‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 13 sur 44 · DÉVELOPPEMENT DE LA VIE DE LÉGLLSE EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE LA VIE DE LÉGLLSE EN OCCIDENT

Les Empereurs carlovingiens et les Papes jusqu'à Formose. — Louis le Pieux et le pape Étieniae V. — Pascal I««'.

1 . Le tils de Charlemagae, Louis le Pieux (814-840), avait, sinon la force, du moins les principes de son père : il désirait sincèrement se montrer le vrai protecteur de l'Église en même temps que prince juste et équitable. Le pape Etienne IV (plus exactement Etienne V), que les Romains élurent avec une entière hberté après la mort de Léon III (juin 816), lui envoya d'abord une députation très honorable; puis il l'alla visiter à Reims, lui donna l'onction impériale, et mit sur sa tête une couronne qu'il avait apportée de Rome. 11 couronna aussi l'impératrice Irmengarde, car Louis n'avait été jusque-là nommé empereur qu'en suite de la désignation de son père, approuvée par le pape.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Louis s'avança à la rencontre du pape, et dès qu'il fut proche de lui, il mit pied à terre, le soutint à la descente de cheval, se prosterna jusqu'à trois fois à ses pieds, et le salua par ces pai'oles : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! c'est la lumière de Dieu qui nous vient

ni. — HIST. DE l'église. 11

I(i:2 IlISTOlRK DK l'ÉGLISK.

•^flairer. »> Le pape répondit : « Béni soit le Seigneur notre Dieu, qui nous fait la grâce de voir de nos yeux un second roi David. » Puis ils s'embrassèrent, et, l'empereur soutenant le pape de sa propre main, ils marchèrent vers l'église de Saint-Remi, qui était hors de la ville, et 3' entrèrent au chant du Te Deum *.

Le dimanche suivant, le pape, avant la messe, en présence du clergé et de tout le peuple assemblé dans l'église, sacra l'empereur, et lui mit sur la tête une couronne d'or très riche et d'une extrême beauté, qu'il avait apportée avec lui de Rome. 11 en mit aussi une pareille sur la tête de la reine Irmengarde, et lui donna le titre d'impératrice 2.

Etienne s'entretint avec Louis des affaires ecclésiastiques de son empire, renouvela l'ancienne alliance du Siège apostolique avec les carlovingiens, et fit confirmer les donations faites à ses prédécesseurs.

Déjà avant son retour, le pape avait fait jurer aux Romains fidélité au nouveau protecteur de l'Église, car il en avait besoin pour l'exercice de ses fonctions.

Le pape mourut peu de temps après son retour de Reims

• Imperator autem, ejus advenlu prsecognito, Bernardo quidem uepoti eum comitari jussit. Sed et appropinquanti alios missos, qui eura cum debilo honore perducerent, direxil. Ipse au lern advenlum ejus Rheniis suslinere stalnit. Gui etiam obviam Hildebaldum arcbicapellanum, etc.. procedere jussit infulis indutos sacerdotalibus. Ad ullinuun Imperator inilliario a monasterio sancri confessoris Remigii, et tanquam B. Pelri vicarium lionestissime suscepit, descendentem ex equo excepit, et ecclesiam intranlem manu propria sustentavil; prœcinentibus pro tanla exullatione variis Ecclesise ordinibus, Te Deum laudnmus. (Ademar., in Vila Ludovici, cap. xxxviu.) Quod audiens Imperator, magno tripudio cœpit gaudere. Et confestim jussit missos suos obviam ire sancto pontifici cum salutalionibiis maximis et servilia praiparare. Perrexit post missos dominus Ludovicus obviam supra dicto pontifici, obvians ei in campo magno Rhomensium. Descendit uterque de equo suo. Et princeps se prosternens omni corpore in terram tribus vicilms ante pedes lanti pontificis, et tertia vice erectus salutavit pontificem is!is verbis, dicens : « Benediclus qui venit in nomine Domini : Deus Dominus, et illuxit nobis.» Et respondit ponlifex :« Benedictus sit Dominus Deus noster, qui tribuit oculis nostris secundum David regem videre. » Amplexantes enim se, et osculantes, pacifiée perrexerunt ad ecclesiam. (Thegan., supra cit.)

* In proxima die dominica, in ecclesia ante raissarum solemnia, coram clero et omni populo consecravit eum. et unxit ad imperatorem, et coronam aureani miraî pulchritudinis et pretiosissimis gemmis ornatam, quam secum apportaverat, posuil super caput ejus. El Irmengardam reginam appellavil augustam, el posuit coronam auream super caput ejus. (Ibid.)

].A VTK l)i: l.KC.l.ISK F.N or.c.inKNT. 163

(2-4 janvier 817). (Ju'il ait statué daus un décret que le pape futur serait nommé par le clergé, en présence du sénat et du peuple, mais sacré seulement en présence des envoyés de l'empereur, cette hypothèse est inadmissible : elle est contredite par l'histoire subséquente des élections pontificales et par le témoignage du diacre Florus. Quant au document que l'on invoque, des raisons intrinsèques ne permettent pas de l'attribuer à Etienne V. On ne pouvait pas s'appuyer alors sur un « rite et un usage canoniques » : car Charlemagne n'avait jamais eu comme empereur l'occasion d'envoyer à Rome des délégués pour la consécration d'un pape, et de 743 à 817, non seulement les papes étaient librement élus, mais ils étaient consacrés avant l'arrivée des envoyés de l'empereur.

OUVBAGES A CONSCLTKU ET REMARylES CRITIQIES SUR LE N° 1 .

Vita Steph. V P., in I.ib. Pont. Einhard,, Ann., an. 816 (Peitz, I, 203^; Auou., Vita Ludov. P., c. xvi-xviii, p. 593 et seq.; Ernold. Nigell., 1. Il, c. ccLXxxj Phillips, K.-R., V, p. 760 et seq. Le Decr. Steph., dans Gratien, c. xxvm, d. 63; Mansi, XIV, 147 ; Jaffé, Reg., p. 221, a été déclaré apocryphe par Baronius, an. 816, n. 101, et Noël Alexandre, sœc. IX, c. I, a. 2, l. XI, p. 322. — Pagi, an. 816, n. 19; an. 897, n. 4 et suiv., l'altribue à Etienne VI (VII), 897 (cf. Richter, Lehrb. des K.-R., § 139, n. o); au contraire, Miu-atori (Mot. ad Supplem. Concil. Rom., 803; R. I, Scr, II, 11, p. 128), comme Ricliler (Corp. jur. can., I, 209, not. 137) et Héfelé (Concil., IV, p. 7, i"' édit.), l'attribue à Etienne V, parce que Nicolas V^ aurait invoqué le « Canon heatissimi Stephani ». Or Nicolas I^' ne parle que de la libre élection du pape; et cette question fut traitée dans le concile de Rome, en 769, sous Etienne IV, auquel renvoie Nicolas 1"=''. Voy. Dœllinger, Manuel, 1, 412. — Phillips, loc. cit., p. 768, 783, prétr^nd qu'on a tort d'attribuer ce décret à un pape Etienne; il émanerait de Jean IX, en 898. Flor, diac, 829, de Elect. episcopor. (Agob. Op., edit. Baluz., II, 234 et seq.) : « In Romana Ecclesia usque in prsesentem diem cei-nimus absque interrogatione principis, solo dispositionis divinse judicio et fidelium sulfragio, legitime pontifices consecrari. »

Pascal 1er.

2. Deux jours après la mort d'Etienne, le Romain Pascal, autrefois supérieur du couvent de Saint-Étienue, près de Saint- Pierre, fut élu à l'unanimité et consacré sur-le-champ. Il envoya, lui aussi, des délégués à l'empereur Louis pour lui rappeler Talliance existante, et il reçut de lui la confirmation des privilèges du Saint-Siège garantis à son prédécesseur. L'em-

104 HISTOIRE DK l'ÉGLISE.

pereur reconnut aux Pnimains le droit d'enterrer le pape défunt avec respect et sans trouble, et de consacrer, sans difficulté ni opposition, selon les règles canoniques, celui qu'ils choisiraient sous l'inspiration de Dieu ; mais après sa consécration ils enverraient des délégués à la cour impériale, pour renouveler l'alliance d'amitié et de concorde. En 822, Louis associa à l'empire son fils Lothaire, et le chargea des affaires de l'Italie. Lothaire partit immédiatement pour Rome, et, le jour de Pâques, 5 avril 823, il recevait la bénédiction du pape Pascal avec les honneurs et le titre de la dignité impériale, ainsi qu'il le mandait à son père. A dater de ce jour, il porta le nom d'empereur. A Rome, Lothaire rendit la justice, en sa qualité de protecteur, dans l'affaire du couvent de Farfa contre la Chambre apostolique. Revenu auprès de son père, il apprit de Rome que le parti antifrançais avait tué deux personnages connus pour leur attachement à Lothaire : le primicier Théodore et son gendre Florus, nomenclateur. On publia même que c'était par ordre du pape. L'empereur Louis chargea un comte et un évêque d'aller informer sur les lieux, tandis que le pape lui envoyait l'évêque de Sylva Candida et l'archidiacre pour se disculper. Le pape se purgea par serment de toute complicité, mais il prétendit en même temps que les deux victimes étaient coupables de lèsemajesté et avaient mérité la mort. L'empereur ne poussa pas plus loin cette affaire. Pascal restaura les églises et les couvents, donna asile à plusieurs moines persécutés en Orient, et mourut au commencement de l'année 824.

Vila Paschalis I, Mansi, XIV, S39 et seq.; Hard., IV, 1223. 11 est vrai qu'Einbardt (Ann., an. 817, p. 203) appelle la lettre de Pascal à Louis o excusatoria epistola », et l'auteur anonyme de la vie de Louis le Pieux, t. XXVII, p. C21, « epistola apologetica »; mais il est certain que Pascal ne s'excusa pas d'avoir reçu la eonsôcralion sans la permission de l'empereur. Le document de Louis (Gratien, c. xxx, dist. 60), déjà donné précédemment par Deusdedit (Collect, canon., 111, 150, éd. Marlinucci, Venet., I8G9, p. 330 et seq.), n'offre rien qu'on puisse sérieusement alléguer contre l'authenticité. — Couronnement de Lothaire : Einh., an. 823 ; Mabillon, Ann. 0. S. B., sœc. IV, part. I, p. 513; Blanchi, t. II, 1. V, § 5, n. 1-3 (contre Bossuet, Def. decl., part. I, lib. II, c. xxxvu et seq.). — Serment de purgation de Pascal : Mansi, XIV, 410; Baronius, Pagi, an. 823, n. l et seq.

LA VIE DE l'ÉGL1?L EN OCCIDEM . 105

Eugène II et Lothaire 1*^.

3. La nomination du nouveau pape fut troublée par des dissensions entre le peuple, la noblesse et le clergé. Ces deux derniers ordres l'emportèrent, et Eugène, archiprêtre de Sainte- Sabine, fut élu. 11 informa aussitôt l'empereur de son élection et de sa consécration. Louis envoya son fils Lothaire en Italie, pour prendre avec le pape les mesures commandées par la circonstance et pourvoir au plus nécessaire. Lothaire fut reçu par Eugène II (824-8'27) avec tous les honneurs dus à sa dignité; il concerta avec lui de sages règlements, et travailla à remettre au plus tôt le pape et l'Église romaine en possession des biens ecclésiastiques qui avaient été ravis injustement à quelques dignitaires du parti impérial. Il publia, avec le concours du pape, une constitution où il était dit : « Nous ordonnons que tous ceux qui se trouvent sous la spéciale protection du pape et sous la nôtre, en jouissent avec toute liberté; si quelqu'un ose les inquiéter, il court risque de perdre la vie. Nous ordonnons pareillement qu'on rende en tout une juste obéissance au pape, à ses ducs et à ses juges. Nous voulons que tous les ans des commissaires nommés par le pape et par nous nous fassent un rapport sur la manière dont les ducs et les juges administrent la justice, et dont notre constitution est observée. Nous ordonnons à tous les ducs, aux juges et autres magistrats de se présenter devant nous : car nous voulons connaître leur nombre et leurs noms, et leur donner des avis sur les devoirs de leur charge. » L'empereur terminait en recommandant en tout l'obéissance et lo respect dus au souverain pontife.

Le pape était vraiment considéré comme le souverain de son pays; seulement l'empereur exerçait, en sa qualité de défenseur, une juridiction qui, au milieu des factions qui s'agitaient alors, devenait un appui et une force. La souveraineté n'était exercée nulle part à cette époque dans le sens étendu qu'on lui a donné plus tard, et les droits étaient souvent confondus. A Rome, chacun pouvait décider lui-même sons quelle législation il entendait vivre : à côté du droit romain, qui régissait la partie la plus notable de la population, il y avait le droit germanique, à l'usage des étrangers qui allaient s'y établir. Ce régime, tont

I <)(.■> msToiKK ]>E i.'v':g>.ise.

équitable qu'il fût, produisait dans le mélange des nationalités de nombreuses complications. Sur la nomination des papes, il était simplement décidé que personne ne devait usurper la papauté ni empêcher les élections, que ceux-là seuls d'entre les Romains pouvaient y participer qui en avaient le droit de temps immémorial. La formule du serment que les Romains et les papes eux-mêmes auraient prêté, est d'une authenticité douteuse. Selon cette formule , Eugène II aurait fait, de son plein gré, le serment d'observer la constitution, et les Romains auraient promis de ne point laisser consacrer le nouveau pape avant qu'il eût renouvelé ce serment en présence du peuple et des envoyés de l'empereur. Si cette formule est authentique, il en faut conclure que Lothaire cherchait peut-être à obtenir du libre consentement du pape et à préparer par des voies indirectes ce qu'il réalisa plus tard : faire dépendre la consécration du pape de l'assentiment de la cour impériale.

ÜLVKAGES A CONSULTER ET REMAKQl'ES CUITIQUES SUR LE N° •'<.

Vita Eugen., Maiisi, XIV, 411 et seq.; Einh., Ann., an. 824, p. 212; Vita Walœ, c. xxvni (Peiiz, III, II, p. o45). — Sur la constitution de Lothaire (dans Deusdedit, I, c. ccxlh-ccl, p. 169-171; Baronius, an. 824; Hard., IV, 125; Pertz, III, p. 240), voy. Dœllinger, I, p. 413; Reumont, II, p. 192-194. Le Sacranientum Romanoruni, public d'abord par Duchesne, Scr. rer. Franc, II, 207, d'après un manuscrit de Paul Diacre, r.esta Ep. Metens., et par Perlz,*lüc. cit., p. 240, n'est pas attaqué par Dœllinger, Papencordt, p. 150 et suiv., etc.; mais Cenni, I, p. 122, et Phillips, op. cit., p. 774 et suiv., le révoquent en doute pour une foule de raisons : 1° les auteurs n'en disent mot et ne parlent pas d'un serment qui aurait été prêté à celte éi)oque; il n'en est pas question non plus dans l'époque suivante ; 2° s'il avait dû avoir force de loi, il est [U'obablc qu'il cùl été inséré dans la constitution même. La formul." n'était sans doute qu'un pi'ojel des conseillers de Lothaire.

Valentin et Grégoire l'y.

4. Eugène II célébra à Rome (novembre 82G) un grand concile, où furent publiés trente-huit canons sur la nomination aux évêchés, sur les qualités et les devoirs des évêques, sur les monastères, les mariages et autres points de la discipline ecclésiastique.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Dans ce concile, Eugène II établit les règles suivantes contre le rclàchenienl de la discipline dans plusieurs provinces de l'Église :

!.A VIK HK L KiilJSE EN OCCIDENT. I A"

1" On ne sacrera évèques que ceux dont la science sera ornée par la bonne vie; '2° on ne recevra point de présents pour les ordinations; 3° i'évèque prêchera la pai'ole de Dieu suivant la portée de ses auditeurs; 4° les ecclésiastiques ignorants se feront instruire, et seront susj>cns des fonctions de leurs ordres jusqu'à ce qu'ils aient la science nécessaire pour s'en acquitter dignement; 5° le clergé élira son évoque, et son choix sera agréé par le peuple; 6° les évèques ne pourront s'absenter plus de trois semaines de leur diocèse, à moins que le métropolitain ou le primat ne le trouve nécessaire; 7° il y aura des cloîtres attachés aux églises cathédrales pour l'habitation desclei'cs qui doivent les desservir; 8° des prêtres seront établis dans chaque paroisse; 9* on n'en ordonnera pas plus qu'on n'en peut entretenir ; 10° on ne fera point de prêtres qui ne soient attachés à quelque église ou monastère; 11° ils n'assisteront point à des jeux ou à des spectacles profanes; 12° ils ne s'occuperont point de chasse, de négoce, ni d'aucun travail champêtre; 13° ou ne les appellera point en témoignage pour des affaires séculières, à moins que leur évèque ne le trouve nécessaire pour la manifestation de la vérité; 14° im prêtre déposé doit être enfermé dans un lieu de pénitence; 15° dès qu'un ecclésiastique, de quelque rang qu'il soit, sera soupçonné d'un mauvais commerce avec une femme, s'il n'évite point de la fréquenter après trois monitions canoniques, on lui fera son procès; 16° les évèques ne s'approprieront rien des biens de leurs églises au'delà de ce qui leur est attribué ; 17° les prêtres recevront indistinctement et sans prévention pour personne les oblations des fidèles au sacrifice de la messse ; 18° un évêque ne donnera point de lettres dimissoriales en termes vagues et s'il n'est sûr que ceux qui les demandent seront reçus dans les diocèses où ils souhaitent d'aller; 19° les évèques et les prêtres auront des avocats de retenue pour défendre leurs droits dans les affaires temporelles, afin (ju'ils n'en soient point distraits dans les fonctions de leur ministère; •20° ceux qui n'en auront point, seront cités devant l'évêque, pour savoir si leur mauvaise vie n'en est pas la cause ; 21° il sera libre à ceux qui bâtiront des monastères où des chapelles dans leurs propres fonds de présenter à l'évêque ceux qui devront les desservir ; 22° les évèques des usurpateurs indemniseront les églises des dommages qu'elles en auront reçus; 23° les évèques auront soin que les biens des hôpitaux soient légitimement administrés; 24° il n'y aura point d'église ni d'oratoire sans prêtre qui y fasse le service divin ; les évèques pourvoieront à ceux qui sont à leur charge, et le prince sera prié d'obliger les séculiers à s'acquitter des fondations dont ils seront chargés à cet égard ; 25° ces mêmes lieux saints, étant ruinés, seront rétablis par ceux qui les auront à leur charge, et le peuple les aidera, s'ils n'ont pas les niovens de le faire; 20° l'évêque n'exigera rien au delà de ses droits de son

Hj>t, HISTOIRE DE LÉGLISii:.

clergé ni des églises qui sont sous sa conduite ; 27° ou choisira pour ahhés des hommes doctes, et, qui plus est, des prêtres, afin qu'ils soient en état de corriger et d'absoudre leurs religieux des fautes qu'ils auront commises ; 28" à la diligence des évêques, personne ne portera l'habit des religieux s'il n'en garde la clôture et s'il n'en observe la conduite ; 29° cette règle aura lieu pour les femmes qui auront pris par dévotion le voile ou l'habit de quelque ordre religieux ; 30° le jour du dimanche, on s'abstiendra de toute oeuvre servile, à la réserve de ce qu'on doit préparer pour les voyageurs dans les hôtelleries; 31° on pourra emprisonner un malfaiteur un dimanche, pour lui faire son procès un autre jour; 32° on n'obligera personne à demeurer malgré soi dans un monastère; 33° il ne sera permis à aucun laïque de se placer dans le sanctuaire pendant la célébration de la messe ; 34° on établira dans toutes les paroisses, à la campagne comme à la ville, des précepteurs et des maîtres d'école pour enseigner les lettres, les arts libéraux et la doctrine chrétienne; 35° on empêchera le pernicieux usage, qui règne surtout parmi les femmes et qui est un reste du paganisme, d'employer les jours de fête à tenir des concerts, à danser et h chanter des airs et des chansons lascives ; 36° les personnes mariées ne peuvent se séparer que pour cause d'adultère, et l'entrée çn religion d'une des parties, l'autre demeurant dans le siècle, ne dissout point le mariage; 37° on ne doit jamais permettre à personne d'avoir deux femmes à la fois, ni une concubine avec une femme; 38° personne ne pourra épouser sa cousine, sa nièce, sa marâtre, sa bellesœur, ni aucune de ses parentes ou alliées dans les degrés prohibés, sous peine d'excommunication ; on obligera ceux qui auront contracté de semblables mariages à se séparer, après quoi on leur fera faire une pénitence convenable. fSynod. Eugen. 11., in Collect. Höhten., part. II, pag. 7.)

Eugène II mourut dans l'été de 827, hautement estimé pour son amour do la paix et les conséquences heureuses qui s'ensuivirent. Cet amour de la paix, il en donna des preuves même à l'égard do l'impétueux Lothairc. Son successeur, l'archidiacre Valentin, natif de Rome, fut acclamé d'une seule voix; mais il fallut presque le contraindre d'accepter le souverain pontificat. Il fut aussitôt intronisé et consacré, et mourut quarante jours après.

On le remplaça par le cardinal-prêtre de Saint-Marc, Grégoire IV, qui fut longtemps, lui aussi, avant de donner son consentement. Découvert dans un réduit où il s'était caché, il fut amené à Latran de vive force. L'empereur ne fut donc pas

i,A ME DE l'Église kn occident. \(>\)

informé de son exaltation par les voies ordinaires, par une députiition; mais ses délégués arrivèrent à Rome avant la consécration de Grégoire. Si le pieux Louis ne songeait à rien moins qu'à faire dépendre la consécration du pape de son assentiment, son fus Lothairc, naturellement despote et trop enclin aux empiétements arbitraires, sut au moins profiter de l'arrivée de ses ambassadeurs avant la consécration du pape, pour agrandir son autorité et instituer une enquête sur la légitimité de l'élection.

Concile de Rome en 826 : Mansi, XIV, 999 et seq.; Pagi, h. a., n. \ ; Pertz, Leg., II, II, p. 11-17; Héfelé, IV, p, 45-47; Vita Valent., in Libre Pontif., p. 232; Papencordt, p. lo7; Greg. IV Vita, p. 234; Mausi, loc. cit., p. 503 et seq.; Einhardt, Ann., an. 827, p. 216 ; Anon., Vita Ludov. P., c. XLi, p. 631; Cemii, II, p. 116; Papencordt, loc, cit.; Phillips, p. 776 et seq.

Querelles domestiques des carloviugiens.

5. Grégoire IV se vit bien à contre- cœur impliqué dans les tristes dissensions qui partagèrent la famille royale. Les carloviugiens mettaient d'autant plus de violence à faire valoir leur crédit dans les États du pape, qu'ils perdaient davantage l'estime et l'influence dans leur propre pays. Louis le Pieux, comprenant son impuissance à gouverner seul le vaste empire de son père, en avait cédé une partie (817) aux fils de son premier mariage (avec Irmengarde), et avait partagé ses États entre ses enfants. Lothaire devint héritier de l'empire; Pépin, roi d'Aquiitaine; Louis obtint le royaume de Bavière, avec la souveraineté sur les pays Slaves et Avares. Le neveu de Louis, Bernard, roi d'Italie, mécontent de la nomination de Lotbaire, se révolta. Il fut vaincu, privé delà vue, et expira des suites de ce traitement cruel (818). Ses complices reçurent un châtiment exemplaire.

L'empereur, à qui sa conscience reprocha plus tard cet acte de barbarie, fit à Attiguy (822), en présence des évêques et des grands de l'empire, l'aveu pul)lic de sa faute, pria les évêques (Je l'absoudre et de lui imposer une pénitence. La seconde fennne de Louis, Judith, acquit bientôt une grande influence sur .son époux : non seulement elle le décida à donner la couronne royale (6 juin 829) au plus jeune de ses fils, Charles le

170 HISTOIRE Uli I.'ÉGLISK.

Chauve (né le 13 juin 823), mais à lui assigner peu de temps après un royaume particulier, composé de l'Alémanie, de la Rhétie et d'une partie de la Bourgogne. Les frères de Charles furent indignés d'une mesure qui restreignait leurs parts, non moins que de la puissance excessive accordée au favori de Judith, Bernard, duc de Septimanie. Au printemps de 830, le roi Pépin arbora l'étendard de la révolte, s'empara de son père et fit enfermer Judith dans un monastère ; les frères de celle-ci furent, les uns expulsés, les autres forcés d'entrer dans l'état ecclésiastique. Ou voulut même contraindre Louis le Pieux à abdiquer et à s'enfermer dans un monastère ; mais il refusa énergiquement^ et la voix du peuple se prononça en sa faveur. Louis le Germanique prit les intérêts de son père; Lothaire accourut de l'Italie, et adoucit sa captivité.

Le vieil empereur recouvra son autorité à la diète de Nimègue (octobre 830) ; Judith retourna auprès de son époux, et les rebelles furent châtiés. Les fils se réconcilièrent avec leur père, au moins en apparence. Lothaire dut affirmer par serment qu'il renonçait au titre d'empereur (février 831). Cependant les fils de Louis continuaient de se défier de leur marâtre; et Pépin, dans une diète tenue en automne à Aix-la-Chapelle, se montra si hostile à son père, que celui-ci lui défendit de retourner en Aquitaine. Pépin prit la fuite et se prépara à la guerre. Eu septembre 832, son père lui enleva son royaume pour le donner au jeune Charles. Les Aquitains en furent mécontents ; Lothaire et Louis prirent le parti de Pépin. La révolte des trois fils contre leur père, fortifiée encore par de nombreux mécontents, éclata en 833; l'hésitation et l'incapacité de l'empereur parurent à plusieurs, môme à Agobard, archevêque de Lyon, la cause de tous ces désordres. L'entreprise des fils trouva cette fois de nombreux approbateurs. En 833, aux environs de Pâques, le vieil empereur réunit près de Worms ses fidèles, dont la plupart étaient du nord de l'Allemagne, tandis que les bandes guerrières de ses trois fils s'assemblaient autour de Colmar.

Maiisi, XIV, 403, 630 et seq.; Agobard. Liigdun. Op., Migne, t. CIV, p. "287; Héfeh', IV, |i. 71 et suiv.; J. llcyer, De intestinis siib Liidovico Pio ejusquc liliis in Krancoi-. regno cerlaminibus, Monast., 1858.

LA ME 1»K L'i:(iLlSF. KN OCCIUENT. 171

Grégoire IV en Allemagne. — Trahison des fils de Louis.

6. Grégoire IV considérait comme un droit et un devoir d'intervenir en médiateur de la paix dans cette lutte si dangereuse à l'Église et à l'État. Il ne pouvait ni demeurer indifTérent à la révolte des fils contre leur père, ni admettre que Lothaire, après avoir été sacré par le pape sur la demande de son père et avoir exercé les droits d'empereur en Italie, fût, par l'autorité d'un seul, dépossédé de la dignité impériale. L'office de médiateur lui revenait par-dessus tous les autres, ainsi que l'abbé Wala l'établit par des autorités ecclésiastiques. Mais comme il arriva eu Allemagne en compagnie de Lothaire, il excita la défiance du vieil empereur et de ses partisans, et fut suspect de partialité. On répandit en outre de fausses rumeurs sur ses intentions, celle-ci entre autres, qu'il voulait forcer par l'excommunication les évêques partisans du père à se soumettre aux trois fils alliés; ce qui fit dire à plusieurs évêques qu'ils lui renverraient son excommunication.

De leur côté, les partisans des fils célébraient les mérites de leur entreprise : ils allaient débarrasser l'empire d'un souverain incapable et aveuglé par les charmes d'une femme artificieuse, venger l'honneur do la maison impériale, terni parle commerce adultère de Judith avec le duc Bernard et par f intrusion du bâtard Charles le Chauve. Louis aurait pu aisément remporter la victoire , s'il avait attaqué sans délai ses fils mal. préparés encore; mais il temporisa et perdit plusieurs semaines en négociations inutiles, et qui ne firent qu'accroître l'aigreur.

Ce fut seulement dans la seconde semaine de juin qu'il quitta Worms et se présenta devant ses fils, prêt à hvrer bataille. Le pape Grégoire sortit alors du camp de Lothaire, et alla trouver le vieil empereur pour entamer avec lui des négociations de paix. Sur ces entrefaites, les fils gagnèrent par la ruse, l'argent et les promesses, plusieurs partisans de leur père, et se sentirent bientôt assez forts pour repousser les propositions qui leur furent transmises par le pape ; ils ne voulurent pas même lui permettre de retourner, ainsi qu'il l'avait promis , auprès de l'empereur pour lui communiquer leur réponse, et ils répandirent le bruit que le pape s'était entièrement tourné

de leur côté. Cette fois la désertion devint générale dans le camp de Louis , et ce prince en fut bientôt réduit à se livrer sans défense aux mains de ses fus, qui s'avançaient contre lui (fin de juin 833). L'impératrice Judith fut emmenée à Tortone, et son fils Charles le Chauve au couvent de Prüm, tandis que le vieil empereur était enfermé par Lothaire dans le couvent de Saint-Médard, à Soissons. Le pape retourna à Rome profondément affligé de tous ces attentats. L'endroit où Louis avait été capturé, s'appela désormais le Champ du Mensoîige.

Paschas. Radb. Vita S. W'alœ, ap. Mabillon, Acta Sanct. 0. S. B., IV, II, 1. II; Héfelé, IV, p. 76 et suiv.; Dœlliziger, 1, p. 414 et suiv.

Dernières Destinées de l'empereur Louis.

7. Travaillé par plusieurs évêques, notamment par Ebbon de Reims, le vieil empereur consentit à faire l'aveu public de ses péchés, à prendre l'habit des pénitents et à renoncer à l'empire. Cet avilissement de la dignité impériale révolta bientôt tous les gens de bien. Lothaire vit ses deux frères eux-mêmes s'insurger contre lui et courir aux armes. 11 s'enfuit en Italie, laissant son père et son frère Charles au couvent de Saint-Denis. Louis, rendu à la liberté, fut invité à reprendre les rênes de l'empire. Mais comme il avait été condamné par des évêques, il demanda d'être solennellement absous dans une autre assemblée épiscopale. Elle se tint à Saint-Denis le dimanche suivant. Louis y fut solennellement réconcilié par les évêques (835), qui le revêtirent de ses armes et lui placèrent la couronne sur la tête, aux acclamations du peuple. Dans une grande assemblée tenue à Thionville, Agobard de Lyon fut déposé, et Ebbon de Reims forcé d'abdiquer. On maintint en principe que ceux qui étaient soumis à la pénitence publique, devenaient inhabiles à toute fonction publique ; mais on n'en fit point l'application à Louis, parce qu'il avait été injustement condamné à la pénitence pour des crimes ou controuvés, ou non établis, ou depuis longtemps expiés. Le vieil empereur se réconcilia avec plusieurs de ses adversaires ; il noua des négociations avec son fils Lothaire, qui l'avait trahi, qui continuait de régner en Italie et faisait même peser sur l'Église romaine une dure oppression.

Grégoire IV, qui n'avait pas reconnu la déposition de Louis.

LA VIK 1»K I.'ÉGUSF. EN Or.ClDÏ NT. \13

reçut avec joie ses ambassadeurs (836), et les fit même accompagner, à leur départ, par deux évêques, en qualité de légats. Lothaire ne voulut point leur permettre de traverser la Lombardie. Louis, de son côté, songeait à y faire une descente avec son armée, mais il en fut empêché par les incursions des Normands. Pépin, roi d'Aquitaine, étant mort en laissant deux fils mineurs (décembre 838), Louis fit un nouveau partage de l'empire (839), d'après lequel son fils Louis ne posséderait que la Bavière, tandis que le reste des États serait partagé entre Lothaire et Charles. Louis le Germanique, mécontent de son lot, courut aux armes. Le vieil empereur mourut le "20 juin 840. Lothaire essaya d'agrandir sa portion aux dépens de ses deux frères; mais il fut vaincu près de Fontenay (25 juin 841) par Louis le Germanique et Charles le Chauve, et dut s'enfuir d'Aix-la-Chapelle (842, avant Pâques). Les évêques assemblés en cette ville déclarèrent que Dieu avait justement privé Lothaire de son royaume pour le donner à ses frères , qui montraient plus d'amour pour la justice. Mais, avant de faire cette déclaration à Louis et à Charles, ils leur demandèrent s'ils entendaient gouverner selon la loi de Dieu. Après de longues négociations, on aboutit enfin au traité de Verdun (il août 843). Les liltats de Charlemagne furent divisés en trois royaumes. Les difTérentes provinces purent désormais rentrer, en partie du moins, dans leurs droits; mais les belles espérances qui s'étaient rattachées au couronnement du puissant empereur, semblaient à jamais évanouies.

Relatio Episcoporum de exauctorat. Ludov.. : Mansi, loc. cit., 647 ; Pertz, Leg., I, 36o; Astron., Vita Ludov., n. 49; Pertz, M. II, 640 et seq. Ludov. restaur. : Mansi, loc. cit., p. 654-658; Héfelé, IV, p. 79-82. Mon ouvrage : Kath. K., p. 38-41; Nithard, Hist., L I-III; Pertz, M. II, 662 et seq., 668; Héfelé, p. 90-99. Querela Flori de divis. imperii (Migne, t. CXIX, p. 249 et seq.); Gfrœrer, Gesch. der Karol., I, p. 64 et seq.; Wenck, Das fraenkische Reich nach dem Vertrage von Verdun, Leipzig. 18Ö1.

Oppression de Rome par les Sarrasins et l'empereur Lothaire, sous Grégoire IV et Sergius II.

8. La chrétienté d'Occident était à la fois menacée par les querelles intestines des petits-fils de Charlemagne et par les

17'; HISTOIRE DE L KGLISK.

invasions de peuplades païennes, les Normands, les Slaves, les Magyares et les Arabes. Ces derniers, fixés en Sicile, faisaient de là des incursions en Italie, menaçaient les embouchures du Tibre, et par conséquent Rome elle-même, dont les grandes basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, se trouvant encore hors des murs, n'étaient abritées contre aucune attaque. Grégoire IV comprit la nécessité de protéger les côtes, et construisit, dans la direction de l'ancienne Ostie, une petite ville nommée Grégoriopolis, qu'il entoura de solides remparts, de fossés et de bastions ; il dirigeait lui-même, sur place, la construction des murs. Quant à l'empereur, le tyrannique Lothaire, moins il s'acquittait envers l'Église romaine de ses devoirs de protecteur, plus il avait de prétentions à lui faire subir son influence, même dans les plus importantes questions.

Grégoire IV mourut le 25 janvier 844. L'archiprêtre Sergius fut nommé son successeur avec une parfaite régularité. Cependant le diacre Jean, dont le parti avait déjà essayé de troubler l'élection de Sergius, parvint à s'emparer du palais de Latran. Il en fut expulsé. Sergius H en prit possession, et fut consacré dans l'église de Saint-Pierre. Lothaire trouva moyen d'intervenir : il prétendit que sa constitution avait été violée, et que des hommes qui n'en avaient pas le droit avaient participé à l'élection ; il exigea que désormais aucun pape ne fût consacré sans son consentement et en .l'absence de ses commissaires. Son lils Louis, élevé à la dignité de roi d'Italie, et son oncle Drogon, évêque de Metz, envoyés par lui contre Rome avec une armée, traitèrent les Etats de l'Eglise en pays ennemi. Arrivé devant la ville, Louis fut reçu, conformément aux ordres du pape, avec les mêmes honneurs qu'on rendait à l'empereur lui-même : le pape envoya à sa rencontre les magistrats et les milices avec croix et bannières, et l'attendit avec sou clergé sur les degrés de l'église de Saint-Pierre. Mais quand il fut à la porto d'Argent, le pape ne consentit à le laisser entrer que sur l'assurance du prince qu'il était venu avec des intentions droites et pour le bien de l'État. L'attitude du pape et la manière solennelle dont il le reçut, imposèrent au roi. Louis, qui avait dtyà reconnu le pape de fait, fut consacré par lui roi des Lombards (15 juin 844). Sergius ne voulut point consentir à ce que les principaux de la ville prêtassent au roi le serment de fidé-

LA VIK UV L KC.USF. KN Or.CinE.NT. ITo

lilé, car l'empereur avait seul le droit de l'exiger. L'armée franque put alors camper hors de l'enceinte de la ville, mais non à l'intérieur.

Baronius, an. 829, n. 8; Papencordt, p. 157 et seq.; Reiiinont, H, p. 194-196; Sergii Vita et Ep., Mansi, XIV, 799 et seq.; Migne, t. CVI, p. 341 et seq.; Prudent. Trecens., an. 8i4, p. 440 : « Romam dirigit (Loth.) acturus, ne deinceps décadente Apostolico quisquani illic prœter suani jussionem missorumque suoruni preesentiam ordinetur antisles. )i Phillips, loc. cit., p. 777; Papencordt, p. 138 et suiv,; Reuniont, H. p. 196 et suiv.

Le Pape Léon IV.

9. L'Italie continuait d'être menacée du côté des Sarrasins. Poursuivis par eux, les Bénéventins arrivèrent à Rome avec leur duc Siconulfe, pour demander à Louis de renouveler les liens de vasselage qui les rattachaient à lui, afin qu'il les protégeât contre leurs ennemis. Ils saluèrent aussi le pape. Louis se rendit ensuite à Pavie, sans avoir porté secours à l'Italie du Sud. Les Sarrasins traversèrent Porto et s'avancèrent contre Piome. Saiule-Rufine fut livrée aux flammeS;, et les églises de Saint- Pierre et de Saint-Paul furent pillées par différents détachements de l'armée. Ces actes de violence durèrent jusqu'à l'arrivée des troupes que le pape avait appelées de Spolète. Une partie se rendit à Civita-Vecchia, une autre à Fondi et à Gaëte, où elles se fortifièrent. Une armée franco-italienne fut battue et se réfugia dans Rome. Sergius II mourut le 27 janvier 84.7. C'est à lui qu'on doit la restauration , devant Latran , du saint escalier à dix-huit degrés.

L'unanimité des voix se porta sur Léon IV, cardinal-prêtre des « Quatre-Couronnés » ; mais ce ne fut pas sans inquiétude qu'on procéda à sa consécration, car on redoutait les violences de Lothaire, et on n'osait pas l'ajourner, à cause des périls dont on était menacé du côté des Sarrasins. On déclara solennellement à cette occasion qu'on était prêt à rendre en toutes choses honneur et fidélité à l'empereur, après Dieu. Léon IV (847- 855) vécut en bonne intelligence avec Lothaire. En 850, il couronna empereur son fils Louis II, et conclut avec les deux empereurs un traité, en vertu duquel l'élection et la consécration du pape ne se feraient que .selon les prescriptions canoniques. Le pape

déploya une activité infatigable : il fit réparer les murs de Rome, enferma dans l'enceinte de la ville l'église de Saint-Pierre et le territoire environnant, releva plusieurs forteresses autour de Rome, commença contre les Sarrasins, de concert avec Naples, Amalfi et Gaëte, une guerre sur mer, qui se termina par une grande victoire, et il restaura plusieurs villes des États de l'Église tombées en ruine. En 850 et 853, il célébra à Rome deux conciles, où il renouvela d'anciens canons^ excommunia et déposa Anastase, cardinal-prêtre de Saint-Marcel, qui avait quitté Rome depuis cinq ans et demeurait dans le diocèse d'Aquilée, après avoir été averti par le pape à diverses reprises.

Dans le patriarcat de Byzance, qui continuait de prétendre à la juridiction sur la partie grecque de la Sicile, plusieurs évêques déposés par le patriarche pour cause d'insoumission et de schisme s'adressèrent à Léon IV, notamment Grégoire, archevêque de Syracuse. Léon demanda d'abord au patriarche d'envoyer à Rome les actes du procès et les motifs de son jugement, et il essaya, dans l'intérêt de la basse Italie écrasée par les Sarrasins, de contracter une étroite alliance avec la cour grecque. En 855, Daniel, le maître de la milice, alla jusqu'à accuser son collègue (Jratien de chercher à attirer les Grecs et à supprimer la domination des Francs en Italie. A cette nouvelle, l'empereur Louis accourut pour juger le démêlé de concert avec le pape. Daniel ne put prouver son accusation ; l'empereur intervint pour qu'il ne fût pas puni, puis il sortit de Rome. En ce tempslà le jeune Alfred, futur roi d'Angleterre, se rendit à Rome avec son père Éthelwolf, pour y recevoir l'onction des mains du pape. Le jeune prince, qui devait rendre à son pays de si éminents services, emporta de Rome des impressions ineffaçables. Léon IV, après un règne rempli de bonnes œuvres, mourut le 17 juillet 855.

Vita Leon. IV, Mansi, XIV, 853 et seq.; Migne, t. CXV, p. 629 et seq.; Papencordt, p. 159-162; Reumont, II, p. 198-202. Conciles: Mansi, loc. cit., p. 943, 997, 1026; Héfelé, IV, p. 170, 177. La plupart tiennent le c. XXXI et le c. lxiii pour authentiques (Phillips, V, p. 778); il est douteux si le canon xu, C. II, q. 7, est de Léon IV. Sur l'appellation de Grégoire de Syracuse, Joffe, Reg., n. 1991, p. 233 et seq.; Stylian. ep. et Nicol. I ep. XI ; Mansi, XVI, 428; XV, 263; Gfrœrer. op. cit., I, p. 286-288.

LA VIE DE l'ÉGMSE EN OCCIDENT. 177

Benoît III.

10. Que Léon IV ait eu pour successeur la « papesse Jeanne», c'est là une fable depuis longtemps réduite à néant. La vérité est que le siège pontifical fut sérieuseinant disputé, et qu'il échut enfin à Benoît III, cardinal de Saint-Calixte, qui ne l'accepta que malgré lui. Nicolas, évoque d'Anagni, et Mercurius, maître de la milice, étaient chargés de faire aux deux empereurs un rapport sur l'élection. Mais un parti se prononça pour Anastase, le cardinal déposé, et gagna, par l'entremise de son chef Arsène, évêque d'Eugubie, les délégués envoyés aux deux empereurs : ces délégués agirent alors contrairement à leurs instructions, et déterminèrent l'empereur Louis à envoyer en ambassade les deux comtes Adalbert et Bernard. Les partisans de l'antipape, notamment les évèques Hodoald de Porto et Agathon do Todi, allèrent à leur rencontre jusqu'à liorta. Les ambassadeurs entrèrent à Rome avec Anastase, qui n'était que l'instrument de la politique impériale. Anastase fit détruire plusieurs images dans l'égUsc de Saint-Pierre, entre autres un tableau qui représentait le concile tenu contre lui par Léon IV; il pénétra aussi dans le palais de'Latran (22 sept. 855), dépouilla Benoît de ses habits pontificaux, et le mit sous la garde de deux prêtres déposés pour leurs crimes.

Cependant la fermeté du clergé et du peuple, qui voyaient la liberté de l'Église romaine si gravement compromise et qui étaient convaincus de la légitimité de l'élection, déterminèrent enfin les envoyés impériaux à reconnaître Benoît III et à expulser de Latran l'usurpateur. Benoît fut consacré le 29 septembre en présence des envoyés des empereurs ; il pardonna aux insurgés et admit à la communion laïque Anastase, depuis longtemps anathématisé. L'empereur Lothaire mourut peu de temps après, et ses fils se partagèrent ses domaines conformément à ses dernières dispositions : l'empereur Louis II eut l'Italie; Lothaire II, le pays situé entre le Rhin, l'Escaut et la Meuse (il reçut de lui le nom de Lorraine) ; Charles, la Provence.

Le pape Benoît ne se prononça point définitivement sur l'affaire de Grégoire de Syracuse, représenté à Rome par Zacharie, évoque de Toarmine, bien qu'il le reconnût comme ni, — msT. DE l'église. 12

suspens, lui et ses partisans, et que le patriarche de Byzance l'invitât à confirmer son jugement. Il voulait auparavant prendre une connaissance exacte des actes de l'enquête, qui se faisaient toujours attendre. Le moine Lazare allait être envoyé à Rome avec des lettres de l'empereur, lorsqu'un revirement soudain se produisit dans la politique et amena la chute du patriarche. Benoît donna son approbation à un concile tenu en 853, sous son prédécesseur, en faveur d'Hincmar de Reims, nommé (845) en remplacement d'Ebbon, tout en réservant l'autorité du Saint-Siège et supposé que l'état des choses fût tel qu'on l'avait dépeint : cette supposition ne fut pas vérifiée par l'événement. Benoît m, constamment assisté de son diacre Nicolas, homme habile et expérimenté, mourut le 8 avril 858, et eut pour successeur ce même diacre, qui a mérité le surnom de grand par sa justice incorruptible, sa haute sagesse et son incomparable vigueur*.

La Papesse Jeanne^.

La papesse Jeanne n'a point encore perdu son intérêt comme phénomène dans le domaine de la critique historique. En 1843 et 1845 encore, doux ouvrages en sens contraire nous sont venus des Pays-Bas sur ce sujet.

Sans doute, il serait diflicile de soutenir sérieusement l'existence de la papesse ; mais tout n'est pas réiSolu quand on a relégué cette aventurc dans le domaine de la fable : on se demande quelle est l'origine de ci'lto tradition.

Luden essaie de lui donner un air de vraisemblance. Comment, dit-il, aurait-on pu avoir eu l'idée de concevoir un si grossier mensonge? Ajoutons que, parmi les 50 auteurs qui en parlent, aucun n'est

' Au commencement du ponlificat de Benoît III, Élhelwolf, roi des Anglais, étant allé à Rome par dévotion, rendit son royaume tributaire du Saint-Siège, soit en augmentant l'imposition que le roi Inas, l'un de ses prédécesseurs, avait déjà faite, soit en retendant sur quelques nouvelles provinces qu'il avait ajoutées à son domaine. « Qui ex suis possessionibus triginta denariorum vectigal in singulos annos caperent, aut plures domos haberent, pro iis quas babitareut singuli singulos denarios quolannis romano pontillci ad diem festum apostolorum Pétri et Pauli, vel summum ad vincula Pétri solverent. » (Polyd. Virgil., vid. Auctorcs anglic, apud Pagi, in Baron.) 11 rétablit aussi dans la ville l'école des Anglais, qui, quelques années auparavant, avait été presque entièrement brûlée. (Asserus, in Alfredi Viki.)

* Nous résumons ici le travail publié en 1863 par le docteur Dœllinger, sous ce titre : die Papsl-Fabeln. (Note du trad.J

LA VIE DE l'église EN OCCIDENT. 179

ennemi de la papauté : ce sont des ecclésiastiques, des moines, etc.

Luden prétend que cette histoire est accréditée dès le onzième siècle ; il eût été plus vrai de dire dès le milieu du quatorzième. La Nouvelle Biographie générale, de Varis, assure que cette croyance a régné dans le monde chrétien depuis le neuvième siècle jusqu'après la Renaissance.

Jetons un coup d'oeil sur les explications qu'on a essayées. Selon Baronius, la fable de la papesse serait une satire de l'indolence et de la faiblesse de Jean VIII, surtout dans l'affaire de Photius. D'autres appliquent cette satire au gouvernement de Rome par les femmes Théodora etMarosia : ce serait alors au dixième siècle, et non au neuvième. Secchi, jésuite de Rome, ne voit là qu'une calomnie inventée par les Grecs : chose inadmissible. Le premier Grec qui en ait parlé est du quatorzième siècle, etc., etc.

Somme toute, les explications viennent échouer devant cette circonstance : l'histoire de la papesse a surgi dans une époque où la mémoire des événements survenus au neuvième et au dixième siècle s'était depuis longtemps obscurcie. Malgré tous les travaux historiques entrepris de nos jours, on n'a rien découvert qui remonte au delà du treizième siècle.

C'est dans le livre des Sept Dons du Saint-Esprit, par le dominicain Etienne de Borbone, vers le milieu du treizième siècle, que parut pour la première fois la notice sur la papesee Jeanne ; il prétend l'avoir trouvée dans une chronique. Parmi les chroniqueurs qu'il cite se trouvent le cardinal Romain et le dominicain Jean de Mailly.

L'un des principaux moyens qui servirent à propager la fable de la papesse fut la Chronique de Martin le Polonais, dont l'influence a été considérable. Wattenbach assure qu'il était presque le seul maître d'histoire dans l'univers catholique. Tout se réunissait pour donner du crédit à sa Chronique des impes. Martin, de l'ordre des frères-prêcheurs, fut longtemps chapelain et pénitencier du pape :de là vient qu'on s'est presque toujours borné à copier sa Chronique. Cependant l'histoire de la papesse ne se trouve point dans les plus anciens manuscrits de cet auteur.

Son intercalation eut lieu de 1228 à 1312. Tolomeo da Lucca, compilateur exact, ne connaissait pas, en dehors de la Chronique de Martin, d'autre écrit où la papesse fût mentionnée.

Cette fable a été également insérée dans quelques manuscrits du livre d'Anastase, le plus ancien recueil de biographies papales. Dans quelques exemplaires, elle se trouve soit à la marge, soit au bas de la page.

La supposition qui paraît la plus naturelle, c'est que la papesse a passé du livre de Martin le Polonais dans les manuscrits d'Anastase qui la contiennent et qui sont de plus fraîche date. Cependant je soup-

çonne aussi qu'elle a été ajoutée d'abord à la fin d'un des exemplaires des bibliographies papales qui portent le nom d'Anastase. On a remarqué en effet que, dans ce recueil, la vie de Benoît III n'est pas du même auteur que les biographies précédentes, entre autres celle de Léon IV.

Enfin, il est possible que la notice de la papesse ait été ajoutée plus tard et ait passé de là dans les manuscrits de Martin le Polonais.

Léon IV étant mort le 17 juillet 855, Benoit III lui succéda et fut sacré le 29 septembre de la même année.

Or je trouve dans Martin même deux raisons de marquer ici la place de la papesse. Martin n'ayant pas su remplir les huit lignes qu'il devait consacrer au pontificat de Léon, les premières lignes de la page qui contenait la seconde moitié du neuvième siècle sont restées vides ; l'intercalation était donc facile. L'invraisemblance qu'une femme fût arrivée à la plus haute dignité d'une voix unanime est expliquée dans l'anecdote par l'étendue de ses connaissances.

Un des premiers qui emprunta l'histoire de la papesse au livre interpolé de Martin le Polonais, c'est Geoffroi de Gourion, bénédictin de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens, dont la Chronique s'étend jusqu'à l'année 1295. Puis est venu le dominicain Bernard Guidonis, qui, dans ses Fleurs des chroniques (1311) et dans son Histoire des papes, a inséré la papesse sous le titre Jean le Teuton (et non l'Anglais), natif de Mayence, et a reproduit toute la fable d'après l'autorité de Martin le Polonais.

Dans le même temps, un autre dominicain, Léon d'Orviéto, l'introduisit dans sa Chronique des papes et des empereurs, qui va jusqu'à Clément V. Ils ont été suivis, dans la première moitié du quatorzième siècle, par le dominicain Jean de Paris, par Siflrid de Misnie ; par le franciscain Occani, qui meta profit l'histoire de la papesse dans sa polémique contre Jean XXII; par le Grec Barlaam, par le bénédictin Ranulph Hidgen , par l'auguslin Amalric Augeri , par Boccace et Pétrarque. [Chronica délie vite de' Pontifici, Venct., 1507.)

Dans une Chronique des papes d'Aimery du Pcyrat, abbé de Moissac, composée en 1399, Jean l'Anglais figure sur la liste des pontifes romains avec cette remarque : Quelques-uns disent que ce pape était une femme.

Cette aventure, on le pense bien, était considérée comme une injure sanglante pour le Saint-Siège et pour l'Église. La papesse avait régné deux ans et demi; elle avait rempli un grand nombre de fonctions non valides, sans parler de l'ignominie d'un enfantement sur la place publique. Quels sarcasmes celte histoire ne devait-elle pas provoquer chez les mahomélans ! Déjà vers la fin du treizième siècle, ou au commencement du (inatorzième, Geoffroi de Gourion relatait cette histoire en l'intitulant : Deceptio Ecclesix romans^.

LA VIE iJE l'Église en occident. 181

«Johanne la Papesse fist un grand esclandre à la Papalité, » écrivait Jean le Maire en löH.

Or, si l'on réfléchit qu'en 1312, au dire de Tolomeo da Lucca, cette anecdote ne se trouvait encore nulle part, excepté dans quelques exemplaires de Martin le Polonais ; qu'il existait déjà un nombre considérable de catalogues des papes où il n'y avait aucun vestige de la papesse, on sera surpris du zèle qu'on mit tout à coup, à la fin du treizième siècle, pour donner à cette fable une valeur historique. Les auteurs de YHistoire littéraire de la France ont bien raison de dire : « Nous ne saurions nous expliquer comment il se fait que ce soit précisément dans les rangs de cette fidèle milice du Saint-Siège que se rencontrent les propagateurs les plus naïfs, et peut-être les inventeurs d'une histoire si injurieuse à la papauté. » Ce furent en effet les dominicains et les franciscains surtout, du reste si dévoués au Saint-Siège, qui accréditèrent cette histoire. Ce furent eux, les premiers notamment, qui, en multipliant les exemplaires de Martin le Polonais, la divulguèrent partout. Cette énigme s'explique par le cai'actère de l'époque. C'était du temps de Boniface VIII, peu sympathique à ces deux ordres mécontents de sa politique. On le reconnaît aux appréciations peu favorables que les historiens de l'ordre des dominicains ont porté sur lui, et à l'attitude qu'ils prirent quand éclata la querelle de ce pape avec Philippe le Bel.

An quinzième siècle, c'est à peine si quelque doute subsiste encore sur l'histoire de Jeanne. Au commencement de ce même siècle, dans la cathédrale de Sienne, son buste fut placé dans la série des autres papes, sans que personne s'en offusquât. Plus tard, l'Église de Sienne donna encore trois chefs à l'Église: Pie II, Pie III, Marcel II. Aucun d'eux ne songea à écarter ce scandale. Deux siècles s'écoulèrent encore, et, sur les instances de Clément VIII, Jeanne fut transformée en pape Zacharie. Au concile de Constance, Huss cita à l'appui de sa doctrine l'exemple d'Agnès, devenue la papesse Jeanne : personne ne le contredit. Il voulait prouver que l'Église pouvait très bien se passer de pape pendant longtemps, puisqu'elle n'en avait point eu de véritable sous le règne d'Agnès, qui dura deux ans et demi. Dans son ouvrage de l'Église, Huss revient également volontiers à la papesse, « qui s'appelait Agnès et fut sui'nommée Jean l'Anglais ». Le chancelier Gerson luimême rappela l'anecdote d'un pape féminin, pour démontrer que l'Église peut se tromper sur une question de fait. De son côté, le franciscain Jean de Rocha, dans un traité rédigé au concile de Constance, faisait ressortir, par l'histoire de Jean de Mayence, ainsi qu'il l'appelait, combien il est dangereux de subordonner le devoir de l'obéissance ecclésiastique aux qualités personnelles du pape.

Le fait est donc admis désormais sans contestation, et les théolo-

giens ne songent plus qu'à en tirer parti et à construire sur cette hypothèse leurs théories de l'Église et de l'autorité du souverain pontife. Cependant ^Enéas Sylvias, qui devint pape sous le nom de Pie II, avait encore répondu aux Taborites qlie « cette histoire n'était rien moins que certaine ». Par contre, son contemporain le cardinal Torrecremata, le plus grand apologiste de l'autorité pontificale, admet comme notoire qu'une femme a été jadis tenue pour pape par tous les catholiques, et voici la conclusion qu'il en tire : Dieu ayant permis cela sans néanmoins que la constitution de l'Église en ait été bouleversée, il pourrait se faire aussi qu'un hérétique ou un infidèle fût regardé comme pape : un tel événement, comparé à celui d'un pape féminin, offrirait encore moins de difficultés, {Summa de Ecclesia, éd. Venet., p. 394.)

Saint Antonin, qui vivait comme Torrecremata au milieu du quinzième siècle et appartenait aussi à l'ordre des dominicains, rapporte à ce propos les paroles de l'Apôtre sur la profondeur impénétrable des desseins de Uiou, et pense que même à cette époque l'Éghse n'a pas été sans chef, puisqu'elle a eu Jésus-Christ; il est d'avis cependant que les évêques et les prêtres ordonnés par la papesse auraient dû être ordonnés de nouveau. L'ordre des dominicains, dont les membres eurent la plus grande part à la publicité de cette fable, possédait dans sa forte organisation et dans ses nombreuses bibliothèques tous les moyens de découvrir la vérité. Il eut suffi que le général de l'ordre ordonnât d'examiner et de collationner une bonne fois les exemplaires de Martin le Polonais et les anciens catalogues des papes, qui existaient en si grand nombre dans les monastères de l'ordre.

Martin le Franc, prévôt de Lausanne vers 1450, puis secrétaire de Félix V et de Nicolas V, a longuement célébré la papesse dans son grand poème français intitulé : le Champion des Dames. 11 s'étonne d'abord qu'une telle chose ait pu avoir lieu :

Comment endura Dieu, comment Que femme ribauldo et prestressc Eut l'Église en gouvernement ?

11 ne serait pas étonné si, pendant que cette femme gouvernait le monde. Dieu fût descendu sur la terre pour y prononcer le dernier jugement. Mais bientôt l'apologiste reparaît, cl il continue :

Or laissons les péchés, disans, Qu'elle étoil clergesse lettrée.

Quand devant les plus souffisanls De Rome eut l'issue et l'entrée.

Encore le peut être montrée Mainte Préface que dicta,

LA VIE DK l'église EN OCCIDENT. 183

Bien et saintement accoustrée Où en la foy point n'hésita.

(Ap. Oudin, Comm. de Script. eccL, III, 2466.)

On était arrivé dans la seconde moitié du quinzième siècle, quand les Grecs s'emparèrent de cette affaire. Quelle bonne fortune un semblable événement n'ciit pas été pour un Cérulaire et pour les ennemis que le Saint-Siège comptait à Constantinoplc ! Heureusement, personne n'en avait encore parlé avant que Chalcocondylas vînt, dans l'Histoire de son temps, rappeler la prétendue épreuve du sexe et rappeler incidemment la fable de la papesse. Une telle aventure, dit-il, n'a pu se passer que chez les Occidentaux, attendu qu'ils ne laissent l»as croître leur barbe. Puis il ajoute ce trait dramatique, que l'enfant parut justement pendant que la papesse célébrait l'office solennel, et fut vu par toute l'assemblée du peuple.

Au quinzième et au seizième siècle, si nous en croyons le Romain Cancellieri, la nouvelle de la papesse circulait librement dans toutes les chroniques copiées et rédigées en Italie, et cela sous les yeux mêmes des papes. Elle se trouve dans la Chronique italienne des papes, de Ricobaldo, que Philippe de Lignamine dédia à Sixte IV en l474j dans l'Histoire des papes, par Stella, prêtre vénitien. Longtemps après, en lois et IödO, elle figurait encore dans les nombreuses éditions romaines des Mirabilia urbis Romx, sorte de guide à l'usage des pèlerins et des étrangers. Dans quelques éditions anciennes, ce guide de l'étranger est intitulé : Indulgences des églises de la ville de Rome. Toutes ces éditions rapportent l'aventure de la papesse.

Félix Ilcmmerlin, Tritheim, Nauclerus, Albert Krantz, Coccius Sabcllicus, Raphaël de Volterra, Pic de la Mirandole, l'augustin Foresti de Bergame, le cardinal Dominique Jacobazzi, Adrien d'Utrecht, qui fut ensuite le pape Adrien VI, — des Français, des Italiens, des Allemands, des Espagnols, tous ont invoqué l'histoire de la papesse et l'ont mêlée à leurs thèses de théologie. D'autres, tels que Cornélius Agrippa, se sont réjouis de voir l'opinion des canonistes sur l'infaillibilité de l'Église si éloquemment réfutée par l'imposture d'une femme papesse, qui, pendant un règne de deux ans et demi, aurait ordonné des prêtres, consacré des évêques, rempli en un mot toutes les autres fonctions papales, sans cependant que l'Église eût tenu ces actes pour invalides. Jean, évoque de Chiemsée, va jusqu'à citer l'anecdote d'Agnès pour prouver que les papes étaient parfois sous l'influence de l'esprit malin.

Analysons maintenant cette histoire, afin d'en bien constater l'origine et les développements successifs.

Dans le principe, la papesse n'avait point do nom. Les prcmieis documents, soit dans Etienne de Dorbone, soit dans la Compilation chronologique, ne connaissent pas le nom de Jeanne. Dans la Compila-

18i HISTOIRL DE j/ÉGUSE.

tion, il est dit c qu'il y eut un autre faux pape, dont on ignorait le nom et les années du règne, attendu que c'était une femme. » Sun nom de fille ne fut découvert que plus tard, vers la fin du quatorzième siècle. Elle se nommait Agnès, et c'est sous ce nom que Huss en fit un personnage important ; d'autres l'appelaient Gilberte. Une fois pape, on lui eut bientôt trouvé un nom : on prit celui de Jean, qui est le plus usité.

Il en est de même du temps où Jeanne aurait vécu : la tradition populaire ne s'en occupait pas. Cependant le premier auteur qui la mentionne indique une époque précise : c'était vers HOO, dit Etienne de Borbone. Ainsi, chose remarquable, il la place précisément à l'époque où l'usage des sièges percés, lors de l'intronisation des papes, est relaté pour la première fois. Plus tard, on lui assigna communément l'année 855. Etienne de Borbone ne parle encore ni de l'Angleterre, ni de Mayence, ni d'Athènes; Jeanne n'est point encore un savant illustre, un professeur distingué, mais seulement écrivain habile, ou concipistinc ; et c'est pourquoi elle devient notaire de la cui'ie, puis cardinal et pape. Un siècle après, tout cela se développe sous la plume capricieuse d'Amalric Augéri. Grâce à des études sérieuses faites k Athènes, Jeanne devient extrêmement subtile. Elle entend parler de la situation de Rome et de sa renommée; elle s'y rend, devient non pas notaire, comme le veut Etienne, mais professeur; elle attire à elle des disciples illustres, mène une vie honorable, acquiert par sa conduite et par son savoir une réputation exceptionnelle, et est élue papo d'un concert imanimc. Le secrétaire du pape, Dietrich de Niem (vers 1 il 3) indique jusqu'i'i l'école où elle 'enseignait : c'était celle des Grecs, dans laquelle saint Augustin avait lui-même enseigné. Elle persévère encore quelque temps dans sa vie pieuse et irréprochable; mais, plus tard, l'excès de la bonne chère engendrant la luxure, elle succombe à une tentation de Satan, qui lui apparaît sous la forme d'un de ses familiers.

Les diverses relations de cette catastrophe sont particulièrement curieuses; il en existe trois ou quatre versions. Selon la première, qui est d'Etienne do Horbonc, il paraîtrait que la papesse, devenue enceinte aussitôt après son élection, serait accouchée pendant qu'elle montait au palais do Latran. Après quoi, le tribunal romain l'aurait fait lier par les pieds aux pieds d'un cheval cl trahior par la ville, où elle aurait été lapidée par la foule. Etienne est le seul qui donne ces détails. La version ordinaire, celle qui a passé de Martin interpolé dans les écrivains postèiieurs, dit qu'après un règne paisible de plus de deux ans, Jeanne, étant accouchée dans la rue pendant une procession, mourut aussitôt après et fut enterrée sur le lieu même. Selon Boccacc, tout se passa assez tranquillement et sans aucun accident mortel. La pa-

LA VIE LIE l'Église en occident. 18o

pesse détrônée se borne à verser quelques krmes, puis se réfugie dans ]a vie privée. La manière dont Boccacc raconte cette historiette est vraiment étrange : à un esprit de sa trempe une telle aventure était une bonne aubaine. Cependant, dans son Zibaldone, écrit vers 13Ö0, et qui contient une courte chronique des papes, que, de son propre aveu, il a empruntée tout entière à la Chronique de Martin, il ne dit l'ien de la papesse, sans doute parce qu'il ne l'a pas trouvée dans son manuscrit de Martin le Polonais. II l'a au contraire introduite dans deux écrits postérieurs : l'un, de Casibus virorum et feminarum illustrium; l'autre, de Muiieribus cîaris, et avec des couleurs telles qu'on peut en attendre de l'auteur du Décaméron. Sa narration toutefois diffère essentiellement de celle de Martin telle qu'on la trouve communément; et comme elle ne s'accorde d'ailleurs avec aucune version connue, il est probable que Boccace l'avait puisée dans la tradition populaire, où elle devait naturellement revêtir les formes les plus diverses. Boccace sait exactement la durée de son pontificat : deux ans, sept mois et quelques jours. Mais il ignore son nom primitif.

Les autres témoins du quatorzième siècle n'ont fait que copier, en changeant à peine quelques mots, les passages interpolés de Martin le Polonais. Par contre, ÏEidogium historianim, écrit par un moine de Malmesbury en 1366, et récemment publié, reproduit l'anecdote sous une forme particulière qu'on ne voit nulle part ailleurs. Née à Mayence, la jeune QUe aurait été confiée par ses parents ä des maîtres chargés de l'instruire dans les sciences ; s'étant éprise d'amour pour l'un d'eux, personnage instruit, elle se serait déguisée en homme, et serait partie avec lui pour la ville éternelle. Là, comme elle surpasse tout le monde par ses connaissances, elle est nommée cardinal par le pape. Devenue pape à son tour, elle accouche d'un enfant pendant une procession, et est simplement déposée. Ce récit, on le voit, se rapprocherait assez de celui de Boccace. Il n'y est pas question d'un voyage à Athènes.

La catastrophe est plus longuement décrite dans une chronique manuscrite des abbés de Kempten, dont voici un extrait : « Ce pape Jean, qui était une femme et qui plus tard allait avec un enfant, reçut la visite du malin esprit, qui lui dit : 0 toi, pape, qui devrais être ici un père parmi tous les autres pères, tu montreras par ton enfantement que lu es une papesse : c'est pourquoi je te vais prendre avec moi corps et âme, et t'introduire eu ma compagnie. »

Cependant on chercha un parti plus conciliant : on lui proposa, dans une révélation ou par l'entremise d'un ange, d'être déshonorée sur la terre ou de subir la damnation éternelle. Elle choisit le premier parti; de là son accouchement et sa mort sur la place publique. (Urbis Romse Mirabilia, souvent réimprimés à Rome au quinzième et au seizième siècle.)

1^6 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

Une fois adoptée, la fable de la papesse servit de thème à une multitude d'autres. Jeanne, disait-on, avait été élevée à la papauté par la protection spéciale de Satan, et avait écrit un livre sur la nécromancie. (Tiraquell., de Leg. matrim., Basil., eà. Iö61, p. 298.) Autrefois, disait-on encore, les missels avaient un plus grand nombre de préfaces que maintenant ; leur diminution, dont on ignorait l'auteur et la cause, trouva dans la suite son explication naturelle : celles qui avaient été supprimées émanaient de la papesse. (Manuscrit d'Oxford, de Martin le Polonais. Ap. Maresium, Johanna papissa restit.,i). 17. V. Martin le Franc.) — Comment expliquer l'origine de cette fable ?

Quatre causes ont contribue. à la faire naître et à lui donner les formes diverses qu'elle a revêtues : l'usage des sièges percés lors de l'intronisation d'un nouveau pape; une pierre chargée d'une inscription et qui a été prise pour un monument funèbre ; une statue trouvée en ce même lieu, dans un costume qu'on a cru être celui d'une femme; et enlin l'habitude, dans les processions, de faire un détour pour éviter de passer dans une rue.

11 y avait dans une rue de Rome deux objets que l'esprit rapprochait tout naturellement : une statue ayant la figure d'un enfant ou d'un petit garçon, et une pierre monumentale surmontée d'une inscription, outre ce fait particulier que, dans les processions solennelles, on ne passait pas dans cette rue. La statue, dit-on, avait plutôt les traits d'un homme que ceux d'une femme. (Mais on n'a point de renseignements précis à cet égard. Sixte V ayant fait enlever la statue.) Elle portait une branche de palmier, et l'on croit qu'elle représentait un prêtre accompagné d'un servant de messe, ou quelque divinité païenne. Cependant l'ensemble du costume et la présence du jeune garçon éveillèrent dans le peuple l'idée que c'était une mère avec son enfant. Et c'est ainsi qu'on expliqua la statue par l'inscription et l'inscription par la statue. Le siège percé et le soin qu'on prenait d'éviter la rue, confirmèrent cette hypothèse. Ce n'est pas au quinzième siècle, comme on l'a soutenu, que cette statue fut mentionnée pour la première fois par Dietrich de Niem : Maerlant en avait déjà parlé vers 1283, c'est-àdire dans le temps où l'anecdote commençait à se propager.

Mais bientôt la fable trouva d'autres points d'appui. L'inscription mystérieuse de la pierre monumentale cessa tout à coup d'être une énigme pour les Romains, qui y virent une allusion manifeste à la papesse et à la catastrophe de l'accouchement. — La pierre avait été posée là par un de ces prêtres de Mithras qui portent le nom de père des pércs, en mémoire sans doute de quelque sacrifice solennel : car depuis le troisième siècle le culte de Mithras était particulièrement répandu chez les Romains; son culte fut interdit et sa grotte détruite on 378.

LA viü DE l'Église en occident. i87

Déjà Etienne de Borbone mentionne la pierre et son inscription comme le monument funèbre de la papesse. Suivant lui, l'inscription devait être conçue ainsi :

Parce Pater Palrum papissœ prodere partum.

Cette citation n'est certainement pas textuelle; mais il est probable qu'il y avait ceci : Pap. ou Parc Pater Patnim, puis P. P. P., c'est-àdire : p'opi'ia pccimia posuit.

Le titra de Pater Patrum se lit souvent sur des monuments consacrés aux prôtres des mystères de Mithras, Dans le cas présent, il est probable que ce prêtre s'appelait Papirius, et quant au reste de l'inscription, il se peut très bien qu'il ait été illisible. (Voir dans Orelli plusieurs inscriptions avec l'abréviation P. a P.)

Tout le secret consistait donc à expliquer le sens de ces trois P. En lisant ainsi :

Parce Pater Patrum papissae prodere partum, comme le veut Etienne de Borbone; ou, selon d'autres:

Papa Pater Patrum papissœ pandito partum ; ou mieux encore :

Papa Pater Patrum peperit papissa papellum.

Le problème était résolu, la légende qui se rattachait à la statue cl au siège percé était coniirmée, et il restait démontré que la pierre était le monument funèbre de l'infortunée papesse. Aussi le plus ancien témoin, Etienne de Borbone, dit expressément « qu'elle fut enterrée là où elle était morte, et que le vers précédent fut gravé sur sa tombe ». (Ap. Echard, l c, p. 568.)

Cependant, pour un monument funèbre, ce vers paraissait un peu étrange, surtout dans sa seconde forme. On se dit qu'il devait y avoir là quelque lacune, et on chercha à la combler. Satan, poursuivit-on, qui savait naturellement le mystère de la papesse, lui avait récité ce vers en plein consistoire. C'est la version de la Chronique de Saint-Gilles (ap, Leibnitz SS. Brunsvic, III, 380.) Dans la Chronique d'Engelhusius (ap. Leibn., Il, 1065), le démon prononce ce vers dans les espaces au moment où la papesse accouche pendant une procession.

On ne fut point encore satisfait, Embelhssant de plus en plus la prétendue inscription tumulairc,on assura que, la papesse ayant demandé à un possédé qu'elle exorcisait, quand l'esprit impur le quitterait, le démon lui aurait répondu ironiquement :

Papa Palcr Patrum papissœ pandito parlum,

El tibi tune edam (dicam) de corpore quando recedam.

C'est ce qu'on lit, entre autres, dans la Chronique d'Hermann Gygas,

p. 9i. Plus d'une inscriplion incompréhensible a été ainsi dénaturée et a donné lieu à quelque légende. Les chroniqueurs postérieurs à Bède nous apprennent qu'on avait trouvé à Rome une inscription composée des six lettres

Ces lettres, d'après les abréviations lapidaires d'ailleurs connues, pouvaient très bien se traduire par :

Ruderibus rejectis Rufus Festus fieri fecit.

Mais on crut y voir la prophétie d'une ancienne sibylle sur la ruine de Rome, et l'on en tira le vers suivant :

Roma Ruet Romuli Ferro Flammaquo Fameque.

Si les inscriptions lapidaires occupaient surtout les ecclésiastiques et les laïques cultivés, les deux sièges qu'on voyait constamment sur la place publique, et sur lesquels allait s'asseoir tout pape nouvellement élu, mirent principalement en éveil l'imagination de la foule.

Depuis Pascal II, en 1099, on rapporte qu'il était d'usage que tout nouveau pape allât, pendant la procession solennelle de Latran, s'asseoir sur deux vieux sièges percés, qu'on appelait porphyres, à cause de la couleur rosâtre de la pierre. Il est probable que ces deux pierres, qui dataient de l'ancienne Rome, s'étaient trouvées autrefois dans quelques bains publics, et avaient été ensuite transportées dans l'oratoire de Saint-Sylvestre, près de Latran. (Montfaucon, Diar.ital., p. 137.) Le pape s'asseyait d'abord sur le siège à droite, et on lui mettait une ceinture à laquelle étaient suspendus sept clés et sept sceaux. Asccndcns palatium, ad duas rurules devenu. Ili» balthco succingitur, cum Septem ex eo pcndcntibiis clavibus scptcmrjue sigillis. — Et locatus in iitris- (jice curulibus data sibi feriila m manu, etc. (Ap. Murator., SS. Ital., P. m, p. I, p. 354.) En même temps on lui mettait en main un bâton, qu'il remettait, ainsi que les clefs, au prieur de Saint-Laurent, en s'asseyant sur le siège à gauche ; puis on le revêtait d'un ornement, imité de l'éphod des grands prêtres juifs. Cette cérémonie symbolisait la prise de possession.

C'était donc par un pur effet du hasard que ces deux sièges en pierre se trouvaient percés. On les avait choisis à cause de leur forme antique et de la beauté de leur couleur. Cependant la singularité même de celte forme devait attirer l'attention des étrangers. Qu'ils eussent autrefois servi dans des bains, personne ne le savait, au moyen âge surtout. On sut que le nouveau! pape s'asseyait là une seule fois dans sa vie, et que ce siège n'avait point d'autre destination. Le peuple, ignorant le sens symbolique de cet acte et des cérémonies qui l'accompagnaient, l'expliqua à sa façon. Ce siège est creux et percé, se dil-il, ahn qu'on

LA VIE DE l'Église en occident. 489

puisse s'assurer que le pape est véritablement un homme, après que le Saint-Siège avait été occupé jadis par une femme. Le champ une fois ouvert à l'imagination, l'erreur dont l'univers avait été victime et la catastrophe de la place publique se présentèrent tout naturellement à l'esprit du peuple. La légende aime les contrastes heurtés : il lui plaît de voir la plus haute dignité sacerdotale à côté de la plus honteuse prostitution.

C'est dans les Visions du dominicain Robert d'Uzès, mort à Metz eu 1290, qu'on trouve pour la première fois la légende du pape nouvellement élu allant s'asseoir sur un siège percé, afin qu'on puisse constater son sexe. (Hist. littéraire de la France, XX, 502.) Robert raconte en outre que, se trouvant à Orange en 1291, il fut transporté en esprit à Rome, au palais de Latran, devant ce siège de porphyre ubi dicitur probari papa an sit homo. (Lib. trium virorum et trium spirit. virginum, éd. Lefebvre, Paris, 1513, f. 25. )Enl40ö,Jacopo d'Agnolo di Scarperia, dans un écrit adressé au célèbre Grec Emmanuel Chrysoloras, où il raconte comme témoin oculaire l'intronisation de Grégoire Xll, présente la cbose comme une fable populaire absurde'. On a donc tort de dire, comme on l'a fait si souvent, que l'Anglais William Brevin, vers 1470, est le premier qui, dans son ouvrage de Septem principalibus Ecclesiis urbis Romx, ait parlé de la prétendue enquête opérée sur le pape.

Plus tard, chose vraiment étonnante, le Suédois Laurent Banck, décrivant en détail les solennités de l'exaltation d'Innocent X, assure de sang-froid que l'affaire se passe réellement ainsi, et que tout le but de la cérémonie est de constater si le pape est réellement un homme. [Roma triumphans, 1645.) Cancellieri lui a entièrement emprunté sa longue description. Cependant, à cette époque-là, l'usage des deux sièges de pierre, ainsi que d'autres cérémonies, avaient disparu depuis la mort de Léon X. Du reste, Banck ne dit pas qu'il ait assisté lui-même à la cérémonie, mais seulement qu'il a vu plusieurs fois le siège.

Ce que nous avons de plus fort nous vient de Giampietro Valeriano Bolzani, courtisan lettré de Léon X. Bolzani^ ne rougit pas, dans un discours adressé au cardinal de Médicis et imprimé à Rome avec privilège pontifical, de reproduire cette prétendue enquête en y mêlant de nouveaux détails apocryphes, et d'affirmer qu'elle se réitère sur chaque nouveau pape. La cérémonie, dit-il, a lieu en public dans les tribunes de l'.église de Latran, devant tout le peuple assemblé; le résultat est proclamé par un ecclésiastique et inséré au protocole.

' Juxta hoc (sacellum Sylvestri)) geminae sunt fixae sedes porphiretico incisas lapide, in quibus, quod perforatae sint, insanam loquitur vulgus fabulam, quod Pontifex altrectetur, an vir sit. (Ap. Cancellieri, p. 37?)

* Voir le long registre de ses bénéfices dans yiarmi, Archiutri vontifici. 1,291. ' '

190 HISTOIRE DE l'ÉGLISK.

La frivolité des auteurs italiens et l'insouciance des chefs ecclésiastiques contribuèrent de concert à répandre dans toutes les classes de la population une absurdité si préjudiciable à la dignité du Saint- Siège. Il n'y a guère d'exemple plus frappant de l'influence irrésistible qu'une tradition générale exerce sur les hommes. Chacun pouvait aisément s'assurer de ce qui se passait en interrogeant un cardinal ou un clerc présent à la cérémonie. Mais on ne s'informait point, ou l'on se figurait que la personne interrogée ne voulait pas avouer la vérité.

Une circonstance en soi insignifiante, mais qui trouvait son explication naturelle, vint corroborer la croyance générale. On remarqua que pendant les processions les papes ne passaient jamais dans une rue située entre Saint-Jean de Latran et le Vatican. L'exiguïté de la rue en était l'unique cause. Mais à Rome, où la fable de la papesse remuait déjà les têtes, on découvrit que cela se faisait en souvenir de la papesse accouchée dans cette rue. C'est ce que nous lisons dans la première version qui existe de cette fable dans Martin interpolé : Creditur omnino a quibmdam, quod ob detestationem facti hoc faciat. Dans les auteurs posléi'ieurs, ce point ne souffre plus le moindre doute : il est de notoriété publique.

Qu'un événement ou un objet quelconque frappe l'esprit du peuple et excite son imagination, cela suffit pour donner naissance à une légende ou à une explication légendaire. En voici quelques exemples :

La bigamie du comte de Gleichen joue un rôle considérable dans la littérature allemande, bien que plusieurs la révoquent en doute. En 1227, ce comte serait parti pour la Palestine avec le landgrave de Thuringe, et aurait été fait captif par les Sarrasins. Délivré par la fille du sultan, il l'aurait épousée en 1240 ou 1241, à la faveur d'une dispense accordée par Grégoire IX, quoique sa femme vécût encore. Les trois époux vécurent ensemble plusieurs années dans la plus parfaite concorde. On montra pendant longtemps le lit nuptial, phis large que de coutume, du comte et de ses deux femmes.

Rapportée pour la première fois en 1584, c'est-à-dire 350 ans après l'événement (Dresscri Rhetor., Lips., p. 76 et seq.), cette légende a été ensuite reproduite dans d'innombrables ouvrages. A partir du xvn^ siècle, elle est entrée dans la croyance populaire et on la trouve désormais dans toutes les histoires de la Thuringe, notamment dans Jovius, Sagitlarius, Olearius, Packenstein, etc. C'est encore une pierre tumulaire, représentant un chevalier et deux femmes, qui a donné lieu à cette légende. L'une d'elles est coiffée d'un bonnet parsemé d'étoiles. On ne montrait plus seulement l'emplacement du lit, mais encore un bijou que le pape avait donné à la Turque, un turban qui lui avait appartenu ; un chemin turc conduisant au château, puis une salle turque : tout cela à partir du dix-septième siècle seulement. Personne aupara-

LA VIE DE l'église EN OCCIDENT. 191

vant n'avait oui parler de l'histoire et des reliques. (Cf. Encyclop. de [lalle, t. LXIX, p. 292.)

On connaît aussi l'anecdote de Hatton, archevêque de Mayence, qui, pour se garantir des souris, avait fait bâtir une tour au milieu du Rhin, et fut néanmoins dévoré par elles. Ce fait, qui aurait dû se passer vers 970, est cité pour la première fois au commencement du quatorzième siècle, dans la Chronique de Siffrid; avant ce temps on n'en voit aucun vestige. Cette tour aux souris, qui était simplement un arsenal, ainsi que l'explique Bodmann (ap. Pistor., SS. Gcrman., I, 10), ne remonte pas au delà du commencement du treizième siècle. Ce conte, selon toute proDabilité, ne doit son origine qu'à la substitution, en allemand, du mot Mausthurm à celui de Mussthurm (arsenal). La légende d'un prince qui, pour se sauver des souris, se serait réfugié sur une tour au milieu de l'eau, existe dans plusieurs contrées. On la trouve en Bavière et dans l'histoire mythologique des premiers temps de la Pologne, dont le roi Popiel fut, ainsi que sa femme et ses deux fils, mangé par les souris dans une tour située sur le Goplosée,et qu'on nomme encore la tour des souris. (Rœpell, Hist. de Pologn., I, 74.)

Au haut du portail de l'église Saint-Étienne, à Vienne, on aperçoit un jeune homme qui cherche à appuyer son pied blessé sur un de ses genoux. Suivant la légende, cela signifie que Pilgram aurait, par jalousie, précipité de l'échafaudage son élève Puchsprunn, chargé de faire la seconde tour. (Hormayr, son histoire, Vienne, p. 26 et 27.)

La fable de la papesse fait partie de ces anecdotes locales, si nombreuses au moyen âge. Le trait suivant, qui s'est passé à Rome, aidera à en faire comprendre l'origine. La légende de la maison de Colonna, dont le prestige et la puissance agissaient fortement sur l'imagination du peuple, offre avec la fable de la papesse cette analogie, que c'est au moyen d'une statue avec une colonne pour armoiries qu'on a essayé d'en expliquer l'origine.

L'histoire de la papesse devrait paraître suffisamment expliquée. Deux circonstances cependant demandent encore des éclaircissements : la papesse , dit-on , était originaire de Mayence et avait étudié à Athènes.

Le premier récit qui parle de son lieu natal (dans Martin le Polonais mterpolé) renferme deux données contradictoires : elle serait à la fois native d'Angleterre et de Mayence : Johannus Anglus, natione Moguntinus. 11 existait probablement deux légendes, dont l'une faisait naître la papesse en Angleterre, et l'autre en Allemagne. La première s'explique par la coutume qu'avaient les femmes d'Angleterre de faire de fréquents pèlerinages à Rome ; déjà saint Boniface se plaignait de leurs mœurs équivoques. 11 se peut aussi que l'origine de cette fable coïncide avec la longue période des démêlés qui existèrent entre Inno-

cent III et le roi Jean, alors que l'Angleterre était regardée à Rome comme particulièrement hostile à la papauté. Car cette fable fut toujours considérée comme très injurieuse au Saint-Siège, dont elle affaiblissait le prestige ; et c'est ce que la légende voulait donner à ehtendre, en transformant la patrie de la papesse en un pays ennemi. La légende polonaise assigne au roi Popiel, qui, pour avoir manqué à ses oncles, avait été mangé par les souris, une princesse allemande pour femme, afin de faire peser la faute sur une étrangère. (Rœpell, Hist. de Polog., p. 77.)

Quant à la légende qui fait naître la papesse à Mayence, elle n'est pas difficile à expliquer. L'origine de ce conte coïncide avec une époque fameuse par ses grandes luttes entre la papauté et l'empire. Les Allemands faisaient avec leurs armées de fréquentes apparitions devant Rome, où ils pénétraient par force, emmenaient les papes en captivité ou les obligeaient à prendre la fuite. Toute espèce de mal vient de l'Aquilon, disait un proverbe romain. L'Allemagne n'avait point de capitale proprement dite, de résidence royale ou impériale attitrée. Mayence seule pouvait passer pour la plus importante ville de l'empire; elle était le siège du premier prince de l'empire, de la chancellerie.

Dans la sphère où se l'épandirent les légendes de Charlemagne, par conséquent en Italie aussi, l'aversion des Romains contre Mayence, cette métropole de l'Allemagne, se montre dans toute son énergie. Mayence y apparaît comme le foyer de la trahison ourdie par la ruse contre Charles et sa maison. Ganelon, l'architraitre, est comte de Mayence. Tous ses partisans et complices sont appelés Maga^izesi. Eux et Ganelon, c'est-à-dire les habitants de Mayence, représentent les traîtres usurpateurs de l'empire, lequel appartient de droit aux Romains. Telles sont les idées qui dominent encore dans le Morgante de Pulci et dans les chants de l'Arioste. Le Doon de Mayence est évidemment une réplique des Allemands ù l'adresse des Romains.

A Ganelon de Mayence, le premier traître qui jeta les bases de l'empire germanique en séparant l'empire austro-franc, la légende, qui se souvient de la querelle des Guelfes et des Gibelins, oppose un autre habitant de Mayence, Ghibcllo. Cette légende se trouve dans l'édition italienne du Pomarium de Riccobaldo de Ferrare, par Bojardo. (Ap. Muratori, SS. Ital., IX, 360, 57.) Le roi Conrad II (c'est de Conrad 111 qu'il s'agit) nomme Gibcllo de Mayence administrateur du royaume en Lombardie, contre Welfo, établi par l'ÉgUse régent de Lombardie. Gibello est d'une famille illustre, mais appauvrie ; il a étudié quelque temps en Italie, puis, acquérant de la renommée à Mayence, sa ville natale, il devient chancelier de Bohême ; mais il est ensuite convaincu publiquement de baratterie (de trahison politique). Il entre en lutte avec Welfo, meurt à Bergame et ce dernier à Milan. Comme on le voit,

l.A VIE DE l'ÉGJ.ISE EN OCCIDENT. 193

Gibello de Maganza est le pendant ou le Sosie de Gauo ou Ganelon de Maganza. On voit aussi pourquoi Jean ou Jeanne devait venir de Mayence.

Plus tard, on chercha encore à concilier ces deux expressions : l'on supposa ou que les parents de Jeanne avaient émigré d'Angleterre à Mayence, ou que Jeanne s'appelait Anglicus, parce qu'elle avait eu pour amant, à Fulde, un moine anglais.

Cependant les Allemands commencèrent à rougir d'une telle compatriote. On nous la reproche, dit la Chronique des évêques de Verden, parce qu'elle a dû naître à Mayence. Plusieurs pensaient même que celle histoire de la papesse allemande était cause qu'aucun Allemand n'était plus nommé pape. Pour dissimuler la chose, les manuscrits allemands de Martin le Polonais écrivent souvent Margantinus pour Moguntinits, et dans Leibnitz, la Compilation chronologique n'a pas d'autre nom que celui de Jean l'Anglais. Les Allemands, confus d'avoir la papesse pour compatriote, ont inventé une nouvelle fable dont le but manifeste était de transporter d'Allemagne en Grèce la patrie de la papesse et de son amant.

Quant à la version selon laquelle Jeanne aurait fait ses études à Athènes et enseigné à Rome, elle est tout à fait dans le goût des légendes du moyen âge. La vérité est que depuis mille ans, personne n'est plus allé d'Occident étudier à Athènes, car on ne pouvait plus rien y apprendre. Dans l'esprit des hommes de cette époque, il ue devait y avoir qu'un seul centre d'études, de même qu il n'y avait qu'un empire et un sacerdoce. « L'Église », selon la Chronica Jordanis, « a besoin de trois forces ou institutions : le sacerdoce, l'empire et l'étude ; et comme le sacerdoce n'a qu'un siège, Rome, l'étude n'a besoin que d'un centre, Paris. Chacune des trois grandes nations possède un de ces étabhssements : les Romains ou les Italiens ont le sacerdoce; les Allemands, l'empire; les Français, l'étude. »>

L'étude fut d'abord à Athènes, puis elle fut transférée à Rome, d'où Charlemagne ou son fils la transplanta à Paris. On savait même jusqua Tannée de cette translation. « En 830 {Chron. Tielense), l'étude romaine, qui avait été d'abord à Athènes, fut transportée à Paris. » La même l'éflexion se trouve dans Gobilinus Persona et dans Vincent de Beauvais.

11 était donc admis anciennement qu'Athènes était le siège de l'étude, et que ceux qui voulaient acquérir une grande renommée de savoir, devaient aller là. Deux seules voies étaient ouvertes à un aventurier étranger pour arriver à la suprême dignité ecclésiastique : la piété ou la science. La piété n'était pas le moyen dont la légende pût se servir pour faire venir sa jeune tille de Mayence : comment concilier avec la piétél'accouchement de Jeanne sur une place publique? C'était donc par sa science qu'elle avait fixé les regards et gagné les sullrages; et cette science, c'est à Athènes seulement qu'elle avait pu 1 acquérir, III. — uisT. DE l'Église. 13

i94 HISTOIRK DE LÉGLISE.

La fable de la papesse Jeanne est depuis longtemps considérée comme insoutenable : car 1° ce fantôme ne trouve point où se placer entre Léon IV et Benoît lll, lequel fut probablement élu au mois de juillet, le mois où mourut Léon (Jaffé, Reg., p. 235). Un diplôme de Benoît pour Corbie, du 7 octobre 8ä5 (d'Acbery, Spicileg., III, 343; JafFé, n. 2008), les momiaies et les médailles portant les noms de l'empereur Lothaire (mort le 28 septembre 855) eL du pape Benoit III (Garampi, de Nummo argenteo Bencd. III, Roma>, 1749, in-4°) ne permettent pas seulement de trouver une place pour l'exaltation et la cbute de la fausse papesse, à plus forte raison pour deux ans et demi.

2° Selon Hincmar (ep. xxvi ad Nicol. I, 867, Op., II, 298, éd. Sirm.), le délégué qu'il avait envoyé à Home apprit en route la mort de Léon IV, et, en arrivant à Rome, il y trouva déjà Benoît III, qui agréa sa demande. (Voy. Héfelé, t. IV, p. 314, n. 1.)

3° Aucun contemporain ne parle de la papesse, et les trois siècles suivants se taisent également. Le pape Léon IX (ep. ad Caerul., Mansi, XIX, 649), qui a probablement suivi la Cbroiiique de Salcrne (Pertz, V, 481), parle d'une anecdote semblable qui circulait à Byzance ; mais en Occident, on ne disait encore rien de pareil à propos de Home. (Voyez Héfelé, t. IV, p. 730.)

4° C'est au treizième siècle seulement que celte fable fut consignée par écrit et insérée dans la Chronique interpolée de Martin le Polonais (mort en 1278), adoptée par Etienne de Borbone (mort en 1261) et Barthélémy de Lucques. Les anciens manuscrits du Liber poiitificalis, qui placent Benoît III immédiatement après Léon IV; ceux de Marianus Scot, mort en 1086; ceux de Sigebert-de Gemblours, mort en 1H2, ne disent rien de cette fable (Pertz, Mon., V, 551 ; VI, 340, 370); Martin le Polonais même n'en parle point; c'est de 1278 à 1312 que cette interpolation a été faite dans sa Chronique. On n'y a cru que depuis le quatorzième siècle, et les savants ont prouvé de bonne heure son inconsistance, tels que ^neas Sylv., ep. i, 30; Platina, Vita Pont., n. 106; Joan. Aventin.(mort en 1554), Annal. Bojor.,1. IV; Leibnitz, Flores sparsi in tumulum Papissie, Bibl. bist., Gœtt., 1758, I, 267 et seq.; Busanelli. de Joan. pap., apud Mansi, XV, 35-102 ; Natalis Alex., sœc. IX, diss, ni ; Le Quicn, Oiiens christ., III, 380-460.

Mais cette historiette plaisait aux protestants, dont elle alimentait la polémique. Voy. Histoire de la papesse Jeanne, ndèlemcnt tirée de la dissert. lat. de M. de Spanheim, 2« éd., la Haye, 1720, 2 vol. Schrœckh (K.-G., XX, 10; cf. XXII, 75-110) avoue lui-même qu'il est pénible à une foule de protestants de renoncer à cotte histoire, utile à leur société religieuse, bien qu'elle ait cessé depuis longtemps d'être soutenable, pour ne rien dire de plus. Cependant Luden (dans son Histoire du peuple allemand, 1831, VI, 51), Hase et Kist, et pins tard le curé pro-

Page 1