‹ Histoire de l'église (volume 2)Chapitre 5 sur 10 · Pendant l'absence de Bonaparte en Orient — au prin · texte numérisé non relu

Pendant l'absence de Bonaparte en Orient — au prin

temps de d 799 — les Autrichiens et les Russes avaient remporté en Italie de nombreuses victoires sur les Français ; la haute Italie et la Toscane furent occupées par les alliés, Rome livrée aux Napolitains (30 septembre). Pie VI ayant autorisé les cardinaux à tenir le conclave en tel lieu qu'ils jugeraient convenable et où ils pourraient se réunir en plus grand nombre, le conclave s'assembla à Venise, sous la protection de l'empereur François II ; 35 cardinaux entrèrent au couvent de Saint- Georges-Majeur (1" décembre 1799). Un grand nombre de voix se prononcèrent tout d'abord pour les cardinaux ßellisomi, Mattei, Gerd il, etc.; mais les intrigues du cardinal autrichien Herzan firent ajourner l'élection et éliminer ßellisomi.

Enfin, le 14 mars 1800, Grégoire-Rarnabé, comte de Chiaramonti,fiitéluetpritlenomdePie VII. Né enl742,àCesena, dans les États de l'Église, il entra chez les bénédictins en 1758, enseigna la théologie à Parme et à Rome, devint abbé, évêque de Tivoli, puis d'Imola, cardinal en 1785. Pendant les troubles de la guerre, jusqu'à l'ouverture du conclave, il n'avait pas abandonné son évêché ; sa conduite avait toujours été noble et édifiante. Il n'était pas désagréable au dictateur de la France. Solennellement couronné le 21 mars en l'église de Saint- Georges, il prononça le 28 sa première allocution aux cardinaux, pubha le 15 mai sa première encyclique, un chefd'œuvre tant pour le fond que pour la forme.

Après avoir parlé des vertus de son glorieux ancêtre et des voies admirables de la Providence, qui avait rendu possible, contre toute espérance humaine, malgré l'absence des cardinaux et le désordre général, l'élection régulière du pape, il rappelait la situation déplorable de la chrétienté, les devoirs du ministère pastoral et la nécessité de rendre à l'ÉgUse la liberté de son action. Il est vrai, disait-il, que les armes des princes chrétiens ont rétabli provisoirement l'ordre extérieur dans les États; mais, si le même poison intellectuel continue d'être versé dans le cœur des peuples, il s'étendra de plus en plus et inondera l'univers entier; et alors, pour l'écarter ou le détruire, les légions de soldats, les gardes mises aux portes des villes, les sentinelles de nuit, les villes fortifiées, les murailles, ne suffiront plus. Et puisque la véritable Église peut seule triompher de ce mal, que les princes lui permettent de

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vivre selon ses propres lois et ne souffrent point que personne mette des entraves à sa liberté, mais qu'ils deviennent au contraire ses véritables protecteurs.

Voyage de Pie VII à Rome. — Ses premiers actes.

53. Pie VII fut salué à Venise par l'ambassadeur de l'empereur François, par les représentants de la Sardaigue, de Naples et d'Espagne, et par un envoyé de Paul P", empereur de Russie. Le 6 juin 1800, il s'embarqua à Venise pour Pesaro, où il rencontra Charles-Emmanuel IV, roi de Sardaigne, et son épouse, Marie- Adélaïde-Clotilde, sœur de Louis XVI. Le 21 juin, il ut son entrée solennelle à Ancône, et le 3 juillet à Rome, accueilli partout avec des transports de joie*. Aucune persécution odieuse, aucune mesure de vengeance ne signala le rétablissement de l'autorité pontificale. L'habile prélat Consalvi devint d'abord secrétaire par intérim, puis définitivement, en qualité de cardinal-diacre.

Les finances furent améliorées autant que la situation le permettait, plusieurs abus supprimés, le commerce des blés affranchi. Pour payer les 50 millions de dettes, Pie VII donna lui-même l'exemple de l'économie, et fixa à 36,000 scudi, au lieu de 150,000, les revenus du palais pontifical. Il institua une

' « Pie VII », dit Chateaubriand dans ses Mémoires, « fut reçu avec des cris qui ébranlaient les ruines de la ville éternelle. On détela sa voiture et la foule le traîna jusqu'aux degrés de l'église des Apôtres. Le Saint- Père ne voyait rien, n'entendait rien : ravi en esprit, sa pensée était loin de la terre ; sa main se levait seulement sur le peuple par la tendre habitude des bénédictions.

« 11 pénétra dans la basilique au bruit des fanfares, au chant du Te Deutn, aux acclamations des Suisses de la religion de Guillaume Tell. Les encensoirs lui envoyaient des parfums qu'il ne respirait pas.

« Il ne voulut point être porté sur le pavois, à l'ombre du dais et des palmes; il marcha comme un naufragé accomplissant un vœu à Notre- Dame de Bon-Secours, et chargé par le Christ d'une mission qui devait renouveler la face de la terre. Il était vêtu d'une robe blanche ; ses cheveux, restés noirs malgré le malheur et les ans, contrastaient avec la pâleur de l'anachorète. Arrivé au tombeau des Apôtres, il se prosterna ; il demeura plongé, immobile et comme mort, dans les conseils de la Providence.

«L'émotion était profonde; des protestants, témoins de cette scàue, pleuraient à chaudes larmes. » (Citation du traducteur.)

congrégation spéciale pour réorganiser les États de l'Église, considérablement amoindris par la perte des Légations, en prenant pour principe qu'il fallait restaurer les anciennes institutions qui sembleraient opportunes , supprimer ce qui ne répondait pas à sa fin, et le remplacer par queque chose d'utile. Les efforts du dernier pape pour encourager l'industrie, et développer la culture du sol furent continués avec vigueur depuis 1801. Comme à Ancône, le gouvernement pontifical fut rétabli à Pérouse. Bénévent et Pontecorvo demeurèrent encore aux mains des Napolitains, et les Légations dans celles des Autrichiens, qui en convoitaient la possession, mais auxquels Bonaparte ne tarda pas à les enlever.

Artaud, Hist. du pape Pie VU, Paris, 1826,2 vol.; en allem., Vienne, 1838;Bull. Rom. Cont.,t.XI;NeuesteGesch.derK. Ehr.,I,p. lOetsuiv.5 H3 et suiv. ; Wisseman, the Last four Popes, Lond., 1859; en allem, par Reusch, Cologne, 1860; Gams, Gesch. der K. Ehr. im 19 Jahrb., I, p. 26 et suiv. ; Grétineau-Joly, l'Église rom., I, p. 244 et seq. ; Mémoires du Card. Consalvi, Paris, 1864, 2 vol. : vol. I, p. 199-290; vol. II, p. 221-485; édition allemande, p. 84 et suiv. 179 et suiv., 393 et suiv. Mon écrit : der Kirchenstaat seit der franzœs. Revolution, Frib., 1860, p. 8, 129 et suiv.; E. Cipolletta, Memorie politiche suiconclavi da Pio VII aPio IX, Milano, 1863; G. Giucci, StoriadiPio VII, Roma (1837), 1864; Henke, Pius VII, Stuttg., 1862.

Victoires de Bonaparte en Italie.

54. Bonaparte avait étouffé l'insurrection de la Vendée par des mesures opportunes et par une amnistie (23 février 1800). Après avoir réorganisé l'armée, il se plaça à sa tête, apparut en Suisse et s'avança vers la haute Italie. A Milan, il proclama la restauration de la république cisalpine, et les Autrichiens furent obligés de reculer devant lui jusqu'au Mincio. L'importante victoire de Marengo (U juin 1800) rendit le premier consul maître de la haute Italie, et par conséquent le voisin du pape. En France sa gloire en fut rehaussée, et les tentatives pour renverser le gouvernement consulaire échouèrent. Les nouvelles victoires des Français, qui s'emparèrent de Salzbourg (15 décembre), forcèrent l'Autriche à un armistice, puis

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à la paix de Lunéville (9 février 1801), qui fixait l'Etsch comme la limite de l'Autriche en Italie, reconnaissait la république cisalpine, et cédait à la France toute la rive gauche du Rhin.

Puis, le 28 mars, le premier consul conclut la paix avec Naples, qui dut évacuer quantité de places fortes, céder à la Toscane Piombino et l'Elbe, fermer ses ports aux Anglais. Ceux-ci avaient recouvré l'île de Malte en affamant les Français (septembre 1800), mais ils ne l'avaient pas rendue aux hospitaliers de Saint-Jean. L'empereur de Russie Paul I", profondément blessé de cet acte et en général de l'égoïsme de l'Angleterre, se retira de leur alliance et s'unit aux Français (novembre 1800). Il périt de mort violente (53 mars 1801).

Alexandre I", après s'être d'abord allié à l'Angleterre, fit la paix avec la France (octobre 1801). Les Russeset les Turcs avaient enlevé aux Français les îles gréco- vénitiennes et les avaient organisées en république des sept Iles, sous la protection de la Turquie et la garantie de la Russie (23 mars 1800). L'Angleterre et la Porte étaient alors presque seules contre la France, qui avait reconquis sa suprématie en Europe, bien qu'elle dût abandonner l'Egypte (été de 1801). La paix d'Amiens, conclue avecl'Angleterre en 1802, permit désormais au maître de la France de s'occuper davantage des affaires intérieures du pays.

Projet de restauration du culte catholique.

55. Il ne pouvait échapper au coup d'œil pénétrant, à la haute intelligence du premier consul, que la restauration de la religion chrétienne en France était la condition première d'un gouvernement réguher et durable. Malgré ses vues fatalistes et païennes, il savait se rendre compte du véritable état des choses, et, de plus, il gardait encore le souvenir des bonnes impressions reçues dans sa jeunesse. Son dessein était de fonder une monarchie militaire. Établir le protestantisme, il ne pouvait y songer; et quant au clergé constitutionnel, il ne jouissait d'aucune considération et n'avait point de crédit parmi le peuple. Il n'en était pas de même des prêtres orthodoxes, qui, sans faire aucune opposition politique, ne demandaient que le rétablissement des rapports avec le Saint-Siège

et la restauration de l'Église. Eux et les laïques dévoués à leur cause avaient enduré les persécutions des républicains avec un courage et une résignation héroïques, toujours soumis à l'autorité tant que leur conscience le permettait. Ils offraient les meilleures garanties et étaient pour le nouveau trône un solide appui.

Les légitimistes enfin, qui rejetaient tout ce qui s'était accompli depuis 1789, et qui, depuis les derniers événements, vivaient pour la plupart à l'étranger, groupés autour des princes expulsés, Bonaparte ne devait pas compter sur eux : ils étaient le principal obstacle à la réalisation de ses plans. Le premier consul ne pouvait relever le catholicisme que de concert avec le pape, et avec le concours du Saint-Siège. Faire cela, c'était à la fois ramener le calme parmi les masses agitées, obliger à la reconnaissance les catholiques fidèles, et affermir son nouveau pouvoir.

Négociations avec le pape.

56. Cinq jours après la victoire de Marengo (le 19 juin 1800), le premier consul manifesta au cardinal évêque de Verceil son dessein d'entrer en pourparlers avec le pape pour le rétablissement du catholicisme en France. Pie VII, informé de ce projet, montra les meilleures dispositions. 11 chargea le prélat Spina, archevêque de Corinthe, et le servite Caselli d'aller négocier d'abord à Verceil et à Turin, puis à Paris, L'abbé Bernier, qui avait eu une grande part dans la pacification de la Vendée, devait s'aboucher avec eux. En mars 1800, le premier consul dépêcha à Rome M. Cacault, ministre plénipotentiaire, avec le chevalier Artaud, secrétaire de légation. 11 ordonna à son envoyé de traiter le pape comme s'il avait 200,000 baïonnettes à ses ordres. Les négociations entre le pape et le consulat français furent extrêmement laborieuses : celui-ci faisait une foule de propositions inacceptables : exigeait une prompte solution et insistait sur les conséquences funestes d'un délai.

Le pape, de son côté, ne pouvait pas sacrifier les droits essentiels de l'Église ni rien concéder de contraire à son esprit. Le clergé français restait divisé depuis 1791; le schisme était dans le pays; des évêques constitutionnels occupaient les sièges des prélats légitimes fixés à l'étranger, et n'avaient que

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l'institution du pouvoir séculier; plusieurs prêtres assermentés étaient mariés et infectés d'erreurs ; les biens d'Église étaient dilapidés, les églises profanées ; un grand nombre d'enfants n 'étaieut pas baptisés, les mariages illégitimes l'emportaient. Tout était dans une indicible confusion. De là vient qu'à Paris comme à Rome, où le pape avait confié cette affaire à une congrégation spéciale, les négociations se heurtèrent à de grandes difficultés, malgré tout le zèle des deux parties.

D'ailleurs Pie Vil et Bonaparte n'étaient pas seuls : celui-ci avait derrière lui ses plus illustres compagnons d'armes, des diplomates, des incrédules frivoles ; le pape, à son tour, avait à lutter contre les royalistes français, qui ne désiraient pas la consolidation du nouveau gouvernement, contre les cabmets de Vienne et de Naples (où l'Anglais Acton était premier ministre), que le consulat français accusait d'user de tous les moyens pour entraver cette œuvre de paix.

Bonaparte se montrait impatient des retards : il proposa au pape d'ordonner aux anciens évoques français d'abdiquer, de former un nouveau clergé avec les meilleurs éléments pris dans toutes les classes, de pardonner aux prêtres constitutionnels et mariés et de les réconcilier avec l'Église, de réduire à 60 le nombre des diocèses, d'accorder au premier consul le droit de nommer à ces sièges, d'obliger les évèques à prêter le serment d'obéissance au nouveau gouvernement ; il demanda en outre que l'Église renonçât aux biens qu'elle avait autrefois possédés, que le clergé fût rétribue par l'Etat, et que le conseil d'État exerçât la police du culte. De leur côté, les plénipotentiaires du pape demandèrent que la religion catholique fût reconnue religion de l'État, que les consuls prissent l'engagement de la professer, et qu'on supprimât les lois et ordonnances contraires à la législation de l'Église ; ils déclarèrent qu'ils souscrivaient à la vente des biens du clergé si l'État fournissait de nouvelles dotations, que les prêtres constitutionnels qui se montreraient repentants seraient traités avec ménagements.

Correspondance de Napoléon, t, VI, VU; Campagne de Bonaparte en Italie, Paris, l'an VIII ; PetitMarengo, ou Campagne d'Italie, Paris, h. an. ; Leo, V, p.;jö8 et suiv.; Pacca, Memorie storiche, p. III, c. III, p. 266 et seq. ;

Neueste Gesch. der K. J. Chr., trad de l'ital., I, p. 127 et suiv., 181 ; Mémoiresde Consalvi, éd. allem., p. 396 et suiv. ; Artaud, 1. 1, ch. VII, VIII ; éd. allem., I, p. 139 et suiv.; Gams, I, p. 107 et suiv., 139 et suiv. ; Haussonville, l'Église rom. et le Premier Empire, Paris, 1864.

Consalvi à Paris. — Conclusion du Concordat.

57. Comme les négociations traînaient en longueur, le dictaléon manda, le 13 mai 1801, à son ambassadeur, arrivé à Rome le 8 avril seulement, qu'il eût à quitter Rome dans l'espace de cinq jours, si le projet de traité n'était pas accepté immédiatement et sans modifications, et qu'il se rendît à Florence, auprès du général Murât. Cacault, tout en étant convaincu que cette affaire ne pouvait se terminer aussi promptement, obéit et conseilla au pape d^envoyer à Paris le cardinal Consalvi. Pie VII y consentit. Le cardinal se mit en route le 6 juin et arriva le 22 à Paris. Le premier consul, qui n'avait pas le dessein de rompre les négociations, mais d'obtenir de plus grands avantages, se réjouit fort de l'arrivée du premier ministre du pape; il lui donna aussitôt audience, mais insista pour que les négociations fussent promptement terminées. Il nomma pour les conduire son frère Joseph, le conseiller d'État Cretet et l'abbé ßernier.

Le zélé et habile Consalvi se trouva dans une position très difficile : il ne pouvait pas demander des instructions au pape, et il était de toutes parts entouré de pièges ; il se livra pendant vingt-cinq jours au plus pénible travail. Le dessein de Pie VII était de ne forcer les anciens évêques d'abdiquer que dans le cas où cette mesure serait nécessaire pour empêcher l'échec des négociations. Consalvi essaya vainement de détourner le dictateur de cette pensée ; il ne l'ébranla pas même en lui représentant que cette destitution en masse d'évêques donnerait au pape un pouvoir qu'il n'avait jamais eu en France; Bonaparte demeura sourd à toutes les raisons de convenance, et demanda un bref qui inviterait les anciens évêques à résigner, en les avertissant qu'ils seraient destitués en cas de refus. Le Concordat allait être conclu le 14 juillet, lorsqu'on essaya de surprendre le cardinal en présentant à sa signature un document tout autre que celui dont on était convenu. Il le repoussa, eut un entretien avec le dictateur, calma son emportement par

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son sang-froid d'homme d'État. Le 15 juillet enfin, après de nouveaux et pénibles labeurs, après avoir triomphé par ses allures impassibles de menaces et d'obstacles divers, il consentit au Concordat, composé de 17 articles.

Crétineau-Joly, l'Église rom., I, 274 etseq. (Cf. Archiv für kath. K.-R., 1859, t, IV, p. 319 et suiv.), et Mémoires du card. Consalvi, I, 291 et seq.; éd. allem., p. 255 et suiv., 493 et suiv. Contre : A. Theiner, Hist. des deux Concordats conclus en 1801 et en 1803, Par., 1869; là-dessus encore, Crétineau-Joly, Bonaparte et le Concordat de 1801, Paris, 1869; dePradt, les quatre Concordats, Paris, 1818, 2 vol. ; Artaud, 1. c, ch. XI, p. 177 et seq.; (Caprara), Concordat entre le gouvernement français et le Pape, Paris, 1802.

Concile du clergé constitutionnel.

58. Les prêtres constitutionnels n'étaient pas demeurés indifférents aux négociations du Concordat : ils se figuraient toujours que le catholicisme pouvait subsister avec la hberté et l'égalité de 1792. Grégoire et les siens, sachant que le premier consul leur était défavorable, tremblaient pour leur existence. Bonaparte, soit qu'il voulût sonder le terrain ou obtenir à Rome de meilleures conditions, leur permit de célébrer le concile national qu'ils avaient indiqué pour le 2 mars 1800, tout en le considérant comme une pure comédie, jouée par des gens peu au courant des choses pratiques et par des intrigants. Ils n'eurent pas le courage de donner à leurs opinions la forme de décrets : ils voulaient simplement, disaient-ils, exprimer leurs désirs au chef de l'État. L'ouverture eut lieu après l'arrivée de Consalvi, le 29 juin 1801. Grégoire fit l'application à l'Église de son dogme de la souveraineté du peuple, en s'autorisant de ces paroles du concile de Tolède (688) : « Un intérêt particulier peut- il l'emporter sur le bien-être général du peuple? Certainement non. » Ce furent là tous ses arguments. Dès le 30 juin, de violents débats éclatèrent dans le concile sur les droits respectifs des évêques et des prêtres ; ces derniers invoquaient naturellement le principe démocratique. Les séances se passèrent en discussions misérables et n'eurent qu'un médiocre retentissement. Un adversaire dangereux du Concordat,

c'était le ministre Talleyrand, qui protégeait les constitutionnels et avait fort mal accueilli le Mémoire de Consalvi ; cependant la volonté bien arrêtée du premier consul, qui avait atteint son principal but, lui rendit toute résistance sérieuse impossible.

Actes du second concile national de France, Paris, 1801; Gams, I, p. 130-141,

Contenu du Concordat.

59. Le Concordat fut d'abord rédigé en français, puis traduit en latin par Caselli. Le gouvernement français y reconnaissait que la religion catholique, apostolique, romaine, est la religion de la très grande majorité des citoyens français. L'article i " garantit qu'elle sera librement exercée en France ; que son culte sera public, en se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique (cette réserve, combattue par Consalvi, rencontra aussi des difficultés dans le consistoire de Rome : on craignait l'immixtion du pouvoir civil dans les affaires ecclésiastiques). D'après l'article 2, il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français (10 métropoles, 50 évêchés). Sa Sainteté déclarera aux titulaires des évêchés français qu'EUe attend d'eux, pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce de sacriûces, même celui de leurs sièges ; que s'ils le refusaient, il serait pourvu par de nouveaux titulaires au gouvernement des évêchés (art. 3). Le premier consul nommera aux nouveaux évêchés dans les trois mois qui suivront la publication de la bulle de Sa Sainteté ; et Sa Sainteté conférera l'institution canonique suivant les règles établies par rapport à la France avant le changement de gouvernement. La même chose aura lieu pour les évêchés qui vaqueront dans la suite (art. 4, 5).

Le Concordat détermine la forme du serment qui devra être prêté par les évêques entre les mains du premier consul, et par les ecclésiastiques du second ordre entre les mains des autorités civiles, ainsi que la formule de prière pour la république et les consuls (art. 6-8).

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La nouvelle circonscription des diocèses sera faite par les évêques, avec le consentement du gouvernement ; les évêques ne nommeront aux cures que des personnes agréées par le gouvernement; ils pourront avoir un chapitre dans leur cathédrale et un séminaire pour leur diocèse, sans que le gouvernement s'obligea lesdoter (art. 9-11). Toutes les églises métropolitaines, cathédrales, paroissiales et autres, non aliénées, nécessaires au culte, seront mises à la disposition des évêques. Sa Sainteté renonce aux biens ecclésiastiques déjà aliénés, et leurs acquéreurs ne seront point inquiétés. De son côté, le gouvernement assurera un traitement convenable aux évêques et aux curés, et les catholiques seront libres de faire des fondations en faveur des églises(art. 12-15). Sa Sainteté reconnaît dans le premier consultes mêmes droits et prérogatives dont jouissait près d'elle l'ancien gouvernement. Si quelqu'un des successeurs du premier consul n'était pas catholique, une nouvelle convention devrait intervenir (art. 16, 17).

Pour lui-même, le Saint-Siège ne réclamait rien, pas même un dédommagement pour les pertes que lui avait infligées la révolution.

OUVHAGES A CONSULTRR SUR LE N" 59.

Texte français du Concordat du 26 naessidor an IX : Miinch, Conc. , II . U-13; Walter, Fontes, p. 187-190, lat.; Robiano, 11,459; Nussi, Convent., p. 139-142.; Bull. Rom. Cont., XI, 175-177; en allem., Gams, I, p. 114 et suiv. Comp. Pistolesi, Vita di Pio VII, t. I, p. 109, 117 et seq., 132 et seq.; Bellomo, Continuazione del Bercastel, t. I, p. 80 et seq.; Artaud, t. I, ch. x-xiv.

Obstacles à l'exécution du Concordat.

60. Après la conclusion du Concordat, le premier consul exprima le désir que les évêques constitutionnels fussent éiigibles, qu'on n'exigeât d'eux aucune rétractation, que la bulle de circonscription parût avant le 15 août et fût concertée à Paris. Consalvi eut beaucoup de peine à lui faire abandonner quelques-unes de ses exigences; il quitta Paris le 24 juillet et arriva à Rome le 6 août. Malgré les objections diverses que souleva la nouvelle convention, Pie VII la ratifia le 15 août, la promulgua en consistoire et donna les motifs de sa décision.

vu. — HIST. DE l'église. 10

H6 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Pour l'exécuter, il dépêcha à Paris, en qualité de légat a latere, le cardinal Caprara, désiré par Bonaparte, et il invita les évê([ues de l'ancienne France à renoncer à leurs sièges ("24 août). Vin' ensuite la bulle qui supprimait les anciens diocèses et autorisait le légat à instituer de nouveaux évèques (29 novembre). Les plus grandes difficultés furent suscitées par les évêques royalistes ; les 59 constitutionnels, un seul excepté, résignèrent tous entre les mains de l'État les fonctions qu'ils avaient reçues du gouvernement, qui maintenant ne leur était plus favorable; le pseudo- concile reçut l'ordre de se dissoudre; on emprisonna les opposants; l'abbé Fournier fut, à cause de sa résistance, conduit dans une maison d'aliénés.

Par) ni les évêques légitimes et non assermentés , quinze résidaient en France; ils firent de bonne grâce le sacrifice demandé par le pape, entre autres Belloy, évêque de Marseille, âgé (le 92 ans. Quatre d'entre eux furent nommés à de nouveaux sièges. Parmi ceux qui résidaient en Angleterre, l'archevêque de Narbonne et douze évêques envoyèrent de Londres, le27septembre 1801, une protestation qu'ils renouvelèrent plus tard (13 février 1802 et 15 avril 1804), surtout au point de vue légitimiste. Ni la lettre autographe du pape, en date du 11 novembre, ni l'envoi du prélat Erskine en Angleterre ne purent vaincre leur obstination. Des dix-huit évêques qui se trouvaient en Angleterre, cinq seulement cédèrent à la voix du pape. Parmi ceux qui résidaient en Allemagne, quatre protestèrent également et furent imités par d'autres : 36 en tout protestèrent. Quelques-uns, invoquant les libertés gallicanes, reprochèrent à l'humble Pie VII de fouler aux pieds leurs droits et d'outrepasser ses pouvoirs. D'autres s'obstinèrent jusqu'à prescrire des prières pour la conversion du pape et à se placer au point de vue des évèques assermentés de 1791.

Parmi les évêques des territoires récemment annexés à la France, 14 donnèrent leur démission, et 45 parmi les évêques de l'ancienne France. Ces 59 (sur 84) formaient la majorité. Ceux qui ne consentirent pas furent déposés en vertu de la toutepuissance pontificale. Jamais les papes n'avaient déployé en France une autorité pareille à celle qu'exerçait Pie Vil en déposant un si gnnd nombre d'évêques sans procès canonique, en supprimant toute la hiérarchie française et en la remplaçant par

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une nouvelle. Et cependant le rétablissement de l'Église en France l'exigeait. Cet acte n'était rien moins que la destruction de l'ancien gallicanisme, le coup de mort porté aux tenants des prétendues « libertés gallicanes » . C'est ainsi que la question fut jugée par les évêques de l'ancienne France qui refusèrent leur démission. Le gouvernement consulaire lui-même semblait étonné , effrayé de la plénitude de pouvoir que le Saint-Siège déployait à son instigation. Il s'efTorça d'y remédier, et essaya par des détours de raviver le système gallican, que le coup d'État du pape venait d'anéantir, même dans l'opinion de ses défenseurs. On avait reconnu que le pape seul pouvait ramener à l'unité les partis religieux en France ; on voulait maintenant se servir du pape pour se passer du pape même et gouverner à sa fantaisie.

ARome, voici la comparaison malicieuse qu'on faisait de Pi8 VII avec son prédécesseur : Pio (VI), per conservar la fede, perde la sedej Pio (Vil), per conservar la sede, perde la fede. Artaud, loc. cit., ch. xii, p. 187 et seq. Bulle de ratification £cc/esj« Christi, 15 août 1801 : Bull. Rom. Cont.,Xl, 196 et seq.; Const. 75, 86; Collectio Bullar. ac Brev. Pii VII super statu prses. Eccl. Gallic, Par., 1802, p. 13 et seq.; Roscovany, Mon. cath., II, 1-9. Litt, ad Gall. episc. de resignatione, 24 aug. ; Const. 74 Tam multa: Bull. Rom. Cont., XI, 187-190. Deputatio card. Caprara Dextera Altissimi, ib., p. 200. Facultates legato concessae et litt, credent., 4 sept. : Const. 81, 82. ib., p. 204, 205. Bulle de suppression des anciens diocèses Qui Christi Domini, ib., p. 245-249; Const. 92. Concession faite au légat d'instituer les nouveaux évêques, 29 nov., ib., p 249-251 : Const. 93. La bulle Ecclesia Christi fut plus tard falsi liée dans une traduction française : PisLolesi, loc. cit , p. 147 et seq. Pro testation d. d. Londres, 27 sept. 1801 : Crétineau-Joly, l'Église rom.

I, p. 358-360. Réclamations canoniques et respectueuses du 6 avril 1803, par 36 évêques (contre Barruel, du Pape et de ses Droits relig, à l'occasion du Concordat). Réclamation du 15 avril 1804 : Artaud, I

II, chap. XXXVI, p. 227-230. Voy. ibid., ch. xiv, p. 205 et seq., 209 et seq.; Mémoires pour servir à l'hist. ecclés., 111, 428 et seq. Sur la sup pression du gallicanisme, Pacca, Memorie storiche del suo ministero P. III, c. X, p. 408 et seq., ed. Rom., 1830.; Boiiix, de Principiis jur. canon., P. 1, sect. III, c. m, § 2 et seq. Echappatoires des galli cans, dans Dupin, Manuel du droit public eccléisastique français, p. 211 213, note.

Les articles organiques.

61 . Autant le premier consul avait hâté la conclusion du Concordat, autant il mettait peu d'empressement à le publier; et cependant le pape l'avait ratifié treute-cinq jours après sa signature, et le cardinal légat était déjà à Paris le 4 octobre 1801 . Pour apaiser une nombreuse opposition, flatter l'orgueil français, mettre le sceau à l'omnipotence de l'Etat, le gouvernement élabora de son propre chef, sous le nom d'articles organiques, des additions au Concordat, qui devaient être publiées en même temps que celui-ci. Sur ces entrefaites, le gouvernement élevait de nouvelles prétentions relativement aux bulles du pape, en même temps qu'il lui témoignait mille complaisances et lui en faisait entrevoir de nouvelles. 11 exigeait derechef que les prêtres constitutionnels fussent admis dans la nouvelle hiérarchie. Pie Yll repoussa fermement celte demande. Le cardinal Caprara, qu'on s'efTorçait de gagner à Paris, céda sur une foule de points, ce qui obligea le pape de refuser l'approbation à plusieurs de ses démarches.

Cependant les articles organiques furent rédigés. Ils statuent que l'approbation du gouvernement sera requise pour la publication et l'exécution de toute bulle, de tout acte pontifical, quand même ils ne concerneront que des particuliers ; pour la réception d'un nonce, d'un légat, etc. ; pour la célébration en France de tout concile, tant général que particulier, il n'y aura qu'un seul catéchisme ' pour toutes les Églises de France. La Déclaration de 1682 sera enseignée dans les écoles de théologie; les professeurs se soumettront à l'enseigner, et les évêques adresseront une expédition en forme de cette soumission au conseiller d'État chargé des affaires du culte. Le gouvernement peut procéder contre les actes et ordonnances des évêques par la déclaration d'abus. Les évêques enverront, toutes les années, au conseil d'État le nom des personnes qji étudieront dans les séminaires et qui se destineront à l'état ecclésiastique. Ils ne pourront ordonner aucun ecclésiastique, s'il ne justiüe d'une propriété produisant au moins un revenu

• « Approuvé par le gouvernement », ajoute notre auteur. Les articles organiques ne portent point cette restriction. [Note du traducteur.)

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annuel de 300 francs, s'il n'a atteint l'âge de 25 ans, et s'il n'u pas l'autorisation de l'administration des cultes. Pendant la vacance d'un siège épiscopal, il sera pourvu par le métropolitain ou par le plus ancien évêque de la province au gouvernement du diocèse, etlesvicairesgénéraux continueront leurs foncctions. Les curés se divisent en curésdéfinitivement institués, placésdans les grandes localités, et en curés auxiliaires (desservants) , ayant un traitement inférieur et pi uvant être éloignés sans procès canonique. Toute donation au clergé doit se faire en rentes sur l'Etat. Un règlement ecclésiastique fut également dressé pour l'Eglise protestante. Il fut défendu à toutes les confessions de procéder au mariage religieux avant l'accomplissement de l'acte civil. Le dimanche devait être célébré comme un jour de repos universel, le calendrier républicain maintenu; cependant les jours de la semaine furent désignés selon l'ancien calendrier. Pour la preuve de l'état civil, les registres ecclésiastiques étaient sans valeur. Ainsi le gouvernement français fit seul de son côté de nombreuses modifications qui ne furent nullement communiquées au pape. On fit imprimer le Concordat et les articles organiques sous le titre unique de Concordat, et l'on essaya de les présenter ainsi comme formant un seul tout.

Ouvrages a consulter sur le n* 61.

Artaud, loc. cit., ch. xiv, xvi, xxi, p. 215, 223 et seq., 234 et seq.; II, p. 21, 24, 201 ; Gains, I, p. 148 et suiv. ; Pacca, Memorie, P. II, c. n, p. 151. Texte des articles organiques dansMunch, II, p. 13-21 ; Walter, Fontes, p. 190-198. Sur la tonduite du gouvernement français, Gaudry (ancien bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris), Traité de la législation des cultes, Paris, 1854; Ami de la religion, 1^'' août

Acceptation du Concordat et des articles organiques.

62. Avec les pouvoirs déjà passablement étendus que possédait alors le premier consul, la présentation au Corps législatif du Concordat et des lois y annexées n'était guère qu'une formalité, bien que le Corps législatif comptât une foule d'ennemis de l'Eglise. Le gouvernement ne négligea rien pour lui rendre la chose aussi acceptable que possible. La présentation fut faite le 5 avril 1802 par un discours brillant et fort admiré du conseiller d'État PortaUs. Ce discours était habilement conçu pour

répondre aux nombreux préjugés qui étaient encore répandus contre la religion; et d'ailleurs, malgré toutes ses inexactitudes en théologie et en histoire, il était vraiment digne d'un homme d'État et témoignait d'un grand respect pour les institutions ecclésiastiques envisagées au point de vue gallican. La discussion au Corps législatif fut renvoyée au 18 germinal (8 avril). Le tribunat remit les actes à une commission, dont faisaient partie Lucien Bonaparte et Siméon. Ce dernier, qui était rapporteur, fit valoir (7 avril)en faveur de l'adoption du projet de loi les mêmes arguments que Portalis, et conlut ainsi : « Ames tendres et pieuses, qui avez besoin de prières en commun, de cérémonies, de prêtres, réjouissez-vous : les temples vont être ouverts; les ministres de la religion sont prêts. Esprits indépendants et forts, qui croyez pouvoir vous afîranchir de tout culte, on n'attente pointàvotreindépendance: réjouissez-vous, car vousaimez la tolérance. Elle n'était qu'un sentiment, tout au plus une pratique assez mal suivie: elle devient une loi; un acte solennel va la consacrer. » Cela fait, on crut avoir rendu justice à tous.

Le tribunat accepta le projet de loi par 78 voix contre 7, et nomma deux orateurs pour notifier la décision au Corps législatif et en développer les motifs. Il n'y eut point de débats sérieux. Le même jour, le Corps législatif adhéra par 228 voix contre 2t. Le Concordat fut immédiatement publié avec les articles organiques comme loi de l'État Le même jour, parut aussi un décret sur la réception du légat du pape et les conditions auxquelles il pourrait exercer sa mission en France (dans le sens de Pithou). Le cardinal fut avisé que le lendemain il serait solennellement reçu par le premier consul. Les documents dressés par lui devaient également dater de ce jour (9 avril) et n'être publiés qu'après une entrevue avec le cardinal. Ces documents étaient : 1° la ratification du Concordat par le pape; 2° le décret sur la nouvelle circonscription des ^diocèses de France, avec la promulgation de la bulle qui s'y rapportait ; 3° la publication d'une indulgence plénière en forme de jubilé pour toute la France ; 4° un induit sur la diminution des jours de fête. Venaient ensuite les documents qui contenaient la nomination, les lettres de créance et les pleins pouvoirs du légat.

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Rapport de M. Portalis, dans Dupin, Manuel du droit public ceci, fr., Paris, 1845, p. 146 et seq. ; Discours sur l'organisation des cultes, ib., p. 163-208. Les autres discours avec d'autres pièces se trouvent en allemand dansl'écrit : Neue Organisation des Religionswesens in Frankreich, mit Anmerck. von Ph. Chr. Reinhard, Mitglied des Arrondissenientsrathes von Cœln und Professor der Geschichte an der Realschule im Koer- Departement. Cœln bei Keil im Fructidor des X Jahres der Republik (1802). Arrêté relatif à l'enregistrement des bulles du card. Capi ara, dans Dupin, loc. cit., p. 14, 15. Publication de la bulle de confirmation de la nouvelle organisation, p. 162-186. Decr. de circumscript. : Bull. Rom. Cont., XI, p. 251-266. Indulgence du jubilé, ib. p. 326-328. Neue Organisation, p. 250 et suiv. Induit pour la réduction des fêtes : Bull. Rom. Cont., loc. cit., p. 323, 324, n. 123.

Audience et serinent du cardinal Caprsira.

C3. On était d'occcord sur tous les points de l'allocution que le légat devait adresser au premier consul dans l'audien -e solennelle ; le gouvernement renonça à une formule de serment qu'il lui avait d'abord demandée. Mais, peu de temps avant l'audience, Portalis étonna le cardinal par une de ces surpris(!S dont on était coutumier, en lui annonçant qu'il devrait prêter, devant le chef de l'État, un serment dont il lui remit le texte. Caprara protesta énergiquement contre cette exigence ; Portalis insista, et son opinion prévalut : Il ne faut pas, déclara-t-il, tout compromettre pourune simple formalité. Du reste, on ne tient pas absolument au texte de la formule ; le légat peut changer quelques expressions, et réciter un Pater pendant la lecture ; le gouvernement n'attache pas une grande importance au texte littéral.

Caprara biffa les expressions qui l'offusquaient, et lut ensuite pendant la cérémonie la formule telle qu'il venait de la transformer : il n'y était plus question des « libertés et privilèges de l'Église gallicane» ; le tout fut appelé, non un serment, mais une simple promesse, etl'« attestation au moyen de la signature et du sceau » était effacée. Cela fait, Caprara crut pouvoir s<d tranquilliser.

Cependant le Moniteur du lendemain, au lieu de pubUer la formule lue par le légat, reproduisit celle qui avait été rédigée

par Portalis : de là des réclamations du Saint- Siège et de son représentant. C'était là un de ces actes de déloyauté que le gouvernement consulaire se permettait souvent en faveur du gallicanisme — le dictateur de la France jouait déjà le rôle de Louis XIV — une grave offense au Saint-Siège et à la dignité de son représentant, qui rendait à cet homme violent le plus éclatant hommage, et ne recevait en retour qu'une réponse courtoise, mesurée, sans valeur sérieuse. Toute cette audience se passa avec la plus grande solennité, en présence des autres consuls, du conseil d'État et du corps diplomatique. Après que le légat eut présenté son personnel et rendu visite à la femme de Bonaparte, il fut reconduit à sa résidence, avec escorte militaire, dans la même voiture de la cour qui l'avait amené aux Tuileries. Il reçut ensuite les autorités et les collèges, et puis consacra quelques nouveaux évêques.

Discours du card. légat, dans Dupin,p. 15, 16. Formule du serment au Moniteur, n. 200, du 20 germinal an X. Formule dans le Journal officiel de Rome; Ami de la religion, n. 5537, du 7 juin 1853. Sur le tout, abbé Prompsault. Le serment du card. Ca[)rara dans le journal cité, n. 5537, 5542, du 7 et du 18 juin 1853. De plus, Verba promissionis, Bull. Rom. Cont., loc. cit., p. 325. Réponse de Bonaparte, N. Organisation, p. 271.

Restauration du culte

64. Le jour de Pâques, 18 avril, la promulgation solennelle du Concordat et le rétablissement du culte catholique furent célébrés en grande pompe à la cathédrale de Notre-Dame, débarrassée du clergé constitutionnel, avec la participation des autorités civiles et mihtaires et en présence d'un grand nombre de dames. L'archevêque de Paris présenta l'eau bénite aux deux consuls sous le portail de l'église ; le cardinal Caprara chanta la grand'messe; l'ancien archevêque d'Aix (alors archevêque de Tours) Boisgelin, prononça le sermon, dans lequel il exalta la Providence et la miséricorde divine. Quelques-uns des nouveaux évêques prêtèrent le serment prescrit parle Concordat. La solennité, qui était une sorte d'expiation de tant d'attentats commis contre la religion, se termina par un Te Deum.

Les dispositions de l'assistance étaient furt diverses : les hommes curieux et avides de spectacles, les mécontents et les

railleurs ne faisaient point défaut, surtout parmi les fonctionnaires et les officiers ; il est indubitable, cependant, qu'une très grande partie du peuple se sentait heureuse de pouvoir publiquement célébrer, en ce jour de la Résurrection, la renaissance de la religion et du culte qu'il avait hérités de ses pères. Moins que tout autre, le dictateur de la France devait regretter une démarche qui lui valait autant d'éclat qu'une victoire remportée sur le champ de bataille. La restauration de l'Église catholique en France par la puissance spirituelle et la puissance temporelle était, selon l'expression de Cacault, « l'œuvre d'un saint et d'un héros ».

De zélés catholiques s'élevèrent de nouveau avec succès pour la cause de l'Église ; les sœurs de la Charité et les lazaristes déployèrent une activité salutaire ; Martin Ducrey continuait à la Chartreuse de Malan, comme auparavant à Sallanches (1800), d'agir par son enseignement et par son exemple ; Chateaubriand, dans son Génie du christianisme, dépeignait dans un noble langage les beautés d'une Église que lui-même avait autrefois méconnue ; les prédicateurs trouvaient de l'écho. Les prêtres avaient repris leur costume ecclésiastique, et rencontraient d'abondantes ressources parmi les fidèles. L'indulgence du jubilé fut accueillie avec joie. Les évêques érigèrent des séminaires, qu'ils confièrent aux lazaristes et aux « Pères de la Foi ».A dire vrai, tels des nouveaux évoques étaient encore animés de sentiments très peu ecclésiastiques même parmi ceux qui avaient rétracté leurs anciens principes constitutionnels; quelques-uns se servaient de cette formule : « Par la grâce de Dieu, la nomination du premier consul et l'institution canonique du pape » ; tandis que d'autres disaient simplement : «Par la miséricorde de Dieu et avec l'institution du Saint-Siège ».

Portalis écrivit aux évêques en juillet 1802 qu'il était à souhaiter que ces divergences disparussent, et qu'il n'y avait aucune raison d'abandonner la formule traditionnelle : « Par la miséricorde de Dieu et la grâce du Siège apostolique », puisque c'était le pape qui conférait aux évèqnes le pouvoir spirituel et que cette formule avait été sans inconvénient usitée pendant plusieurs siècles dans l'Église de France. C'était le pouvoir civil qui renseignait encore les évêques sur leurs obli' gâtions ecclésiastiques.

Robiano, II, 487-492; N. Organisation, p. 275-279 ; Gams, I, p. 158 et suiv. ; Chateaubriand, le Génie du christianisme, ou Beautés de la religion chrétienne, Paris, 180*2, 5 vol., en allem, par Venturini, Haslinger, etc.; nouv. éd. par Kœnig, Frib., 1857; les Martyrs, ou le Triomphe de la religion chrétienne, Paris, 1809, 3 t.; Atala, ou les Amours de deux sauvages dans le désert, Paris, 1801; Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811, 3 vol. Portalis aux évêques, 17 messidor an X (Catholique, 1825, t. XVII, H. 5, supplém., p. xxv et seq.).

Gloire du premier consul. — Cardinaux français. — Griefs du pape contre le gouvernement coixsulaire.

65. Napoléon Bonaparte, déjà célébré comme le restaurateur de l'ordre et de la religion, des arts et des sciences, consul à vie depuis le 2 août 1802, fondateur d'une nouvelle puissance maritime, s'efforça de préparer la France et l'étranger à la monarchie absolue, à l'empire qu'il se proposait de fonder, en donnant une forme monarchique aux deux républiques sœurs de la France : d'abord à la république hollandaise, puis à la république cisalpine, qui se transforma en république italienne. Il voulut aussi donner à sa cour un éclat inaccoutumé, et il demanda au pape de créer des cardinaux français : il proposa les archevêques de Paris (J.-B. de Belloy), de Lyon (Joseph Fesch, son oncle maternel), de Tours (Boisgelin) et de Rouen (Etienne- Hubert Cambacérès) (8 juillet). Cette demande fut accordée, après qu'on eut levé une multitude d'obstacles et entendu les cours de Vienne, de Madrid et de Lisbonne (17 janvier 1803).

Déjcà le Saint-Siège avait une foule de griefs contre le gouvernement français; il lui reprochait surtout d'avoir de son propre chef publié les articles organiques. Dans son allocution du 24 mai 1802, où il annonçait le rétablissement de l'ordre eccclésiastique on France, Pie Vil s'était plaint que le gouvernement eût fait, de sa propre autorité, des additions au Concordat, etil avait insisté pour leur suppression. De son côté, Caprara avait expressément indiqué, dans une note datée du 18 août 1803, les points auxquels le pape ne consentirait jamais. Quelques évêques choisis parmi les constitutionnels (comme Lecoz de Besançon, Saurinede Strasbourg) avaient trompé Caprara et ne s'étaient pas rétractés. Les ministres Talleyrand et Fouché favorisaient le clergé cous-

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titutionnel, et défendaient sévèrement de célébrer les fêtes qui n'étaient plus obligatoires : de là surgit en Flandre la secte des Stévenistes, quia subsisté sans prêtres jusqu'en 1852. On demanda et Ton obtint pour l'Italie, entant qu'elle dépendait de la France, un concordat analogue au concordat français. Dans ce but, l'envoyé Cacault, très dévoué au pape, fut rappelé de Rome en avril 1803, et, malgré les représentations de Consalvi, qui invoquait la loi et l'usage, remplacé par l'archevêque de Lyon, le cardinal Fesch, peu entendu dans les affaires ecclésiastiques. On écarta le secrétaire d'ambassade Chateaubriand et l'abbé Guillon. Fesch était l'instrument aveugle de son toutpuissant neveu, qui était obligé de lui donner des leçons sur les bienséances de son état. Tout pliait devant ce rude dominateur.

En mai 1803, Napoléon commença la guerre avec l'Angleterre, s'empara du Hanovre, maltraita les royalistes, et sema partout la terreur en faisant assassiner le duc d'Enghien (21 mars 1804). Un autre pronostic fâcheux pour l'Église fut un décret consulaire rendu peu de temps après la publication du Concordat, qui supprimait les abbayes et les couvents dans les quatre départements de la rive gauche du Rhin.

Leo, V, p. 368-372. Correspondance sur les promotions de cardinaux : Artaud, I, II, ch. xsii, p. 54-59. Consistoire du 17 janv. 1803 : Bull., loc. cit., p. 457 et seq.; Consalvi, Mémoires, I, p. 406 et seq. — Alloc. du 24 mai 1802 : Bull., loc. cit., p. 335-339, n. 331 ; Roscovany, Mon., III, 529-535, n. 562 ; Consalvi, dans Artaud, I, II, ch. xxn, p. 37 et suiv. Note de Caprara, dans Lequeux, Compendium Man. jur. canon., Paris, 1841, IV, p. 481 ; Roscovany, II, p. 9-22, n.284; Scherer, Papst Leo XII, Schaffouse, 1844, p. 305; Artaud, loc. cit., ch. xxxm ; C. de Champeaux, Recueil gén. du droit civil ecclés. fr., Paris, 1854, II, n, p. 174. Réponse de Portalis, ibid., p. 184 et seq. Caprara avait d'abord refusé d'approuver les évèques constitutionnels; mais, comme ces évêques avaient acheté à prix d'argent l'infidélité d'un secrétaire, et qu'ils avaient en main les instructions secrètes du légat, le gouvernement consulaire objecta à Caprara qu'il était autorisé par le pape, en cas d'extrémité, à faire cette concession. Ami de la religion, 9 sept. 1854, n. 5734, p. 604. Sur les Stévenistes, Würzb. kath. \Yochen?chr., 17 déc. 1853, n. 51. Rappel de Cacault et nomination de Joseph

Fesch (né en 1763, clerc, entra ensuite dans l'armée des Alpes, de nouveau en fonction comme ecclésiastique en 1799, archevêque de Lyon en 1802, se rendit à Rome le 2 juillet 1803). Artaud, I, It, ch. xxietseq.,P- 175 et suiv., 197 et suiv. iNégocialions relatives aux traités de Morfontaine, d'Amiens et de Lunéville, précéd.de la correspondance de l'empereur Napoléon l" avec le card. Fesch : Ami de la religion, 19, 22 mai 1855 (on y trouve aussi l'indication de la conduite que l'oncle devra tenir (2 et 11 nov. 1802) ; elle prouve qu'on se métiait du tact du prélat): Lyonnet, le Cardinal Fesch, Paris, 1841, 2 vol. Sur les violences de Napoléon, Leo, V, p. 397 et suiv. Décret consulaire du 20 prairial an X (1802), concernant la rive gauche du Rhin : Neue Organisation, p. 289-293.

L'empereur IVapoléon et sa lutte contre Pie \H. L'Empire. — Le pape invité au couronnement.

66. Des feuilles publiques, des brochures, des adresses, des assemblées, discutaient depuis longtemps Télévation du premier consul à l'empire. Le 30 avril 1804, le tribun Curée proposa au tribunal, pour éviter les dangers dti système électoral et assurer les conquêtes du passé, l'adoption de cette mesure : elle fut accueillie avec applaudissements. Le Sénat essaya de négocier avec Bonaparte sur la nouvelle constitution; puis, le 44 mai, il proclama l'empire, et, le 18, la constitution nouvelle. L'ancien régicide Cambacérès fut le premier qui, en sa qualité de président du Sénat, salua le nouvel empereur par les expressions de Sire « et de « Majesté ». Cent et un coups de canon annoncèrent l'Empire, et des hérauts proclamèrent au son des trompettes Napoléon i"' premier empereur des Français. Une nouvelle cour fut établie : le consul Lebrun devint grand trésorier, Cambacérès chancelier ; l'ordre de la Légion d'honneur fut institué. Autrefois simple Brutus, Bonaparte, devenu Napoléon P"", déploya la plus grande magnificence. Les États dépendants de la France reconnurent aussitôt le nouvel empereur ; la Prusse en fit autant ; l'Autriche accepta le fait accompli ; la Russie hésita à le recoimaître; Gustave, roi de Suède, et la Porte s'y refusèrent positivement. Napoléon fit si peu de cas de la protestation de Louis XVI II, chef de la maison de .■. Bourbon, qu'il l'inséra au Moniteur. Le nouvel empire allait recevoir une consécration particulière de la présence et de la

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 157

bénédiction du chef de l'Église. Il avait été convenu en effet avec le cardinal Caprara, même avant l'érection du nouveau trône, que le pape serait invité à venir en France pour sacrer et couronner l'empereur, à cause des grands avantages qui en résulteraient pour la religion. A Rome, Fesch devait mettre tout en œuvre pour décider le pape à cette démarche.

Hésitations du Saint-Siège.

67. Pie VII fut embarrassé de cette invitation. D'une part, plusieurs puissances catholiques essayaient de le dissuader: Le pape, disaient-elles, semblerait sanctionner l'œuvre de l'usurpateur, approuver le meurtre du duc d'Enghien, en même temps qu'il offenserait la dynastie des Bourbons. D'ailleurs, un : tel voyage n'était pas pour le pape sans inconvénients et sans dangers : le dictateur pourrait le retenir en France, le I mettre sous sa dépendance, s'approprier les États de l'Église. D'autre part cependant, il semblait périlleux pour le pape comme pour l'Église de repousser la demande et d'exciter la colère du plus puissant des monarques, du restaurateur de l'ordre en France ; il y avait en outre des chances d'affermir la religion dans ce pays, d'obtenir des avantages pour l'Église, de recouvrer les trois Légations. S'il pouvait paraître étrange que le nouvel empereur, au lieu d'aller lui-même à Rome, demandât que le pape se rendît auprès de lui, le couronnement à Paris établissait pourtant une distinction entre le nouveau César et l'ancien empereur romain : son droit serait par là plus manifeste. Pie VII demanda l'avis des cardinaux ; les opinions furent très partagées.

Le pape ne traitait pas cette affaire comme une question de droit; mais en se prononçant pour le couronnement au point de vue pratique, en tenant compte de scirconstances et supposé que certaines conditions fussent remplies , il nourrissait l'espoir de pouvoir rendre de grands servicesàlarehgion. S'il eût résisté, la lutte aurait immédiatement éclaté entre lui et Napoléon ; on lui aurait su mauvais gré, dant de telles circonstances, d'avoir par son refus attiré sur l'ÉgUse de nouvelles calamités; tandis que la condescendance qu'il aurait montrée devant toutes les exia^ences rigoureusement acceptables, rendrait son droit plus évi-

dent et réfuterait éloquemment les accusations dirigées contre lui par un despote insatiable, dans le cas où de nouveaux conflits religieux viendraient à surgir. La conduite de la nouvelle cour impériale fut d'autant plus indigne, qu'elle chargea Fesch de donner au pape plusieurs assurances qui dans la suite ne furent pas tenues à Paris.

Thiers, Hist. du Consulat et de l'Empire, t. V, éd. Brux. ; Artaud, I, II, ch. XXXV et s., p. 215 et siiiv., 230 et suiv. ; Mémoires et Correspondances polit, et milit. du roi Joseph, par M. du Casse, 6 vol. ; Ami de la religion, M mai 1855; d'Haussonviile, op. cit.; Michiel, l'Église cathol. et l'empereur Napol. P^ Paris, 1865; Gams, II, p. 88 et suiv.

Voyage de Pie VII à Paris, — Solemnités du couronnement. — Négociations.

68. Le 29 octobre 1804, Pie VU annonça son dessein en consistoire. 11 fit valoir la reconnaissance qu'il devait à Napoléon, l'espoir d'obtenir de nouveaux avantages pour l'Église et de négocier d'importantes affaires. Le 2 novembre, au milieu de l'hiver, il se mit donc en route, accompagné de sept cardinaux (Fesch était du nombre), de quatre évêques et de plusieurs prélats. 11 n'était pas sans inquiétudes, et, avant de quitter Rome, il avait pris des mesures pour le cas où il viendrait à mourir ou à être emprisonné. Son voyage ressembla à une marche triomphale : à Florence, le peuple l'accueillit avec des cris de joie (6 nov.); il en fut de même à Turin (12), où des délégués de l'empereur allèrent le saluer; à Lyon (20) et ailleurs. Reçu par l'empereur à Fontainebleau (25), le pape obtint que les évêques constitutionnels donneraient dos explications satisfaisantes ; puis, accompagné de Napoléon, il fit son entrée dans Paris (28), où l'attendaient les évêques et les diverses autorités.

Le 2 décembre fut fixé pour la cérémonie. Napoléon et sa cour se préparèrent à jouer leur rôle. A neuf heures, le pape entrait à Notre-Dame; l'empereur et sa femme arrivèrent à 10 heures seulement. Pie VII ne put accomplir que la cérémonie du sacre, car Napoléon se plaça lui-même la couronne sur la fête et la déposa ensuite sur celle de Joséphine. Un Te Deum

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termina la cérémonie, dont le caractère artificiel éclatait aux yeux de tous.

Le pape, pendant les quatre mois de son séjour à Paris, reçut de brillantes ovations, surtout de la part du peuple; l'empereur, jaloux de ces marques de déférence, diminua d'attentions pour son hôte auguste. Pie VII n'obtint rien de Napoléon en faveur de l'Église, si ce n'est quelques fonds pour le clergé, pour la restauration du séminaire des Missions, pour le renouvellement de quelques fondations anciennes. Les mémoires du pape furent les uns étudiés par Portalis ,etc., les autres repoussés. Napoléon ne voulut ni restituer les Légations, ni consentir à un dédommagement pour Avignon et le Venaissin, ni changer les articles organiques, ni modifier le Code civil; il accorda seulement quelques concessions aux évêques, et aplanit un peu les obstacles qui s'opposaient à l'entrée dans l'état ecclésiastique. On suggéra même au pape (selon Artaud) de fixer sa résidence à Avignon ou à Paris, où il habiterait un quartier privilégié de la ville. Napoléon désirait trouver en lui une sorte de patriarche de cour. Pie VII repoussa dignement ces offres.

Enfin, quand l'empereur eut résolu de partir pour se faire couronner roi d'Italie, le Pape, après avoir tenu à Paris deux consistoires (i" février, 2:2 mars 1805) et érigé l'église de Notre- Dame en basilique, se remit en route le 4 avril. 11 célébra le vendredi saint et la fête de Pâques à Chalon-sur-Saône. L'affluence du peuple fut extraordinaire. Il passa trois jours à Lyon, se rencontra le 23 avril avec Napoléon à Turin, et fit son entrée dans Rome le 16 mai. Dans une allocution prononcée le 26 juin, il rendit compte de son voyage et de ses résultats, et parla surtout de la renaissance de la vie catholique en France.

Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n" 68.

Alloc. 20 oct. 1804 : Bull. Rom. Cont., t. XII, p. 244-246. Derogatio legumservaadarum in casu electionis novi pontificis, 29, 31 oct., ib., p. 246-249; Mémoires de Consalvi, éd. allem., p. 529etsuiv.; Artaud, ch. xxxvii et sniv. , p. 254 et suiv. Négociations diplomatiques avantle couronnement : Themer, les Deux Concordats, Paris, 1869, II, 86 et seq., 109 et seq., 127 et seq., 214. Procès-verbal de la cérémonie du sacre et du couronnement de l'empereur Napoléon et de l'impératrice Joséphine, Paris, an Xlll (1805) : Moroni, Diz., t. XVII, p. 225 et seq. Comme Na-

poléon n'était marié à Joséphine qu'en vertu d'un acte civil, le cardinal Fesch, sur les instances du pape, lui aurait donné la bénédiction ecclésiastique à minuit, avant le couronnement. Leo, V, p. 406, note; Mémoires de Consaivi, éd. allem., p. 360. Rapport de Portalis sur le mémoire du pape, dans Artaud, II, I, ch. ii, p. 13 et suiv. Portalis prétendait que la lettre de rétractation de Louis XIV (VIII, § 23) lui avait été arrachée à la fin de ses jours par son confesseur LeTellier ; il invoqua l'éloge que d'Alembert a fait de Bossuet (d'Alembert, CEuvres, VII, 306, éd. Paris, 1805) et une lettre de Montesquieu du 3 nov. 1754 (Lettres familières, n. 49). Mais la dernière citation ne convient nullement ici ; et quant au P. Le Tellier, ce n'était pas lui, mais le P. La Chaise, qui était alors le confesseur de Louis XIV. Portalis confond la lettre de 1 693 à Innocent XII avec la lettre du roi au cardinal La Trémouille, du 7 juin 1713: le roi y mentionne cette rétractation, et déclare qu'il laisse la liberté aux ultramontains comme aux gallicans, mais qu'il demande par-dessus tout que l'abbé de Sl-Aignan soit confirmé comme évêque de Beauvais. — Sur le séjour du pape à Paris, Crétineau- Joly, l'Égl. rom., I, p. 389-397; Pacca, Mém., P. III, c. vu, p. 267 et seq.; Mém. de Consaivi, p. 541 etsuiv. Notre-Dame érigée en basilique, 27 fév. 1805 : Bull. Rom. Cont., XII, p. 268 et seq., const. 352. — Artaud, II, I, ch. v, p. 59 et suiv.; Consaivi, Mém., 1,410-414; Gams, II, • p. 132 etsuiv. Alloc. du 26 juin 1805 : Bull. Rom. Cent., loc. cit., p. 325-329; Vater, Anbau der neuesten K.-G., Berlin, 1820, 1, p. 51 ; Roscovnriy, Mon., II, p. 22, n. 285 ; t. III, p. 612 et seq., n. 575.

Tyrannie de Napoléon.

69. Napoléon révélait de plus en plus Tambition qui le travaillait, sa soif de domination universelle. Le 11 avril 1805, TAîgleterre et la Russie formèrent contre lui une alliance dans laquelle entrèrent plus tard l'Autriche et la Suède (9, 31 août). Tandis que le nouveau conquérant se préparait à la guerre, il plaçait lui-même sur sa tête, à Milan, la couronne de roi d'ilalie (26 mai) en prononçant ces paroles : « Dieu me la donna ; malheur à qui oserait y toucher! » L^- 7 juin, il nommait viceroi son beau-frère Eugène Beauharnais, qui incorporait la Ligui ie à son empire,! et, dans le même mois, Palermo, Plaisance et Guastalla. Son dessein était de soumettre l'Italie entière à sa domination en faisant de Rome la seconde ville de l'empire. Aveuglé par ses succès, son despotisme ne connaissait aucun ménagement ; il n'entendait se servir du pape que pour accroître le prestige de sa puissance aux yeux des peuples.

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 161

Le catéchisme français devait représenter le service militaire comme un devoir sacré et la résistance au pouvoir de Napoléon comme un crime digne de la damnation éternelle. Déjà la plupart des souverains étaient ses vassaux ; il ne s'agissait plus que de subjuguer la papauté. Rien ne devait être, aux yeux des peuples, supérieur à son empire, qu'il faisait maintenant dériver de Charlemagne.

Pie VII allait entrer dans une période d'angoisses toujours croissantes. 11 vit Napoléon violer le concordat passé avec l'Italie, établir une commission pour introduire son code civil sans aucun changement, nommer des évêques contrairement aux dispositions de ce traité et établir pour eux des règles nouvelles. Ces nouveaux évêques, il était aussi difficile de les confirmer que de reconnaître les mesures adoptées par Napoléon. L'empereur ne cessait de demander quelque nouveau chapeau de cardinal pour les ecclésiastiques qui lui étaient particulièrement dévoués , comme si le sacré collège n'avait dû être composé que de ses créatures ; il réclamait la dissolution du mariage conclu sans son assentiment par son frère Jérôme avec miss Paterson, protestante de l'Amérique du Nord ; prétention absolument inadmissible , ainsi que Pie VII le démontra en détail (27 juin 1805). Napoléon se vengea de ce refus par de nouvelles mesures antiecclésiastiques qu'il prit dans la haute Italie et par des intrigues contre l'éminent cardinal Consalvi, honni et suspecté comme ennemi des Français. Fesch eut pour mission de lui susciter tous les embarras imaginables.

Dans la guerre qui éclata entre la France et l'Autriche, le pape garda la neutraUté, tout en faisant son possible pour ne donner aucun grief à l'empereur. Quand les troupes françaises sortirent de Naples pour marcher contre les Autrichiens, elles envahirent et occupèrent la ville pontificJe d'Ancône, sans égard pour la neutralité du pape. Le gouvernement pontifical protesta vainement contre cette mesure (13 novembre 1805), qui exposait ses sujets et l'exposait lui-même aux plus grands périls et violait le droit des gens.

Bignon, Hist de France depuis le 18 Brumaire, t. V, p. 130 et seq.; VU. — HIST, DE l'église. H

Correspondance de Napoléon I", surtout vol. VIII-X; Artaud, II, I, ch. v-vui, p. 68 et suiv., 91 et suiv. Concordat italien : Nussi, Conv., p. 142 et seq. ; Bull. Rom. Cont., XII, 59-62 (incomplet ; Roscovany, Mon., 111,533-537, n. 563) ; Moroni, Diz., t. XVI, p. 42-45, v., Goncordato ; Documenti relativi aile contestazioni insorte fra la S. Sede ed il governo francese (s, 1.), 1834, 4 vol.; Fragmeuts relatifs à l'hist. eccl. des premières années du XIX° siècle, Paris, 1814 (par de Barrai, archevêque de Tours); Correspondance authent. de la cour de Rome avec la France, depuis l'invasion de l'État romain, 1809. — Catéchisme à l'usage de toutes les Églises de l'empire français, Paris, 1806. Affaire matrimoniale de Jérôme: Haussonville, II, 30-41 ; Mémoires de ConsalYi,II,381etseq.,453;Rutschker, Droit matrimonial, I, p. 11 5-120. Intrigues contre Consalvi ; Lettres de Fesch, Ami de la religion, 22 mai 1 855 ; Ai'taud, loc. cit., ch. xcv ; Mémoires de Consalvi, éd. Munster, p . 1 07 et suiv.

Correspondance entre le pape et l'empereur.

70. Le 7 janvier 1806 seulement , l'arrogant vainqueur d'Austerlitz publia, dans une lettre offensante, que l'occupation d'Ancôiie était la suite de la mauvaise organisation des Etats de l'Eglise et du protectorat impérial ; qu'il était dans l'intérêt du peuple que cette ville fût entre ses mains plutôt que dans celles des Russes, des Anglais et des Turcs ; que le fils aîné de l'Église , malgré l'ingratitude qu'il avait éprouvée par tant de refus, continuait de protéger le Saint-Siège, mais qu'il remplacerait le cardinal Fesch, détesté de Consalvi, par un laïque. La ville d'Ancône dut payer une forte contribution, et Fesch reçut l'ordre d'insister pour que le Pape se conformât à la volonté de l'empereur.

Pie VII repoussa avec dignité (29 janvier) les accusations dirigées contre lui et son ministre, et prouva que les prétentions de Napoléon étaient inadmissibles. Alors Napoléon déclara sans détour (13 février) que si le pape était souverain de Rome, lui en était l'empereur; que tous les ennemis de l'empereur devaient être les ennemis du pape; que les Anglais hérétiques, les Russes schismatiques devaient être chassés des places et des ports des États de l'Église; que l'empereur faisait plus que le pape pour le bien de la religion ; que le pape, enfin, gâtait une foule de choses par sa maladresse.

Fesch, conformément à ses instructions, présenta à diverses

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reprises des demandes qui tendaient à faire sortir le pape de sa neutralité ; il invoquait les succès prodigieux de l'empereur, pour montrer que la Providence avait prononcé en sa faveur. Pie VII, après avoir réuni deux assemblées de cardinaux (8, 10 mars), adressa à Napoléon (21) une lettre qui respirait une noble gravité : Il ne pouvait pas, disait-il, expulser des sujets étrangers, parce que ce serait supprimer la neutralité pontificale et impliquer le pape lui-même dans la guerre avec toutes les nations que l'empereur combattait ou qu'il pourrait combattre; son pays, déjà si éprouvé, essuierait de nouveaux désastres ; ministre de la paix et représentant de Jésus-Christ, il ne cesserait jamais de demander la fm de ces guerres et le retour de la tranquillité générale ; père de tous les chrétiens, il ne pouvait pas avoir d'ennemis, ni donner aux puissances non catholiques un prétexte de sévir contre les catholiques de leurs pays. Quant aux États de l'Éghse, nul autre que le pape n'y possédait des droits de souveraineté. Napoléon n'était pas l'empereur de Rome, mais l'empereur des Français; le titre d' « empereur des Romains » que portait le roi allemand était un titre de dignité et d'honneur, et ce titre ne pouvait appartenir simultanément à deux souverains. Tous les cardinaux, au rapport de Fesch (15 mars), consentirent, à l'exception d'un seul, au rejet des demandes de Napoléon.

Correspond, de Napol. P', vol. XI, p. 527 et seq. ; XII, p. 38 et seq.; Artaud, loc. cit., ch. xi et seq., p. 123 et suiv., 135 et suiv. ; Documenti relativi aile contest., I, p. 36 et seq. ; Roscovany, Mon., II, p. 27-36; Mémoires de Consalvi, p. 552 et suiv. ; Jseger, Lebensbeschreibung Plus' VII, Francf., 1825, p. 43 et suiv. ; Gams, II, p. 153 et suiv.

Nouvelles violences de Napoléon.

71. En avril 1806, les notes du ministre Talleyrand contenaient contre le gouvernement pontifical des plaintes nouvelles et nullement fondées, et, au mois de mai, le républicain Alquier était présenté au pape en qualité de nouvel ambassadeur de l'empereur. On voulait que Pie YII reconnût le frère de l'empereur, Joseph, comme roi de Naples, sans égard pour le roi Ferdinand

détrôné et pour les relations de vasselage qui existaient entre ce royaume et le Saint-Siège. Plusieurs villes des États de l'Église, y compris Cività-Vecchia, furent occupées par les Français ; on imposa des contributions aux sujets du pape, puis on lui disputa les enclaves de Bénévent et de Pontecorvo, parce qu'elles avaient donné lieu à des contestations entre Naples et le Saint-Siège ; la première fut donnée en fief impérial au ministre Talleyrand, la seconde au maréchal Bernadette. Le cardinal Consalvi protesta contre cette spoliation (16 juin) accompagnée d'insultes, et le lendemain il donna sa démission, qu'il désirait donner depuis longtemps et qu'on demandait à Paris. Pie Vil l'accepta, afin de prouver qu'il n'était pas le jouet de son ministre.

Le successeur de Consalvi, le cardinal Philippe Casoni, âgé de 74 ans, eut ^constamment à se plaindre, dans des notes et des protestations, du mauvais vouloir de la France, et devint bientôt aussi odieux à l'empereur que l'avait été son devancier. Quant à Alquier, il essaya d'intimider le pape lui-même; et Napoléon, qui faisait trembler toute l'Europe, devenait chaque jour plus exigeant, a Si Sa Majesté », écrivait Pie Vil au légat Caprara, « se sent en possession de la puissance, nous reconnaissons qu'il existe au-dessus de tous les monarques un Dieu qui protège la justice et l'innocence et à qui toute puissance terrestre est soumise. Nous sommes dans la main de Dieu. Peut-être est-il dans les desseins du Seigneur que nous soyons persécuté par l'empereur, afin que la foi se ranime et que la religion revive dans le cœur des hommes. » Le légat reçut l'ordre de quitter Paris à la première démarche hostile qui serait faite contre le pape.

Correspond, de NapoL, vol. XV, p. 441 et seq. ; XVI, 262 et seq. ; du Casse, Mémoires du prince Eugène, Paris, 1859, t. IV; Documenti relat. aile contest., II, 227 et seq.. 244 et seq., 26S et seq., 313 et seq. ; Haussonville, II, So et seq., 77, 101 et seq., 227 et seq., 370 et seq.; Artaud, loc. cit., ch. xm et seq., p. 150 et suiv., 184et suiv. ; Crétineau-Joly, I, 497 ; Gams, II, p. 166 et suiv.; Mémoires de Consalvi, p. 110 et suiv.

LA RÉVOLUTION DANS LETAT ET DANS l'ÉGLISE. 165

Occupation de Rome.

72. Après sa victoire sur les Prussiens et sou entrée dans Berlin , Napoléon (16 novembre 1806) lança son décret de blocus général contre l'Angleterre. Ce qui offensait surtout le puissant conquérant, c'était de ne pouvoir dompter le gouvernement pontifical ; il cessa d'écrire au pape et abandonna ce soin au vice-roi id'Italie, auquel il transmit des ordres précis. Napoléon ne voyait dans les États de l'Église qu'une simple donation de Charlemagne; et, comme il se vantait d'en être le successeur, il ne devait pas, à l'exemple de l'empereur Frédéric II, tolérer que des hérétiques (comme les Anglais) eussent des relations avec l'Église. Le pape avait refusé de confirmer plusieurs évêques nommés en vertu du concordat italien (11 octobre 1806). L'empereur, affermi dans son ambition par son entrevue de Tilsit avec le czar tout- puissant dans son empire, en fut encore plus aigri, et, dans une lettre à Eugène, vice-roi d'Italie (22 juillet 1807), il menaça de mettre le pape au niveau d'un évêque de l'empire, de préparer sans lui un concile et de renoncer complètement à sa communion. Quand Pie YII, sans mentionner la nomination impériale, eut institué 7notu proprio les évêques nommés (5 juillet 1807) et donné de nombreuses marques de sa mansuétude, Napoléon , enivré par l'excès de sa bonne fortune, fit entendre de nouvelles menaces.

Déjà il était défendu aux évêques italiens de faire le voyage de Rome sans la permission du gouvernement; on fixait les taxes qu'ils devaient payer aux autorités pontificales, on plaçait les fondations religieuses sous la surveillance des agens civils, on supprimait les congrégations du roj^aume, et l'on publiait une fuulo de lois funestes à l'Église et aux États de l'Église (1807).

Pour en finir plus promptement avec le pape, Napoléon voulaitquc les négociations fussent transférées à Paris et que lepape donnât ses pleins pouvoirs au faible cardinal Caprara. Pie VII refusa. Les anciennes exigences furent renouvelées à Rome et renffH'cées par de nouvelles ; en même temps Macerata et le duché d'Urbino furent envahis. Le 7 janvier 1808, le pape reçut de Paris un ultimatum, et le 2 février Rome était occupée par le

général Miollis, d'abord sous prétexte que les bandes napolitaines devaient aussi être combattues du côté des États de rÉglise. Toute la ville était dans la consternation. Le plus faible mouvement des Romains devait être réprimé par la mitraille. Les canons étaient braqués contre le palais du général.

Card. B. Pacca, Mcmorie storiche del ministero e dei due viaggii in Francia e délia prigionia, ediz. II, Roma, 1830, P. I, c. i et se(|. ; en allem., Augsb., 1832. Wahrhafte Geschichte der Entführung Sr. H. des P. Pins VII, mit vielen Actenslücken, Rom., 1814 (allem, et franc.), lîenehmen Sr. psppsll. Heiligkeit Pius' VII gegen die Forderungen, Eingriffe und Gemalttheeligkeiten Napoleons, 2^ éd., 1814.

Déportation des cardinaux.

73. Pie VII ne quitta plus le Quirinal, et déclara que toutes les négociations seraient interrompues tant que les Français occuperaient Rome et le priveraient de sa liberté. Une protestation fut remise à tous les ambassadeurs qui résidaient dans la ville éternelle. Napoléon répondit par toute une série de mesures violentes. Dans une circulaire aux cardinaux (3 févr.), le pape s'expliqua sur les demandes de Napoléon, auxquelles de nouvelles avaient été ajoutées : sacre et couronnement de Joseph, roi de Naples ; adoption du Code Napoléon; reconnaissance des libertés gallicanes, des articles organiques et d'un patriarche français; suppression des ordres religieux et du célibat.

Le cardinal Joseph Doria, qui remplaçait le secrétaire d'État Casoni, atteint de maladie, dut protester contre la déportation des cardinaux et l'incorporation des troupes pontificales dans l'armée française. Ces protestations furent renouvelées par son successeur Gabrielli (depuis le 27 mars). Les Français s'emparèrent de la poste et des imprimeries, jetèrent en prison les officiers pontificaux fidèles à leur serment, désarmèrent la garde noble et poussèrent l'insolence à ses dernières limites.

Par décret daté de Saint-CIoud, le 2 avril 1808, Napoléon incorpora « pour jamais » au royaume d'Italie les provinces pon-

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS L EGLISE. 167

tificales d'Urbino, d'Ancône, deMacerataetdeCamerino, et révoqua, en sa qualité de successeur de Pépin et de Charlemagne, les donations que ceux-ci avaient faites au Saint-Siège. Le 3 avril, il annonça que, le pape lui ayant déclaré la guerre en rejetant ses propositions, il avait dû occuper les Etats de l'Église, qu'il était peiné que les États de l'Église périssent ainsi par l'effet de l'aveuglement et de la déraison. L'Europe et le monde devaient encore être trompés, même après que la magnifique allocution du 16 mars eut clairement exposé, dans un langage vraiment écrasant et humiliant, les injustices faites au pape.

Les Français fondèrent à Rome un journal pour propager vies injures contre le doux pontife, et les résistances du peuple furent comprimées par la force. 11 fut sévèrement interdit à tous les cardinaux et prélats de Rome, originaires du royaume d'Italie ainsi agrandi, do rentrer chez eux avant le 25 mai. Ce n'était rien moins que la dissolution du collège des cardinaux et des autorités ecclésiastiques.

Le 21 avril, le prélat Cavalchini, gouverneur de Rome, fut jeté en prison et conduit dans la forteresse de Fénestrelle, après que déjà le 7 du même mois le palais pontifical avait été occupé par des troupes françaises. Le 10 juin, jour do la Fête-Dieu, le secrétaire d'État Gabrielli fut enfermé dans son cabinet de travail; on força les serrures de ses appartements, on enleva les papiers d'Etat et on le conduisit à Sinigaglia. L'emprisonnement et la déportation des fonctionnaires pontificaux étaient à l'ordre du jour.

Circulaire aux cardinaux, 5 févr. 1806 : Melchers, das Nationalconcil zu Paris, 18H, Munster, 1814, p. 148; Roscovany, II, p. 36-42, n, 287 ; Wahrhafte Gesch., p. 11-18. Alloc. du 16 mars: Roscov., Rom. Pont., Mtriœ, 1867, V, 2S7, nouv. éd., Monach., 1871 , d'après Bull. Rom. Gont., XIII, p. 239-272. Ibid., p. 92-94, Const. 472 Quœ potissimum, du 6 févr. 1807 (sollicitude pour l'Église et au sujet de la prochaine élection du pape), p. 251-2:)2 ; Const. 535, du 19. janv. 1808 (Declaratio, quod Cardinales ab Urbe per vim abstracti gaudere debeanl omnibus juribus ac privilegiis, ac si praesentes essent in eadem Urbe) : Pacca, op, cit.; Michel, l'Église cath. el l'Empereur NapoL, Paris, 1865.

Le cardinal Pacca secrétaire d'État.

74. Pie Vil nomma secrétaire d'État le cardinal Pacca ; comme le pape hii-mème (dans sa magnifique allocution du 11 juillet), Pacca ne cessa de protester contre de nouveaux actes de violence. Le 13 août, les troupes françaises enlevèrent des pièces do procédure à la chancellerie de l'État pontifical ; le 6 septembre, on essaya d'éloigaer le secrétaire d'État, mais Pie YII parut à temps, et, animé d'une juste indignation, il reconduisit, après avoir prononcé des paroles foudroyantes, le cardinal dans ses propres appartements, résolu à partager sa captivité. Alors les Français gardèrent à vue le palais du Quirinal, fouillèrent ceux qui entraient et sortaient, procédèrent par les voies militaires contre les sujets demeurés fidèles au pape, et en condamnèrent plusieurs à mort.

Le Saint-Père dut assister aux actes de la plus affreuse tyrannie exercés contre ses sujets au mépris de son autorité spirituelle ; toutes ses plaintes fnrent inutiles. Le secrétaire d'État, par édit du 18 déceml)re, avait défendu les fêtes du carnaval, à cause des souffrances de l'Église; le général Miollis les autorisa, et fit tout ce qui était en lui pour les rendre aussi brillantes que possible; mais il n''eut point de succès auprès des Romains. On chassa de Rome l'ambassadeur d'Espagne et les prélats de cette nation ; l'on expulsa les évêques et les fonctionnaires des États de l'Église qui refusèrent de prêter serment au gouvernement nouveau et d'obéir aux lois de la France; on affligeait do toute manière le pape, qui déployait une énergie de plus en plus étonnante et disait qu'il aimait beaucoup mieux cette persécution ouverte que la persécution sournoise qui avait régné jusque-là. Malgré sa détresse cependant, la Rome pontificale célébra l'anniversaire du couronnement du Saint- Père (21 mars) par une illumination presque générale.

AUoc. M jul. 1808 : Bull., loc. cit., p. 290-301 ; Roscov., Mon., III, 586-605, n. 571. Autres docum., ibid., p. o7I et seq., n. o69, 570, 372 ; Pacca, loc. cit., c. n et seq., 'p. 19 et seq., doc. I-IV, p. 71-79; Gams, II, p. 228 et suiv.; Supplemente ai document! (ci-dessus, § 69) com-

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. d69

prende l'epoca délia lunga cattività delSommo Pontefice Pio VII, 1834, 2 vol. Le 8 avril 1809, Fescli écrivait du pape à Napoléon : « Il est décidé à tout, dùt-il s'ensuivre la persécution générale de l'Église. Il est sur qu'il trouve le temps présent préférable au temps passé. Il dit qu'une persécution ouverte vaut mieux qu'une persécution sourde. (Ami de la religion, 7 juin 1835.)

Ruine complète de la souveraineté pontificale. — Bulle d'excommunication,

75. Le 17 mai 1809, Napoléon publia de Vienne le fameux décret qui incorporait à l'empire français le reste des États de l'Église, déclarait la ville de Rome ville impériale et ville libre, assurait au pape un revenu annuel de deux millions de francs et la jouissance de ses palais. Le pape refusa naturellement la rente qui lui était offerte, et protesta contre cet acte de violence, auquel on s'attendait depuis longtemps. Le 10 juin, quand les canons du château Saint-Ange annoncèrent la fin de la souveraineté du pape. Pie Vil signa une protestation qui fut immédiatement affichée, ordonna d'expédier la bulle d''excommunication, depuis longtemps préparée, contre les ravisseurs du domaine de Saint-Pierre, leurs conseillers, fauteurs et exécuteurs. Malgré la surveillance exercée par les gardes françaises, la bulle fut affichée aux quatre principales éghses, ce qui excita à la fois toutes les colères des dominateurs et le plus vif enthousiasme parmi le peuple opprimé. Napoléon n'y était pas nominativement désigné, et elle défendait à tous les chrétiens de porter dommage, dans leurs biens et dans leurs droits, à ceux que la bulle atteignait.

Bien qu'il fût interdit d'en parler, la bulle éveilla bientôt les échos de toute l'Europe; M. de Pradt, évêque de cour, essaya vainement d'en prouver la nuUité. Napoléon, lui, se moquait de l'excommunication : elle ne fera pas, disait-il, tomber les armes des mains de mes vaillants soldats. 11 ne craignait rien, parce qu'on n'était plus dans le siècle de Ilildebrand. Il trouva bon cependant de charger des plumes officieuses d'affaiblir de mille manières l'impression que cet acte courageux du pape pouvait produire aussi en France; les apologistes de Napoléon invoquèrent surtout les principes gallicans, suivant lesquels le pape [ne pouvait excommunier aucun prince, pour le moins le

souverain de la France (c'est déposer qu'il fallait dire, et ce n'était pas ici le cas). Joachim Murât, autrefois roi de Naples, chargé de la haute surveillance de l'administration de Rome, et le général Miollis résolurent alors d'enlever le pape de Rome (mesure déjà adoptée par leur maître), et le 4 juillet ils transmirent à Radet, chef de la gendarmerie, l'ordre de conduire à Florence Pie YII et son secrétaire d'État.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 7b.

Wahrh. Gesch., p. 140 et suiv.; Jœger, p. 1401 et suiv. ; Roscov., III, p. 610 et seq., n. 573 et seq. Bulle Quum memoranda illa die : Walirh. Gesch., p. 151 et suiv. ; Pacca, loc. cit., doe. V; Roscov., Il, p. 1 2-52, n. 288. Conti'e elle : de Pradt, les Quatre Concordats, chap. xxxiv ; Examen de la huile d'excommunication. Napoléon écrivait à Murât le 19 juin 1809 : « Si le pape prêche la révolte et veut se servir de Timmunité de sa maison pour faire imprimer les circulaires, on doit l'arrêter. Philippe le Bel fit arrêter Boniface, et Charles-QuinL tint longtemps en prison Clément VII. » (Corresp. de Nap., vol. XIX, 138). Contre ce mensonge, propagé par l'Annual Register anglais, et accepté même par J.-B. de Salgues (Mémoires pour servir à l'histoire de France sous le gouvernement de Napol. Bonap., Paris, 1826), que Pie VII aurait écrit à la grande junte de Séville de repousser les Français par la violence, voy. Pacca, P, I, ch. vi, p. 69, note. A cette époque en général, comme déjà précédemment, on répandait diverses pièces apocryphes sous le nom du pape et des autorités romaines : Pacca, P. II, c. m, p. 190 ; Artaud, t. I, ch. xxxi, t. II, ch. v; Hist. de Léon XII, t. I, ch. i ; mon ouvrage, Kath. Kirche, p. 782 et suiv.

Déportation de Pie VII

76. Dans la nuit du S juillet, à deux heures et demie, quatre divisions des troupes entrèrent an Quirinal, commandèrent aux quarante Suisses de poser les armes (ce qu'ils firent, conformément aux ordres déjà reçus du pape), et envahirent les appartements pontificaux. Le Saint-Père, entouré des cardinaux Pacca et Despuig, entendit avec calme le général Radet lui enjoindre impérieusement de renoncer à la souveraineté royale, déclarant qu'en cas de refus, son serment envers l'empereur l'obligerait de conduire Sa Sainteté au général Miollis.

Pie VII répondit d'une voix assurée : « Si vous croyez deyoir

LA RÉVOLUTION DANS l'ÉTAT ET DANS l'ÉGLISE. 171

exécuter ces ordres parce que vous avez fait serment de fidélité à l'empereur, pensez que nous devons, nous, soutenir les droits du Saint-Siège, auquel nous sommes lié par tant de serments et dont nous ne sommes que l'administrateur. L'empereur pourra nous mettre en pièces, mais il n'obtiendra jamais cela de nous. » Alors on emmena Pie VII avec le cardinal Pacca dans une voiture qu'on tenait prête et qui fut fermée à clef; puis on le conduisit, sous escorte militaire, avec une brusque précipitation, non pas au général Miollis, mais sur la route de Florence. Des mesures avaient été prises dans la nuit du 6 au 7 juillet, pour qu'une publication du pape rappelât au peuple de Rome le sort que Jésus-Christ avait prédit au prince des Apôtres {Jean, XXI, 18). Arrivé à Florence fatigué et malade (8 juillet), Pie VII fut relégué dans une chambre de la Chartreuse, où, dix ans auparavant, son prédécesseur avait été retenu prisonnier, Mais là même on ne lui laissa point de repos; on le sépara du cardinal Pacca; puis, par une chaleur étoufTante, on l'emmena de Florence à Gènes, et de là à Grenoble, où il dut rester du 21 juillet au 1" août, attendant que l'empereur décidât de son sort. Il fut interdit au clergé d'aller à sa rencontre ; mais l'enthousiasme du peuple pour le vénérable chef de l'Église éclata partout, même en France. Le cardinal Pacca fut de nouveau séparé de lui et emmené à la forteresse de Fénestrelle. On continua de traîner Pie Vil à travers la France, puis on le ramena en Italie, où il lui fallut résider dans le palais épiscopal de Savone (15 août), sans pouvoir donner des audiences qu'en présence d'un garde.

Pacca, P. I, c. VI, p. 63 et seq. ; P. II, c. I, p. 129 et seq., doc. VI.; Rapport de Radet,ib., p. 443-498; Consaivi, Mémoires, p. H8; Artaud, II, I, ch. xviii-xx, p. 231 et suiv.

Se«ond mariage de Napoléon.

77. L'enlèvement du pape coïncidait avec la victoire de Wagrara (6 juillet 1809). Non seulement Napoléon avait conclu la paix avec l'Autriche humiliée, il avait encore obtenu la main de l'archiduchesse Marie-Louise. Sentant profondément le défaut

d'une naissance princière, convaincu qu'après sa mort il serait très difficile d'assurer le trôno à sa famille, désireux enfin d'avoir un descendant mâle, il fit prononcer la dissolution de son mariage avec Joséphine, civilement par le sénat^ ecclésiastiquement par l'officialité de Paris ; celle-ci allégua pour motif que, dans le mariage qui avait précédé le couronnemeut, le propre curé avait fait défaut (ce qui n'était pas admis par le Saint- Siège), et qu'il y avait eu impossibilité de s'adresser à Rome. Parvenu au faîte de la prospérité, maître de la plus grande partie de l'Europe, Napoléon invita le» évêques de son empire à célébrer par une solennité religieuse les triomphes qu'il venait de remporter, et qui lui semblaient une approbation donnée par le Ciel à sa conduite envers le pape. Il les invita également à son nouveau mariage, et ordonna (décembre 1809) à tous les cardinaux qui ne seraient pas empêchés par la maladie de se rendre à Paris. Son but était de les travailler et de les préparer à ses desseins, d'augmenter l'éclat de son cortège, où devaient figurer aussi des rois et des princes. Comme il songeait à fixer le siège de la papauté à Paris, il y fit transporter de Rome les archives des autorités ecclésiastiques.

Consalvi et douze autres cardinaux, par scrupule de conscience, s'abstinrent, malgré tous les efforts de la cour, d'assister au mariage civil comme au mariage religieux de Napoléon avec Marie-Louise (1", 2 avril 1810). Le despote courroucé leur fit sentir les effets de sa colère ; il confisqua tous leurs biens et leur défendit de porter les insignes du cardinalat : de là est venue la dénomination de cardinaux rouges et de cardinaux noirs. Le 11 juin 1810, ils furent exilés un à un et disséminés dans différentes petites villes de France; Consalvi et Brancadoro furent envoyés à Reims. Le potentat espérait les fléchir ainsi que le pape, par ses actes de violence. Il en avait gagné plusieurs, soit par des distinctions, soit par des menaces ; et il ne négligeait rien pour se créer un clergé d'État complaisant et qui put se passer du pape captif. En attendant, on était encore obligé çà et là de s'adresser à Pie VJI pour l'institution canonique des évêques nouvellement élus et pour les facultés des chefs de diocèses. L'empereur avait destiné l'archevêché de Paris (31 janvier 1809) à son oncle Fesch, cardinal archevêque de Lyon ; mais celui-ci, sur ces entrefaites, ayant lui-même faitdel'oppo-

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, sition, Napoléon rétracta cette Eomination et choisit le très i flexible cardinal Maury, évêque de Montefiasco, qui ne fut ! jamais reconnu par le pape. Il en arriva de même à plusieurs

autres.

OUVRAGES A CONSULTER SUn LE N° 77.

Leo, V, p. 635 et suiv.; Kutschker, Droit matrimonial, IV, p. 371 ; V, ( p. 474 et suiv. ; Catholique, 1835, t. LV, p. 58 et suiv.; Archiv für kath. i K.-R., III, p. 778 ; Pacca, loc. cit., c. ni, vu, p. 194 et seq., 275 et seq. ; Gré tineau-Joly, l'Église rom., I,p. 418-434; Mémoires ducard. Consalvi, I, 416-452; édit. allem., p. 152 et suiv., 359 et suiv. Lettres du card. Fesch, U et 20. févr. 1809 : Ami de la religion, 9 juin 1855; Correspondant, 1856, sept., p. 958et seq.; mon ouvrage : Cardinal Maury, Wurzb., 1878.

Fermeté de Pie VII.

78. Napoléon croyait le pape faible, timide, médiocrement doué ; il imputait à ses ministres et à ses conseillers tout ce qu'il voyait paraître en lui de courage et de résolution : il espérait donc le vaincre entièrement dès qu'il lui aurait enlevé ses meilleurs appuis, écarté son entourage et formé un parti de cardinaux dociles à ses vues. Sur ce point, il était dans une complète illusion : le pape, même entouré seulement de gens peu versé dans l'histoire, résista dans Savone à toutes les suggestions de la cour, défendit résolument ses droits, aima mieux endurer les privations et les mauvais traitements que de consentir à rien de ce qui pouvait être un déshonneur et un préjudice pour le Saint-Siège. Pie VII rejeta (26 août 1809) la proposition de confirmer les nouveaux evêques sans mentionner la nomination impériale et sans dire qu'il le faisait de son propre mouvement; il déclara ensuite (5 nov. et 18 déc. 1810) que toute institution faite par des évêques au lieu du pape serait nulle, de même que toute administration de diocèses par des évêques non confirmés, quand même ils seraient élus vicaires capitulaires, comme le voulait l'empereur contrairement aux vues du pape: ce serait là, disait-il, une usurpation contraire à la discipline de l'Église. Il demandait par-dessus tout la liberté et satisfaction pour les injures'reçues.

Napoléon ût transporter à Vincennes les cardinaux di Pietro,

Gabrielli et Opizzoni, conduire à Fénestrelle quelques vieux serviteurs du pape, exiler à Naples le prélat Doria qui assistait Pie VII, défendre l'accès auprès de sa personne à quiconque ne serait pas autorisé par le gouvernement. Le 14 janvier 1811, il manda au pape qu'il lui était interdit de communiquer avec aucune Église de l'empire et aucun sujet de Sa Majesté, sous peine de désobéissance de sa part et de la leur ; que celui qui prêchait la rébellion et dont l'âme était toute de fiel n'était plus l'organe de l'Église catholique; que, parce que rien ne pouvait le rendre sage, il verrait que Sa Majesté était assez puissante pour faire ce qu'avait fait ses prédécesseurs et déposer un pape. Tandis que Pie VII se promenait dans le jardin, on força son bureau, on emporta ses papiers et ses livres, et on les examina avec le plus grand soin; on enleva jusqu'à l'encre et aux plumes, et l'on éloigna sonpersonnel, sauf quelques serviteurs. Le Saint- Père endura ce nouveau traitement avec une patience héroïque et ne donna aucun signe de découragement. « Je veux » , disait-il, « déposer les menaces aux pieds du Sauveur et laisser à Dieu le soin de vanger ma cause, car c'est la sienne. »

Ouvrages a consulter sur le n° 78.

Pacca, P. III, c. vu, p. 269, 271, 275, 282 et seq. (ibid., P. III, p. 500, la notification du 14 janv. 1811). Lettre au card. Caprara, ib.j p. 272-274. Cf. Roscov., t. II, p. 52-55, n. 289, en fi-ançais dans Munch, Conc, II, p. 81 etsuiv. Lettres des 5 nov., 2 et 18 déc. 1810: Munch, p. 84-89; Theol. Ztschr., de Batz et Brenner, X, p. 435; Roscov., loc. cit., p. 55-57, n. 290; Crétineau-Joly, l'Église rora., 1,440; Poujoulaf, Vie du card. Maury, Paris, 1855 ; mon ouvrage cité (§ 77).

Commission ecclésiastique.

79. Les affaires de l'Éghse se trouvaient dans la plus grande confusion, et les catholiques fidèles étaient très mal disposés. Napoléon n'osa pas accentuer davantage ses menaces de déposer le pape. Les cardinauxse déclarèrent incompétents pour instituer les nouveaux évoques, et les fidèles refusèrentles pasteurs qu'on voulait leur imposer.

Dès le 16 novembre 1809, une commission fut instituée à Paris sous la présidence du cardinal Fesch, et l'empereur lui soumit toute

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une série de questions à résoudre. Dans sa réponse du mois de janvier 1810, la commission décerna des éloges au despote couronné et lui donna divers conseils, notamment celui de convoquer un concile national. Plusieurs de ses déclarations étaient loin d'être orthodoxes. Napoléon trouva mauvais que la réponse de la commission n'assignât pas au concile national, en termes assez précis, le droit de vider les litiges. Il dicta à du Voisin, évêque de Nantes, tout entier à sa dévotion, une note portant que l'Eglise de France pouvait, après la suppression du Concordat de 1801, introduire un autre mode d'institution canonique. Les évêques de l'assemblée décidèrent que l'institution, dans le cas où elle serait refusée par le pape, pourrait être donnée par le métropolitain assisté de ses suffragants ou par le plus ancien évêque de la province.

Dans le courant de janvier 1811, la commission, renforcée de nouveaux membres, fut derechef convoquée. L'empereur avait essayé de gagner un grand nombre d'évêques, supprimé par décret du 28 février 1810 plusieurs restrictions concernant la collation des ordres, l'administration des évêchés vacants et l'exécution des actes de la Pénitencerie ; mais il avait aussi adopté les plus sévères mesures contre les ecclésiastiques qui résisteraient à ses ordres.

Deux questions furent soumises par lui à la commission : 1" Tous rapports entre la pape et les sujets de l'empereur étant interrompus quant à présent, à qui faut-il s'adresser pour obtenir les dispenses qu'accordait le Saint-Siège ? 2° Quel serait le moyen légitime de donner l'institution canonique, si le pape refusait persévéramment d'accorder des bulles aux évêques nommés par l'empereur pour remplir les sièges vacants ? La commission était trop impérialiste pour demander l'élargissement du pape ou pour dire la vérité à l'empereur ; elle répondit après de longs débats : 1" Relativement aux dispenses qui concernent les affaires journalières des fidèles, les fidèles doivent s'adresser à leurs évêques diocésains; 2* devant la conduite déplorable du pape, il faudrait faire au Concordat une addition portant que le Saint- Père fera toujours l'institution canonique dans un temps déterminé, et que, ce terme passé, son droit sera dévolu au concile provincial : que si le pape n'acceptait pas cette addition, son refus justifierait aux yeux de toute lachré-

tienté l'abolition du Concordat, qui du reste était très favorable à l'Etat; qu'il fallait envoyer une ambassade au pape pour l'éclairer sur la situation des afTaires, puis convoquer un concile national ou toute autre grande assemblée, afin que l'Église de France prît des mesures pour sa propre conservation.

Pacca, loc. cit., p. 275-280, 284-287 ; Artaud, p. 308 ; Collect. Concil. Lacens., t. IV, p. 1227-1229. Décret .du 28 févr. 1810: Dupin, Manuel du droit public eccl. franc., Paris, 1843, p. 233 et seq.

L'ahbé Èmery. — Convocation d'un concile national.

80. Napoléon reçut cette réponse dans le courant de mars 1811 ; le mois suivant il donna audience à la commission, et prononça un violent discours contre le pape. Aucun des prélats de cour n'osa le contredire. Seul l'abbé Émery, vieillard octogénaire, supérieur de Saint-Sulpice, le même qui avait déjà refusé de signer le précédent avis, se prononça hardiment en faveur des droits et de la liberté du pape, au grand regret des autres membres de la commission; ce qui ne les empêcha pas, lorsque l'empereur exprima plus tard, en présence d'Émery, l'estime qu'il faisait dssa personne, de l'élever jusqu'aux nues. Cette fois l'empereur résolut d'agir avec prudence : dans une circulaire d'un style passablement soldatesque, il convoqua à Paris pour le 9 juin les évêques de France et d'Italie en concile national . Son dessein était en même temps d'effrayer le pape. Il décida qu'une députation de trois cvêques, munie de ses instructions, irait négocier à Savone ave Pie VII, et rentrerait à Paris avant l'ouverture du concile.

Il tixa son choix sur trois évoques de cour, versés dans les affaires : du Barrai, archevêque de Tours ; du Voisin, évêque de Nantes, etMannay, évêque de Trêves. Les prélats assemblés à Paris leur remirent, comme pour leur servir de lettres de créance, un document où ils invitaient le pape, en termes assez vifs, à se réconcilier avec l'empereur. Les trois évêques avaient pour mission de notifier la convocation du concile national et la suppression imminente du Concordat, d'exiger du pape la confirmation des évêques nommé» par

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l'empereur et l'acceptation de l'article addititionnel relatif à l'institution canonique dans l'espace de trois mois. Le pape devait en outre prescrire aux évêques des États de l'Église de prêter à l'empereur le serment de fidélité et le prêter lui-même, s'il voulait retourner à Rome ; en cas de refus, il devrait fixer sa résidence à Avignon, où il serait traité comme un souverain, entouré des ambassadeurs des puissances chrétiennes, avec une pension de deux millions de francs. On posa encore des exigences d'une nature plus révoltante, afin de pouvoir faire passer plus facilement les autres. Le pape et chacun de ses successeurs devait promettre de ne rien entreprendre contre les quatre propositions du clergé gallican ; il ne nommerait qu'un tiers des cardinaux, et les autres seraient élus par les puissances catholique ; il condamnerait enfin dans un bref la conduite des cardinaux qui avaient refusé d'assister au mariage de l'empereur avec Marie-Louise, et ceux-ci, à l'exception de Pacca et de di Pietro, pourraient, après avoir souscrit à ce bref, être amnistiés et retourner auprès du pape.

Pacca, P. II, c. V, p. 239, 240; P. III, c. vu, p. 287 et seq. ; Haussouville, IV, 84 et seq.; Coll. Lac, t. IV, p. 1229-1231. Ordre de convoquer le concile national, ib., p. 1243 et seq. Mon ouvrage sur Maury, p. 99 etsuiv.

Deputation des évêques à Savone.

81. Les trois évêques entrèrent à Savone le 8 mai 1811. Pendant dix jours, ils conférèrent presque journellement avec le pontife délaissé ; ils lui mirent en quelque sorte le couteau sur la gorge ; ils lui firent une peinture effrayante de la confusion qui était résultée et qui résultait encore du refus de confirmer les évêques; ils agitèrent devant lui le spectre du schisme, et jetèrent dans un profond chagrin le pauvre pontife déjà si éprouvé. Le 19 mai, enfin, ils ubtinreiit la promesse que les prélats nommés recevraient l'institution canuniijuo selon les formes prescrites par le Concordat; quelesdispusilions de ce traité seraient étendues aux Églises de Toscane, do Parme et de Plaisance; que l'article additionnel serait accepté. Le pape 1° se réserva seulement un terme de six mois au lieu de

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