‹ Histoire de l'église (volume 2)Chapitre 6 sur 10 · VII. — fflST. DE l'église · texte numérisé non relu

VII. — fflST. DE l'église

trois, 612° voulut que le droit de confirmation ne revînt au métropolitain « que si le Saint-Père, pour d'autres causes que l'indignité, différait de confirmer le sujet nommé». Pie VII rejeta les autres demandes, et il ne tarda pas à regretter celles qu'on venait de lui arracher.

Les députés profitèrent de ce moment de condescendance pour rédiger en quatre articles, devant le pape, les concessions qu'il venait de faire. Pie VII les reconnut conformes à ce qui venait d'être arrêté de vive voix ; mais il n'y apposa point sa signature. Il déclara en même temps que les quatres articles n'étaient ni un contrat ni les préliminaires d'un contrat, mais seulement une preuve du vif intérêt qu'il portait à l'Église de France et du désir qu'il avait d'adoucir ses épreuves. Napoléon fut loin d'être satisfait de ce résultat. 11 lui importait beaucoup moins alors de pourvoir à des sièges épiscopaux vacants que d'asservir le pape, de faire de lui ou son sujet à Rome ou son vassal à Avignon, partout son instrument. Il ne donna donc pas d'autres suites à ces négociations, et le 17 juin il fit ouvrir dans l'église Notre-Dame, par le cardinal Fesch, en sa qualité de primat de France, le concile national, auquel quatre-vingtdix-sept évèques assistèrent.

Pacca, p. 290-296; Mimch, II, p. 40; Collect, Lac, IV, p. 1231-1233.

Concile national de Paris. — Trionipiie du Sain(-§»ièg-e.

Ouverture du concile national.

84. L'évêque de Troyes, Etienne de Boulogne, dans un discours soumis préalablement à la censure impériale, mais qu'il débita sans tenir compte des corrections, fit l'éloge de Bossuet et parla de l'union vivante et indissoluble qu'il fallait entretenir avec le Siège de saint Pierre. Les membres de l'assemblée renouvelèrent leur serment d'obéissance envers le pape. Cela parut d'autant plus « inopportun » à l'empereur, que, le 9 juin, il avait fait, en présence de la plupart des prélats, baptiser son fils avec le litre de « roi de Rome », qu'il accusa publiquement (16 juin) le pape de sacrifier les intérêts de la religion à sa politique et à sa cupidité, et qu'il était sur le point de rompre toute relation avec lui.

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Le ministre des cultes, Bigot de Préameiieu, porta (20 juin) à l'assemblée,, qui avait eu tant de peine à se constituer, un message de l'empereur, plein d'accusations contre le pape : Pie VII voulait lui enlever les Légations et faire prévaloir ce principe que le pape est l'évêque universel; par son refus d'instituer cauoniquement les évèques nommés, il avait rompu le Concordat. C'est pourquoi Sa Majesté, à l'exemple de Charlemagne et de ses autres prédécesseurs, avait convoqué le concile pour aviser, après l'abolition du Concordat, aux moyens les plus convenables de pourvoir aux évêchés.

Ce manifeste belliqueux fut accueilli par un profond silence. Les membres ecclésiastiques de l'assemblée étaient blessés qu'on eût dès le commencement donné lecture de décrets impériaux qui nommaient le cardinal Fesch président, et lui donnaient pour assesseurs les ministres des cultes en France et en Italie (bureau de police). Ces deux derniers siégèrent en effet à côté du président, et ce ne fut pas sans peine qu'on les empêcha de s'immiscer dans les débats. Tout faisait présager que les évêques subiraient une pression inouïe. Cependant, contrairement aux vœux du parti de la cour, il fut décidé que les agents du concile et des commissions seraient nommés au scrutin secret. Plusieurs adversaires décidés du césaro-papisme furent élus; les évêques non confirmés par le pape, devant cette déclaration énergique de leurs adversaires, qu'ils ne pouvaient être juges dans leur propre cause, furent obligés de s'abstenir de voter. Une commission fut chargée de répondre au message impérial, une autre de rédiger une lettre pastorale, une troisième de délibérer sur les objets du concile ; mais Napoléon, qui voulait diriger seul tout le concile, défendit à celte dernière de se réunir. Il fallut également renoncer au projet de rédiger une lettre pastorale collective.

Discussion de l'adresse.

83. Dans la troisième congrégation générale (25 juin 1811), une commission de onze évêques fut nommée pour rédiger une adresse à l'empereur. Celle qui fut présentée par du Voisin, évêque de Nantes, concertée avec l'empereur, donna lieu à de violents débats, soit dans la commission, qui y fit quelques cban-

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gements, soit dans l'assemblée ; elle reproduisait les maximes gallicanes de 1882, comme une protestation «contre les excommunications lancées pour des raisons politiques»; du reste, elle se taisait complètement sur le pape. Du Voisin, en s'abritant derrièr j la volonté de l'empereur, mécontenta vivement les esprits. L'évêque coadjuteur de Munster, Gaspard-Maxime de Droste-Vischering, proposa de prier l'empereur de rendre d'abord la liberté au chef de l'Église; l'évêque de Chambéry, l'archevêque de Turin et autres appuyèrent son sentiment. Les évêques de cour s'y opposèrent par des raisons de prudence hnmaine et demandèrent l'ajournement de la proposition; cependant il fallut l'insérer au protocole, même après que Fesch eut obtenu qu'on ne le ferait pas immédiatement, c'est-à-dire dans l'audience que l'empereur devait accorder aux évêques le 30 juin.

Un mémoire des Italiens contre le gallicanisme obtint beaucoup de succès ; on modifia plusieurs passages de Tadresse, et l'on raya la protestation contre l'excommunication. Cependant, l'adresse ayant été attaquée même sous cette forme, on décida qu'elle ne serait signée que du président et des secrétaires.

Napoléon, exactement instruit de tout ce qui se passait, ne voulut pas recevoir l'adresse et refusa de donner audience le 30 juin à la députation du concile. 11 défendit toute délibération ultérieure sur l'institution canonique des évêques et sur les objets de son message, suspendit les séances générales jusqu'à ce qu'on connût le résultat des délibérations de la commission, et fit donner au Corps législatif (29 juin), par le ministre de l'intérieur, des explications destinées à efTrayer le concile.

Dans la commission, la majorité fit prévaloir cet avis que le concile n'était pas compétent pour suppléer les bulles de l'institution pontificale, pas même d'une manière provisoire et par nécessité ; il fallait envoyer au pape une députation pour s'entendre avec lui (5 juillet). L'empereur, informé de cette décision par le cardinal Fesch, fut saisi d'une violente colère contre les évêques, qui lui faisaient opposition, tandis qu'il travaillait, lui, à les rétablir dans leurs anciens droits ; il menaça do « l?s ramener de force à la raison » et de tout décider avec le seul concours des philosophes et des juristes. Fesch répondit avec dignité, et du Voisin apaisa le courroux du potentat. Napoléon dicta alors, sur la base

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de la note presque oubliée de Savone, un décret qui devait être rendu par le concile et publié ensuite comme loi de l'État, et il autorisa l'envoi d'une députation au pape pour le remercier de ses concessions. Le rapport à la commission, le décret impérial et la note de Savone furent lus dans la congrégation générale du 10 juillet.

La commission avait d'abord accueilli avec joie le projet de Napoléon ; mais l'archevêque de Bordeaux et l'évêque de Gand ne voulurent point accepter une note dépourvue de la signature du pape, et demandèrent qu'avant do prendre aucune résolution le concile se déclarât incompétent. La congrégation générale se montra favorable à cet avis de la majorité de la commission, mais elle ajourna son décret au 12 juillet. Les opinions contraires se heurtèrent violemment. Lorsque le cardinal Maury accusa le pape d'avoir outrepassé ses pouvoirs en usant de l'excommuiiication, l'archevèipie de Bordeaux le renvoya d'un ton si résolu au concile do Trente (sess. XXII, c. XI, de Ref.), qu'il sembla renouveler dans Paris même l'excommunication déjà lancée contre le terrible monarque.

Maury, ce même homme qui, n'étant encore que simple prêtre, avait courageusement résisté aux révolutionnaires français, pliait lâchement, aujourd'hui qu'il était évê.|ue et cardinal, sous un orgueilleux parvenu, et se faisait le servile adorateur du succès : tant était grand le prestige qu'exerçaient la puissance et l'éclat du César victorieux I

Suspension du concile. — Reprise et décret du concile — Nouvelles négociations avec le pape.

84. Furieux de ce qui venait de se passer, mais surtout de la déclaration d'incompétence, bien qu'il dût s'y attendre, Napoléon suspendit leconcile (Il juillet), et fit enfermer dans une forteresse les courageux évèques de Troyes, de Gand et de Touriiay ; les autres, y compris son oncle, n'échappèrent pas à son ressentiment. Il semblait regretter d'avoir consenti au Concordat, et les ennemis de l'ÉgUse nourrissaient de grandes espérances. Cependant sa colère fut bientôt apaisée. Le préfet de Savone lui manda que Pie VII attendait une députation du concile pour délibérer sur le contenu de la note. Napoléon ne

voulait pas avouer que le concile était pour le pape, lequel, de son côté, pourrait bien n'être plus aussi condescendant; il désirait effacer l'impression fâcheuse produite parla suspension du concile et l'emprisonnement des trois évêques, faire valoir les concessions du pape contre les évêques récalcitrants, obligés maintenant de demeurer à Paris avec les autres. La plupart des évêques furent tellement accablés de promesses et de flatteries par le ministre de Napoléon, et quelques-uns par lui-même, que la majorité se montra disposée à souscrire au décret conciliaire qu'on tenait prêt depuis longtemps au ministère, sans eu accepter cependant toutes les conditions. Plus de vingt évêques refusèrent d'adhérer à quoi que ce fût; Fesch lui-même, qui .^e plaignait que le concile eût été privé de toute liberté, fut longtemps sans vouloir céder.

Le 26 juillet, le ministre des cultes tint chez lui une conférence avec les évêques qu'il avait déjà gagnés, et, peu de temps après, l'empereur ordonna la continuation du concile. Le 5 août, après la déclaration de compétence du concile, on rendit le décret suivant : 1° Conformément àl'esprit descanons, les évêchés ne pourront rester vacants plus d'un an pour tout délai ; dans cet espace de temps, la nomination, l'institution et la consécration devront être effectuées. 2° L'empereur sera supplié de continuer à nommer aux sièges vacants, conformément aux concordats, et les évêques nommés par l'empereur s'adresseront à N. St-père le pape pour l'institution canonique. 3° Dans les six mois qui suivront la notification faite au pape, par les voies d'usage, do ladite nomination, le pape donnera l'institution canonique conformément aux concordats. 4° Les six mois expirés sans que le pape ait accordé 1 institution, le métropolitain, ou à son défaut le plus ancien évêque de la province ecclésiastique procédera à l'institution de l'évêque nommé. 5° Le présent décret sera soumis à l'approbation de N. St-Père le pape, et à cet effet Sa Majesté sera suppliée de permettre qu'une députation de l'évêque se rende auprès de Sa Sainteté.

Ce <lécret fut approuvé par quatre-vingt-cinq évêques, dont plusieurs réservèrent lapprobatioii du pape; quatorze refusèrent complètement d'y adhérer. Au lieu du concile, ce fut l'empereur qui nomma les membres de la députation, frois archevêqties et huit évêques. Il leur adjoignit cinq cardinaux rouges ,

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afin que le pape ne pût objecter qu'il avait manqué de ses conseillers naturels,

A Savone, les conférences durèrent du 3 au 20 septembre. Les cardinaux rouges , surtout Roverelia , mirent tout en œuvre pour entraîner dans leur parti le pape affaibli de corps et d'esprit ; ils obtinrent enfin un bref qui approuvait les décrets de Paris, avec cette réserve que le métropolitain donnerait Tinstitution au nom du pape seul, lui enverrait tous les actes authentiques^ et inculquerait l'obéissance au Saint-Siège avec les paroles du deuxième concile de Lyon. La députation obtint en outre que Pie VII donnerait à plusieurs évêques des bulles de confirmation et écrirait une lettre à l'empereur.

Tandis que les députés se félicitaient des concessions obtenues, Napoléon en fut si peu satisfait, qu'il n'en fit aucun usage et reprocha à M. de Pradt, archevêque de Malines, de ne l'avoir pas compris ; il ne répondit pas à la lettre de Pie VII, et ordonna à quatre évéques venus de Turin de rentrer chez eux et d'obliger le pape à de nouvelles concessions. Les députés chargés de cette mission ne furent pas heureux. A la fin, le préfet xMotenotte parut devant le Saint-Père pour lui déclarer au nom de l'empereur que, le bref du 20 septembre n'ayant pas obtenu l'approbation impériale. Sa Majesté considérait les concordats comme supprimés et n'admettrait désormais aucune intervention du pape dans l'institution des évêques.

Les évêques, toujours assemblés à Paris, reçurent l'ordre de se disperser (6 et 20 octobre), et le concile national, ouvert avec tant de pompe', finit sans solennité de clôture. Bien q;;e le danger immédiat d'un schisme fût écarté, le clergé no laissait pas d'être divisé en plusieurs partis : les uns rejetaient le décret du concile, d'autres l'acceptaient; les uns se soumettaient aux vicaires capitulaires désignés par l'empereur et étabhs par les chapitres, d'autres leur résistaient, parce que le pape avait défendu d'élire vicaires capitulaires les sujets désignés; ceux-ci cédaient à tous les désirs de l'empereur, ceux-là ne rougissaient pas d'appeler sur les récalcitrants les peines dues à la désobéissance.

La meilleure collection des Actes : Coll. Lac, t. IV, p. 1223 et seq.,

1246 et seq., 1315 et seq. — Melchers, das Nationalconcilium zu Paris 1811 mit authent. Actenstücken, Münster, 1814; Barrai, Fragments relatifs à Thist. du XIX« siècle, Paris, 1814; Gaspard-Max. deDroste-Yischering, dans le Catholique, 1825, t. XV, p. 323-350; Pacca, P. II, c. v, VII, p. 230, 297 et seq., 314 et seq.; Picot, Mémoires, t. II, p. 551 et seq., éd. Paris, 1815; Artaud, chap. xxiii; II, ch. xxiv, p. 315 etsuiv.; II, p. 3 etsuiv.; Crétineau-Joly, I, p. 444 et seq., 459 ; Haussonville, l'Église rom. et le Premier Empire, Paris, 1870, t. IV; Lyonnet, le Cardinal Fesch, Lyon, 1841; Thiers, Ilist, du Consulat et de l'Empire, t. XII, XIII. Làdessus, Correspondant, 23 juin 1856 ; de Robiano, Contin. de l'Hist. eccl., m, 172 etseq.; Gams, II, p. 294 etsuiv.; Schneemann, dans les Laacher Stimmen, 1872, livrais. XII, p. 455 et suiv. — La rénovation de la profession de foi, avec assurance de soumission au pape, fut très mal accueillie de Napoléon ; Corresp. de Nap., XXII, 263. — Sermons et Discours inédits de Mgr de Boulogne, Paris, 1826, t. III, p. 427 et seq. La lettre du concile national au pape, datée du 19 août 1811, se trouve aussi dans Roscov.,II, p. 58-62; le bref du 20 sept., ib., p. 57-64, n. 291; Mûnch, II, p. 44 et suiv.; Fragments relatifs à l'hist. eccl., Paris, 1814; Beitraege zur Gesch. der kath. Kirche im 19 Jahrb., Heidelb., 1818, p. 183 ; Ami de la religion, 5 juin 1855 ; de Pradt, l'Europe et l'Amérique en 1821, t. II, p. 134-141.

Pie VII en France. — Expédition de Napoléon en Russie.

85. Dans l'hiver de 1811 à 1812 et pendant le printemps, Napoléon laissa le pape tranquille à Savons ; les victoires qu'il se promettait, devaient enlever à l'illustre captif tout espoir de délivrance. Tout à coup, le 9 juin 1812, Pie VII reçut l'ordre de partir. Le dessein de Napoléon, suivant les uns, était de l'éloigner de Savone, parce que les Anglais, qui croisaient dans le voisinage, lui avaient précédemment offert un asile à Malte ; selon d'autres, il se proposait de calmer les Français par les apparences d'un meilleur traitement à l'égard de son prisonnier, qu'il comptait emmènera Fontainebleau; peut-être espérait-il aussi, après son retour, l'amener, par son influence personnelle, à entrer complètement dans ses vues.

Le chef de la gendarmerie Lagorse plaça dans une chaise de poste le pape déguisé et méconnaissable, et le conduisit à Alexandrie, accompagné de son seul chirurgien. Dans le voisinage de Turin, Pie VII eut la joie de voir le prélat ßertalozzi, envoyé à sa rencontre. Arrivé à l'hospice du Mont-Cenis, le

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pape était tellement affaibli, qu'il se fit administrer les sacrements des mourants (14 juin). Cependant, force lui fut de repartir sans pouvoir se reposer. Le 20 juin, il arriva à Fontainebleau dans un tel état d'abattement, que l'on craignit pour sa vie; il resta plusieurs semaines alité. Les cardinaux rouges et les évêques napoléoniens purent seuls le visiter ; ils lui firent de la situation désespérée de l'Église la peinture la plus désolante, afin que, brisé de corps et d'esprit, il se prêtât à toutes les concessions.

Cependant l'Europe attendait avec impatience les nouvelles de l'expédition de Napoléon contre les Russes. Ceux-ci laissèrent au pays et au climat le soin d'anéantir les Français ; une froidure épouvantable, le défaut de provisions, des souffrances inouïes, décimèrent l'armée de Napoléon ; la prise de Smolensk et de Moscou (14 septembre 1812) ne lui procura que des inconvénients; toute discipline avait disparu. Le fier conquérant retourna à Varsovie sur le traîneau d'un paysan polonais (10 décembre). Dès son arrivée à Paris (18 décembre), il fit appel à toutes les forces de la nation pour réparer les pertes qu'il avait essuyées et recruter de nouvelles victimes à son ambition. Mais il lui fallait aussi tenter quelque chose pour se concilier les catholiques zélés, et surtout pour faire approuver du pape les nouvelles combinaisons de sa politique.

Pacca, P. III, c. vil, p. 322 et seq., 261 ; P. II, c. v, p. 237, 243-254; Artaud, II, II, ch. xxv, p. 23 et suiv.

Négociations de Fontainebleau.

86. Le 1" janvier 1813, Napoléon envoya à Fontainebleau un chambellan pour complimenter Pie Vil et lui demander des nouvelles de sa santé. En retour de cette courtoisie , le Saint-Père chargea le cardinal Doria, bien vu à Paris, d'aller remercier l'empereur. Napoléon se montra disposé à reprendre les négociations, et fixa son choix snr l'astucieux évêque de Nantes, qui n'avait point son égal, dans l'entourage du pape, pour la connaissance des affaires. On pouvait se promettre d'avance de surprendre par la ruse le noble vieillard

épuisé et toujours souffrant. Les demandes, habilement présentées par l'évêque du Voisin , relativement aux articles gallicans et à la nomination des cardinaux, furent rejetées par Pie YII. Sur le reste, les négociations eurent un tel succès, que les prélats de cour crurent qu'il fallait laisser à l'empereur lui-même Thonneur de les terminer.

Tout à coup, le soir du 19 janvier, Napoléon, accompagné de Marie-Louise, arriva à Fontainebleau, et fit sur le pa[!e une impression agréable par la manière polie et affectueuse dont il le traita. Il réitéra ses visites les jours suivants. Dans l'espace de cinq jours, il tomba d'accord avec le Saint-Père sur les préliminaires d'un traité , qui furent signés le 2S janvier. Napoléon poussa la déloyauté jusqu'à prendre pour un contrat définitif ce que le pape n'avait admis que comme la base d'un nouvel accord et sous la condition qu'il obtiendrait l'assentiment des cardinaux, et il le publia immédiatement de Fontainebleau comme un nouveau concordat.

Les onze articles qui le composaient, étaient ainsi conçus : 1° Sa Sainteté exercera le pontificat de la même manière que ses prédécesseurs. 2° Les ambassadeurs des puissances près le Saint-Siège et les ambassadeurs du pape jouiront des mêmes immunités et privilèges que les membres du corps diplomatique. 3° Les domaines que le Saint-Père possédait et qui ne sont pas aliénés, seront exempts de toute espèce d'impôts, ils seront administrés par des agents ou chargés d'affaires ; ceux qui auront été aliénés, seront remplacés jusqu'àconcurrrence de deux millions de francs de revenu. 4» Dans les six mois qui suivront la notification d'usage de la nomination par l'empereur aux sièges épiscopaux de l'empire et du royaume d'Italie, le pape donnera l'inslilution canonique conformément aux concordats et en vertu du présent induit. L'information préalable sera faite par le métropolitain. Los six mois expirés sans que le pape ait accordé l'institution, le métropolitain, et, à son défaut ou s'il s'agissait du métropolitain, l'évêque le plus ancien de la province, procédera à l'institution de l'évêque nommé, de manière qu'un siège ne soit jamais vacant plus d'une année. 5° Le pape nommera, soit en France, soit dans le royaume d'Italie, à des évêchés qui seront ultérieurement désignés de concert. 6° Les six évêchés suburbicaires seront rétablis ; ils

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seront à la nomination du pape. Les biens actuellement existants seront restitués, et il sera pris des mesures pour les biens vendus. 7° A l'égard des évêques des États romains absents de leurs diocèses parles circonstances (par les violences .'de Napoléon), le Saint-Père pourra exercer en leur faveur son droit de donner des évêchés in partions ; il leur sera fait une pension égale aux revenus dont ils jouissaient, et ils pourront être replacés aux sièges vacants, soit de l'empire, soit du royaume d'Italie. 8° Sa Majesté et Sa Sainteté se concerteront en temps opportun sur la réduction à faire, s'il y a lieu, aux évêchés de la Toscane et du pays de Gênes, ainsi que pour les évêchés à établir en Hollande et dans les départements hanséatiques. 9° La Propagande, la Pénitencerie, les archives, seront rétablies dans le lieu du séjour du Saint-Père. tO° Sa Majesté rend ses bonnes grâces aux cardinaux , évêques, prêtres, laïques, qui ont encouru sa disgrâce par suite des événements actuels. H" Le Saint-Père se prête aux dispositions ci-dessus par considération de l'état actuel de l'Église et dans la confiance que lui a inspirée Sa Majesté qu'EUe accordera sa puissante protection aux besoins si nombreux de la religion.'

Concordat de Fontainebleau, dans Mtïncb, II, p. b0-ö2.

Impression produite par ce prétendu concordat. — Rétractation du pape.

87. Ces articles renfermaient quantité de concessions très préjudiciables aux droits du Saint-Siège; le pape semblait y renoncer indirectement aux États de l'Église, bien que Napoléon assurât, dans une lettre presque dérisoire, qu'on n'en pouvait pas conclure que le pape y renonçait à aucune de ses prétentions sur les États romains. La publication du nouveau concordat produisit partout une vive rumeur. Plusieurs esprits bien pensants virent en cela une nouvelle tromperie du gouvernement, car une pareille convention leur semblait radicalement impossible; ils considérèrent comme un sacrilège les fêtes ^'actions de grâces^ ordonnées par Napoléon. Les Pari-

siens, en voyant revêtus de la pourpre les anciens cardinaux noirs, disaient par manière de plaisanterie : « Le pape a passé avec l'empereur un concordat qui fait rougir les cardinaux. » Le seul fruit de ce traité fut le rappel des conseillers du pape, exilés et captifs, notamaient du cardinal Paeca, que Napoléon voulait d'abord exclure de l'amnistie comme son ennemi, mais qu'il fit cependant élargir.

Pie VII, épuisé de fatigues, n'avait signé que dans un moment de grande faiblesse; il s'aperçut bientôt qu'il avait été joué. A peine Napoléon fut-il parti, qu'il retomba dans une profonde mélancolie; il demeura sans sommeil, sans nourriture ni boisson : on craignit que sa tête ne se troublât ou qu'il ne pût résister à tant de souffrances. Le cardinal di Pietro, le premier qui arriva près de lui, appela son attention sur les suites funestes qu'auraient ces articles, si on les appliquait comme un vrai concordat. Arrivèrent ensuite Pacca, Consalvi et les autres cardinaux noirs. Le pape les pria tous de lui remettre par écrit leur sentiment personnel sur les articles du concordat. Les cardinaux rouges, Maury surtout, se prononcèrent naturellement pour les onze articles ; mais les anciens cardinaux noirs les rejetèrent résolument. Ces derniers, sous la direction de Consalvi, Pacca et di Pietro, convinrent que le pape devait, dans une lettre à l'empereur, déclarer ces articles invalides, parce qu'ils contenaient des promesses irréalisables et qu'on les ferait passer abusivement pour un véritable concordat. Ils citaient l'exemple que Pascal II avait donné en 1111 en face de Henri V.

A cette décision, qui lui fut remise par Consalvi, Pie VII donna tout de suite son assentiment et ne fit aucune objection. Une lettre à Napoléon, pleine de dignité et de douceur, fut rédigée; leSaint-Père la transcrivit desapropremain, et, le 24 mars, renvoya à l'empereur par le colonel Lagorse. Pie VII manda ensuite auprès de lui tous les cardinaux l'un après l'autre, leur fit donner lecture de sa lettre et d'une allocution, puisqu'il ne pouvait les réunir en consistoire. « Loué soit le Seigneur, » disait-il^ « qui n'a pas retiré de nous sa miséricorde! C'est lui qui donne la mort et qui dispense la vie. 11 a voulu nous humilier par une salutaire confusion ; mais il nous a soutenu de sa main et nous a donné le secours nécessaire pour remplir nos

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devoirs dans ces difficiles circonstances. A nous l'humiliatioii — nous l'acceptons volontiers pour le salut de notre âme ; — à Dieu, maintenant et toujours, gloire et honneur ! »

A dater de ce moment, la paix et la sérénité rentrèrent dans son âme ; il était prêt à tout, même aux plus cruelles épreuves. Il ne perdit ni l'amour ni l'admiration do ses enfants : « De ce que le soleil est couvert par un nuage passager, il ne s'ensuit point que le soleil soit un nuage, » disait Consalvi.

Pacca, p. Il, c. V, p. 252-257, 237, 245-247 ; P. III, p. 261, 323-341. Lettre à Napoléon et Allocution, ib., p. 332-340. Cf. Roscov., II, p. 64- 72, n. 292, 293 ; Artaud, II, IJ, ch. xxv, p. 25 et suiv.; Crétineau-Joly, l'Égl. rom., I, p. 461.

Attitude de Napoléon.

88. Napoléon se conduisit comme si la lettre du pape n'eût pas existé : il fît publier le nouveau traité comme loi de l'État, avec menaces contre ceux qui l'enfreindraient. Le 5 avril, il fit dépouiller de ses insignes et déporter le cardinal di Pietro, dont la première entrevue avec le pape semblait avoir été particulièrement influente. Les cardinaux français furent rappelés de Fontainebleau ; les autres, on leur défendit de correspondre en France et en Italie; le pape enfin fut soumis à une surveillance beaucoup plus étroite. Napoléon regrettait depuis longtemps d'avoir rendu la liberté aux cardinaux. S'il s'abstint de nouvelles vexations, ce fut pour ménager l'opinion publique et à cause de sa guerre avec l'Allemagne. 11 voulait faire croire aux catholiques de France qu'il était avec le pape dans les meilleures relations. Pie VIT, quand Marie-Louise lui annonça la victoire de Lutzen (2 mai 1813), répondit d'une manière froide et circonspecte; il se plaignit du traitement qu'on infligeait au chef de l'Église et aux cardinaux (8 mai) : de là l'impossibilité de publier cette correspondance, ainsi qu'on le désirait dans l'intérêt de Napoléon.

Le 9 mai, le Saint-Père communiqua aux cardinaux une seconde allocution écrite, où il retraçait ce qui venait de se passer, protestait contre la violence dont il était l'objet, et, afin

de prévenir un schisme, déclarait invalide toute institution donnée par le métropolitain; il traitait d'intrus ceux qui auraient été institués de la sorte, de schismatiques et dignes des peines canoniques ceux qui les auraient consacrés. Les cardinaux travaillaient en même temps à une bulle sur le futur conclave, pour le cas où le pape viendrait à mourir avant le changement de la situation; Pie VII la transcrivit de sa propre main. On était prêt aux dernières extrémités. Le séjour de Fontainebleau fut extrêmement onéreux à Pie VII.

Pacca, p. 341-345. Lettre du pape du 8 el Allocution du 9 mai, ib., p. 345-354. Doc, ii. IV, p. 501 ; Hoscov., II, p. 80, n. 294.

Déclin de la puissance napoléonienne.

89. Mais la Providence était là, et l'étoile de Napoléon pâlissait à vue d'œil. L'année 1813 lui réservait de grandes défaites en Espagne et en Allemagne. Les nations opprimées renaissaient à l'espérance, qui les avait presque abandonnées après l'armistice de l'été. Tandis qu'on se disposait à réunir à Prague un congrès de la paix, Pie Vil (24 juillet) écrivait à l'empereur François: il protestait, contre les spoliations dont le Saint-Siège avait été victime, réclamait ses États et demandait l'intervention de l'Autriche. Après la bataille de Leipsig, la marquise Anne Brignole de Talleyrand fut envoyée au pape pour lui exprimer ie désir qu'il dépêchât à Paris un cardinal chargé de négocier. Elle n'obtint rien.

L'évêque de Plaisance, Mgr de Beaumont, favorable à Bonaparte, reçut lui-même pour toute réponse que le Saint-Père ne pouvait pas s'écarter des principes qu'on lui connaissait. Le 20 janvier 1814, le même négociateur se présenta de nouveau et offrit au pape les deux départements de Rome et de Trasimeno, qui étaient déjà enlevés aux Français, Cette fois encore. Pie VII répondit qu'il n'accepterait l'héritage de saint Pierre que dans son intégrité ; que sa restitution, étant un acte de justice, ne pouvait être l'objet d'un traité; que, du reste, tout ce qu'il entreprendrait hors de Rome paraîtrait l'effet de la violence et serait un scandale pour le monde chrétien. Il ne

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demandait qu'à rentrer à Rome le plus tôt possible, et la Providence se chargerait du reste, a 11 est possible », ajouta-t-il, « que nos péchés ne nous rendent pas digne de revoir Rome, mais nos successeurs recouvreront les États qui leur appartiennent... J'aime la France, et, quand je serai à Rome, on verra que je ferai tout ce qui sera convenable. »

Artaud, loc. cit., ch. xxv, xxvi, p. 52 etsuiv.; Pacca, P. III, c. vin, p. 373-382. Lettre à François II, ib.; Doc, V,p. 502-304. Cf. p. 369 et seq.

Élargissement définitif de Pie VII.

90. Les événements allaient désormais se précipiter. Le 22 janvier 1814, le colonel Lagorse (doctrinaire apostat) transmettait de la part de l'empereur l'ordre de faire partir le pape de Fontainebleau, mais sans les cardinaux, lesquels furent emmenés plus tard (26 janv.) dans différentes villes et placés sous la surveillance sévère de la police. Le Saint-Père leur ût des adieux solennels (23), et laissa pour eux au cardinal Mattel une instruction dans laquelle il leur défendait expressément d'accepter aucune proposition relative à un traité sur les affaires spirituelles ou temporelles. Lui-même devait voyager incognito, mais il fut bientôt reconnu et accueilli partout avec un chaleureux enthousiasme. Le 11 février, il était de nouveau à Savone. Napoléon ne voulut lâcher sa proie qu'après avoir perdu à peu près toute l'Italie et alors que les alhés occupaient déjà la moitié de la France. Par décret du 10 mars, il remit le pape en liberté et ordonna de Raccompagner jusqu'aux avantpostes des ennemis. Le 25 mars, Pie VII arriva à Taro, où les Autrichiens le reçurent avec jubilation ; ils l'accompagnèrent jusqu'à Parme, iModène et Rologne. Le 31 mars 1814, le jour même où les alliés entraient dans Paris, Pie VII arrivait à Rologne. Là se trouvait Joachim Murât, que Napoléon avait institué roi de Naples et qui était allié avec l'Autriche depuis le 4 janvier. Il voyait avec peine le pape rentrer dans ses États, car il les convoitait pour lui-même; mais, devant l'enthousiasme du peuple pour Pie VII, il ne pouvait pas lui faire directement opposition. De là, le pape se rendit à Imola et à Cesena, puis à

Rome, où il fit son entrée solennelle le 24 mai 1814. Ses compagnons de souffrances s'étaient successivement réunis autour de lui ; à Cesena il avait été rejoint par Consalvi, qui obtint de nouveau la charge de secrétaire d'État. La joie des fidèles fut indescriptible. L'Église romaine enregistrait un nouveau et brillant triomphe: nul trône n'avait fait une pareille résistance au conquérant despote ; nul prince n'avait autant souffert et combattu que le magnanime Pie VIL Les puissances protestantes elles-mêmes ne pouvaient lui refuser leur admiration.

Abdication de Napoléon. — Rétablissement de la royauté

en France.

91. Napoléon l®'', contraint d'abdiquer, reçut l'île d'Elbe pour souverain domaine, tandis que l'ancienne dynastie des Bourbons remontait avec Louis XVIII sur le trône de France. Le gouvernement provisoire rendit aussitôt un décret portant que tous ceux qui avaient été incarcérés pour cause de religion étaient Ubres et pouvaient retourner à leurs postes. L'excellent évêque Mgr de Boulogne ; d'Âstros, vicaire général de Paris, et plusieurs autres ecclésiastiques furent rendus à la liberté. Le roi fit son entrée dans Paris le 3 mai 1814. Le cardinal Maury, si entiché de Napoléon, dut bientôt évacuer le palais archiépiscopal. En vain essaya-t-il de justifier sa conduite dans un mémoire. Il partit pour l'Italie ; mais le pape lui enleva l'administration de son diocèse , lui refusa toute audience et lui interdit de prendre part aux congrégations. Une commission de quatre évêques et de cinq prêtres fut chargée de régler les affaires ecclésiastiques. La nouvelle constitution du 4 juin déclara la religion catholique religion de l'État, tout en garantissant à chaque citoyen la liberté de conscience et la protection de son culte.

De grandes difficultés surgirent au sujet du concordat de Napoléon. Plusieurs dt'S anciens évêques qui n'avaient pas donné leur démission revinrent d'Angleterre et crurent pouvoir, après la chute de l'usurpateur, rcilemander leurs sièges. Des troubles éclatèreiit en plusieurs endroits à cette occasion. Le gouvernement se prononça pour le maintien du Concordat et sévit contrôles auteurs du tumulte. Déjà, pondant son retour

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à Rome, Pie VII avait envoyé à Louis XVIII le prélat délia Genga, tant pour le féliciter de son élévation au trône que pour négocier sur les affaires ecclésiastiques de la France. Le cardinal Consalvi fut chargé de revendiquer les droits du Saint- Siège auprès des monarques alliés. Comme les souverains étaient déjà partis pour Londres, Consalvi les y suivit, et le 23 juin il remit une note relative aux droits du Saint-Père. Il reçut un accueil très honorable et obtint même une audience solennelle du prince hérilier. Il se rendit ensuite au congrès de Vienne. En France, une fête fut célébrée le 15 juillet 1815 en expiation de la mort de Louis XVI, et il fut décidé qu'un service funèbre aurait lieu tous les ans. L'horreur des attentats de 1793 se manifestait partout.

Pacca, p. 383 et seq.; Gams, If, p. 347 et suiv.; Histoire de la Restauration et des causes qui ont amené la chute de la branche airiée des Bourbons, par un homme d'État, vol. I el seq. ; G. Ott. Gesch. der letzten Ksempse Napoleons, der Revol. und Restauration, Leipzig, 1S43, 2 vol.

Les Cent-Jours.

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