La Bible conservait encore presque partout une très
grande autorité. De 174.0 à 1756, une dispute s'éleva entre les théologiens d'Helmstsedt, Jean-Ernest Schubert et E.-Aug. BertUng, sur la question de savoir si la vertu inhérente à la Bible pour convertir l'homme est purement morale , ainsi que le voulait Schubert, ou si elle est matérielle, et, sinon absolument physique, du moins analogue à la force physique, telle qu'une médecine pour le corps humain, comme le prétendait Bertling. La traduction de la Bible de Wertheim (1733), qui sur la révélation reproduisait ou vertement les doctrines des wolfiens adversaires du dogme, et traitait surtout les prophéties d'une manière légère et superficielle, produisit un tel scandale, qu'en 4737, elle fut par ordre impérial interdite dans tout le royaume. Peu à peu cependant ces idées finirent par se répandre, favorisées par la littérature incrédule de l'étranger et par le parti toujours croissant des « conscientiaires », dont le fondateur Matth. Knutzen niait, dans une foule de petits traités répandus dlénadès 167-4, l'autorité de la Bible et l'existence de Dieu, assimilait la fornication au mariage, faisait de la conscience de chacun la règle de sa pensée et de sa conduite. Plusieurs opuscules propageaient le poison de l'incrédulité et le mépris de la Bible. La même chose avait lieu dans les journaux, dans les grands ouvrages, même dans des écrits destinés au peuple et aux enfants, dans les livres de cha.niAja. Biôtiothèque allemande universelle, fondée à Berlin en 1 764 par Nicolai, s'était imposé pour tâche de recommander tous les ouvrages hostiles à la foi : elle devint le principal organe de la hbre pensée. Elle comptait des hommes remarquables parmi ses collaborateurs (Lessing, Jérusalem, jMendelssohn, Teller), et formait comme un bureau de critique qui donnait le ton à toute la httérature allemande (jusqu'en 1806). Le Livre de cantiques berlinois, publié avec la collaboration de Teller par le pédagogue Basedow, épris des nouveautés et fondateur du « philanthropium » de Dessau (1714); les écrits de Campe, à Brunswick, destinés à la jeunesse ; ceux de Salzmann à Schriepfenthal près de Gotha, de Fr. Feddersen, de Rosenmüller, etc., concouraient, avec lesouvrages de théologie plus importants, au même résultat. La raison devait l'emporter sur la Bible, et la Bible sur les symboles.
Walch, Relig. Streitigkeiten, t. V; Sclirœck, VIII, p. 364 et suiv.; Menzel, p. 237 et suiv. Sur les conscienliaires : Arnold, Ketzerhist., II, p. 507, éd. Schaffhouse ; Bayle, Lexikon, trad. par Gottsched, III, p. 12 et suiv.; Steeudlin, Gesch. der Lehre vom Gewissen, 1824, p. 126 et suiv. Traité d'Edelmann : Moses mit aufgedecktem Gesichte; Unschuldige Wahrheiten; Christus und Belial ; die Gœttlichkeit der Vernunft. Cf. Acta hist. eccl., IV, 436; VI, 292; XII, 119; XVIII, 957 et seq.; W. Elster, Erinnerung an J. Chr. Edelmann in Bezug auf. Dr. D, Fr. Strausz (Clausthal.); Prcehle, Feldgarhen, Beitrœge zur K.-G., Leipzig, 1859, p. 231-284. Sur les divers petits traités, voy. Neueste Reiigionsbegebenheiten , Gieszen , 1778, p. 901 et suiv., et année 1779. De Nicolai, mort en 1811, sans parler d'autres écrits : Deutsche Bibl., 1765-1792, 128 vol. Comp. Triumph der Philos. (§ 259). Sur le Livre de cantiques berlinois : Neueste Reiigionsbegebenheiten, Gieszen, 1781, p. 357 et suiv., 881 et suiv. Sur Basedow : Raumer, Gesch. der Paedagogik, II, p. 242 et suiv.; Fr. Feddersen (prédicateur de la cath. à Brunswick), das Leben Jesu für Kinder, 4^ éd., Halle, 1781 ; Rosenmüller, Christi. Lehrbuch fur die Jugend, Leipzig, 1788.
Les théologiens de la Bible.
27d . Parmi les savants qui s'occupèrent de la Bible, les deux Français Richard Simon et EUies Dupin, les arminiens Grotius et Wetstein, — dont le dernier recueillit dans les classiques des textes parallèles aux sentences de la Bible, et y révéla beaucoup moins de solidité que dans ses ouvrages sur la critique du texte, — ces savants inaugurèrent une méthode de traiter la Bible qui soumettait les livres saints aux mêmes procédés que les classiques profanes ; la croyance à l'inspiration des Écritures et l'interprétation de l'Église étaient complètement écartées. On prétendait arriver parla à une connaissance plus parfaite de la Bible, établir le vrai rapport qui doit exister entre les recherches bibliques et les livres symboliques, régler le dogme d'après l'Écriture. On aboutit ainsi à des recherches sur le texte et le contenu des livres saints, sur leur authenticité et leurs notes, sur le canon et l'inspiration, dont le résultat concordait souvent avec les doctrines des libres penseurs anglais. Jean-David Michaelis, formé à Halle, mais non entaché de piétisme, professeur à Gœttingue depuis 1745, s'adonna
principalement aux langues orientales, aux antiquités et à l'histoire ; cependant il était inférieur pour l'érudition à Jean- Auguste-Ernesti,deLeipsig (1707-178i), qui essayait de joindre la philosophie profane à l'étude de la théologie, et à Sig.-Jacq. Baumgarten (1706-1756), qui souvent falsifiait les idées de la Bible.
Le disciple de Baumgarten, Salomon-Jacques Semler (1725- 1791), professeur à Halle depuis 1752, doué de sagacité, mais peu profond en philosophie, avait de bonne heure épousé le piétisme ; il attaqua en 1760 la possession corporelle et prétendit que les possédés du démon dont parle la Bible n'étaient que des gens affligés de quelque grave maladie. 11 fut suivi par W.-Abr. Teller, prévôt à Berlin depuis 1767, mort en 1804, dans son Dictionnaire tout rationaliste du Nouveau Testament. Quant aux livres mêmes du Nouveau Testament, Semler disait qu'ils n'avaient pas été destinés à toutes les époques de l'Église, mais seulement à quelques contemporains des apôtres, à quelques communautés, ou plutôt à leurs chefs, pour subvenir à des besoins temporaires et locaux ; qu'ils avaient constamment en vue les circonstances, les opinions et les querelles de cette époque ; qu'ils renfermaient par conséquent quantité de choses inutiles, inintelligibles, sans valeur pratique; qu'ils n'étaient pas enfin des sources indispensables du christianisme. Il rejetait l'Apocalypse comme un livre antichrétien émané de Ccrinthe.
Semler participa également à la publication d'un ouvrage où son disciple (Eder tâchait de prouver que l'Apocalypse, Esther, Esdras, Néhémie, les Paralipomènes et les derniers chapitres d'Ézéchiel ne devaient pas être tenus pour inspirés. En 1771, il supprima l'obligation de considérer comme inspirés les livres qu'on avait jusqu'alors adoptés comme tels, revendiqua pour chacun le privilège du libre examen, rejeta la notion de l'inspiration, et ne voulut reconnaître comme divins que les livres qui concourent à l'amendement des mœurs. La valeur de chaque livre était subordonnée à son utilité pratique. L'Ancien Testament, dont le canon ne fut dressé que par des rabbins de la dernière période, Jésus-Christ l'aurait accommodé aux préjugés des hommes, et saint Paul l'auraitentièrement rejeté; en bien des cas, Jésus-Christ et ses apôtres se sont conformés
3^ atSTOiRE DE L'ÉGLIaE.
aux idées qui avaient cours de leur temps. Semler adoptait également (1784) l'hypothèse d'une scission entre les pétriniens et les pauliniens, et c'est pour les concilier qu'avaient été écrits les Actes des apôtres. Il distiugue la foi publique, consistant dans le culte extérieur, et la foi privée, que chacun est libre de se former à sa guise. Les idées de Semler agirent longtemps dans les écoles protestantes, qui allaient se morcelant de plus en plus. Outre les fidèles qui suivaient les symboles, il y avait des rationalistes ennemis de la foi, et, entre ces deux extrêmes, des hommes incertains qui cherchaient à tenir le juste milieu, en inclinant plus ou moins vers l'un ou l'autre parti (éclectiques).
Tholuck, Abritz einer Gesch. der Umvselzungen seit 17S0 aus dem Gebiete der Theologie in Deutschland, Verm. Schriften, II, p. 1 et suiv. ; Dœllinger, Kirche u. Kirchen, p. 390 et suiv.; Wetstein, Prolegoin. in Nov. Test., 1751 ; Nov. Test., Amst., 17ö2, 2 t. in-f.; J. D. Michaelis, Einleitung in's Alte und NeueTestam.j Das mosaische Recht, etc. Lebensbeschreibung von ihm selbst mit A nmerk. von Hassemkamp., Rint. et Leipzig, 1793 j Ernesti, Institutio interpretis Nov. T., souvent édité, en dernier lieu par Ammon ; J. V. Noorst, Orat de Ern. optimo post Grot. duce Interpret. iNov. Test., Lugd. Bat., 1804, in-4°.; S. Semler, de Deemoniacis, 1760; Umstaendliche Untersuchung der deemonischen Leute, Halle, 1762; Versuch einer bibhschenDaemonologie, Halle, 1776; Von freier Untersuchung des Canon, 1771 ; de Discrimine notionum vulgarium et christianarumin Nov. Test, observando; de Discrimine inter (lapxaoùç xai Ttveuixa-cixouç. Paraphrasis in Ep. II. Pétri et Ep, Jud., Hal., 1784; Appar. ad libr. syrnbol, Eccl, Luther., Hal., 177S. Voy. aussi A. § 28. W. A. Teller, Wœrterbuch des N. T. zur Erklœrung der christ. Lehre, Berlin, 1772; K. A. Menzel, op. cit., p. 245 et suiv. ; Dorner, p. 701 et suiv.
Les Fragments de "Wolfenbüttler.
272. Le progrès des idées suivait une marche rapide. Les Fragments de Wolfenbiittler, pubhés en 1 777 par Lessing, composés par Samuel Reimarus, professeur de Hambourg, mort en 1708 (gendre de Fabricius Polyhistor), contenaient de violentes attaques contre les faits miraculeux consignés dans la
INCRÉDUUTÉ ET PREPARAT. DE LA PÉRTODE RÉVOLUTIONNAIRE. 33
Bible,mais surtout contre la résurrection de Jésus-Christ. Ils soutenaient l'impossibilité d'une révélation divine et présentaient le christianisme comme une œuvre d'imposture ; les disciples, après l'avortement du projet politique conçu par leur maître, l'auraient remplacé par une société religieuse; ils auraient fait un récit inexact des actions et des destinées de leur maître. Les preuves que le pasteur Gœtze, à Hambourg, avait alléguées dans ses sermons, en faveur des miracles bibliques, avaient éveillé des doutes sérieux dans ce pénétrant auteur, et les déclamations de cet orateur contre l'usage de la raison dans les choses de la foi l'avaient rempU d'amertume contre le christianisme, qu'^^ne concevait que sous la forme du luthéranisme restreint.
Jusque-là, l'éditeur des Fragments ne s'était pas montré hostile à la vieille orthodoxie protestante, bien qu'il connût ses côtés faibles aussi bien que ceux des woliiens. Persuadé que les idées du christianisme pouvaient racheter ce qu'il y a d'obscur dans la marche de son histoire, et que la vigueur des attaques amènerait les théologiens à s'occuper du véritable fond de la foi chrétienne, la publication qu'il avait en vue lui parut toute naturelle. Il se trompait. Les théologiens critiques n'entrèrent point dans ses vues spéculatives, et les orthodoxes ne fireut que redoubler de zèle pour défendre le christianisme, dont on méditait le renversement. Dans sa réponse, Lessing distingua entre le christianisme et la Bible ; il soutint contre Gœtze que le premier pouvait subsister sans l'autre, et il invoqua l'ÉgUse primitive. Le duc de Brunswick prit des mesures pour empêcher d'autres complications, et défendit à son bibliothécaire d'écrire désormais sur ce sujet sans avoir subi la censure. Lessing composa dès lors son drame de Nathan le Sage, où il se déchaînait contre l'orthodoxie luthérienne et prêchait l'iiidifférentisme religieux. Sa pensée favorite était de mettre au même niveau le mosaïsme, l'islamisme et le christianisme, et de présenter toutes les religions positives comme également fausses (1779).
Beitraege zur Literatur aus den Schœtzen der Wolfenbüttler Bibliothek, 1777 et suiv.; Fragmente des Wolfenb, Unbekannten, éd. Lessing, 4® éd., Berlin, 1835; Acta bist, eccl.nostr. temp., V, 711;IVleuzel, p. 247 yil. — -HIST, DE l'église. 5
gt suiv.; Strausz, Reimarus uad seine Schutzschrift für die vernünftigen Verehrer Gottes, Leipzig, 1862. Entre les ouvrages de Lessing, voy. die Erziehung des Menschengeschlechts, CEuvres, V, p. 246 ; Nœthige Antwort auf eine unnœthige Frage, (Euvres, VI, p.23 et suiv.; Zeller, Lessing als Theologe (Sybels hist. Zstchr., 1870, t. XXIII, p. 343 et suiv.
Bahrdt, Wunsch, etc.
273. Ce que faisaient pour les hautes classes des savants tels que J. -F. Grüner, de Halle, qui déduisait du néoplatonisme la plupart des dogmes chrétiens et rejetait tous les mystères (1777) ; tels que Steinbart, qui les remplaçait hardiment par la raison et mettait toute son énergie à défendre le naturalisme (1778), etc., Charles -Frédéric Bahrdt essayait de l'accomplir dans les couches inférieures du peuple. Dépourvu de tout sentiment rehgieux, profondément immoral, successivement professeur de théologie à Leipsig , à Halie et à Giessen, surintendant et prédicateur à la cour du comte impérial de Leiningen-Dachsbourg, à Durkheim, dans le Palatinat, directeur d'un établissement philanthropique, puis aubergiste, Bahrdt mourut en 1792 des suites de ses débauches. Des hypothèses aventureuses imaginées pour détruire toute croyance, les prophéties et les miracles soumis à des interprétations naturelles et futiles , des sorties contre ceux qui croyaient à l'origine divine du christianisme, voilà ce qui remplissait de nombreux écrits populaires, avidement recherchés, bien rétribués, et souvent poursuivis (1771 et suiv.). Sur des plaintes portées contre son écrit : les Dernières Révélations de Dieu {\113, 1777), le conseilde la cour impériale, malgré l'avis non défavorable de quelques universités (1 778), prit en 1 779 des conclusions rigoureuses, et décida notamment que Bahrdt ferait une rétractation formelle.
Bahrdt essaya de se justifier dans un mémoire à l'empereur accompagné d'une profession de foi trompeuse. Celui-ci renvoya l'affaire à la diète de l'empire avec des notes sévères. Cependant, après des avis reçus de BerUn, le corps des évangéliques se montra étonné de ces notes et laissa tomber cette affaire. La plupart des théologiens se turent. Bahrdt, défendu par Lessing, continua d'écrire ; il soutint que Jésus faisait partie d'une société secrète qui tendait à émanciper l'univers, que la passion
tout entière n'était qu'une pièce habilement jouée. Wunsch, au contraire, représentait le Sauveur comme une dupe {Horus, 1783), et Venturini travestissait sa vie en un roman dégoûtant. Jacques Mauvillon (1787) combattit avec plus d'érudition la morale chrétienne et l'origine divine de la religion. Charles- Louis Paalzow, membre du conseil de la guerre et de l'administration des domaines de Prusse, affirmait carrément que toute religion qui s'appuie sur une révélation ne peut se développer et se maintenir que par le mensonge, la fourberie et la violence.
Ouvrages a consulter sdr le a" 273.
Grüner, Instit. theol. dogm., Haï., 1777 ; Schrœckh, VIII, p. 54 et suiv.; Steinhart, System der neueren Philos., Züllichau, 1778; Schrœckh, VIII, p. 53; IX, p. 610. Bahrdt : die Kleine Bibel, Kirchen und Ketzer-Almanach ; Versuch eines biblischen Systems der Dogmatik ; Briefe über systematische Theologie ; Briefe über die Bibel im Volkstone, Halle, 1782 ; die neuesten Otlenbaruugen Gottes, 1773 ; Ausführung des Planes und Zweckes Jesu in Briefen, 12 vol., Berlin, 1783- 1793 ; Geschichte semes Lebens von ihm selbst, Berlin, 1794, 4 vol.; Predigten über die Lehre von der Person und vom Amte des Erlœsers, Fraukf., 1771. Comp. Lessing, Œuvres, VII, p. 112 ; Schrœckh, VII, p. 610 : VIII, p. 49 ; LX, p. 516 et suiv., 519 et suiv. (sur Paalzow); Mauvillou, Das einzig wahre System der christlichen Religion, Berlin,
Ludke. — Tœllner.
274. La négligence des étudesd'exégèsependant deux siècles avait eu de fâcheuses conséquences pour les théologiens orthodoxes : presque partout le rationalisme avait obtenu sans peine la victoire la plus décisive, et pendant ce temps les théologiens continuaient à se quereller sur les livres symboliques.
Ludke, prédicateur à Berlin, publia en 1707 un écrit anonyme sur le faux zèle religieux ; il y relève les contradictions qui existaient entre l'autorité des symboles et les principes primitifs des réformateurs : cette autorité, il la qualifiait de papisme. J.-G. Tœllner, professeur à Francfurt- sur-l'Oder, répondit : Aucune doctrine ne peut naître ou subsister dans l'Éghse sans imposer quelque restriction à la conscience, sans contenir quelque mélange de papisme ; un peu de papisme ou le défaut
total d'unité dans la foi : il n'y a pas d'autre alternative. Que des hommes soumettent la doctrine à un règlement, c'est toujours mal, mais un mal nécessaire, destiné à en prévenir un plus grand ; les livres symboliques ne doivent contenir que des vérités, des doctrines bibliques claires et précises, et non des règlements et des questions d'école.
Tœllner croyait aussi, avec Semler, qu'on ne peut pas déterminer ce qui est inspiré dans l'Écriture, puisque l'Écriture même ne le dit point. Il reconnaissait du reste parfaitement ce qu'il y avait de défectueux dans la manière dont les protestants traitaient l'histoire de l'Église, en la présentant, au moins depuis le vm° jusqu'au xvi® siècle, comme un ramassis de toutes les erreurs, de toutes les corruptions, de tous les scandales possibles. Il déplorait que ces défauts, notamment l'exagération qu'on faisait des anciens abus pour démontrer historiquement la nécessité d'une réforme rehgieuse, l'injustice envers les anciens chefs de l'Église et envers ses membres, fussent si avidement exploités par les adversaires du christianisme, et qu'on méconnût complètement le bien qui avait toujours existé dans l'Église. En cessant de croire à la direction divine de l'Église, en se persuadant que Satan y régnait depuis près de mille ans, on perdait la foi à son institution divine ; c( on jugeait de la racine par le tronc, du commencement par la suite. »
Tholuck et Dœllinger (§ 271) ; Menzel, p. 267 et suiv. ; Schrœckh, VIII, p. 194 et suiv. ; Tœllner, Unterriciit von symbol. Büchern überhaupt, Züllichau, 1769 ; Die gœttl. Eingebund der heil. Schrift untersucht, Mietau et Leipzig, 1772; Verm. Aufsaetze, Francf .-sur-l'Oder» 1769, II, p. 87 et suiv.
Büschiug et Semler. — Théologiens moralistes.
275. A.-Fr. ßüsching, conseiller du haut consistoire de Berlin, se prononça avec plus d'énergie encore que Ludke contre les livres symboliques (1770); il attaqua en outre un grand nombre de dogmes, le symbole de Nicée, l'éternité des peines de l'enfer, etc. Semler (1775) prétendait aussi que les livres symboliques n'imposaient aux maîtres de religion qu'une
obligation extérieure, fondée sur les droits des princes en matière religieuse, etil revendiquait pour les théologiens le droit de les traiter selon les besoins du temps. Toutefois, craignant d'être allé trop loin et de se compromettre, Semler (1779), au grand étonnement du public, se fit l'apologiste de l'orthodoxie contre la profession de foi de Bahrdt, et il se justifia en disant que les investigations théologiques et l'érudition n'avaient pas de rapport avec la pratique et la doctrine de l'Église ; qu'il n'avait jamais voulu que l'on enseignât dans les catéchismes, dans les écrits à l'usage du peuple et de la jeunesse, les opinions plus exactes des théologiens ; qu'il fallait distinguer trois religions : la religion historique (histoire et doctrine de Jésus comprises dans le sens purement littéral) ; la religion sociale (prescrite par l'Église dans les confessions et les symboles pour la conservation de l'ordre et de l'unité) ; la religion morale (fondée sur le progrès des doctrines du Nouveau Testament et ayant pour objet leur application aux sentiments).
Ces vues eurent peu de succès ; les anciens admirateurs de Semler l'accusèrent de faiblesse et de confusion dans les idées, et finirent par rentrer dans sa première voie. Le mouvement rationaliste avait acquis tant de force depuis quelques années (1770-1780), que quiconque aspirait au renom de savant théologien était obligé de s'y précipiter; les représentants des anciens symboles ne défendaient plus que timidement, par des interprétations forcées, par des tours artificiels et des tentatives de conciliation impossibles, leur cause désormais perdue.
Le disciple et successeur d'Ernesti à Leipsig, S.-F.-R. Morus, ne combattait pas directement les dogmes de foi dans son Extrait de la théologie chrétienne (1789); mais il essayait de démontrer, sur la plupart des points dogmatiques, qu'il était difficile d'établir quelque chose de précis, qu'il ne fallait s'attacher qu'à la correction des mœurs. Nœsselt, àHall, famiheravec les ouvrages des déistes anglais et des apologistes de la religion chrétienne (1766, puis 1783), évitait aussi les attaques directes contre les vérités bibliques, bien que ces vérités ne fussent guère à ses yeux que des règles de conduite. Il perdait de plus en plus la foi aux dogmes primitifs. Bientôt la théologie ne fut plus guère traitée que comme une théorie des vertus et des devoirs, et la prédication se borna à une morale froide et sté-
rile. La morale prédominait aussi dans la littérature et pour les mêmes motifs ; elle avait pour organes Chr. -A. Crusius (1772), Littmann, Nœsselt (1783), Reinhard (1788), J.-Chr. Dœderlein (1789), etc.
A. Fr. Bûsching, Allgem. Anmerkungen liber die symbol. Bücher der evang.-luth. Kirche. Ein Buch, über welches Vorlesungen gehalten werden kœnnen, Hamb., 1770 ; Schrœckh, VIII, p. 196 et suiv.; Semlers Selbstbiographie, 1781, 2 part. ; Leben Semlers in Eichhorns Biblioth., part. V; Tholuck, II, p. 39; H. Schmid, die Theologie Semlers, 1858.— Morus, Epitome Iheol. christ., 1789; Schrœckh, VIII, p. 59 et suiv.; Nœsselt, ibid., VI, p. 288; VIII, p. 113 ; Denzinger, I, p. 243 ; Niemeyer, J. A. Nœsselts Leben, Charakter und Verdienste, Halle, 1809, 2 sect. ; Crusius et A. Schrœckh, VIII, p. 108 et suiv. ; Wurtemann, Einleitung in das Lehrgebseude des H. Crusius, Wittenb., 1757; Delitzsch, dans les Biblisch-theologischen und apologet.-krit. Studien, Berhn, 1845, vol. I.
Autres rationalistes.— Kant.
276. On comptait parmi les rationalistes les plus renommés Godefr. Eichhorn, à Gœttingue, disciple de Michaelis, ainsi que J.-B. Koppe, qui mettait beaucoup d'ardeur à développer les vues critiques de Semler et restait comme lui étranger à la doctrine régnante ; les exégètes Griesbach (mort en 1812) et Rosenmüller (mort en 1815); les historiens Henke (mort en 1807) et Spittler (mort en 1810); les prédicants Zollikofer (mort en 1784), Jérusalem (mort en 1789), Spalding (mort en 1804).
A Berlin, où Ton remarquait surtout, à côté de Spalding et des philosophes populaires, Teller, qui recommandait sa Religion des parfaits comme bien supérieure au christianisme du Nouveau Testament, il se forma une société secrète pour la propagation de la lumière et de la vérité. Fondée par le bibliothécaire Biester, elle se donnait pour tâche de transformer la religion, de faire prédominer la morale sur le dogme, d'écarter l'usurpation et le despotisme. Depuis 1783, Biesteret Gedicke publièrent une revue où ils reproduisirent, pour les lecteurs plus avancés, des fragments de la philosophie religieuse et pohtique de Kant. La nouvelle doctrine du philosophe de Kœnigsberg, conforme à l'esprit du temps, régaajbientôt en souveraine.
Aux yeux de Kant, la religion purement rationnelle était la seule religion véritable. Il remplaçait la foi ecclésiastique ou révélée, par la foi religieuse, dont l'objet trouvait son développement dans la raison de tout homme. La foi ecclésiastique, destinée à préparer les voies au règne de la religion rationnelle, devait céder à la foi purement religieuse , accessible à l'univers entier, et il ne fallait chercher dans la Bible que ce qui est conforme à la religion rationnelle ; tout le reste devait en être éliminé comme une écorce , un moyen d'accommodation ou une vue particulière de l'écrivain sacré.
De cette pensée, exprimée dans la Critique de la raison pure (1781), que la raison humaine, bien qu'elle sente en elle-même le besoin impérieux (impératif catégorique) de croire aux idées de Dieu, de vertu, d'immortalité, est à la fois incapable de connaître les choses suprasensibles 'et investie du droit illimité de fixer les rapports des choses apparentes et leur correspondance avec ces idées, il concluait que la principale tâche de l'esprit humain consiste à mettre la raison en possession de ce droit, obscurci jusque-là, amoindri, imparfaitement réalisé même dans les meilleures circonstances. Cet obscurcissement provenait des religions positives et des idées de gouvernement fondé sur la volonté des souverains ; ni les unes ni les autres n'étaient nécessaires que dans certaines phases de la civilisation. Kant laissait subsister le christianisme, sauf aie perfectionner par l'esprit du temps.
Le système de Kant, adopté avec enthousiasme et soutenu par l'orgueil national, ne fut pas ébranlé par les meilleures et les plus spirituelles objections, telles que celles de B.-J.-F. Flatt. Les idées de perfectibilité du christianisme, de progrès, d'humanité pure, étaient vivement appuyées par les loges francmaçonniques ; on répandait les écrits qui les glorifiaient, en même temps que les traductions des libres penseurs anglais et français ; on retournait de plus en plus à l'ancien paganisme.
Eichstœdt, Oratio de J. G. Eichhorn, illustri exemple felicitatis Acad., Jenee, i827; Tychsen, Memoria J. Eichhorn in Comment, soc. scient., Gottrng., 6 vol.; Jahrbücher der bibl. Wissensch., par H. Ewald, 1849, L Sur Koppe, voy. Beyers Magazin für Prediger, V, 3, p. 323 et suiv.; Saemmtliche Werke Spittlers, t. XI, p. 644 et suiv. ; Griesbach, edit.
JNovi Test., Hal., 1774 et seq.; Lips., 1805, 1825; de Cod. evang. origenianis, 1771; Curœin hist. text. Epp. Paul., 1777; Symbolae criticae ad supplendas et corrigendas varias Nov. Test, lect., 1785, 1793; Comment, çrit. in text. Nov. Test., 1794 et seq.; Dissertations et Leçons sur l'herméneutique, imprimées après sa mort, 1815. — Rosenmüilers Leben und "Wirken, par J. -Chr. Dolz, Leipzig, 1816. Henlie, A. § 28. Spittlers "Werke, edirt von seinem Schwiegersohne v. "Wœchter-Spittler, Stuttg., 1827-1837, 15 vol. Strausz, dans Hayms preusz. Jahrb., 1860, I, p. 124 et suiv. ; Zollikofers Predigten, 15 vol., 1798-1804. Sur lui, Jérusalem et autres : Dœring, Die deutschen Kanzelredner des 18 und 19 Jahrb., Neustadt-sur-l'Oder, 1830, p. 586 et suiv.; Lentz, Gesch. der Homiletik, II, p. 327 et suiv.; Hagenbach, K.-G. des 18 u. 19 Jahrb., I, p. 366 et suiv. De J. Spalding : Gedanken über den "Werth der Gefühle im Chris tenthum, 1761, et souvent Ueber die Nutzbarkeit des Predigtamts, 1772, 1773; Vertraute Briefe, die Religion betr., 1784-1788. De laphilosophie populaire : Mendelssohn, mort en 1786 : Briefe über die Emp. findungen, über die Evidenz in den metapliysischen Wissenschaften, Phaedon, Jerusalem oder die überreligioese Macht and Judenthum, Morgenstunden oder über das Dasein Gottes, etc. ; Teller, die Religion der Vollkommenen, Berlin, 1792. — Menzel, p. 271 ; Schrœckh, VIII, p. 61 et suiv. ; VI, p. 114 et suiv,; Denzinger, I, p. 200 et suiv. Contre Kant : Flatt, Fragmentar. Beitraege zur Bestimmung und Déduction des Begriffs und Gesetzes der Causalitaet, Leipzig, 1788; Briefe über den moralischen Erkenntnitzgrund der Religion, überhaupt und besonders in Beztehungauf die Kantische Philosophie, Tüb., 1789. Observationes quaedam ad comparandam Kantianam discipUnam cum ehr. doctrina pertinentes, Tüb., 1792.
Kant et ses successeurs.
277. En combattant la philosophie populaire et l'endémonisme de Steinbart, en faisant ressortir l'impératif catégorique, Kant restituait à la morale ses anciens droits, mais il la séparait de la religion et ne voyait dans le côté matériel du christianisme que la religion naturelle. Sa Critique de la raison pure avait pour objet d'établir l'impuissance de la raison théorique à démontrer d'une façon péremptoire les plus hautes vérités ; tandis que la Critique de la raison pratique se proposait de montrer que c'est dans la conscience morale que nous puisons cette conviction qu'il existe une loi morale supérieure et un bien suprême qu'elle nous permet d'atteindre ; que la religion chrétienne et l'Église ne doivent pas sortir 'des bornes de la
INCRÉDULITÉ ET PREPARAT. DE LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE. Ai
pure raison; que la théorie de la religion s'appuie uniquement sur la morale philosophique, en dehors de toute métaphysique.
La religion, selon Kant, est le résumé de tous nos devoirs en tant qu'ils sont prescrits de Dieu ; la théologie est un corps de doctrines conçues comme des révélations divines , de lois divines écrites qui ne sont pas universellement connues par la raison, ni par conséquent universellement obligatoires. Les hommes, par suite d'une faiblesse qui ne leur permet pas de fonder un ensemble d'idées religieuses sur la foi purement rationnelle, sont portés à croire que Dieu a institué l'Église par des lois précises, et ainsi s'est formée une croyance historique et révélée (croyance appuyée sur l'Église et sur des lois positives).
L'excellence de la doctrine de Jésus autorise à accepter sa mission divine ; elle est un appui pour la morale et elle contribue à la culture des mœurs. L'interprétation conforme aux vérités morales de la raison détermine seule le sens universellement admissible de l'Écriture.
Fichte, dans sa première période {Critique de toute révélation), et J.-A. Grossmsinn {Critique de la révélation chrétietme, 1798) suivaient la même direction. Grossmann ne voyait dans la révélation que le produit nécessaire d'une raison qui fait elle-même son éducation ; une garantie, conforme au postulat de la raison, de l'existence de Dieu et de l'avènement d'un bien suprême. Deux tendances contraires se formèrent dans l'école de Kant : une tendance antichrétienne (rationahsme naturel), qui n'admettait point que la révélation pût accroître les idées de la raison ; une tendance chrétienne (supranaturahsme rationnel), qui essayait de prouver l'accord de la philosophie de Kant avec le christianisme. La doctrine de Kant était admise sans restriction par Rsetze, Tieftrunck, K.-Chr.-E. et J.-W. Schmid, et dans le principe par Ammon et Staeudhn.
Denzinger, I, p. 205 et suiv. ; Rosenkranz, Gesch. der Kanlischen Philosophie, Leipzig, 1840; Chalybaeus, Hist. Entwicklung der specul. Philos. vonKant bis Hegel, Leipzig, 1848, 4« édit.; Reinhold, Gesch. d. Philos., t. IlI,Iéna, 1854, 4^ éd.
Les apologfistes protestants. — Frcdérie II de Prusse,
Mesures du gouvernement en laveur des orthodoxes.
278. Quelques apologistes, des établissements et même des corporations savantes s'élevèrent à la fois contre les ennemis de l'orthodoxie et contre les adversaires du christianisme en général. Cependant les écrits de Léonard Euler, de Th.-C. Lilienthal, de Sack, de Haller, d'Urlsperger (fondateur d'une société pour les progrès de la pure doctrine et de la vraie félicité (1775), à laquelle succéda une autre société fondée à la Haye pour la défense de la religion), de Lüderwald, de Maasz, etc., ne purent arrêter le torrent de l'incrédulité ; ils le restreignirent tout au plus dans quelques sphères particulières.
Frédéric II de Prusse, absorbé tout entier par la littérature française, resta étranger au mouvement théologique et littéraire d'Allemagne; il se contenta d'adresser une longue réponse (1776) à G.-S. Steinbart, professeur à Francfort, qui lui avait dédié un ouvrage concernant la dissertation du royal philosophe, sur l'égoïsme considéré comme principe de morale; mais il ne consentit pas à approuver publiquement et à laisser paraître son Système de la pure philosophie du christianisme ou Théorie de la félicité (1778). Frédéric II applaudit au prédicant Schulz, de Gielsdorf (1783), quand celui-ci adopta dans sa Morale pour tous les hommes (t. II) le principe de l'égoïsme, inventé par le roi. Plusieurs ecclésiastiques, tels que l'abbé Hsehn, de Klosterberg, près de Magdebourg, se ressentirent de l'aversion du roi pour les formes piétistes que quelques-uns donnaient à la croyance de l'Église.
Après la mort du ministre Münchhausen, Frédéric II confia la direction des affaires ecclésiastiques et scolaires à Charles- Abraham de Zedlitz, imbu des nouvelles doctrines ; celui-ci nomma aux charges importantes des hommes de son bord (Teller, Büsching, Spalding , Zœllner, Dieterich). Cependant la nouvelle direction ne fut pas immédiatement encouragée; plus d'une fois, ainsi qu'il arriva à Berlin en 1781 à propos de la dispute sur le Livre de cantiques, les partisans des anciennes idées religieuses furent particulièrement favorisés.
Hors de Prusse, l'ancienne orthodoxie était seule valable
TNCRéDULITé ET PRÉPARÂT. DE LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE. 43
aux yeux de l'État, principalement en Saxe, où il était prescrit de prêter serment sur les livres symboliques. Plusieurs gouvernements publièrent des ordonnances contre les théologiens novateurs qui combattaient l'origine divine de la Bible et la divinité de Jésus- Christ , soutenaient des propositions sociniennes et pélagiennes . Ils soumirent les livres à une censure sévère et déposèrent les coupables : par exemple, le gouverneur de Wurtemberg (12 février 1780) et le magistrat d'Ulm (14 novembre 1787).
En Prusse, sous Frédéric-Guillaume II, attaché à l'orthodoxie, l'ancien pasteur Wollner, devenu ministre des cultes, était un partisan zélé des anciennes formes et un rigide bureaucrate. Il provoqua le fameux édit de religion du 9 juillet 1788, qui défendait, sous peine de châtiment, d'attenter à l'enseignement et aux Uvres symboliques ; il fut immédiatement attaqué dans plusieurs écrits. H.-D. Hermès, prédicant de Breslau, composa, sur les questions qui devaient être posées aux candidats du ministère de la prédication et sur leurs réponses, une instruction que l'on recommanda aux consistoires de suivre ponctuellement (9 décembre 1790). La censure des livres fut remise en vigueur (19 décembre 1788). Ces mesures indisposèrent les esprits, sans rétablir le règne de l'orthodoxie luthérienne. Le procès dogmatique et la destitution du prédicant Schulz, à Gielsdorf (1791), fit grand bruit. On insistait vivement sur la valeur des livres symboliques et sur les droits de premier évêque qui appartenaient au souverain du pays ; mais on ne discontinua point, du moins en secret, de travailler à les démolir.
Leonh. Euler, Rettung der Offenbarung gegen die Einwürfe der Freigeister, Berlin, 1747 ; Lilienthal, Die gute Sache der in der heil. Schrift enthaltenen Offenbarung, Kœnigsb., 1750-1781, 16 part.; A,-F. Sack, Der vertheidigte Glaube der Christen, Berlin, 1773; A. de Haller, Briefe über die wichtigsten Wahrheitender Offenbarung, Bonn, 1772; Briefe über einige Einwürfe noch lebender Freigeister wider die Offenbarung, 1775; J. A. ürlsperger (fondateur de la Société chrétienne allemande, à Bâle), Beschaffenheit und Zweck einer zu errichtenden deutschen Gesellschaft thsetiger Befœrderer reiner Lehre und wahrer Gottseligkeit, Bâle, 1781 ; J.B. Lüderwald, Bertheidigung Jesu, Heimst,,
M HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
1784 (contre Paalzow et Wünsch) ; J. G. Maasz, Kritische Theorie der Offenbarungen, Halle, 1792. — K. A. Menzel, XII, i, p. 274-279; Onno Klopp, K. Friedrich II von Preuszen und die deutsche Nation, p. 194 et suiv. ; Triumph der Philos., II, p. 13 et suiv. Friedr. d. Gr. Verhceltnisz zur kath. Kirche (Hist.-pol. Bl., t. I, p. 321-338). Friedrichs II Politik in relig. Dingen (ibid., t.XI,p. 444-453). — Ordonnance wurtembergeoise du 12 février 1780. Récents événements religieux (en allem.), 1780, p. 659 et suiv.: Menzel, p. 279-281 ; Ordonnance du magistrat d'Ulm. Récents événements religieux, 1788, p. 280 et suiv. Édit prussien de religion du 9 juin 1788, ibid., p. 623 et suiv.; Ripostes, p. 827 et suiv. ; année 1789, p. 2 et suiv.; Menzel, p. 400-409. Sur le schéma examinis candidatorum, ibid., p. 410-412. Sack, Urkundliche Verhandlungen betr. die Einführung des preusz. Rel.-Edicts von 1788 (Niedners Ztschr. für bist. Theol., 1859); Henke, Beurtheilung aller Schriften, die durch das preusz. Relig.-Edictveranlaszt sind, Kiel, 1793; Volkmar, Religionsprocesz des Predigers Schulz, Leipzig, 1846; Tholuck, Verm. Sehr., II, p. 125 et suiv.
Littcratnre elassique et nationale des Allemands.
Lessing.
279. La littérature elassique des Allemands se développa à l'époque mêuie où dominait l'esprit de « l'humanisme pur » et de l'incrédulité, et en reçut son empreinte, bien que les auteurs qui suivaient une tendance universelle et cosmopolite, adoptassent encore des idées chrétiennes dans quelques-uns de leurs écrits. Lessing Tmort en 1781), destiné par son père à l'étude de la théologie, mais mécontent des leçons de Leipsig, se voua aux lettres et devint bibliothécaire à Wolfenbüttel. Quoique favorable au spinozisme et étranger au christianisme (§272), il se montra plus capable d'apprécier sa valeur objective que les critiques néologues et les rationalistes; cependant il varia souvent d'opinions. Il défendait la religion naturelle comme un droit de la nature ; la religion positive, suivant lui, provenait, ainsi que le droit positif, de la réunion des hommes en société. Il s'éleva contre la façon idolâtre dont on traitait la Bible, qui lui paraissait un livre élémentraire à l'usage des enfants. Il ne lui attribuait d'autre valeur que d'élever plus rapidement les hommes à un degré supérieur de connaissances où ils auraient atteint d'eux-mêmes, quoique
plus tard ; elle devait toujours être complétée et perfectionnée par la raison humaine. Pour lui , l'esprit de Luther était au-dessus de la parole de Luther, la raison au-dessus de la Bible ; il était plus facile de sentir que de pénétrer la vérité intryisèque du christianisme.
En travaillant à féconder le principe du libre examen, à enlever au luthéranisme ce qu'il avait d'exclusif, à relever l'importance de la tradition, Lessing devint le père du protestantisme conséquent et rationaliste. Ce qui l'intéressait pardessus tout, c'était le côté esthétique de la religion. Il se plongea aussi dans l'étude des antiquités, où il avait eu pour précurseur le grand archéologue et artiste Jean-Joachim Winckelmann, de Stendal, né en 1717, cathohque depuis 1754, premier inspecteur des antiquités de Rome en 1763, mort en 1768.
Lessiags Ssemmtl. Werke, pai' Lachmann, surtout t. X, XI, die Erziehung des menschlichea Geschlechtes, 1780 ; Schwarz, Lessing als Theologe, Halle, 1854 ; Boden, Lessing und Gœtze, Leipzig et Heidelb., 1863; W.Menzel, Deutsche Dichtung, III, p. 147 et suiv. ;Staudenmaier, der Protest., II, p. 227 et suiv.; Denzinger, Rel.-Erkenntnisz, I, p. 24, 2Ö9 ; Lindemann, Gesch. der deutschen Literatur, Frib., 1866, p. 499 et suiv.
Herder, Tiedge, etc. —Wieland, Gœthe, Schiller.
280. Jean-Godefroy Herder, de Morungen (1744-1803), avait reçu dans sa jeunesse des impressions chrétiennes; il étudia beaucoup la philosophie de Hume et fut en relation avec le théosophe Hamann. La foi qui naît de la certitude immédiate, était le principe fondamental de sa philosophie (1778). Ce qui dominait chez lui, c'était l'imagination et le sentiment, et c'est aussi par ce côté qu'il saisissait le christianisme. Au lieu de pénétrer plus avant et de le considérer comme l'unique moyen de salut offert à l'humanité déchue, il ne l'envisageait que sous le rapport de l'esthétique. Surintendant général de Weimar depuis 1776 il fut en relation avec les auteurs les plus recherchés de son temps et acquit bientôt lui-même la réputation d'un grand poète, bien qu'il ne fît guère que des traductions
poétiques. Homère, Ossian, Bälde, la Bible, imprégnaient son âme de lenrs beautés. Il recueillit avec goût les meilleures productions de la lyre populaire à toutes les époques. Honoré de toutes parts, il ne sut pas résister aux séductions de la vanité et se laissa de plus en plus envahir par l'esprit de son époque : il répudia successivement la plupart des vérités chrétiennes; puis il devint hésitant et laissa plutôt deviner ses convictions qu'il ne les fit connaître. La religion, étant, suivant lui, affaire de sentiment, ne doit pas avoir de dogmes : car elle ne demande pas la discussion, mais l'accomplissement du devoir. Le Christ n'est que le « favori de Jéhovah », la religion se résume dans l'humanité, et son idéal est l'indépendance absolue de l'homme abandonné à lui-même ; la science de la religion n'est autre chose que le développement harmonieux de l'être humain et naturel.
Fanatiques, élégiaques, sentimentaux, sans profondeur dans les sentiments reUgieux et nationaux, tels étaient une foule d'autres poètes : Chr. -Aug. Tiedge, Hœlty, Matthisson, Salis. La poésie et la prose grecques, latines, anglaises et françaises, donnaient le ton.
Les plus importants parmi les maîtres allemands, Christophe- Martin Wieland (1733-1813), Jean-Wolfgang de Gœthe (1749- 1832) et Frédéric Schiller (1759-1805), s'inspiraient entièrement du paganisme classique et détournaient du christianisme l'esprit de leurs contemporains. La nature, le bien-être, l'égoïsme, étaient tout pour eux . Wieland préconisait les plaisirs de la chair et n'osait décider si la prééminence appartient dans l'homme à la portion animale ou à la portion divine. Dans son Agathon (1766), il mettait en scène un philosophe moraliste, à qui d'amères expériences et la puissance de l'amour avaient donné cette conviction que le fanatisme de la vertu est inadmissible en ce monde.
Gœthe, qui a excellé dans presque tous les genres de poésie, enthousiasmait ses lecteurs pour l'ancienne Grèce et pour le Beau terrestre ; exclusivement naturaliste , il se prononçait ouvertement contre le christianisme et détestait jusqu'aux idées chrétiennes. La perfection de la forme, la recherche du bien-être matériel, l'amour des plaisirs, l'apothéose du moi, éclatent partout dans ses écrits ; il n'a aucune intelligence de la vie des
peuples, de la sublimité de la révélation divine et de l'Église, aucun de ces sentiments de crainte et d'amour de Dieu qui animaient les chantres du moyen âge.
Schiller aussi regrettait la disparition des dieux du paganisme, u Ma reUgion », disait-il, « est de n'avoir point de rehgion. » Plus tard, il se rapprocha des idées chrétiennes et même du catholicisme ; il revint à une appréciation plus exacte de l'histoire du christianisme et de la valeur de la rehgion positive. En général cependant, c'était le naturalisme, le pur humanisme qui régnait dans la littérature allemande.
Poètes religieux.
281. Les auteurs suivants furent accueillis avec joie par les fidèles de TAlIemagne : Fréd. -Gottlieb Klopstock, de Quedlembourg (17-24-1803), honnête et chrétien, ennemi de la libre pensée, remarquable par ses odes, plus célèbre encore par sa Messiade, bien que ni le fond ni l'esprit ne soient du vrai christianisme.
Viennent ensuite J. Lebr. Fürchtegott Geliert (1715-1719), auteur de chants et de fables morales instructives ; — Jean-George Hamann, deKœnigsberg (1730-1788), fécond en pensées prophétiques pleines de profondeur, mais dépourvu de clarté et d'harmonie dans les idées, injurié comme catholique secret , bien qu'il n'eût que la foi du philosophe ; — son ami Matth. Claudius (1740-1815), qui eut beaucoup de vogue dans le peuple et flagella d'une main vigoureuse les ennemis de la foi ; — Jean-Gaspard Lavater, curé de Zurich (1741-1801), qui se rattachait à Klopstock ainsi qu'aux visionnaires de son temps ; il fut également suspecté de catholicisme, surtout à cause de son Ponce-Pilate (1781), où il disait que tout vrai chrétien doit être capable do faire des miracles; — le piétiste Henri Jung, surnommé Stilling (né en 1740), médecin, visionnaire, adonné à l'étude de Bœhme.
Ces hommes cependant n'avaient qu'une influence restreinte. Les catholiques, si l'on excepte Jean-Antoine Sulzer (1792), et surtout les jésuites Michel Denis (Sined, mort en 1800) et Charles Mastalier, son élève (mort en 1795), passaient pour des poètes marquants. Louis Blumauer, jeune novice chez lesjésuites, puis censeur des livres et enfin Ubraire, traitait les sujets les plus
i8 HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
légers et les plus scabreux, et ne reculait pas devant les descriptions les plus triviales. Renégat de l'Église et franc-maçon, il insulta grossièrement la papauté et la hiérarchie, se fit l'intrument du joséphisme et devint conseiller à la cour impériale. Les catholiques et les protestants lui fournirent de nombreux lecteurs.
Herder's christliche Schriften in fünf Sammlungen, Leipzig, 1794 et suiv.; Werke zur Religion und Theologie, éd. par J.-G. Müller, Tüb,, 1805 et suiv., 10 vol.; Hagenbach, II, p. 1 et suiv.; Geizer, Neue deutsche Nationalliter, I, p. 329; Lindemann, p. 538-544; Briefe an und von Klopstock, ßeitr. zur Lit. -Gesch., éd. par Lappenberg, Bx-aunschw., 1867; Hamann, Biograph. Erinnerung an J. Hamann, Münster, 1855; Herbst, Bibliotli. christl. Denker, Leipzig, 1830, t. I; Lindemann, p. 479 et suiv,; Denzinger, I, p. 259,493 et suiv., 498 et suiv. Sur "Wielaud, Goethe, Schiller, voy. Lindemann, p. 517 et suiv., 569 et suiv., 600 et suiv. ; Leo, Univ.-Gesch., V, p. 477 et suiv. ; Tholuck, Yerm. Sehr., H, p. 361 et suiv.; Hagenbach, II, p. 113 et suiv. ; Daumer, Meine Conversion. Mayence, 1859, p. 06, 119 et suiv. — Poètes catholiques.: Brühl, Gesch. der kath. Literatur in Deutschland, Leipzig, 1854, p. 35-40; Lindemann, p. 495 et suiv. ; Hist.-pol. BL, t. XVI, p. 394 et suiv., 521 et suiv., 725 et suiv., 777 et suiv.
Le rationalisme dans l'Alleniag'ne catholique.
Engouement des catholiques allemands pour la libre pensée.
282. L'adoption par les cours des principes gallicans etfébroniens, l'influence de la philosophie et de la littérature tant indigène qu'étrangère, l'esprit superficiel de ce qu'on appelait le siècle des lumières, l'action des sociétés secrètes, portèrent un coup funeste, dans le dix-huitième siècle, non seulement à la théologie, mais à la fbi catholique. Les anciennes méthodes étaient dédaignées ; il y avait honneur et profit à embrasser les idées du jour ; les productions séduisantes de la littérature avaient un charme magique, et l'on voyait jusqu'à des hommes pieux et bien élevés les adopter à la légère, au moins pour quelque temps ; tandis que d'autres, dépourvus de connaissances suffisantes, les attaquaient maladroitement et ne faisaient qu'accroître par leur insuccès la puissance de l'ennemi. Plusieurs bénédictins, tels que ceux de Salzbourg, adoptèrent la philo-
Sophie de Wolf, et plus d'un jésuite allemaud, tout en la combattant, se laissa imprégner de son esprit. Zallinger et Stattler combattirent Kant avec la philosophie de Kant lui-même. Aux ouvrages des juristes protestants répandus parmi les étudiants catholiques, le jésuite Ign. Schwarz, le bénédictin Anselme Desing, etc., opposèrent des ouvrages sur le droit, sur l'État et la société, pénétrés de l'esprit cathohque.
Dès qu'il s'agissait d'écarter des doctrines funestes à la foi, les jésuites se trouvaient toujours à l'avant-garde de l'armée. Malheureusement, l'abolition de cet ordre priva l'Église d'un solide boulevard. Les chaires qu'ils avaient occupées échurent, en divers endroits, à des libres penseurs, tout à la dévotion des cours, adulateurs de la foule et engoués des nouveautés. Il s'agissait de mettre la théologie au niveau de la philosophie du temps, delà rendre «raisonnable», de la débarasserdeson « vieil attirail » ; en un mot, de payer tribut aux progrès du siècle. La littérature catholique était complètement asservie à la littérature protestante ; le lieu avec les grands siècles du passé, avec les traditions et les travaux de l'Église, était rompu. Ecclésiastiques et laïques étaient emportés dans le tourbillon des réformes. Différents projets, inspirés par l'indifférentisme, furent émis concernaut la fusion des confessions religieuses. Les éléments rationalistes, jansénistes et révolutionnaires agissaient de concert, trouvaient peu d'obstacles, même dans les principautés ecclésiastiques, et étaient quelquefois favorisés par malentendu ou par esprit d'intérêt.
Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 282. Werner, Gesch. der kath. Theol. in Deutschi., p. 149-136, 164, 166 et suiv., 172, 176 et suiv., 273. Comp. l'ouvrage : Der erste Schritt zur künftigen Vereinigung der kath. und der evang. Kirche, gewagt von einem Mœnche, 1778 (Borschlag, die Lehre von der Unfehlbarkeit der Kirche neu zu untersuchen). Sur lui: das Buch der Vereinigung oder Anweisung zur Glückseligkeit für alle Menschen, 1783, par Mag. Masius, à Leipzig, qui fonda aussi une société dans ce but. Acta hist. eccl. nostri temporis, V, p. 427 et suiv.; XI, p. 846 et suiv. ; Mejer, Propag., II, p. 358, nr. 4. Autres dans Werner, p. 232 et suiv.
Le rationalisme en Autriche.
283. En Autriche, la libre pensée était déjà encouragée sous Marie-Thérèse par le ministre Kaunitz et par le directeur des études van Swieten, dont le fils composa même plusieurs écrits irréhgieux. Il y eut sans doute quelques améliorations dans les études théologiques, et ces améliorations furent conservées. On se mit à étudier les sources et les sciences auxiliaires de la théologie, son encyclopédie et sa méthodologie; on favorisa la variété des connaissances, ainsi que l'archevêque deSalzbourg l'essayait déjà en 1741 dans son université, et l'on fit plus d'un progrès sous le rapport de la forme. Mais il y avait en cela beaucoup de choses trop hâtives ou exécutées à contresens ; les hommes qui s'en occupaient laissaient à désirer, et il y régnait un esprit antichrétien qui ne profitait qu'aux agents de destruction. Ce qui manquait par-dessus tout, c'était le véritable esprit chrétien, l'amour de l'Église.
L'archevêque de Vienne comte Trautson engagea son clergé à faire des conférences en chaire, et fixa, de concert avec son suffragant Simon-Ambroise Stock, de nouveaux principes pour l'étude de la théologie ; il déclara qu'il refuserait les ordres à tout candidat qui ne comprendrait pas l'Écriture sainte dans le texte grec et dans le texte hébraïque. Une ordonnance del752 sur les études contenait aussi d'excellentes dispositions. En 1774, Etienne Rautenstrauch, abbé de Braunau et directeur de la faculté théologique de Vienne, dressa un nouveau plan d'études qui fut approuvé par l'impératrice. Ce plan tendait à éliminer a tout le fatras de la scolastique » , à relever les études bibliques, patristiqueset historiques, à donner une direction particulièrement pratique aux ecclésiastiques destinés au service de l'État, faisait de la théologie pastorale et de l'histoire ecclésiastique des branches particulières, et fixait à cinq ans lecours des études. De nouvelles chaires furent érigées et quelques bons ouvrages publiés ; mais bientôt le superficiel et 6 frivole prenaient le dessus, surtout après que Joseph II eut accordé la liberté d'examen et lâché la bride à la presse.
Christophe Fischer, professeur à Prague, se montra imbu des préjugés du temps dans sa traduction de la Bible (1784), et le savant Jahn , exégète , orientahste et archéologue , pro-
INCRiDULITÉ ET PRÉPARÂT. DE LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE. 51
fesseur à Vienne depuis 1789, émit une foule d'opinions insoutenables et téméraires. Le droit ecclésiastique était absolument febronienjosépliiste; la morale, ediûéesur la raison et sur la Bible , ennemie de la casuistique et de la scolastique , imprégnée de la littérature protestante, était superücielle, exclusive , vague , et taisait abstraction de tout précepte positif. Ûanzer, qui se moquait des vertus tbéologales ; Keyberger, qui se rapprochait de plus eu plus des protestants ; Geisüütlner , qui se rattachait à Fichte , déliguraient la morale, de même que Pitrotf à Prague et Giftschütz à Vienne corrompaient la nouvelle discipline introduite sous le nom de Pastorale.
Lbistoire de l'Éghse était enseignée à Vienne d'après le protestant Schroeckh. Sur les représentations de l'archevêque Migazzi, Uannenmayer fut charge de composer un manuel, et rédigea un hvre absolument hostile au pape (1788). Royko à Prague et Gmeiuer à Gratz combattaient également la papauté dans leurs histoires ecclésiastiques. Le caractère superticiel de cette époque se reflétait dans la Gazette ecclésiasdque de Vienne du prévôt Wittola (1784 et suivantes); elle n'était surpassée que par les « Documents pour l'avancement de l'ancien christianisme et de la nouvelle philosophie », rédiges par Kuefs, de Fribourg.
A Fribourg-en-Brisgau, qui était encore à cette époque sous la domination autrichienne, Wanker s'occupait de la morale ; Bannenmayer , avant d'être appelé à Vienne , de l'histoire ecclésiastique ; l'ermite des augustins Engelbert Klüpfel, de beaucoup préférable, enseignait le dogme ; son Manuel fut introduit en Autriche dans tous lesetabiissements d'instruction, même à Vienne, où le dominicain Gazzaniga, qui n'était pas demeure étranger a l'esprit du siècle, euaeignait auparavant cette branche. Le débauche Al. Blumauer (§ 281] ; Feszler, capuci . renégat; lîybel, cauoiuste de cour, et plusieurs autres consacraient leur plume au service de la libre pensée. Seul le bon sens du peuple faisait encore une vigoureuse resislance à la geilt letlree qui avait discrédité le nom d'ecrivain et que les pioLestanis eux-mêmes tournaient en dérision.
OÜVKAGES A COiNSULTEK SUR LE N° 283.
Décret de Salzbourg de 1741 et travaux sur la métiiodoiogie : Wer-
uer, p. 178 et suiv. DécieL de Vienne de 1752, ibid., p, 195. Plan d'études de Rautenstrauch, ibid., p 200 et suiv. Exégèse, ibid., p. 272 et suiv. Morale et théologie pastorale, ibid., p. 262 et suiv. : Probst, Moraltheologie., Tüb.,1848, 1, p. 121. Historiens ecclésiastiques: Werner, p. 222 et suiv. Prévôt Wittola : voy.Merkle dans Augsb. Pastoralblatt, 1870, nr. 27 et suiv. ; Brunner, die theol. Dienerschaft Josepbs, II, p. 394 et suiv. Mystères, p. 418 et suiv.; Brück, Die rationalistischen Bestrebungen, Mayence, 1865, p. 11 et suiv. Liberté de la presse sous Josepb II : Hist.-pol. BL, t. VIII, p. 641-665; Klùpfel, Institutiones theol. dogm. in usum auditorum, Vienne, 1788, éd. IV, 1821. De lui : Biblioth. eccles. Friburg., 1775-1790; Vincent. Lirin., Commonitor., "Vien., 1809; Hug, Elogium Engelberti Klüpfelii, Frib., 1811; Werner, p. 234, 243 ; Gazzaniga, Theol. polemica. Vienne, 1778, 2 part.; Praelect. theol., ibid., 1770 et suiv.; Werner, p. 198. Voy. encore ci-dessus, §§ 98 et suiv.
L'électoral de Mayence.
284. Les mêmes tendances se remarquaient dans les électorals ecclésiastiques. A Mayence, l'université fut restaurée par Théophore Ries, membre du conseil des études. J. Lorenz Isenbiehl, initié à la connaissance des langues orientales par Michaelis à Gœttingue, les enseigna à Mayence dès 1773. Il niait le caractère messianique du passage relatif à l'Emmanuel (/s.,vn, 14), et fut accusé de ce chef auprès de l'archevêque Emmerich Joseph, qui, sans vouloir contester son explication, croyait opportun de maintenir l'ancien système. Après la mort de Joseph Emmerich, le chapitre de la cathédrale condamna Isenbiehl aux arrêts et le soumit à une enquête. Le prince électeur Frédéric-Charles-Joseph d'Erthal, nommé le 18 juillet 1774, le destitua de sa charge et le relégua dans le séminaire.
Isenbiehl publia de nombreux écrits pour témoigner de son orthodoxie et de ses connaissances théologiques : dans l'un, édité à Coblentz en 1778, sans indication de lieu, il essayait de justiüer sou sentiment ; mais il fut soumis à une nouvelle enquête. Les facultés théologiques se prononcèrent contre lui : il fut suspendu et jeté en prison. Pie YI censura son écrit le 20 septembre 1779. Isenbiehl se soumit, recouvra la liberté et obtint un canonicat à Amœnebourg.
Cependant le prince électeur demeura l'ami des théologiens
libéraux qui travaillaient à affaiblir le dogme, à ravaler le pape et à introduire des nouveautés dans la discipline. Parmi les professeurs de Mayence, l'ex -jésuite J. Jung (depuis 1785), appelé de Heidelberg pour enseigner l'histoire ecclésiastique, était, en matière de dogme, soumis à l'Église, mais dans la discipline il inclinait aux nouveautés. Félix-Antoine Blau, auteur dogmatique , se montra, dans ses écrits anonymes, complètement incrédule ; il combattit l'infaillibilité de l'Église et des conciles, et ruina toute croyance dans l'esprit de ses auditeurs. Le moraliste Jean-Léonard Becker était l'instrument docile des rationalistes; J.-A. Dorschard, professeur de philosophie, était un peu Kantien; le bénédictin G. Kœhler, professeur de liturgie, n'était pas incrédule, mais faible de caractère.
La Revue metisuelle des affairées ecclésiastiques de Mayence (1785), rédigée par J.-K. Müller, préfet du gymnase et éditeur 'd'anciens classiques, répandait le libre-penser sous le couvert de la croyance de l'Église , favorisait les innovations en matière de liturgie et de discipline, substituait les intérêts de l'archevêque aux intérêts du pape, et combattait en les calomniant tous les apologistes de l'Église. De savants protestants acquirent une grande influence à la cour de l'électeur.
Brück, Die ralionalislischen Bestrebungen, p. 62 et suiv. Sur la controverse d'Isenbiehl : Beilagen zum Religionsjournal, 1779 ; Walch, Neueste Rel. -Gesch., VIII, p. 7 et suiv.; Menzel, XII, i, p. 282-284; Uuth, II, p. 338 et suiv.; Le Bret, Magazin, part. VIII, p. 22 et suiv.;Schrœckh, VII, p. 203 et suiv.; Werner, p. 273; Bull. Rom. Conlin., t. VI p. 143.
L'électoral de Cologne.
285. A Cologne, le prince électeur Maximilien-François, désirant faire échec à l'ancienne université de cette ville, avait fondé à Bonn une université qui s'ouvrit en novembre 1786 par des discours hostiles à la cour de Rome. Elle eut pour curateur le baron Spiegel de Desenberg, l'un des principaux ennemis do l'Église. Le mineur Phil. Hedderich, qui y enseigna le droit canon, se moquait publiquement du Saint-Siège et ne cessait d'invectiver contre lui ; le bénédictin Andr. Spitz trai-
tait l'histoire de l'Église dans le même esprit; le carme Thaddée de Saint-Adam Dereser, anssi entièrement formé d'après les protestants, et rationaliste complet, s'occupait d'exégèse; Élie van der Schüren, mineur, exposait la philosophie, d'abord d'après Feder, puis d'après Kant. Par l'entremise de Dereser, qui faisait les plus triviales objections contre la Bible, Euloge Schneider, ancien franciscain de Bamberg, perdu de mœurs, arriva de Wipfeld à Bonn, après avoir été chassé de Wiirzbourg, et propagea les principes les plus frivoles ; il résida ensuite à Augsbourg etàStuttgard,etobtinten 1789 une chaire de grec à Bonn. Décrié pour sa vie scandaleuse, il fut soumis à une enquête en d790, et, malgré les égards avec lesquels il fut traité par les autorités (1791), il se vit contraint de quitter la ville. Il devint à Strasbourg rédacteur d'une feuille infâme, vicaire général de l'évêque constitutionnel Brendel, accusateur public au tribunal criminel du Bas-Rhin ; il fut l'un des héros de la révolution et mourut lui-même sous le couteau de la guillotine (1794).
Lersch, Niederrhein. Jahrbücher für Geschichte und Kunst, Bonn, 1844, p. 86 et suiv. ; Menzel, p. 311 ; Theiner, Gesch. der geistl. Bildungsanstalten, p. 281; Pacca, Memorie sul di lui soggiorno in Germania, Roma, 1832, p. 41 et seq. ; Brück, p. 47 et suiv., 51 et suiv.; Cathulique, t. XXVIII, p. 46 et suiv. Euloge (autrefois Hans Joerg) Schneider, chapelain de la cour de Stuttgard en 17S6, professeur à Bonn en 1789, devint en 1792 rédacteur de «l'Argus» à Strasbourg, maire provisoire à Ilaguenau, depuis le 19 février 1793 accusateur public près le tribunal criminel du Bas-Rhin, après avoir abjuré sa dignité sacerdotale dans le temple delà Raison (20 novembre), se maria (14 décembre), fut conduit en triomphe dans les rues de Strasbourg, emprisonné la nuit suivante et emmené à Paris, où il fut guillotiné le 10 avril 1794. Fr.-C. Heitz, Notes sur la vie et les écrits d'Eulog. Sehn., Strasbourg, 1862.
L'électorat de Trêves.
286. Trêves se glorifiait d'être la patrie du fébronianisme et la résidence de plusieurs savants formés aux universités protestantes. Antoine CEhmbs, François-Antoine Haubs, Pierre- Joseph Weber, Pierre Conrad, étaient complètement infectés des idées fébroniemies et rationalistes; Jean-Louis Werner et Guill.- Joseph Castellio attaquaient avec violence les institutions de
l'Église et les théologiens catholiques, et décernaient le titre de grands hommes aux ennemis les plus déclarés de la religion. Les écrits les plus révoltants obtenaient l'approbation de l'archevêque ; il était de bon ton de se mettre au-dessus de toutes les doctrines de l'Église et de découvrir dans le catholicisme une iniinité d'abus grossiers. Là aussi on travaillait simultanément à fonder une Eglise nationale schismatique, à réunir les protestants sur les bases du rationalisme, à supprimer les ordres religieux et l'ancienne liturgie latine. Les écrits populaires, les livres de chant et de piété, les catéchismes, mais surtout l'université et le gymnase devaient favoriser le g< ùt des innovations. Le conseiller secret La Roche, placé à la tète des affaires temporelles et auteur de lettres contre les couvents, appuyait ces tendances, et, là comme en d'autres chapitres, des chanoines mêmes se laissaient entraîner dans la conjuration antichrétienne et fréquentaient les loges maçonniques.
Ouvrages a consulter sub le n° 286.
Marx, Gesch. des Erzstifts Triei-, t. V ; Brück, op. cit., p. 34 et
Salzbourg, "Würzboug.
287. Le quatrième archevêque qui s'était soulevé conti e le pape, professait les mêmes idées. Le 29 juin 1782, Jérôme de Salzbourg publia, à l'occasion du douze-centième annivers lire de la cathédrale, une lettre pastorale où il affichait ouverten.ent son penchant pour les nouveautés; en 1788, il prit soue sa protection P.-J. Danzer, attaqué par quelques collègues à cause de ses erreurs. Les bénédictins de l'université de Salzbourg, autrefois wolfiens, plus tard disciples de Kant, valaient cependant mieux, à tout prendre, que la plupart des professeurs des autres universités. Le Gazette littéraire de la haute Allemagne (1788-1799) servait d'organe aux nouvelles doctrines.
A Würz bourg, après la suppression de la Compagnie de Jésus, quelques anciens jésuites conservèrent leurs chaires, tels que Holtzklau (mort en 1783), Grebner (mort en 1787), Wiesner (mort en 1797) ; quant aux nouveaux professeurs, la plupart suivaient le mouvementdu jour : par exemple, Oberthtir (depuis 1773), très laborieux, mais sans exactitude en théologie;
A. -Jos. Roszhirt (depuis 1779), Onyme (depuis 1783), Jean- Mich. Feder (depuis 1785), François Berg (depuis 1790). La doctrine de Kant était surtout propagée par le bénédictin Materne Reusz, qui avait lui-même fréquenté les leçons du maître à Kœnigsberg, et devint en 1782 professeur de philosophie. Il eut pour successeur André Metz (1798).
En 1799, le gouvernement ecclésiastique ayant demandé un avis sur la question de savoir si la doctrine de Kant n'était pas contraire à la révélation, la faculté de théologie répondit : Considérées comme un fait ou comme l'ensemble des doctrines enseignées dans les deux principaux ouvrages de Kant, les idées de ce philosophe ne peuvent subsister à côté de la révélation; considérées tQva\\i<a système et au point de vue des diverses opinions que l'on peut s'en former, on ne saurait les envisager comme directement hostiles à la révélation : on peut être partisan de Kant sans être ennemi de la doctrine révélée. Les Annonces scientifiques de Würzbourg suivaient le courant de la mode, de même que la Gazette littéraire des bénédictins de Banz. Même situation à Fulde, Erfurt, Augsbourg, et en d'autres villes entièrement ou partiellement catholiques.
Lettre pastorale? de l'archevêque Jérôme Schlœzer, S. Anzeigen, t. II, livraison V, p. 56 et suiv. Rescrit de 1788: Brück, p. 16 et suiv. Remarq. Héuédictins de Salzboiirg, etc. Denzinger, 1, p. 244 et suiv. — Ruland, Séries et Vitae professorum S. Theol., qui Wirceb. usqiie in an. 1534 docuerunt, Wirceb-, 1834, p. 143 et seq., 167 et seq. ; J. Schwab, Franz Berg, Würzbourg, 1869. Sur Oberthür, Werner, p. 257 et suiv.; Catholique, 1870, 2, p. 337 et suiv.; Actes de la faculté de Würzbourg, d;uis la séance du 14 juin 1799.
La Bavière. — Les illuminés.
288. En Bavière aussi, Kant comptait de nombreux disciples parmi les bénédictins : Augustin Schelle à Tegernsee, Mutschelle à Munich, lldephonse Schwarz, etc. Les nouveautés furent surtout en faveur à partir de 1770. L'université d'Ingolstadt, autrefois si célèbre, supprima les anciennes prohibitions sous le docteur Jean Adam, baron d'Ickstatt, dont le disciple Lori sut également donner une couleur libérale à la
nouvelle Académie des sciences. L'université devint bientôt un foyer d'antichristianisme et d'anarchie, grâce à l'ordre des illuminés, fondé par Adam Weishaupt, professeur de droit canon. Weishaupt s'était appliqué à soustraire la jeunesse studieuse à l'influence des jésuites, à renverser ceux-ci, puis, comme les athées français, à combattre la religion positive en même temps que la monarchie. Soutenu par Fréd. Knigge, baron de Hanovre, il essaya de donner une grande extension à la société secrète des étudiants fondée par lui, afin d'exercer, par une influence occulte, une action plus puissante sur toutes les classes sociales. Le 1" mai 1776, il fonda la société secrète des Illuminés, obligea ses membres de rendre aux chefs la plus rigoureuse obéissance, de travailler à lui procurer de nouveaux adhérents, de lui adresser de fréquents rapports. Suivant ce qui avait Ueu dans la franc-maçonnerie, il établit des grades secrets et des degrés préparatoires.
L'illuminé (éclairé, instruit), à mesure qu'il devenait prêtre, mage, régent et roi, apprenait que les maux de l'humanité proviennent de la religion et de la puissance des potentats, mais que la Providence lui a ménagé les moyens de sortir de son abaissement : ces moyens,ce sont les écoles secrètes de la sagesse; plus de princes, plus d'actes de violence ; la raison deviendra l'unique code de Thumanité, et les hommes, après avoir aboli toutes les distinctions sociales, mèneront sans prêtres et sans rois une vie toute patriarcale.
Tel était, à ce qu'on assure, le sens caché de la doctrine du grand Maître de Nazareth, le mystère révélé à ses amis et indiqué aux autres par de simples comparaisons. Les dogmes de la chute, de la régénération et de la grâce signifient seulement que l'homme^ déchu de sa liberté et de sa pureté primitives par l'elTet des intrigues et des passions, est tombé dans un état de barbarie; qu'il a été réduit à la condition imparfaite où nous le voyons maintenant par les prêtres, les hommes d'État et les législateurs, mais qu'il en sortira par la force de sa raison éclairée, acquerra la conscience et le libre usage de sa dignité native, et sera transféré dans le royaume de la grâce. L'étoile flamboyante et la lettre G symbolisent la lumière, la grâce; ceux qu'elle envahit et qu'elle dirige sont les éclairés (illuminés).
289. Dans l'espace de quelques années, cette société secrète gagna des milliers d'adeptes, et dans ce nombre plusieurs personnages influents, qui élevaient leurs associés aux plus hautes charges de l'Église et de l'État, les nommaient précepteurs des princes, conseillers scolaires, professeurs. On y voyait le curateurdelanouvelleuniversité de Bonn, les professeurs deMayence J.-L. Becker et Robert Nimis, l'ex-bénédictin Benoît- Marie Werkmeister, prédicateur de la cour de Stuttgard et auteur d'ouvrages sociniens ; Philippe Brunner, curé de Tiefenbach.
Ce dernier dressa le plan d'une académie des sciences pour l'Allemagne catholique, qui aurait son siège à Mayence et serait placée sous le protectorat de M. de Dalberg : son principal but était de travailler à la propagation de l'ordre. Les localités et les provinces où il fut introduit, reçurent des noms empruntés à l'histoire ancienne et à l'histoire du moyen âge; les membres eux-mêmes se donnèrent des noms historiques significatifs : Weishaupt, qui travaillait à rompre les chaînes de Thumanité asservie, fut appelé Spartacus; Knigge, Philon; Brunner, Pic de la Mirandole.
On avait projeté en outre d'établir pour les personnes du sexe une succursale qui serait divisée en deux classes (les vertueuses, pour propager la société par l'instruction; les vicieuses, pour satisfaire aux plaisirs sensuels) ; on avait donné des instructions sur la manière de rompre les sceaux, etc., essayé de justifier le suicide, attribué à l'ordre le droit absolu de vie et de mort. Mais les membres de cette société dangereuse manquaient de force et de conviction et se berçaient de folles chimères, Weishaupt lui-même se moquait des théologiens protestants qui croyaient découvrir dans l'illuminisme le vrai sens de la doctrine de Jésus. Bientôt l'égoïsme et l'ambition éclatèrent au grand jour, et plusieurs des initiés tinrent peu de compte des demandes considérables d'argent qu'on leur adressait. Les francs -maçons eux-mêmes faisaient entendre des plaintes analogues.
Suppression des illuminés.
290. Déjà plusieurs sociétaires bavarois avaient déserté l'ordre (fin de l'année 1783), et Knigge avait été congédié à la suite de ses querelles avec Weishaupt (1784). De plus, les illuminés
eurent l'imprudence de se servir de la presse pour rendre le public confident de leurs querelles. La cour de Bavière (22 juin 1784) interdit toutes les associations établies sans l'approbation du p:ouvernement. Joseph Utzschneider, secrétaire de la duchesse Marie-Anne, ayant donné à l'électeur Charles-Théodore de longs éclaircissements sur la secte, dont il venait de sortir, celui-ci (2 mars 1785) ordonna, dans un édil sévère et sous les peines les plus graves, la suppression des illuminés et des francs-maçons,
Weishaupt fut (11 février) destitué de sa chaire de professeur, refusa la pension qu'on lui offrit, demanda son congé et l'obtint (19 février), avec la qualification de « haut et renommé maître des loges ».
11 se hâta de quitter la Bavière, où, après de nouvelles enquêtes sur l'association, sa tête fut mise à prix. Le duc Ernest l'accueillit à Gotha. Tandis que plusieurs de ses associés bavarois étaient destitués et jetés en prison, il faisait imprimer de longues apologies dans lesquelles il imputait la persécution qui sévissait contre son ordre si excellent à la haine perverse des prêtres contre la civilisation. Les papiers des illuminés furent mis au jour à Munich par ordre du prince électeur; mais cette publication n'eut pas grand effet, soit parce qu'on trouvait la même chose dans les ouvrages les plus lus et les plus recherchés, soit parce qu^un grand nombre d'hommes d'État étaient en relations intimes avec la société. Ailleurs, les illuminés se conservèrent en secret, usant de plus de discrétion et de réserve ; plusieurs entrèrent dans les loges des francs-maçons.
Werner, p. 252 ; Denzinger, I, p. 244 ; August Kluckhohn, der Frhr. v. Ickstadt und das Unterrichtswesen in Bayern unter dem Churfùrsten Max Joseph, Munich, 1869, p. 13 et suiv. ; PrantI, Gesch. der Ludw.-Maximil. Universitset, I, p. oöS et suiv. — Einige Originalschrifteu des Illuminatenordens auf hœchsten Befehl herausgegeben, Munich, 1787. Weishaupt, Das verbesserte System der lUuminaten mit allen seinen Graden und Einrichtungen, Francf., 1788. Le même, Gesch. der Verfolgung der Illuminaten, Francf. et Leipzig, 1786. Apologie der Illurainaten, ibid., 1786. Ueber den Illuminatenorden Deutschlands, 1792. Starck, Triumph der Philos., II, p. 259 et suiv. ïheiner, Gesch. der geistl. Bildungsanstalfen, p. 273 et suiv. Gfrcerer, Ueber die neu enthüllten Bestrebungen deutscher Freigeistor (lUgens Ztschr. für
hist. Theol.,1836, t. VI). Adolph Frhr. von Knigge (1752-1796), par Cari Gœdecke, Hanovre, 1844; Hist.-pol. Bl., 1845, t. XVI, p. 633-645; K. A. Menzel, p. 286 et suiv.,293 et suiv.; Longner, Gesch. der oberrheinischen Kirchen-Provinz, Tüb., 1863, p. 291 et s.; Brück, p. 21 etsuiv.
Tentatives de réaction contre les catholiques.
291. En présence de tant d'éléments hostiles, on devait encore s'estimer heureux de voir tant d'hommes plus ou moins pénétrés de l'esprit du temps garder un reste de modération, et, malgré quelques écarts, demeurer fidèles aux doctrines fondamentales de la foi et enflammer le zèle des jeunes talents. Nous avons nommé Klüpfel à Fribourg, l'ex-jésuite Benoît Stattler à Ingolstadt, son disciple le professeur Jean-Michel Sailer, les cisterciens Bernardin Bauer et Saint-Wiest, qui rendaient à la science d'importants services. Les ouvrages d'apologie et de philosophie religieuse de Bède Mayr, Storchenau et Barkhauser eurent une grande vogue. On réussit, avec la philosophie de Wolf, à entraver un peu le dévergondage do la pensée. Le Pastoral de François Geiger, qui opéra d'abord en Bavière, plus tard eu Suisse, était rempli d'un meilleur esprit que les écrits analogues publiés en Autriche. Plusieurs ex-jésuites, surtout Hermann Goldhagen {Journal delà religion, ill6 etsuiv.), Al. Merz et Feiler, obtinrent de grands succès par leurs ouvrages et leurs prédications ; ils maintinrent la pureté de la foi dans le peuple, dont la majorité continuait d'être attachée à l'ÉgUse.
Dans les provinces moins familiarisées avec les théories importées du dehors et avec les mouvements de la presse, les anciens principes étaient demeurés intacts, par exemple, dans la petite principauté d'Eichsta?tt, dans le Tyrol et la Westphalie. Dans le Tyrol, nous trouvons, travaillant avec le même esprit, le mineur Oberrauch, auteur d'une Théologie morale (1788 et suiv.), et Philibert Gruber, occupé de philosophie théorique : le premier fut suivi plus tard par A. Staps, professeur à Brixen; le second, par le cistercien Lechleitner, de Stams.Dans la principauté de Munster, l'excellent ministre François de Furstenberg (1776) dressa un très bon règlement pour les écoles; il était assisté du pieux Overberg, qui consacrait son zèle à former des instituteurs. Plusieurs séminaires furent érigés dans cette vue, l'un à Würzbourg, par François-Louis d'Erthal (1779-1795), lequel, quoiqu
mal inspiré quelquefois, n'en fut pas moins, avec le comte Styrum de Spire (jusqu'en 1795, mort en 1797), l'un des plus remarquables évèques de l'Allemagne.
L'Académie de Munster acquit aussi une haute célébrité. Furstenberg gagna entièrement à l'Église la spirituelle épouse de l'ambassadeur russe à la Haye, la princesse Galitzin, fille du général prussien Schmettau. A ce groupe, admiré de Gœthe lui-même (179:2), se rattachaient une foule de savants protestants, tels que le philologue Hermsterhuys, le philosophe Frédéric-Henri Jacobi, le prédicant réformé Lavater, le jovial Claudius de Wandsbeck, le luthérien Hamann de Kœnigsberg, le comte Frédéric-Léopold de Stolberg, et, parmi les catholiques, Katerkamp, homme de mérite, et de Buchholtz. Plus d'une semence généreuse, répandue dans cette paisible oasis, allait lever plus tard et produire des fruits abondants.
Huth, II, p. 433-454. Klüpfel (§ 283). Stattler, Demonstratio evangelica, Aug. VmdeL, 1771; Demonstr, cathoL, Pappenh., 1775j Theologia christiana theoretica, Ingolst., 1776, t. Vi; Allg. Kath. Religionslehre, Munich, 1793, 2 vol. Sur Sailer, G. Aichinger, John. Mich. v. Sailer, Biograph. Versuch., Frib., 1865; Bauer, Theol. univ. dogmatica. hist. crit., Wïrceb., 1786-1792, 4 vol.; Wiest, Instit. theol., Ingolst., 1788 et seq., 6vol,;Werner, p. 242 et suiv. Sur B. Mayr,Storchenau, etc., ibid., p. 176, 232, 234 et suiv., 236 st suiv.; Franc. Geiger, Pastorallehre von den Püichten des Seelsorgers, Augsb., 1789; Goldhagen et Merz, Werner, p. 232 et suiv., 235. Voy. Gesammelte Schriften unserer Zeit zur Vertheidigung der Reügionund Wahrheit, Augsb., 1790. Théologiens du Tyrol : Werner, p. 264, 334 et suiv. Cercles catholiques à Munster : Esser, Franz v. Fürstenberg, dessen Leben und Wirken, Münster, 1842; Katerkamp, Denkwürdigkeiten aus dem Leben der Fürstin v. Gallitzin, Münster, 1828; Krabbe, Geschichtliche Nachrichten über die hœberen Lehranstalten in Münster, ibid., 1852, et Leben Bern. Overbergs, ibid., 1864, 3^ éd. ; Carvacchi, Erinnerungen an Hamann, ibid., 1855; Œuvres de Goethe, t. XXX, p. 236 et suiv., 250; Nikolovius, Friedr. Leopold, Graf zu Stolberg, Mayence, 1846; K. A. Menzel, XII, I, p. 166 et suiv.; Briefwechsel u . Tagebücher der Fürstin A. v. Gallitzin, Münster, 1874; Diel, S. J., Fürstin Amalia v. Gal., Laacher Stimmen, 1874, livraisons 7-9, p. 47 et suiv., 156 et suiv., 289 et suiv.; Galland, Zur Gesch. der Gal. -Liter. (Liter. Handweiser, 1878, nr. 221); Janssen, Friedr. Leop. Graf, zu Stolberg, 1750-1800 et 1800-1810, Frib., 1877. Hist.-poL BL, t. LUI, p. 752 et suiv. ; t. LX, p. Ö73; t. LXVll, p. 789 et suiv., 882 et suiv.