait, et il défendit d'exijier la confession publique de tous les péchés, surtout de <eux dont la publication exposait les pénitents à la vengeance des lois civiles. Le pouvoir d'entendre en confession appartenait immédiatement aux évéques et ensuite aux prêtres auxtjuels ils avaient donné l'autorisation nécessaire à cet effet.* In peu plus lard les moines prirent aussi parla la confession, toutefois sous certaines réserves , comme on le voit par le concile de Uheims qui, en Cx39, ordonna que, pendant le carême, le curé aurait seul le pouvoir d'ouïr en confession. On vante particulièrement le zèle que montrèrent quelques évéques à cet égard , tels sont saint Ainbroise et saint Hilaire d'Arles qui consacrait surtout les dimanches à remplir cette partie de ses fonctions. Sur la lin de cette époque, on remarque déjà quelques confesseurs de princes et de grands personnages; c'est en cette qualité que l'abbé Ansbert se trouvait vers l'an 680 à la cour de Thierry, roi des Francs.
On ne regardait pas les peines canoniques et les œuvres de pénitence comme arbitraires et comme n'ayant aucun rapport avec les péchés commis, mais on les déterminait d'après la tradition et d'après l'esprit de la discipline dominante de la pénitence. Dans l'Orient, on suivait particulièrement à cet égard l(>s épîtres canoniques des docteurs les plus distingués, tels ([ue Grégoire le Thaumaturge , Pierre d'Alexandrie , Alhanase , Basile et Grégoire de Nysse, qui déterminent la pénitence pour certains péchés. Les canons des conciles d'Elvire (306) , d'Aneyye (314) et d'Arles (314), ainsi que la moitié des prétendus canons apostoliques, forment aussi un code de pénitence. Dans l'Occident , on s'adressait au pape pour les cas extraordinaires. Dans la suite on eut recours aux pénitentiels qui guidaient les prêtres dans la discipline de la pénitence. Ces collections renfermai(>nt, outre les prières et les formules de confession et (1 absolution , toutes les espèces de péchés avec la pénitence > relative, et les matières en avaient été puisées dans les canons
et les anciennes coutumes des principales églises. Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople , composa un pareil ouvrage au commencement du septième siècle, et dans l'Occident Théodore, archevêque de Cantorbéry, publia sonPénitentielen670. Les écrits de l'évéque espagnol Pacien (vers 373) et de saint Ambroise sur la Pénitence nous font connaître la discipline de la pénitence durant le quatrième siècle.
Lorsque lesMonlanistes et lesNovatiens refusèrent à l'Église le pouvoir d'absoudre les plus grands crimes, tels que l'apostasie, l'assassinat et l'adultère, et que par conséquent ils partagèrent les péchés en rémissibles et en irrémissibles , l'Eglise défendit toujours à la vérité sa prérogative d'accorder à tous les péchés le pardon et l'absolution après la pénitence; cependant, durant le second et le troisième siècle, des évêques catholiques même imposaient, dans quelques contrées, à ceux qui commettaient de tels crimes, une pénitence qui durait toute leur vie et qui ne leur laissait aucun espoir de rentrer jamais dans la communion de l'Eglise. Saint Cyprien dit qu'avant son temps, quelques évéques d'Afrique avaient excommunié pour toujours les adultères (et naturellement aussi les idolâtres et les assassins) , et c'est probablement ce qui donna lieu au décret du pape Zéphyrin que Tertullien critique si sévèrement, parce qu'après la pénitence , il accordait l'absolution aux adultères et aux impudiques. Cependant encore au commencement du quatrième siècle, les canons du concile d'Elvire imposèrent à toute une série de péchés , surtout aux ditîérentes espèces d'idolâtrie, d'adultère et d'impudicilé , la peine rigoureuse d'une excommunication perpétuelle [nec in fine recipiat communionem) . Il est probable que des mesures aussi sévères tendaient à arrêter la corruption des mœurs qui régnait alors en Espagne; mais il n'est pas croyable qu'on ait poussé cette sévérité jusqu'à refuser l'absolution à ceux qui, à l'article de la mort, avaient un sincère repentir de leurs péchés. En revanche, la décision du concile d'Arles, qui se tint peu de temps après, était basée sur l'équité : on y refusait , même sur le lit de la mort , la com-
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inunion à ceux qui par suite d'un grand crime, s'étaient enlièrenuMil séparés de l'Église et qui n'avaient cherché ni à faire penitence ni à expier leurs péchés; saint Cyprien avait déjà prescrit la même chose. Il paraît que dans l'Orient on était plus indulgent, puisque le concile de Nicée ordonna de ne priver personne du sacrement de l'Eucharistie au lit de la mort, et au <inquiéme siècle les papes Innocent, Célestin , et Léon se prononcèrent dans le même sens, de sorte que dans l'Occident même, on se rekuha tellement de celte sévérité, que partout on accordait aux mourants, pourvu qu'ils donnassent quelque signe de repentir, la paix et la gyérison de l'Église. Du temps de Nectaire la discipline de la pénitence était encore si sévère en Orient, que Grégoire de Nysse, dans sa lettre à Ectorius, lixe la durée de la pénitence pour l'apostasie au reste de la vie, pour ladultère à dix-huit, et pour les crimes moins graves à neuf ans. Dans plusieurs églises de l'Occident, les pénitents qui, à la mort, avaient reçu l'ahsolution, étaient ohligés, s'ils revenaient de leur maladie , d'accomplir leur pénitence. Cependant en vertu d'un canon du concile de Nicée, on se contentait de les reléguer pour quelque temps dans la classe des connisants. Lorsqu'en reprenant son ancien genre de vie, on cessait de faire pénitence, on était entièrement exclu de l'Église. Mais déjà le sixième concile de Tolède força ces apostats, même malgré leur résistance et en invoquant au besoin le bras séculier, de continuer leur pénitence dans un couvent — c'est là le premier exemple de cette espèce. On avait du reste déjà recours aussi, en Espagne, au bannissement et à la réclusion comme peines canoni(jues. Dans l'église de Rome et dans d'autres églises de l'Occident, on employait aussi, il est vrai, au septième siècle, la réclusion comme pénitence, mais le pénitent s'y soumettait volontairement. Toutefois la sévérité de l'ancienne discipline de la pénitence s'était déjà considérablement relâchée en Occident. Déjà saint Augustin se plaint de ce que les évéques, malgré le grand nombre de péchés qui se commettaient, n'osaient souvent pas imposer la pénitence publique aux
SECONDE ÉPOQl'i:. — CHAP. V. 337
îaïqut'S, ni déposer les ecclésiastiques, et à daler du seplième siècle la pénitence publique n'eut plus lieu dans tout l'Occident que pour des crimes commis en public et causant un grand scan- . dale, et dès-lore on l'accorda aussi piusdune fois. Conformément aux décrets des papes Sirice et Léon , ceux qui avaient reçu les ordres majeurs, ne devaient plus être soumis à la pénitence publique; la suspension et la déposition étaient les peines ordinaires de leurs égarements. Par la déposition ils étaient réduits, à moins qu'ils ne fussent en outre excommuniés, au rang des laïques [conimunio laica) , c'est-à-dire qu'ils appartenaient encore au corps de l'Église, non comme clercs, mais comme laïques et qu'ils recevaient l'Eucharistie, comme ceux-ci, en dehors du banc de communion.il existait une censure moins sévère par laquelle on condamnait les clercs à la communion étrangère ou peregrine [oommunioperegrina], qui était une espèce de suspension qui les assimilait à ces prêtres étrangers qui ne pouvaient pas exhiber des lettres formées [UUeras formatas) de la part de leur évêque, c'est-à-dire qu'ils conservaient leur rang et leur part aux biens de l'Eglise , mais qu'ils ne pouvaient pas remplir de fonctions ecclésiastiques et qu'ils étaient en quelque façon exclus de la moitié des prérogatives de l'assemblée des fidèles. Les prêtres qui pour quelque crime avaient été déposés, restaient, conformément à l'ancienne dis- «ipline, toute leur vie dans la communion des laïques, et lors même qu'on leur rendait leur ancien rang et leur ancienne prééminence, ils ne pouvaient plus jamais exercer leurs fonctions-
IIL D'après l'ancienne discipline l'ai/solution et la réconciliation avec l'Église ne s'accordaient en général qu'après la pénitence. La réconciliation de ceux qui faisaient la pénitence publique était réservée à l'évéque ; elle avait lieu pendant la célébration du saint sacrifice, auquel on attrilmait la vertu particulière de remettre les péchés, avant l'offertoire et après le sermon, et au moyen de prières sous la forme deprecative et de l'imposition des mains. Les jours destinés à cette céré-
HIST. DE l'église. — T. I. lO
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nionie étaient , dans Tôgliso (le Rome, le jeudi saint, et dans les éfrlisesd'Espagneel d'Orient, le vendnnli ou le samedi saint, l.es pénitents recevaient iininédialemenl après l'absolution le corps du Seigneur, comme le sceau de leur parfaite réconciliation avec Dieu et avec l'Église. Cette absolution [plena commiinio ou absohitissima reconciliatio) était souvent précédée (l'une réconciliation moins importante et moins parfaite, au moyen de laquelle le pénitent recevait la paix de l'Église sans pouvoir participer à l'oblation ni à l'Eucharistie, et qui par conséquent répondait à la quatrième classe de la pénitence des Orientaux. Ceux qui faisaient la pénitence secrète recevaient l'absolution en tout temps, et, à part les cérémonies, de la même manière qucf ceux qui faisaient la pénitence publique. Il est vrai que le prêtre et les diacres participaient à l'absolution, comme aux autres sacrements, en ce sens qu'ils imposaient les mains avec l'évèque; mais aucun prêtre ne pouvait, pendant les quatre premiers siècles de l'Église, se charger de la réconciliation aux offices divins, les prêtres n'étant autorisés k donner l'absolution que dans les demeures particulières, dans le cas de nécessité ou par un ordre spécial de l'évèque; et lorsqu'on ne pouvait pas avoir de prêtre, le diacre, d'après le témoignage de saint Cyprien et d'après le trente-deuxième canon du concile d'Elvire, avait le pouvoir de donner aux malades la paix de l'Église et l'Eucharistie par l'imposition des mains. Dans un tel cas, le sincère repentir et le désir d'obtenir l'absolution du prêtre remplaçaient la véritable absolution; r est pour cela (jue ce Sérapion qui perdit la vie pendant la persécution de Dèce et qui était occupé à faire pénitence, reçut l'Eucharistie sur le lit de la mort, bien qu'on ne lui eût pas donné l'absolution. D'après les principes anciennement en vigueur dans l'église de Rome, ceu\ qui mouraient subitement sans absolution ou sans réconciliation, étaient privés de la communion et par conséquent aussi de l'intercession de l'Église; mais en Airicjue et dans la Gaule et aussi à Kome depuis le sixième siècle, on prit un terme moyen et l'on accorda à
tous ceux qui mouraient avanl d'avoir achevé leur pénitence, les prérogatives des différents lidèles qui vivaient dans la communion de l'Église.
IV. Les évéques, de même que les Apôtres l'avaient déjà fait, pouvaient abréger la durée ou modérer la rigueur de la pénitence. Ces modifications étaient absolument ce qu'on appela dans la suite les indulgences, lesquelles procurent, sous de certaines conditions, la rémission des peines que l'Église infligeait au pécheur, afin qu'il fît à Dieu la satisfaction qui lui est due. On accordait celte faveur soit à ceux qui montraient un zèle extraordinaire dans les œuvres de pénitence, soit à ceux qui avaient été particulièrement reconmiandés aux évéques par les martyrs. A dater du second siècle on avait accordé, notamment dans plusieurs églises, aux martyrs qui avaient déjà souffert le martyre ou qui attendaient la mort dans la prison, la prérogative de donner à certaines personnes auxquelles ils étaient particulièrement attachés, des lettres de recommandation. Ces lettres engageaient l'évéque, par égard aux grands mérites que les martyrs avaient auprès de Dieu, à remettre aux pénitents recommandés une partie de la durée de leur pénitence. Dans l'église d'Afrique cette coutume dégénéra, du temps de la persécution de Dèce, en un abus dangereux, puisqu'un grand nombre de martyrs, donnant absolument à leurs lettres de recommandation la forme de lettres de paix ou de communion, les accordaient sans distinction et avec une véritable profusion, en sorte qu'une foule de lapses prétendaient, à la faveur de ces recommandations et sans avoir fait aucune pénitence, rentrer immédiatement dans le giron de l'Église et être admis de nouveau aux sacrements. Un des confesseurs, Lucien, alla si loin qu'il déclara avoir accordé, en son nom et au nom d'autres confesseurs, la paix à tous les lapses et de leur avoir remis leurs péchés, et qu'il engagea saint Cyprien d'un ton presque menaçant à vivre en paix avec les martyrs. Cependant les évéques africains, soutenus par l'église de Rome, s'opposèrent énergiquemenl à
cette dissolution de la discipline; saint Cypricn écrivit à cet ofîot son ouvrage intitulé des Lapses, et deux conciles tenus h Rome et à Carthage en 251 déclarèrent qu'à la vérité il ne fallait pas ôtcr aux lapses l'espoir de la paix, mais qu'on ne devait les y admettre qu'après une pénitence longue et sévère. Mais déjà le second concile de Carthage, voyant qu'on était menacé d'une nouvelle persécution, décida qu'on accorderait la réconciliation à tous les lapses, et en effet on remit à Rome e( à Carthage toute la pénitence à un grand nombre de ces derniers. Comme, d'après la doctrine de l'Église telle que saint Cyprien l'entend, on ne satisfait pas tant par la pénitence à l'Église qu'à Dieu, et que la pénitence nous procure le moyen d'apaiser Dieu et de purifier notre conscience, il s'ensuit que celte modification , cette rémission partielle de la pénitence était en même temps une rémission d'une partie de la satisfaction due à la justice divine et basée sur le pouvoir de l'Église de délier les péchés, sur les mérites de Jésus- Christ et sur l'intercession des martyrs. — Comme sur la fin du quatrième siècle on se relâcha de jour en jour davantage de l'ancienne discipline, les indulgences durent devenir de plus en plus fréquentes, et l'on voit par le pénitentiel de Théodore de Cantorbéry qu'on donnait ordinairement la comnumion aux pénitents au bout d'un an ou de six mois.
L'extrême-onction. L'ordination. Le mariage.
Jo. MoHiNi coramcntarius de ss. ccclesisc ordinationibus. Amstclod. 1709, fol. — (Gibert) Tradition de l'Église sur le sacrement de mariage. Paris, 1725, 3 vol. k. — E. v. Mov das Ehcrechl der Christen bis zur Zfit Karls d. Grossen. Rcgensburg, 1833.
fx> sacrement de V extrême-onction [unrtio sacra, olcum sanctum, xyiov f/.y.izv) qui, d'après l'institution des Apôtres dans l'épîlre de saint Jacques, possède d'un côté comme
remède physique, de l'aulre et particulièrement comme complément et accomplissement de la pénitence, la vertu de remettre les péchés, est mentionné souvent dans les écrits de saint Chrysostôme , de Victor d'Antioche , de Gésaire d'Arles et de plusieurs autres, ensuite aussi dans les biographies des Saints et dans l'histoire de Grégoire de Tours. Le pape Innocent I, dans sa lettre à Décentius, déclare que l'extrêmeonction est un sacrement, et que, de même que les autres sacrements, on ne doit point l'administrer à ceux qui ne se sont pas encore réconciliés avec l'Église. Dans TOccident on ne s*. servait en tout temps que d'une huile consacrée spécialement à cet effet par l'évêque; le sacramen taire de Grégoire le Grand contient déjà le rit du sacrement de l'exlrème-onction. Dans l'Orient au contraire dès le temps de Théodore de Cantorbéry, c'est-à-dire sur la fin du septième siècle, les prêtres l'administraient ordinairement. Elle avait lieu tantôt avant tantôt après la communion et était souvent administrée par plusieurs prêtres, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans l'église grecque, mais on la trouve aussi administrée par un seul prêtre. Ce sacrement ne s'accordait pas indistinctement à tout le monde : les enfants, ceux qui venaient d'être baptisés et dont les péchés se trouvaient effacés par le baptême , les personnes qui faisaient continuellement pénitence ou qui menaient une vie édifiante, ne le recevaient ordinairement pas, parce qu'on le considérait comme faisant partie de la pénitence et que ces personnes paraissaient n'avoir pas besoin d'une pénitence particulière sur le lit de la mort. C'est pour cette raison que dans les biographies des Saints, on considère comme une preuve de leur humilité la demande qu'ils faisaient de l'exlrême-onction sur le lit de la mort, tandis que leurs amis ne la regardaient pas comme nécessaire.
Le sacrement de X ordination [ordinatio, sacramentum antistitis, henedictio presbyterii, y/ipczovta) s'administrait en général depuis le temps des Apôtres par l'imposition des mains, accompagnée de prières , à l'effet d'obtenir la coramuni-
cation du Sainl-Kspril. Dans rOrienl et en Afrique dès le troisième siècle, outre que dans le sacre d'un évèque on employait l'imposition des mains, on mettait encore l'Évangile sur la tète de l'ordinand. En revanche, l'onction dont le pape Léon fait déjà mention était inconnue en Orient, en Afrique et probablement aussi en Espagne. La prêtrise se donnait par l'imposition des mains de l'évèque et de tous les prêtres présents. L'onction de la main n'était en usage ni dans l'Orient ni (au neuvième siècle) à Rome, mais elle avait lieu dans l'église gallicane. Les diacres étaient ordonnés par la simple imposition des mains de l'évèque. Le sous-diaconat, appartenant aux ordres mineurs, ne s'administrait pas, comme le diaconat et la prêtrise, dans le sanctuaire devant l'autel, mais au-dehors, dans la sacristie ou diaconique, sans l'imposition des mains. On conférait ordinairement les ordres mineurs en présentant aux ordinands les instruments ou les signes de leur vocation ; c'est pour cette raison qu'on remettait au sousdiacre les vases sacrés, à l'acolythe les candélabres, à l'exorciste le livre des exorcismes, au lecteur les livres sacrés et au portier les clefs de l'église.
La décadence et l'avilissement dans lesquels le mariage était généralement tombé lors de la domination des païens dans l'Empire romain , étaient de nature à Aiire croire que les principes sévères que l'Eglise avait puisés à cet égard dans la doctrine de Jésus-Christ et de ses Apôtres, rencontreraient la plus forte opposition et ne deviendraient dominants que petit à petit. Avant tout, Yunité du mariage était tellement inviolable dans l'Église primitive, que non-seulement on ne permettait jamais et sous aucune forme de s'unir à une autre fenune qu'à son épouse, mais qu'on regardait aussi les secondes noces après la mort du premier mari, comme une chose permise à la vérité, mais très-irrègulière, et quoique les catholiques fussent trèséloignés du sentiment des Montanistes qui rejetaient les secondes noces indistinctement, il y en eut cependant parmi eux qui, comme Athénagore et Origène, se prononcèrent fortement
contre une pareille union, tandis que d'autres, tels qu'Anihroise, Chrysostôme et Jérôme, la déconseillèrent formellement. Dans quelques contrées de l'Orient, on imposait même aux bigames une peine canonique ; ils étaient pour toujours exclus de l'état ecclésiastique ; ils n'avaient aucune part aux aumônes de l'Église ; on refusait à leur union la bénédiction de l'Église , et la fiancée ne pouvait porter ni le voile ni la couronne nuptiale. Les troisièmes noces étaient regardées comme illicites par plusieurs Pères et entraînaient une longue penitence en Orient; mais les quatrièmes étaient déjà signalées dans les Constitutions apostoliques comme une impudicité manifeste, et toujours considérées dans l'église grecque comme un acte reprehensible.
La dissolution du mariage par le divorce que la loi de Moïse accordait aux Juifs à cause de la dureté de leurs cœurs et pour éviter de plus grands maux, était regardée comme abolie dans l'Église par Jésus-Christ et par son apôtre Paul ; et immédiatement après le temps des Apôtres, la conviction intime des chrétiens se prononça clairement sur l'indissolubilité du mariage, même en cas d'adultère, comme on le voit dans Hermas et dans Athénagore. Mais on ne peut pas suivre plus loin avec certitude la tradition de l'indissolubilité du mariage, si ce n'est dans l'église de Rome, et dans tous les cas dans celle d'Afrique. Dans d'autres églises on balançait à cet égard , ou l'on accordait sans façon la dissolution du mariage et les secondes noces pour adultère, soit parce qu'on avait des- doutes relativement au sens des paroles de Jésus-Christ dans saint Matthieu 5 et 19, soit parce qu'on croyait aussi que Notre-Seigneur y permettait réellement aussi dans son Église la dissolution du mariage pour une seule cause, et qu'il n'établissait pas une distinction assez claire entre la séparation ou le relâchement et le divorce ou la dissolution complète des liens du mariage; soit enfin parce qu'on désespérait de pouvoir maintenir dans son intégrité la discipline de l'Eglise à cet égard, en présence des lois impériales qui favorisaient le divorce et qui jusqu'au règne de Justinien le permet-
3ii HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
{aient môme, lorsqu'on y consonlait de part et d'autre. Il est vrai que plusieurs Pères, entre autres ChrysosUôme, Ambroise, Grégoire de Nazianze et Jérôme, désapprouvèrent ces lois ou les regardèrent comme incompatibles avec celles de l'Église; mais à dater du troisième siècle, aucun Père de l'Kglise ne se pronoiMja plus ouvertement en Orient en laveur de l'indissolubilité absolue du mariage; le quarante-huilème canon apostolique seul défendit encore en général, sous peine d'excommunication, tout mariage en secondes noces, ou celui d'une femme divorcée. 3Iais déjà du temps d'Origène, il y eut des évéques qui permettaient les secondes noces encore du vivant de l'époux divorcé, et Aslérius, Epiphane, et Basile ne laissent aucun doute que, dans tous les cas, la théorie et la pratique n'aient donné en Orient le droit à l'époux de se remarier après le divorce, ou que du moins elles n'aient toléré de semblables unions. Après que les lois de Justinien eurent légitimé le divorce pour adultère, pour crime de haute trahison, pour attentat à la- vie et pour calomnie, le droit de convoler en secondes noces paraît avoir été reconnu généralement en Orient par l'Eglise, du moins pour le cas d'adultère, et quoique le concile in TriiUo de 692 adoptât deux canons coutradictoires, îe quarante-huitième apostolique et le dix-septième du concile de Milève, il montra cependant, en adoptant aussi la décision que donna saint Basile, qu'il ne prétendait pas soutenir rigoureusement une indissolubilité complète du mariage.
Dans l'Occident au contraire, l'indissolubilité du mariage fut maintenue à Rome et en Afrique, comme on le voit parles déclarations des papes Innocent et Léon , comme aussi par les canons du concile de Milève de l'an 416 , dont le dernier statua ([ue, conformément à la discipline évangélique et apostolique, les femmes abandonnées ou séparées de leurs maris ne pourraient plus s'engager dans les liens du mariage. Il est vrai que saint Augustin se prononça ouvertement aussi dans le même sens, cependant il regarda, lui-même comme obscur le sentiment manifesté par Jésus-Christ à cet égard. En Espagne le
concile d'Elvire défendit aux femmes de convoler en secondes noces , mais il garda le silence à l'égard des époux. Dans les Gaules, la discipline à ce sujet était chancelante et variable. Les conciles de Vannes de 4G5 et d'Agde de 506 paraissent avoir accordé ou toléré les secondes noces du mari en cas d'adultère de la part de sa femme. Le premier concile d'Arles n'avait fait que conseiller de s'abstenir des secondes noces, tandis qu'un concile tenu à Nantes (on ignore à quelle époque, peut-être en 658) remit en vigueur l'ancien principe, en vertu duquel l'époux ne pouvait pas se remarier tant que vivait sa femme séparée de lui pour crime d'adultère. On voit par les Formules de Marculfe et par les Capitulaires de Théodore de Cantorbéry , que les divorces n'étaient pas rares dans les Gaules et dans la Grande-Bretagne.
Le mariage avec des infidèles fut déjà désapprouvé par les Pères de l'Eglise primitive et défendu par le concile d'Elvire ^ussi bien que le mariage avec des hérétiques; mais dans la suite on les toléra et, dans tous les cas, on ne les regarda pas encore comme invalides. Toutefois le mariage avec des Juifs fut défendu par les conciles des Gaules et de l'Espagne du sixième et du septième siècle, sous peine de bannissement, jusqu'à ce que les partis se fussent séparés. Le mariage entre les parents en ligne directe était naturellement toujours regardé comme impossible. Dans la ligne collatérale, le mariage entre cousins germains, défendu pendant quelque temps aussi par les lois civiles, était toujours regardé par l'Église comme illicite, et à plus forte raison, le mariage avec la fille de son frère ou de sa sœur, qui était également défendu par les lois civiles. L'Eglise interdit déjà au commencement du quatrième siècle , interdiction qu'elle renouvela souvent après, le mariage avec sa belle-sœur. Du temps de Grégoire le Grand , l'empêchement du mariage entre parents s'étendait jusqu'au septième degré, d'après la manière de les compter à celte époque. L'empêchemenl d'afTinité spirituelle futintroduit ou confirmépar Jusiinien , parce quon considérait le rapport entre le parain et le filleul
la.
< online identique avec celui de l'adoplion. Depuis le concile de Chalcédoiiio el en vertu des décrets des papes Innocent et Léon, les moines el les religieuses ne pouvaient plus se marier après avoir embrassé l'état monasti(pie.
Conformément h la coutume de l'Kglise primitive, le mariage s'administrait au moyen des prières de l'Église et de la bénédiction du prêtre. TertuUien vante le bonheur d'un mariage qui se contracte par l'entremise de l'Église, auquel la célébralion du saint Sacrifice imprime le sceau, et qui est ainsi annoncé par les anges au ciel , et il exprime en termes énergiques l'aversion que l'on avait de son temps pour une union qui ne se contractait pas à la face de l'Église ; cependant on ne regar- «laitpasla bénédiction de l'Église comme nécessaire à la validité du mariage. Comme on attribuait à cette union une vertu sanctiliante, le quatrième concile de Carthage ordonna aux jeunes mariés de s'abstenir, pendant la première nuit, de toute relation , par respect pour la bénédiction qu'ils avaient reçue. Lors de la bénédiction, les fiancés était couverts d'un voile de pourpre et ornés de couronnes ; elle avait lieu pendant la messe qu'on interrompait à cet effet ; les fiancés apportaient leurs offrandes et recevaient la communion. Après la bénédiction, on enveloppait leurs mains jointes ensemble d'un lien blanc et rouge en signe de leur union indissoluble. L'acte de mariage était souvent revêtu de la signature de l'évêque.
Les mystères.
ScHELSTRATE diss. de disciplina arcani. Rom.T, 1685. i. — De Moizz\ méthode dont les Pores se sont servis en traitant des mystères. Paris. 1683. k. Sciioi.MNER diss, de disciplina arcani. 17o6.
Si Jésus-Christ lui-même usait d'une sage réserve en enseignant sa doctrine, de sorte qu'à légard de la foule qui ne comprenait pas ses paroles, il ne se servait que de paraboles qui
en cachaient le sens , pour lui exposer les mystères du royaume de Dieu qu'il dévoilait à ses disciples ; s'il usait de cette réser\ e même envers ses disciples en ne leur révélant les mystères que successivement , l'Église primitive était en droit et devait dérober la connaissance et la contemplation de ses mystères aux profanes, aussi bien qu'aux lidèles nouvellement convertis et qui n'étaient pas encore préparés ni puf ifiés suffisamment. 1^1 le le fil, pour ne pas exposer ce qu'elle a de plus sacré à une fausse interprétation, aux insultes et aux blasphèmes des infidèles, pour ne pas scandaliser les catéchumènes qui n'étaient pas encore en état de bien comprendre les choses, et pour leur inspirer le respect des mystères et le désir d'y participer. Ces mystères avaient rapport soit aux dogmes soit aux actions saintes de l'Église. Saint Basile distingue dans la doctrine de l'Église les âoyi/.axx qu'on tenait secrets et les y:r,çuyixc/.xx qu'on enseignait publiquement et il entend ainsi par les derniers, les dogmes pratiques et les exemples de morale , et par les premiers , les mystères, particulièrement celui de la Trinité. L'évéque Archélaùs prouve dans sa conférence avec Manès qu'on cachait aux païens ce dogme qui donnait lieu plus que tout autre aux erreurs les plus grossières et aux blasphèmes ; mais depuis la lutte occasionnée par l'Arianisme , il ne fut plus possible de le faire rigoureusement et conséquemment , et ce n'était qu'un pieux désir que Grégoire de Nazianze exprimait dans un de ses discours , en disant que dans la chaleur de la dispute même il fallait dérober ce mystère aux yeux des infidèles. On cachait toujours la formule de la confession de foi et même l'oraison dominicale; on ne les communiquait aux catéchumènes qu'immédiatement avant le baptême, et saint Ambroise prémunissait contre le danger de faire connaître l'une ou l'autre inconsidérément. On observait particulièrement les mystères à la célébration des saints Sacrements. Les fidèles seuls pouvaient assister au baptême , et le premier concile d'Orange défendit déjà d'y admettre les catéchumènes; la même chose avait lieu à la confirmation , et le pape Innocent I , dans sa lettre à Décen-
tius , passa sous silence la formule usitée dans le sarrcment de l'onction, «pour ne pas paraître en trahir le secret.» L'ordination ne devait jamais s'administrer en présence des éco.utanls (catéchumènes). On prenait soin surtout de cacher le dogme de l'Eucharistie et la célébration d«'s mystères. Les apologistes du second et du troisième siècle, Athénagore, Minulius, Terlulien et Origène, qui dans les calomnies des païens avaient une occasion si pressante de répandre sur cet objet même des idées justes, n'osèrent cependant pas rompre le silence à cet égard; Justin seul^dans son apologie adressée à l'empereur et au sénat, chercha à savoir si, en dévoilant le mystère de l Eucharistie, on parviendrait à imposer silence aux calomnies de l'antropophagie et à inspirer des sentiments plus modérés envers les chrétiens. De là aussi les différentes tournures de phrases qui se trouvent dans les sermons des Pères, surtout dans ceux de saint Chrvsostômo : « Les initiés savent ce que je veux dire; les fidèles me comprennent. » Même dans les écrits (jui pouvaient facilement tomber dans les mains de personnes non baptisées , on prenait de semblables précautions ; on aimait mieux parler «des saints Symboles, de la figure, de limage, » que de nommer ouvertement le corps et le sang de Jésus-Christ, et Epiphane, ayant à parler de l'institution de l'Eucharistie, cita les motsde la consé'cration d'une manière qui n'était intelligible que pour les initiés [rcvzo [j.o\> è^zi xo']£). Lors- (jue Chrysostônie raconte, dans son épître au pape Innocent, l'irruption subite des soldats dans l'église, il dit simplement que le saint sang de Jésus-Christ a été répandu; Pallade au contraire, en racontant, dans son ouvrage qui s'adresse à un public plus nombreux , le même événement, parle de l'effusion des symboles. Lorsque les Ariens firent examiner publiquement, en présence de différents païens, l'accusation intentée à Athanase d'avoir brisé un calice destiné à administrer le sacrement de l'Eucharistie, le pape Jules et le concile d'Alexandrie de 339 exprimèrent leur indignation au sujet d'une tefle profanation du saint mystère. Déjà Tertullien adressa aussi
des reproches au^^ hérétiques, et surtout aux Marcionites, de ce qu'ils n'observaient pas les mystères. — Lorsque le paganisme fut entièrement ou du moins presque entièrement éteint ,. et que tous les chrétiens ou du moins la plupart reçurent le baptême dans leur enfance, ces mystères tombèrent d'eux-mêmes dans l'oubli,
Les églises. Les autels. Les images. La croix.
PoMP. Saunelli antica Basilicografia. Napol., 1686. 4. — Jo. CiampiM Synopsis hist, de sedificiis a Con>>lantino M. exstructis. Rom., 1693, fol. — Ejusd. Vetera monumenta. Rom., 1690. T. I. II. fol. — God. V'oiGT Thysiasleriologia. Hamburg,, 1709. — Thiers sur les principaux autels des églises. Paris, 1688. — Mïintek Sinnbilder und Kunslvorstellungcn der alten Christen. Alloua , 1825. k. — P. Aringhi Roma subterranea. Paris, 1659. fol. — (Botta ri) sculture e Pitture sagrc, estralte dai Cimiteri di Roma. Rom., 1733. 46. 2 vol. fol. — J. Gret- SERide crucc Christi., Ingolst. 1608. 4.
Les premières assemblées religieuses des chrétiens avaient lieu dans des maisons particulières. Au second siècle ils avaient déjà des édifices destinés spécialement au culte du Seigneur, qui , pour ne pas éveiller les soupçons , ne se distinguaient dans le principe des habitations ordinaires par aucune forme particulière, et qui , dans tous les cas , n'avaient rien de commun avec les temples du paganisme ; c'est pour cette raison que les apologistes prétendirent longtemps que les Chrétiens , tout différents des Juifs et des Païens, n'avaient ni temples, ni autels. Déjà en l'an 202 , l'église d'Édesse fut détruite par une inondation. Maximin lit, dès l'an 236, renverser les églises des <3hrétiens; mais Gallien restitua aux évêques le terrain où elles avaient été construites. Jusqu'en 303 on bâtit un grand nombre d'églises considérables , qui excitaient naturellement le mécontentement des païens jaloux de leur culte, en sorte que durant la persécution de Dioclétien , on ordonna de les raser entière-
ment. Copondant à la faveur de la proleclion de Gonslantiii , des éjiflises beaucoup plus spacieuses qu'auparavant s'élevèrent de toutes paris. La ville de Ironie possédait au quatrième siècle plus de quarante basiliques, et dans l'Orient un grand nombre d'églises, la plupart ma^niiliques, furent construites aux frais de remj)ereur et de sa mère Hélène. Les temples des païens, n'étant pas destinés de leur nature à contenir un grand nombre de personnes, et pouvant diflicilemenl servir d'églises à cause du peu d'espace qu'ils présentaient à l'intérieur comparativement aux églises, étaient beaucoup moins transformés en églises qu'on ne l'aurait fait sans cette circonstance. En revanche les empereurs chrétiens abandonnaient souvent au culte des chrétiens les basiliques, comme on les appelait, c'est-àdire les superbes édiûces destinés à l'exercice de la justice et aux délibérations publiques, comme à Rome on céda à ce culte la Basilica latcranensis, et dans la suite l'on donna aussi ce nom aux églises bâties dans le goiit de ces basiliques. Le plus grand nombre d'églises et les plus magniliques sont dues à .Justinien, surtout à Constantinople, et parmi elles on distingue particulièrement l'église de sainte Sophie. A la consécration de cette église, il se vanta d'avoir surpassé Salomon , et plus de quatre cents clercs avec cent portiers étaient chargés de la desservir. A Home, le Panthéon, construit par Agrippa sur le champ de Mars et cédé par l'empereur Phocas au pape Boniface IV, fut transformé, en GOG, en une église dédiée à la Sainte Vierge et aux martyres.
Les églises [ecclesiœ, dominica, Y.'jpixy.xt, 7:657£vx.r'/;c«3:, et à dater du quatrième siècle, lempla, iiasilicœ) avaient, depuis les temps les plus reculés, la forme oblongue d'un vaisseau et étaient ordinairement tournées du côté de l'orient. Depuis le règne de Constantin la plupart furent construites en forme de croix on en forme octogone. L'édilice comprenait ordinairement trois parties principales. Le porche [vxp9r,^,~pcy'jiOi) était un j)ortique orné de colonnades avec une fontaine ou citerne qui servait aux ablutions; avec son entrée il portait aussi le
SECONDE ÉPOQLE. — CHAP. V, 351
nom do narlhex extérieur. Le porche intérieur proprement dit contenait l'espace où se plaçaient les catéchumènes, les pénitents et les infidèles. Du porche on entrait par les <( grandes n portes ou les portes « royales » dans l'espace intérieur appelé la nef où se tenaient les pénitents et les fidèles ; ici se trouvait l'ambon ou pupitre pour les lecteurs et les chantres. Les deux sexes avaient ici des places particulières, séparées par des pans de bois ou par des rideaux, et du côté des femmes se plaçaient les religieuses et les veuves qui étaient également séparées des autres. Dans l'Orient les femmes avaient aussi leurs places sur l'ambon. Le sanctuaire (/S/j^ua, àyjîv, presbyterium , chorus), élevé ordinairement de quelques degrés , était séparé de la nef par une balustrade de bois et n'était accessible qu'aux clercs ; un rideau dérobait particulièrement la vue de l'autel. Dans la partie la plus reculée du sanctuaire nommée Apsis, se trouvaient dans un demi-cercle les sièges des prêtres avec le trùne de l'évéque au milieu. L'autel — c'est ainsi que l'appellent toujours les anciens Pères qui disaient cependant aux païens qu'ils n'avaient pas d'autels (semblables aux leurs) — était placé, en forme d'une table reposant sur quatre colonnes, justement au milieu du chœur. Dans le principe il était ordinairement de bois ; depuis le quatrième siècle il était quelquefois de pierre <'t couvert d'un baldaquin dans les grandes églises. Pendant longtemps il n'y eut dans chaque église qu'un seul autel (comme c'est encore l'usage en Orient) ; les épîlres de Grégoire le Grand font pour la première fois mention de plusieurs autels : elles parlent par exemple des treize autels que Pallade, évéque de Saintes, éleva dans sa cathédrale en l'honneur des Apôtres. A l'un des côtés de l'autel se trouvait VOblatiotiarium ou la Prothesis, comme on l'appela dans la suite : c'était une table destinée à recevoir les oblations des fidèles.
Les bâtiments attenants étaient le baptistère et le secretarium ou grand diaconique ( il y en avait un plus petit dans le chœur où les prêtres s'habillaient). Le grand diaconique qnc nous nommons aujourd'hui sacristie, était un lieu où l'on ser-
352 HISTOIRE DE LÉGLISE.
rait les vases et les ornements sacrés, et en général le trésor do l'éîïlise, ot il était en mémo temps si spacieux qu'on pouvait j assembler des conciles. Des écoles et des bibliothèques considérables qui renfermaient , outre les livres de lilurgie, des bibles et des diptyques, étaient aussi attachées à plusieurs églises. La consécration des églises paraît être presque aussi ancienne que les églises mêmes, car immédiatement après la persécution de Dioclétien, elle était déjà généralement en usage et se faisait avec la plus grande solennité. Plusieurs évêques se réunissaient ordinairement à cet effet, et c'est pour cette raison qu'on tenait aussi des conciles à l'occasion d'une pareille cérémonie. La fête même durait quelquefois plusieurs jours et l'on en célébrait annuellement l'anniversaire. Lorsque l'autel était de pierre, il était béni aussi au moyen de l'onction du saint chrême, et cela en vertu du canon du concile d'Agde de 506. Dans le sacrameiitaire de saint Grégoire, la consécration des églises et des autels est signalée comme une cérémonie très-solennelle et composée de six actions. On apportait ordinairement à la consécration des reliques de martyrs que l'on gardait sous l'autel, car on élevait les autels ou sur la tombe des martyrs, ou bien on y déposait des reliques. L'image de la croix, à dater du cinquième siècle, ne se trouvait pis sur l'autel , mais au-dessus : de là le canon du concile de Tours de l'an 567 qui dit que le corps de Notre- Seigneur doit être gardé sur l'autel sous l'image de la croix. Dès le cinquième siècle on avait coutume de suspendre dans les églises des martyrs, à l'intercession desquels on attribuait sa guérison, des images votives ou des ligures en or et en argent qui représentaient les membres guéris miraculeusement. Un allumait dans les églises, au moins à dater du quatrième siècle, des cierges et des lampes, même pendant le jour; aux fêles solennelles on en allumait une plus grande quantité. On ne les plaçait pas sur l'autel , mais tout autour, ou sur des lustres qui étaenl suspendus au plafond. Dans un grand nombre d'églises les lampes ou cierges brûlaient jour et nuit.
Les premiers chrétiens, parmi lesquels régnait encore l'ancienne aversion des Juifs pour tout ce qui représentait la forme du corps humain, et qui avaient en horreur le culte des païens et tout ce qui s'y rattachait, n'avaient pas d'images dans leurs églises. Les premières représentations symboliques dont ils se servirent, étaient des symboles du Christ et de la Foi et de l'Espérance des chrétiens : c'était un poisson, une colombe, un navire, une lyre, une ancre; on les attachait à de petits sceaux , à des sarcophages et à des lampes ; selon Tertullien^ on mettait sur les calices l'image du bon pasteur. Le concile d'Elvire défendit encore dans le temps où le paganisme était dans toute sa vigueur, d'orner les églises d'images, « parce qu'il ne convenait pas de représenter sur les murs ce que l'on révère et qu'on adore, » ce qui semble se rapporter particulièrement aux images du Christ. Il était incompatible avec les mystères alors en usage, de suspendre certaines images dans les églises. Sur la fin du quatrième siècle, Épiphane crut même qu'il fallait ôter un rideau avec l'image du Christ ou d'un Saint, qu'il vit dans l'église d'Anablathe en Palestine. Mais de son temps les images étaient déjà introduites dans plusieurs églises, et il dit lui-même , dans le fragment d'une lettre ( si toutefois elle n'est pas apocryphe) que , dans son zèle aveugle contre l'usage des images « contraire aux saintes Ecritures » et établi même dans les demeures particulières, il éprouva une vive opposition de la part des évêques et des prêtres. Grégoire de Nyssc parle de certaines images qui représentaient l'histoire des martyrs, dans les églises qui leur étaient dédiées, et Paulin, évêque de Noie, fit peindre dans ses églises, à Noie et «H Fundi, des sujets tirés de la Bible, le supplice de quelques martyrs ci même la sainte Trinité, mais celle-ci seulemcHit sous une forme syn'bolique (Jésus-Christ figurait un agneau, le Saint-Esprit une colombe, et le Père n'était représenté que par les mots qui se firent entendre du ciel lors du baptême de Jésus-Christ dans les eaux du Jourdain). Saint Ambroise crut reconnaître la figure de l'apôtre saint Paul , qu'il connaissait par différents
'■]'yl HISTOIRE DE l'kGLISE.
l.ibloaux , dans une personne qui lui apparut pendant la nuit. Plusieurs Pères, tels que Xil, dis(i[»le de saint Chrysostônie, et plus lard Gréfjoire le (Iraiid , eonscillaient d'orner les éfïlises <le représentations tirées de la liihle, par la raison que e'étaient des sujets convenables et instructifs pour le peuple. C'est pour cela que Gréjjoire blâma Sérénus, évéque de Marseille, pour avoir arracbé et fait briser 1(îs imacfes qui se trouvaient dans les églises de son diocèse, et plusieurs de ses ouailles se séparèrent, pour ce motif, de sa connnunion. Du moment donc que les images du Cbrist et des Saints furent placées dans les églises et dans les maisons particulières, il était naturel qu'aussitôt que la manière de voir des païens eut disparu avec le Paganisme et qu'on ne fût plus menacé du danger de voir rétablir le culte des idoles, le souvenir vivace des originaux fît témoigner aux copies qui les représentaient une vénération extérieure, qui par elle-même ne se rapportait pas à celles-ci, mais aux personnes mêmes qui y figuraient. C'est ainsi que le pape Grégoire le Grand dit qu'il était déjà d'usage de son temps de se prosterner devant l'image du Sauveur, non parce qu'on regardait cette image comme la divinité même, mais parce que de cette manière on adorait celui dont l'image représentait la naissance, les souffrances ou la majesté.
Il n'existait du reste dans l'Eglise primitive aucune tradition particulière à l'égard du corps et de la ligure du Sauveur. Si un grand nombre de Pères, tels que TertuUien, Clément, Basile et Cyrille d'Alexandrie, prétendent qu'il ne se distinguait en amune façon par la beauté de son corps , mais qu'il avait plutôt un extérieur difforme et désagréable, cette assertion n'est fondée sur aucune tradition, mais seulement sur l'interprétation qu'on donne aux ])assages d'Isaïe 52, 11 et 53, 1. 3. 12, et l'on y reconnaît cependant que l'essence divine s'exprime en lui par la vivacité de son regard, par la tranquillité de son âme et par la dignité de son maintien et de son visage. Le concile in Trullo de l'an ()1)2 ordonna (pie .Jésus-Clirist ne fût plus re[)résenté «onformément à l'ancienne coutume sous la forme d'un agneau.
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mais seulement sous la forme humaine. Il est difficile de dire à quelle époque on a commencé à représenter le Sauveur sur la croix. Avant le sixième siècle on ne trouve aucune trace certaine de l'usage des crucilix, ni dans l'Orient, ni dans l'Occident; il paraît qu'on ne se servait que de la simple image de la croix. Dans les catacombes ou tombeaux des anciens chrétiens de Rome, qui sont la plus riche mine de l'art chez les anciens chrétiens, on a trouvé des images du Christ, de la Sainte Vierge, des Apôtres saint Pierre et saint Paul et d'autres saints et martyrs, des symboles du Christianisme, des croix, des images représentant des sujets tirés de l'Ecriture sainte et le supplice des martyrs , ainsi que des tableaux qui llguraient le baptême et l'agape, mais on n'y a pas découvert le moindre crucifix.
Ce qui prouve que les chrétiens , dès les temps les plus reculés, avaient de la vénération pour l'image de la croix, c'est le reproche d'adorer la croix que leur adressaient les anciens païens et qui fut renouvelé par Julien. On attachait déjà de bonne heure aussi la croix à des sarcophages et à des lampes. Depuis le règne de Constantin, qui lit élever des croix sur les j)laces publiques et en empreindre sur la monnaie, on rivalisa de zèle pour révérer ce signe de la rédemption. L'exemple de sainte Paule cité par Jérôme prouve qu'on se prosternait aussi devant la croix. On avait une vénération particulière pour la véritable croix du Seigneur qu'Hélène, mère de Constantin, retrouva à Jérusalem. On en envoya des parcelles partout; les lidèles les enchâssaient dans de l'or et les portaient suspendues au cou comme un préservatif contre les dangers. Grégoire de Nysse et Paulin possédaient de ces parcelles. Un prêtre particulier [o-.a.-jyyp'/.yl^ avait la garde de la croix qu'on conserve h Jérusalem, et qui, depuis la décapitation de saint Paulin, reste toujours intacte.
Les fêtes et les jeûnes de l'Église.
(iCYETi Heortologia. Paris, 1G57. fol, — Ad. Baillet histoire des lestes, dam ses Vies des Saints. Paris, 1707, V vol. lui. — Pkosp. Lam- BEKTiM comm. de Jesu Chrisli ejusque matris festis, Patav., 1732. fol. — Thomassin Traité des jeûnes de lEglisc, Paris, 1G80.
(]<>nfornu''nuMi( à la doctrine d{\ rÊ<î!ise primitive, chaque jour devait , à proprement parler, être consacré ,à Dieu par les chrétiens, toute leur vie considérée comme une fête continue, et en ce sens chaque jour de la semaine s'appelait fén'e [feria^ , d'après une acception introduite de très-bonne heure dans la langue. Cependant cette circonstance n'empêcha pas que depuis le temps des Apôtres il n'y eût de certains jours de la semaine et de l'année qu'on regardait comme des points d'arrêt de la dévotion , comme des anniversaires des grands événements du Christianisme, et comme des moyens d'encouragement pour la masse du peuple qui , dans le cercle de la vie ordinaire, s'abandonne facilement à l'inaction et à l'indifférence en matière de religion.
Le dimanche [y.vpiay.y^ , dominica] , signalé probablement déjà dans l'Apocalypse comme le jour du Seigneur, était sanctifié, à dater du temps des Apôtres, comme le jour auquel Jésus- Christ, par sa résurrection, avait accompli et scellé l'œuvre de la rédemption. Comme c'était un jour de jubilation , on ne jeiinait jamais le dimanche et l'on priait debout, coutume qui fut érigée en une loi par un canon particulier du concile de Nicée. On ne voit pas encore dans les premiers siècles de l'Église qu'on ait ap[)liqué au dimanche les lois du sabbat des Juifs; seulement Tertullien manifeste le désir qu'on remette aussi les af-^ faires de ce jour au lendemain. Constantin fut le premier qui, en érigeant la célébration du dimanche en une loi civile, obligatoire même pour les païens, ordonna de cesser ce jour-là tout travail manuel, ainsi que les fonctions du barreau; il
permit toulefois les travaux de la campagne. Le concile de Laodicée recommanda le repos le dimanche seulement « pour autant qu'il fût possible aux chrétiens. » Des lois impériales défendirent aussi dans la suite de fixer des jeux publics au dimanche. L'observance de ce jour devint insensiblement plus sévère, surtout dans l'église grecque, et d'après les maximes de cette église, Théodore de Cantorbéry établit dans la Grande- Bretagne une fête du dimanche, pendant laquelle on devait même renoncer à toute affaire de ménage et à tout voyage. Le concile d'Orléans de 538 déclara au contraire que l'extension qu'on donnait de cette façon au repos du dimanche, était plutôt conforme à la loi juive qu'au Christianisme, et statua qu'il suffisait de s'abstenir des travaux de la campagne et de tout ce qui empêchait de fréquenter les églises. Le concile de Màcon de 585 ordonna de cesser les travaux de la campagne même sous peine de châtiments corporels.
La fête du sabbat fut maintenue indépendamment du dimanche dans un grand noml)re d'églises, nommément dans celles de rOrientqui,dansle principe, secomposaient en majeure partie de Juifs convertis. Ou faisait descendre des Apôtres la fête de ce jour, qu'on célébrait en mémoire de la création du monde, de la même manière que le dimanche, de sorte qu'on priait aussi debout, seulement il n'était pas défendu de travailler. Pour cette raison le jeûne du samedi était aussi regardé dans <es églises comme inadmissible, et un des canons apostoliques le défendit même sous peine d'excommunication, parce qu'il était en usage chez les Marcionites. Mais cette fête n'existait ni dans l'église de Rome, ni dans celle d'Alexandrie; même en Syrie, où elle se célébrait particulièrement, saint Ignace s'était prononcé contre ceux qui l'observaient avec un zèle trop aveugle ou trop exclusif. Le concile de Laodicée avait défendu de cesser de travailler le samedi , et il paraît que du temps d'Épiphane on ne célébrait pas le sabbat dans l'île de Chypre. A Rome et antérieurement aussi en Espagne, on avait , par aversion pour le sabbat des Orientaux, ordonne de jeûner le
SÔS HISTOIRE DE LÉGLISE.
dimaiiilu' à cause dos soulTraiiccs de Jésus-Chrisi , tandis (juc dans les épUses de Milan, de la (jaule et d'une partie de l'A- Irique ce n'était ni un jour de jeune ni un jour de fêle. Cette diversité scandalisa plusieurs chrétiens, surtout ceux qui arrivaient de l'Orient, comme par exemple Cassien; mais saint Anibroise leur conseilla louL jjimplement de se conformer chaque fois à l'usage de l'éiiiise où ils se trouvaient , de manirer par conséquent le samedi à Milan et dejeuner le même jour à Rome.
Le mercredi et le vendredi étaient , depuis les temps des Apén très , des jours de station , c'est-à-dire des jours déjeune el de prières en commun. Le jeûne pendant ces jours s'a[)pelail demijeûne, parce qu'il finissait à trois heures, ainsi trois heures plus tôt qu'en carême , et qu'il était nommément en Occident plutôt une coutume qu'une obligation. Dans l'église grecque on a conservé le jeûne des mercredis el des vendredis de toute l'année f^à l'exception du dodécahéméron , c'est-à-dire des douze jours qui se trouvent entre la Noél el l'Epiphanie et des trois semaines appelées Prosphoncsiina, Apocréos et Tyrophayos). Dans l'Occident, ce jeûne resta facultatif jusqu'au neuvième siècle. Constantin, ordonna de célébrer en général, outre la fètc du dimanche, aussi celle du vendredi en mémoire de la passion de ]\otrc-Seigneur, et l'usage s'établit bientôt en Orient de cesser ce jour-là les fonctions du barreau.
Le carême (rcaa-aoa/.j^T/; , ejuadragesima] , jeune observé par les chrétiens pour se préparer à célébrer la fêle de Pâques, est, sinon une institution apostolique, du moins un usage qui daU' du temps des Apôtres. Cependant au deuxième siècle il n } eut rien moins (jue de 1 uniformité dans l'obserNance de ce jeûne. Quelques personnes n'observaient qu'un seul jour, d'autres deux ou plusieurs jours, comme jours d<> jeûne prescrits par l'Église, el pendant les(|uels ont était privé de la messe et du baiser de paix; le reste dépendait de la \olonlé de chacun. Encore au cinquième siècle, on ne jeûnait que pendant trois semaines dans quelques églises. Mais dès le qua-
Irièmc siècle, il était généralement d'usage dans rOccidenl, en Afrique et en Egypte de jeûner pendant siv semaines avant Pâques, ce qui, déduction faite des dimanches, se montait à trente-six jours déjeune. Le jeûne quadragesimal durait aussi longtemps dans l'Orient où, à dater du quatrième siècle, on commençait déjà à jeûner la septième semaine avant Pâques, parce que les samedis étaient exceptés des jours de jeûne. L'usage de s'abstenir de manger de la viande les dimanches était également établi de très-bonne heure. L'abstinence de la viande et du vin, avec la coutume de prendre le repas vers la iin de la journée, tels sont en général les traits caractéristiques du jeûne de l'Église, et surtout du jeûne quadragesimal. Les chrétiens fervents transformaient souvent leurs repas en une xérophagie, dans laquelle ils ne prenaient que des aliments secs. Dans l'Asie mineure et dans la Syrie, ces xérophagies qui ne consistaient qu'en pain et qu'en eau , et tout au plus en légumes, étaient généralement observées. Le concile in TruUo de l'an 692 introduisit cette uniformité en Orient, et de cette manière le jeûne quadragesimal y fut pour ainsi dire une xérophagie continuelle, puisqu'on s'abstenait de la viande, du poisson, des œufs, du lait , du vin et de l'huile d'olive. On était moins sévère en Occident, où la xérophagie n'était d'obligation que le vendredi saint; ce ne fut non plus que le huitième concile de Tolède de653 qui imposa despeines canoniques à l'usage delà viande pendant le carême. L'action de jeûner librementpendant plusieurs jours sans rien prendre, s'appelait supetpositio [ùr.epôiiii] et s'observait particulièrement pendant la semaine sainte. Pendant le carême on ne célébrait aucune fête des martyrs; d'après un canon du concile de Laodicée, les noces et les réjouissances à l'occasion du baptême étaient interdites, et les lois impériales défendaient d'appliquer les punitions corporelles pendant ce temps. On trouve une série de sermons pour tous les jours du carême dans les œuvres de saint Chrysoslôme.
Dans le principe , le vendredi et le samedi étaient seuls consacrés à la fête de commémoration de la passion et de la mort
3G0 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
de Jùsus-Cfirist; bienlôt on y ajouta le mercredi, el depuis la lin du troisième siècle, on consacra toute la semaine a\ant Pâques, ([u'on nomma alors la grande semaine, a la célébration et à la méditation de ces mystères. Elle se distinn^uait par un jeûne et une abstinence risroureuse, par des vigiles et, de même que la semaine de IVufues, par la cessation de toute occupation et de toute affaire temporelle. Le jeudi était spécialement consacré à la mémoire de l'institution de IKucharistie. Comme c'étaitune fête de jubilation, plusieurs personnes croyaient pouvoir rompre le jeûne ce jour-là, ce qui fut défendu par le concile de Laodicée, tandis qu'on le permettait en Afrique. Dans l'Occident, à dater du cinquième siècle, on consacrait les saintes huiles le même jour. Déjà depuis le temps do Tertullien on célébrait comme le jour de la passion de Notre- Seijjneur, le vingt-cinq de mars qui ne peut cependant pas l'être; mais bientôt on transforma en fêtes mobiles, le jour de la passion et celui de la résurrection; de sorte que celui-là tombait toujours un vendredi (chez les Grecs r.xnyy. et même r;-y:j[M'jt^.o'j , pour distinguer cette fête de celle qu'on appelait -y.^yv. a^/aizaaiy-oy, le jour de Pâques] . Ce jour était considéré depuis les temps des Apôtres plutôt connne une fête consacrée à la prière, au travail et à la mortilication, qu'au repos et à la récréation. Dans l'Orient cette fêle commençait toujours dans la nuit qui la précédait et qu'on passait dans l'église où l'on faisait la lecture de l'histoire des souffrances de Jésus- Christ. Dans l'église romaine, depuis le cinquième siècle, on récitait aussi ce même jour les prières (encore aujourd'hui en usage) pour les infidèles, les Juifs, les hérétiques et les schismatiques, lesquelles étaient suivies de l'acte de l'adoration de la croix. Le samedi soir on commençait la grande vigile de la fête de Pâques, qui durait jusqu'à la pointe du jour du dimanche , en sorte que les fidèles restaient à l'église d'un jour à laulre. Les cérémonies de cette vigile absorbant trop de temps, on en fixa insensiblement le commencement au samedi matin. Ces cérémonies consistaient dans le scrutin des caté-
chumènes, dans la bénédiction du symbole de la résurrection , dans celle du cierge pascal qui, décrite par Eunode, était dés le septième siècle, introduite dans la plupart des églises de l'Occident , dans les leçons de l'ancien Testament qui avaient rapport au baptême et dans la consécration de l'eau bénite. Ensuite on administrait le baptême et l'on célébrait pour les néophytes le sauit sacrifice qui, à proprement parler, appartenait déjà au commencement de la fête de Pâques , et qui avait lieu à peu près à l'heure de la résurrection de Notre-Seigneur vers la quatrième vigile. Le dimanche de Pâques [y.vpcay.rt [J.e)a/:/]) se célébrait la fete la plus grande et la plus auguste de toute l'année ; les Chrétiens s'embrassaient les uns les autres en s'adressant cette salutation: Le Seigneur est ressuscité, il est véritablement ressuscité!
Après que le concile de Nicée eut condamné ceux qui, comme les Juifs , célébraient la fête de Pâques le quatorzième de la lune de mars, ei qu'il eut décidé que désormais toutes les églises célébreraient uniformément la fête de Pâques le dimanche après le quatorzième de la lune de mars, il resta encore un petit nombre de quartodécimans schismatiques. Le même concile avait chargé les évêques d'Alexandrie de notifier annuellement d'avance aux autres églises le jour auquel la fête de Pâques devait tomber. Ils se servaient à cet effet d'un cycle de dix-neuf ans, tandis qu'à Rome on employait un cycle plus ancien et défectueux de quatre-vingt-quatre ans, et de là il résulta, surtout dans les années 387 et 444, une différence trèssensible à l'égard de la fête de Pâques dans l'Orient et dans une grande partie de l'Occident. Enfin , en adoptant en 527 le cycle pascal de quatre-vingt-quinze ans de l'abbé Denys le Petit, lequel est basé sur celui d'Alexandrie, on rétablit l'uniformité à cet égard.
Pendant toute la semaine après Pâques (appelée par les Grecs c3iaxajv/;7«u2; et par les Latins hehdomas alba à cause des habits blancs que portaient les néophytes) , on continuait à célébrer la fête de Pâques et à administrer le baptême, et les lois impériales
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aussi bien que celles de l'Eglise ordonnèrent, à dater de l'an 389 , de cesser les fonctions du barreau et de s'abstenir de toute occupation servile pendant toute la semaine. Le dimancbe suivant [Pasc/ta clausum, à-jzvr.xrsycf.) les néophytes déposaient leurs vêtements blancs (de Ih dominica in albis se. deposilis, ou post Alhas] , et se confondaient pour la première fois avec la niasse des fidèles.
Les cinquante jours qui suivent la fête de Pâques, étaient regardés , dès les premiers siècles de l'Église, comme un temps solennel consacré à la mémoire de la Résurrection de Notre- Seigneur et de ses effets; pendant ce temps le saint sacrifice se célébrait tous les jours , tous les jours on communiait , on ne jeûnait pas et l'on ne priait pas à genoux, et Tertullien se réfère à ces cinquante jours pour prouver que les Chrétiens avaient encore plus de fêtes que les païens. La fête de l'Ascension [èopT/] zriç avaÀ/;'^£oo;, appelée en Cappadoce yj £t:£7coÇ!J,u£v/; , jour du salut) qui se célébrait toujours le quarantième jour après Pâques, était une des quatre plus anciennes fêtes de l'Église. De même que la fête de Pâques chez les Chrétiens remplaça la pâque des Juifs, ainsi la Pentecôte (7:£yT/;/.0 7r/5 dans un sens plus restreint , Yiyspx zov r.vs-jy.cizo;) fut instituée en mémoire de la descente du Saint-Esprit, en remplacement de la fête des Semaines et de celle des Prémices que célébraient les .luifs. Les premiers Chrétiens imitèrent en conséquence les Juifs dans la fixation du jour de cette fête aussi bien que de celui de la fête de Pâques, et paraissent avoir toujours célébré la Pentecôte le dimanche, depuis que, pour la fête de Pâques, ils avaient renoncé au quatorzième de la lune de mars.
Le jeûne des f/uatre-tcmps , qui s'observe dans l'Église au commencement de chacune des quatre saisons de l'année, était déjà établi dans l'Église romaine vers le milieu du cinquième siècle, de sorte que le jeûne de l'été avait lieu immédiatement après la Pentecôte, celui d'automne en septembre, celui d'hiver m décembr(> «'t celui du printemps au commencement du carême. Il paraît qu'on a eu pour but, à Rome, de remplacer le
jeûne volontaire de chaque semaine qu'on n'observait plus exactement, par celui des quatre-temps qu'on rendit obligatoire, et en effet le jeûne des stations, et surtout celui du mercredi, tombèrent dès lors de plus en plus en désuétude. Cette institution d'origine romaine fut aussi adoptée insensiblement, quoique lentement, dans les autres églises de l'Occident. Dans l'Orient on jeûnait aussi la semaine après la Pentecôte, conformément à une règle déjà établie par les Constitutions apostoliques.
La fête de X Epiphanie fut d'abord instituée en Orient, à dater, au plus tard, du quatrième siècle, en mémoire du baptême de Jésus-Christ, dans lequel Jésus fut annoncé par le Père et par le Saint-Esprit, comme le Fils de Dieu et comme le Messie. Ce jour là ou la veille (vigile), avait aussi lieu dans tout l'Orient, en Egypte et dans une grande partie de l'Afrique , l'administration solennelle du baptême aux catéchumènes (de là îoprri Tojv 9WTwv) ; immédiatement avant on consacrait l'eau bénite, A la fête du baptême on ajoutait celle du premier miracle opéré à Cana. Dans l'Occident, depuis un temps immémorial, on célébrait particulièrement l'apparition de Jésus-Christ aux premiers-nés des gentils, ou l'adoration des Mages, fêle que les Grecs joignaient à celle de la naissance de Notre-Seigneur. Déjà saint Augustin défendit la fête de l'Epiphanie ou de l'apparition de Jésus-Christ aux gentils, contre les Donatistes qui la rejetaient. On célébrait à proprement parler en Occident, ainsi que Maxime de Turin , Pierre Chrysologue et d'autres le remarquent déjà, la mémoire des trois événements auxquels le nom d'Epiphanie se rapporte indistinctement, à savoir : le baptême dans les eaux du Jourdain, l'adoration des Mages et le miracle de Cana.
La fête de la Aaticité de JSolre-Seigncur paraît avoir été instituée plus tard que les fêtes de Pâques, de la Pentecôte et de l'Ascension, et semble avoir été pendant longtemps moins considérée que ces dernières, comme on peut le voir par ce qu'en dit saint Augustin. L'incertitude qui règne à l'égard du
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jour de la naissance de Jésus-Christ, que les uns placent au mois de mai, les autres au mois d'avril, d'autres encore au six de janvier, paraît avoir donné lieu à cette différence. En Palestine et en Egypte, on a réuni, jusqu'au cinquième siècle, la fêle de la Nativité à celle du baptême, le six de janvier. Mais à dater du quatrième siècle, l'église latine, à l'exemple de celle de Rome, célébrait la Nativité le vingt-cinq de décembre. Les églises d'Antioche et de Constantinople suivirent cet exemple, jusqu'en 430, où cette fctc s'établit dans tout l'Orient. La conjecture que c'est à Rome qu'on fixa pour la première fois la fétc de la Nativité au vingt-cinq décembre, alin de donner à la fête du retour du soleil , que les païens célébraient au même jour, une direction et une signification conformes au Christianisme, se trouve corroborée par une remarque de saint Ambroise relativement à la coïncidence de la fête des Chrétiens s't de celle du soleil. Le jeûne qui servait de préparation à la fête de la Nativité fut d'abord introduit dans les Gaules par Perpetuus , évêque de Tours, en 462 , ensuite il fut approuvé par le concile de Mâcon en 581 ; depuis la Saint-Martin on jeûnait trois jours la semaine. — A dater du sixième siècle, le premier janvier était regardé dans quelques églises, comme l'octave de la Nativité, et en Espagne, depuis le milieu du septième siècle, comme la fête de la Circoncision de Notre- Seigneur. Antérieurement le premier janvier avait été un jour de fête, afin d'empêcher les Chrétiens de prendre part aux excès auxquels s'abandonnaient les païens pendant la solennité (lu nouvel an.
La fête de la Purification de la Sainte Vierge ou de la Présentation de Jésus-Christ au temple [vnccnavv/]) , se célèbre le second jour de février, en vertu d'une loi de Justinien de l'an .542 '. Dt-jà le pape Gélase l'avait opposée à Rome aux Luper-
' On (lit que Jiislinion institua cotte fiHc à l'occasion d'une mortalité qui t'Uiporta , celte année-là, une grande l'arlie des habitants de Constantinople; mais il est certain que celte solennité est beaucoup plus ancienne , puisque saint Grégoire de Nysse, mort l'an 3%, a fait un sermon de Occursu Domini,
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cales des païens, et au septième siècle elle fut célébrée dans toute l'Église, Insensiblement on établit aussi, au vingt-cinc] mars, la fête de V Annonciation [zùy.yyzliiuoQ) en mémoire de l'incarnation du Verbe divin : il en est fait mention pour la première fois en Orient par le concilia in Trullo de Tan G92. En Espagne, le concile de Tolède de 656 la fixa au mois de décembre à cause de sa coïncidence avec la fête de Pâques. Dans l'église grecque on célébrait aussi, à dater du septième siècle, la fête de la Transfiguration de Jésus-Christ [r/]ç uera.-
Une loi de l'empereur Yalentinien prouve que, dans l'Eglise primitive, on célébrait annuellement la fête de tous les Apôtres et qu'on cessait ce jour-là les fonctions du barreau. Dans l'Orient, on la célébrait toujours le trente juin; dans l'Occident, la fête des Apôtres saint Pierre et saint Paul , qui tombe au vingt-neuf juin et qui se célébrait aussi dans l'Orient , paraît avoir remplacé la première. Les fêtes des martyrs se célébraient, à dater du deuxième siècle, dans les églises où ils avaient vécu et souffert le martyre; pour cette raison il n'y avait pas de fêtes de martyrs qui fussent célébrées d'une manière uniforme dans l'Église; seulement la fête du premier martyr saint Etienne se célébrait , depuis le quatrième siècle , dans tout l'Orient et dans tout l'Occident. En général la fêSe des martyrs tombait au jour de leur mort qu'on nommait natalitia [ysveOhix). Elle était précédée d'une vigile dans laquelle on chantait alternativement des psaumes et des hymnes.
dans lequel il dit que c'est la fête du jour auquel notre Sauveur et sa sainte Mère allèrent au temple, et y portèrent la victime prescrite par la loi. Saint Cyrille d'Alexandrie, mort l'an 444, et le pape Gélase qui a vécu avant l'an 496, en ont parlé de même. Il peut se faire que l'an 342 la fête de la Chandeleur ne fût pas encore célébrée dans tout l'Empire lomain , ni même à Constantinople, que Justinien en ait ordonné la célébration et l'ait fixée au second jour de février; mais il est certain que la première institution est antérieure à cette époque au moins de deux cents ans. C'est là le sentiment de l'abbé Bergier (Diet, de Théologie torn. IV, p, 41 et suiv.) sur l'institution de cette fête. N. d. T.
Le sormon conlonail lo pnnrjivriciiic du Saiiil, donl on nVitait les actes; les rielies donnaieut ensuile un repas au\ pauvres. Lue loi de Conslanlin ordonna déjà d'observer, même sous le rapport civil, les fêtes des martyrs à l'instar des dimanches. Il n'y avait que la fête très-ancienne de saint Jean-Baptiste, que saint Augustin regarde déjà comme telle, ([ui fût fixée au jour de sa naissance. Dans l'Orient, on célébrait annuellement la fête de tous les 3Iarlyrs dès le ([uatrième siècle. Les fêtes des Saints qui n'avaient point été martyrisés, se célébraient dans l'Orient à dater du commencement du cinquième siècle, dans l'Occident elles ne furent établies que plus tard. La première de cette dernière espèce est celle de saint Martin , évêque de Tours, qui date de la fin du sixième siècle. En mémoire de l'épiscopat de saint Pierre, on célébrait à Rome, à dater du milieu du ([uatrième siècle, une fête natale Petri de cathedra) qui fut aussi établie dans la Gaule dès le sixième siècle. Aux fêtes particulières des différentes églises, appartenaient aussi les anniversaires de l'ordination des évêques et de la bénédiction des églises {encœnia) qu'on célébrait déjà dans le quatrième siècle, ainsi que les anniversaires qui avaient rapport à des événements remarquables. Les rogations, dans la cinquième semaine après Pà([ues, qui consistaient dans un jeûne de trois jours avec des processions et des prières publi([ues, furent instituées en 469 par ]>Limert, évêque de Vienne en Dauphiné. Cette fête fut d'abord établie dans toute la Gaule en vertu de certaines décisions synodales; bientôt elle le fut aussi dans les contrées voisines, et enfin à Rome en l'an 795. La « grande Litanie », instiluée à Rome en 590 par Grégoire le Grand à l'occasion dune peste, était une fête semblable (jui, à dater du septième siècle, se célébrait toujours le vingt-cinq avril.
Les Prières journalières. La vénération des Saints et de leurs reliques. Les Bénédictions. Les Établissements de bienfaisance ecclésiastique. Les funérailles. L'Excommunication.
Depuis le temps des Apôtres on destinait certaines heures de la journée à réciter les psaumes. Dans les Constitutions apostoliques on exhorte les fidèles à prier six fois par jour, au lever du soleil pour remercier Dieu pour le jour qui commence, à la troisième heure, parce que c'est à cette heure que Notre-Seigneur fut condamné à mort, à la sixième, à laquelle il fut crucifié, à la neuvième, à laquelle il mourut, au soir, par reconnaissance pour le repos que Dieu accorde aux hommes et au chant du coq, pour le retour du jour. Les chrétiens devaient s'assembler pour la prière soit dans les églises soit dans les maisons particulières, et lorsqu'il n'était pas possible de prier en commun, chacun en son particulier, ou bien deux ou trois ensemble devaient remplir ce devoir. TertuUien et Cyprien citent la troisième, la sixième et la neuvième heure (9, 12, 3 heures) comme les heures fixes consacrées à la prière. La prière du matin et celle du soir se faisaient particulièrement en public et en commun , et l'on se réunissait à cet effet aux jours non lithurgiques , c'est-à-dire aux jours où l'on ne célébrait pas le saint sacrifice. La prière du matin commençait encore pendant la nuit, avant le point du jour, par le soixantedeuxième psaume, après quoi on récitait dans quelques églises les prières pour les catéchumènes, les énergumènes et les pénitents, ainsi que pour les autres classes de personnes; ces prières étaient terminées par une action de grâces et par la bénédiction de l'évéque. Les nocturnes avaient toujours lieu, même après le temps des persécutions, surtout aux vigiles qui précédaient les fêtes. D'après la division de la nuit en quatre veilles, en usage chez les Romains, on chantait ordinairement dans
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chacune des trois premières (au soir, à minuit et au premier chant du coq^ trois psaumes, et la quatrième comprenait les matines dans lesquelles on chantait les laudes laudes ; mais à dater du cinquième siècle on conserva celles-ci seules et l'on y récitait ou chantait les psaumes de toutes les autres ensemhle. Dans plusieurs églises on faisait d'abord une confession générale pendant ces nocturnes qui se prolongeaient jusqu'au matin; ensuite l'assemblée des fidèles, partagée en deux chœurs, chantait alternativement les psaumes qui, à la pointe du jour, se terminaient par le cinquantième psaume. La prière du soir commençait par le cent quarantième psaume; ensuite on récitait les mêmes prières que le matin, et le tout était terminé par la bénédiction de l'évéque. On joignait souvent auv psaumes des leçons de l'Écriture sainte ainsi que des doxologies. Pendant le quatrième et le cinquième siècle le peuple parait avoir assisté encore en grand nombre à ces deux exercices de piété, à la prière du soir et au nocturne qui avait lieu avant le lever du soleil. Il est probable qu'on ne priait en commun et ([u'on ne chantait les psaumes à la tierce, à la sexte et à la none que dans un petit nombre d'églises et qu'on ne l'y fit pas même longtemps, puisqu'à dater de la fin du quatrième siècle, cette coutume ne se trouve établie que dans des couvents. L'heure de prime fut instituée, au commencement du cinquième siècle, dans le couvent de Bethléem, et passa de là dans d'autres couvents.
Les chrétiens croyant toujours que les Saints, qui jouissaient déjà de la félicité éternelle, pouvaient, en vertu de la communauté des biens spirituels et de l'assistance que se prêtaient nmtuellement les membres de l'Eglise, obtenir de Dieu par leurs mérites et par leur intercession des faveurs pour les fidèles vivants, regardaient aussi l'invocation des Saints comme une chose salutaire. Déjà au troisième siècle, sainte Justine, vierg«î et martyre, invoqua, au rapport de saint Grégoire de Nyssc, l'assistance de la sainte Vierge. Dans les actes de saint Tryphon et de saint Respicius qui souffrirent le martyre sous
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l'empereur Dèce, oa raconte que les fidèles qui enterrèrent leurs restes, invoquèrent leur intercession, et les Pères du quatrième siècle, Ephreni, Basile, Grégoire de Nazianze, Chrysostôme, Augustin et d'autres, non-seulement recommandent souvent et expressément la vénération et l'invocation des martyrs, mais les représentent aussi comme un usage généralement établi de leur temps, et ils en donnèrent euxmêmes l'exemple. Les païens et les hérétiques, surtout les Manichéens, accusaient, à l'occasion de la vénération des Saints, les chrétiens d'avoir remplacé le culte des dieux par la vénération de personnes décédées, ou comme disait le manichéen Fauste, d'avoir remplacé les idoles par les martyrs. Dans les premiers siècles de l'Eglise on vénérait les Anges d(î la même manière que les Saints, et Origène parle déjà de l'invocation d'un ange pour obtenir son assistance et son intercession. 3Iais le culte superstitieux et digne plutôt du Paganisme que du Christianisme que la secte des Angélites rendait aux anges, fut condamné par le concile de Laodicée.
Les chrétiens rassemblaient, conservaient religieusement et révéraient toujours les reliques des Saints. La communauté de Smyrne dit dans sa lettre aux fidèles de Philadelphie quelle a recueilli soiijneusement et enterré les restes du saint martyr Polycarpe qu'elle regarde comme plus précieux que l'or et les pierreries, afin de pouvoir célébrer annuellement le jour anniversaire de sa mort, sur la tombe qui renferme ces reliques. Pour justifier cette vénération , les Pères invoquent le témoignage de l'Écriture sainte, d'après laquelle l'attouchement des os du prophète Elisée opéra la résurrection d'un mort, et les suaires et la ceinture de saint Paul guérissaient les malades qui les touchaient, et chassaient les démons; ils croient que ces reliques possèdent une vertu sanctifiante particulière, qui se communique par le simple attouchement et qui passe même aux vases et au linge qui les contiennent. Les écrits de cette époque rapportent un grand nombre de guérisons miraculeuses opérées par les reliques des Saints. Saint Augustin ra-
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conte comme témoin oculaire combien de pareils miracles furent faits lors de la découverte des corps de saint Gervais et de saint Protais par saint Ambroise à Milan et par les reliques de saint Etienne en Afrique. Isidore de Péluce invoque ces guérisons pour justifier la vénération qu'on a pour les reliques. Saint Clirysostôme fait déjà mention de la coutume devposer les reliques à la vénération publique dans des occasions particulières et de les porter dans les processions. On les plaçait \o plus souvent sous les autels ou dans leur intérieur, quelquefois aussi dans des chapelles particulières ou châsses, et c'est là que les fidèles leur rendaient un culte assidu. Gaudence, évéque de Bresse en Italie, se rendit expressément en Cappadocc afin de s'y procurer des reliques pour son diocèse, et il arriva que des villes tout entières s'en disputèrent la possession. Grégoire le Grand obser^e du reste qu'on n'envoyait ordinairement à ceux qui demandaient des reliques à Rome, que du linge [brandea] bénit par l'attouchement des corps ou des tombeaux des Apôtres.
Au nombre des cérémonies les plus anciennes, puisqu'elles datent du temps des Apôtres, on compte les bénédictions, par lesquelles on consacre certains objets pour l'administration des sacrements, on les délivre de la malédiction qui pèse sur tout ce qui est créé depuis le péché originel, et on les approprie au service des fidèles comme agents d'une force supérieure. L'eau baptismale et l'huile qui sert à la confirmation et à lextréme-onction, étaient bénites à dater du premier siècle par le signe de la croix et par des prières. On trouve , en remontant juscju'au commencement du (juatrième siècle, des indices d'une eau bénite particulière que l'Église avait outre l'eau baptismale ; le huitième livre des Constitutions apostoliques contient déjà la formule de sa consécration , dans laquelle on lui attribue la vertu de guérir et de chasser le démon. On ne sait pas au juste si cette eau bénite était dès le principe différente de l'eau baptismale, ou si l'on faisait servir aussi cette dernière à l'usage pour lecjuel on employa dans la
suite une eau bénite particulière. La formule des Constitutions apostoliques montre qu'on consacrait et qu'on employait aussi de l'huile pour des objets semblables. La bénédiction des fruits et des aliments doit sa naissance à l'oblation des prémices qui étaient bénites par l'évéque ; on conserva l'usage de bénir ces objets, même après qu'on eut cessé de faire des oblations. Nous avons déjà parlé des pains bénits ou eulogies. L'Église ayant le pouvoir de renouveler tout en Jésus-Christ et d'arracher tout à une puissance étrangère , la bénédiction de l'eau, du sel et de l'huile était souvent accompagnée d'exorcismes, ou bien la bénédiction même avait la forme d'un exorcisme. On faisait pour tout cela le signe de la croix dont les premiers chrétiens se servaient à chaque occasion, comme le remarque déjà Tertullien. On le faisait particulièrement sur le front, et au rapport de saint Chrysostôme, on était tellement habitué à ce signe que plusieurs personnes le faisaient même en entrant dans un bain ou en allumant une chandelle, souvent sans y penser.
Les églises avec une sollicitude vraiment maternelle pourvoyaient aux besoins des pauvres dont le nombre ne pouvait pas être considérable en vertu de la constitution romaine, ainsi que des orphelins et des enfants trouvés. Les églises riches venaient pour de tels objets en aide aux églises pauvres, c'est en quoi l'église de Rome se distinguait particulièrement. On s'empressait d'exercer l'hospitalité envers quiconque prouvait par une attestation de son évêque qu'il appartenait à l'Église catholique. Les malades, même ceux qui étaient frappés de la peste, étaient l'objet des soins les plus assidus, et aussitôt que l'Église jouit de sa liberté , les évêqucs érigèrent des hospices appelés iiOGz/.o[j.eiix. et 'izvoh'/zia^ ainsi que des établissements pour les personnes faibles et estropiées et pour les vieillards. Déjà Eustathe, évêque de Sébaste, nomma Aërius directeur d'un pareil établissement {r.xfjr/oz^o'^uov). Saint Basile construisit et dota un immense hospice à Césarée ; saint Chrysostôme fonda plusieurs établissements de cette espèce à
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(Constantinople, et le concile de Chalcédoine ordonna (jue les directeurs ecclésiastiques de ces établissements seraient toujours subordonnés aux évé([ues. Dans les localités moins importantes les malades trouvaient aussi un asile dans la demeure de l'évéque , et c'est pour cette raison que le biographe de saint Augustin dit que ce Saint mangeait avec les malades à la même table.
La persuasion que le corps du lidéle est le temple du Saint- Esprit, béni par les Sacrements et destiné à être un jour renouvelé et à participer à la gloire éternelle , inspirait aux Chrétiens une estime et une vénération inconnue au Paganisme pour les morts. Dès le principe , ils avaient de l'aversion pour les bûchers et enterraient ordinairement les morts, et c'est pour cela que sous les empereurs chrétiens les bûchers tombèrent bientôt en désuétude. Ils embaumaient fréquemment les corps morts , surtout ceux des martyrs , ou du moins ils cherchaient, au moyen de l'embaumement avec de la myrrhe, à empêcher qu'ils ne se corrompissent , et pouvaient ainsi tenir plus facilement leurs assemblées religieuses dans les galeries et les corridors souterrains , les cryptes ou catacombes , dans lesquelles ils les ensevelissaient. Les Chrétiens croyant ne contracter aucune souillure par l'aspect ou par l'attouchement des corps morts, faisaient leurs enterrements, non comme les païens pendant la nuit, mais, depuis la fin des persécutions, en plein jour ; toutefois à dater du quatrième siècle on les accompaijnait de flambeaux. On lavait le corps, on l'habillait décemment, quelquefois on le revêtait d'habils précieux, la plupart du temps on l'enveloppait de linges blancs, on l'exposait ensuite dans la maison ou dans l'église et l'on veillait auprès de lui en chantant des psaumes. Les évéques portaient quelquefois eux-mêmes les personnes de distinction au tombeau; c'est un honneur qui fut rendu à Paule, matrone romaine, par les évéques de Palestine. Les frais de la sépulture des pauvres étaient supportés par l'église qui dans les grandes villes avait ses parabolans ou fossoyeurs pour remj)lir celte fonction. Ceux
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qui accompagnaient le convoi funèbre chantaient des psaumes, comme il est déjà prescrit dans les Constitutions apostoliques; au tombeau on récitait des prières pour le repos de l'àme; si l'enterrement avait lieu le matin , on célébrait ordinairement le saint sacrifice immédiatement après ; autrement on le faisait à l'un des jours suivants , ordinairement au troisième. Les Pères désapprouvent un deuil immodéré et trop prolongé , eu revanche ils approuvent et recommandent la coutume d'honorer les morts par beaucoup d'aumônes. Le premier concile de Brague ordonna de refuser la sépulture au\ suicides. Les Chrétiens , comme les Juifs et les Païens , avaient leurs cimetières [areœ, cœmeteria, dormitoria) hors des villes. Dans leurs cryptes souterraines les sarcophages de pierres se trouvaient souvent dans les renfoncemonls des murailles , et on les murait aussitôt que le corps y était déposé. Constantin le Grand fut le premier qui voulut être enseveli dans l'église des xVpôtres à Constantinople; Théodose et Honorius y furent enterrés dans la suite. On avait déjà commencé aussi à enterrer quelques [)ersonnes à côté des tombeaux des martyrs, ainsi dans l'intérieur ou près des églises ou chapelles des martyrs. Du reste on n'accorda pendant longtemps qu'aux empereurs et aux évéques la permission de se faire enterrer dans les églises qui s<* trouvaient dans l'intérieur des villes, et plusieurs conciles s'opposèrent aux efforts qu'on ne cessait de faire pour obtenir un lieu de repos dans les églises.
Contre les docteurs hétérodoxes incorrigibles , les criminels et les récalcitrants, l'Eglise employait ordinairement comme dernier moyen l'entière excommunication [-navziA-oi à.yopi7tj.oçj, par laquelle on était entièrement retranché du nombre des membres de l'Eglise et privé de tous les droits des Chrétiens. L'Eglise avait reçu ce pouvoir de Jésus-Christ et s'en servait pour sa propre conservation , pour mettre ses membres à l'abri de toute corruption et pour sauver sa réputation. Cette excomnuinication ou anathème différait de celle qu'on infligeait comme simple pénitence pour un certain temps et qu'on supportait
volontairement, tandis qu'on ne faisait usage de l'autre que contre des liomnies incorrigibles qu'on abandonnait à euxniènies et que , d'après les paroles du Seigneur, on regardait comme des étrangers avec lesquels on n'avait plus aucun rapport. Déjà saint Augustin fait pour celte raison une distinction enlTcià prohibitio mortalis et lu prohibitio medicinalis , et plusieurs Pères croient que la première a remplacé la peine de mort qu'on prononçait dans l'ancienne Alliance contre ceux qui violaient la loi. Celui qui était frappé de cette peine n'était plus reçu dans aucune église; on évitait d'avoir avec lui aucune relation , même sous le rapport civil , et l'évéque qui l'avait excommunié , en informait les églises voisines , surtout celles où il était dans le cas de se rendre , ou bien les principaux métropolitains, pour qu'il en fût partout éloigné. Les Pères sont unanimement d'accord pour conseiller de n'employer ce moyen extrême qu'avec beaucoup de circonspection et seulement dans le cas d'une nécessité absolue.
Depuis le sixième concile oicuméniqtie jusqu'à Grégoire VII (680-1073).
Sources : I. Les Byzantins : Nicéphore jusqu'en 769 , ïhéophane Jusqu'en 813, Constantin Pokphyrogenète yM.f^'M'en 886, Génésius 813—886 , Georges le moine jusqu'en 948 , Simeon Métaphraste jusqu'en 967 , Léon le grammairien jusqu'en 949 , Cédrénus et Zonare. II. Les Latins : les Annales Laurissenscs (Loiscliani) 741-829, annales Einhardi 741-829, annales Fuldenses 714-901 , Bcrtiniani 741-882, dans les Monumenta Gcrnianife hist. éd. Pertz, T. I., Hannover. 1826. fol. — EuiNHARDi vita Caroli M., Theganus de gestis Ludovici Pii , AsTRONOMi vita Ludov. P. in Bouquet rerum Gall, et Franc, scriptorcs. T. V. VI. — Annalista Saxo (741—1139) in Eccardi Corp. hist. T. I. — Reginonis abb. Prumiens. Chronicon jusqu'en 908 et continué jusqu'en 967, in Pistorii SS. éd. Struve, T. I. Luitprandi Ep. Cremon. hist, rcrura suo tempore gestarum (886-946) in Muratori SS. Ital. T. II. P. I. DiTMARi Ep. Merseburg. Chronicon (876-1028) cd. Wagner, Norimb. 1807. 4. Hermanni contracti monachi Augiens. Chronicon (jusqu'en 1054) in Ussermann Monument, res Alemannicas illustrant. T. 1. 1790. Lamberti Schafnaburgensis Chronicon {jusqu'en 1077 ) in Pistorii T. I. Mariani Scoti mon. Fuldens. chronica (jusqu'en 1083)et Sigeberti Gemblacensis Chronicon (jusqu'en 1112) ibid.