LE SAINT-SIÈGE ET LA RÉVOLUTION
§ 1". — Les orig-ines de la grande révolution. — li^Asseniblée nationale.
A. Décadence morale et politique de la France.
\ . En France, tout était prêt depuis longtemps pour une grande catastrophe. Les huguenots n'avaient pas seulemeilt répandu leurs principes révolutionnaires sur le terrain politique, ils avaient envahi le terrain religieux. La littérature impie, l'immoralité de la cour, la frivolité des hautes classes, le ressentiment profond excité par les progrès de l'absolutisme, l'enthousiasme soulevé par la guerre d'affranchissement dans l'Amérique du Nord, la détresse croissante des finances, les moyens artificiels par lesquels un gouvernement faible et irrésolu essayait d'y remédier, toutes ces causes allaient allumer un incendie effroyable, qu'on pouvait à peine prévoir dans un pays catholique. Cependant l'Angleterre protestante était encore allée plus vite dans une révolution analogue (164.0-1649).
La France était déjà décatholiciséede fond en comble, notamment par l'absolutisme royal, par l'arbitraire des parlements, par le gallicanisme et le jansénisme, par la philosophie à la mode et l'incréduUté, qui triomphait dans la science comme dans la presse. La France qui enfanta la révolution n'était pas catholique ; il n'y avait de catholiques en France que ceux qui allaient être les victimes de la révolution. La cour, la noblesse, la magistrature, n'avaient guère conservé que les dehofs de la religion, les formes extérieures de l'Église, sans conviction
vu. — fflST. DE l'église. 5
vivante. Ces formes, dépourvues de leur substance, parurent bientôt ridicules : on chercha à se débarrasser d'une contrainte onéreuse. La lecture des auteurs païens et des modernes libres penseurs y vint en aide. L'incréduUté ne demeura pas le privilège des hautes classes : les couches inférieures de la société, qui avaient une foule de griefs, subirent de plus en plus son influence; elles écoutèrent avidement ceux qui faisaient des rois et des prêtres les ennemis de l'humanité et attisaient la haine contre l'ancien ordre de choses, sous quelque forme qu'il se présentât.
Louis XIV. — Louis XV,
2. Le règne de Louis XIV, plus brillant qu'heureux, avait entretenu l'orgueil de la nation ; la langue française était la langue des cours et de la diplomatie ; les modes de la France, ses exemples, son influence, s'imposaient aux peuples voisins. Cependant la multitude des guerres, un luxe eifréné avaient élevé la dette publique à 3 milliards 500 millions ; le peuple était appauvri, la morale eu décadence. Sous la régence du duc d'Orléans, le vice, devenu commun, ;parut à visage découvert; la noblesse humiuée était mécontente; le système linancier de Law (1710-1720J, des spéculations commerciales hasardeuses ruinèrent un grand nombre de familles, et le nombre des mécontents croissait d'année en année. Quand Louis XV prit les rênes du gouvernement(1723) ,lasituatiunnes'améliora point. Sous son règne, les maîtresses devinrent toutes-puissantes; la collation arbitraire des charges ecclésiastiques et civiles, la dilapidation des revenus de l'État, l'administration défectueuse de la justice, la gloriücation du vice et de l'immoralité, étaient pour tous les esprits bien pensants un sujet de sérieuses réflexions.
L'Église asservie avait partout les mains liées, les évêques et les prêtres devenaient étrangers au peuple et passaient pour les principaux instruments des intrigues de palais. La cour et le parlement procédaient avec le même arbitraire; mais ceux-ci avaient l'air d'être les champions de la liberté civile. Des contestations extrêmement fâcheuses éclatèrent entre la couronne et les parlements, surtout de 1765 à 1770. A la suite de ces conflits, Louis XV aboht tous les parlements (1771), ut réorganiser les tribunaux supérieurs, et pubüa un nouveau règle-
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 67
ment pour la justice, qui ne fut en vigueur que pendant trois ans.
Des milliers d'intérêts se trouvaient ainsi lésés ; le nombre des mécontents allait croissant et s'ajoutait à celui que produisaient le mauvais état des finances, le louage des revenus publics à des fermiers généraux, le monopole et les privilèges de certaines classes, la misère du peuple, déjà voué à tous les désordres et à tous les faux principes. Les loges prêchaient le renversement du trône et de l'autel; la jeunesse était entretenue dans l'incroyance et l'immoralité ; un levain de corruption se répandait dans toutes les classes de la population. Louis XY mourut le 10 mai 1774, obsédé de cette pensée que le trône de France résisterait difficilement à l'invasion de tant d'éléments destructeurs.
Mémoire? pour servira l'hist. de laperséculioa française, recueillis par les ordres de Pie VI, par l'abbé d'Hesniivy d'Auribeau, Konie, 1794, 2 vol. ; Picot, Mémoires pour servir à l'ixist, du iH^ siècle, 3« éd., l. VI, Vil, Par., 18o6 et seq. ; Barruel, Hist. du clergé de France pendant la Révolution, Load., 1794-1804 (en allem, par Collinet, Francf., Leipzig etMuuster, 1794, 2 vol.) Le même. Collection eccl., ou Recueil complet des ouvrages faits depuis l'ouverture des états généraux relativement au clergé, 7 t. (en allem. : ßoiistaendige Sammlung, etc., Kempten, 1793-1797, lu part.)! Le même. Mémoires pour' servir à l'iiist. duJacobinisme, 1797, 1803, Lyon, 1818 et seq., 4 t. ; Hist.*du clergé en France pendant la Révolution, d'après Barruel, Montjoie, Picot, par M. R., Pans, 3 t.; Papun, liist.de la iîévululiou. Par., 181o, 6 vol.; Carron, les Confesseurs de la foi dans l'Eglise gallic. à la fin du 18<^ siècle, Paris, 1820,4 t. (en allem, par Raesz et Weis, Mayeuce, 1822-1826, 4 vol.) j Lacretelle, Hist. de France pendant le 18^ siècle, Paris, 1821, 7 vol.; Lewitz, Mirabeau und seine Zeit, Berlin, 18Ö2; Jager, Hist. de l'Eglise de France pendant la Révolution, Pans, 1852 et seq. ; Colieclion de mémoires sur la révolution française, Paris, 1821 et seq., 41 vol. ; Tàeiner, Documents inédits relatifs aux alfaires relig. de la France, 1790- 1800; Extraits d«s archives secr. du Vatican, Paris, 1808. Autres ouvrages : Sybel, Hist. Ztschr., 1865, Xlll, p. 188 et suiv.; Boost, jNeueste Gesch. von Frankreich (1789-1835), Ratisb., 1833 ; Mazas, Gesch. der franzœs. Revolution ; en allem, par Scherer, avec préf par Hœller, Ratisb., 1842, 2 opusc; Gaume, la Révolution, recherches historiques, trad.dufrançais, ibid., 1836, et suiv., 5vol.; le prince Jules de Polignac, JEiist.pol. und moral. Studien, ibid., 1846, 2 vol. — Ancillon, Zur Ver-
6è • lÖStOlRE DE l'église.
mittlung der Extreme, Berlin, 1838, 1,p. 249etsuiv.;"Wachsmuth,Gesch; Frankreichs ira Revolut. -Zeitalter, Harab., 1840 etsuir., 4 vol.; Burke, Betrachtuagea über die französische Revolution, d'apiès l'anglais, par Fr. v. Gentz, Braunschw., 1838, 2 part. ; Dahlmann, Gesch. der franzœs. Revolution, Leipzig, 1845, 1847 ; Fr. v. Raumer, Gesch. Frkchs. und der franzœs. Revolution, Leipzig, 1850 j Arnd, Gesch. der franzœs. Revolution, 1851 ; de Sybel, Gesch. der Revolutionszeit 1789-1 795, Düsseid,, 1858 et suiv., 1872, 4 vol. (4^ éd., Bonn, 1877 et suiv.); Haeusser, Gesch. der franzœs. Revol., 1789-1799, éd. par W. Onken, Berlin, 1867; Aless. Verri, Vicende memorabili dal 1789 al 1801, Op. postuma, Milano, 1858; Hist.-pol. BL, t. IX, p. 332 et suiv. ; Fehr, lieber die Entwicklung und den EinÜusz polit. Theorien, Innsbr., 1855; Beitrag zur Gesch. der franzœs. Kirche wsehrend der ersten Revolution (OEsterr. Vierteljahrsschr.,1863, p. 89 et suiv., 529 et suiv.). JNon seulement de Maistre, Gœrres, Baimès, Mazas, mais encore H. Leo (IV, 153), C. Hase (K. -G., § 388), W. Menzel, L. Blanc, Proudhon, Gervinus avouent que la révolution est une conséquence du protestantisme. Le gallicanisme apparaît aussi comme une des principales causes immédiates de la révolution ; c'est l'opinion émise dans un ouvrage anonyme publié à Francfort en 1 795 : le Système gallican atteint et convaincu d'avoir été la premièi'e et la principale cause de la révolution qui vient de décatholiciser et de dissoudre la monarchie chrétienne. Sur Louis XIV, voy encore Chéruel, de l'Administration de Louis XIV, d'après les Mémoires inéd. d'Olivier d'Ormesson, Par., 1853 ; Gaillardin, Hist. du règne de Louis XIV, Paris, t. 1-Vi. Sur Louis XV, Leo, IV, p. 262 et suiv.
Règne de Louis XVI. — Necker.
3. Louis XVI, pur dans ses mœurs, bienveillant, instruit, mais souvent irrésolu et trop indulgent, n'avait pas encore vingt ans révolus quand il prit les rênes du gouvernement. Malgré son amour de l'ordre et de l'économie, il n'osa pas trop diminuer le nombre des fêtes dispendieuses de la cour, et ne fut pas heureux dans le choix de ses ministres. Parmi eux se trouvaient le comte de Maurepas, diplomate de l'ancienne école, qui, insouciant de l'avenir, ne s'occupait qu'à sortir des difficultés du moment ; l'économiste Turgot, qui parlait constamment des droits de l'État et réclamait la division du travail ; ministre des finances, il prétendit réformer toutes choses d'après son système et sans ménagement pour les droits anciens; il affranchit le commerce des blés et vendit même toutes les provisions amassées
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. ßd
dans les greniers du roi, qui se trouvèrent complètement vides en 1776.
La famine éclata dans plusieurs provinces qui n'étaient pas préparées à cette mesure, et il en résulta un grand tumulte. Quelques actes du gouvernement avaient été applaudis, comme le rétablissement des anciens parlements, la suppression de la torture, l'abolition du servage dans les montagnes du Jura; mais la levée des anciens droits de péage appartenant aux corporations, l'abolition de tous les corps de métiers, les tentatives coûteuses d'une réorganisation de l'armée par l'aventurier Saint-Germain, qui dut se retirer en 1777 et laisser le champ libre pour de nouvelles expériences, excitèrent un grand mécontentement dans plusieurs classes de la société.
En 1776, Turgot dut céder sa place au banquier protestant Necker, également philosophe économiste, mais imbu d'autres principes. Necker procéda avec plus de circonspection que Turgot et se maintint jusqu'en 1781, bien que la guerre soutenue contre l'Angleterre en faveur des colonies de l'Amérique du Nord absorbât des sommes considérables. L'emprunt et l'augmentation des impôts furent la ressource de ses successeurs. La détresse financière faisait de nouveaux progrès. Après la mort du comte de Maurepas (1781), la reine Marie- Antoinette acquit une plus grande influence politique; chérie du roi, mais souvent trompée par son entourage, elle devenait chaque jour plus odieuse au peuple, qui voyait en elle la tète d'une camarilla hostile à ses intérêts.
Assemblée des notables en 1787. — Affaiblissement de l'autorité royale.
4. Dès le mois d'août 1786, le ministre des finances Galonné était obligé de reconnaître et d'avouer au roi qu'on avait épuisé tous les moyens de se procurer de l'argent, qu'il ne restait plus qu'à demander à la nation des secours extraordinaires; cette demande avait plus de chance d'aboutir, si l'on présentait un plan de réformes. L'assemblée des notables, qui n'avait pas été réunie depuis 1626, fut donc convoquée pour le commencement de 1787. Mais le résultat ne fut pas heureux. Les 144 notables, divisés en sept députations, n'entrèrent pas dans les vues du ministre, et Galonné fut obligé de donner sa démission.
Son successeur Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, n'obtint pas davantage de ressources sérieuses pour remédier au déficit connu de toute la nation. Les notables, peu populaires d'ailleurs, car c'étaient des privilégiés, fureat congédiés (25 mai 1787), et l'on réclama avec une nouvelle insistance la convocation des états généraux. Le gouvernement essaya par des édits royaux d'introduire les nouvelles taxes, mais les parlements refusèrent de les enregistrer, demandèrent des renseignements précis sur les recettes et les dépenses, puis la réunion des états généraux, qui n'avaient plus été convoqués depuis 1614. Ils remportèrent sur le roi, qui céda (20 septembre), après avoir d'abord procédé avec rigueur contrôleurs usurpations, une brillante victoire, que la populace célébra durant plusieurs jours.
Les défaites morales se succédaient pour le gouvernement. Le parlement de Paris persévéra dans sa résistance, encouragé parle duc Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, qui, de bonne heure méprisé pour la vulgarité de ses mœurs, se rendit populaire par son opposition et brigua les faveurs de la multitude. Le roi l'avait banni de la capitale ; il le laissa rentrer le 17 avril 1788, et rendit la liberté à deux conseillers du parlement qu'il avait fait emprisonner. Le parlement ne se montra pas plus accommodant. La situation du gouvernement empirait chaque jour. Ses ressources s'épuisaient ; ses déclarations et ses actes ne révélaient qu'incertitudes et contradictions; l'indiscipline et le goût des nouveautés pénétraient jusque dans l'armée. -
Necker redevient ministre.
5. Un plan pour la réforme des tribunaux et l'abolition partielle desparlonicats, élaboré par le garde des sceaux Lamoigaou, fut, bien que discuté en secret, connu des parlements, et provoqua en mai 1 788 des protestations énergiques et déjà menaçantes pour l'autorité du roi. Des ordres d'arrestation lancés contre quelques conseillers du parlement donnèrent lieu à des démarches auprès du roi contre les ministres ; mais la dépntation ne fut pas reçue de Louis XVI, et les ordres d'emprisonnement furent exécutés par la force militaire. Cependant de nouvelles et orageuses protestations s'élevèrent bientôt de toutes parts contre les édits du roi sur la constitution des tribunaux, et l'on se vit dans la nécessité de promettre laconvoca-
tien des états généraux, réclamée à grands cris par le public et redoutée de la cour. Brienne invita les autorités et les particuliers instruits à présenter leur avis sur la forme la plus convenable qu'il convenait de donner aux nouveaux états, comme s'il n'y avait pas eu de précédents.
Le 16 août 1788, la situation désespérée des finances obligea le ministère à déclarer que, le défaut de bonne volonté n'ayant pas permis de remédier à la crise par un emprunt, le gouvernement suspendait ses payements à partir du 1" septembre, jusqu'à ce qu'on lui fût venu en aide ; il donnerait à ses créanciers des reconnaissances qui porteraient intérêt et seraient payées dans la suite. Cet argent en papier causa du préjudice à des milliers de personnes; Brienne dut se retirer (25 août), après avoir obtenu le riche archevêché de Sens. L'opinion publique désigna comme le sauveur de l'État l'intrigant Necker, qui avait beaucoup contribué à discréditer les précédents ministres. Louis XVI, malgré son aversion pour le calviniste genevois, le rappela au ministère sur les instances de la reine. La populace battit des mains; Brienne fut brûlé en effigie; la foule commit des excès dans les rues de Paris, et cent cinquante personnes perdirent la vie. Les mêmes tumultes se renouvelèrent au départ de Lamoignon (14 sept.), et la troupe dut intervenir pour rétablir la tranquiUité. Le peuple était de plus en plus excité au désordre, et les sociétés secrètes faisaient tout pour l'y exercer.
Haine contre la noblesse et le clergé. - Déchaînement de la presse.
6. Pour conjurer les périls de l'État, il aurait fallu un homme désintéressé et inébranlable dans ses résolutions. Necker n'était point cet homme : vain et égoïste, il ne cherchait qu'à prolonger son règne en s'affranchissant des caprices de la cour et en s'appuyant sur la faveur populaire. Il était capable de renverser l'ancien édifice avant que le nouveau fût achevé, de détruire le dernier boulevard avant qu'il eût été remplacé par un autre. Les parlements furent rétablis et reprirent leurs séances (24 septembre). Aigris par les attaques dont ils avaient été l'objet;, ils firent brûler publiquement tous les édits relatifs à leur suspension. Les premières mesures de Necker sur les paye-
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méats avaient pour but de relever le crédit, mais il fut trompé dans son attente. Quoique le roi eût consenti à la convocation des états généraux, Necker obtint une nouvelle réunion des notables, qui devait, à la place du roi, décider sur le lieu et la forme de l'assemblée du royaume. L'ancienne forme des états généraux ne répondait pas à l'idéal des révolutionnaires qui donnaient le ton : ceux-ci voulaient que la nation fût représentée non par les états et les classes, mais par le chiffre numérique de la nation. Necker désirait que la prépondérance du tiers état fût établie par une assemblée aristocratique. D'après les projets des radicaux, le tiers ordre devait envoyer aux états autant de membres que le premier et le second réunis ; les trois ordres s'assembleraient dans une salle unique et voteraient par têtes.
Déjà la noblesse et le clergé étaient devenus le point de mire des plus viles insultes ; la populace démoralisée se récriait publiquement contre ces deux ordres privilégiés. La récolte de 1788 avait été mauvaise, le pain était fort cher, et l'hiver fut très rigoureux. Le duc d'Orléans fit distribuer du pain et allumer du feu pour le peuple. Ou comptait alors 2,500 brochures sur le despotisme, la féodalité, la noblesse et la hiérarchie. Ceux qui étaient ainsi attaqués, comptant sur leur bon droit, dédaignaient de se justifier dans des libelles et perdaient leur crédit auprès delà multitude. Si quelqu'un osait répondre aux gens de lettres industriels, toute la bande se déchaînait sur lui avec fureur. Une presse efPrénée exerçait le plus effroyable despotisme .
Bi^sing, Frankreich unter Ludwig XVI , Frib., 1872; Jobez, la France sous Louis XVI, Paris, 1877, t. I ; Déludre, Louis XVI et ses conseillers (Correspondant, 25 oct. 1 873). Sur les finances, voy . Sybel, I, p. li et suiv. ; sur Marie-Antoinette et la fameuse histoire du collier : Leo, IV, p. 574, 578 ; Compardon, Procès du collier, Paris, 1863 ; Géorgel, Mémoires, 2« éd.. Par,, 1820, vol. II, p. 119; Civiltà catholica, 1878, X, 6, p. 334 et seq. ; vol. VII, p. 478 et seq.; Arneth, Maria Theresia und M. Ant. Ihr Briefwechsel, 1770-1780, Vienne, 1863. Sur ces lettres et sur deux éditions françaises (falsifications), voy. Sybel dans son Historische Ztschr., 1863, XIII, p. 164 et suiv. ; XIV, p. 319 et suiv. — Mémoires du comte Miot de Melito (né en 1763 à Versailles, déjà officier sous Louis XVI), Par., M, Lévy, 1. 1'; Leo, IV, p. 592 etfsuiv.
L'abbé Sieyès.
7. Parmi ces gens de lettres se trouvait un ecclésiastique imbu des nouvelles doctrines, l'abbé Sieyès, vicaire général de Chartres. Dès le titre même de sa brochure : Qu'est-ce que le tiers état? il donnait cette réponse : Tout. Le tiers état, disait-il, comprend les 98|100* de la France ; la noblesse et le clergé n'en forment que les 2|100°. Le tiers état est donc proprement la nation; sa volonté, la loi suprême. Il n'a rien été jusqu'ici; il veut être tout désormais : il forme une nation entière, un tout complet, en dehors des ordres privilégiés, et un tout libre et énergique ; rien ne peut réussir sans lui, tandis que tout irait infiniment mieux sans ceux-là. Cet écrit était destiné à faire prévaloir les idées fondamentales de la politique de Rousseau sur les doctrines de Montesquieu représentées par Necker, mais surtout à combattre l'aristocratie tyrannique sans égard pour les précédents historiques, à propager les vues de la nouvelle école, qui ne voyait dans la féodalité que le règne des abus et dans le roi que le premier des citoyens.
Son succès fut tel, qu'il s'en répandit plus de 30,000 exemplaires dans l'espace de trois semaines ; il ouvrit les yeux à une partie de la noblesse sur l'abîme où elle avait concouru, elle aussi, à précipiter l'État. Du reste, une foule de gentilshommes appauvris avaient eux-mêmes placé leurs espérances dans la révolution. La noblesse du Dauphiné était pour le vote par têtes et pour la représentation du tiers dans les états du royaume. Louis XVI semblait heureux de se décharger du poids de sa responsabilité sur les états généraux. Necker, dans sa vanité, se flattait de dominer la nouvelle assemblée.
Sieyès, Qu'est-ce qu'est le tiers état? 1789.
Âssembléka des notables en 1788.
8. Les notables se réunirent le 6 novembre 1788. Six bureaux votèrent sur les mêmes questions, mais séparément. Ces questions regardaient le nombre des députés, l'éligibilité active et passive, le mode d'élection, etc. Cinq bureaux votèrent contre la double représentation du tiers état ; un seul se prononça en
sa faveur, et seulement par 13 voix contre 12. Necker, abusé, ne s'inquiéta pas du vote par têtes ; les états en décideraient euxmêmes, sauf l'approbation du roi.
Cette assemblée des notables, qui se sépara le 12 décembre, se plaignit vivement des écarts de la presse et des périls qui menaçaient l'État. On proposa de demander au roi une déclaration qui garantirait l'inviolabilité de la constitution; mais le roi, sur les instances de Necker, défendit à l'assemblée toute délibération de ce genre, et ne permit qu'aux princes de faire des représentations. Les princes usèrent de cette faculté, à l'exception du duc d'Orléans et du comte de Provence : ils rappelèrent les dangers qui menaçaient la France, et déclarèrent avec la noblesse qu'ils donneraient volontiers l'exemple de l'abnégation en renonçant à tous les privilèges qui les exemptaient de l'impôt ; mais que le tiers état devait à son tour ne pas attaquer leurs autres droits, non moins anciens que ceux de la monarchie. Cette déclaration redoubla l'aigreur des masses surexcitées et accrut la popularité des deux princes qui refusèrent de souscrire; quant au roi, qui subissait l'influence de Necker, il demeura dans l'inaction. Le tiers état, foulant aux pieds le droit historique des deux autres ordres et de la royauté, révélait de plus en plus sa brutale insolence.
Convocation des états généraux.
9. Le 24. janvier 1789, parut le décret relatif à la composition et à la réunion des états généraux, qui devaient s'ouvrir à Versailles le 27 avril. D'après ce décret, les députés d'un ordre pouvaient être choisis dans un autre et renfermer des ecclésiastiques ; le tiers ordre obtenait un double chiffre de représentants, bien que la majorité des notables se fût prononcée dans le sens contraire. D'une ou de deux chambres, de la votation par ordres ou par têtes, le décret n'en parlait point. Les députés des provinces arrivèrent au temps marqué et avant que la ville de Paris eût fait ses élections, car un règlement particulier dressé pour elle n'avait été publié que le 13 avril. De nombreux désordres eurent lieu à propos des discussions électorales, et déjà l'on entendait prononcer le nom d' «Assemblée nationale» . Les électeurs parisiens prolongèrent leurs réunions jusqu'à l'ouverture des états, et les continuèrent encore dans la suite, formant
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 7S
ainsi à côté de l'assemblée des états un club politique qui lui dictait d'avance ses résolutions.
L'ouverture fut ajournée au 4 mai. Quelques jours après, les députés déjà arrivés s'étaient divisés en plusieurs partis : il y avait des aristocrates, qui voulaient maintenir l'ancienne constitution en supprimant les abus; des modérés, qui se proposaient de supprimer les états et d'établir une administration parfaite, conforme à leurs idées philosophique ; des démocrates, qui réclamaient l'égalité absolue de tous les citoyens. La plupart étaient d'accord pour donner à l'Assemblée une plus grande autorité que celle que lui attribuait le décret de convocation, comme pour mettre à profit la surexcitation du peuple, qui souffrait beaucoup delà disette, bien que le roi, par de grands sacrifices, eût fait achètera l'étranger et distribuer du blé, sans l'annoncer au son de la trompette, comme faisait le duc d'Orléans.
Mirabeau. — Ouverture des états généraux.
10. Douze cents députés se réunirent, trois cents de la noblesse, trois cents du clergé, et six cents du tiers état, dans lequel figuraient aussi deux cent sept ecclésiastiques. Lesdéputés du troisième ordre, pour la plupart avocats, apportaient des mandats de leurs électeurs, avec différents postulata relatifs aux finances, aux tribunaux, aux écoles et aux pauvres. L'un des mieux doués parmi eux était Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau, de la Provence, décrié pour son immoralité et repoussé par la noblesse de sa province. Il avait ouvert à Aix une boutique de draperie, se moquait de la noblesse, et maintenant se plaçait à la tête de la démocratie,
Les chefs secrets de la révolution avaient pris toutes leurs mesures et corrompu une partie de l'armée. Les représentants du peuple avaient accoutumé la foule à faire des démonstrations dans les rues, et s'étaient familiarisés avec elle en prenant ses allures. Quand l'Assemblée fit sa cérémonie d'ouverture, la simplicité de leur costume et leurs airs de bravade offraient un étrange constraste avec la tenue solennelle du clergé et de la noblesse : ils furent salués avec transports par le peuple'.
' « On observa que le duc d'Orléans, placé à la queue de la noblesse, aimait à demeurer en arrière et à se confondre avec les députés du tiers. » (Thiers, Histoire de la révolution française. — Citation du traducteur.)
HISTOIRE D& l'ÉGLISB,
Pendant le sermon équivoque prêché à l'office par l'évêque de Nancy, de la Fare, le mot de liberté, qui revenait souvent, fut hautement applaudi. Les trois ordres étaient encore séparés : à la droite du trône était le clergé, à la gauche la noblesse, au front le tiers état. Louis XVI, accueilli encore par des vivats, lut du haut de son trône un discours préparé avec soin. Quand.iI eutcessé de parler, il s'assit et se couvrit la tête ; il fut imité non seulement par le clergé et la noblesse, qui avaient ce droit de temps immémorial, mais encore parle tiers état : il s'ensuivit quelque désordre, que le roi apaisa en se découvrant lui-même. Après le discours de Louis XVI exhortant ses sujets à ne pas trop se passionner pour les nouveautés et à veiller à la bonne administration des affaires de l'État, le garde des sceaux prit la parole, et Necker lut ensuite pendant trois heures un discours bourré de chiffres et de calculs, et qui fatigua tout le monde; il ne fit sensation qu'au passage où il était [dit que le déficit annuel calculé par les notables de 120 à 140 millions était réduit à 56 millions, lesquels pouvaient être couverts par des épargnes; il déclara qu'il n'y avait eu aucune nécessité de convoquer l'assemblée, que c'était un acte de pure bienveillance royale. Le roi leva ensuite la séance. Rien ne fut décidé sur la vérification des pouvoirs et des élections, ni sur la manière de voter.
Empiétements du tiers état.
11 . Tandis qu'autrefois (comme en 1614), chacun des ordres délibérait séparément, le tiers état chargea une députation d'inviter les deux autres ordres à se réunir à lui pour la vérification des élections, attendu que chaque député ne représentait pas seulement son ordre, mais encore la nation tout entière. Les deux premiers ordres ayant rejeté cette demande, le tiers état déclara qu'aucun pouvoir ne pouvait être vérifié hors de son assemblée; que les membres du clergé et de la noblesse, simples particuliers, devaient se réunir au tiers état, qui formait à lui seul les états du royaume. Les deux autres ordres ne demeurèrent pas unis. La noblesse se prononça par 188 voix contre 47 pour la vérification à part des pouvoirs et se constitua comme état. Mais ces 47, parmi lesquels figuraient les ducs d'Orléans et de Liancourt et le fameux Lafayette, conspirèrent avec le tiers état et
LA RÉVOLUTION DAMS l'ÉTAT ET ©ANS l'ÉGLISE. 77
furent renforcés par huit députés nobles de Paris qui se réunirent à eux. Le clergé comptait 133 conservateurs contre 144 révolutionnaires ; tandis qu'on faisait des tentatives d'accommodement, il ne réussit pas à se constituer comme état.
La victoire allait appartenir au tiers état, dont Necker faisait lui-même partie. Le 12 juin, sur la proposition de Mirabeau, le clergé fut adjuré, « au nom de Dieu de paix » , de se réunir au tiers état. Pendant qu'on négociait encore, trois curés passèrent dans le tiers état ; ils furent suivis de six autres, y compris l'abbé Grégoire, puis de trois autres encore.
Tous furent reçus avec de grands applaudissements. La noblesse et le reste du clergé protestèrent et voulurent remettre l'affaire à la décision du roi. La vérification des pouvoirs terminée, le tiers état se constitua en Assemblée nationale (17 juin), et déclara que ses membres étaient les seuls représentants légitimes de la nation française. Ce n'était pas seulement nier l'existence légale des deux autres ordres et supprimer l'ancienne organisation des états généraux ; c'était de plus abolir en principe la royauté contre laquelle s'insurgeait la nouvelle Assemblée en se faisant l'organe de la souveraineté du peuple. On avança d'autant plus vite dans cette voie, qu'on voyait incessamment des membres de la noblesse et du clergé passer au tiers état, et que le roi lui-même, intimidé, engageait les autres à céder aux circonstances.
Le ûlub Breton.
12. Le jeu des intrigues était depuis longtemps commencé. Les députés subissaient l'influence du club Breton, dont Bailly, Mirabeau, Sieyès, Target, faisaient partie. Necker avait repoussé avec dédain les services de ce club. Mirabeau chercha à se venger en le renversant. Il l'attaqua dans des pamphlets comme un pédant, un maladroit, un effronté charlatan. La salle dutiers état contenait plus de 600 auditeurs. Necker, diaprés ses propres principes sur la publicité et la Uberté de la presse, se trouvait réduit à l'impuissance : dès qu'on admettait le principe de la souveraineté du peuple, il ne restait plus qu'à en tirer les conséquences pour renverser la monarchie. Target proposa de supprimer tous les impôts existants, comme n'ayant pas été consentis par les états, et de ne rien accorder que pour la durée
de l'Assemblée, afin d'empêcher le roi de la dissoudre avant que de nouveaux impôts eussent été consentis. On adopta cette proposition en déclarant en même temps que l'Assemblée trouverait les moyens d'apurer la dette de l'Etat, dès que les principes de la rénovation nationale seraient établis. C'était rattacher les espérances de tous les créanciers de l'État à la continuation paisible des travaux de l'Assemblée, et rendre le gouvernement responsable des longueurs résultant de son intervention.
D'après le conseil de Necker, Louis XVI devait, dans une séance royale, décider le ditferend des états, lorsque déjà plusieurs députés ecclésiastiques (comme l'abbé Maury) furent insultés et maltraités par la populace pour leurs résistances à l'invasion du terrorisme. Le 20 juin, le roi annonça pour le 22 la séance royale, et défendit, en attendan i, de tenir des séances séparées . La noblesse et le clergé obéirent; mais le président du tiers état, Bailly, déclara qu'il tiendrait la séance annoncée pour le 20, parce qu'il n'avait pas reçu d'ordre de la propre main du roi. La salle fut fermée et occupée par des gardes; Bailly, sur la proposition du médecin Guillotin, conduisit ses députés dans la salle du Jeu de paume, où plusieurs nobles et de grandes masses de peuple les suivirent. Là il fut déclaré que les séances n'étaient pas attachées à un local quelconque, et chacun s'engagea par serment à y assister malgré tous les obstacles et à y demeurer jusqu'à l'établissement d'une nouvelle constitution.
Martin, le courageux député d' Auch, ayant refusé le serment, faillitperdre la vie ; le président l'arracha à la fureur de la populace en le faisant passer par une porte dérobée. Les séances furent alors ajournées jusqu'au 22 juin. Le roi, toujours hésitant, montra de sa propre main au président Bailly Tacte qui ajournait la séance au 23. Cependant le tiers état se réunit le 22 dans l'église Saint-Louis. i)a y voyait deux gentils hommes du Bauphiné et 148 ecclésiastiques, parmi lesquels les archevêques (Lefranc de Poupignan) de Vienne et (Champion de Cice) de Bordeaux, et les évêques de Chartres, de Coutances, de Rodez. On fixa la prochaine séance au lendemain, sans faire mention du roi.
Séance royale.
13. Le 23 juin, eut lieu la séance royale. Necker, mécontent de quelques modifications faites à son projet, évita d'y assister, sans
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en prévenir le roi. La noblesse et le clergé accueillirent le roi par des vivats ; le tiers état garda un morne silence. Le roi se plaignit des désordres qui avaient eu lieu naguère, et l'on donna lecture de deux décrets, dont l'un supprimait l'arrêté du 17, et l'autre fixait les objets de la discussion. Le roi termina en ordonnant aux états de se séparer et de délibérer le lendemain dans trois salles distinctes. La noblesse et les membres du clergé demeurés fidèles obéirent de nouveau, mais non le tiers état et les transfuges. Les promesses du roi étaient considérées comme nulles, parce qu'on semblait faire dépendre leur accomplissement de la volonté des ordres privilégiés. iNecker, dont l'absence fut interprétée comme un désaveu de la déclaration royale, gagna de nouveau la faveur de la populace, qui ne salua point le roi à son retour.
A l'invitation de se séparer, Mirabeau répondit qu'ils ne céderaient qu'à la puissance des baïonnettes. 11 fit en outre déclarer par l'Assemblée que les députés étaient inviolables; que quiconque les jetterait en prisou, lïït-ce par ordre de roi, serait responsable devant la nation. Trente-quatre voix seulement se prononcèrent contre lui. Le bruit de l'abdication de Necker s'etant répandu, la populace poussa des cris devant les fenêtres du roi, qui pria l'infidèle ministre de ne le pas abandonner. Necker annonça lui-même à la foule les dispositions du roi et reçut une ovation. La ville fut illuminée, et Mirabeau s'abstint complètement pendant quelques jours d'attaquer le ministre qui venait (24 juin) de rendre un grand service a son parti en humiliant le roi. Necker remercia l'Assemblée de ses marques d'estime.
L'archevêque de Paris, chef des membres fidèles du clergé, n'échappa aux mauvais traitements que par la protection des troupes; les 47 nobles et les 151 ecclésiastiques qui avaient passé au tiers état sous la bannière de ïalleyrand, évêque d'Autun, furent comblés d'honneurs. Les gardes royales, pour ne pas troubler la populace des rues, devait s'éloigner du voisinage de l'Assemblée. Una réunion des électeurs parisiens (25 juin) décréta l'envoi d'une adresse de remerciement à l'Assemblée nationale, et excita le peuple à s'armer. Des réunions semblables eurent heu dans les provinces. Au Palais-Koyal, résidence du duc d'Orléans, les «Amis de la liberté », club entièrement révolutionnaire, dont Necker tolérait les manœuvres
wo HISTOIRE DE l'ÉôLÏSE.
effrontées, envoyèrent aussi une adresse, et l'Assemblée nationale légitima cette réunion funeste en acceptant sa députation (26 juin).
Victoire définitive du tiers état. — Renvoi de Neck er. — Tumulte à Paris. — Prise de la Bastille.
14. Lorsque Louis XVI, contrairement à ce qu'il avait décidé le 23 juin, eut a4)prouvé, le 27, la réunion des trois ordres, et sacrifié ainsi ce qui lui restait d'autorité, la victoire du tiers état fut consommée; son président fonctionna comme président de toute l'assemblée. Le clergé ne se réserva plus que la faculté de délibérer à part. Le roi, on essayait de le rassurer par des cris de joie, tout en fomentant la vieille haine que l'on nourrissait contre la reine, et en soudoyant la populace pour lui faire exagérer la misère régnante. Necker proposa au roi (1" juillet) d'armer le peuple et de diminuer les troupes, qu'on essayait de corrompre par tous les moyens. Devant la recrudescence du désordre, Louis XVI comprit enfin que le rusé ministre était son plus dangereux ennemi, et il le congédia le 11 juillet. Ce renvoi, un jeune avocat, Camille Desmoulins, le fit passer aux yeux de la multitude échauffée comme le signal d'une Saint-Barthélémy des patriotes; il annonça que des troupes allaient bientôt marcher contre le peuple et provoquer ainsi l'armement général de toute la nation.
En peu de temps, Paris fut rempli de gens armés ; on sonna le tocsin et les boutiques se fermèrent. Une attaque contre la maison des lazaristes, ou se passèrent des scènes de vandalisme, inaugura dans la nuit du 12 juillet les horreurs qui allaient bientôt se poursuivre sans relâche et déshonorer la ville. Les soldats, qui avaient ordre de ne pas verser une goutte de sang, furent éloignés, et, le matin du 13 juillet, Paris était sans troupes. La populace se livra au pillage, délivra des prisonniers, ouvritlaporteauxaliénésde Saint-Lazare, et élargit les détenus pour dettes à la Force. Le collège électoral de Paris s'empara du souverain pouvoir et cela avec l'assentiment de l'Assemblée nationale, qui délibérait depuis le 9 juillet sur les bases d'une nouvelle constitution. Une garde nationale de 48,000 hommes fut organisée, et les propriétaires, menacés par les bandes, se crurent en sûreté. Cependant la populace, à
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laquelle beaucoup de soldats s'adjoignirent, demeura sous les armes et demanda au commandant Besenval la livraison de 32,000 fusils qui se trouvaient à l'hôtel des Invalides. Besenval répondit qu'il était obligé de consulter le roi.
Celui-ci se trouvait fort limité dans ses mouvements par l'Assemblée nationale; il avait refusé de rétablir le précédent ministère, d'approuver la garde nationale et le départ des troupes étrangères. L'Assemblée vota une adresse de remerciement à Necker et consorts, déclara qu'elle siégerait en permanence, qu'elle persistait dans ses réclamations et négocierait directement avec le roi. Cependant Louis XVI ne pouvait pas se résoudre à donner à son commandant des ordres pour procéder avec énergie; et celui-ci, ne voulant pas agir sous sa propre responsabilité, demeurait inactif ; plusieurs de ses soldats, qui n'avaient que des injures à essuyer, passèrent aux rebelles. Le 14 juillet, la populace s'empara sans résistance, non seulement de 28,000 fusils, mais encore de 20 canons, déposés à l'hôtel des Invalides, et, en vertu d'une capitulation qui fut plus tard indignement méconnue, elle occupalaBastille, défendue seulement par 138 hommes. Des assassinats révoltants furent commis : le gouverneur de Launay, une dame qu'on croyait être la fille M. de Flesselles et la plupart des invalides furent masacrés. On avait dépeint la Bastille comme une forteresse où la tyrannie faisait enfermer ses victimes : on n'y trouvaque sept personnes, dont l'emprisonnement était parfaitement justifié. La nouvelle de la prise de la Bastille, transmise dans les provinces, fut le signal des scènes les plus hideuses, notamment contre les châteaux de la noblesse.
Faiblesse du roi et nouveaux triomphes des insurgés.
15. Le roi hésitait encore toujours entre une résistance énerj gique et des concessions résignées. Une députation devait se rendre auprès de lui le 15 juillet ; tout à coup il se présente avec ses deux frères et sans son cortège habituel à l'Assemblée nationale. 11 exprima son regret de ce qui s'était passé, demanda le concours de l'Assemblée pour rétablir la tranquillité dans Paris, et assura qu'il avait donné des ordres pour faire éloigner les troupes du voisinage de Paris et de Versailles. Son discours fut vivement applaudi ; et à son départ tous les membres de l'As-
VU. — HIST. DE l'église. 6
semblée l'accompagnèrent jusqu'au château, où il se rendit à pied. A Paris, la confusion était intolérable ; Lafayette essaya (le 16) d'y rétablir un peu d'ordre. Lui et d'autres députés déclarèrent à l'hôtel de ville que le roi était maintenant revenu des illusions où l'avait bercé son entourage ; ils vantèrent la « noble » attitude du peuple de Paris et célébrèrent sa « juste » vengeance. Lafayette fut nommé par acclamation chef de la garde nationale et Bailly maire de Paris. Lally-Tollendal, l'un des principaux orateurs, reçut une guirlande de fleurs en guise de couronne civique.
Cette comédie, dès longtemps préparée, se termina par un Te Deum, et le mouvement ne cessa que très tard dans la nuit. Le roi, suivant le désir de l'Assemblée nationale, congédia ses ministres et rappela Necker. Il s'était mis dans l'impuissance de protéger ne fût-ce qu'un seul homme contre la fureur de la populace : c'est pourquoi il ordonna à toutes les personnes de son entourage, à l'exception de la reine, détestée de la foule, de se joindre aux troupes qui partaient sous la conduite du comte d'Artois. Elles passèrent heureusement la frontière.
Au heu de se placer à la tête des 50,000 hommes qui étaient encore à sa disposition pour rétablir son autorité royale, Louis XVi, sur l'invitation de la municipalité de Paris, se mit en marche pourla capitale le matin 27 juillet, après avoir fait son testament et reçu la communion ; il n'avait d'autre escorte que la milice de Versailles, qui l'accompagna jusqu'à Sèvres. A Sèvres, 200,000 Parisiens l'attendaient pour l'introduire dans la capitale comme un prisonnier. Le maire Bailly compara son entrée à celle de Henri IV, qui avait reconquis son peuple; aujourd'hui c'était le peuple qui reconquérait son roi. Partout retentissaient les cris de « Vive la nation ! » Le roi fut obligé ~d'arborer sur son chapeau la cocarde tricolore, d'entendre à l'hôtel de ville des discours ennuyeux et offensants, et de paraître au balcon pour se montrer à la foule. Des coups de fusil furent tirés sur lui pendant son retour à Versailles ; cependant il arriva sain et sauf. Le projet de nommer le duc d'Orléans gouverneur général fut, à cause des hésitations du roi, complètement abandonné de Bailly, Lafayette et autres.
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Anarchie croissante.
16. Le roi était déjà complètement subjugué ; l'Assemblée nationale gouvernait, et la populace menaçait de s'emparer du pouvoir. Beaucoup, même parmi les révolutionnaires, trouvaient périlleux de livrer des armes à une multitude fanatisée, dont l'impétuosité pouvait aisément anéantir les plans qu'on avait formés. On racheta de plusieurs les armes qu'ils détenaient ; à d'autres on voulut les enlever par force. Un grand nombre se dispersèrent alors et formèrent des bandes de brigands. L'exemple de Paris avait été partout imité, surtout dans le Dauphiné,la Bretagne et la Normandie. Insulteset pillages delà noblesse, assaut des châteaux, désertion d'une grande partie des soldats, établissement de gardes nationales, destruction des C(mvents, attentats de toute nature : tels sont les faits qui signalèrent ces journées de juillet. Huit jours après, la France entière était eu armes ; les parlements, les anciens tribunaux disparurent sans laisser de traces. Il n'y eut presque plus de juges, d'autorité, de puissance enfin qui fût capable de sauver l'ancienne constitution, dès qu'une nouvelle eût été établie qui confondait les intérêts des divers partis.
Dans l'Assemblée nationale, l'écule de Montesquieu, à laquelle se rattachaient Meunier, Lally-Tollendal, Clermont-Tonnerre et Necker, avait contre elle l'école de Rousseau, représentée par Mirabeau, Sieyès et Talleyr^nd. La première, sans parvenir à réaliser son idéal de constitution modelée sur celle de l'Angleterre, pouvait cependant empêcher la victoire des démocrates. La marche des délibérations de l'Assemblée nationale ne satisfaisait plus les révolutionnaires décidés, et il se préparait dans leurs clubs un nouvel assaut contre la constitution de l'Assemblée, avant même que cette constitution fût pleinement achevée. Les partisans de l'ancienne constitution (royalistes, aristocrates) avaient contre eux les constitutionels de l'école de Montesquieu et les démocrates, conduits par Mirabeau et Maxim ilien Robespierre, avocat d'Arras, qui partageaiful les vues de Rousseau. Les derniers devenaient chaque jour plus influents; ils firent échouer la proposition de Lally, tendante au rétablissemerit de l'ordre, parce qy'çlle était dirigée contre les détenteurs de la
liberté et que les dangers d'une opposition despotique n'avaient pas encore disparu (20 juillet).
Les excès les plus honteux continuaient leur cours. Foulon, ancien ministre de la guerre, fut (22), malgré l'intervention de Lafayette, odieusement mutilé et massacré sous ses yeux; on arracha le cœur à son gendre, après l'avoir forcé de baiser une tête sanglante plantée au bout d'une pique. Le progrès et la liberté avaient transformé les hommes en hyènes. Quiconque résistait aux volontés de la populace abruti, était égorgé. Le commerce et l'industrie étant paralysés, les prolétaires demandaient du pain et cherchaient à s'en procurer par des émeutes; les caisses et les maisons étaient livrées au pillage, la misère indescriptible ; la liberté de la presse augmentait la fermentation. De nouvelles émeutes se tramaient au Palais-Royal. L'occasion était propice aux aventuriers, tels que l'avocat Camille Desmoulins, qui se nommait lui-même le « procureur général de la lanterne » ; le marquis de St-Huruge , le baron prussien Clotz (Cloots), l'Espagnol Guzman, les Hollandais Pereira et Proli, le Polonais Lozowski, etc.; mais surtout aux avocats, aux comédiens, aux oisifs, et jusqu'aux femmes, comme la fameuse Théroigne de Méricourt.
Dernier trioraphe de Necker. — Les Droits de rhomme.
17. Le collège des électeurs de Paris, soucieux de rétablir l'ordre, et les assemblées de districts, qui voulaient, comme Mirabeau, la continuation du tumulte, ne tardèrent pas à se diviser. Une proclamation de l'Assemblée nationale aux Parisiens demeura sans effet, car il n'y avait plus d'autorité. Necker luimême, qui retourna le 28 juillet à Versailles, où il fut reçu par une tempête d'applaudissements, et qui, le 30, paraissait à l'hôtel de ville de Paris, pour y célébrer un nouveau mais dernier triomphe, — Necker était forcé d'avouer que les mesures adoptées par lui avait enlevé au gouvernement ce qui lui restait de force. Un district électoral de Paris, à l'instigation de Mirabeau, protesta contre un décret d'amnistie qu'il avait fait rendre, et obligea de le retirer. Le ministre ne put pas davantage obtenir l'élargissement de Beseuval. Au milieu de cette anarchie, l'Assemblée nationale continuait d'usurper le
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souverain pouvoir et se chargeait de la plus grosse part du gouvernement; elle nomma (28 juillet) uu comité pour examiner l'état des revenus, un autre pour s'enquérir de toutes les mesures hostiles aux idées modernes, — une espèce d'Inquisition. — On en fit autant pour les différentes brandies de l'administration.
Le 1°' août, eut lieu l'élection d'un nouveau président : 406 constitutionnels votèrent pour Thouret. l'ami de Necker; 402 démocrates, pour Sieyès ; mais, intimidé par l'attitude menaçante de la populace de Paris, Thouret, resigna son mandat, et, malgré la majorité constitutionelle, le démocrate Chapelier fut nommé. Depuis le 9 juillet, ou continuait de discuter sur la nouvelle constitution au milieu de l'incertitude générale; le 4f août, l'Assemblée décida qu'une déclaration des droits de l'homme serait mise en tête de la constitution. Les idéologues de l'école de. Rousseau partaient de ce principe que l'humanité avait croupi pendant des milliers d'années dans l'ignorance de ses droits; ils ne songeaient pas, ainsi que le rappelait Grégoire lui-même, qu'à côté des droits il y a des devoirs ; que, dans l'état actuel des choses, les spéculations philosophiques étaient hors de saison.
La Déclaration des droits de l'homme, en 17 articles, proclamait le principe de la souveraineté du peuple, la liberté des convictions religieuses, l'affranchissement de la presse, le droit de résistance à l'oppression (le droit de révolution). Ce qu'elle renfermait de bon n'était pas nouveau, ce qu'elle renfermait de nouveau n'était pas bon, et il y avait là quantité de choses qui servaient à justifier tous les abus et toutes les violences. La loi devint l'expression de la volonté générale ; tout ce qui n'était pas défendu par la loi, devenait liiîite ; la liberté fut définie la faculté de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. On fit vivement ressortir l'égalité naturelle de tous les hommes devant la nature comme devant la loi. iVlais taudis qu'on exposait la théorie de ces droits de l'homme, les droits effectifs et les personnes elles-mêmes couraient les plus graves dangers.
Abolition des privilèges de la noblesse et des dîmes ecclésiastiques. — Suppression de l'ancienne jurisprudence.
18. Dans l'Assemblée nationale du 4 août, dont la séajiee de nuit se prolongea pendant six heures, le député Target lut le projet d'un appel au peuple pour le rétablissement de la tran-
quillité. Lé vicomte de Noailles représenta que le calme ne serait rétabli que lorsqu'on aurait fait quelque chose pour le peuple, introduit l'égalité des impôts et aboli le système féodal. Ce fut comme un choc électrique, et chacun se piqua de générosité; mais tout cela avait été concerté la veille dans le club Breton. Les diverses propositions furent acceptées sans débat et par acclamation. La noblesse offrit ses titres, ses armoiries, ses corvées, ses droits de chasse et de pêche, ses droits de garenne et de justice, ses revenus féodaux. Le clergé se comporta comme s'il avait eu des droits personnels à sacrifier : il renonça aux dîmes, en se réservant un dédommagement, et aux droits d'étole. Le haut clergé, qui, avant de se réunir au tiers état, avait déjà déclaré qu'il était prêt à renoncer an privilège qui l'exemptait des impôts; qui plus tard avait offert trente millions pour remédier à la détresse financière, puis encore 400 millions — en même temps que le clergé inférieur, un tiers de la fortune immobilière de l'Église, — le haut clergé consentit à ce que les biens ecclésiastiques fussent imposés et se montra prêt à tous les sacrifices. Déjà auparavant, de l'aveu de Necker, il avait fait, pour subvenir aux charges de l'État, proportionnellement autant que les deux antres ordres.
On abolit toutes les redevances au pape, aux évêques et aux chapitres; on supprima une foule de pensions mihtaires imméritées, les constitutions particulières des villes et des corporations, les inégalités de la justice pénale, les privilèges des employés de la justice, les immunités d'impôts ; les privilégiés se virent même obligés d'acquitter l'année courante. Tous les citoyens furent déclarés admissibles à toutes les charges de l'État. L'enthousiasme était tel, que l'archevêque de Paris proposa de chanter un Te Deum, et Liancourt de faire frapper une médaille commémorative. Ces résolutions furent de nouveau confirmées le 5 août.
En deux mois, la Révolution avait conquis un terrain immense : 1° elle r.vait transformé l'assemblée des états en assemblée nationale, malgré la noblesse et le clergé (juin) ; 2" le roi avait reconnu l'Assemblée nationale et le pouvoir suprême usurpé par elle ; 3° elle avait aboli une possession légale de mille ans, surtout du côté de la noblesse et du clergé, et, au conmiencement d'a-ait, elle avait déblaj'é le terrain pour y élever un nouvel édifice.
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Déclaration de l'archevêque de Paris.
19. Débarrassée de tant de revenus ecclésiastiques, l'Église, ainsi l'espéraient les hypocrites jansénistes, allait désormais « se spiritualiser » . Mais bientôt le clergé n'eut que trop de raisons de déplorer sa condescendance. Le 11 août, l'archevêque de Paris, vanté comme le père des pauvres, déclara que la renonciation aux dîmes avait été faite sous cette réserve, qu'il serait pourvu convenablement aux besoins du culte et de l'Église, par conséquent que la suppression des dîmes serait différée jnsqu'à ce que l'État eût fourni un dédommagement. Le i 1 août cependant, la dîme fut abolie sans compensation, au grand étonnements des curés désabusés et sans avantage pour l'État, car elle ne pesait que sur les propriétaires fonciers. Les agents du duc d'Orléans demandaient les têtes de onze évêques et de six curés, si les dîmes n'étaient pas supprimées saus condition; déjà des listes de proscription circulaient dans le public. Le démocrate Sieyès trouva lui-même cette mesure injuste. Un curé demanda si l'on avait adjuré le clergé, au nom du Dieu de paix, de se réunir au tiers état pour l'étrangler ou le laisser mourir de faim; on lui répondit par un bruyant éclat de rire, — digne salaire de sa conduite équivoque et de sa participation à une injustice. La Révolution désormais n'avait plus rien à craindre du clergé et de la noblesse.
Quant au trône, on lui enleva son dernier appui en imposant aux soldais un serment qui ne les obligeait plus qu'envers la nation et leur défendait de prendre les armes contre les citoj^ens sans les ordres de la municipalité. Paris avait 30,000 hommes de troupes d'infanterie et 1,000 de cavalerie. L'esprit de révolution envahit l'armée, et la caisse de l'État demeura dans une situation désespérée. Le clergé, malgré tous ses sacrifices, fut discrédité par des caricatures et des bruits mensongers ; les excitations contre la famille royale et les excès de la populace continuèrent leur cours.
Nouvelle Constitution.
20. A la fin d'août, l'Assemblée nationale avait tracé les grandes lignes de la nouvelle constitution : inviolabilité de kv personne du roi comme possesseur du pouvoir exécutif, hérédité
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de la couronne de mâle en mâle ; publication des lois par le souverain, pouvoir législatif de la nation, responsabilité de tous les fonctionnaires, inviolabilité de la propriété et de la liberté personnelle. Les constitutionnels demandaient deux chambres et le veto absolu du roi : les démocrates les accusèrent dans des brochures de s'être laissé corrompre par la cour et de soutenir des absurdités tyranniques; ils soulevèrent contreeux la populace, qu'ils envoyaient constamment en campagne contre la majorité modérée de l'Assemblée. Lafayette déjoua encore le 31 août et le 1" septembre les tentatives d'une démonstration armée à "Versailles,
Cependant les constitutionnels devenaient de plus en plus timides ; Mounier ne put trouver d'imprimeur pour son écrit en faveur du veto; tous redoutaient la haine de li populace. A la fin (11, 21 septembre), l'Assemblée décida que le roi aurait un veto suspensif, c'est-à-dire qu'il pourrait s'opposer à une loi pendant deux législatures. On rejeta le système des deux chambres, et il fut résolu que l'Assemblée législative serait renouvelée tous les deux ans. La nouvelle constitution était un mélange d'idées constitutionnelles et d'idées démocratiques; mais celles-ci l'emportaient de beaucoup. Déjà la nécessité avait contraint le roi d'aliéner sa vaisselle d'argent, et l'Assemblée nationale coûtait tous les mois près d'un million. L'impôt patriotique proposé par Necker le 2i septembre fut consenti le 26, mais on demanda que tous les articles de la constitution fussent sanctionnés par le roi.
Le roi est emmené à Paris.
21. Afin de placer Louis XVI et les constitutionnels sous la dépendance alisoluede la populace, dirigée par les « Amis de la liberté », l'on crut nécessaire de transférer de Versailles à Paris la résidence du roi et le siège de l'Assemblée nationale. Après une foule de préparatifs exigés par la presse, le 5 octobre, un lundi (jour spécialement préféré du peuple souverain pour ses coups d'État), une bande nombreuse de femmes ou d'hommes habillés en femmes , conduite par l'amazone Théroigne de Méricourt et suivie comme nrrière-garde de quelques centaines d'assassins stipendiés, se mit en route do Paris pour Versailles^ aux cris : « Du pain et à Versailles! » La garde
LA RÉVOLUTION DANS L ETAT ET DANS l'ÉGLISE. 89
nationale se joignit à cette foule, qui grossissait à vue d'œil,de sorte que près de 30,000 houimes occupaient la route. Il s'agissait de forcer le roi de transférer sa résidence à Paris, de confier la surveillance du château à la garde nationale, et d'obtenir l'approbation pure et simple des « Droits de l'homme ». Le complot, dirigé par le duc d'Orléans, Mirabeau et probablement aussi Lafayette, avait encore pour but l'assassinat de la reine.
A Versailles, des troupes étaient postées devant la grille de la cour extérieure du château. Bientôt après, les femmes (7,000 environ) arrivèrent devant le local de l'Assemblée nationale ; elles furent introduites et obtinrent qu'une députation serait envoyée au roi. La garde nationale de Versailles se joignit aux sœurs et aux frères de Paris ; la garde noble du roi, à laquelle toute voie de fait était interdite, fut insultée. Le roi ayant déclaré à la députation des femmes qu'il remédierait à la disette du pain, elles s'en retournèrent tout attendries de cet accueil ; mais celles qui les avaient envoyées furent si peu satisfaites, qu'elles voulaient pendre les ambassadrices.
Une seconde députation se rendit auprès do roi à huit heures du soir, tandis que la multitude demandait sa tète avec des cris de bêtes féroces, Louis XVI avait ordonné le départ des troupes pour apaiser la foule ; mais, les menaces ayant redoublé, il les fit rappeler. Conseillé de fuir, il repoussa ces suggestions sur les instances de Necker et dans la crainte que son éloignement ne provoquât la guerre civile. Il confirma alors tous les articles de la constitution ([ui lui furent proposés; mais il ajourna encore la résolution de se rendre à Paris. Lafayette survint pendant la nuit, s'efforça d'apaiser le peuple et de tranquilliser le roi, qu'il décida à se coucher ver. deux heures. Mais bientôt la populace recommença de vociférer devant le château, tua plusieurs gardes nobles, désarma les Suisses et envahit plusieurs appartements. Louis XVI fut obligé de se montrer au balcon. On lui criait de se rendre à Paris, et la vie de la reine était menacée. Louis fut contraint d'ubéir.
Sur la proposition de Mirabeau, l'Assendjlée nationale décida égalementqu'elle retournerait dans la capitaleet que cent de ses membresaccompagneraient le roi. Tandis que LouisXVl, entouré de toutes parts par une foide de peuple, précédé des tètes de deux gardes du corps plantées sur des piques, partait pour
Paris avec sa famille, le 6 octobre, à deux heures de l'aprèsmidi, il n'entendait autour de lui qu'injures, menaces et chansons dérisoires. Ce voyage douloureux, ralenti par l'affluence du peuple, dura plus de six heures. On arriva à l'hôtel de ville à neuf heures du soir, au milieu des cris : « A la lanterne 1 » Cependant personne n'osa encore mettre la main sur le roi. De là, Louis se rendit aux Tuileries désertes, où la garde nationale fit le service. A. dater de ce jour il ne fut plus qu'un prisonnier.
22. Les feuilles publiques n'osaient reproduire que des choses honorables pour le peuple. Le roi, dans une proclamation, dut se déclarer satisfait de ce qui s'était passé et inviter à Paris l'Assemblée nationale. Le 19 octobre 1789, l'Assemblée tint ses séances au palais archiépiscopal, et plus tard au Manège; mais sa présence ne rétablit pas la tranquillité.
L'ambitieux Mirabeau, qui aspirait à devenir ministre toutpuissant, et qui maintenant aurait volontiers sauvé le roi, si Necker, si Lafayette, qui aimait à jouer au dictateur, n'avaient pas traversé ses plans, Mirabeau parlait avec mépris du duc d'Orléans, qu'il avait d'abord favorisé. Le duc ayant été nommé (14- octobre) ambassadeur en Angleterre, cette nomination fut considérée par le peuple comme un bannisement. Les constitutionnels et les membres ecclésiastiques de l'Assemblée nationale furent maltraités à Paris, et l'on empêcha toutes les mesures qui avaient é!é prises pour l^s protéger. Plusieurs d'entre eux — à la fin 300 — donnèrent leur démission et laissèrent leurs sièges à des révolutionnaires fanatiques.
Seuls, l'abbé Maury et M. de Cazalès demeurèrent à leur poste au prix des plus grands sacrifices; plusieurs des conservateurs sortis de l'Assemblée, et dont on se vengea par le serment du 20 Juin, durent se cacher dans des réduits; ils s'efforcèrent vainement d'indisposer les états provinciaux contre l'Assemblée nationale.
A Paris, le désordre était à l'ordre du jour. Tumultes devant les boutiques de boulangers et devant les Tuileries, incendies, listes de proscription contre les aristocrates, intimidation des riches, insolence effrénée de la populace, encouragée plutôt que contenue par la garde nationale, fuite de plusieurs conser-
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vateurs , justice populaire absurde et déshonorante — tel était le bilan delà situation. Toutes ces causes déterminèrent enfin l'Assemblée nationale à adopter une loi contre les émeutes, réiUu'ée par Mirabeau lui-même; elle ne rencontra d'opposition qu'auprès des plus violents démocrates, tels que Maximilien Robespierre; mais le roi, qui renaissait à l'espérance, la sanctionna avec joie
Le premier usage que l'on fit du tribunal érigé à cet effet, fut d'y citer les ci-devant ministres et les amis du roi. Ils en appelèrent aux anciennes lois de l'État ; mais on leur opposa le contrat social dans le sens de Rousseau, beaucoup plus ancien. La tranquillité ne fut que partiellement rétablie dans Paris. Le radicalisme, désormais certain de la victoire, dirigea ses plus violentes attaques contre l'Église, afin d'atteindre plus sûrement son but. La décatholicisatioa de la France, présentée par Mirabeau comme une condition nécessaire au triomphe des idées nouvelles, favorisée déjà parla libertédes cultes reconnue dans la constitution, devint la principale préoccupation. Le trône, dont on avait sapé les bases, ne devait plus s'appuyer contre l'autel.
Leo, IV, p. 606 et sui\\, 637 et suiv.; Picot, Mém., V, 355, 389 et seq. ; Mémoires de Grégoire (mort en 1831), précédés d'une notice hist. sur l'auteur, par M. Carnot, Paris, J837, 2 t.; Krüger, Grégoire nacti s. Denkw. mit Vorrede von G. Hase, Leipzig, 1838. Cf. Tüb. Qiiartalschr., 1838, IV, p. 720-741. Guitfrey, les Comités des assemblées révolutionnaires, 1789-1795 (Revue historique, 1876, t. I, livrais, a); Rapports du lazariste Dubois (mort en 1824) et de Phillipe, dans Jauffret, Mémoires, t. I. Sur les subventions du clergé pour fournir aux dépenses du gouvernement : de 1782 à 1788, il avait payé en don- gratuits 42 millions de livres. Voy. Necker , sur l'Administration des linauces de la France, t. II, p. 297. — Sur la constitution du mois d'août et les événements suivantes, voy., Sybel, Gesch. der Revolutionszeit, I, p. 43 et suiv.
La désorg-auisation de rÉg^lise et rAsseniblée législative.
Confiscation des biens de l'Église.
23. Le clergé était prêt a tous les sacrifices pour subvenir à la détresse financière de l'État. L'arcbevèque de Paris déclara
qu'à l'exemple de l'ancienne Église, le clergé aliénerait volontiers tout le superflu en vases d'or et d'argent pour adoucir la misèregénérale. Afin d'annihiler le sentimentd'admirationpour une telle générosité, l'évêque d'Autun, Talleyrand, proposa (10 octobre) de confisquer tous les biens de l'Église au profit de l'État. Pour frayer la voie à ce projet combattu encore par des voix imposantes, on essaya, d'une part, de tromper le clergé inférieur, en lui faisant accroire qu'il ne s'agissait que de supprimer les prélatures conférées par le roi et que les curés en profiteraient, et, d'autre part, d'intimider les adversaires en répandant des listes de proscription. Mirabeau persistait à soutenir que les biens d'Église étaient des biens nationaux; Volney en disait autant des domaines royaux. La raison de droit était l'utilité générale.
Le 30 octobre, les cours du palais archiépiscopal furent envahiespardes bandits. Le duc de la Rochefoucauld déclara qu'il fallait, pour sauver la vie des évêques et des prêtres, accepter le décret sans délai. Cependant, comme Mirabeau n'était pas encore assuré de la majorité des voix, l'affaire fut ajournée au 2 novembre. Les bandits se montrèrent de nouveau, proférant des menaces de mort contre les ecclésiastiques qui résisteraient. Les organes de l'Église, tels que Maury, obtenaient difficilement la parole. Enfin la proposition fut acceptée par 568 voix contre 346 ("246 membres manquaient); elle portait : 1° que les biens du clergé seraient mis à la disposition de la nation (surtout comme hypothèque du papier-monnaie), à lacharge parcelle-ci de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte et à l'entretien de ses ministres; 2° le minimum de la dotation des curés était fixé à 1,200 livres, non compris le logement et le jardin; 3" la vente des biens du clergé devait commencer le 9 avril 1790 et se continuer jusqu'à concurrence de la somme de 400 millions. Cette masse de biens d'Église futvendue à vil prix, et l'État n'arriva pas à couvrir les frais du culte. « Vous voulez être libres, «disait Sieyès lui-même,» et vous ne savez pas être justes. » Les biens de l'Église protestante demeurèrent intacts.
Suppression des couvents.
24. Les premiers coups atteignirent les ordres religieux. Il fut d'abord décrété (5 et 6 février 1790) qu'une congrégation
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religieuse n'aurait jamais plus d'une maison dans une même commune; puis on passa aux débats sur les ordres religieux eu général. L'avocat Treillard proposa (11 févr.) l'abolition de tous les vœux de religion ; la réclamation des évêques en faveur d'institutions qui avaient rendu tant de services en France, ne fut pas accueillie. Quand l'évêque de Nancy, appuyé de quelques députés, demanda que l'Église catholique, apostolique et romaine fût déclarée la religion de la nation et de l'État, les démocrates de la gauche rejetèrent cette proposition avec mépris et Lambeth prononça contre elle un discours véhément.
Après de longs débats (11-13 février), il fut décidé : i° que la loi ne reconnaîtrait plus à l'avenir de vœux solennels ; que tous les ordres, toutes les congrégations qui faisaient de tels vœux étaient supprimés et qu'il était désormais défendu d'en ériger ; 2° tous leurs membres étaient libres de quitter en le faisant savoir aux autoritée locales ; ils recevraient des pensions ; un décret serait rendu plus tard sur les établissements d'éducation et les orphelinats ; 3° les religieuses pouvaient demeurer provisoirement dans les maisons qu'elles habitaient, et n'étaient pas comprises dans la défense de recevoir dans un seul établissement des membres de plusieurs autres. Bientôt aussi les biens des couvents furent mis en vente; les pensions mal payées, et quelquelque temps après réduites à un tiers.
Ce mensonge des démocrates, que les vertus monacales étaient des vertus de contrainte, et que les captifs s'empresseraient de jouir de leur liberté, les religieuses de France le réfutèrent d'une manière brillante, ainsi qu'un grand nombre de religieux. Parmi ces derniers toutefois il se trouva quantité d'apostats, dont plusieurs devinrent les plus fougueux terroristes (Fouché, Chabot) ; ce furent les austères trappistes qui en fournirent le moins. Comme l'État ne pouvait plus subvenir à la moitié de ses payements, on avait déjà précédemment (9 décembre 1789) résolu la vente de plusieurs biens ecclésiastiques et domaines de la couronne; on émit des assignats rapportant cinq pour cent, qui devaient être remboursés sur la valeur des biens nationaux. En février 1790, des biens ecclésiastiques étaient déjà vendus, et ce trafic s'étendit sur une vaste échelle. Le 14 avril, l'État se chargea de l'administration des biens du clergé; quant aux besoins de l'Église, on ne prit pas même les mesures indis-
pensables. Plus tard (sept.), il fut ordonné à tous les réguliers de quitter le costume de leur ordre.
Constitution civile du clergé.
25. Il fallait s'occuper en outre de renverser la constitution hiérarchique de l'Église : car c'est ainsi seulement qu'on pourrait supprimer le catholicisme. On le fit au moyen de la Constitution civile du clergé, rédigée par des avocats jansénistes. Une commission des afTaires ecclésiastiques nommée par l'Assemblée élabora un nouveau code de législation religieuse, qui, malgré l'opposition de plusieurs députés, fut accepté le 12 juillet 1790. Le clergé ressentit douloureusement la perte de son indépendance et l'infidélité aux promesses qu'on lui avait faites. L'archevêque d'Aix, l'évêque de Nancy, l'abbé Maury, Cazalès, protestèrent en vain contre cette usurpation tyraimique. L'ex-ohartreux dom Gerle demanda lui-même que l'on reconnût au moins que le catholicisme était la religion de la nation.
Les évêques réclamèrent la réunion d'un concile national. En vain 200 députés de la droite déclarèrent que, si la constitution était acceptée, ils publieraient nue protestation au roi et au peuple; et ils jurèrent au nom de Dieu et de la religion... Ici le tumulte de la gauche et les clameurs de la populace dans les galeries étouffèrent leurs paroles. A la sortie, l'abbé Maury fut accueilli par les cris : « A la lanternel » — « Eh bien 1 » répondit-il hardiment, a si vous me pendez à la lanterne, y verrez -vous plus clair ? »
- Cette prétendue constitution civile faisait de l'ÉgHse de France une Église démocratique et calviniste, et la détachait du centre de l'unité. Les 18 archevêchés et les 108 évêchés qui avaient existé jusqu'alors, devaient être remplacés par 10 métropoles et 73 évêchés, d'après la division des provinces en 83 départements,établiedurantl'hiver, par manie d'égahte révolutionnaire et au mépris de tous les souvenirs historiques, afin que la circonscription des nouveaux diocèses concordât avec colle des départements. La juridiction des prélats étrangers (comme celle de l'archevêque de Trêves, qui avait cinq sutfragants en France) fut supprimée; dans chaque diocèse, l'autorité civile et l'évêque devaient procéder à rétablissement de nouvelles paroisses.
Un seul séminaire devait être maintenu ou érigé dans chaque diocèse. Toutes les dignités, prieurés, canonicats, bénéfices
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simples, dansles églises cathédrales et collégiales, furent abolis; le conseil de l'évèque serait formé par les vicaires de la cathédrale, le supérieur du séminaire et ses deux vicaires; chaque évèque serait en même temps curé de l'Eglise cathédrale, qu'il administrerait par ses vicaires (chapelains). L'évèque ne pouvait rien entreprendre sans son conseil. L'institution des évêques et des curés réglée par le Concordat et le droit commun était remplacée par r élection populaire, c'est-à-dire par les assemblées électorales ordinaires du département (où se trouvaient aussi des juifs et des calvinistes). La confirmation et la consécration des évêques étaient réservées au métropolitain (ou au plus ancien évêque), quant au pape, on devait se borner à lui notifier l'élection, sans lui en demander la confirmation, nécessaire au maintien del'unité. Avantsa consécration, l'évèque prêterait, en présence des officiers municipaux, du peuple et du clergé, le serment solennel de veiller avec soin sur son troupeau, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la présente constitution civile. Les curés prêteraient le même serment et se présenteraient devant l'évèque pour le faire confirmer. Chaque curé avait le droit de choisir ses vicaires.
Voilà ce qu'on appelait la Constitution civile du clergé, comme si elle n'eût concerné que des objets civils. Le janséniste Camus entreprit la tâche ingrate de justifier ce honteux factum au point de vue théologique : œuvre d'autant plus révoltante pour les catholiques fidèles, qu'un laissait aux protestants, notamment en Alsace, la pleine hberté d'arranger leurs affaires religieuses.
Mùnzenberger, Kirchengesetzgebung der franzœsj. Revolution, "Würzb., 1877; mon ouvrage le Cardinal Maury, ibid., 1878; Prat, Essai hist. sur la destruction des ordres relig, en France au 18" siècle, Paris, 1845; Guillemain, Mémorand. des libertés si des servitudes de l'Église gallic, p. 307 et seq. ; Picot, V, p. 423 et seq. ; VI, 2 et seq, ; Barruel, Collect., I, p. 13 et seq.; Mazas, I,p. 67 et suiv.; Sybel, I, p. 111 et suiv.; L. Sciout,Hist. de la Constitution civ. du clergé, 1798-1801, Paris, 1872 et seq., 2 vol. Sur la participation des jansénistes, voy. Gianni et autres, dans Potter, Vie de Ricci, II, p. 315 ; Ranke, Pœpste, III, p.
Opposition des catholiques. — Nouveaux décrets de l'Assemblée nationale.
26. La vivacité des débats, les décrets mêmes qui avaient été portés, produisirent une scission profonde au sein de l'Assemblée nationale et dans la France entière. Le peuple des campagnes et plusieurs villes se préparèrent à la résistance. Les catholiques de Nîmes, qui avaient réclamé dans des adresses contre les innovations religieuses , se soulevèrent ; les protestants des Cévennes commirent parmi eux d'horribles massacres {lA juin) et demeurèrent maîtres de la ville. A Montauban, où le peuple protégeait les couvents contre les autorités locales et la garde nationale, composée en grande partie de protestants; à Alais, à Perpignan, à Toulouse, il y eut des désordres. Les révolutionnaires accusaient maintenant les prêtres et les nobles de conspirer et réclamaient un châtiment exemplaire des rebelles : de là des enquêtes, des vexations infinies infligées aux catholiques, qui avaient formé entre eux une « confrérie de la foi catholique ». Sous ce prétexte absurde qu'il ne s'agissait que de tumultes artificiellement provoqués, l'Assemblée nationale résolut d'y mettre un terme en achevant ses réformes.
De son côté, la partie saine du clergé ne négligea rien pour empêcher l'exécution des décrets. Les évêques s'adressèrent au Saint-Siège ; trente d'entre eux, députés de l'Assemblée, présentèrent une protestation franche et courageuse, et demandèrent que l'exécution en fut suspendue jusqu'à ce que le chef de l'Église se fût prononcé. Ils proposèrent aussi la réunion d'un concile national. A ces évêques se joignirent quatre-vingt-dixhuit autres députés ecclésiastiques , puis cent cinq évêques français et quatorze évêques étrangers , dont les diocèses s'étendaient en France. De vigoureuses lettres • pastorales furent publiées. Mais les révolutionnaires, qui méditaient la ruine de l'Église, ne reculèrent point. Le serment, au dire de Mirabeau, n'affectait pas le dogme, et le pape, étant un prince étranger, n'avait rien à démêler dans cette affaire. L'excellent discours de Maury n'eut aucun effet.
Le 27 novembre, il fut décidé que tous les évêques et tous les prêtres ayant charge d'âmes seraient tenus, dans un laps de temps déterminé, de prêter serment à la constitution civile du
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clergé, sous peine de perdre leurs places. Les évêques nouvellement élus pourraient, sur le refus de celui qui était autorisé à les consacrer, recevoir la consécration des mains de tout autre évêque , et l'administration civile désignerait l'évêque qui aurait à confirmer l'élu. Le roi, inquiété dans sa conscience et averti par le pape, hésitait à approuver ces derniers décrets; mais le souvenir des scènes du mois d'octobre, la crainte de les voir se renouveler, l'engagèrent à céder. A dater de ce jour, il y eut rupture complète entre Louis XVI et l'Assemblée nationale, qui du reste se méfiait de lui. La gauche (27 déc.) publia avec joie la confirmation royale, et le 4 janvier 1791 fut fixé aux ecclésiastiques de l'Assemblée pour la prestation du serment. Le curé Grégoire devança le terme et prononça un discours pour se justifier; trente autres curés suivirent son exemple.
Bûchez, HisL. parlementaire, V, 343 ; Picot, V, 348 et seq.; (Froment), Mém. hist. et pol. sui* le massacre des catholiques de Nimes les 13-16 juin 1790 ; Guillon, les Martyrs de la foi, I, p. 121 et seq. Documents : Barruel, Collect., I, p. 54 et seq. ; Sensa Cieri gallicaui occasione revolulionis gallic. manifestata, Poson., 1804. Extraits dans Roscovany, Mon., m, p. 502 et seq. , n. 543-ö4ö ; I, p. 575 et seq., n. 282. Voy. l'odvrage : Unverschsemte Heuchelei der Revolutionsbischœse in Fran kreichin der von ihnen verfaszten '.(Harmonie der wahren Grundsœtze der Kirche mit der bürgerlichen Verfassung desGlerus », Straszb., 1792 (contre le pamphlet «Accord des vrais principes de l'Église, de la morale et de la raison sur la Constitution civile du clergé de France, par les évèques des départements, membres de l'Assemblée nat. constit. A Paris, 1791, condamné par Pie VI le 19 mars 1792). Statuta synodal., Trevir., 1847, t. VI, p. 269; Roscovany, III, p. 277-289, n. 504.
Les Jacobins. — La fête de la Fédération à Paris.
27. A la fin de l'année 1790, la France était déjà dans une situation lamentable : on ne voyait partout que tumultes parmi les paysans, révoltes des ouvriers , excès dans les troi-pes, pillage des églises, décadence des écoles, impuissance des conservateurs, prépondérance des plus audacieux démagogues. Le club Breton, renforcé de nouveaux membres, tenait maintenant, sons le nom de club des Jacobins, ses séances dans l'église de ce nom
(dominicains), rue Saint Honoré, et se déclarait franchement répnblicain. Il eut bientôt dans le pays plus de six cents succursales et une mnllitnde de journaux; il domina la gauche de rassemblée nationale et forma un pouvoir parfaitement organisé, qui faisait tout fléchir sons sa volonté. Effrayés des progrès des Jacobins, Mirabeau, Sieyès, Lafayette, Bailly et Talleyrand établirent (mai 1790) la Société de 1789, qui se proposait de rester dans les bornes déjà fixées à la révolution. Quant au « club » royaliste « des Impartiaux », il fut dissous parla populace.
Mais les Jacobins déclarèrent que la révolution n'était pas encore consommée, et ils invoquèrent le danger d'une réaction royaliste et le principe de la liberté illimitée, devant lequel la constitution même devait céder. Leurs partisans n'avaient plus pour but la liberté du travail, mais la liberté, reconnue par l'Etat, de jouir sans travailler. Les assemblées de districts, influencées par eux, empêchèrent la municipalité de Paris de fermer, ainsi qu'elle le voulait, le club dangereux des Jacobins, surtout celle du district des Cordeliers, où dominaient Danton et Fabre d'Églantine. A l'Assemblée nationale, les Jacobins se disputaient avec d'autres partis sur la question de savoir si l'on devait, d'après le traité de 1762, faire la guerre à l'iVngleterre en faveur de l'Espagne, si le droit de décider de la guerre et de la paix appartenait aux seuls députés ou aux députés de concert avec le roi.
Mirabeau, ayant fait accepter la proposition que le concours du roi était nécessaire, devint, ainsi que Bailly, Lafayette et Necker, l'objet de la haine et de la persécution. Les Jacobins furent irrités de voir que l'Assemblée accordait encore au roi plusieurs millions de revenu : cela suffirait à « l'ennemi du peuple » pour tout corrompre et ramener l'esclavage. Ils se plaignirent que le droit de vote fût restreint aux citoyens qui payaient des impôts directs et que la nouvelle division de la France eût accru le nombre des autorités. Ils représentèrent aux sous-ofliciers et aux soldats qu'il était contre toute justice que leurs officiers fussent élus par le roi et non par eux-mêmes. Necker en fut réduit à une fuite et à une abdication honteuses; Mirabeau, déjà gagné à la cour, fut obhgé d'entrer dans le clui) des Jacobins, et Lafayette suivit son exemple. Cette fois,
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le club était maître du ministère ; il recevait des rapports de toutes les provinces et intimidait tous les autres partis. En divers endroits, on célébra des fêtes de fédération en signe de la concorde qui existait entre les troupes régulières, la garde nationale et le peuple. L'anniversaire de la prise de la Bastille (14 juillet) fut érigé en fête nationale, à laquelle le roi et les députés de toute la nation devaient participer. Le baron Clotz et avec lui soixante députés demandèrent que tous les peuples qui aspiraient à être délivrés de l'esclavage pussent y prendre part, et il choisit pour les représenter des vauriens stipendiés, habillés par le théâtre. La fête, célébrée sur un vaste amphithéâtre préparé au Champ de Mars, où devait s'élever l'autel de la Patrie, occupa des officiers, des dames, des moines et des manœuvres: c'était un mélange bizarre de tout ce que l'imagination peut concevoir. Les députés, trempés par une pluie torrentielle, commencèrent les danses au son des instruments de musique, tandis qu'à l'autel se tenaient soixante ecclésiastiques en ornements sacerdotaux avec des rujjans tricolores. Talleyrand célébra l'office et bénit les drapeaux. Le roi dut prêter serment à la constitution, et Lafayetie jura au nom de la garde nationale; la reine elle-même était parée de rubans aux trois couleurs, et, du haut de son balcon , elle montra au peuple le dauphin qu'elle tenait dans ses bras. Il y eut un Te Dewn, des illuminations le soir et des fêtes qui durèrent jusqu'au JSjuillet. Tout semblait frappé de vertige. Le clergé constitutionnel n'hésita pas à profaner par sa présence ces solennités religieuses.
Cf. Sybel, I, p. 148 et suiv.
Prestation du serment. — Le clergé constitutionnel.
28. Le 4 janvier 1791, la salle des séances des députés fut envahie par des hordes (les sans- culottes) qui hurlaient comme des bêtes fauves. Le protestant et jacobin Barnave demanda et obtint que tous les députés ecclésiastiques fussent appelés par leur nom et interrogés sur leur prestation de serment. Pendant ce temps la populace vociférait . a A la lanterne lesévêques et les prêtres qui refuseront le serment ! » Le premier appelé fut
iOO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
M. de BonnaCjévêque d'Agen : « Messieurs, » dit-il, a les sacrifices de la fortune me coûtent peu, mais il en est un que je ne saurais faire, celui de votre estime et de ma foi. » Ceux qui lui succédèrent immédiatement, tinrent le même langage. Les Jacobins, dont la fureur redoublait à chaque instant, demandèrent qu'on invitât ceux qui voulaient prêter le serment à se nommer ; les autres seraient considérés comme réfractaires. Outre ceux qui étaient assermentés, il ne s'en trouva qu'un seul. Alors Grégoire s'efforça de persuader au clergé qu'on ne voulait pas toucher à la reUgion. « Eh bienl » répondit le clergé, «nous demandons que l'on convertisse d'abord cette explication en décret. » L'Assemblée s'y refusa ; plusieurs prêtres déjà assermentés commencèrent alors à ouvrir les yeux. Près de vingt passèrent à la droite et se rétractèrent publiquement. La victoire morale était du côté de l'Église , quoique la force appartînt à ses ennemis.
Un décret obligea le roi de destituer tous ceux qui avaient refusé de prêter le serment, et de les remplacer. La populace se dispersa, mais on entretint l'agitation par des pamphlets et des caricatures.
Parmi les évêques, il n'y en eut que quatre qui prêtèrent le serment : l'archevêque Loménie de Brienne, les évêques Talleyrand d'iVutun , Savine de Viviers, Jarelite d'Orléans. Cent vingt-sept évêques aimèrent mieux abdiquer leur charge que leur honneur et leur foi. La plupart des curés et des vicaires (plus de 50,000) refusèrent aussi le serment et furent exilés. Ainsi s'établit la distinction entre les prêtres assermentés et les prêtres insermentés, entre les constitutionnels et les non constitutionnels. Dans plusieurs départements, on ne trouva pas un seul prêtre qui eût fait les dix ans de service que la constitution civile exigeait pour l'épiscopat ', et l'on fut dans l'impossibilité de nommer d'après les prescriptions légales aux évêchés déclarés vacants. Mirabeau fut obligé de réduire à cinq les aimées de service. Les vicaires et les réguliers ordonnés depuis cinq ans furent également reconnus aptes aux fonctions paroissiales. Dans l'insuffisance des ex-réguliers et du clergé révoluliiuuiaire, ou recourut à des prêtres allemands et hoUan-
' C'est quinze ans de service « au moins » que la Constitution civile exigeait pour être éligible à un évêché. [Note du trad.)
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dais fugitifs ou suspendus, à qui l'on confia des paroisses. Comme les cinq sixièmes du clergé avaient refusé le serment ou ne l'avaient prêté qu'avec des restrictions, et que plusieurs se rétractèrent dans la suite, on vit çà et là des sacristains et des manœuvres promus aux fonctions paroissiales, ordonnés et institués parles évêques de l'État.
Il était difficile de faire consacrer les évêques constitutionnels. Expilly, nommé à l'évêché de Quimper, et Marolles, à celui de Soissons , furent repoussés par plusieurs évêques à qui ils demandaient la consécration; il fallut attendre jusqu'au 23 février 1791, où l'apostat Talieyrand leur prêta sou ministère, assisté de deux évêques in partions (Miroudot de Babylone et Gobel de Lydda). Quatre jours après, (îobel, esporté de ces deux nouveaux élus, ordonnait l'abbé Saurine pour le département des Landes, Ce dernier, à sou tour, imposa ses mains sacrilèges à d'autres évêques officiels, la plupart curés assermentés.
Le 13 mars, Gobel fut proclamé archevêque de Paris par ciiK} cents électeurs, et publia bientôt après, à l'occasion de la mort de Mirabeau (2 avril), une lettre pastorale d'un grotesque et d'un ridicule révoltants. Les prêtres fidèles à l'Église ne pouvaient considérer les prêtres assermentés que comme des traîtres , des apostats et des intrus ; tandis que ceux-ci les traitaient d'ennemis de la liberté et de la constitution. Les laïques fidèles ne recevaient aucun sacrement des mains des prêtres assermentés, et le roi lui-même n'avait que des prêtres insermentés pour le service de sa chapelle. Plusieurs prêtres constitutionnels , y compris Talieyrand , achevèrent de se déconsidérer dans l'état laïque , et furent désapprouvés par Grégoire lui-même. Ce dernier reçut en récompense l'évêché de Blois, du vivant de l'évêque légitime, et prit pour vicaire général le farouche et sanguinaire Chabot, ex-capucin. Les prêtres fidèles furent exilés, et dans les provinces plusieurs furent cruellement assassinés. 11 se passa des scènes dignes de l'Église des trois premiers siècles, qui s'était multipliée par le sang des martyrs.
PicuL, VI, 78 et seq.; Boissard, Hist. du s<M-iiient à Paris, 1791; Fleury, le Clergé du départem. de l'Aisne, I, p. 314; Menneval,
Souvenirs historiques. — L.-G. Michaud, Hist. politique et privée de Charles-Maurice de Talle3a'and, Paris, 1853; Sciout (§ 23); Barruel, Collect., t. Il et seq,
La Constitution civile condamnée par le pape. — Occupation d'Avignon et du comtat Venaissin.
29. Le pape Pie VI avait suivi avec une vive sollicitude la détresse croissante de l'Église. Lo 10 juillet 1790, écrivant à Louis XVI, il lui disait d'un ton affectueux et paternel : « S'il était en votre pouvoir de renoncer même à des droits inhérents à la prérogative royale, vous n'aviez pas le droit d'aliéner en rien ni d'abandonner ce qui est dû à Dieu et à l'Église. » Il adressa ensuite plusieurs brefs aux cardinaux, archevêques et évêquos de France, pour les consoler, les affermir et les exhorter à la persévérance. Lorsque l'on commença d'appliquer la constitution civile du clergé, il la condamna le 13 avril 1791, la réfuta en détail, suspendit tous les prêtres assermentés, déclara sacrilèges et invalides toutes les élections et promotions nouvelles. Aux questions des évêques de France il répondit (26 septembre) par une longue instruction sur le baptême, le mariage et les sépultures, comme sur les relations des catholiques avec les curés intrus.
A Paris, où, le 4'avriH791 , l'église de Sainte-Geneviève avaitété transformée en un Panthéon païen, dans lequel on avait transféré en grande pompe le cadavre de Mirabeau, mort depuis peu, ainsi que les restes de Voltaire et de Rousseau , l'effigie du pape fut insultée dans les rues et livrée aux flammes (3 mai). Les prêtres assermentés essayaient de se justifier devant le peuple par des faux-fnyants : tantôt ils se moquaient des décrets du pape, tantôt ils les déclaraient interpolés, tantôt ils disaient que la constitution était une œuvre purement civile et ne regardait pas l'Église ; irrésolus, désunis entre eux, ils ne se soutenaient que par la puissance des Jacobins.
Ceux-ci, pour se venger du pape, travaillèrent à faire pénétrer la révolution dans Avignon et le comtat Venaissin, territoires pontificaux : dès le 2i décembre 1790, après y avoir établi une succursale de leur clnb, ils y envoyaient des troupes françaises; le 24 septembre 1791, on décréta l'incorporation de ces domaines à la France, sans offrir au pape la moindre com-
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pensation. L'iiiaugaratioii de la nouvelle liberté fut signalée par l'emprisonnement de 620 personnes à Avignon, à Carpentras et dans le comtat Veuaissin : leur seul crime était de rester fidèles au gouvernement légitime du pape. Toutes furenttuées, plusieurs jetées dans les glacières d'Avignon, d'autres assassinées avec des barres de fer. Jourdan, « le Coupeur de têtes », y recueillit une fortune considérable, mais fut plus tard moissonné par la guillotine. Quand on se plaignit de ces horreurs, l'Assemblée passa à l'ordre du jour. Les catholiques étaient h(jrs la loi, ou plutôt on ne respectait plus les droits de personne. Plusieurs princes de l'empire d'Allemagne ayant réclamé contre la violation (le leurs droits, on leur répondit : « Les traités que les despotes ont jadis conclus entre eux, ne regardent pas les peuples libres. »
Pie VI au roi elàd'iiulres (Picot, VI, 24 et seq.,) contre la consécration dos pseudo-evêqiies, 19 mars 1792 ; Roscovany, III, p. 277 et seq., n. öOi ; en faveur des prêtres persécutés, 4 mai 1791 et 19 mars 1792 : Bull. Rom., t. IX, 28, 168, 10 et seq.; Bull. Rom. Cont., t. V et seq ; (Hulot), Collectio brevium et instruct. Pli VI ad praes. Gallic. Eccl. calamitates, Aug. Vindel., 1796, t. II ; Roscovany, I, p. 431 et seq., n. 265 et seq.; Theiner, Docum. inéd. ; Valdassari, Gesch. der WegfLihr.:ng und Gefangenschaft Plus VI.; en allem, par Steck, Tüb., 184^; Leo, IV, p. 703 et suiv.; Moroni, V, Avignon ; mon écrit «le Card. Maury », p. 33 et suiv.
Situation de Louis XVI. — Sa fuite et son emprisonnement. — Fin de l'Assemblée nationale.
30. La situation du roi devenait de plus en plus critique. Dès le mois de mars 1791, les Jacobins avaient dissous la société des « Amis de la constitution monarchique », composée do 800 membres; déjà, dans le club des Cordeliers, dirigé par Danton, puis dans des placards et des journaux [le Patriote français de Brissot), il était question de supprimer la monarchie et d'établir la république ; déjà l'on parlait d'enlever an roi ses prêtres non assermentés. On l'empêcha de se rendre à Saint- Cluud, où il se proposait de passer la semaine sainte. Lafayetle le tyranni.sait. Deux tantes de Louis XVI, qui désiraient faire le voyage de RomO; se virent refuser leurs passepuits par la
municipalité ; cependant elles arrivèrent heureusement à Rome.
Louis XYI ne vit plus d'autre moyen de salut que de se réfugier dans l'armée du Nord sous les ordres de Bouille. 11 fut reconnu à Varennes par lo maître de poste Drouet, arrêté et forcé de rentrer dans Paris. Son frère, le comte de Provence, qui avait pris une autre route, parvint à s'échapper. A la nouvelle de la faite du roi, I'jVssemblee nationale avait suspendu ses pouvoirs, pris en main le gouvernement et licencié la garde du corps.
Le 25 juin, le roi, calme en apparence, rentrait dans Paris, salué do personne et menacé par la populace. La reine paraissait révoltée et sous l'empire d'une violente émotion. A dater de là, le couple royal fut soumis à une surveillance plus étroite. Un grand nombre de nobles et d'ecclésiastiques furent persécutés pour avoir favorisé cette tentative de fuite ; beaucoup émigrèrent. Un décret rendu le 9 juillet ordonnait à tous les émigrés de rentrer chez eux, et menaçait de tripler les impôts de ceux qui resteraient à l'étranger. Le 30 juillet, tous les ordres de chevalerie furent aliolis. La suspension qui pesait sur le roi ne cessa qu'au mois de septembre, quand il eut signé la constitution, alors définitivement terminée.
L'Assemblée nationale, en tant que constituante, venait d'achever son œuvre. Ainsi elle termina ses séances (30 septeuibre 1791), après avoir, pendant une période de trois ans, précipité le pays dans des calamités inexprimables. Elle fut remplacée par l'Assemblée législative.
Sybel, I, p. 242 et siiiv.
Les partis dans l'Assemblée législative.
31. La constitution était un enfant mort-né : elle était constitutionnelle-monarchique, tandis que le mouvement général tendait vers la république ; elle rejetait la communauté des biens ainsi que la république, et elle contenait des principes fjui aboutissaient nécessairement à la domination arbitmircdu prolétariat et à la destruction de la propriété. La répnlilique athée.
LA RÉVOLUTION DANS l'kTAT ET DANS l'ÉGLISE. lOo
cet idéal des gens de lettres en renom, était le bnt des politiques influents, qui dissimulaient leurs manœuvres égoïstes et criminelles sous le nom d'amour de la patrie. Le roi allait être immolé à un Efit abstrait; toute la question était de savoir si on lui laisserait le titre de président ou si on le condamnerait à mort. « La bête est dans le pièg-e, » criait C. Desmoulins : « il faut la tuer. »
La victoire appartint aux plus logiques, et elle était terrible la logique du crime ; elle avançait toujours : les plus fougueux révolutionnaires de 1789 étaient aujourd'hui les plus modérés; les partis se supplantaient mutuellement; rien d'important ne pouvait plus se faire pour la monarchie. L'Assemblée nationale n'avait pas profité de sa victoire sur les républicains; les classes moyennes abattues laissaient le champ libre à l'activité infatigable des démolisseurs. Lafayette, qui avait encore concerté avec Bailly la signature d'une pétition demandant la déposition du roi, abdiqua le commandement de la garde nationale et retourna dans ses terres en Auvergne.
Un décret rendu sur la proposition de Robespierre portait qu'aucun des membres de la précédente Assemblée ne pourrait être élu à la nouvelle Législative. Ce décret éliminait une foule de conservateurs capables ; et, comme il y eut de nombreuses abstentions au scrutin, la nouvelle Assemblée ne compta guère que des hommes imbus d'idées démocratiques, dirigés par les clubs, et la plupart sans aucune expérience. Elle s'ouvrit le l«' octobre. On y remarquait trois cents jeunes avocats sans fortune, soixante-dix ecclésiastiques constitutionnels, et autant d'hommes de lettres sans réputation. On y distinguait trois partis : 1° à gauche, plus de cent trente Jacobins ; 2° à droite, deux cents ministériels (Feuillants); 3'' encore beaucoup d'indécis, appelés les « Endormeurs » du centre.
Parmi les Jacobins on remarquait les Girondins, ainsi nommés parce que leurs chefs étaient de la Gironde, comme Vergniaud, Guadet, Isnard, Gensonué, Brissot. Les principaux démocrates, réunis à Paris, se donnèrent des postes influents : Péthion devint maire de Paris; Danton, »ssesseur du conseil municipal ; Manuel, son syndic ; François-Maximilien-Joseph-lsidore Robespierre, fils d'un avocat débauché d'Arras, né en 1759, sans importance particulière en 1789, fut nommé accusateur public
au tribunal criminel du département de la Seine. Né despote, il fit de la résistance à ses opinions un crime de lèse-liberté, et joua un rôle de plus en plus important. Marat, par ses feuilles sanguinaires, exerça également une grande action sur l'opinion publique.
Leo, IV, p. 730 et suiv. ; Sybel, I, p. 187 etsuiv., 246 et suiv.
Nouvelle oppression des catholiques
32. Quand le roi se présenta dans la nouvelle Assemblée (1" octobre 1791) pour lui recommander de rétablir la paix et d'afTermir la nouvelle organisation, celle-ci songea tout d'abord à restreindre les marques d'honneur qu'on avait coutume de rendre au chef de l'Etat . Bientôt elle redoubla de rigueurs contre les prêtres non assermentés, tenus en grande estime par le peuple ; ces prêtres, revêtus de pleins pouvoirs par le pape, exerçaient au milieu de graves dangers le ministère qu'on leur interdisait. Le29 novembre, il fut décidé que tous les prêtres, y compris ceux qui ne remplissaient point de fonctions publiques, seraient tenus de prêter le serment, sous peine de perdre leurs pensions et d'être suspectés de révolte et de trahison, auquel cas l'autorité devrait les consigner dans un lieu déterminé. Ce décret^ quoique non approuvé par le roi, fut exécuté dans plusieurs districts. Les catholiques fidèles, à qui l'on enleva successivement toutes leurs églises, fuyaient les prêtres intrus, surtout dans la Vendée, la Bretagne et l'Anjou; ils continuaient d'assister au culte célébré par les prêtres légitimes dans des maisons particulières et dans des lieux secrets. Une commission envoyée dans ces districts agités constata que la cause des troubles provenait de ce qu'on avait inquiété la conscience du peuple. Écarter ces troubles, le despotisme n'en avait pas la force, et la situation religieuse était maintenant aussi bouleversée que la situation politique et sociale. Lo ministre de l'intérieur, Cahier de Gerville, ami du farouche républicain Barnave, mais ayant pourtant quelque désir de respecter la liberté religieuse, fit le rapport suivant (15 février 1792) : Dans tous les départements, la Uberté du culte est abolie; les autorités ont pris des
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 107
mesures vexatoires, ravi leurs enfants aux parents, déterré des morts parce qu'ils avaient été administrés par des prêtres non assermentés; dans plusieurs localités, les églises paroissiales ont été complètement fermées, sous prétexte de tendances rebelles; l'incertitude règne au sujet des naissances, mariages et enterrements.
Le ministre proposa une loi qui conférait à des laïques le tenue des registres de l'état civil ; elle fut adoptée les 27 août et 20 septembre 1792. Tandis que, depuis le mois de novembre 1787, il était permis aux non catholiques de se marier devant l'autorité civile, les catholiques étaient contraints, en plusieurs endroits, de se faire marier par un prêtre intrus ; ailleurs, ils pouvaient profiter de la loi des dissidents et déclarer leurs mariages, naissances et décès, devant les autorités de la commune. La jurisprudence du mariage fut transformée, le divorce autorisé (14 sept.) ; il fut prescrit, sous peine de nullité, de contracter mariage devant les agents municipaux et quatre témoins. L'Église toléra ce mariage comme un acte purement civil, et un décret du pape (28 mai 1793) déclara que le consentement donné devant deux témoins, à défaut du curé autorisé, serait suffisant.
Le despotisme irréligieux exercé contre le clergé et les catholiques est également dépeint par le Mercure de F"'rance, 12 janvier 1791, rédigé par Mallet du Pan, protestant de Genève; il est aussi reconnu par Louis Blanc lui-même, Hist. de la révolut. fr,, V, 253. Guerre des Vendéens contre la républ. fr., ou Annales des départements de l'Ouest pendant ces guerres, d'après les actes, etc., Paris, 1824, ö vol.; Hirscliel, Gesell, der Civilehe in Frankreich, Mayence, 1873 ; Catholique, 1873, 1, p. 435 et suiv., 513 et suiv.
Résistance du peuple catholique.
33. Déjà en avril 1792, à Paris, les églises encore fréquentées par les catholiques fidèles furent profanées par des irruptions de la populace et ensuite fermées. On permit, il est vrai (7 mai), auxprêtresnon assermentés decélébrer simplement la messe, mais les égUses demeurèrent formées sous divers prétextes. Lecostume ecclé siastique fut interdit (Oavri)), toutes lesconfrériesetcorpora-
tions religieuses supprimées (28 avril); eu outre, sur la proposition du calviniste François de Nantes, il fut statué, par mesure de police, que tous les prêtres qui refuseraient ou rétracteraient le serment, seraient déportés, et cela sur la demande de vingt citoyens ou quand il y aurait danger de troubles (26 mai). Les condamnés devaient quitter le district dans l'espace de vingt-quatre heures, le département dans l'espace de trois jours, le pays dans l'espace de trente ; ceux qui y demeureraient ou y rentreraient, seraient condamnés à dix ans de prison. Ce décret, malgré le veto du roi, fut exécuté et dépassé; la persécution devint générale. Plus tard (17 août), tous les couvents de religieuses furent abolis, les traitements et les pensions furent supprimés (23, 25 août), et l'on décida que tout prêtre qui refuserait le serment serait exilé (26 août).
Le peuple catholique, au nom duquel toutes ces iniquités se commettaient, était révolté. A Mende, à Vannes, à Jallez, il se forma des confédérations armées pour protéger les prêtres contre les Jacobins, Dans l'Aisne, dix-huit paroisses chassèrent leurs curés intrus et ne cédèrent qu'à la force miUtaire. Dans le département de la Lozère, le vieil archevêque Castellane s'enfuit à travers les montagnes dans son château de Chénac; les fidèles se rangèrent autour de lui, fortifièrent le château et lui donnèrent une nombreuse garnison. Dans la Vendée et à Carpentras, qui appartenait naguère au pape, les catholiques résistèrent vaillamment ; les factieux de Paris accusaient de fidélité à leur roi et à leur foi les citoyens rebelles. Dans plusieurs contrées, les curés célébraient l'office divin dans des forêts, entourés de paysans accourus de plusieurs lieues. Ces pasteurs héroïques, dont plusieurs subirent le martyre, formaient un singulier contraste avec les prêtres apostats, non moins dangereux sous le rapport politique, et dont plusieurs votèrent dans la suite la mort du roi (Lindet, Chabot, Ysabeau, Paganel, Roux); un grand nombre excitaient la fureur delà populace, comme Laussel, de la Gascogne, qui prêchait dans son journal fanatique et révolutionnaire la haine et le pillage des riches ; Challier, du Piémont, qui proclamait déjà l'abolition du tiers état et l'avènement d'un quatrième état, celui des travailleurs et des prolétaires.
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Agitation contre le roi. — Ministère des Girondins. — Les massacres de Septembre.
34. Plus violentes encore furent les attaques dirigées contre le roi parce qu'il faisait usage de son droit de veto et conservait les prêtres non assermentés, que parce que les princes qui résidaient hors de France, et les émigrés en général, sollicitaient le secours de l'étranger, que l'Autriche et la Prusse faisaient des préparatifs militaires, et que les ministres voulaient s'en tenir à la constitution de 1789. Les Feuillants, renversés eu mars 1792, furent remplacés par un ministère girondin, qui proposa et fit décider la guerre contre l'Autriche (20 avril). A la suite d'un hruit mensonger répandu par un journal, qu'il s'était furmé aux Tuileries un comité autrichien sous la direction delà reine, un soulèvement effroyable éclata le 15 mai et la patrie fut déclarée en danger. Robespierre, Marat, Danton, Chabot, devenaient de plus en plus influents ; le parti le plus extrême opposé aux Girondins, la Montagne dominait l'Assemblée législative. Le 20 juin, le roi subit une nouvelle et plus grave humiliation du brasseur Santerre et de ses sansculottes, et bieniôt après on réclama hautement sa déposition. Le 10 août, les Tuileries furent envahies. Louis XVI se vit obUgé, ainsi que la reine, de se réfugier dans l'Assemblée légisslative, qui déjà discutait sa déposition. Prétextant l'insuffisance de la constitution qui la régissait, elle décréta ellemême sa dissolution et convoqua une Convention nationale pour le mois de septembre. Le couple royal fut enfermé au palais du Luxembourg, puis au Temple. Il n'y avait plus de salut que dans les succès des puissances alliées : elles obtinrent d'abordquelques avantages ; mais bientôt les troupes françaises l'emportèrent, grâce à la lenteur des opérations du duc de Brunswick.
En octobre 1792, le roi de Prusse, déjà prêt depuis le mois de juin à soutenir la cause du roi de France, était complètement retourné. Plein de défiance contre l'Autriche et n'écoutant que son égoïsme, il entra en pourparlers avec les hommes de la Révolution. Les éléments modérés n'avaient plus aucune influence; l'orgueil français était froissé par l'étranger, le régime de la Terreur commençait. Le 2 septembre, Danton, ministre delà
justice, disait à la tribune : « Le canon que vous allez entendre,, n'est point le canon d'alarme ; c'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, que faut-il? De l'audace, encore de l'audace, tonjours de l'audace 1 » La séance fut suspendue, et alors commença dans les prisons, remplies de suspects de toute nature, un massacre qui dura du 2 au 7 septembre 1792. On compta 12,000 victimes, parmi lesquelles plus de 400 prêtres fidèles à leur devoir ; Dulau, archevêque d'Arles, âgé de quatre-vingt-sept ans; deux évêques; Hébert, confesseur du roi et supérieur des eudistes.
L'abbé Sicard, successeur du célèbre abbé de l'Epée dans l'établissement des sonrds-muets, fut pendant deux jours témoin des massacres de l'Abbaye, et parvint à s'évader. La princesse de Lamballe, qui avait accompagné la reine au Temple, fut massacrée dans sa prison avec des raffinements de cruauté: un barbare dévora son cœur; sa tête, portée au bout d'une pique, fut promenée à travers les rues, et la famille royale forcée de contempler ce spectacle ; sa main fut exposée dans un banquet donné par Robespierre. Les provinces reçurent l'ordre d'anéantir les traîtres, à l'exemple de la capitale : on le fit à Reims, à Ghâlons, à Meaux, à Lyon et ailleurs. La conduite de ces révolutionnaires, changés en bêtes fauves, fut vraiment satanique. La cruauté et le cynisme se donnaient la main. 11 fut décidé que les femmes publiques seraient régulièrement entretenues, les enfants illégitimes mis au même rang que les enfants légitimes, les mariages absolument libres, les testaments abolis.
Telle était toute l'œuvre «civilisatrice » des temps modernes 1
Moniteur universel, 21 sept. 1792; Procès de Louis Capet, Paris, an III, vol. I, p. 101 et seq. ; le Chevalier de Sapinaiid et les Chefs vendéens du centre, par le comte de la Boutetière, Paris, 1869 ; Jourgniac de St-Méard, Mémoires sur les journées de sept. 1792. etautres, dans la Collection relative à la révolution fr., par MM. Berville et Barrière, Par., 1823 ; puis : Biblioth. des Mém. relat. à l'hist. de Fr., Paris, 1858; Guillon, les Martyrs de la foi, Paris, 1827, 4 vol. ; Carronfplus haut, sur le § 1 et suiv.) ; Mortimer-ïernaux, Hist. de la Terreur, 1792-1794, d'après des docum. inéd., 5 vol., Paris, 1866; Winterer, la Persécutioa
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relig. en Alsace, 1789-1801, Rixheim, 1876 ; Sybel, I, p. 388 et suiv., 403 et suiv. Contre la justification de la politique prussienne par Sybel, voy. Fr. de Bourgoing, Hist. diplomat. de l'Europe pendant la révolution fr., Paris, 1867, vol.I.
La Convention nationale. — Le règne de la Terreur et sa fin. — Procès et exécution de Louis XVI.
35. Dès l'ouverture de la Convention nationale, le 21 septembre 1792, sur la proposition de Collot-d'Herbois, la royauté fut abolie et la république proclamée. La Convention renfermait encore deux partis : les Girondins (Sieyès, Guadet, Dumouriez, Petbion, Roland), et les archijacobins ou parti de la Montagne, dirigé par Robespierre, Danton et Marat. Les premiers, hommes de théorie, se berçaient des mêmes illusions qui avaient autrefois séduit Lafayette et les constitutionnels: ils prétendaient endiguer le torrent et faire adopter un nouveau système philosophique de gouvernement. Mais la France sans éducation venait d'escalader le pouvoir; le parti de la Montagne, alors victorieux, n'entendait pas rester à mi-chemin.
Les Girondins n'étaient pas même capables de mettre la Convention à l'abri des excès de la populace et d'empêcher le retour des saturnales de Septembre. Ils cherchaient à sauver le roi, qui se contentait d'une promenade au jardin du Temple et instruisait lui-même ses enfants ; mais ils échouèrent également. Le parti de la Montagne ne voulait ni lui rendre la liberté ni le bannir : il redoutait les conspirations intestines et les armées du dehors. On travaillait de plus en plus la multitude, afin de la préparer au supplice du roi, : on fit réimprimer les Actes du procès de Charles 1" d'Angleterre, on résuma les prétendus crimes commis par Louis XVI depuis novembre 1792, et son inviolabilité déclarée par la constitution fut qualifiée de simple figure de rhétorique. Grégoire prétendit que le seul fait d'être roi était un péché mortel. Louis XVI apparaissait comme un ennemi désarmé et un criminel envers la nation. Les Girondins, considérés comme des royalistes déguisés, devaient craindre que sa chute n'entraînât la leur.
Le 11 décembre 1792, le « citoyen Louis Capet » subit son premier interrogatoire. A ce prince, que ses gardiens abreuvaient d'affronts et d'avanies, on posa cinquante-sept ques-
lia HISTOIRE DE l'église.
lions, qui tendaient toutes à s'assurer s'il n'avait pas tout fait pour demeurer roi de France. Rentré dans sa prison, Louis XVI fut séparé de sa famille, même de son fils, âgé de sept ans; il écrivit son testament et fit preuve dans ses souffrances d'un noble courage. Il fallut des heures entières à la Montagne altérée de sang pour exposer les moyens de droit qu'elle faisait valoir contre Louis XVI, comme s'il eût été un criminel vulgaire.
Les galeries retentissaient de hurlements et les bandits occupaient la salle des séances; on n'accorda aux défenseurs du roi qu'un court délai. L'un d'eux, Desèze, justifia Louis XVI dans un brillant discours qui dura trois heures (26 décembre), et des pétitions en sa faveur arrivèrent de toutes les parties du pays. Mais le parti de la Montagne ne voulait que la justice du meurtre. A cette question : a Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation? » plus de 600 députés répondirent affirmativement; 424 contre 283 émirent favis que le jugement, quel qu'il tut, ne devait pas être soumis à la sanction du peuple. Depuis le 16 au soir jusqu'à la nuit du 17 janvier 4793, on délibéra au milieu d'un effroyable terrorisme sur la peine qu'il fallait infliger au coupable ; la majorité vota la peine de mort, notamment le duc d'Orléans Philippe-Égahté, Sieyès, Robespierre. Le 20, il fut décidé à la majorité des voix que l'exécution de la sentence ne serait pas ajournée. Le ministre de la justice Garât donna lecture de son jugement à la victime ; on lui refusa le délai de trois jours qu'il avait demandé, et on lui accorda un confesseur. Les adieux de Louis à sa famille furent déchirants. Après avoir reçu la communion à six heures du matin, il demeura en prière avec le prêtre irlandais Edgeworth. Vers dix heures, il arriva sur la place Louis XV (depuis place de la Révolution), où se dressait la guillotine. Il protesta de son innocence, pardonna à ses ennemis et exprima le désir que son sang ne retombât jamais sur la France. Les bourreaux le saisirent, et la tète de l'innocent petit-fils de S. Louis tomba sous le couteau des assassins (21 janvier 1793). Ce jour-là fut pour les catholiques comme un nouveau vendredi saint : les boutiques demeurèrent fermées, les théâtres vides; partout régnait un morne silence. Le meurtre et le sang furent le ciment de la nouvelle république.
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 113
Mortimer-Ternaux, op. cit. ; Posselt, VoUstsendige Gesch. des Processes Ludw, XVI, Bàle, 1793 ; Tagebuch Ludwigs XVI von Clery (ou Journal de Louis XVI, par Cléry), Hamb., 1798; Lally Tolendals Vertheidigung Ludw. XVI, Leipzig, 1794 ; Bûchez, Hist. parlementaire, t. XXI et seq. ; Sybel, II, p. 100 et suiv. ; Wachsmuth, das Zeitalter der RevoL, Leipzig, 1847, t. IL
Chute des Girondins.
36. Les Girondins allaient bientôt succomber. Ces hommes, d'une culture supérieure, séduits par la pensée illusoire d'établir une république régulière, ne pouvaient pas résister à la prépondérance de la Montagne, qui luttait pour l'impunité de ses crimes et pour sa propre conservation et les surpassait de beaucoup par son audace. La majorité du peuple, qui avait été pour le roi, fut obligée de fléchir devant le régime de la Terreur, représenté surtout par Marat. Chaque commune eut un comité révolutionnaire compose de douze personnes, puis un tribunal révolutionnaire, auquel se joignit plus tard un comité de salut public. La Convention elle-même fut reléguée dans l'ombre par ces autorités établies dans Paris, qui ne considéraient les ministres que comme des instruments.
La guerre de Vendée, conduite avec beaucoup d'énergie depuis le 12 mars 1793; les défaites de l'armée en Belgique, la retraite du général Dumouriez et plusieurs autres événements furent exploités par la Montagne comme une trahison girondine. On emprisonna le duc d'Orléans, on expulsa de la Convention au mois de juin et l'on bannit 22 Girondins. La Montagne était appuyée par une loge-sœur de 8,000 mégères. L'amazone Théroigne, une Girondine, fut maltraitée et en perdit la tète.
Tel qui était encore un an auparavant l'idole des anarchistes, passait maintenant pour réactionnaire. 44,000 tribunaux révolutionnaires et autant de guillotines, permanentes ou voyageuses, étaient en pleine activité; 6,000 hommes avaient pour unique mission de purger la république des tendances monarchiques et aristocratiques. Bailly, Péthion et autres coryphées de la première Assemblée nationale; le général Custine, malheureux à la guerre, furent guillotinés.
Vn. — HIST. DE l'église, g
Hi~ HISTOIRE DE l'ÈGLISB.
Dans plusieurs localités, on eut recours à des fusillades et à des noyades en masse. La Vendée était saccagée par le général Rossignol, Nantes par Carrier, Lyon par Couthon ; Brest et Toulon furent cruellement éprouvés. Le désordre régnait partout. Dans la florissante colonie de St-Domingue, la proclamation des droits de l'homme amena l'insurrection des planteurs, puis des mulâtres et des nègres contre les blancs; à partir de 1791, l'île fut ravagée, le commerce français gravement atteint, et toutes les affaires en souffrance. Le 13 juillet 1793, la républicaine Charlotte Corday, de St-Saturnin, assassina le sanguinaire Marat afin de rendre la tranquillité à son pays, et mourut courageusement sur l'échafaud (17 juil.). Déjà l'on avait inauguré le culte des héros de la révolution. On construisit une chapelle pour conserver l'urne qui contenait le cœur de Marat; son buste fut partout mis en vente et son nom donné aux enfants.
Lamartine, Hist. des Giroadiiis, Brux., 1847; Zinkeisea, der Jacobinerclub, Berlin, 1832; Duban, la Démagogie en 1793, Paris, 1868; Chéron de Villiers, M. -A. Charlotte de Corday, Paris, 1864 ; Jorissen, Charl. de Corday, Groningen, 1864.
Inauguration de la nouvelle constitution.
37. Le 10 août 1793, jour anniversaire de l'emprisonnement de Louis XVI, fut proclamée la nouvelle constitution, préparée par la Convention. D'après cette constitution, les représentants du peuple, qui formaient le premier collège de l'État, devaient être remplacés tous les ans. Elle fut inaugurée sur la place de la Bastille, par une comédie ridicule : le peintre David y avait fait ériger une statue gigantesque de la Nature, dont les mamelles versaient de l'eau dans un bassin (symbole de la régénération). La Convention, les clubs et les loges s'y rendirent. Aux accents d'une musique mélodieuse, on recevait dans un gobelet de fer l'eau qui jaillissait des mamelles de la Nature, et on la buvait en adressant des prières à la déesse ; l'artillerie donnait ses salves.
Puis les différents corps de métiers, escortés de mégères et de gens sans aveu, se rendirent sur la place delà Révolution, où une statue de gyps^ représentait la Liberté. On ouvrit des cages d'où
LA RÉVOLUTION DANâ l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 115
s'échappèrent trois mille oiseaux portant des banderoles de papier avec cette inscription: «Nous sommes libres — imitez-nous.» Et le peuple, libre désormais comme l'oiseau de l'air, livra aux flammes différents emblèmes de l'ancien gouvernement. Hérault de Sécbelles prononça un sermon et récita des prières païennes. On se dirigea ensuite vers la place des Invalides, où s'élevait la principale statue, la Divinité incarnée dans le peuple. Un Hercule brandissait une énorme massue contre les esprits rebelles. Hérault prêcha de nouveau.
De là, le cortège se rendit à l'autel de la Patrie, sur le Champ de Mars, où se trouvaient les urnes des martyrs de la liberté ; et les prières, les sermons, les gesticulations païennes, recommencèrent de plus belle. Partout des banderoles tricolores flottaient sur des piques, et sur les édifices brillait cette inscription : « République une et indivisible! Liberté, Égalité, Fraternité, ou la mortl » — court mais expressif symbole de la nouvelle religion populaire. Le même jour, les tombes royales de Saint-Denis furent profanées et livrées au pillage. Tout était calculé pour ramener le paganisme, jusqu'au calendrier nouveau qui devait remplacer le calendrier chrétien ; il commença le 21 septembre 1792.
Leo, Univ. -Gesch., V, p. 89 et suiv. Dans le nouveau calendrier, com posé par le mathématicien Romme, l'année était divisée en quatre parties égales, ayant chacune trois mois égaux de 30 jours, ensemble 360 jours, dont cinq (ou six) jours de fête (sans-cuiottides, jours des Sansculottes) : jour du Génie, jour du Travail, jour des Consommations, jour des Récompenses, jour de l'Opinion ; puis, dans l'année bissextile, jour de la Révolution. Les mois du premier trimestre de l'année étaient : rendémiaire, brumaire, frimaire ; ceux du second : nivôse, pluviôse, ventôse ; ceux du troisième : germinal, floréal, prairial ; ceux du quatrième : messidor, thermidor, fructidor. Ces mois n'étaient plus partagés en semai ne de sept jours, mais en périodes de dix jours (décades), ainsi dénomaiés : primidi, duodi, tridi, etc., jusqu'à décadi ; chaque dixième jous était jour de repos. La nouvelle chronologie commençait à l'ouverture de la Convention, le 21 septembre 1792.
Règne de la force et nouvelles exécutions.
38. La proclamation de la nouvelle constitution n'était qu'une vaine comédie, car elle ne fut jamais en vigueur; quelques jours
ii6 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
après, le comité de salut public déclarait qu'il était impossible de l'appliquer avant la conclusion de la paix, et qu'en attendant, le gouvernement révolutionnaire continuerait de fonctionner. La Montagne aimait mieux réduire la France à la dernière extrémité^ que d'abdiquer le pouvoir qu'elle détenait depuis le d2 juillet. La guerre de la Vendée et la guerre sur les frontières furent poussées avec le dernier acharnement. Les riches furent obligés de subvenir à l'entretien des troupes et à l'entretien des prolétaires, et personne n'osa se plaindre. La guillotine était le grand ressort de la République.
Le 16 octobre, la reine Marie- Antoinette, fille de Marie-Thérèse, vieillie par le chagrin malgré ses 38 ans, fut décapitée avec une cruauté barbare ; elle montra un calme plein de dignité et de résignation chrétienne. Plusieurs Girondins, Brissot, Bailly, Baruave, etc., furent mis à mort; le 6 novembre 1793, c'était le tour du duc d'Orléans : il avait voté la mort de Louis XVI dans l'espoir de devenir roi, et il périssait avec une foule de criminels vulgaires.
Un grand nombre de guillotinés, ivres d'esprit et de corps, moururent dans leur aveuglement et en chantant la Marseillaise. Plusieurs des meurtriers du roi subirent le châtiment qu'ils avaient mérité ; les bourreaux étaient souvent épuisés de leur travail. En décembre 1793, quatre cent quatre-vingt-quatre personnes furent tuées par la mitraille. A Lyon, le sang coulait par torrents; à Nantes, Carrier fit noyer d'un seul coup 90 prêtres dans la Loire, puis 138 autres personnes. Des prêtres et des religieuses, dépouillés de leurs vêtements, furent liés ensemble (« mariages républicains ») et noyés dans cet état. Des mères étaient forcées d'assister au meurtre de leurs fils, an son de la musique et parmi les scènes du plus grossier cynisme.
Sur la place publique de Toulouse, Chabot s'écriait : « Femmes, croissez et multipliez; pour cela, vous n'avez besoin ni de prêtres ni de curés. Le citoyen Jésus-Christ fut lui-même le premier sans- culotte. »
OUYRAGES A CONSULTER SDR LE N° 38.
Leo, V, p. 97 et suiv.; Alph. Cordier, Martyrs et Bourreaux de 1793, 2'= édit., Paris, 1864; Lescure, la Princesse de Lamballe, Paris, 1864; Am. Renée, Louis XVI et sa Cour, Paris, 1858, 2" édit., surtout p. 437;
Concourt, Hist. de Marie- Antoinette, Paris, 1858; Tableau des prisons de Toulouse sous le règne de Robespierre. Cf. Crétineau-Joly, l'Église rom. en face de la Révolution, I, p. 169; Hist. parlement, de la Révol., X, 66 et seq.
Apostasie des prêtres intrus. — Pillage et profanation des églises.
39. Tandis que les prêtres fidèles à leur devoir recevaient, les uns la couronne du martyre, les autres un accueil bienveillant à l'étranger, les prêtres constitutionnels, hommes sans caractère, s'agitaient et se répandaient en lamentations. Le christianisme ayant été aboli de fait, le baptême et la bénédiction des mariages supprimés, les prêtres constitutionnels n'étaient plus qu'un fardeau pour l'État; ceux qui voulaient sauver leur vie, étaient obligés maintenant de faire profession d'athéisme. Un curé du nom de Parens écrivit à la Convention (7 nov. 1793) de lui donner un autre morceau de pain, car il ne pouvait plus être curé et il reconnaissait maintenant qu'il n'y avait rien à faire avec Jésus-Christ. Une tempête d'applaudissements et une mention honorable récompensèrent cet homme d'honneur.
Bientôt après, Gobel, archevêque constitutionnel de Paris, se présenta avec son clergé à la barre de la Convention, coifTé du bonnet rouge des Jacobins et tenant à la main sa mitre, sa croix et son anneau; il déclara qu'il n'avait prêché jusqu'alors que parce que le peuple avait demandé le christianisme : comme le peuple n'en voulait plus , il y renonçait à son tour et ne reconnaissait plus d'autre religion que celle de la liberté. Et il déposa les divers insignes de sa charge (1). Beaucoup d'autres ecclésiastiques suivirent son exemple ; plusieurs devinrent manœuvres, ce que firent aussi des pasteurs protestants, comme Julien de Toulouse.
Quand les curés assermentés ne renonçaient pas à leurs fonctions, les communes, pouvant s'en passer, renvoyaient leurs
(1) «Né plébéien, » dit Gobel, «curé dans le Porrentruy, envoyé par mon clergé à la première assemblée, puis élevé à l'archevêché de Paris, je n'ai jamais cessé d'obéir au peuple. J'ai accepté les fonctions que ce peuple m'avait autrefois confiées, et aujourd'hui je lui obéis encore en venant les déposer. Je m'étais fait évêque quand le peuple voulait des évêques; je cesse de l'être rnaintenant que le peuple n'en veut plus. » (ThierSj Hist. de la Révol.) — Citation du trad.
« bêtes noires » . La Convention confisqua les édifices religieux et s'empara de ce qui restait des biens d'Église ; les prêtres reconnus comme tels étaient emprisonnés. Le très saint Sacrement fut l'objet des plus indignes profanations. Tout était toléré, hors le catholicisme.
Les Juifs, émancipés depuis le 28 janvier 1790, reconnus comme citoyens actifs le 27 septembre 1791, faisaient de brillantes affaires. Les cloches, à l'exception des cloches d'alarme, furent converties en canons ; l'argenterie des églises avait déjà été transformée en monnaie; la canaille buvait l'eau-de-vie dans les calices et mangeait des harengs dans les patènes; avec les missels on fit du papier à cartouches, avec les ornements d'église des culottes de luxe, avec les aubes des chemises ; tous les autels furent renversés et leurs débris maquignonnés par des Juifs. On allumait de grands feux dans les églises vides, on dansait alentour et l'on brûlait les reliques ; des ânes affublés de mitres et traînant à leur queue une croix et une Bible étaient menés en procession. Danton lui-même s'indignait de ces saturnales. Les prêtres mariés, que le peuple fu3'ait et méprisait, furent protégés, par des décrets rendus le 19 juillet et le 17 septembre 1793, tant contre leurs évêques que contre leurs communes.
Picot, Mém., III, 242 et seq. Décrets sur les prêtres mariés: Moniteur, 1793, p. 961, 1111; Derenne, Code génér. français, Paris, 1819, II, p. 420; de Barante, Hist. de la Convention nationale, Paris, 1851 et seq. , 6 vol. »surtout vol. IV ;Papon, Hist.de la Révol., Par., 1815. Sur la conversion de Gobel avant sa mort (13 avril 1794), Feiler, Dict., v° Gobel.
La déesse Raison. — Réaction.
40. Anacharsis Clotz (Cloots), après avoir offert à la Convention son ouvrage sur l'islamisme et sur la fausseté de toutes les religions positives, proclama la raison humaine comme la seule Divinité, et la fit représenter par une femme vénale du nom de Candeille. Assise sur un fauteuil, en robe de gaze transparente, avec un manteau bleu de ciel et le bonnet rouge des Jacobins sur la tête, avec la pique, symbole du peuple • Dieu, à la main, cette femme était entourée de filles comme elle.
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 119
La Convention fut invitée à suivre le cortège à Notre-Dame pour inaugurer le nouveau culte. Le président et les secrétaires donnèrent à la déesse Raison le baiser fraternel, et, après plusieurs discours d'apparat, le cortège se rendit à l'église métropolitaine profanée. La nouvelle Divinité fut installée sur le maître-autel, une croix placée sous ses pieds, enveloppée d'un nuage d'encens, tandis qu'on chantait à la Liberté un hymne composé par Chénier de Gossat.
Ce culte, inauguré le 2 brumaire de l'an II (10 novembre 1793), on devait le renouveler le premier jour de chaque décade et l'introduire dans ies autres églises; on le fit avec de nombreux changements, au milieu de festins, d'orgies et de danses sauvages. Satan semblait avoir fait de la France son temple ; la parodie des choses saintes avait atteint les dernières limites. De là une réaction, religieuse d'abord, puis politique. Le nouveau culte de la Raison, œuvre d'un Â.llemand (i), avait été introduit par la municipalité, sans le concours des comités de sûreté et de salut public.
Robespierre considérait ce culte comme une folie et un danger
(1) Cet Allemand, Klotz, était un baron prussien, riche à centmille livres de rente. Il avait, à l'entendre, quitté son pays pour venir à Paris représenter le genre humain. « Je n'ai pu », disait-il à la Convention, dont il était membre, «échapper à tous les tyrans sacrés et profanes que par des voyages continuels : j'étais à Rome quand on voulait m'incarcérer à Paris, et j'étais à Londres quand on voulait me brûler à Lisbonne. C'est en faisant ainsi la navette d'un bout de l'Europe à l'autre que j'échappais aux alguazils, aux mouchards, à tous les maîtres, à tous les valets.
« C'est dans le chef-lieu du globe, c'est à Paris qu'était le poste de
l'orateur du genre humain. Je ne le quittai plus depuis 1789 ; c'est alors que je redoublai de zèlB contre les prétendus souverains de la terre et du ciel. Jô prêchai hautement qu'il n'y a pas d'autre Dieu que la Nature, d'autre souverain que le genre humain, le peuple-Dieu. Le peuple se suffit à lui-même, il sera toujours debout. La Nature ne s'agenouille point devant elle-même.
« Il y aura dans ma république peu de bureaux, peu d'impôts et point de bourreaux. La Raison réunira tous les hommes dans un seul faisceau représentatif, sans autre lien que la correspondance épistolaire.
« Citoyens, la religion est le seul obstacle à cette utopie : le temps est venu de la détruire. Le genre humain a brisé ses lisières. On n'a de vigueur, dit un ancien, que le jour qui suit im mauvais règne. Profitons de ce premier jour, que nous prolongerons jusqu'au lendemain de la délivrance du monde. » {Citation du traducteur.)
pour sa sûreté personnelle, Danton fit admettre un décret portant qu'aucune mascarade n'aurait plus lieu désormais dans la salle de la Convention. Robespierre était déjà dictateur; il essayait de renverser tous ses antagonistes. L'ex- capucin Chabot, qui déjà avait épousé une riche Juive, expia par l'emprisonnement son hostilité contre la Convention. Le 15 mars 1794, des ordres d'arrestation furent lancés contre les Cordeliers, le parti de la municipalité, Clotz et sa séquelle, puis contre Gobel, Chaumette, etc. ; déjà le 24 mars leurs têtes tombaient sous la guillotine. C. Desmoulins, Hérault de Séchelles, les veuves de plusieurs suppliciés, furent condamnés à mort. La Révolution dévorait ses propres enfants. Le culte de la déesse Raison disparut avec Clotz. Danton lui-même, le fougueux Danton, qui, confiant dans son crédit, n'avait pas voulu fuir, et qui se défendait comme un lion, fut exécuté le 5 avril i 794.
Bûchez, XVIII, 451 et seq.; XXI, 360; XXXII, 107 et seq.; Leo, V, p. 122etsuiv.; Sybel, III, ii, p. 1 et suiv. ; Augsb. Allg. Ztg., 26 déc. 1860; C. Dauban, Paris en 1794 et 1795, Paris, 1869.
Règne et chute de Robespierre
41. Robespierre était maintenant plus dictateur que jamais. Pour se soutenir, il résolut de combler les lacunes du culte. Mais la France officielle était devenue la proie de l'athéisme, et les prêtres assermentés foulaient aux pieds le crucifix. On niait publiquement l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, et la mort n'était plus qu'un sommeil éternel dans un cimetière. Cependant le dictateur fit décréter par la Convention (8 juin 1794) l'existence d'un Être suprême et l'immortalité de l'âme. C'était une reculade, qui devait, six semaines après, lui coûter la vie. La procession qui eut lieu pour la promulgation du décret, attesta, par les costumes extraordinaires de la fête, portés par le dictateur lui-même, qu'on inclinait vers l'abolition du sans-culottisme. Au jardin des Tuileries, se dressaient en figures hideuses les statues des principes révolutionnaires qui venaient d'être vaincus (Discorde, Athéisme, Égoïsme). Robespierre y mit le feu avec un flambeau , en prononçant des formules d'abj uratio n .
LA RÉVOLUTION DANS J.'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 121
Au milieu de la fumée qui s'exhalait de ces statues de papier mâché imbibé de térébenthine, on voyait apparaître, légèrement atteintes par l'incendie, les statues de la Sagesse, de la Justice et de l'Amour, faites de matières incombustibles.
On se dirigea ensuite vers le Champ de Mars, où Robespierre prit la parole. Irrité par les sarcasmes de la foule, il exhala son fiel en menaces: « Réjouissons-nous aujourd'hui, » dit-il ; « demain nous combattrons les vices et la tyrannie. » Une violente opposition se forma contre lui et ses amis : elle était composée des restes des girondins, des dantonistes, cordeliers et autres qui, se sentant menacés, voulaient mettre un terme au règne de la Terreur. Robespierre essaya de les devancer : de nombreuses exécutions atteignirent cette fois les républicains les plus décidés. Cependant il se trouva bientôt isolé, et, le 26 juillet 179-4, l'orage éclatait contre lui à la Convention ; il fut jeté en prison , déclaré libre comme les oiseaux, et exécuté le 28, au milieu des applaudissements du peuple et après d'effroyables émeutes.
Collection de mémoires surlarévol. fr., vol.LXV, p. 3S2; Anne-Paule- Dominique de Noailles, marquise de Montagu (d'après ses Mémoires), 4« éd., Paris, 1866; Augsb. AUgem. Ztg., 10 juin 1866, Beil.; Hamel, Hist. de Robespierre et du coup d'État du 9 Thermidor, Paris, 1878; Wachsmuth, II, p. 344 et suiv.
Période de transition. — Le Directoire.
42. Ainsi s'acheva le régime de la Terreur, qui avait encore dans les derniers temps sacrifié de nombreuses victimes, entre autres, en juin 1794, le duc Philippe de Mouchy, presque octogénaire , qui avait distribué de l'argent aux prêtres non assermentés et gardé un crucifix dans sa chambre ; plusieurs dames pieuses de sa maison, qui firent toutes une mort héroïque, après avoir reçu en allant au trépas l'absolution d'un prêtre déguisé , l'abbé Carichon. Mais si une grande partie du peuple était revenue de son vertige, si un gouvernement plus doux se révéla dans les nouvelles commissions établies par la Convention, le sort des catholiques ne fut pas beaucoup amélioré.
Deux partis existaient dans la Convention : 1° celui des comités du gouvernemenl, des amis du terrorisme, qui n'avaient voulu que renverser Robespierre et non abolir le règne des Jacobins ; 2° celui des thermidoriens, ennemis du régime de la Terreur, appuyés de jeunes gens marquants et de riches citoyens. Ces derniers , qui avaient la majorité , obtinrent l'élargissement de nombreux prisonniers, la transformation des tribunaux et le retrait de plusieurs lois sanguinaires.
Le féroce Carrier fut condamné à mort (16 décembre 4794). Le bonnet des Jacobins tomba en désuétude, et des esprits plus honnêtes , quoique athées , acquirent la prépondérance ; les msurrections furent étouffées dans les faubourgs de Paris (mars et mai 1795), et le parti de la Montagne perdit de plus en plus de son prestige. La constitution de la Convention (1795) excluait la populace de toute ingérence dans les affaires de l'État, relevait la classe riche, et, pour empêcher la prépondérance excessive du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif, partageait le premier en deux conseils : le conseil des Aîiciens, composé de deux cent cinquante membres, et le conseil des Ciïiq-Cents.
Ces corps législatifs devaient être renouvelés par tiers tous les ans; le conseil des Anciens était chargé d'élire les cinq directeurs investis du pouvoir exécutif. Ces directeurs n'avaient pas l'inviolabilité des députés, mais ils jouissaient d'un traitement considérable , ils avaient une garde et résidaient au palais du Luxembourg , ils pouvaient nommer six ministres. La présidence était tour à tour occupée pendant trois mois par chacun des directeurs. La Convention ayant déclaré (22 septembre 1795) que le peuple avait accepté les 22 et 30 août la constitution et les articles supplémentaires dirigés contre les royalistes, il y eut des émeutes, que la Convention réprima avec des troupes. La Convention se sépara le 26 octobre 1795 (4 brumaire an IV). On ne nomma directeurs que des hommes qui avaient voté la mort du roi. Sieyès refusa et fut remplacé par Carnot, le seul membre encore influent du comité de salut public.
Les Annales de la république française depuis l'établissement de la
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. i23
constitution de l'an III, Paris, l'an IV ; Bûchez, t. XXXVIII ; Schaumann, Gesch. der franzœs. Republik unter dem Directorium, Halle, 1798.
Situation du clergé catholique et des fidèles. — La secte des théophilanthropes.
43. Les prêtres fidèles à leurs devoirs étaient encore hors la loi. Le 30 juin 1795, la Convention consentit provisoirement à ce que les citoyens se servissent des édifices religieux qui appartenaient encore à la nation, non seulement pour les assemblées civiles , mais encore pour les pratiques de leur culte. Cette faculté était soumise à de nombreuses restrictions : il fallait se conformer aux lois et reconnaître la souveraineté du peuple. Le clergé pouvait donc difficilement en faire usage. On continuait à emprisonner une multitude de prêtres, venus de l'étranger ou sortis de leurs cachettes. Lecointre fut le premier qui, en invoquant les tristes expériences du passé, parla dans la Convention de la nécessité de la religion pour le bonheur du peuple. Cependant la liberté du culte catholique ne fut pas pleinement rétablie, quand même la nouvelle constitution reconnaissait la liberté de tous les cultes , et en principe le gouvernement ne se souciait d'aucun.
A. Paris, les catholiques recouvrèrent douze églises, et les courageux Vendéens obtinrent le hbre exercice de leur religion.
Le Directoire ne rétablit qu'un ordre de choses supportable : il n'était pas à la hauteur de sa tâche, et tout ce qui ne pouvait pas s'accomplir par des moyens mécaniques échappait à son intelligence. Il se montra favorable à la nouvelle secte des théophilanthi'opes ou théanlhropophiles , les amis de Dieu et des hommes, formée de prêtres constitutionnels mariés, d'anciens clubistes,, de jacobins, etc. Les théophilanthr(jpes tinrent leur première assemblée le 16 décembre 1796; l'un des directeurs (Lareveillère-Lepaux) se mit à leur tête, et ils eurent bientôt dix églises à Paris; ils trouvèrent aussi des partisans dans les provinces. Leur rehgion était le déisme pur; ils établirent des fêtes particulières, avec une liturgie et un rituel insignifiant. Ce nouveau culte, pure affaire de mode, ne pouvait se soutenir en face de l'Éghse ni en face de l'indifférence religieuse ; et quand
iS4t HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
l'attrait de la nouveauté eut disparu, il succomba sous les railleries de la foule. Il fut donc facile de mettre un terme aux menées de la secte (1802) et de reprendre ses églises comme biens nationaux.
Lequinio, Hist. de la guerre de la Vendée, 1793 ; Crétineau-Joly, Hist. de la Vendée militaire, Paris, 1840; Carron (§1); Wachsmuth, II, p. 144 et suiv., 498 et suiv. — Manuel des théophil., Paris, 1797, trad. par Friedel, Mayence, 1798. Année religieuse des tliéopli. (recueil de discours), Paris, 1797; Grégoire, Histoire des théophilantropes, en allem, par Staendlin, Hanovre, 1806.
Le clergé constitutionnel.
44. Le clergé constitutionnel, presque toujours marié et composé en grande partie d'anciens jansénistes, continuait à se remuer ; partout il contestait la juridiction du clergé ordinaire et croyait devoir, lui aussi, travailler à la restauration du christianisme. L'évêque Grégoire essaya de le purger de ses plus mauvais éléments et de lui procurer diverses églises. Sous les yeux d'un pouvoir qui continuait d'être très hostile à l'Église , il provoqua la réunion d'un concile national (15 août 1797), auquel assistèrent trente-deux évêques et soixante-huit prêtres, délégués de prélats absents. Il le présida lui-même. Le but des constitutionnels était de rétablir le culte divin, l'organisation ecclésiastique presque disparue, et d'écarter les abus les plus criants de la nouvelle législation. Ils protestèrent de leur attachement à l'ÉgUse catholique et maintinrent l'indissolubiUté du mariage ; cependant ils reproduisirent dans leurs décrets la plupart des articles de la constitution civile, à laquelle ils étaient redevables de leur existence. Ils n'hésitèrent pas à prêter le serment, refusé par les prêtres orthodoxes, de détester la royauté. Ils s'engagèrent, dans des écrits qu'ils firent imprimer, à ranimer l'esprit chrétien, à préparer la voie aux réformes, et à porter d'autres décrets dans un second concile national, qui fut tenu le 29 juin 1801.
Tout cela n'était que demi-mesures suggérées par la politique. Ils adhéraient sans réserve aux idées répubUcaines, sans remarquer que l'oligarchie faisait chaque jour de nouveaux
LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 125
progrès, et que derrière elle le despotisme militaire absolu épiait une occasion favorable. Aussi bien le Directoire ne contentait aucun parti et ne représentait qu'un régime de transition. Le besoin d'agir au dehors pour y répandre et y mettre en œuvre les principes révolutionnaires, la passion des conquêtes, amenaient à l'intérieur un grand relâchement. Déjà la Révolution française, foulant aux pieds tous les droits et aspirant comme l'islamisme à l'universalité, faisait sa course à travers les États voisins; la république française avait besoin d'une proie étrangère pour remédier à la détresse de ses finances.
Ouvrages a consulter sur le n" 44.
Canons et Décrets du concile national à Paris en 1797, Paris, 1798; Grégoire, Mémoires, précédés d'une notice liist. sur l'auteur par M. C. Caruot, Paris, 1837,2 vol.
Pie VI victime de la Révolution.
Succès de la révolution française à l'étranger.
45. La révolution française retentit à l'oreille des princes et des peuples de l'Europe comme un coup de tonnerre. Des éléments semblables fermentaient dans les autres pays. Le ratiouaUsme, la philosophie incrédule, l'influence de la littérature française, qui faisait les délices des hautes classes ; le travail des francs-maçons et des illuminés, les abus de l'administration, les vices d'un enseignement souvent antichrétien, les tendances antirehgieuses des cabinets, l'engouement de la génération naissante pour la liberté, l'imitation ridicule des modes et des manières françaises, — toutes ces causes favorisaient les vues de la Convention. Le 19 novembre 1792, cette assemblée déclara que tout peuple étranger qui secouait le joug de ses tyrans était l'allié de la France. Déjà les anarchistes triomphaient dans d'autres contrées, les princes tremblaient pour leur trône comme pour leur existence. Les atrocités sans nom qui se commettaient en France, empêchaient les hommes de progrès de les imiter à l'étranger; mais elles stimulèrent les plus résolus dès qu'ils virent approcher les armées françaises.
Les idées qui prévalaient en France affaiblissaient le respect de l'autorité, paralysaient la force des gouvernements et cor-
rompaient la morale publique. La révolution française exerçait une action morale considérable sur tous les autres pays ; mais elle eut de plus une influence physique et directe. Si les nobles, si les prêtres émigrés trouvaient encore partout de la sympathie, on s'enthousiasmait aussi pour la république, et les armées françaises propageaient à la fois la Terreur et la corruption ; les généraux répondaient de la victoire sur leur tête ; les temporisations, et la politique vacillante des puissances étrangères leur ménageaient de grands succès.
Depuis 1792, les Français avaient conquis les Pays-Bas ; Danton, commissaire de la Convention, les frappa de contributions écrasantes, y établit des loges de Jacobins et les républicanisa complètement. La république batave fut constituée sur le modèle de la république française, mais elle vit la plupart de ses colonies tomber aux mains de l'Angleterre. Le général Custine (30 sept. 1792) s'empara de Spire, puis (21 oct.) de Mayence, où se trouvaient des traîtres à la patrie ; le lieutenant Houssard prit Francfort (22). Cependant les Français durent bientôt abandonner Mayence (25 juillet 1793). Les alliés, malgré leurs succès, traînaient toujours les choses en longueur et ne profitaient d'aucune de leurs victoires, tandis que Carnot exécutait habilelement les mesures militaires adoptées par la Convention. Les Espagnols furent repoussés, les Vendéens défaits; Moreau s'empara de Trêves; Jourdan, en 1794, envahit le territoire de Cologne; Pichegru remporta des victoires dans les Pays-Bas.
Le 5 avril 1795, la Prusse conclut avec la France la paix de Bâle; l'Espagne suivit son exemple (12 juillet.) Les Anglais ne furent heureux que sur mer. Les Français occupèrent une grande partie de la rive gauche du Rhin et trouvèrent en Allemagne de nombreux partisans. Et comme l'autorité ne résistait que très faiblement, la République, fière de ses avantages, dirigea ses principaux efforts sur l'Italie (1796).
Klein, Gesch. von Mainz waehrend der ersten franzœs, occupation 1792-1793, Mayence, 1861; Marx, Gesch. des Erzstistes Trier, t. V; Hseusser, Deutsche Gesch., I, p. 404 et suiv. ; H, p. 46 et suiv.
Napoléon Bonaparte.
46. Les armées françaises reçurent alors un général distingué dans la personne d'un Corse qui aspirait à s'élever, Napoléon Bonaparte. Napoléon, né à Ajaccio le 15 août 1769, deuxième fils d'un avocat, était arrivé en France dès l'âge de huit ans. L'île de Corse avait été cédée par Gênes à la France en 1768. 11 fréquenta l'école militaire de Brienne, puis, à Paris l'école supérieure militaire, et devint sous-lieutenant en 1785. Dès que la révolution eut éclaté, Napoléon embrassa sa cause. Il devint général en 1792, prit le nom de Brutus Bonaparte, et, sur la fin de 1793, accompagna l'armée delà Convention dans une expédition contre les royalistes et les Girondins ; il se distingua plus tard à la prise de Toulon, et lut nommé général d'artillerie. L'espoir de s'avancer avait fait de lui un ami des Jacobins.
Le directeur Barras, dont Napoléon épousa la maîtresse Joséphine Tascher, veuve Beauharnais, lui procura un nouvel avancement. Au début de Tannée 1796, il se trouvait à l'armée de Nice, qu'il sut promptement améliorer. Il défit les Autrichiens et les Sardes, fit signer à la cour de Turin une paix désavantageuse (15 mai 1796), imposa aux ducs de Parme et de Modène des traités onéreux, et, après la victoire de Lodi, s'empara d'une grande partie de la Lombardie. Les Autrichiens, conduits par Beaulieu, après avoir beaucoup souffert des épidémies, furent rejetés dans les Alpes. Seul, le général Wurmser se soutenait encore à Mantoue. Encore un peu de temps, et l'Italie courait risque de tomber au pouvoir des Français ; le pape était particulièrement menacé.
Correspondance de Napoléon !'='■, Paris, 1858 et seq., vol, I et ll(Oct« 1793 -Avril 1797); Bigoon, llist. de France sous Napoléon, Paris, 1846; Ségur, Hist. de Napoléon, Pans, 1824, 10^ édition, 1827; Wachsmuth, das Zeitalter der Revolution, t. IJl.
Détresse de Pie VI
47. Déjà les agents des Jacobins avaient tourné la tête à plu«3 sieurs jeunes gens des Ktats de l'ÉgUse et gagné des commer-
\^ HISTOIRE m l'Église.
çants à leur cause. Le gouvernement pontifical eut beaucoup de peine à se défaire de quelques-uns de ces émissaires, dont l'un, le célèbre charlatan Cagliostro, fut condamné à une prison perpétuelle, où il mourut en 1795. L'assassinat de l'agitateur Basseville (13 janv. 1793) par le peuple romain devait recevoir une éclatante expiation ; la France semblait profondément blessée. Quoique Pie YI n'eût pris aucune part à l'alliance des princes italiens, la république française n'était pas moins irritée contre lui : car il avait rejeté la constitution civile, encouragé et loué la résistance du clergé, suspendu les prêtres constitutionnels, donné asile à une multitude de bannis, déploré la mort de Louis XVI dans une allocution, célébré pour lui un service solennel, protesté enfin contre l'envahissement d'Avignon et du comtat Yenaissin. Les incrédules le détestaient par cela seul qu'il était le chef de l'Église. Le 8 août 1792, le pape avait en vain adjuré le nouvel empereur François II, élu le ,5 juillet et couronné le 14, de prendre la défense de l'Église catholique et du Saint-Siège; l'Autriche, l'empire lui-môme étaient gravement compromis, et les États de l'Église étaient destitués de tout appui humain.
Le 1" octobre 1792, Pie YI fut invité par la France à rétablir la république romaine. Le 20 mai 1796, Bonaparte disait à ses soldats, dans une proclamation, que les Français étaient amis de tous les peuples, mais surtout des descendants des Scipion et des Brutus; quil rétabUrait le Capitole, relèverait les statues des Romains illustres, tirerait le peuple romain de Fesclavage et lui rendrait la liberté. On parlait publiquement de la république romaine.
A Milan, Bonaparte a^^ait constitué une autorité gouvernementale, créé une milice de citoyens, levé une contribution de 20 millions de francs. Reggio avait aussi un gouvernement provisoire. Le traité avec le duc de Modène fut rompu. Bologne et Ferrare môme avaient une junte de sûreté, une assemblée commune de députés, qui plus tard se déclara république cisalpine. Le Directoire de Paris fit présenter au pape un traité de paix ignominieux, demanda la suppression de la bulle Auctore?n fidei et le retrait de tous les décrets (c offensants pour la Pi'ance » rendus depuis 1789; et, sur le refus du pape, il voulut rompre toutes les négociations (sept. 1796). Bonaparte, mieux
LA RÉVOLUTION DANS L'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 129
avisé, fit remarquer que le pape avait encore une influence incalculable, que rompre ouvertement avec lui serait fortifier rAutriche, qu'on devait laisser subsister les États de l'Église neutres dans la guerre, jusqu'à ce qu'on en eût tiré tous les avantages possibles. Le Directoire entra dans ces vues, permit au général de continuer les négociations, et, au besoin, de recourir aux armes.
Armistice de Bologne. — Faix de Tolentino.
48. Pie VI essaya d'abord par l'entremise d'Azara, ambassadeur d'Espagne, de négocier à Milan avec le généralissime. Celui-ci déclara qu'aucune résolution n'avait encore été prise au sujet de Rome. Cependant il ne tarda pas à passer le Pô, occupa Ferrare et Bologne, fit prisonniers les cardinaux légats, et imposa l'armistice de Bologne (!25 juin 1796), en vertu duquel des fondés de pouvoir pontificaux se rendraient à Paris pour conclure la paix ; tous les criminels politiques seraient relàcbés dans les États de l'Église, les forts ouverts aux navires français, la citadelle d'Ancône livrée à la France et la Romagne occupée par des troupes françaises ; le pape s'obligerait en outre à payer une contribution de guerre de 21 millions de livres, à céder beaucoup d'œuvres d'art et de manuscrits, et à laisser le passage libre aux troupes de l'armée française.
Pie Yl, qui avait précédemment refusé l'asile que lui offrait l'Angleterre, et qui était résolu à demeurer près du tombeau des Apôtres, s'imposa les plus durs sacrifices; il épuisa ce qui restait du trésor de Sixte-Quint, et décida la noblesse romaine à fournir des contributions considérables, sans pouvoir obtenir la paix de Paris. Le Directoire continuait d'exiger des conditions impossibles relativement à la bulle dogmatique et à la constitution civile. Ainsi délaissé, Pie VI conclut une alliance avec Ferdinand IV de Naples; mais ce dernier, le 10 octobre 1796, fit la paix avec la France sans la participation du pape, sans même l'en informer, et obtint de la France cette seule promesse qu'avant la fin des négociations avec Rome, elle n'occuperait plus d'autres places pontificales que celle d'Ancône.
Le noble pontife demeura inébranlable sur la question dogmatique ; il aurait mieux aimé donner sa vie que de céder sur ce point. Cependant la position devenait chaque jour plus
périlleuse. En janvier 1797, le général français remporta de nouvelles victoires; le 2 février, Mantoue capitulait. Déjà les Français, après avoir dénoncé l'armistice (P"" février), se disposaient à partir d'Ancône pour s'avancer dans le territoire pontifical. Le 10 février, ils saccagèrent complètement la sainte chapelle de Lorette et envoyèrent de nombreux trésors à Paris. Cette fois encore, Pie VI, à qui l'on conseillait de se réfugier à Naples, demeura dans Rome, à l'admiration du monde, même d'un Jean de Müller. Bonaparte lui aurait mandé par le P. Fumé, général des camaldules, qu'il n'était point Attila, et que, dans ce cas même, le pape devrait se souvenir qu'il était le successeur de Léon I".
Une ambassade pontificale, composée du cardinal Mattei, du prélat Caleppi et du duc Louis Braschi, attendait le redoutable conquérant à Tolentino, investie de pleins pouvoirs pour négocier la paix. Elle fut conclue le 19 février 1797, sous les conditions les plus onéreuses. Avignon, le comtat Venaissin, Bologne et la Romagne étaient définitivement cédés à la France ; Ancône, jusqu'à la conclusion d'une paix générale. Outre les 16 millions qui restaient dus depuis l'armistice, le pape devait payer 15 autres millions, livrer une multitude d^œuvres d'art et de manuscrits, et consentir à l'occupation des troupes françaises jusqu'à ce que toutes les conditions fussent remplies. C'en était fait de l'autonomie des États de l'Église, ainsi que Bonaparte le mandait au Directoire, pendant qu'il vantait ailleurs la modération excessive des conditions qu'il avait imposées.
Gompendio délia vita e de! processo del Cagliostro (par Mgr Barberi), Roma, 1798; Civiltà catt., 5 agosto 1854; 211uglio, 8 ag. 1877 et seq. Le comte Cagliostro (proprement Joseph Balsamo, de Palerme), franc-maçon, fut expulsé de France en 1786, et condamné à mort par les autorités pontificales pour différents crimes. Pie VI commua sa peine en un emprisonnement, et il fut enfermé à Rocca di San Leone, où il mourut le 26 août 1795, âgé de cinquante-deux ans. En 1797, les républicains de France recherchèrent ses ossements. Démarches de Pie VI en faveur du clergé tidèle à ses devoirs : Hulot, Collection des brefs, p. 259, 262 et seq.; l'abbé Auribeau, Mémoires pour servir à l'hist. de la persécution, Rome^ 1794. Lettre de Pie VI à François II, 8 août
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1792 : Collectio brevium Pii VI, 1797, t. II, p. 105; Roscovany, Mon., III, p. 289-292, n. 305. Arguments des républicains : Crétineaa-Joly, l'Église rom. en face de la Révolution, Paris, 1860, 2^ éd., t. I, p. 176 et seq., 194 et seq.; Ranke, Peepste, 111, p. 206-209. Les Mémoires historiques etpbilos.surPie VI et son pontificat, t. II, cités ici, portent les pertes des États de l'Église à 220 millions de livres. Sur la paix de Naples avec la France, Coppi, Annali d'Italia dal 1750, Roma, 1824, t. I, p. 407 et seq. Lettre de Jean de MùUer, 4 mars 1797 : Œuvres compl., t. XXXI, p. 87. Saracin, à Genève, Neueste K.-G., 2<= édition, t. 1, p. 66-68. Paix de Tolentino : Bull. Rom. Cont., t. X, p. 63. Les événements dans Crétineau-Joly, 1. c, I, p. 207 et suiv.
Occupation de Rome. — République romaine.
49. Sur ces entrefaites (avril 1797), le frère de Bonaparte, Joseph, arriva à Rome en qualité d'ambassadeur : il était chargé d'une part, de décider le pape à donner un bref pour détournerdela guerre les Vendéens et les Bretons, et, d'autre part, de protéger les républicains de Rome, de faire expulser le général Provera, et de préparer secrètement l'abulition de l'autorité du pape. Le palais de l'ambassadeur de France devint le centre de tous les éléments révolutionnaires ; les élèves de l'Académie de France insultèrent les troupes pontificales, puis se réfugièrent auprès de leur ambassadeur et fixèrent là leur quartier général. L'arrogant général Ûuphot fut tué d'un coup de fusil tandis qu'il en sortait (28 décembre 1797). Le gouvernement français en parut vivement oifensé ; l'ambassadeur quitta Rome, et le général Berthier fut chargé d'exiger satisfaction de ce meurtre, qu'on imputa au pape.
Le 10 février 1798, Berthier parut sur le mont Mario et demanda la remise du château Saint-Ange, qu'on ne pouvait lui refuser. Il procéda alors au désarmement des quelques troupes pontificales, fit proclamer la république le 15 février et renouvela les scènes de Paris. A l'entrée du pont Saint-Ange fut érigée unestatue de la déesse de la Liberté, qui fuulait aux pieds la tiare pontificale ; on se servit du théâtre pour dévert;er le ridicule sur la religion; le pape fut partout insulté, les vases sacrés profanés dans d'ignobles orgies. Il va sans dire que les « droits imprescriptibles de l'humanité » furent proclamés comme loi fondamentale.
Berthier déclara que les fils de la Gaule arrivaient avec une branche d'olivier à la main, pour restaurer l'ère de la liberté inaugurée par le premier Brutus. On nomma des consuls, et une fête d'actions de grâces fut célébrée à Saint-Pierre le 18 février. Le courage, la fermeté de Pie VI croissaient avec ses dangers personnels. Je ne saurais, disait-il, renoncer aux droits du Saint-Siège ; vieillard octogénaire, je ne crains plus rien en ce monde, et toutes les tribulations me trouveront inébranlable.
Berthier usa encore dans le principe de ménagements envers la personne sacrée du pape ; mais son successeur, le farouche Masséna, les commissaires du Directoire Haller et Bassal (anciens curés de Versailles), ainsi que d'autres républicains affamés de pillage, rompirent toutes les barrières. Le Vatican, les appartements mêmes du pape et jusqu'à sa personne, rien n'échappa au pillage, Haller lui fit ôter du doigt l'anneau du Pêcheur et vendit tout ce qui lui appartenait en propre. Républicaniser Rome était synonyme de la spolier. Les officiers français rougissaient eux-mêmes de honte et de confusion.
Ib., p. 208 et seq., 213 et seq.; Correspond, de Napoléon, t. II et III (avril 1797-1 «^"^ mars 1798); Mémoires et Correspondances politiques et militaires du roi Joseph, éd. par M. du Casse, t. I, Ami de la religion, 17 mai 1853; Mémoires du card. Gonsalvi (trad. du franc, en allem.), Munster, 1870, p. 41 et suiv. Sur les actes de spoliation commis en Italie par les Français, voj. Histoire authentique de la guerre de la Révolution en Itahe (en allem.), Leipsig, 1798, 1. 1, supplém., 8 ; Hist.-pol. Bl., 1852, 1, p. 282 et suiv.
Déportation de Pie VI. — Sa mort.
50. Pie VI ne voulait ni ne pouvait renoncer à ses droits, et l'on redoutait une contre-révolution de la part de la majorité du peuple indigné : il fut donc contraint, malgré son grand âge, de sortir de Rome (20 février 1798). Il aurait désiré y mourir ; ou lui répondit brutalement qu'il pouvait mourir partout. Il fut d'abord conduit à Sienne, puis (30 mai) à la Chartreuse, près de Florence. Mais comme il recevait partout des marques touchantes de sympathie et de dévouement
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et qu'il était encore trop rapproché de ses États, les incrédules murmurèrent et les directeurs devinrent inquiets. On songea donc à le déporter en Espagne ou en Sardaigne ; puis, la guerre venant à éclater de nouveau, on se décida à l'emmener au delà des Alpes (27 mars 1799), d'abord à Valence, puis dans le midi de la France. Les cardinaux furent arrêtés à Rome, embarqués à Cività-Vecchia et dispersés dans différents pays. A Valence aussi, où il entra le 14. juillet, on ne voulait pas laisser longtemps le magnanime pontife, parce que, même en France, dans les plus extrêmes humiliations, il recevait encore les plus grands hommages. Sa mort paisible, survenue le 29 août 1799, dans la vingt-cinquième année de son pontificat et la quatre-vingtdeuxième de son âge, mit un terme à tant de souffrances.
La haine des républicains le poursuivit jusque dans la mort : le reste de son avoir fut vendu comme propriété nationale, et l'on n'osa pas l'enterrer avant d'avoir reçu des ordres supérieurs. Le décret consulaire qui prescrivait son inhumation, n'arriva que le 30 décembre 1799. Pie Vi reçut d'abord une sépulture peu honorable, et, le 17 février 1802, les restes mortels de ce grand pontife furent enfin solennellement inhumés à Rome. Sa statue, chef-d'œuvre de la main de Canova, se trouve devant le tombeau de saint Pierre. 11 est représenté à genoux, implorant le secours du prince des apôtres, dont il fut un des plus dignes successeurs. Le souverain pontificat était descendu dans sa personne au dernier degré de l'humiliation, ou plutôt il semblait à jamais anéanti. On prononça son oraison funèbre et on lui érigea une pierre funéraire. Il semblait impossible de songer à une nouvelle élection. Cependant, tandis que les révolutionnaires de France étaient emportés par le même flot qui les avait amenés, l'Éghse demeura assise sur son roc inébranlable ; elle enregistra une nouvelle victoire morale, qui ramena dans son sein de généreux protestants (comme Saracin à Genève) et fit admirer au monde étonné son incomparable grandeur.
Neueste Gesch. der Kh'che, livre I«', p. 152-156 ; Baldassari, Histoire de la captivité et de l'enlèvement de Pie VI, trad. du français {en allem.) par Steck, Tub., 1844; (Bourgoing, mort en 18H), Mémoires hist. et philos, sur Pie VI, l"^« éd., Paris, an VII (1799). La seconde édition offre de grandes différences. Ranke, III, p. 209.
Pie 'WII et le Concordat français.
Gloire de Bonaparte. — Ses combats en Egypte et en Syrie. — Le gouvernement consulaire.
51. Cependant une évolution se préparait en France, et les événements de la guerre amenèrent en Italie des changements considérables. Le général Bonaparte était l'idole de l'armée et de la France, et il régnait déjà sur l'Italie en maître absolu. La république aristocratique de Venise, qui était demeurée dans une neutralité inactive, tout en laissant établir dans son sein des clubs révolutionnaires, fut elle-même occupée par les Français (mai 1797); l'Autriche se vit contrainte de signer la paix de Campo-Formio (octobre 1797), qui donnait à la France les Pays-Bas autrichiens et plusieurs territoires en Italie, tandis qu'elle obtenait Venise et une partie de ses possessions en Autriche.
Peu content de ses triomphes en Europe, le puissant général voulut abattre la domination de l'Angleterre sur la mer Méditerranée et l'attaquer en Egypte. Il rentra tout à coup dans Paris (5 décembre), où il était déjà l'objet de Tenthousiasme universel, et fit approuver ses plans par le Directoire, qui avait profondément baissé dans l'estime publique.
Bonaparte s'embarqua à Toulonle 19 mai i 797. L'île de Malte fut prise, après que plusieurs chevaliers eurent trahi leur grand maître, le faible comte Hompesch (10 juin), et cessa d'être gouvernée par les hospitaliers de Saint-Jean. En juillet, Alexandrie était emportée d'assaut. Bonaparte se présenta aux habitants comme un libérateur qui devait briser le joug des beys mameluks, et fit passer les Français pour des coreligionnaires, qui avaient renversé le pape et les hospitaliers de Saint-Jean et avaient toujours été liés d'amitié avec le grand sultan. Aux troupes il adressa une proclamation toute païenne. Après la victoire de la grande armée près des Pyramides (21) et la prise du Caire (25 juillet), l'anniversaire de la république française fut célébré (22 septembre) comme l'alliance du croissant avec le bonnet jacobin; le pays fut militairement administré.
Bonaparte partit pour la Syrie, prit Elarisch (10 février 1799), Gaza et Jaffa, mais fut obligé de lever le siège de Ptolémaïs. En
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Egypte, il remporta une nouvelle et brillante victoire (25 juillet i799.) Mais l'impossibilité, après la perte de la Syrie et devant la supériorité des Anglais, de faire en Egypte les grandes choses qu'il méditait, et plus encore la situation de la France et les prières de ses partisans déjà nombreux, le décidèrent à retourner à Paris, où tout était déjà prêt pour le souverain pouvoir auquel il aspirait. Il débarqua à Fréjus le 9 octobre 1799, fut salué à Paris comme un libérateur (16 octobre), renversa le Directoire et se mit à la tête du gouvernement en qualité de premier consul.
Le pouvoir exécutif fut confié à un triumvirat de consuls, dont le premier avait le droit de nommer les deux autres. Une nouvelle constitution fut élaborée, qui instituait à côté des consuls un tribunal de cent membres pour discuter les lois, un corps législatif pour les voter, un sénat pour contrôler la constitution et l'exécution des lois. Napoléon Bonaparte posséda bientôt une autorité supérieure à celle qu'avait jamais exercée n'importe quel roi de France; il résida aux Tuileries, donna les charges les plus importantes à ses amis et àsesproches, nomma l'ex-évêque Talleyrand ministre des affaires étrangères, Fouché ministre de la police, Berthier ministre de la guerre. Sous le Consulat, la tolérance des cultes fut assez générale; on n'exigea des prêtres que la promesse de fidélité à la nouvelle constitution : ceux qui la refusèrent furent laissés en prison ou exilés de l'autre côté des Alpes.
Fick, die Revolutionsgesch. der Venetianer, 1797, léna, 1801 ; Daru, Hist. de Venise, Vil; Reumont, die letzen Zeiten des Johanniterordens (Beitr. zur ital, GescL., IV.) ; Correspondance de Napoléon, t, IV, V (mars 1798-oct. 1799); Berthier, Relation des campagnes du général Bonaparte en Egypte et en Syrie, Paris, 1800; Martin, Hist. de l'expédition en Egypte, Paris, 1815 ; Capefigue, l'Europe pendant le consulat et l'empire de Nap. , Paris, 1840; Lacretelle, Hist. du Consulat et de l'Empire, Paris, 1843; Ad. Thiers, même titre, ibid., 1845; en allem., à Leipsig, 1845, t. I; là même, Mémoires de Sohier, etc. ; Leo, V, p. 326 et suiv.
iîlection de Pie VII.