CARACTERE DE CETTE PÉRIODE
L'ouragan de rinvasioii des barbares n'avait point encore cessé : les Normands, les Slaves, les Magyares, les Russes et antres peuplades continuaient d'entraver la marche de la civilisation chrétienne, en attendant le moment où ils s'y soumettraient eux-mêmes. A côté des progrès du christianisme dans le nord et dans l'est de l'Europe, nous remarquons une décadence dans les anciens États chrétiens : le vaste royaume des carlovingiens se morcelle ; le Saint-Siège est souvent victime de l'oppression ; sa liberté est paralysée tantôt par les factions redoutables qui se disputent l'Italie, tantôt par les empiétements des empereurs, et il se voit presque réduit à une complète impuissance. I^on moins inconstantes sont les destinées de l'empire d'Occident : il perd son éclat sous les derniers carlovingiens, et semble devenir la proie des princes qui s'en disputent les sanglants débris; puis il se relève sous les Oltons plein de vigueur et d'énergie, et atteint à son plus haut période sous Henri Ili, qui menace l'autorité spirituelle d'un complet assujettissement.
Tandis que le califat arabe, encore florissant sous Harun Arraschid (786-809) , se précipite vers sa décadence, l'empire grec obtient encore de nombreux succès dans les provinces qu'il a perdues; il en recouvre quelques-unes, et remporte sur le terrain politique de signalés triomphes. Mais, sous le rapport religieux, il se détache de plus en plus de l'Occident, jusqu'au moment où une séparation définitive, appuyée cotte fois sur un fondement dogmali(jue, s'établit entre les deux Églises, C'en est fait alors de la liberté religieuse. Dans la plupart des contrées de l'Occi-
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deiit, l'ordre et la discipline déclinent à vue d'œil ; les passions brutales se déchaînent avec fureur, et réduisent en ruine les plus magnifiques institutions. Heureusement, une réaction salutaire se faisait dans le silence des couvents, puis dans la vie publique, et gagnait chaque jour du terrain. Des papes habiles, des princes vertueux, d'excellents évêques et de saints religieux concertèrent leurs efforts pour purifier l'Église des souillures qu'elle avait contractées dans son commerce avec le monde, pour raffermir la foi des peuples et leur préparer un meilleur avenir. Aussi les combats qui commencent à la fin de cette période portent en eux-mêmes la garantie d'une victoire glorieuse que l'Église remportera sur ses ennemis du dedans et du dehors.