CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE EXTÉRIEURE DE l'ÉGLISE. PROPAGATION DE LA FOI.
L'Allemagne. La France orientale. La Frise. Saint Boniface dans la Thuringe. Les Hessois. Les Bavarois. Conversion des Saxons.
Vita S. Riliani, Aribonis vila S. Corbiniani, Alcci.m vita S. Willi-
;î70 UISTOIRE DE l'église.
brordi, Willibaldi et Othloms vita S. Bonit'aoii, iEcius vita S. Sturinii. Toutes ces vies se trouvent dans Mabillon Acta SS. O. S. Bcnccl. T. II. 111. IJo.MiAcii 4'pistola\ otl. Wuidlwoin, Muyunl. 1789. fol. Poulies Saxons : Ei.nhahdi Annales et le Poeta Saxo dans Pertz T. I. La Capitulalio de parlibus Saxonia? in Baluzii Capit. regg. Franc. T. 1.
Si pendant l'époque précédente, le Christianisme avait commencé à se ré[tandre dans le Sud et dans l'Ouest de la Germanie, à l'époque qui nous occupe maintenant, il pénétra insensiblement dans le Nord et dans l'Est et s'étendit pemlant le huitième siècle jusque sur les bords de l'Elbe, pendant le neuvième et le dixième même jusque dans la Scandinavie , en sorte que la conversion des peuples d'origine germanique fut achevée pendant cette époque et que pour l'époque suivante il ne resta plus à convertir que les peuples Slaves qui demeuraient entre l'Elbe et la Baltique. On commença ces conversions dans la France orientale qu'on conq)renait alors dans la Thuringe et qui était sous la domination des rois d Auslrasie. L'irlandais Kilian accompagné d'un prêtre nommé Coloman et du diacre Tolnan, reçut à Bome, en G8G, du pape Conon, la mission de convertir les habitants de celle contrée, dans laquelle il n'y avait plus que quelques familles qui fussent restées attachées à la Foi qui avait été préchée autrefois auxThuringiens. Kilian réussit à convertir le duc Gozbert, qui avait sa résidence dans le château de Wurzbourg, avec une partie de ses sujets; mais ayant désapprouvé le mariage de Gozbert avec Geilane, veuve de son frère, il fut, à l'instigation de cette femme et en l'absence du duc, mis à mort avec ses compagnons. Toutefois le Christianisme se maintint, bien que faiblement, dans ce pays sous Ilélan, lils de Gozbert.
Vers le même tenq)s les Anglosaxons, Wilfrid, évéque d'York, et après lui, le moine AVigberl, annoncèrent l'Évangile à la puissante nation des Frisons, loulefois avec peu de succès. Leur conq)alriote Willibrord qui avait reçu son éducation en Irlande, réussit mieux dans sa mission. Il se rendit d'abord à Rome en G92, alin d'obtenir cette mission du paj)e. Il prêcha
ensuite la foi dans la Frise qui était soumise h la dominatioii des Francs et où il fonda, à la faveur de la protection de Pépin, maire du palais d'Austrasie, et après avoir été sacré évéque par le pape, la métropole d'Utrecht à Wihahour^ [Ultrajectum] ^ tandis qu'un de ses compagnons nommé Suidhert travaillait à la conversion des habitants de la Frise occidentale. Vers la même époque, en 712, Wulfram, archevêque de Sens, qui s'était aussi rendu en Frise en qualité de missionnaire, avait déjà engagé'Radbod , chef des Frisons, à se laisser baptiser, lorsque celui-ci retira tout à coup ses pieds de l'eau baptismale eu disant qu'il n'était pas possible que ses ancêtres païens fussent dans le paradis. Willibrord que l'ardeur du zèle fit même passer en Danemark, convertit d'autant plus facilement les Frisons qu'ils se rendirent de plus en plus indépendants de la monarchie des Francs^ et il ne mourut qu'en 739, après avoir administré son nouveau diocèse pendant plus de quarante ans. Cependant l'anglosaxon VVinfrid , né en 680 à Kyrton dans le royaume de Wessex et surnommé l'apôtre des Germains, éclipsa par son activité infatigable et par l'heureux succès de son entreprise la gloire de tous les missionnaires qui avaient travaillé jusqu'ici à répandre la Foi sur le continent. Le Paganisme était encore répandu au loin dans une grande partie de la Germanie méridionale et dominait dans toute la Germanie centrale; mais les documents en petit nombre qu'on trouve épars çà et là sur le caractère de ce Paganisme germanique sont extrêmement défectueux. Outre le culte qui se pratiquait dans la plus profonde épaisseur des bois, on avait encore des temples et des idoles. Les diverses tribus avaient aussi diverses divinités, parmi lesquelles on remarque particulièrement Odin ou Wodan, le père des rois, Thunar, le dieu de la guerre et du tonnerre, Hertha, la mère de la terre, etïhuiscon, la souche de la nation. On immolait aux dieux des hommes et des animaux dans les forêts et dans les bocages sacrés, ainsi qu'aux sources et aux bords des fleuves. On consultait l'avenir par la voie du sort, par l'inspection des entrailles des victimes, ou par le hennissement
des chevaux, ou bien par les réponses de prophetesses révérées» telles que Velleda, Aurinie et Ganna. Le duel et l'épreuve du feu servaient d'ordalies. Les j)rètres, sans former aucune caste héréditaire, étaient les chefs de la nation, dirigeaient les assemblées nationales et comme organes de la volonté des dieux décidaient de la vie et de la mort des hommes. Chaque père de famille avait la direction du culte intérieur de sa maison.
Winfrid, après avoir annoncé en 716 l'Evangile aux Frisons, résolut de consacrer toute son existence à la conversion des païens. Il se rendit en 718 à Rome avec des lettres de recommandation de la part de Daniel, évéque de Winchester, cl reçut de Grégoire II l'autorisation nécessaire à cet effet. Après un court séjour dans la liesse, il partit, après la mort de Radbod, pour la Frise, où Willibrord voulut le nommer son successeur, mais Winfrid , ayant été chargé par le pape de convertir les habitants de la Germanie orientale, retourna en 722 dans la Hesse et vit que la religion chrétienne y était défigurée par les superstitions du Paganisme. Il mit tout en œuvre pour épurer la religion et fonda à Amœnebourg un couvent destiné à servir d'asile à la Foi et de pépinière au sacerdoce. Après avoir converti des milliers deHessois, il se rendit pour la seconde fois à Rome en 723. Cette fois-ci le pape le sacra évéque, sans toutefois lui assigner un diocèse, lui donna le nom deRoniface et lui lit prêter serment de prêcher la Foi dans toute sa pureté, de maintenir l'unité de l'Église, de travailler à consolider l'autorité du Siège apostolicjue et d'éviter toute relation avec les évèques qui agiraient contrairement aux lois de l'Église primitive. Muni d'un code de lois canoniques, de différenles reliques et de lettres de recommandation pour Charles Martel, pour les dignitaires ecclésiastiques et laïques du royaume des Francs, pour les Thuringiens elles Saxons, Roniface retourna dans la Hesse. A la faveur de la protection de Charles Martel, sans laquelle, comme il l'assurait lui-même, il n'aurait pas réussi îi braver tant d'éléments hostiles, Roniface convertit de jour en jour un plus grand nombre
TROISIl-^IE ÉPOQUE. — CILVP, I. 379
(le personnes. A Geismar il fit al)attrc le vieux chêne du tonnerre qu'on regardait comme inviolable et destina le bois de cet arbre à la conslruclion d'un église dédiée à saint Pierre. A dater de l'an 725 il annonça l'Évangile dans la Thuringe où il était secondé par les principaux du pays qui étaient dans la dépendance de Charles Martel. Il y eut aussi à lutter contre un christianisme singulièrement déliguré par le Paganisme, fonda le couvent d'Ordruf et fit venir de la Grande Bretagne un grand nombre d'hommes et de fenunes pour l'assister dans sa mission. Le nouveau pape Grégoire III, en lui envoyant le pallium, lui conféra la dignité archiépiscopale encore sans diocèse, afin qu'il pût sacrer des évéques.
Corhinien, Franc de nation, qui avait été envoyé en Bavière par le pape Grégoire II , avait cherché depuis peu à y extirper le Paganisme et fait bâtir encore en 718 une église à Freisingen, Boniface s'y rendit aussi en 732, après avoir fondé les églises de Fritzlar, d'Amœnebourg et d'Erfurt. Soutenu par Hugbert, duc de Bavière, il déposa des prêtres indignes, et de retour en 793 de son troisième voyage à Rome, il partagea, d'après le plan que Grégoire II avait déjà formé en 716 et avec l'autorisation du nouveau duc Odilon, toute la Bavière en quatre diocèses, à savoir ceux de Salzbourg, de Ratisbonne, de Freisingen et de Passau, leur donna des évéques, et dès l'an 740 il fut en état d'assembler un concile en Bavière. Dans une lettre que Boniface adressa au pape il porte à 100,000 le nombre de ceux qui avaient embrassé le Christianisme hors de la Bavière. C'est pour ceux-ci qu'on érigea alors des sièges épiscopaux à Eichstaedt, à Wurzbourg et à Burabourg dans la Hesse. Ces sièges furent dotés par Carloman, fils de Charles Martel, qui en 717 embrassa la vie religieuse, et occupés par les compagnons du missionnaire anglosaxon Winfrid. Wurzbourg eut pour évêque Burchard, Eichstaedt Wilibald et Burabourg Witta. Vers le même temps Boniface tint plusieurs conciles composés d'évêques et de seigneurs laïques, qui eurent successivement lieu deux entre autres
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à Salzl)ourg sur la Saale en Franconie, ensuile, en 743, le con- «ile de Liptin.T Lostines dans le Hainaul i ', où 1 on (il une lisle dt'laiJleo de toutes les superstitions païennes que les évèques devaient extirper avec le concours des comtes. Ces superstitions consistaient à vendre les esclaves chrétiens aux païens, à brûler ou à enterrer avec les morts, les meubles, les chevaux, les esclaves et les femmes qu'ils laissaient, à sacrilier aux morts et à faire des repas funèbres, à sacrifier dans les forêts, à révérer Mercure et Jupiter (Odin et Thor) , à porter des phylactères et des aiguillettes, à se livrer à toute sorte de divinations et d'enchantements, à avoir des idoles de pâte, à tracer des sillons magiques autour des métairies, à faire des courses à la manière des païens et à s'abandonner à d'autres pratiques semblables. On y rédigea aussi la célèbre formule de confession de foi et d'abjuration, par laquelle le nouveau converti renonçait « à Thor et à Wodan , ainsi qu'à l'Odin des Saxons, et à tous les esprits malins, leurs compagnons. »
Boniface, de concert avec son excellent disciple le Bavarois Sturm, fonda en 744 dans l'endroit le plus solitaire de la foret de hêtres qui se trouvait entre la Thuringe et la Hesse, l'abbaye de Fulde qui devint bientôt une pépinière de savants docteurs de l'église d'Allemagne. Géwilieb, évèque de Mayence, ayant été déposé pour avoir commis un assassinat, Boniface luimême fut élevé sur le siège de cette ville en 745 , et de cette façon ce siège fut érigé en une métropole, bien que Boniface eût préféré celui de Cologne, alin d'être plus à portée du pays des Frisons. Le pape Ziicharie conlirma en 748 la nouvelle métroj)ole, et lui soumit les évêchés d'Ltrecht, de Tongres, de Co-
' C'était un palais dos rois d'Austrasio, situé à une lieue de Binclie. Il était encore habité par les rois Francs en 870, puis(iue la reine, épouse de CharleS'Ie- Cliauve, y faisait son séjour, pendant que le roi était à Mersen près de Herstal, occupé à régler avec son frère Louis, roi de Germanie, le partage du royaume de Lolhaire. Mira>us (Chron. Belg. ad an. T'i3) est le premier qui découvrit que ce palais se trouvait aux Estines qui sont maintenant deux villages, appelés Estines hautes et Estines basses. V. Dewez, Dictionnaire géographique du royaume des Pays-Bas au mot Leptinœ. y. d. T.
TROlSIÈltfE ÉPOOTTE. — CHAP. I. 381
logno, de AYorms et de Spire avec les peuplades germaniques nouvellement converties, à l'exception des Bavarois. L'évêché de Burabourg ayant cessé d'exister peu de temps après, la Hesse fut immédiatement incorporée au diocèse de Mayence; mais le siège de Cologne fut érigé sur la fin de ce siècle en une métropole particulière, ayant pour suffragant l'évêque d'Utrecht. L'homme qui trente ans auparavant avait abandonné les côtes de la Frise après des peines infructueuses, était maintenant archevêque, légat du pape dans les Gaules ( l'Austrasie et la Neustrie) et le père spirituel de nations entières; mais toute sa vie n'avait été qu'une série non interrompue de combats et de peines ; des hommes qui égaraient le peuple et qui lui enseignaient une fausse doctrine l'entravaient dans sa marche; plus d'une fois il fit l'expérience qu'il est plus diffîcile de ramener dans le devoir des évoques et des prêtres intraitables que de convertir des païens, et encore en l'an 755 il manda au pape Etienne II qu'il s'occupait dans ce moment même à rétablir plus de trente églises que les païens (Frisons ou Saxons) avaient brûlées. Ainsi Boniface, soutenu par les papes, avec lesquels il entretenait une correspondance active et qu'il consultait dans tous les cas qui se présentaient, se montra grand tout à la fois comme missionnaire , comme fondateur d'un grand nombre d'églises et de couvents et comme restaurateur de la discipline de l'Église dans le royaume des Francs. Enfin il fut récompensé de ses efforts par la palme du martyre. Parvenu à un grand âge et après avoir sacré son disciple Lullus comme son successeur sur le siège de Mayence, il se rendit de nouveau en Frise, y baptisa un grand nombre de personnes et fut massacré conjointement avec ses compagnons par les païens, en 755, dans les environs de Gorcum. Ses disciples, particulièrement Sturm, abbé de Fulde, Grégoire , abbé d'Utrecht , et Burchard , évêque de Wurzbourg , continuèrent à travailler dans le même esprit.
Cependant le Paganisme enveloppait encore toute la Germanie septentrionale. La puissante confédération des Saxons avait
jusque-là ropoussé loulos les tentatives que lou avail faites pour la convertir, et massacré, comme les deu\ Ewald. ou chassé tous les missionnaires qui s'étaient rendus chez elle. Les Saxons, l'une des trois princij)ales Irihus germaniques, demeuraient entre la mer Baltique et les pays occupés par les Thurinjîiens et les Hessois; à l'ouest, entre l'Ems et l'Vssel, habitaient les Westphaliens; au milieu, entre le N\'éser et lEms, se trouvaient les Engriens, et à l'est, les Oslphaliens s'étendaient le long de l'Elbe depuis la Trave jusqu'à la Saalc et rUnslrut. Sans rois et sans villes, cette tribu se partageait en trois classes, les nobles, les hommes libres et le bas peuple, et vivait dans des hameaux et des métairies sous des comtes et des juges de son propre choix. Les Saxons immolaient à leurs <lieux un grand nombre de victimes humaines, et le dixième homme de tous ceux qu'ils prenaient à la guerre était condamné à mourir ainsi. Exaspérés contre le Christianisme et contre les Francs qui le professaient, ils ravageaient sans cesse les frontières d'un pays ouvert et qui n'était défendu par aucune chaîne de montagnes, détruisaient dans leurs courses toutes les églises qui se trouvaient sur leur passage, et de cette sorte les Francs se virent à la (in dans la nécessité de les subjuguer. La guerre qui en résulta, étant en même temps une guerre de religion , devait avoir pour but aussi une a iolenle conversion des Saxons au Christianisme, et toute leur constitution qui était dans un rapport intime avec leur religion , devait être abolie, autrement ils étaient toujours pour les Francs un peuple hostile et menaçant qui mettrait à prolit la moindre circonstance, le moindre embarras qui surgirait dans leur roxaume, pour en tirer une vengeance éclatante. Déjà la guerre entre les Francs et les Saxons durait depuis plusieurs années, lorsque Charlemagne qui, outre les raisons d'une défense légitime et de la propagation de la Foi , avait encore à faire valoir celle de réunir, au moyen de la soumission des Saxons, tous les peuples germanicjues en un seul enq)ire, renouvela en 772 la lutte et la continua pendant plus de trente
ans avec peu d'interruption. Dès le principe, il détruisit l'Irmensul, divinité des Saxons, et en 776 un grand nombre de Saxons, cédant à la prépondérance de Charlemagne, se laissèrent baptiser, mais à peine eut-il abandonné le pays qu'on chassa les prêtres et les moines avec les Francs et qu'on renversa toutes les croix qu'on y avait plantées. Afin de pouvoir bâtir des églises et assurer l'entretien des prêtres dans les pays conquis , les Saxons furent contraints, à dater de 779, à payer régulièrement la dixme à l'Église; mais ce fut pour eux un fardeau insupportable qui augmenta encore leur haine contre les prêtres étrangers et contre leurs protecteurs. En vain Alcuin conseilla à Charlemagne de les exempter de ce tribut ; Charlemagne croyait que les églises et les prêtres ne pouvaient subsister qu'au moyen de la dixme dans des pays où il ne possédait rien lui-même. Lors d'une nouvelle insurrection qui éclata en 782 , les églises furent détruites , et les prêtres qui ne prirent pas la fuite, massacrés, mais les victoires de Charlemagne firent rentrer les rebelles dans le devoir. Les chefs des Saxons mêmes, Wittekind et Alboin , reçurent en 785 le baptême à Attigny; plusieurs nobles suivirent leur exemple, et dès lors les prêtres purent travailler sans relâche à convertir le peuple. Quelques insurrections partielles qui éclatèrent parmi les Saxons en 793, et qu'on attribue particulièrement à l'oppression causée par le ban et l'arrière-ban des Francs et par la dixme, engagèrent Charlemagne à en transplanter un grand nombre dans d'autres contrées. Ceux de la Nordalbingie qui demeuraient au-delà de l'Elbe dans le Holstein actuel , sont ceux qui résistèrent le plus longtemps aux armes de Charlemagne. Enfin dans une diète tenue à Salz en Austrasie, il fut décidé que les Saxons auraient les mêmes droits et les mêmes prérogatives que les Francs , qu'ils seraient jugés d'après leurs propres lois, mais qu'en renonçant entièrementaux superstitions païennes, ils se soumettraient envers les évêques et les prêtres aux mêmes redevances que les Francs. Les Saxons se laissèrent dès lors baptiser avec leurs enfants et remplirent les devoirs qu'impose
rÉglise, bi(Mi qu'un grand nombre restât encore attaché en secret aux erreurs et aux superstitions du Paganisme. Les lois portées du consentement des Saxons et renfermées dans la Capiddatio de partihus Saocouiœ étaient destinées à empêcher ce peuple de retomber dans les erreurs du Paganisme et à le forcer d'obéir, au moins extérieurement, aux commandements de rÉglise. Elles étaient en partie très-sévères : le refus de recevoir le baptême, l'action de brûler les corps morts à l'instar des païens, l'usage de la viande pendant le carême, étaient punis de mort; dans des cas semblables on n'obtenait le pardon qu'en se confessant et en faisant pénitence. D'autres superstil ions païennes étaient frappées d'une amende pécuniaire, et l'on avait accordé aux églises le droit d'asile, afin de les rendre plus inviolables. Entre les années 780 et 814, on donna aussi à la Saxe une division ecclésiastique, et l'on transforma les différentes missions en véritables diocèses. Le plus ancien de ces diocèses est celui d'Osnabruck dont Wihon , disciple de Boniface, fut le premier évéque. Le diocèce de Paderborn qui dépendait d'abord de l'évêché de Wurzbourg, eut en 795 pour cvêque le saxon Hatbumar, prêtre de Wurzbourg. L'Anglosaxon Willehad, qui avait tant contribué à répandre la Foi parmi les Saxons, fut nommé évéque de Brème et le Frison Ludgcr de 3Iimigardeford (3Iunster) (en 802). Les évêchés de Verden, de 3Iinden et de Seligensladt (ce dernier fut transféré dans la suite à Halberstadl) furent encore fondés sous le règne de Charlemagne, et sous celui de Louis le Débonnaire, on y réunit avec l'évêché d'Hildesheim la nouvelle abbaye de Corbie qui eut bienlùl une si grande influence.
/Propagation du Christianisme dans k Nord de l'Europe, dans le Danemark, la Nonrège, la Suède et l'Islande.
\. Adami BREMENSis hisloria ecclesiaslica (jusqu'en 1076), éd. Fabricius, Hamburg., 17(10. fui. IIembeuti vita S. Anscharii, in Pertz
Monumenla. T. II. Saxonis grammatici bistoria Danica, éd. KIolz. Lips. 1771. k. Krislni-Saga, s. hisloria rel. christ, in Islandia introd. Hafu. 1778. — Snouro Sturleson Heimskringla Saga, éd. Schœning. Hafn 1777, 5vul. fol.
II. MuNTER Kii'chengcschichtc von Danemark und Norwegen. Leipzig. 1825. W. I. — Claud. OErnhialm historia Sueonum Gothorumquc eccl. Stockholm. 1689. 4. — Finni Johanntei historia eccl. Islandia?. Hafniae, 1772. 3 vol. 4.
Les habitants de la Scandinavie , c'est-à-dire des presqu'îles Cimhrique et Scandinave et des îles intermédiaires , formaient dans le principe un peuple d'origine germanique que la conformité de la langue, de la religion et des mœurs unissait étroitement; mais les Danois, les Suédois et les Normands figurent pendant longtemps comme des nations indépendantes iqui se partageaient encore au neuvième siècle en plusieurs petits royaumes ou confédérations, sous des rois dont l'autorité était très-limitée. Leurs divinités étaient : Thor, le dieu du tonnerre avec le marteau; Odin, le père des dieux et des hommes, dont tous les peuples du Nord faisaient descendre leurs dynasties royales, et en même temps le créateur du monde, et sa lille et épouse Frigga, laTerre; ensuite les douze Ases divins, les premiers prêtres, juges et législateurs des hommes. On croyait à l'immortalité de l'âme; ceux qui avaient commis de grands crimes devaient être condamnés , après leur mort, à des peines éternelles dans le Niflheim ; ceux qui avaient vécu sans gloire devaient languir dans l'horrible Hela , mais les héros morts dans les combats étaient conduits par les Valkiries dans le Valhal où , admis au banquet des dieux , ils continuent à se livrer à leurs occupations, aux exercices guerriers et à la boisson. Dans le crépuscule des dieux , les dieux mêmes succomberont dans leur lutte contre les puissances de l'abîme (les forces rebelles de la naturel ; l'univers sera consumé en cendres; mais il sortira du chaos une nouvelle terre qui sera babitée par une nouvelle race d'hommes sous la protection des dieux et des Ases qui ressuscitent en partie. Dans le petit
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nombre de temples qui se trouvaient dans le Nord , les images dos dieux étaient représentées avec leurs vêtements et quelquefois sous la forme de géants. On leur immolait des hommes et des animaux; on destinait à ce sacrilice les criminels et les prisonniers, ainsi que les hommes libres et même les rois , (juand il s'agissait d'apaiser la colère des dieux; il arrivîiil ([uelqucfois que les pères immolaient même leurs enfants. On y avait souvent recours à la magie. Les prêtres et les prêtresses appartenaient fréquemment aux familles les plus illustres. Quelques-uns étaient révérés connne des incarnations de la divinité même; mais ils n'offraient pas seuls des sacrilices aux dieux, les rois et les iarls remplissaient aussi ces fonctions, et chaque père de famille était le prêtre des siens. Le baptême des enfants et le marteau de Thor qui ressemblait à la croix et qui servait à bénir les aliments et la boisson , étaient les seuls points qui eussent quelque ressemblance avec le Christianisme. Les femmes étaient en général respectées et avaient beaucoup d'influence; la pohgamie était permise, mais elle n'était pas commune ; toutefois on vivait souvent en concubinage. Rien n'était plus ordinaire que d'exposer les enfants ou de les mettre à mort. Les esclaves élaieîit entièrement privés des droits civils et abandonnés aux caprices et à la brutalité de leurs maîtres. La vengeance qu'on tirait d'un meurtre était regardée comme le devoir le plus sacré, et entraînait des guerres interminables entre les familles. Une obstination insurmontable et le mépris de la vie, la dureté et la cruauté envers leurs semblables, étaient les traits caractéristiques des peuples Scandinaves et étaient encore alimentés par le culte d'Odin. On cherchait la mort sur le champ de bataille, et celui qui ne l'y trouvait ])as, terminait souvent sa vie par le suicide. Le désir d entrer dans le Valhal avec de grands trésors excitait ces peuples à la rapine et à la piraterie. Dans le neuvième siècle ils se signalèrent par tant de brigandages et d'exploits maritimes, que la l'rance, l'Allemagne , les îles de la Gramb^-Bretagne, devinrent le théâtre des plus horribles dévastations, et les mœurs
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des Normands qui dès lors se livrèrent aussi à la traite des esclaves, prirent un caractère épouvantahlement farouciie. On voit que dans l'opinion dominante et dans la manière de vivre, ainsi que dans rattachement profondément enraciné des peuples Scandinaves au culte d'Odin, le Christianisme eut à surmonter les plus grands obstacles.
Après que Willibrord eut cherché inutilement à répandre la Foi dans le Jutland et le Sleswig , Willehad , qui dans la suite occupa le premier le siège de Brème, annonça l'Évangile aux. habitants duDithmarschen à dater de 780. Son compagnon Atreban y fut massacré en 782. Ludger, qui fut nommé plus tard évoque de Munster, fonda la première église dans l'île d'Helgoland. Depuis la conquête du pays des Saxons, les Danois eurent des relations plus fréquentes avec l'empire des Francs, et dès l'an 822 Ebbon, archevêque de Reims, se rendit avec le moine llalitgar dans le Sleswig auprès du roi Harald et comme ambassadeur de l'empereur et comme missionnaire. Harald vint en 82G trouver l'empereur à Ingelheim pour en obtenir du secours et reçut le baptême avec toute sa suite. Anscaire, qui depuis 823 enseignait à l'abbaye de Corbie sur le Wéser, l'accompagna jusqu'en Danemark. Lui et son compagnon Autbert fondèrent à Iladeby une école, dans laquelle ils se proposaient de former au service des missions de jeunes païens rachetés de la captivité; mais par l'expulsion d'Harald en 828, leurs travaux furent interrompus; Autbert mourut en 829 et Anscaire se rendit en 830 en Suède. L'empereur Louis, ainsi que son père en avait déjà eu l'intention, fonda en 832 un nouvel archevêché comme point central des missions du Nord, à l'emplacement de la ville de Hambourg. Anscaire n'ayant que vingt-neuf ans, en fut nommé premier archevêque en même temps qu'EId)on légat du pape pour le Danemark, la Suède et laNorwège. Cependant il n'y avait qu'un petit nombre de Chrétiens dispersés dans laNordalbingie, dans le Jutland et dans le reste du Nord, et Eric, roi en chef du Julland, mettait tout en œuvre pour y extirper le Christia-
nisme. En 845 il détruisit Hambourjr; les ouailles d'Anscaire furent dispersées, en partie réduites à l'esclavafre et massacrées: mais Anscaire lui-même ne se laissa pas intimider, encore quil eût à déplorer alors la perle du couvent de Turholt, qui était destiné à un séminaire de jeunes missionnaires. Toutefois en 850, sa position devint plus avantageuse lorsque le papeNicolasï approuva la réunion de l'évéché de Brème avec l'archevêché de Hambourg. Comme ambassadeur de l'empereur des Allemands il sut ^ra^jner la confiance d'Eric , fonda une église dans le Sleswig et convertit un grand nombre de païens. Mais ceux d'entre les sujets d'Eric qui étaient encore attachés au paganisme se révoltèrent contre lui, et il perdit 1 î vie dans une bataille livrée en 854. Dès lors les Chrétiens furent derechef opprimés et l'église d'Hadeby resta fermée, jusqu'à ce qu'Eric II se montra favorable à la religion chrétienne et qu' Anscaire obtint en faveur des Chrétiens la liberté du culte et la permission de fonder une église à Ribe. Cet apôtre du Nord mourut en 865. Il avait habitué ses disciples, qu'il envoyait de tous côtés comme missionnaires, h se nourrir du produit de leur propre travail; lui-même avait coutume de faire des lilets; quoique archevêque il observait strictement la règle de son ordre, racheta un grand nombre de prisonniers, construisit plusieurs couvents et hôpitaux, abolit parmi les Nordalbingiens la traite des esclaves, et pendant qu'il s'imposait les plus dures privations, ses économies lui permirent de pourvoir aux besoins de plusieurs prêtres et de faire des présents à plusieurs païens puissants — c'était un des plus grands saints de cette époque; il mérite de figurer a côté des saint Patrice, des saint Boniface et des saint François- Xavier.
Le successeur d'Anscaire dans les diocèses réunis de Hambourg et de Brème, son disciple et biographe Rembert, travailla tout à fait dans l'esprit de son grand modèle: mais il arriva maintenant des temps malheureux. Eric 111, roi de Jutland, ennemi mortel des Chrétiens, détruisit, en 880, les
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églises de la Nordalbingie et remporla une vicloire éclatante sur les Saxons. Dès lors l'Allemagne commença à être ravagée par les Normands qui, en démolissant les églises et les couvents et massacrant un grand nombre de prêtres, trahissaient des sentiments extrêmement hostiles au Christianisme. Gorm l'Ancien, roi de Lethra dans l'île de Secland, qui, à dater de l'an 900, régna sur toute la nation danoise, s'érigea, en 915, en violent persécuteur du Christianisme. La ville de Hambourg fut saccagée à trois reprises différentes ; plusieurs ecclésiastiques périrent dans les plus cruels supplices; d'autres durent prendre la fuite; les églises du Sleswig, d'Aarhuus et de Ribe furent détruites de fond en comble. Henri, empereur d'Allemagne, y rétablit le Christianisme en 934, réunit le Jutland méridional à l'Allemagne sous le nom de Marche du Sleswig, et, en y transplantant des colons saxons, y donna la prépondérance au Christianisme. Unni , archevêque de Hambourg , après avoir baptisé le petit roi * Frode, rétablit les églises et annonça même l'Évangile dans les îles Danoises. Harald, surnommé Blaatand ou à la dent bleue, fut, pendant sa longue domination (941- 991) , favorable au Christianisme. L'archevêque Adaldad sacra les premiers évêques pour le Sleswig, pour Aarhuus et Ribe. Il est vrai que Léofday , évoque de Ribe, fut bientôt massacré par les païens ; mais Harald , après avoir été vaincu par Otton I , reçut le baptême en 972 , et chercha dès lors à rendre la religion chrétienne dominante dans ses états. Cette circonstance occasionna en 983 une réaction de la part des païens, qui formaient encore un parti très-puissant à la tête duquel se trouvait Suénon Tueskiây qui s'était révolté contre son père Harald ; et Palnatoke, fondateur de la république des corsaires établis à Jomsbourg, près de Julin sur les côtes de la Baltique qui
' Il ne faut pas confondre les rois en chç{ (Oberkonige) avec les petits rois (Vnterkonige) qu'on trouve, dans les temps anciens, dans tout le Xord. Ces derniers étaient subordonnés au roi en chef comme des espèces de vassaux. Voyez KocH, Tableau des révolutions de l'Europe, tome I , page 90, note 1 , Paris , 1823. N. d. T.
;j90 HISTOIUK DK l'kGLISE.
longeaient les contrées occupées par les Slaves et où se réfujïiaienl les plus zélés païens, tua Harald en 991. Les païens avaient encore la prépondérance, surtout dans les îles Danoises; loulclois on avait déjà fondé un évéclié à Odensé, dans lile de Fionie , et une église à Roscliild , à côté du bocage sacré de Lethra. Par la réunion de TAngletcrrc, que Suénon avait subjuguée avec le Danemark, on put facilement atîermir la religion chrétienne dans ce dernier royaume. Canut le Grand , roi (le Danemark cl d'Angleterre ( lOli-1035), à qui son père Suénon avait, en mourant, recommandé la religion chrétienne, lit de grandes choses à cet égard. En 1026 , il alla lui-même en pécheur pénitent à Rome, y lit bâtir un hospice pour les Danois, appela un grand nombre de moines anglais dans le Danemark, y fonda les premiers couvents, encouragea la construction des églises, établit un évéché dans l'île de Seeland, et, comme la Scanie avait déjà aussi son évéque, toute la monarchie Danoise se trouva, de cette sorte, divisée en diocèses; mais ce ne fut qu'en 1065 que les évêchés de Lund en Scanie et de Boerglum et de Yiborg dans le Jutland, fondés par Suénon-Estrithson, y furent réunis. A la mort de Canut le Grand, la plupart des Danois professaient le Christianisme, du moins extérieurement. Les Frisons qui habitaient les cotes du Sleswig, restèrent attachés au Paganisme jusqu'au douzième siècle, et, dans la Scanie et dans le Jutland septentrional, l'idolâtrie domina encore pendant longtemps.
Dans la Soru-èrje, ce fut aussi à la dynastie royale qu'on doit la propagation de la Foi. Hakon le Bon, (ils du roi Harald- Haarfager, qui le premier avait réuni toutes les principautés de la Norwège en un royaume, avait, comme pupille d'Athelstan, roi des Anglo-saxons, embrassé le Christianisme avec ardeur. Il avait appelé quelques prêtres anglais et fondé quelques églises; mais ayant proposé à son peuple, à la diète de 940, de se laisser convertir au Christianisme, celui-ci le menaça de se choisir un autre roi; il fut lui-même obligé de manger de la viande d'un cheval immolé, et de goûter d'un
breuvage consacré à Odin, à Thor et à Bragi. Il avait d'abord cherché à ôter à ces objets la consécration païenne par le signe de la croix, que l'iarl Sigurd faisait passer aux yeux du peuple pour le signe du marteau de Thor; mais on ne lui jwrmit pas de le faire encore. Dès lors les églises des îles de Moer furent détruites, les prêtres anglais qui s'y trouvaient, massacrés, Hakon lui-même commença à défigurer le Christianisme par des superstitions païennes, et étant sur le point de mourir, il confessa avec un cœur repentant qu'il avait toujours vécu en païen. Harald-Grafeld (963-977) entreprit la conversion au Christianisme par des moyens violents; mais sous Hakon-Iarl , qui immola son propre fils, le Paganisme domina de nouveau partout. Il est vrai que ce prince se laissa engager à la cour d'Otton III à recevoir le baptême, mais de retour dans son pays, il fut constamment l'ennemi des Chrétiens jusqu'à sa mort qui arriva en 995. En revanche, le roi Olaf, dit Trygweson , qui s'était laissé baptiser en Angleterre, travailla avec un zèle infatigable à propager la Foi dans ses états. L'instruction et la persuasion, les présents et les tourments, même les supplices, tous les moyens lui paraissaient lK)ns pour atteindre ce but. Il brisa la résistance opiniâtre que lui opposait le peuple, surtout dans le nord de ses états; il lui fit voir l'impuissance de ses idoles en les écrasant, et réussit à convertir la moitié des Normands jusqu'au moment où, réduit à l'extrémité par ses ennemis, il sauta dans la mer en l'an 1000. Les deux iarls, qui gouvernèrent ensuite la Norwège au nom du roi de Danemark et de Suède, accordèrent à leurs sujets une parfaite liberté de conscience. La Norwège fut entièrement convertie au Christianisme par saint Olaf (1019-1033), arrière-petit-fils d'Harald-Haarfager, jeune prince non moins distingué par son courage que par la noblesse de ses sentiments et par l'ardeur de son zèle pour la religion. Avec le secours de prêtres anglais et allemands (ces derniers furent envoyés par Unuan, archevêque de Brème, que le pape avait nommé métropolitain de la Norwège), le roi arrangea les affaires ecclésiastiques du pays, bâtit à Nidaros (Drontheim) l'église de saint
i\)2 HISTOIRK 1)K l'kGLISK.
Clement qui, dans la suito, fut le plus magnilique monument d architodurc de tout Ic Nord, ohiiirea tous ses sujets à prêter serment à une constitution de I'EjjIise, rédiçfée par révè(|ue Grinekelet par les prêtres attachés à sa cour, fonda des écoles et mit tout en œuvre pour extirper le Pa<;anisme. Quoiqu'il avouât lui-même que ce n'est pas une chose a^rréable à Dieu que d'imposer la religion chrétienne, il traita cependant , dans de certains cas, avec beaucoup d'inhumanité, les païens et surtout les apostats. Olaf finit par dessiller les yeux du peuple, lorsque, dans une nombreuse assemblée, il ordonna de briser la statue du dieu Thor, et qu'il en sortit aussitôt une grande quantité de rats, de souris et de crapauds qui s'étaient nourris jusqu'ici des aliments qu'on avait mis dans le creux de la statue. Olaf succomba dans une bataille qu'il livra aux Normands païens, secondés par les Danois, mais il fut bientôt après sa mort révéré comme un saint, et son tombeau, à Xidaros, fut visité par un grand nombre de pèlerins. Après que les différents évêques eurent résidé pendant quelque temps dans les grandes villes, sans avoir dans leur juridiction des limites exactement tracées, il se forma insensiblement quatre diocèses en Norwège, à savoir l'archevêché de Nidaros et les évêchés de Bergen , de Hammer et de Slavanger.
Quoique le Christianisme eût été annoncé en Suède plus tôt qu'en Norwège, cependant il y devintla religion dominante plus tard que dans le reste du Nord. Après l'expulsion des Finnois, cette contrée était habitée par deux tribus, dont l'une, les Suiones ! Suédois) , demeurait au nord, et l'autre, les Cothones (Goths) , au sud. Dans le pays habité par la première, se trouvait, aux bords du lac Moelar, le sanctuaire de Sigtun et d'Lpsal, qui était h; point central du culte de tous les peuples Scandinaves. De nombreux prisonniers chrétiens y avaient déjà inspiré aux païens le désir de connaître la religion chrétienne, lorsque des ambassadeurs suédois vinrent prier Louis le Déi»onnaire d'y envoyer des missionnaires. Anscaire se rendit à cette invitation en 830, y resta un an et y retourna en 853.
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Par une résolution de la dièle nationale, on s'en rapporta au sujet de l'introduction de la nouvelle religion , à l'oracle des dieux par la voie du sort, et celui-ci ayant été favorable, Anscaire obtint la permission de fonder une église et d'y envoyer des prêtres. Mais après sa mort, arrivée en 865, aucun missionnaire n'osa , pendant l'espace de soixante-dix ans , se rendre en Suède, à l'exception toutefois d'Adclwart, moine de l'abbaye de Corbie, que l'archevêque Rembert y envoya. Ce ne fut qu'en 935 qu'Unni, archevêque de Brème , réussit à y propager la Foi pour peu de temps. En l'an 1000 , le roi de Suède Olof , surnommé Skotkonung , reçut le baptême de Sigefroi , l'apôtre de la Suède après Anscaire , car il consacra toute sa vie à cette vocation. Olof ne voulut plus porter le titre de roi d'Upsal, parce que ce titre désignait le souverain pontife du culte d'Odin , mais adopta celui de roi de Suède. Il fonda le premier évcché à Scara dans la Golhie occidentale ; plus tard on y réunit l'évêché de Linkoping, dans la même contrée, et pendant longtemps le Christianisme ne paraît avoir fait des progrès que dans ce pays, car les païens n'avaient accordé au roi Olof qu'une seule province pour l'exercice du culte étranger, et il avait choisi la Gothie occidentale. Dans la Suède septentrionale le Paganisme resta la religion dominante ; cependant une résolution de la diète nationale avait accordé le libre exercice aux deux religions. Adelwart, évêque de Scara, et Egino, évêque de Lund, ayant engagé le roi Stenkil à détruire l'ancien temple d'Odin à Upsal, celui-ci lui répondit qu'une tentative de cetteespèce coûterait à eux la vie et à lui-même le trône; mais la destruction des idoles ne rencontra aucune résistance parmi les Goth?. Pendant les guerres intestines qui éclatèrent à dater de 1066, les chrétiens paraissent avoir eu le dessous pendant quelque temps, car on rapporte qu'aucun évêque n'osa se rendre en Suède , de peur d'être persécuté. Les prêtres anglais qui, vers ce temps et encore dans la suite, annoncèrent l'Evangile dans différentes provinces de la Suède , y souffrirent la plupart le martyre. Le roi Inge, fds de Stenkil, ayant voulu ordonner à tous ses sujets
de renoncer aux sacrifices du paganisme et de se laisser baptiser, fut chassé du royaume, et son beau-frère, le païen Suénon, monta sur le trône ; mais Inge rentra triomphant dans ses états au bout de trois ans , y releva les autels et surmonta l'aversion des païens du nord de la Suède au moyen des Goths qui étaient attachés au Christianisme. Sous le règne de Suerker (1133-1155) , des moines français, que saint Bernard envoya en Suède, y fondèrent les premiers monastères, et ce ne fut que sous Eric (1155-llGl , successeur de Suerker, que la religion chrétienne s'affermit dans la Suède septentrionale. C'est alors qu'on éleva la première église à Upsal, et qu'on installa comme premier évéque de cette ville Henri, l'apôtre des Finnois. En 11G3, le pape érigea cet évèché en siège métropolitain de la Suède, et en fit dépendre les évêchés de Scara, de Linkoping, de Strengnaes, de Westeraes, et, peu de temps après, aussi ceux de Wexioe et d'Abo.
L'île d'Islande fut découverte en 861, et peuplée en 870 par des Normands qui y établiront une florissante république, qui resta jusqu'à la fin du treizième siècle le centre de la civilisation et de la littérature des peuples scandinavo-germaniques. Un prêtre saxon, nommé Frédéric, y prêcha la foi en 981, sans produire de grands fruits. L'islandais Steffner et le saxon Thangbrand, qu'Olaf Trygweson y envoya en qualité de missionnaires, ne réussirent pas mieux. Cependant le nombre des Chrétiens y augmenta insensiblement par suite des nombreuses relations que cette île entretenait avec la ISorwège, et en l'an 1000, la diète résolut, en conséquence de la proposition que fit le lagman Thorgeir, d'y introduire le Christianisme sous ces conditions, que tous les Islandais recevraient le baptême, que les temples et les idoles seraient détruits et les sacrifices abolis, mais qu'on serait libre désormais de sacrifier en secret, d'exposer les enfants et de manger de la viande de cheval. On laissa subsister ces deux derniers usages, à cause de la trop grande population qui se trouvait dans un pays stérile. Des ambassadeurs de saint Olaf engagèrent, en JOIG, le lagman Scepton à
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mettre un terme à ces abominalions; mais ce fut l'affaire du temps. Des Anglais, des Irlandais et des Saxons annoncèrent l'Évangile aux Islandais en qualité de prêtres et d'évèques, sans sièges fixes, jusqu'à ce qu'Adalbert, évèque de Brème, sacra en 1056 Isleif comme premier évèque de Scalholt. — Dans les îles de Fœroe qui avaient été également peuplées par des Normands, le Christianisme fut introduit par le chef Sigismond Brasteson, qu'Olaf Trygweson avait converti en Norwège, et qu'il avait renvoyé dans son pays, après l'avoir nommé son iarl et lui avoir donné un prêtre pour compagnon. En l'an 1150, ces îles eurent leur propre évèque qui était le suffragant de l'archevêque de Nidaros. Olaf força aussi en 995 les Normands qui habitaient les Orcades et les îles àe Shetland, à embrasser le Christianisme qui s'y maintint et qui y prospéra par suite des relations qu'ils entretenaient avec l'Ecosse. La série des évêques de ces îles commence en 113G. Dans les colonies des Islandais et des Norwégiens dans le Groenland, la religion chrétienne domina sans peine à dater de l'an 1000, et en 1055 Adalbert, archevêque de Brème, y envoya un certain Albert en qualité d'évêque.
Les Scandinaves, qui déjà à cette époque établissaient des colonies dans les contrées occupées par des chrétiens, se laissaient plus facilement convertir au Christianisme que les habitants de la mère-patrie. Leur attachement au Paganisme se trouvait affaibli, comme autrefois celui des tribus germaniques lors de la grande migration , par leur éloignement des sanctuaires de lajîatrie, et dans leur nouvelle patrie, ils avaient devant les yeux un culte bien établi et parfaitement organisé. C'est ainsi que les Normands qui fondèrent le royaume des Ostmans à Dublin, se firent chrétiens en 948. Les nombreux Danois, établis en Angleterre, embrassèrent le Christianisme particulièrement par les efforts de Canut le Grand. Le puissant chef des Normands , Bollon , qui depuis 876 fut la terreur de la France, s'engagea par le traité conclu en 912 sur les bords de l'Epte, à recevoir le baptême. Il obtint en récompense.
conimc fief de la couronne, la partie occidentale de la France qui s'étend de l'Epie à la nier et qui dès lors reçut le nom de \orniandie. Un grand nombre de Normands se laissèrent baptiser avec Rollon. Le duc Rollon qui prit alors le nom de Robert, porta pendant sept jours la robe baptismale et signala chaque jour par de riches donations qu'il faisait à l'église. Dès lors on rétablit les églises qui avaient été détruites, on en augmenta le nombre, on fonda quelques couvents; la population s'accrut par de nouveaux colons Scandinaves et français qui vinrent se fixer dans la Normandie, et cette contrée, qui naguère présentait l'image de la désolation , devint une des provinces les mieux cultivées de la France sous l'administration aussi sage qu'énergique de Robert. D'autres colons qui y vinrent du Nord embrassèrent également le Christianisme. Persistaient-ils dans le Paganisme, ils devaient aller chercher des demeures ailleurs, comme ces Danois qui vinrent au secours du duc Richard 1 et qui par son ordre furent ensuite transportés en Espagne.
Propagation de la Foi parmiles Slaves du sud-est de l'Europe, c'est-à-dire de la Moravie, de la Bohême et de la Pologne; parmi ceux du nord-est de l'Allemagne et parmi les Russes.
I. Anonymi {certain prêtre de Salzhnurg qui vivait à la fin du neuvième siècle) de conversionc Bujariorum cl Carcnianurum , in OEfcle script, rer. Boic. I, 280 , et in Kleinmaycrn's Nathrichten von Javavia. Salzburg, 178i. fol. Auhang s., 10. Vita Constantini (Cynlli)/J«r un auteur contemporain , in Actis SS. Mart. II, 19. Presbyleri Diocleatis [vers 1161) rcgruim Slavoriim, in Schwandtnor scriptor. ror. Hungaric. III, 47i. — Cosmas Pragens. {qui mourut en 112oj Chronicon Bohe— morum, in Pclzcl et Dobrowskyscripll. rerumBohcm.T. I. Prag. 178V. Vita S. Ludmilb-e {après l'an 997) et Chkisti.vm de Scala vita S. Ludmillœ et Wenceslai , in Actis SS. Scptbr. V , .3o'i- et VII , 823. — Hf.i- MOLDi presb. Bosov. {qui mourut après l'an 1170) Chronica Slavorum , cd. Bangert. Lubecœ, 1659. ^. — Martini Calli et A incentu Kad—
LUBKOMS hist. Polonica. Gedan. 1749. fol. — Nestor's (</»« mound après Van 1123) Annalen. iibers. von Schlijzer. GoUingen, 1802. 5 B'^^
II. J. S. AssEMAM Calendaria ecclesiœ univ. Rom. 1750. T. I.-V.
— J. DoBROwsKY Cyrill und Method der Slawen Apostel. Prag., 1823.
— Dessen Mahrische Légende von Cyrill und Method. Prag., 1826. — Strahl's Geschichte der Russischen Kirche. Halle, 1830.
Dans Test de l'Europe, de l'Elbe au Don et de la Baltique à la mer Adriatique s'étendaient les peuples de la grande race slave ou slavonne, dénomination qui à dater du septième siècle se présente comme un nom commun à tous ces peuples. Immédiatement après la grande migration, ils avaient envahi les contrées entre l'Elbe, l'Oder, la Vistule et le Danube moyen, occupées précédemment par des tribus germaniques, et sous le règne de l'empereur Héraclius, ils s'étaient aussi emparés de l'ancienne lUyrie, de l'Islrie et du Frioul, de la Carniole et de la Carinlhie, et avaient pénétré par deux fois en Grèce et même dans le Péloponèse, dans les années 550 et 7-46. La conformité de langue, de religion et de mœurs indique assez que ces peuples ont une origine commune. La mythologie des Slaves consistait dans le dualisme. Ils avaient des dieux blancs et noirs, c'est-à-dire bons et mauvais, dont l'un s'appelait Belbog et l'autre Zernebog. Un dieu suprême, père des autres dieux, n'était pas étranger aux Slaves; peutêtre le dieu Triglav aux trois têtes, qu'on adorait à Stettin et à Iulin , en représentait l'image. La statue gigantesque du dieu tout-puissant Swantewit se trouvait dans le temple d'Arcone dans l'île de Rugen ; Radegast, dieu de la guerre, était l'objet de la vénération à Rhétra; Pérun, dieu du tonnerre, était adoré par les Russes et par les Moraves. La représentation des dieux avec un grand nombre de têtes et de figures différentes est surtout frappante chez les Slaves. Dans le culte qu'on rendait aux divinités qu'on regardait comme le principe du mal , ou aux divinités noires, on pratiquait souvent la magie. Les prêtres étaient très-respectés et très-puissants, du moins chez
quelques peuples slaves. Le souverain pontife d'Arcone était à proprement parler le souverain du peuple. On immolai^ souvent des viclimes humaines. Les égards que les (jermains avaient pour les femmes étaient inconnus aux Slaves; ehez eux la femme n'était que l'esclave du mari; souvent elle devait le suivre dans la tombe ou sur le Itùclier; les mères pouvaient mettre à mort les filles nouvellement nées.
Le premier peuple Slave qui embrassa le Christianisme, et cela de son propre mouvement, fut les Croates (Chrowates), qui, après avoir abandonné, sous le règne de l'empereur Héraclius , la Pologne ou la Russie méridionale , s'emparèrent des contrées qui s'étendent entre la mer Adriatique, le Danube et la Save. Leur chef Porga demanda des missionnaires à l'empereur Constantin Pogonat. Celui-ci les adressa au Siège de Rome, et les prêtres qui furent envoyés, baptisèrent, en 670, le prince et une grande partie de son peuple. Le pape prit ensuite leur pays sous sa protection comme domaine du Siège apostolique, et les obligea à s'abstenir de tout brigandage et de toute guerre offensive. Cependant on ne fait mention des évêques Croates qu'à dater de l'an 879. Lqs Serbiens qui, sous la protection des empereurs de Ryzance, s'étaient fixés dans difiérentes parties de l'ancienne Dace, de la Dardanie, de la Dalmatic et des côtes de l'Albanie jusqu'à Durazzo, furent forcés aussitôt après leur établissement, par l'empereur Héraclius, à embrasser le Christianisme. 3Liis en l'an 827, ils quittèrent le parti de l'empereur grec , chassèrent les prêtres catholiques et rétablirent le culte des idoles, jusqu'à ce qu'en 8t)8, après avoir prêté de nouveau foi et hommage à l'empereur Basile, ils rentrèrent dans le giron de l'Église.
Les Caranlains qui étaient venus s'établir entre les années G12 et 630 dans la contrée appelée la Marche des Windes, c'est-à-dire la Carinthic , la Carniole et la Styric , embrassèrent le Christianisme à dater du huitième siè le par suite de leurs relations avec la Bavière et avec Salzbourg et de leur soumission aux rois des Francs. Leur prince Borulh fit don-
lier en Bavière une éducation chrétienne à son fils Karost et à son neveu Chétuniar, Ils régnèrent l'un et l'autre après lui à dater de l'an 762. A la demande de ce dernier, qui se soumit avec ses sujets à la juridiction de l'église de Salzbourg, Virgile, évéque de cette ville, envoya dans le pays des Carantains l'évéque Modestus avec plusieurs prêtres, parmi lesquels se trouvait aussi Majoran, neveu de Chétumar. En l'an 800, Arnon nommaïhierry évéque de ce pays et des Slaves voisins. Une contestation qui s'éleva entre Arnon et Ursus, patriarche d'Aquilée , au sujet de la juridiction épiscopale dans la Garaiilaiiie, fut terminée en 810 par Charlemagne, qui décida que la Drave formerait la limite entre les deux diocèses. En 870, Adalwin, archevêque de Salzbourg, prit sous sa juridiction immédiate la Carantanie qui jusqu'ici avait été administrée par des évêques subalternes [episcopi refjionarii].
Les Slaves qui avaient pénétré dans la Dace, la Mésie supérieure, la Dalmaiie et l'Illyric, professaient le Christianisme, après avoir été convertis soit antérieurement par des prêtres latins, soit postérieurement, vers l'an 870, par des prêtres grecs, envoyés dans ces contrées par l'empereur Basile, et il est probable que c'est vers la même époque que les Slaves, établis dans la Grèce proprement dite et dans le Péloponèse, embrassèrent aussi le Christianisme. Ce n'est qu'alors non plus que les Maïnotes, réfugiés dans les monts Taygètes, que l'on fait passer pour les descendants des anciens Grecs, renoncèrent au paganisme auquel ils étaient restés jusqu'alors opiniâtrement attachés.
\.C9, Moraves , tribu Slave, qui depuis l'an 534 s'étaient emparés des anciennes demeures des Quades et qui avaient reçu leur nom de la rivière Moraw a , apprirent d'abord à connaître la religion chrétienne du moment que Virgile et Arnon, évêques de Salzbourg, envoyèrent par l'ordre de Charlemagne des missionnaires dans leur pays, et qu'Lrolf, évéque de Passau , leur annonça l'Evangile au commencement du neuvième siècle. D'après son rapport, le pape lui accorda l'archevêché de Lau-
400 HISTOIIIE DE l'église.
reacum , qu'il avait rétabli en 824, ot lui donna quatre suffrajjfants, dont deux appartcMiaiciit à la [Moravie; mais les siéjïes de ces suiïragauls ne furent point élahlis ou tombèrent bientôt en ruine, comme la métropole elle-même, qui, à la mort d'Troll , fut de nouveau réunie à levècbé de Passau. Sous le règne de Louis le Débonnaire, les princes Mora ves, IMoymar et Priwina , avaient embrassé le Christianisme, lorsque Raslislav demanda à l'empereur grec Michel , Cyrille (Constantin) et Methodius, apôtres des Chazares et des Bulgares. Ils se rendirent l'un et l'autre, en 8G3, dans la Moravie, y travaillèrent avec succès pendant quatre ans et demi à la propagation de la Foi, firent connaître aux Mora ves l'ancien alphabet slavon que Cyrille avait découvert et introduisirent la langue slavonne dans la liturgie. Appelé à Rome (Cyrille se retira dans un couvent), Methodius y fut sacré évéque, en 868, par le pape Adrien II. Il retourna ensuite dans le pays des Slaves avec le titre de métropolitain de la Pannonie et de la Moravie, toutefois sans siège déterminé, et y traduisit la Bible en slavon. Methodius ayant été arrêté dans ses travaux par les troubles qui éclatèrent dans le royaume de la Grande-Moravie, se rendit dans la Pannonie, qui appartenait également à la iMoravie. Il y rencontra des prêtres du diocèse de Salzbourg qui, regardant avec des yeux d'envie un grec et sa liturgie slavonne, rendirent son orthodoxie suspecte à Rome, ce qui, du temps dePhotius, pouvait avoir beaucoup de vraisemblance. Mais Methodius se justifia complètement à Rome en l'an 879, et engagea en outre le pape Jean YIII à approuver l'usage de la langue slavonne dans la liturgie, bien que le pape eût voulu d'abord que Methodius ne se servit, pour la célébration de la messe, que de l'une des deux langues de l'Eglise, la langui; grecque ou la latine, et qu'il prêchât dans la langue du pays. Methodius retourna en 880 dans la Moravie , après avoir reçu du pape la juridiction suprême sur tous les ecclésiastiques de ce pays et même sur Wichin, évêque de Ncitra. 11 paraît que peu de temps après il retourna de nouveau à Rome et qu'il y
mourut. Le prince morave Moymar qui, impliqu»^ dans une guerre contre les Allemands, ne voulait en aucune façon dépendre d'eux sous le rapport ecclésiastique, pria le pape Jean IX de rendre la Moravie (qui, outre; la Bohême, comprenait aussi une partie de la Pannonie) indépendante à cet égard, en y établissant un archevêché et deux évéchés. Les archevêques de Mayence et de Salzbourg s'en plaignirent en 900 conjointement avec leurs suffragants, en disant que par là on portait particulèrement atteinte aux droits de l'évêque de Passau. Sur ces entrefaites, le royaume de la Grande-Moravie tomba en ruine en 908 ; il fut en proie aux ravages des Hongrois ; la Moravie proprement dite fut incorporée à la Bohême et pendant l'espace de trente ans, il n'est plus question d'aucun évêque en Moravie. En 946 le pape Agapet II investit Gerard, évêque de Passau , de son ancienne juridiction en Moravie, et celui-ci y établit Sylvestre comme premier évêque. En l'an 973, et de nouveau, après quelque interruption, en 981, la Moravie fut réunie à l'évêché de Prague , jusqu'à ce qu'enfin on érigea l'évêché d'Olmutz en l'an 1062.
De la Moravie le Christianisme se propagea dans la Bohême, qui alors était encore indépendante. Le duc de Bohême, Borziwoy , fut baptisé en 870 par Methodius à la cour du prince morave Swatopluk. Bientôt après son épouse Ludmille embrassa aussi le Christianisme avec ardeur, et son fils , le duc Spilignew (jusqu'en 915), travailla constamment à la conversion des Bohémiens. C(!pcndant à la mort de son frère Wratislaw, Drahomire, sa veuve, qui était issue de la famille des Stodérains, fit tous ses efforts pour extirper le Christianisme encore faiblement enraciné. Elle fit mettre à mort, en 921 , sa belle-mère Ludmille, chassa les prêtres et détruisit le peu d'églises qu'il y avait dans le pays. Toutefois les affaires changèrent de face en 925 , à l'avènement de son pieux fils Wenceslas, qui avait été élevé par Ludmille, jusqu'à ce qu'en 935 il fut tué par son frère Boleslaw; celui-ci était resté attaché au Paganisme, ce qui donna lieu à une persécution dirigée contre les
i02 HISTOIRE DE LEGLISE.
clirétiens et contre les prêtres. Cependant après des guerres sanglantes, Boleslaw dut, en 950, se reconnaître tributaire de Tenipirc d'Allejuagne sous le règne d'Olton I, et embrassa dès lors le Christianisme. Son Ills Uoleslaw II, surnommé le Pieux, réalisa, en 972, ce que son père avait déjà demandé en vain à l'évéque de Ralisbonne, au diocèse duquel la Hohènie avait appartenu juscju'alors, à savoir : la fondation d'un évèché à Prague. Le pape Jean XIII y donna son consentement sous la condition qu'on se servirait pour la liturgie, non de la langue slavonne, mais uniquement de la langue latine. Il est trèsprobable que dans la Bohème, dont les premiers prêtres furent des Allemands du diocèse deRatisbonne , ce n'était pas non plus la liturgie slavonne, encore moins la liturgie grecque-slavonne, dont on s'était servi jusqu'alors; cependant les Bénédictins de l'abbaye de Sasow, fondée en 1050, adoptèrent dans la suite la liturgie slavonne-latine. Le saxon Dithmar fut nommé premier évêque de Prague. Lui et son successeur Adalbert (nommé Wogtiech chez les Bohémiens) qui avait fait ses études à 3Iagdebourg, obtinrent leur investiture de l'empereur d'Allemagne, sans doute parce que le nouvel évèché avait fait partie jusqu'alors de l'évèché de RaUsbonne. Adalbert y trouva encore en 983 plusieurs coutumes païennes en vigueur, telles que la polygamie, l'adultère, le divorce arbitraire, la traite des esclaves et la vente des prisonniers chrétiens aux Juifs et aux païens ; il y trouva en outre un clergé indisciplinable. Deux fois il abandonna son diocèse en désespoir de cause et se retira dans un couvent. Enlln il alla annoncer l'Évangile aux païens de la Prusse où il fut martyrisé en 997.
Le nom de Polonais qui s'appelaient anciennement Leches , s'appliquait , à dater du dixième siècle , à toutes les tribus slaves des Bélocbrowates dans les contrées nonuiiées plus tard Petite Pologne et Russie Rouge , aux Polonais qui demeuraient sur les rives de la Vistule moyenne et aux Masures qui habitaient les environs de la ville de Polotzk. A l'époque à laquelle les Polonais dont la domination s'étendait jusqu'à la Netze et l'Oder,
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et même sur la Silésie actuelle, durent reconnaître la suzeraineté des empereurs d'Allemagne, le Christianisme commença à se propager en Pologne. Le duc de Pologne Miecislaw , qui de ses sept femmes n'eut aucun héritier, épousa en 9G.5 Dambrowka, fdle de Boleslaw, duc de Bohème. Immédiatement après il se laissa convertir et baptiser par un prêtre bohémien. Ensuite il ordonna, en 967, de briser et de jeter à l'eau en un dimanche toutes les idoles qui se trouvaient dans le pays. Oii ne parle point d'une réaction qui aurait eu lieu de la part des païens de la Pologne contre cette manière d'imposer la religion chrétienne. Boleslaw Chrobri (99:2-1025) , fds de 3ïiecislaw, affermit dans ses états le Christianisme qui n'y avait encore fait que peu de progrès. La violation des lois de l'Église y était sévèrement punie, et l'on devait arracher les dents à ceux qui mangeaient de la viande les jours maigres. On établit des évèchés à Breslau (Smogrow avait été le siège de cet évèché jusqu'en 1052) , à Cracovie et à Kolberg et un archevêché à Gnesne. L'évèché de Posen avait déjà été fondé par l'empereur Otton 1 et réuni, en 970, à l'église métropolitaine de Magdebourg. Le gouverne;nent de Casimir I (1034-1058) que les Polonais firent venir du couvent de Clugny (ou Braunwei- 1er?) où il avait pris l'habit monastique, pour l'élever sur le trône , fut un grand bienfait pour la Pologne alors partagée en factions violentes.il fonda deux monastères de Bénédictins, l'un à Tgniec près de Cracovie et l'autre à Leubus en Silésie; mais son fils Boleslaw II tua de ses propres mains, en 1079, saint Etienne, évèque de Cracovie, qui avait menacé ce tyran vicieux de l'excommunitation. Pour cette raison il fut excommunié par le pape Grégoire VII , dut quitter le pays et mourut d'un accès de rage en l'an 1081.
Les tribus Slaves qui demeuraient dans le nord-est de l'Allemagne et qui étaient indépendantes les unes des autres, étaient encore plongées dans les ténèbres du paganisme au commencement du dixième siècle et faisaient continuellement la guerre aux Allemands. Entre l'Elbe et la Saale habitaient les
Sorabes, auxquels appartenaioni les DaleminciensdanslaMisnie, les Milzions dans la llaulo Lusaco ot los Lusiziens dans la Basse I.usaco. Plus au nord, onlre l'Klho et l'Oder, demeuraient lesLuliziens ou Wilzicns, delà jusqu'à la mcrlîallique, lesPolahes dans les environs de Ralzehourg, les Oholriles dans le 31eeklenh()ur«ij et les \\ agriens, qui avaient pour capitale la ville d'Aldenbourg. La rapacité sans bornes qui caractérisait ces peuples ne permit pas qu'il y eût des relations paciti(|ues permanentes entre eux et leurs puissants voisins, les Allemands. Ceux-ci, pour vivre en paix avec eux, n'eurent d'autre moyen que de les soumettre et de les forcer à embrasser le Christianisme. On leur imposa donc, la plupart du temps, l'Évangile à la pointe de l'épée; et cette conversion était accompagnée du plus dur esclavage. 11 était naturel qu'à la première occasion ces peuples renonçassent à une religion qu'ils n'avaient embrassée qu'avec répugnance. L'empereur Otton le Grand fonda successivement dans les pays conquis les évéchés de Havelberg (946) , de Brandebourg (949) , de jMisnie (965), de Zeitz, de Mersebourg et d'Aldenbourg, appelé alors Stargard (968). Bennon, évéque de Misnie depuis 1066 et surnommé l'apôtre des Slaves , convertit un grand nombre de Sorabes. Mais les Obotrites et lesLutiziens se révoltèrent, en 983, contre l'empereur, sous la conduite de leur prince Mistewoi et massacrèrent tousles Chrétiens d'Aldenbourg, à l'exception de soixante prêtres, auxquels ils firent souffrir un martyre lent. Les évéchés de Havelberg et de Brandebourg n'existèrent pendant longtemps que de nom. Gotescalc, petitlils de iVlistewoi, qui en 1045 avait formé un puissant état de toutes les tribus des Obotrites et des Lutiziens, travailla sérieusement à propager la Foi parmi elles. Outre l'évéché d'Aldenbourg, il fonda aussi ceux de 3Iecklenbourg et de Ratzebourg. Cependant en 1066 les païens se soule\èrent contre Gotescalc, le mirent à mort avec tous les prêtres catholicjues, renversèrent les églises et immolèrent Jean, évéque de Mecklenbourg, sur l'autel du dieuRadegasl à Rhétra. Les évéchés de
Hambourg el de Sleswig tombèrent également en ruine, et de cette manière le Christianisme fut extirpé pour la seconde fois dans ces contrées.
Les tribus Slaves qui habitaient le centre de la Russie actuelle, ayant pour voisins au sud les Chazares, et au nord des tribus ïchoudes ou Finnoises, furent réunies à dater de l'an 862* en une monarchie par Ruric, Warègue (Normand) de nation, qu'elles avaient appelé pour lui confier l'organisation et l'administration de cette monarchie. Le siège de cet état, li\é d'abord à Nowgorod , fut ensuite transféré à Kiew, dans la Russie méridionale. Ruric et les compagnons qu'il avait emmenés de la Scandinavie, communiquèrent aux Russes (c'est le nom que porta dès lors cette nouvelle nation) cet esprit de rapine et de conquêtes qui distinguait les Normands. Dès l'an 8G7, et itérativement en 907 et en 941, ils se présentèrent par mer devant Constantinople. Les guerres et les traités qui eurent lieu entre eux et les empereurs d'Orient leur procurèrent l'occasion de connaître la religion chrétienne. Déjà Photius parle avec exagération de la croyance des Russes. Au commencement du dixième siècle , on cite la Russie comme le soixantième archevêché parmi les eparchies dépendantes du patriarche de Constantinople. En 945 il existait déjà une église métropolitaine à Kiew, et en 957, Olga, veuve du grandduc Igor, reçut le baptême à Constantinople. En vain elle chercha à gagner en faveur de la Foi le fier S\v«etoslaw son lils; la conversion des Russes était réservée à son petit-fils Wladimir. Celui-ci régnant seul à dater de 980, et s'étant couvert de gloire par ses conquêtes, avait déjà résolu d'embrasser le Christianisme, lorsqu'ayant demandé la main d'Anne, sœur des empereurs de Constantinople, ceux-ci le lui imposèrent comme condition de son mariage. Il reçut le baptême à Cher-
' ScuLOEZER , au lonie III , pag. 8 de son Nestor, croit que l'arrivée de Ruric et de ses Normands doit être placée au moins une dizaine d'années plus haut, c'est-à-dire au milieu environ dn neuvième siècle. V. Tableau des révolutions de l'Europe, par Kocn,Tome I. p. 60, note 3. N.d. T.
40G msTOiRK i»E l'église.
son on 988, lit onsuilc al»allre les idoles qui so Irouvaionl à Kiew et jeter dans le Dnieper la statue du dieu principal Pérun. L'ordre qu'il donna à tous les habitants de se rendre le lendemain sur les bords du Dnieper pour s'y laisser baptiser, fut exécuté sans la moindre résistance. On envoya dos prêtres iirecs dans les dillérenles villes; on fonda des églises, des couvents et des écoles; on adopta l'alphabet slavon de Cyrille, et Ion cultiva avec ardeur dans les couvents l'ancien slavon comme langue de l'Église. 3Iichcl, s>rien de nation, fut le premier métropolitain de la Russie. 3Ialgré l'empressement extérieur avec lequel la nation embrassa spontanément le Christianisme, le Paganisme se maintint encore en Russie jusqu'au douzième siècle, surtout parmi les tribus qui nappartenaient pas à la race Slavonne. La fondation de plusieurs nouvelles villes dont les habitants furent dès le principe attachés au Christianisme, contribua beaucoup à propager et à affermir la Foi. Les rapports qui existaient entre l'église de Russie et l'église grecque, frayèrent aux beaux-arts et à la littérature des Ryzanlins la route de la Russie. Déjà Nicétas croit, sans doute à cause de la grande ressemblance qui existait entre eux à cet égard, pouvoir regarder les Russes comme le peuple le plus religieux. La ville de Kiew doit avoir renfermé, dès le onzième siècle, près de quatre cents églises, et on la regardait comme une seconde Constantii'ople. C'est dans le monastère de Pelcherskoï à Kiew que le moine Nestor ( 105G- 1111) écrivit ses annales dans la langue du pays. 3Iais la dépendance dans laquelle l'église de Russie se trouvait à l'égard de I "église greccfue sous le rapport sj)irituel et hiérarchique (le métropolitain russe devait être sacré et conhrmé par le patriarche de Constantino])le; , entraîna bientôt cette église dans un schisme funeste, et par là le clergé russe, se trouvant dans une position hostile à l'égard de celui de l'Occident, fut exclu du prodigieux développement intellectuel qui s'opéra en Occident, et neutralisa pendant longtemps encore l'influence que les états catholiques de lEurope occidentale auraient pu exercer sur les Russes.
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Propcujation de la Foi parmi les Acares, les Chazares et les bulgares. Conversion des Magyares de Hongrie. Persécution des Chrétiens en Espagne. Établissement du Christianisme dans l'intérieur de l'Asie.
Pour les Bulgares : Les lettres de Photius dans Canisins— Basnage, T. II. P. II. et dans Photii epistt. éd. Munlaculius, Lond, 1651. fol. Les lettres des papes Nicolas I, Adrien II et Jean YIII, in Harduin. T. V. V'I. — Pour les Hongrois : Cliartuilii {éréque Hongrois qui vivait vers l'an 1095) vita S. Stephani in Schwaridtner scriplt. rer. Hung. T. I. JoH. DE Thurocz Chronica Hungar. ibid. Wion vita S. Gerardi, in Katona hist, regum Hungar. ï. I. H. — Pour l'Espagne : Eulogii Cordubens. Memoriale Sanctorum; Apologeticus SS. Martyrum: Adliortatio ad Martyrium; cpistolœ, in Biblioth. PP. Lugdun. T. XV. — Pour l'Asie : Assemani , Biblioth. Orient, T. II. III.
Los Avares, qui au septième et au huitième siècle avaient étendu leur domination sur l'Ucraine, la Moldavie, la Wallaehie, la Hongrie, la Moravie et la Bohême, conséquemment des rives du Dnieper jusqu'au Nordgau ', les Chazares, qui au neuvième siècle demeuraient entre le Don et le Dnieper, et les Bulgares, qui à dater de 679 s'étaient emparés de la contrée située entre le Dniester et le Danube et s'étendaient de là jusqu'aux monts Hémus, et qui lui avaient donné le nom de Bulgarie, étaient des peuplades tartarcs ou turques, originaires de l'Asie centrale. Charlemagne après avoir soumis les Avares occidentaux, les força à embrasser le Christianisme ou du moins à le tolérer dans leur pays. Trois de leurs khans reçurent le baptême avec leur suite, et Charlemagne confia en 798 le soin des églises nouvellement fondées dans le pays con-
' Sous le nom de Nordfjau on compronait au moyon-âge une partie de la Bohême, Ansbacli, Baircuili et Oollingen; mais aujourd'hui ce pays ne forme l)lus que la partie orientale du duché de Noubourg. V. Winkopp {/eogr. Instor. statist. Ilandbuch. t. Ill, p. lOTi). Leipz. tSOo. .Y. d. T.
iOS HISTOIRE DE L'ÉGLISE.
(juis, à Anion, ar('he\èquo de Salzhour*:, (jui lu'-aninoins aliaii- (loniia radmiuistralion ccclésiasliqui' do la l'annonic scplcn- Irionale à Irolt', évè(juo do Passau. Cependant le Christianisme «'Ut de la peine à prendre raeine parmi les Avares. La nation elle-même disparut au neuvième siècle, succombant sous les elTorls des Slaves, des liulixares et des 3Iagyares. Cyrille, ^rcc (le nation, annonça l'Evangile en 850 aux Chazares, et le Christianisme se maintint chez ce peuple à côté de l'Islamisme. La Foi a>ait déjà fait ([uelques progrès parmi les Bulgares sur le Danube par leurs relations avec les chrétiens qui habitaient leur pays, lorsque l'empereur Michel, à la demande de leur khan Bogor, y envoya, en 803, le moine 3Iéthodius, l'apôtre des Slaves, qui toucha et convertit ce prince, en lui faisant le tableau du jugement dernier. Bogor, après avoir étouffé une sédition qu'avaient excitée les païens dans ses étals, parvint à iaire embrasser aussi le Christianisme à ses sujets. Il demanda ensuite des évêques et des prêtres au pape Nicolas et a l'empereur Louis II, et entama avec le premier des négociations, afin d'ériger Justiniana Prima en métropole de la Bulgarie. Cependant peu de temps après il changea d'avis, et quoique, dans le principe, il neût toléré dans son pays d'aulres prêtres que ceux qu'on lui envoyait de Rome, il renvoya cependant l'archevêque Sylvestre que le pape venait de nommer, et en fit sacrer un autre à Constantinople par le patriarche Ignace malgré les remontrances du pape. Depuis lors l'église de Bulgarie prit part au schisme des Grecs, bien que dans la suite, vers l'an 92.5, l'empereur Romain Lécapène déclanit lui-même l'archevêque de Bulgarie indépendant du patriarche de Constantinople.
On ignore l'origine des Magyares ou Hongrois qui, sortis de l'Asie en 880, traversèrent les Carpathes pour venir s'établir dans l'ancienne Pannonie, la Hongrie actuelle, où ils fondèrent un état qui subsiste encore. On les fait descendre tantôt de la race Finnoise, tantôt de la race Mongol itjue, tantôt de la race Turque. Leur religion doit avoir consisté dans le dualisme, et
le nom du principe du mal (Armanyos, Ahriman) a fail conjecturer que la nation est originaire de la Perse. On immolait particulièrement des chevaux Mancs aux sources, dans les bocages et sur les montagnes. C'est de Constantinople que les premières semences de Christianisme se répandirent en Hongrie, en 950. Deux princes Hongrois, qui avaient reçu le baptême dans cette ville, emmenèrent dans leur pays le moine Hiérothée qui avait été sacré évéque de Hongrie et qui y convertit un grand nombre de personnes. La iille d'un de ces princes, nonmiée Sarolte, ayant épousé le duc Geisa (972- 997) , contribua beaucoup à propager et à affermir la Foi parmi les Hongrois. Geisa lui-même se fit baptiser, bien qu'il mêlât aux cérémonies de la religion les superstitions du Paganisme. Il paraissait que la religion grecque serait devenue dominante en Hongrie comme en Russie, mais l'activité infatigable des missionnaires occidentaux, les relations de Geisa avec Otton HI et avec les princes Allemands, et le grand nombre de prisonniers que les Hongrois emmenaient des pays de l'Occident et qui étaient presque aussi nombreux que leurs vainqueurs, tout cela engagea les Hongrois à s'attacher à l'Eglise romaine. Pélégrin, évêque de Passau, manda au pape, en 974, que les missionnaires qu'il avait envoyés en Hongrie y avaient déjà baptisé plus de 5000 personnes cl que les Chrétiens, surtout les nombreux prisonniers, y formaient la majorité. En outre, Geisa attira une foule d'Allemands dans ses étals, et de cette sorte il y facilita de plus en plus l'établissement du Christianisme. Geisa eut pour successeur son fils, le grand saint Etienne (997-1038), législateur à la fois et bienfaiteur de son pays, un des princes les plus distingués du moyen âge et comparable à Alfred le Grand et à saint Louis. ïoul au commencement de son règne il eut à étouffer une grande sédition que les païens avaient excitée par haine contre les étrangers el contre leur religion qu'il protégeait, et ne pouvant disposer que d'un petit nombre de Magyares qui étaient restés attachés à sa personne et à sa croyance, il ne réussit à conju-
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ror l'orago qujuoc le soiours dos Allemands, Cherchant avant tout à établir des séminaires pour le eler<ré, il fonda, outre un monastère sur le Pannonberg , quatre abbayes de Bénédictins. 11 divisa ses états en onze diocèses, à savoir sur la ri^c droite de Danube, lareheveche de Gran, les évéehés de Raab, de Vesprim, et des Cinq Églises; entn- le Danube et la Theiss, ceux de Bacs, de Colocza, d'Erlau et de ^^'atzen; audelà de la Theiss, ceux de Csanad et de Gross- Wardein; dans la Transsylvanic, celui de Weissenbourg. Dix villages ensemble devaient bâtir une église, et tout le monde était tenu de payer la dîme. Pour faciliter aux Hongrois les pèlerinages et les relations avec d'autres peuples de la chrétienté, il fonda des hospices claustraux à Ravenne, à Rome, à Constantinople et à .Jérusalem. Etienne ayant envoyé à Rome pour obtenir sa reconnaissance du Siège apostolique et la conlirmation de ses nouveaux établissements religieux, le pape Sylvestre II lui accorda la couronne royale avec un pouvoir considérable en matière ecclésiastique, et sacra le moine Dominique comme métropolitain de la Hongrie.
Après la mort de saint Etienne, il y eut en Hongrie une terrible réaction de la part des païens. Les rebelles crevèrent les yeux à Pierre, neveu d'Etienne, et éleVèrenl sur le trône, en 1046, André, un des descendants d'Arpad, qu'ils avaient fait venir de la Russie et qu'ils forcèrent ensuite à rétablir le Paganisme. Ils recommencèrent en conséquence à manger de la viande de cheval et s'abandonnèrent à toutes sortes d'abominations. Des bandes parcouraient le pays, renversant les églises et massacrant les évéques, les prêtres et les fidèles. Un nombre considérable de fidèles furent martyrisés dans cclUi occasion ; mais aussitôt que le roi se sentit alTermi sur son trône, il ordonna sous peine de mort à ses sujets de renoncer au Paganisme. Le parti des païens chercha encore une fois à se reb.'ver de sa chute à la diète que convoqua le roi Bêla en 1061. Ils y réclamèrent avec arrogance le droit de conserver la religion de leurs pères et la permission de massacrer les évéques, les
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prelres et les dîmiers, de raser les églises et de briser les cloches. Cependant Bêla dompta les rebelles en les attaquant à l'improviste, et, en faisant exécuter leurs chefs, il écrasa pour toujours leurs forces ostensibles, ])ien qu'un grand nombre de personnes en Hongrie soient restées pendant longtemps encore attachées aux superstitions du Paganisme.
Les évêques de Hongrie étaient nommés par le roi. Pendant tout le onzième siècle, les sièges épiscopaux furent occupés par des étrangers. La grande majorité de la nation se composait aussi d'étrangers; car des Slaves, des Magyares, des Gumans, des Italiens et des Allemands habitaient pêle-mêle la Hongrie. Aux onze évêchés de saint Etienne on ajouta plus tard lévêché d'Agram (Zagrab), que saint Ladislaw fonda dans la Croatie, après qu'il en eut fait la conquête. Les évêques, les abbés des monastères de Bénédictins , et les bénéficiers des chapitres de chanoines formaient le premier état du royaume, auquel ils étaient aussi appelés par les grands domaines que possédait l'église de Hongrie. Une loi imposait aux ecclésiastiques l'obligation de se servir exclusivement de la langue latine, même dans leurs relations ordinaires, et la langue latine fut même introduite à la cour et dans les affaires politiques. Les lois ecclésiastiques qui se trouvent dans le code publié par sain! Etienne sont entièrement extraites des anciens canons, des capitulaires des rois Francs et des décisions des conciles de Mayonce des années 847 et 888.
Le royaume des Visigoths dans la péninsule Hispanique fut détruit en l'an 711, par suite de l'irruption que firent dans ce pays les Arabes d'Afrique, qu'une faction y appela à son secours, et de la victoire qu'ils remportèrent sur les Visigoths à Xérès de la Frontera. La majeure partie de cette contrée tomba en peu de temps au pouvoir des Musulmans, et les Chrétiens ne conservèrent leur liberté et leur indépendance qu'en se retirant dans les montagnes de la Galice, de la Biscave et de l'Aslurie. Les Chrétiens restés dans le nouveau ca-
lifat (Mozarabes), quoique assiijeltis à des tributs onéreux, jouissaient néanmoins de plusieurs préropratives, avaient leurs pn)j)res tribunaux, pouvaient njênie sonner les eloehes pour le service divin dans la capitale de Cordoue , et restèrent en possession de leur ancienne constitution de l'Église et des vingtneuf évècliés avec les trois anciennes métropoles qui se trouvaient dans le califat. Mais il était naturel que des chrétiens , zélés manifestassent occasionnellement, ou après avoir été interrogés par des Musulmans, leur aversion contre l'Islamisme, et qu'ils en fissent passer l'auteur pour un faux prophète; cette circonstance donna lieu à de sanglantes persécutions sous les califes Abderrahman II, Mahomet I et Abderrahman III, entre les années 850 et 9G0. Les premières exécutions eurent pour résultat que plusieurs chrétiens regardèrent comme une lâcheté de se taire et qu'ils se prononcèrent ouvertement contre l'Islamisme, même sans être interrogés à cet égard. Ajoutez à cela que les enfants, issus des mariages mixtes, donnaient souvent la préférence à la religion chrétienne, et c'est pour cette raison qu'on traitait avec la plus grande barbarie et qu'on mettait à mort les jeunes filles mêmes. De cette manière on fit couler dans les années 850 et 851, surtout à Cordoue, le sang d'un grand nombre de prêtres, de moines et de laïques. T'n édit de l'an 852 ordonna de massacrer sur-le-champ quiconque se permettrait de s'exprimer contre ladoctrine de Mahomet. Plusieurs chrétiens aposlasièrent, d'autres accusèrent les martvrs d'une témérité inconsidérée. Tar l'ordre d'Abderrahman , on assembla à Cordoue un cdncile qui déf(Midit en termes ambigus aux chrétiens de hAter leur mort par des aveux, sans en être requis par la justice. Abderrahman ordonna enfin de brûler les corps des martyrs, afin que les fidèles ne pussent point s'en faire des reliques. Son fils 3Iahomet I fit di'lruire toutes les églises qui avaient été construites depuis la con(iuê(e de l'Kspagiie; on continua à décapiter les chrétiens à Cordoue. Saint Euloge, élu évêquc de Tolède, qui comme témoin oculaire écrivit l'histoire de ces martyrs, qui en excita
plusieurs à la constance et qui défendit leur cause, fut éiiaiement mis à mort en 859.
Dans l'Espagne septentrionale, les Chrétiens, méprisés d'abord par les Arabes, réussirent à consolider insensiblement leur nouvelle nationalité au milieu de combats continuels, lu nouvel enthousiasme pour la cause de la religion chrétienne excita les esprits contre l'Islamisme, et donna aux guerres le caractère de guerres de religion. Dans le nord-ouest s'éleva le royaume de Léon, qui se composait de l'Asturie, de la Galice et de Léon; dans la suite, on érigea dans le nord-est le comté de Catalogne, le royaume de Navarre et en 1035 celui d'Aragon. Au fur et à mesure qu'on reprenait les provinces conquises aux Arabes, on y rétablit les anciens évéchés , ou l'on eis fonda de nouveaux, et de cette sorte les étals chrétiens du nord de l'Espagne comptèrent déjà vingt-trois diocèses sur la iin du onzième siècle. Les conciles furent de nouveau, comme du temps des rois Visigoths, des assemblées nationales, composées des grands dignitaires ecclésiastiques et séculiers.
Dans VAsie centrale, le Christianisme lit à cette époque, par les efforts des Nestoriens, des progrès rapides , mais peu durables. Dans les deux capitales duKhorasan, l'ancienne Hyrcanie, à Maru et à Hara , ainsi qu'à Samarcand , il y eut déjà des évéques à dater du cinquième siècle. Sur la lin du huitième siècle, le patriarche des Nestoriens envoya des missionnaires chez les Gèles, les Dailamites et les ïaborstanes, tribus qui habitaient les côtes de la mer Caspienne et qui avaient apostasie , et au neuvième siècle , il y eut deux évéchés au milieu de ces peuplades Tartares, à savoir à Raja et à Tabrestanc. Il y eut même au huitième siècle des communautés chrétiennes parmi les peuples qui habitaient les frontières septentrionales de la Chine, et en l'an 990, toute la tribu des Cérithes, qui louchait aux frontières de la Chine, embrassa le Christianisme, à l'exemple de son roi. Plusieurs successeurs de ce prince portèrent le nom de Jean avec le litre de «prêtre)) , et de là vient la tradition qui s'accrédita dans l'Occident pendant les siècles suivants, re-
ili HISTOIRE I)K LÉGLISE.
lalivoniont au puissant priHrc Joan qui devait n'-^rnor sur un iiiaufl royaume chrétien aux extrémités de l'Orient. Ce qui l)rouve que, pendant le onzième et le douzième siècle, le Christianisme était généralenient répandu dans l'Asie centrale jus- (juaux frontières de la (ihine, c'est (jue dans le dénombrement des évéques iSestoriens, qu'on trouve dans Assemani, on cite cinq sièges métropolitains, établis dans la Grande Tartaric, à savoir dans le Cashgar, dans le Canda, dans le Turkestan et dans le Tanqroul.