INTRODUCTION
La dernière période de l'histoire du monde et de l'histoire de l'Église commence avec la révolution française, dont elle subit l'influence et le contre- coup. La réforme du seizième siècle, — révolution religieuse, — avait jeté les bases de la réforme politique et sociale du dix-huitième siècle. Les idées du siècle de la libre pensée passèrent dans les faits , et l'anarchie dans les esprits conduisit à l'anarchie dans les événements. On avait répudié l'autorité de TÉglise, ce boulevard de l'ordre, de l'obéissance, du droit : nulle autre autorité ne pouvait plus subsister devant l'arbitraire ilUmité de la raison individuelle.
Le protestantisme devait se développer partout; mais son complet épanouissement allait amener sa ruine définitive. Il révéla de plus en plus son caractère négatif, sa force de destruction; le nombre de ses sectes se multiplia, et ce qu'il gardait encore des principes de la foi disparut insensiblement. Impuissant sans le secours de l'État asservi par lui, il perdit chaque jour de sa consistance. La conjuration antichrétienne, n'ayant rien à craindre de lui, ne dressa ses batteries que contre l'Éghse romaine, qu'elle attaquait surtout dans les États catholiques, en confiant le pouvoir aux mains des sociétés secrètes. Des rois détrônes et expulsés, des hommes d'État immoraux et irréligieux, des sociétés secrètes destructives, des prolétaires faméliques et partisans du désordre, des capitalistes arrogants et sans cœur, apparaissaient sur la scène du monde dans une proportion effrayante. Toutefois, tout ce qui était hostile à l'Église,
continue de se remuer et revêt une forme nouvelle. La déchristianisation se poursuit dans l'État, dans l'école, dans la famille; la lutte devient encore plus acharnée et plus générale au dix-neuvième siècle qu'elle ne l'était au dix-huitième, et il semble cette fois que la victoire appartiendra aux portes de l'enfer.
L'Eglise cependant, affermie par les promesses divines, ne se déconcerte point devant ce déchaînement des puissances de l'abîme. Les catholiques sont mieux armés pour le combat, leur zèle est plus ardent, leur force d'action plus réelle. Les secours de la Providence ne font point défaut dans ce déluge de tribulations. L'Église, travaillant à son œuvre journalière au milieu des attaques que lui suscitent les puissances ennemies, retranche de son corps les membres desséchés, déduit tranquillement les conséquences des vérités qui lui ont été confiées, prêche l'Évangile dans toutes les parties de l'univers, offre au monde denouveauxexemples de charité et de dévouement, attestant ainsi son origine sainte et apostolique, et fournissant de son unité et de sa catholicité une preuve d'autant plus éclatante, que l'une et l'autre sont de toutes parts menacées et attaquées.
Les ennemis de Dieu et de l'Église, réunis sous la bannière de la religion humanitaire et de la libre pensée, essayent, dans la science comme dans la vie pratique, dans la vie domestique comme dans la vie publique, de supplanter la révélation, de remplacer l'Église de Dieu par une église purement humaine, son autorité par la puissance de l'État, son sacerdoce par le sacerdoce de la presse et de la littéra ture, son éducation par les écoles athées de l'État, la discipline par la licence et l'émancipation de la chaire. Les idées religieuses sont bafouées, la politique chrétienne est évincée par la politique païenne, l'esclavage de l'esprit glorifiée comme l'affranchissement des intelligences; on exalte les progrès indéfinis de l'humanité abandonnée à elle-même, tandis que le règne de la force brutale envahit toutes les conditions ; on répudie, on couvre de dédain l'ordre surnaturel, en même temps que l'on corrompt l'ordre delà nature et que l'on remplace la foi par les extravagances de la superstition.
Ainsi s'élève, en face du royaume universel de Dieu, un royaume nouveau où se concentrent toutes les puissances de la terre, l'incréduUté cosmopolite et la conjuration internationale^ en face de la divine et merveillense unité de la foi, de
l'espérance et de la charité;, qui i-elnit dans le catholicisme, l'unité satanique dans la haine contre rÉghsH, qu'il s'agit de couvrir de ridicule et d'anéantir; dans la haine contre le Christ, dont la divinité est transformée en mythe; dans la haine contre Lieu, que l'on bannit de la vie publique et de la vie domestique ; le royaume sans espérances, où, reniant le ciel, on cherche vainement le paradis sur la terre ; — royaume d'incrédulité, où l'on encense l'orgueil humain, où l'on adore son propre moi, sauf à le voir fouler aux pieds par le despotisme du plus fort.
Ainsi s'accomplit de jour en jour la grande séparation des hommes eu deux camps adverses : d'un côté, les enfants de Dieu ; de l'autre, les enfants des hommes ; ici, les combattants de l'Église, de Jésus-Christ, de Dieu, et de la justice, de la liberté et de la moralité ; là, les adversaires de l'Église, du Christ, les ennemis de Dieu, et partant les fauteurs de l'anarchie, de l'esclavage et de la sauvagerie, les partisans de l'antique barbarie. Et plus l'abîme du mal sera mis à découvert, plus la sagesse humaine sera confondue, plus aussi s'accroîtra le nombre de ceux qui se réfugieront dans l'arche du salut, seul refuge contre la mort ; dans la barque de Pierre , que ni les flots ne peuvent submerger ni la tempête anéantir, et qui s'avance paisiblement à travers les ondes mugissantes.
OUVRAGES A CONSULTER SUR l'iNTRODUCTION A LA IX^ PÉRIODE.
Hist.-pol. BL, 1845, t. XV, p. 201 et suiv. ; Hutli (ci-dessus, VIII, introd.) Robiano (ibid.), Neueste Geschichte der Kirche Christi von 1806-1833, trad. de l'ital., 2« éd., Augsb,, 1836; Scharpff, Vortesungen über die neueste K.-G., Frib., 1852; Gams, Gesch. der Kirche im 19 Jahrb., Innsbr., 1853 et suiv., 3 vol.; St-George, le Christianisme au XIX« siècle, Paris, 1853; Rohrbacher (A. 33, c), t. XXVIl, XXVIII; C. Cantù, AUg. Weitgesch., t. XIII; Boost, Gesch. der Menschheit von der franzœf. Rev. u. s. f.,t. I, France, 2« éd., Ratisb., 1843 ;t. II, Autriche, Augsb., 1843. Auteurs protestants : Hagenbach (VIII,) Gieseler, K.-G., t.V;Baur, K.-G. des 19. Jahrb., t. V; Nippold, Handb. der neuesten K.-G. seit. 1814, Elberfeld, 1867 ; Alison, Gesch. Europa's seit der ersten franz. Rdvol.; introd. en allem, par Mayer, Leipzig, 1842 et suiv.; "Wolfg. Menzel, Gesch. Europa's von Beginn der franzœs. Rev., 1789- 1815, 3« éd., Stuttg., 1866, 2 vol., et Gesch. der letzten 40 Jahre 1816- 1856, sowie Gesch. der letzten 120 Jahre 1740-1860; Gervinus, Gesch. des 19 Jahrb. ; Leo, Univ. -Gesch., t. IV et V. On trouve de nombreux documents dans 60 feuilles politiques et religieuses, dans le Moniteur de
LA RÉVOLUTION DANS l'ËTAT ET DANS l'ÉGLISE. 65
Paris, l'Allgem. Zeitung d'Augsbourg, les Acta hist. eccl. ssèc. XIX, de Reinwald, Hamb., 1836-J838; dans l'Allgem. kirchlichen Chronik de Matthes (depuis i854), Leipzig, 1855-1867, 1-XIII; dans Vater, Anbau der neuesten K.-G., Berlin, 1820 et suiv.; dans Müller, Lexikon des K.-R. ; dans Archiv, für kath. K.-R., 1857 et suiv. ; dans la Collect. Concil. Lacens.,Frib., 1870 et seq.; dans la Coutin, Bullar. Rom., dans les Acta Pii IX, Rom., 1854 et seq., etc.